Tout savoir sur la rime en poésie

1 février 2024

La rime est l’un des éléments les plus reconnaissables de la poésie. On la perçoit avant même de l’analyser : c’est cette correspondance sonore en fin de vers qui crée un sentiment d’attente et de satisfaction, qui donne au poème sa musicalité et sa mémorabilité. Mais la rime est bien plus qu’un simple ornement sonore. Elle structure le poème, oriente le sens, et dit quelque chose sur la façon dont le poète pense le monde.

Qu’est-ce qu’une rime ?

Une rime est une ressemblance de sons entre la fin de deux vers ou plus. Elle porte généralement sur la dernière voyelle accentuée du vers et les sons qui la suivent. Plus les sons partagés sont nombreux, plus la rime est considérée comme riche.

La rime n’est pas un phénomène purement visuel : c’est d’abord une réalité sonore. Deux mots qui s’écrivent différemment mais se prononcent de façon identique constituent une rime parfaite. À l’inverse, deux mots qui se ressemblent à l’écrit mais se prononcent différemment ne riment pas.

Les types de rimes selon leur qualité

On distingue trois niveaux de richesse dans la rime, selon le nombre de sons partagés.

  • La rime pauvre ne partage qu’un seul son, généralement la voyelle finale accentuée. Par exemple, si l’on prend les mots « marcher » et « chanter« , seule la sonorité [é] est identique, créant une rime pauvre. Elle est considérée comme insuffisante dans la versification classique.
  • La rime suffisante partage deux sons : la voyelle accentuée et la consonne qui précède ou suit. Par exemple, si l’on considère les mots « amour » et « retour« , la sonorité de [u-ʁ] est identique, créant une rime suffisante. C’est le minimum accepté dans la poésie classique.
  • La rime riche partage trois sons ou plus. Par exemple, si l’on considère les mots « table » et « fable« , la sonorité de 3 sons [a-b-l] est identique, créant une rime riche. C’est la rime la plus travaillée, la plus valorisée dans la tradition poétique française.

Les rimes masculines et féminines

On distingue également les rimes selon la nature de leur terminaison.

  • La rime masculine se termine par une voyelle accentuée ou une consonne, sans « e » muet final. Exemples : amour, meurs, toujours
  • La rime féminine se termine par un « e » muet non prononcé. Exemples : rose, automne, lumière

Dans la versification classique française, codifiée au XVe siècle par Jean Molinet, une règle fondamentale imposait d’alterner les rimes masculines et féminines pour créer une variété rythmique. Cette règle a été progressivement abandonnée avec l’avènement du vers libre.

Attention : le genre de la rime n’a aucun lien avec le genre grammatical des mots. Ce qui compte uniquement, c’est la présence ou l’absence du « e » muet final.

Les dispositions des rimes

La disposition des rimes (schéma des rimes) fait référence à la manière dont les sons se répètent et s’organisent à la fin des vers dans un poème. Bien qu’il existe de nombreux schémas de rimes, nous allons nous concentrer sur les quatre exemples les plus couramment utilisés :

  • Les rimes continues s’enchaînent sur tous les vers d’une strophe selon le schéma AAAA. Tous les vers riment ensemble, créant un effet d’insistance ou d’incantation.
  • Les rimes plates (ou suivies) s’enchaînent deux par deux selon le schéma AABB. C’est la disposition la plus simple et la plus naturelle, qui crée un rythme régulier et fluide. Exemple : Maître corbeau, sur un arbre perché, (A) Tenait en son bec un fromage. (B) Maître renard, par l’odeur alléché, (A) Lui tint à peu près ce langage : (B) (La Fontaine, Le Corbeau et le Renard)
  • Les rimes croisées (ou alternées) alternent selon le schéma ABAB. Elles créent un effet de dialogue, de tension entre les vers pairs et impairs. Exemple : Sous le pont Mirabeau coule la Seine (A) Et nos amours (B) Faut-il qu’il m’en souvienne (A) La joie venait toujours après la peine (A) (Apollinaire, Le Pont Mirabeau)
  • Les rimes embrassées encadrent une paire de rimes dans une autre selon le schéma ABBA. Elles créent un effet d’encerclement, de repli sur soi, souvent associé à une atmosphère plus mélancolique ou introspective. Exemple : Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages, (A) Dans la nuit éternelle emportés sans retour, (B) Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges (A) Jeter l’ancre un seul jour ? (B) (Lamartine, Le Lac)

Le schéma des rimes fait référence à la manière dont les sons se répètent et s’organisent à la fin des vers dans un poème. Il permet de créer une structure rythmique et mélodique, ajoutant ainsi une dimension musicale à l’écriture poétique.

Les formes poétiques et leurs schémas de rimes

Certaines formes poétiques imposent des schémas de rimes précis.

  • Le sonnet est composé de quatorze vers : deux quatrains (ABBA ABBA dans le sonnet classique) suivis de deux tercets dont la disposition varie. C’est la forme poétique la plus contraignante et la plus célébrée de la littérature française.
  • L’ode et l’élégie utilisent généralement des rimes croisées ou embrassées selon les époques et les auteurs.
  • La ballade médiévale impose un refrain et un schéma de rimes répété à l’identique dans chaque strophe.
  • Le rondeau est une forme médiévale qui réutilise les mots ou les sons du début du poème à la fin de chaque strophe.

La rime intérieure et l’assonance

La rime ne se limite pas aux fins de vers. On parle de rime intérieure quand deux mots à l’intérieur d’un même vers partagent les mêmes sonorités. C’est un effet plus discret, qui crée une musicalité à l’intérieur du vers lui-même.

L’assonance est une forme d’écho sonore moins stricte que la rime : elle ne porte que sur la voyelle, sans exiger la même consonne finale. Dans la poésie médiévale, les assonances remplaçaient souvent les rimes : on parlait de laisses assonancées dans les chansons de geste.

On parle également de rime assonancée quand deux vers ne partagent que leur voyelle finale, sans correspondance des consonnes suivantes. C’est une rime imparfaite, mais souvent recherchée pour son effet de douceur ou de flottement.

La rime pour l’œil et la rime pour l’oreille

Une distinction importante en poésie française : certaines rimes ne fonctionnent qu’à l’écrit, d’autres qu’à l’oral.

  • La rime pour l’œil est une rime qui se voit mais ne s’entend pas : deux mots s’écrivent de façon semblable mais se prononcent différemment.
  • La rime pour l’oreille est une rime qui s’entend mais ne se voit pas nécessairement : deux mots se prononcent de façon identique ou très proche malgré des graphies différentes. C’est la rime au sens le plus pur.

La poésie classique française valorise exclusivement la rime pour l’oreille : c’est le son qui prime, pas l’orthographe.

Le vers libre et la rime

À partir de la fin du XIXe siècle, de nombreux poètes ont progressivement abandonné la rime pour explorer le vers libre. Verlaine, dans son Art poétique, prône une poésie plus musicale que formelle. Rimbaud expérimente des formes nouvelles. Mallarmé pousse la langue jusqu’à ses limites.

Mais l’abandon de la rime ne signifie pas l’abandon de la musicalité. Les poètes en vers libres travaillent autrement les sons : allitérations, assonances, répétitions, rythmes internes. La rime disparaît comme contrainte formelle, mais la recherche sonore demeure.

Certains poètes contemporains jouent aussi de la rime de façon irrégulière et inattendue, la faisant surgir là où on ne l’attend pas, pour créer des effets de surprise ou de connivence avec le lecteur.

Les terminaisons les plus utilisées en poésie française

Pour ceux qui écrivent des poèmes, voici les sonorités finales les plus fréquentes dans la poésie française.

a • able • ac • air • aire • al • ame • an • ance • ane • ang • ant • ante • ar • ate • e • é • eceilleelelleeneteteetteeueureux • i • iciailile • in • ineioniqueirireiseisseiteoocoioirononeoroseououruure

Pourquoi la rime fonctionne

La rime n’est pas qu’une convention : elle répond à quelque chose de profond dans la façon dont nous percevons le langage. Elle crée une attente, et la satisfaction de cette attente produit un plaisir. Elle unit des mots éloignés dans le temps du vers, créant entre eux des liens de sens que la prose n’aurait pas créés. Et elle grave les vers dans la mémoire : on retient plus facilement ce qui rime que ce qui ne rime pas.

C’est pour ça que la rime traverse les siècles. Même affaiblie, même contestée, elle revient toujours : dans la chanson, dans la publicité, dans les discours politiques. Parce qu’elle dit quelque chose sur la façon dont le langage peut devenir plus que du langage.

En résumé

  Définition Exemple
Rime pauvre 1 son partagé amour / jour
Rime suffisante 2 sons partagés beauté / clarté
Rime riche 3 sons ou plus partagés lumière / rivière
Rime masculine Pas de « e » muet final toujours, meurs
Rime féminine « e » muet final non prononcé rose, automne
Rimes continues Schéma AAAA tous les vers riment ensemble
Rimes plates Schéma AABB couplets enchaînés
Rimes croisées Schéma ABAB alternance régulière
Rimes embrassées Schéma ABBA encerclement
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