{"id":9826,"date":"2025-04-18T19:13:24","date_gmt":"2025-04-18T17:13:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9826"},"modified":"2025-04-18T19:13:24","modified_gmt":"2025-04-18T17:13:24","slug":"lechafaud-2","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/lechafaud-2\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9chafaud"},"content":{"rendered":"<p>\u2014 \u0152il pour \u0153il ! Dent pour dent ! T\u00eate pour t\u00eate ! \u00c0 mort !<br \/>\nJustice ! L\u2019\u00e9chafaud vaut mieux que le remord.<br \/>\nTalion ! talion !<\/p>\n<p>\u2014 Silence aux cris sauvages !<br \/>\nNon ! assez de malheur, de meurtre et de ravages !<br \/>\nAssez d\u2019\u00e9gorgements ! assez de deuil ! assez<br \/>\nDe fant\u00f4mes sans t\u00eate et d\u2019affreux tr\u00e9pass\u00e9s !<br \/>\nAssez de visions fun\u00e8bres dans la brume !<br \/>\nAssez de doigts hideux, montrant le sang qui fume,<br \/>\nNoirs, et comptant les trous des linceuls dans la nuit !<br \/>\nPas de supplici\u00e9s dont le cri nous poursuit !<br \/>\nPas de spectres jetant leur ombre sur nos t\u00eates !<br \/>\nNous sommes ruisselants de toutes les temp\u00eates ;<br \/>\nIl n\u2019est plus qu\u2019un devoir et qu\u2019une v\u00e9rit\u00e9,<br \/>\nC\u2019est, apr\u00e8s tant d\u2019angoisse et de calamit\u00e9,<br \/>\nHomme, d\u2019ouvrir son c\u0153ur, oiseau, d\u2019ouvrir son aile<br \/>\nVers ce ciel que remplit la grande \u00e2me \u00e9ternelle !<br \/>\nLe peuple, que les rois broyaient sous leurs talons.<br \/>\nEst la pierre promise au temple, et nous voulons<br \/>\nQue la pierre b\u00e2tisse et non qu\u2019elle lapide !<br \/>\nPas de sang ! pas de mort ! C\u2019est un reflux stupide<br \/>\nQue la f\u00e9rocit\u00e9 sur la f\u00e9rocit\u00e9.<br \/>\nUn pilier d\u2019\u00e9chafaud soutient mal la cit\u00e9.<br \/>\nTu veux faire mourir ! Moi je veux faire na\u00eetre !<br \/>\nJe mure le s\u00e9pulcre et j\u2019ouvre la fen\u00eatre.<br \/>\nDieu n\u2019a pas fait le sang, \u00e0 l\u2019amour r\u00e9serv\u00e9,<br \/>\nPour qu\u2019on le donne \u00e0 boire aux fentes du pav\u00e9.<br \/>\nS\u2019agit-il d\u2019\u00e9gorger ? Peuples, il s\u2019agit d\u2019\u00eatre.<br \/>\nQuoi ! tu veux te venger, passant ? de qui ? du ma\u00eetre ?<br \/>\nSi tu ne vaux pas mieux, que viens-tu faire ici ?<br \/>\nTout myst\u00e8re o\u00f9 l\u2019on jette un meurtre est obscurci ;<br \/>\nL\u2019\u00e9nigme ensanglant\u00e9e est plus \u00e2pre \u00e0 r\u00e9soudre ;<br \/>\nL\u2019ombre s\u2019ouvre terrible apr\u00e8s le coup de foudre ;<br \/>\nTuer n\u2019est pas cr\u00e9er, et l\u2019on se tromperait<br \/>\nSi l\u2019on croyait que tout finit au couperet ;<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 qu\u2019inattendue, imp\u00e9n\u00e9trable, immense,<br \/>\nPleine d\u2019\u00e9clairs subits, la question commence ;<br \/>\nC\u2019est du bien et du mal ; mais le mal est plus grand.<br \/>\nSatan rit \u00e0 travers l\u2019\u00e9chafaud transparent.<br \/>\nLe bourreau, quel qu\u2019il soit, a le pied dans l\u2019ab\u00eeme ;<br \/>\nQuoi qu\u2019elle fasse, h\u00e9las ! la hache fait un crime ;<br \/>\nUne lugubre nuit fume sur ce tranchant ;<br \/>\nQuand il vient de tuer, comme, en s\u2019en approchant.<br \/>\nOn fr\u00e9mit de le voir tout ruisselant, et comme<br \/>\nOn sent qu\u2019il a frapp\u00e9 dans l\u2019ombre plus qu\u2019un homme !<br \/>\nSit\u00f4t qu\u2019a disparu le coupable immol\u00e9,<br \/>\nHors du panier tragique o\u00f9 la t\u00eate a roul\u00e9,<br \/>\nLe principe innocent, divin, inviolable,<br \/>\nAvec son regard d\u2019astre \u00e0 l\u2019aurore semblable,<br \/>\nSe dresse, spectre auguste, un cercle rouge au cou.<\/p>\n<p>L\u2019homme est impitoyable, h\u00e9las, sans savoir o\u00f9.<br \/>\nComment ne voit-il pas qu\u2019il vit dans un probl\u00e8me,<br \/>\nQue l\u2019homme est solidaire avec ses monstres m\u00eame,<br \/>\nEt qu\u2019il ne peut tuer autre chose qu\u2019Abel !<br \/>\nLorsqu\u2019une t\u00eate tombe, on sent trembler le ciel.<br \/>\nD\u00e9capitez N\u00e9ron, cette hy\u00e8ne insens\u00e9e,<br \/>\nLa vie universelle est dans N\u00e9ron bless\u00e9e ;<br \/>\nFaites monter Tib\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud demain,<br \/>\nTib\u00e8re saignera le sang du genre humain.<br \/>\nNous sommes tous m\u00eal\u00e9s \u00e0 ce que fait la Gr\u00e8ve ;<br \/>\nQuand un homme, en public, nous voyant comme un r\u00eave,<br \/>\nMeurt, implorant en vain nos l\u00e2ches abandons,<br \/>\nCe meurtre est notre meurtre et nous en r\u00e9pondons ;<br \/>\nC\u2019est avec un morceau de notre insouciance,<br \/>\nC\u2019est avec un haillon de notre conscience,<br \/>\nAvec notre \u00e2me \u00e0 tous, que l\u2019ex\u00e9cuteur las<br \/>\nEssuie en s\u2019en allant son hideux coutelas.<\/p>\n<p>L\u2019homme peut oublier ; les choses importunes<br \/>\nS\u2019effacent dans l\u2019\u00e9clat ondoyant des fortunes ;<br \/>\nLe pass\u00e9, l\u2019avenir, se voilent par moments ;<br \/>\nLes festins, les flambeaux, les feux, les diamants.<br \/>\nL\u2019illumination triomphale des f\u00eates,<br \/>\nPeuvent \u00e9clipser l\u2019ombre \u00e9norme des proph\u00e8tes ;<br \/>\nAutour des grands bassins, au bord des claires eaux,<br \/>\nLes enfants radieux peuvent aux cris d\u2019oiseaux<br \/>\nM\u00ealer le bruit confus de leurs l\u00e8vres fleuries,<br \/>\nEt, dans le Luxembourg ou dans les Tuileries,<br \/>\nDevant les vieux h\u00e9ros de marbre aux poings crisp\u00e9s,<br \/>\nDanser, rire et chanter : les lauriers sont coup\u00e9s !<br \/>\nLa Courtille au front bas peut noyer dans les verres<br \/>\nLe souvenir des jours illustres et s\u00e9v\u00e8res ;<br \/>\nLa valse peut ravir, \u00e9blouir, enivrer<br \/>\nDes femmes de satin, heureuses de livrer<br \/>\nLe plus de nudit\u00e9 possible aux yeux de flamme ;<br \/>\nL\u2019hymen peut murmurer son chaste \u00e9pithalame ;<br \/>\nLe bal masqu\u00e9, lascif, par\u00e9, bruyant, charmant,<br \/>\nPeut allumer sa torche et bondir follement,<br \/>\nGoule au linceul joyeux, larve en fleurs, spectre rose ;<br \/>\nMais, quel que soit le temps, quelle que soit la cause,<br \/>\nC\u2019est toujours une nuit funeste au peuple entier<br \/>\nQue celle o\u00f9, conduisant un pr\u00eatre, un guichetier<br \/>\nFouille au trousseau de clefs qui pend \u00e0 sa ceinture<br \/>\nPour aller, sur le lit de fi\u00e8vre et de torture,<br \/>\nR\u00e9veiller avant l\u2019heure un pauvre homme endormi,<br \/>\nTandis que, sur la Gr\u00e8ve, entrevus \u00e0 demi,<br \/>\nSous les coups de marteau qui font fuir la chouette,<br \/>\nD\u2019effrayants madriers dressent leur silhouette,<br \/>\nRougis par la lanterne horrible du bourreau.<\/p>\n<p>Le vieux glaive du juge a la nuit pour fourreau.<br \/>\nLe tribunal ne peut de ce fourreau livide<br \/>\nTirer que la douleur, l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, le vide,<br \/>\nLe n\u00e9ant, le remords, l\u2019ignorance et l\u2019effroi,<br \/>\nQu\u2019il frappe au nom du peuple ou venge au nom du roi.<\/p>\n<p>Justice ! dites-vous. \u2014 Qu\u2019appelez-vous justice ?<br \/>\nQu\u2019on s\u2019entr\u2019aide, qu\u2019on soit des fr\u00e8res, qu\u2019on v\u00eatisse<br \/>\nCeux qui sont nus, qu\u2019on donne \u00e0 tous le pain sacr\u00e9,<br \/>\nQu\u2019on brise l\u2019affreux bagne o\u00f9 le pauvre est mur\u00e9,<br \/>\nMais qu\u2019on ne touche point \u00e0 la balance sombre !<br \/>\nLe s\u00e9pulcre o\u00f9, pensif, l\u2019homme naufrage et sombre,<br \/>\nAu del\u00e0 d\u2019aujourd\u2019hui, de demain, des saisons,<br \/>\nDes jours, du flamboiement de nos vains horizons,<br \/>\nEt des chim\u00e8res, proie et fruit de notre \u00e9tude,<br \/>\nA son ciel plein d\u2019aurore et fait de certitude ;<br \/>\nLa justice en est l\u2019astre immuable et lointain.<br \/>\nNotre justice \u00e0 nous, comme notre destin,<br \/>\nEst t\u00e2tonnement, trouble, erreur, nuage, doute ;<br \/>\nMartyr, je m\u2019applaudis ; juge, je me redoute ;<br \/>\nL\u2019infaillible, est-ce moi, dis ? est-ce toi ? r\u00e9ponds.<br \/>\nVous criez : \u2014 Nos douleurs sont notre droit. Frappons.<br \/>\nNous sommes trop en butte au sort qui nous accable,<br \/>\nNous sommes trop frapp\u00e9s d\u2019un mal inexplicable,<br \/>\nNous avons trop de deuils, trop de jougs, trop d\u2019hivers,<br \/>\nNous sommes trop souffrants, dans nos destins divers,<br \/>\nTous, les grands, les petits, les obscurs, les c\u00e9l\u00e8bres,<br \/>\nPour ne pas condamner quelqu\u2019un dans nos t\u00e9n\u00e8bres. \u2014<br \/>\nPuisque vous ne voyez rien de clair dans le sort,<br \/>\nNe vous h\u00e2tez pas trop d\u2019en conclure la mort,<br \/>\nF\u00fbt-ce la mort d\u2019un roi, d\u2019un ma\u00eetre et d\u2019un despote ;<br \/>\nDans la brume insondable o\u00f9 tout saigne et sanglote,<br \/>\nNe vous h\u00e2tez pas trop de prendre vos malheurs,<br \/>\nVos jours sans feu, vos jours sans pain, vos cris, vos pleurs,<br \/>\nEt ce deuil qui sur vous et votre race tombe,<br \/>\nPour les faire servir \u00e0 construire une tombe.<br \/>\nQuel pas aurez-vous fait pour avoir ajout\u00e9<br \/>\n\u00c0 votre obscur destin, ombre et fatalit\u00e9,<br \/>\nCette autre obscurit\u00e9 que vous nommez justice ?<br \/>\nFaire de l\u2019\u00e9chafaud, mena\u00e7ante b\u00e2tisse,<br \/>\nUn autel \u00e0 b\u00e9nir le progr\u00e8s nouveau-n\u00e9,<br \/>\n\u00d4 vivants, c\u2019est d\u00e9mence ; et qu\u2019aurez-vous gagn\u00e9<br \/>\nQuand, d\u2019un culte de mort lamentables ministres,<br \/>\nVous aurez mari\u00e9 ces infirmes sinistres,<br \/>\nLa justice boiteuse et l\u2019aveugle anank\u00e8 ?<\/p>\n<p>Le glaive toujours cherche un but toujours manqu\u00e9 ;<br \/>\nLa palme, cette flamme aux fleurs \u00e9tincelantes,<br \/>\nFaite d\u2019azur, fr\u00e9mit devant des mains sanglantes,<br \/>\nEt recule et s\u2019enfuit, sensitive des cieux !<br \/>\nLa col\u00e8re assouvie a le front soucieux.<br \/>\nQuant \u00e0 moi, tu le sais, nuit calme o\u00f9 je respire,<br \/>\nJ\u2019aurais l\u00e0, sous mes pieds, mon ennemi, le pire,<br \/>\nCa\u00efn juge, Judas pontife, Satan roi,<br \/>\nQue j\u2019ouvrirais ma porte et dirais : Sauve-toi !<\/p>\n<p>Non, l\u2019\u00e9largissement des mornes cimeti\u00e8res<br \/>\nN\u2019est pas le but. Marchons, reculons les fronti\u00e8res<br \/>\nDe la vie ! \u00d4 mon si\u00e8cle, allons toujours plus haut !<br \/>\nGrandissons !<\/p>\n<p> Qu\u2019est-ce donc qu\u2019il nous veut, l\u2019\u00e9chafaud,<br \/>\nCette charpente spectre accoutum\u00e9e aux foules,<br \/>\nCet \u00eelot noir qu\u2019assi\u00e8ge et que bat de ses houles<br \/>\nLa multitude aux flots inquiets et mouvants,<br \/>\nCe s\u00e9pulcre qui vient attaquer les vivants,<br \/>\nEt qui, sur les palais ainsi que sur les bouges,<br \/>\nSurgit, levant un glaive au bout de ses bras rouges ?<br \/>\nMyst\u00e8re qui se livre aux carrefours, morceau<br \/>\nDe la tombe qui vient tremper dans le ruisseau,<br \/>\nBravant le jour, le bruit, les cris ; bi\u00e8re effront\u00e9e<br \/>\nQui, f\u00e9roce, cynique et l\u00e2che, semble ath\u00e9e !<br \/>\n\u00d4 spectacle ex\u00e9cr\u00e9 dans les plus repoussants,<br \/>\nUne mort qui se fait coudoyer aux passants,<br \/>\nQui permet qu\u2019un crieur hors de l\u2019ombre la tire !<br \/>\nUne mort qui n\u2019a pas l\u2019\u00e9pouvante du rire,<br \/>\nD\u00e9voilant l\u2019escalier qui dans la nuit descend,<br \/>\nDisant : voyez ! marchant dans la rue, et laissant<br \/>\nLa boue \u00e9clabousser son linceul sem\u00e9 d\u2019astres ;<br \/>\nQui, sur un tr\u00e9teau, montre entre deux vils pilastres<br \/>\nSon horreur, son front noir, son \u0153il de basilic ;<br \/>\nQui consent \u00e0 venir travailler en public,<br \/>\nEt qui, prostitu\u00e9e, accepte, sur les places,<br \/>\nLa familiarit\u00e9 des fauves populaces !<\/p>\n<p>\u00d4 vivant du tombeau, vivant de l\u2019infini,<br \/>\nJ\u00e9hovah ! Dieu, clart\u00e9, rayon jamais terni,<br \/>\nPour faire de la mort, de la nuit, des t\u00e9n\u00e8bres,<br \/>\nIls ont mis ton triangle entre deux pieux fun\u00e8bres ;<br \/>\nEt leur foule, qui voit resplendir ta lueur,<br \/>\nNe sent pas \u00e0 son front poindre une \u00e2pre sueur,<br \/>\nEt l\u2019horreur n\u2019\u00e9treint pas ce noir peuple unanime,<br \/>\nQuand ils font, pour punir ce qu\u2019ils ont nomm\u00e9 crime,<br \/>\nAu nom de ce qu\u2019ils ont appel\u00e9 v\u00e9rit\u00e9,<br \/>\nSur la vie, \u00f4 terreur, tomber l\u2019\u00e9ternit\u00e9 !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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