{"id":9822,"date":"2025-04-18T19:13:27","date_gmt":"2025-04-18T17:13:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9822"},"modified":"2025-04-18T19:13:27","modified_gmt":"2025-04-18T17:13:27","slug":"litterature","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/litterature\/","title":{"rendered":"Litt\u00e9rature"},"content":{"rendered":"<p>Donc, vieux pass\u00e9 plaintif, toujours tu reviendras<br \/>\nNous criant : \u2014 Pourquoi donc est-on si loin ? Ingrats !<br \/>\nQu\u2019\u00eates-vous devenus ? Dites, avec l\u2019ab\u00eeme<br \/>\nQuel pacte avez-vous fait ? quel attentat ? quel crime ? \u2014<br \/>\nNous questionnant, sombre et de rage \u00e9cumant,<br \/>\nFurieux.<\/p>\n<p> Nous avons march\u00e9, tout bonnement.<br \/>\nQui marche t\u2019assassine, \u00f4 bon vieux pass\u00e9 bl\u00eame.<br \/>\nMais que veux-tu ? Je suis de mon si\u00e8cle, et je l\u2019aime !<br \/>\nJe te l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit. Non, ce n\u2019est plus du tout<br \/>\nL\u2019\u00e9poque o\u00f9 la nature \u00e9tait de mauvais go\u00fbt,<br \/>\nO\u00f9 Bouhours, vieux j\u00e9suite, et Le Batteux, vieux cancre,<br \/>\nLunette au nez et plume au poing, barbouillaient d\u2019encre<br \/>\nLe cygne au bec dor\u00e9, le bois vert, le ciel bleu ;<br \/>\nO\u00f9 l\u2019homme corrigeait le manuscrit de Dieu.<br \/>\nNon, ce n\u2019est plus le temps o\u00f9 Len\u00f4tre \u00e0 Versaille<br \/>\nRaturait le buisson, la ronce, la broussaille ;<br \/>\nSi\u00e8cle o\u00f9 l\u2019on ne voyait dans les champs \u00e9perdus<br \/>\nQue des hommes poudr\u00e9s sous des arbres tondus.<br \/>\nTout est en libert\u00e9 maintenant. Sur sa nuque<br \/>\nL\u2019arbre a plus de cheveux, l\u2019homme a moins de perruque.<br \/>\nLa vieille id\u00e9e est morte avec le vieux cerveau.<br \/>\nLa r\u00e9volution est un monde nouveau.<br \/>\nNotre oreille en changeant a chang\u00e9 la musique.<br \/>\nLorsque Fernand Cortez arriva du Mexique,<br \/>\nIl revint la main pleine, et, du jeune univers,<br \/>\nIl rapporta de l\u2019or ; nous rapportons des vers.<br \/>\nNous rapportons des chants myst\u00e9rieux. Nous sommes<br \/>\nD\u2019autres yeux, d\u2019autres fronts, d\u2019autres c\u0153urs, d\u2019autres hommes.<br \/>\nBraves p\u00e9dants, calmez votre bon vieux courroux.<br \/>\nNous arrachons de l\u2019\u00e2me humaine les verrous.<br \/>\nTous fr\u00e8res, et m\u00eal\u00e9s dans les monts, dans les plaines,<br \/>\nNous laissons librement s\u2019en aller nos haleines<br \/>\n\u00c0 travers les grands bois et les bleus firmaments.<br \/>\nNous avons d\u00e9moli les vieux compartiments.<\/p>\n<p>Non, nous ne sommes plus ni paysan, ni noble,<br \/>\nNi lourdaud dans son pr\u00e9, ni rustre en son vignoble,<br \/>\nNi baron dans sa tour, ni re\u00eetre \u00e0 ses canons ;<br \/>\nNous brisons cette \u00e9corce, et nous redevenons<br \/>\nL\u2019homme ; l\u2019homme enfin hors des temps cr\u00e9pusculaires ;<br \/>\nL\u2019homme \u00e9gal \u00e0 lui-m\u00eame en tous ses exemplaires ;<br \/>\nNi tyran, ni for\u00e7at, ni ma\u00eetre, ni valet ;<br \/>\nL\u2019humanit\u00e9 se montre enfin telle qu\u2019elle est,<br \/>\nChaque matin plus libre et chaque soir plus sage ;<br \/>\nEt le vieux masque us\u00e9 laisse voir le visage.<\/p>\n<p>Avec \u00c9z\u00e9chiel nous m\u00ealons Spinosa.<br \/>\nLa nature nous prend, la nature nous a ;<br \/>\nDans son antre profond, douce, elle nous attire ;<br \/>\nElle en chasse pour nous son antique satyre,<br \/>\nEt nous y montre un sphinx nouveau qui dit : Pensez.<br \/>\nPour nous les petits cris au fond des nids pouss\u00e9s,<br \/>\nSont augustes ; pour nous toutes les monarchies<br \/>\nQue vous saluez, vous, de vos t\u00eates blanchies,<br \/>\nTous les fauteuils royaux aux dossiers empourpr\u00e9s,<br \/>\nSont peu de chose aupr\u00e8s d\u2019un liseron des pr\u00e9s.<br \/>\nR\u00e9gner ! cela vaut-il r\u00eaver sous un vieux aulne ?<br \/>\nNous regardons passer Charles-Quint sur son tr\u00f4ne,<br \/>\nJules deux sous son dais, C\u00e9sar dans les clairons,<br \/>\nEt nous avons piti\u00e9 lorsque nous comparons<br \/>\n\u00c0 l\u2019aurore des cieux cette fausse dorure.<br \/>\nLorsque nous contemplons, par une d\u00e9chirure<br \/>\nDes nuages, l\u2019oiseau volant dans sa fiert\u00e9,<br \/>\nNous sentons frissonner notre aile, \u00f4 libert\u00e9 !<br \/>\nEn fait d\u2019or, \u00e0 la cour nous pr\u00e9f\u00e9rons la gerbe.<br \/>\nLa nature est pour nous l\u2019unique et sacr\u00e9 verbe,<br \/>\nEt notre art po\u00e9tique ignore Despr\u00e9aux.<br \/>\nNos rois tr\u00e8s excellents, tr\u00e8s puissants et tr\u00e8s hauts,<br \/>\nC\u2019est le roc dans les flots, c\u2019est dans les bois le ch\u00eane.<br \/>\nMai, qui brise l\u2019hiver, c\u2019est-\u00e0-dire la cha\u00eene,<br \/>\nNous pla\u00eet. Le vrai nous tient. Je suis parfois tent\u00e9<br \/>\nDe dire au mont Blanc : \u2014 Sire ! et : \u2014 Votre majest\u00e9<br \/>\n\u00c0 la vierge qui passe et porte, agreste et belle,<br \/>\nSa cruche sur son front et Dieu dans sa prunelle.<br \/>\nPour nous, songeurs, bandits, romantiques, d\u00e9mons,<br \/>\nBonnets rouges, les flots grondants, l\u2019aigle, les monts,<br \/>\nLa bise, quand le soir ouvre son noir portique,<br \/>\nLa temp\u00eate effarant l\u2019onde apocalyptique,<br \/>\nD\u00e9passent en musique, en myst\u00e8re, en effroi,<br \/>\nLes quatre violons de la chambre du roi.<\/p>\n<p>Chaque si\u00e8cle, il s\u2019y faut r\u00e9signer, suit sa route.<br \/>\nLes hommes d\u2019autrefois ont \u00e9t\u00e9 grands sans doute ;<br \/>\nNous ne nous tournons plus vers les m\u00eames clart\u00e9s.<br \/>\nJadis, frisure au front, ayant \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s<br \/>\nUn tas d\u2019abb\u00e9s sans bure et de femmes sans guimpes,<br \/>\nParmi des princes dieux, sous des plafonds olympes,<br \/>\nPr\u00eat dans son justaucorps \u00e0 poser pour Audran,<br \/>\nLa dentelle au cou, grave, et l\u2019\u0153il sur un cadran,<br \/>\nDans le salon de Mars ou dans la galerie<br \/>\nD\u2019Apollon, submerg\u00e9 dans la grand\u2019seigneurie,<br \/>\nDans le flot des Rohan, des Sourdis, des Elbeuf,<br \/>\nEt des fiers habits d\u2019or roulant vers l\u2019\u0152il-de-b\u0153uf,<br \/>\nLe po\u00e8te, f\u00fbt-il Corneille, ou toi, Moli\u00e8re,<br \/>\n\u2014 Tandis qu\u2019en la chapelle ou bien dans la voli\u00e8re,<br \/>\nLes chanteurs accordaient le th\u00e9orbe et le luth,<br \/>\nEt que Lulli tremblant s\u2019\u00e9criait : gare \u00e0 l\u2019ut ! \u2014<br \/>\nAttendait qu\u2019au milieu de la claire fanfare<br \/>\nEt des fronts inclin\u00e9s appar\u00fbt, comme un phare,<br \/>\nLe page, aux tonnelets de brocart d\u2019argent fin,<br \/>\nQui portait le bougeoir de monsieur le dauphin.<br \/>\nAujourd\u2019hui, pour Versaille et pour salon d\u2019Hercule,<br \/>\nAyant l\u2019ombre et l\u2019airain du rouge cr\u00e9puscule,<br \/>\nFauve, et peu coudoy\u00e9 de Guiche ou de Brissac,<br \/>\nLa face au vent, les poings dans un paletot sac,<br \/>\nSeul, dans l\u2019immensit\u00e9 que l\u2019ouragan secoue,<br \/>\nIl \u00e9coute le bruit que fait la sombre proue<br \/>\nDe la terre, et pensif, sur le bl\u00eame horizon,<br \/>\n\u00c0 l\u2019heure o\u00f9, dans l\u2019orchestre inquiet du buisson,<br \/>\nDe l\u2019arbre et de la source, un fr\u00e9missement passe,<br \/>\nO\u00f9 le ch\u00eane chuchote et prend sa contrebasse,<br \/>\nL\u2019eau sa fl\u00fbte et le vent son stradivarius,<br \/>\nIl regarde monter l\u2019effrayant Sirius.<\/p>\n<p>Pour la muse en paniers, par Dorat r\u00e9chauff\u00e9e,<br \/>\nC\u2019est un orang-outang ; pour les bois, c\u2019est Orph\u00e9e.<br \/>\nLa nature lui dit : mon fils. Ce malotru,<br \/>\n\u00d4 grand si\u00e8cle ! \u00e9crit mieux qu\u2019Ablancourt et Patru.<br \/>\nEst-il f\u00e9roce ? Non. Ce troglodyte affable<br \/>\n\u00c0 l\u2019ormeau du chemin fait r\u00e9citer sa fable ;<br \/>\nIl dit au doux chevreau : Bien b\u00eal\u00e9, mon enfant !<br \/>\nQuand la fleur, le matin, de perles se coiffant,<br \/>\nSe mire aux flots, coquette et mijaur\u00e9e exquise,<br \/>\nIl passe et dit : Bonjour, madame la marquise.<br \/>\nEt puis il souffre, il pleure, il est homme ; le sort<br \/>\nEn rayons douloureux de son front triste sort.<br \/>\nCar, ici-bas, si fort qu\u2019on soit, si peu qu\u2019on vaille,<br \/>\nTous, qui que nous soyons, le destin nous travaille<br \/>\nPour orner dans l\u2019azur la tiare de Dieu.<br \/>\nLe m\u00eame bras nous fait passer au m\u00eame feu ;<br \/>\nEt, sur l\u2019humanit\u00e9, qu\u2019il use de sa lime,<br \/>\nEssayant tous les c\u0153urs \u00e0 sa meule sublime,<br \/>\nScrutant tous les d\u00e9fauts de l\u2019homme transparent,<br \/>\nSombre ouvrier du ciel, noir orf\u00e9vre, tirant<br \/>\nDu sage une \u00e9tincelle et du juste une flamme,<br \/>\nSe penche le malheur, lapidaire de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p>Oui, tel est le po\u00ebte aujourd\u2019hui. Grands, petits,<br \/>\nTous dans Pan effar\u00e9 nous sommes engloutis.<br \/>\nEt ces secrets surpris, ces splendeurs contempl\u00e9es,<br \/>\nCes pages de la nuit et du jour \u00e9pel\u00e9es,<br \/>\nCe qu\u2019affirme Newton, ce qu\u2019aper\u00e7oit Mesmer,<br \/>\nLa grande libert\u00e9 des souffles sur la mer,<br \/>\nLa for\u00eat qui craint Dieu dans l\u2019ombre et qui le nomme,<br \/>\nLes eaux, les fleurs, les champs, font na\u00eetre en nous un homme<br \/>\nMyst\u00e9rieux, semblable aux profondeurs qu\u2019il voit.<br \/>\nLa nature aux songeurs montre les cieux du doigt.<br \/>\nLe c\u00e8dre au torse \u00e9norme, athl\u00e8te des temp\u00eates,<br \/>\nSur le fauve Liban conseillait les proph\u00e8tes,<br \/>\nEt ce fut son exemple aust\u00e8re qui poussa<br \/>\nNahum contre Ninive, Amos contre Gaza.<br \/>\nLes sph\u00e8res en roulant nous jettent la justice.<br \/>\nOui, l\u2019\u00e2me monte au bien comme l\u2019astre au solstice ;<br \/>\nEt le monde \u00e9quilibre a fait l\u2019homme devoir.<br \/>\nQuand l\u2019\u00e2me voit mal Dieu, l\u2019aube le fait mieux voir.<br \/>\nLa nuit, quand Aquilon sonne de la trompette,<br \/>\nCe qu\u2019il dit, notre c\u0153ur fr\u00e9missant le r\u00e9p\u00e8te.<br \/>\nNous vivons libres, fiers, tressaillants, prostern\u00e9s,<br \/>\n\u00c9blouis du grand Dieu formidable ; et, tourn\u00e9s<br \/>\nVers tous les id\u00e9als et vers tous les possibles,<br \/>\nNous cueillons dans l\u2019azur les roses invisibles.<br \/>\nL\u2019ombre est notre palais. Nous sommes commensaux<br \/>\nDe l\u2019abeille, du jonc nourri par les ruisseaux,<br \/>\nDu papillon qui boit dans la fleur arros\u00e9e.<br \/>\nNos \u00e2mes aux oiseaux disputent la ros\u00e9e.<br \/>\nLaissant le pass\u00e9 mort dans les si\u00e8cles d\u00e9funts,<br \/>\nNous vivons de rayons, de soupirs, de parfums,<br \/>\nEt nous nous abreuvons de l\u2019immense ambroisie<br \/>\nQu\u2019Hom\u00e8re appelle amour et Platon po\u00e9sie.<br \/>\nSous les branchages noirs du destin, nous errons,<br \/>\nPurs et graves, avec les souffles sur nos fronts.<br \/>\nNotre adoration, notre autel, notre Louvre,<br \/>\nC\u2019est la vertu qui saigne ou le matin qui s\u2019ouvre ;<br \/>\nLes grands levers auxquels nous ne manquons jamais,<br \/>\nC\u2019est V\u00e9nus des monts noirs blanchissant les sommets ;<br \/>\nC\u2019est le lys fleurissant, chaste, charmant, s\u00e9v\u00e8re ;<br \/>\nC\u2019est J\u00e9sus se dressant, p\u00e2le, sur le Calvaire.<\/p>\n<p>22 novembre 1854.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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