{"id":9791,"date":"2025-04-18T15:59:56","date_gmt":"2025-04-18T13:59:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9791"},"modified":"2025-04-18T15:59:56","modified_gmt":"2025-04-18T13:59:56","slug":"rien","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/rien\/","title":{"rendered":"Rien"},"content":{"rendered":"<p>Mais quelqu\u2019un me vient-il en aide, \u00f4 nuit farouche ?<br \/>\nJ\u2019\u00e9coutais, j\u2019entendis. Ombre obscure ! Une bouche<br \/>\nParlait, et d\u00e9gageait de la brume en parlant.<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab La croyance est une hydre et vous ronge le flanc.<br \/>\nNiez tout. \u00d4 vivants, l\u2019atome sort, puis rentre.<br \/>\nPas de ciel, pas d\u2019enfer. L\u2019ombre \u00e9parse. Aucun centre.<br \/>\nRien n\u2019existe en de\u00e7\u00e0, rien n\u2019existe au de la.<br \/>\nTout meurt. Dormez. \u00bb<\/p>\n<p>Ainsi l\u2019\u00e9trange voix parla.<\/p>\n<p>\u00d4 nuit ! qu\u2019est-ce que c\u2019est que cet auxiliaire ?<br \/>\nMais \u00e9coutons. La voix poursuit.<\/p>\n<p>\u00ab \u00d4 fourmili\u00e8re,<br \/>\n\u00d4 foule, \u00f4 genre humain ! L\u2019homme flotte, et c\u2019est tout.<br \/>\nCette apparence d\u2019\u00eatre est un moment debout ;<br \/>\nIl palpite le temps d\u2019\u00eatre inique, funeste,<br \/>\nM\u00e9chant, obsc\u00e8ne, aveugle ; et qu\u2019est-ce qu\u2019il en reste ?<br \/>\nLa terre le reprend et dit : A-t-il \u00e9t\u00e9 ?<br \/>\nEt la terre elle-m\u00eame est-elle ? \u00d4 c\u00e9cit\u00e9 !<br \/>\nT\u00e9n\u00e8bres ! Vous nommez ces feux follets des \u00e2mes ?<br \/>\nC\u2019est du n\u00e9ant. Passant, qu\u2019est-ce que tu r\u00e9clames ?<\/p>\n<p>\u00ab Homme, tu n\u2019as \u00e0 toi que l\u2019heure o\u00f9 tu te meus,<br \/>\nTriste ou gai, sage ou fou, dans l\u2019affreux tout brumeux !<br \/>\nGoutte d\u2019eau, quand la mer s\u2019ouvre, \u00e0 quoi bon la lutte ?<br \/>\nPrends ce que ton destin a de clair, la minute,<br \/>\nAvril quand il sourit, la fleur quand elle \u00e9cl\u00f4t.<br \/>\nLaisse au gouffre \u00e9ternel rouler l\u2019\u00e9ternel flot.<br \/>\nVis, meurs.<\/p>\n<p> \u00ab Tu veux un Dieu, toi l\u2019homme, afin d\u2019en \u00eatre.<br \/>\nSi tu veux l\u2019infini, c\u2019est pour y repara\u00eetre.<br \/>\nQuoi ! vivre avant la vie et vivre apr\u00e8s la mort !<br \/>\nTraverser toute l\u2019ombre immense avec ton sort !<br \/>\nQue ce cosmos, couvert du voile bab\u00e9lique,<br \/>\nDe ton moi mis\u00e9rable \u00e0 jamais se complique !<br \/>\nQue tout ce que r\u00e9git l\u2019inconcevable loi<br \/>\nSoit n\u00e9cessairement un compos\u00e9 de toi !<br \/>\nQue tu n\u2019en puisses point \u00eatre absent ! que tu fasses,<br \/>\nToujours vivant, le fond de toutes ces surfaces !<br \/>\nQue jamais l\u2019\u00eatre humain, ray\u00e9, clos, aboli,<br \/>\nNe s\u2019appelle tr\u00e9pas et ne se nomme oubli !<br \/>\nQuoi ! ce qu\u2019a re\u00e7u l\u2019homme, il ne doit pas le rendre !<br \/>\nIl est ; donc il sera ! Quoi, l\u2019homme, cette cendre<br \/>\nSur qui le vent de vie obscur\u00e9ment souffla,<br \/>\n\u00catre quelqu\u2019un ! Quel r\u00eave absurde fais-tu l\u00e0 !<br \/>\nCe monde est-il ? Qui sait ? N\u2019est-il pas ? C\u2019est possible.<br \/>\nTout flotte. Le certain n\u2019est pas dans le visible.<br \/>\nMais toi, fourmi, ciron, grain de poussi\u00e8re, avoir<br \/>\nUne place quelconque en ce grand chaos noir !<br \/>\nVain songe du n\u00e9ant dont ton orgueil est dupe !<br \/>\nVas-tu croire qu\u2019un Dieu \u2014 s\u2019il existe \u2014 s\u2019occupe<br \/>\nDe toi, larve ! et qu\u2019il veille et m\u00e9dite, agit\u00e9<br \/>\nPar l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re au fond de son \u00e9ternit\u00e9 !<\/p>\n<p>\u00ab Mati\u00e8re ou pur esprit, bloc sourd ou dieu sublime,<br \/>\nLe monde, quel qu\u2019il soit, c\u2019est ce qui dans l\u2019ab\u00eeme<br \/>\nN\u2019a pas d\u00fb commencer et ne doit pas finir.<br \/>\nQuelle pr\u00e9tention as-tu d\u2019appartenir<br \/>\n\u00c0 l\u2019unit\u00e9 supr\u00eame et d\u2019en faire partie,<br \/>\nToi, fuite ! toi monade en naissant engloutie,<br \/>\nQui jettes sur le gouffre un regard insens\u00e9,<br \/>\nEt qui meurs quand le cri de ta vie est pouss\u00e9 !<\/p>\n<p>\u00ab Ah ! triste Adam, flocon qui fonds presque avant d\u2019\u00eatre,<br \/>\nLugubre humanit\u00e9, n\u2019est-ce pas trop de na\u00eetre ?<br \/>\nN\u2019est-ce pas trop d\u2019avoir \u00e0 vivre, en v\u00e9rit\u00e9,<br \/>\n\u00d4 morne genre humain, bref, rapide, emport\u00e9 !<br \/>\nIl ne te suffit pas, quoique ta fange souffre,<br \/>\nD\u2019appara\u00eetre une fois dans la lueur du gouffre !<br \/>\nL\u2019homme \u00e9ternel, voil\u00e0 ce que l\u2019homme comprend.<br \/>\nTu demandes au ciel, au grand ciel ignorant<br \/>\nQui t\u2019assourdit de foudre et t\u2019aveugle d\u2019\u00e9toiles,<br \/>\nQuel fil te noue, \u00f4 mouche, \u00e0 ses \u00e9normes toiles,<br \/>\nComment il tient \u00e0 l\u2019homme, et quel est ce lien ?<br \/>\nTu devrais te sentir pourtant tellement rien<br \/>\nQu\u2019avec ce vil n\u00e9ant que tu nommes ta sph\u00e8re<br \/>\nLe ciel \u2014 en supposant qu\u2019il soit \u2014 n\u2019a rien \u00e0 faire !<br \/>\nTout ce qu\u2019il peut cacher, couver ou contenir,<br \/>\nEst hors de toi, qui n\u2019as qu\u2019un soir pour avenir.<br \/>\n\u00d4 le risible effort de rattacher ce d\u00f4me<br \/>\nDe prodige, d\u2019horreur et d\u2019ombre \u00e0 ton atome !<br \/>\nQuel besoin as-tu donc d\u2019\u00eatre de l\u2019univers ?<br \/>\nChair promise au tombeau, contente-toi des vers !<\/p>\n<p>\u00ab Et d\u2019ailleurs, \u00e0 quoi bon avoir un personnage<br \/>\nDans ce myst\u00e9rieux et fatal engrenage ?<br \/>\n\u00c0 quoi bon \u00eatre un pli dans ces flux et reflux<br \/>\nQui font effort pour \u00eatre et d\u00e9j\u00e0 ne sont plus ?<br \/>\n\u00c0 quoi bon \u00eatre un chiffre et compter dans la foule<br \/>\nQui n\u2019est que de l\u2019\u00e9cume ajout\u00e9e \u00e0 la houle ?<br \/>\nRegarde : tout est vain, fuyant, triste, inou\u00ef.<br \/>\nAvant d\u2019\u00eatre apparu, tout est \u00e9vanoui.<br \/>\nCes groupes de soleils, de globes, de plan\u00e8tes,<br \/>\nMoins fun\u00e8bres peut-\u00eatre ou plus noirs que vous n\u2019\u00eates ;<br \/>\nCe zodiaque obscur qui jamais ne finit<br \/>\nDe descendre au nadir, de monter au z\u00e9nith ;<br \/>\nCes Jupiters, ces Mars, ces V\u00e9nus, ces Saturnes,<br \/>\nQui semblent des \u00e9dens ou des bagnes nocturnes,<br \/>\nEt qu\u2019on r\u00eave peupl\u00e9s d\u2019anges ou de d\u00e9mons<br \/>\nD\u2019apr\u00e8s l\u2019ombre que font sur leur face les monts ;<br \/>\nCes visions de cieux que rougit ou que dore<br \/>\nTant\u00f4t le soir sanglant, tant\u00f4t la fauve aurore ;<br \/>\nCes lunes dont on voit l\u2019\u00e9pouvantable flanc ;<br \/>\nCes bl\u00eames tourbillons, ces ab\u00eemes roulant<br \/>\nDes apparitions de mondes dans leurs vagues ;<br \/>\nCette succession de cr\u00e9ations vagues<br \/>\nQu\u2019on aper\u00e7oit au fond des gouffres entr\u2019ouverts ;<br \/>\nCet enchev\u00eatrement d\u2019astres et d\u2019univers<br \/>\nDont la s\u00e9rie immense et p\u00e2le se d\u00e9vide<br \/>\nDans le ciel, dit Platon ; Pyrrhon dit : dans le vide ;<br \/>\nSpectres qui n\u2019ont entre eux rien de commun, sinon<br \/>\nQu\u2019un cha\u00eenon tra\u00eene et tire \u00e0 lui l\u2019autre cha\u00eenon ;<br \/>\nCes constellations confus\u00e9ment tourn\u00e9es<br \/>\nPar la roue invisible et sombre des ann\u00e9es,<br \/>\nEt qui te feraient peur si nous p\u00e9n\u00e9trions<br \/>\nJusqu\u2019aux profonds azurs de leurs septentrions ;<br \/>\nCes masques effrayants d\u2019une vie inconnue<br \/>\nQu\u2019entrevoit le songeur au-del\u00e0 de la nue ;<br \/>\nCes firmaments qu\u2019on sonde et dont on n\u2019est pas s\u00fbr ;<br \/>\nL\u2019a\u00e9rolithe, errant en foule dans l\u2019azur,<br \/>\nPlus nombreux que l\u2019abeille au sommet de l\u2019Hym\u00e8te,<br \/>\nLe m\u00e9t\u00e9ore au vol furieux, la com\u00e8te<br \/>\nQui s\u2019\u00e9vade d\u2019un ciel comme d\u2019un cabanon,<br \/>\nTous ces mondes ne sont que les formes, sans nom<br \/>\nDe l\u2019obscurit\u00e9 vaste et morne des espaces ;<br \/>\nEt que gagneras-tu, toi, pauvre esprit qui passes,<br \/>\nQuand tu m\u00ealeras l\u2019homme, et son trouble, et son bruit,<br \/>\n\u00c0 ces n\u0153uds de fum\u00e9e ondoyant dans la nuit ?<\/p>\n<p>\u00ab Dieu n\u2019est pas. Nie et dors. Tu n\u2019es pas responsable.<br \/>\nRis de l\u2019inaccessible, \u00e9tant l\u2019insaisissable.<br \/>\nSois humble, pas de ciel. Pas d\u2019enfer, sois content.<br \/>\nFais ce que tu voudras. Personne ne t\u2019attend.<br \/>\nJ\u2019ai dit. \u2014 \u00bb<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Soit. Plus d\u2019enfer. \u2014<\/p>\n<p>Mais rien apr\u00e8s la vie,<br \/>\nRien avant ; la lueur des t\u00e9n\u00e8bres suivie ;<br \/>\nTout ramen\u00e9 pour l\u2019homme \u00e0 l\u2019instinct animal ;<br \/>\nLe bien n\u2019ayant pas plus raison contre le mal<br \/>\nQue le tropique n\u2019a raison contre le p\u00f4le ;<br \/>\nDe Sade, triomphant, raillant Vincent de Paule ;<br \/>\nTout r\u00e9duit \u00e0 l\u2019atome inerte, inconscient,<br \/>\nSourd, tant\u00f4t tourmenteur et tant\u00f4t patient ;<br \/>\nTout dans les app\u00e9tits et dans les \u00e9pigastres ;<br \/>\nPar l\u2019aube, par le jour, par la nuit, par les astres,<br \/>\nPar l\u2019univers, sur l\u2019homme ouvert et referm\u00e9,<br \/>\nSocrate d\u00e9menti, Lacenaire affirm\u00e9 ;<br \/>\nPour tout dogme : \u2015 \u00ab Il n\u2019est point de vertus ni de vices ;<br \/>\n\u00ab Sois tigre, si tu peux. Pourvu que tu jouisses,<br \/>\n\u00ab Vis n\u2019importe comment pour finir n\u2019importe o\u00f9 ; \u00bb \u2015<br \/>\nCaligula le sage, Aristide le fou ;<br \/>\nJ\u00e9sus-Christ et Judas d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9s ensemble,<br \/>\nPuis rem\u00eal\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre \u00e9ternelle qui tremble,<br \/>\nSans que l\u2019atome, au fond de l\u2019\u00eatre ou tout p\u00e9rit,<br \/>\nSache s\u2019il fut Judas ou s\u2019il fut J\u00e9sus-Christ ! \u2015<\/p>\n<p>Oui, c\u2019est vrai, plus d\u2019enfer, r\u00eave hideux de Rome,<br \/>\nPlus d\u2019affreux punisseur r\u00f4dant derri\u00e8re l\u2019homme.<\/p>\n<p>Mais tout nivelant tout ; je croyais, tu niais,<br \/>\nQu\u2019importe ! l\u2019honneur sot, le martyre niais ;<br \/>\nPas d\u2019\u00e2me ; pas de moi qui survive et qui dure ;<br \/>\nL\u2019inf\u00e2me \u00e9galit\u00e9 de l\u2019astre et de l\u2019ordure ;<br \/>\nLa pourriture, \u00f4 deuil ! reprenant tout Brutus ;<br \/>\nC\u2019est-\u00e0-dire pas plus d\u2019astres que de vertus ;<br \/>\nL\u2019azur roulant, aux plis de ses t\u00e9n\u00e9breux voiles,<br \/>\nDans un spectre de ciel des fant\u00f4mes d\u2019\u00e9toiles ! \u2015<\/p>\n<p>Oui, c\u2019est vrai, plus de fourche au poing de Lucifer,<br \/>\nPlus d\u2019\u00e9ternel b\u00fbcher flamboyant, plus d\u2019enfer.<\/p>\n<p>Mais l\u2019atome Attila, fatal, irresponsable,<br \/>\nComme l\u2019atome feu, comme l\u2019atome sable,<br \/>\nInnocent, ne pouvant pas plus \u00eatre accus\u00e9<br \/>\nPour un peuple aboli, pour un monde \u00e9cras\u00e9<br \/>\nQue l\u2019un d\u2019\u00e9boulement et l\u2019autre d\u2019incendie ;<br \/>\nQue Job racle sa plaie et qu\u2019Hom\u00e8re mendie,<br \/>\nTrimalcion les vaut, faisant un bon repas ;<br \/>\nMarc-Aur\u00e8le ? \u00c0 quoi bon ? Tib\u00e8re ? Pourquoi pas ?<br \/>\nN\u00e9ron, Trajan, ce n\u2019est qu\u2019une forme qui flotte ;<br \/>\nCe que vous nommez czar, tyran, bourreau, despote,<br \/>\nMange de l\u2019homme ainsi que vous mangez du pain ;<br \/>\nApr\u00e8s ? Pour le grand tout, qui vous permet la faim,<br \/>\nUn grain de bl\u00e9 m\u00fbr p\u00e8se autant que Caton libre ;<br \/>\nTout rentre dans l\u2019immense et tranquille \u00e9quilibre<br \/>\nD\u00e8s que le pain est mort et l\u2019homme dig\u00e9r\u00e9.<br \/>\nDemain le d\u00e9vorant sera le d\u00e9vor\u00e9 ;<br \/>\nL\u2019atome qui fut aigle, \u00e9perdu, fuira l\u2019aile<br \/>\nDe l\u2019atome qui fut colombe ou tourterelle ;<br \/>\nLes transformations du gouffre \u00e9craseront,<br \/>\nRoi, ce qui fut ton pied sous ce qui fut mon front ;<br \/>\nL\u2019agneau devenu loup teindra de sang sa griffe,<br \/>\nEt ce sera le tour de Christ d\u2019\u00eatre Ca\u00efphe,<br \/>\nSans m\u00eame que ce soit revanche et ch\u00e2timent,<br \/>\nNul n\u2019ayant conscience en dehors du moment,<br \/>\nLe fil \u00e9tant rompu d\u2019un avatar \u00e0 l\u2019autre.<br \/>\nQu\u2019appelez-vous faux, vrai, droit ou devoir ? L\u2019ap\u00f4tre,<br \/>\nLe bourreau, le h\u00e9ros, le tra\u00eetre, tout est vain.<\/p>\n<p>Oh ! que rien ne soit plus bon, grand, sacr\u00e9, divin ;<br \/>\nQue tout soit le hasard, l\u2019\u00e9bauche, le d\u00e9combre,<br \/>\nL\u2019\u00e9closion du pou dans les cheveux de l\u2019ombre ;<br \/>\nQue la cr\u00e9ation, ivre d\u2019obscurit\u00e9,<br \/>\nSoit idiote, et n\u2019ait \u00e0 son extr\u00e9mit\u00e9<br \/>\nRien qu\u2019on puisse nommer amour, raison, justice ;<br \/>\nQu\u2019apr\u00e8s avoir vomi, lugubre, elle engloutisse ;<br \/>\nEt n\u2019ait pour r\u00e9sultat, en souffrant, en cr\u00e9ant,<br \/>\nQue de donner un peu de vermine au n\u00e9ant ;<br \/>\nQu\u2019il ne soit pas prouv\u00e9 que cette terre, en somme,<br \/>\nSent la d\u00e9mangeaison de la vie et de l\u2019homme ;<br \/>\nQu\u2019il ne soit nulle part d\u2019id\u00e9al, ni de loi ;<br \/>\nQue tout soit sans r\u00e9ponse et demande pourquoi ;<br \/>\nQue l\u2019\u00eatre, en supposant que l\u2019ab\u00eeme livide<br \/>\nNe nous recrache pas ce mot sinistre et vide,<br \/>\nSe r\u00e9solve, au milieu d\u2019un vain frisson qui fuit,<br \/>\nEn un fourmillement aveugle dans la nuit ;<br \/>\nQue le fond noir de tout rampe, et soit quelque chose<br \/>\nQui ne sait pas, qui luit sans jour, qui va sans cause,<br \/>\nUn hideux bloc abstrait, pas m\u00eame une prison,<br \/>\nUne esp\u00e8ce de mort \u00e9norme, sans raison<br \/>\nPour entrer dans la nuit, pour sortir de la tombe,<br \/>\nUn vague tournoiement de poussi\u00e8re qui tombe\u2026 \u2014<br \/>\nQuoi ! lorsqu\u2019on s\u2019est aim\u00e9, pleurs et cris superflus,<br \/>\nNe jamais se revoir, jamais, jamais ! ne plus<br \/>\nSe donner rendez-vous au del\u00e0 de la vie !<br \/>\nQuoi ! la petite t\u00eate \u00e9blouie et ravie,<br \/>\nL\u2019enfant qui souriait et qui s\u2019en est all\u00e9,<br \/>\nM\u00e8res, c\u2019est de la nuit ! cela s\u2019est envol\u00e9 !<br \/>\nQuoi ! toi que j\u2019aime, toi qui me fais de l\u2019aurore,<br \/>\nFemme par qui je sens en moi l\u2019archange \u00e9clore,<br \/>\nQuoi ! le n\u00e9ant rira quand, p\u00e2le, je dirai :<br \/>\n\u2014 Attends-moi, je te suis, je viens, \u00eatre ador\u00e9 !<br \/>\nPr\u00e9pare-moi ma place en ton lit solitaire ! \u2015<br \/>\nQuoi ! le seul lieu qu\u2019on ait besoin d\u2019aimer sur terre<br \/>\nEt de sentir vivant, le tombeau, serait mort !<br \/>\nEn pr\u00e9sence des cieux, quoi ! l\u2019esp\u00e9rance a tort !<br \/>\nLe deuil qui tord mon c\u0153ur en exprime un mensonge !<br \/>\nPas d\u2019avenir ! un vide o\u00f9 l\u2019\u0153il \u00e9gar\u00e9 plonge !<br \/>\nFosse en la profondeur, linceul sur la hauteur !<br \/>\nPour mouvement la vie et la mort pour moteur !<br \/>\nLa c\u00e9cit\u00e9, tournant sans but sur elle-m\u00eame,<br \/>\nEngendre la lumi\u00e8re, imposture supr\u00eame ;<br \/>\nL\u2019\u00eatre inutilement s\u2019\u00e9l\u00e8ve et se d\u00e9truit ;<br \/>\nLe monde croule au gr\u00e9 d\u2019une haleine de nuit ;<br \/>\nLe vent est l\u2019enveloppe obscure de la brume ;<br \/>\nPour s\u2019\u00e9teindre \u00e0 jamais un instant on s\u2019allume ;<br \/>\nTout est l\u2019horrible roue, et Rien le cabestan !\u2026<br \/>\nRien !<\/p>\n<p>Oh ! reprends ce Rien, gouffre, et rends-nous Satan !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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