{"id":9790,"date":"2025-04-18T15:59:57","date_gmt":"2025-04-18T13:59:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9790"},"modified":"2025-04-18T15:59:57","modified_gmt":"2025-04-18T13:59:57","slug":"philosophie","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/philosophie\/","title":{"rendered":"Philosophie"},"content":{"rendered":"<p>Homme, qu\u2019est-ce que c\u2019est que tes c\u00e9r\u00e9monies<br \/>\nMis\u00e9rables, devant les choses infinies ?<br \/>\n\u00c0 quoi bon tes poeans, tes chants, tes hosannas ?<br \/>\nPourquoi, n\u2019ayant pas plus de jours que tu n\u2019en as,<br \/>\nPrier au pied d\u2019un tas d\u2019autels contradictoires ?<br \/>\nQuelle manie, atome en proie aux purgatoires,<br \/>\nAs-tu d\u2019interpeller les cieux ? et quel besoin<br \/>\nDe prendre l\u2019invisible et l\u2019obscur \u00e0 t\u00e9moin ?<br \/>\nCrois-tu f\u00e9conder l\u2019Ombre en y semant des rites,<br \/>\nDes formules de nuit sur du brouillard transcrites ?<br \/>\nT\u2019imagines-tu donc, \u00eatre aux songes born\u00e9s,<br \/>\nQue, lorsqu\u2019avec tes yeux, tes oreilles, ton nez,<br \/>\nTu b\u00e2tis un f\u00e9tiche ayant ta ressemblance,<br \/>\nEn t\u2019adressant au vide insondable, au silence,<br \/>\nAu myst\u00e8re, \u00e0 l\u2019horreur, tu les am\u00e8neras<br \/>\n\u00c0 lui faire des pieds quand tu lui fais des bras ?<br \/>\nTe figures-tu pas que le gouffre, o\u00f9 Socrate,<br \/>\nLes druides d\u2019Armor, les mages de l\u2019Euphrate,<br \/>\nJean de Patmos, et Dante, et Thal\u00e8s ont fr\u00e9mi,<br \/>\nEntrera pour sa part, et de compte \u00e0 demi,<br \/>\nDans la formation de quelque \u00eatre inutile<br \/>\nQue la r\u00e9alit\u00e9 de toutes parts mutile ?<br \/>\nQuiconque, ap\u00f4tre, augure, ou barde au large front,<br \/>\nForge un Dieu de son mieux et l\u2019offre au ciel profond,<br \/>\nN\u2019aper\u00e7oit que la brume et la noirceur confuse<br \/>\nDu firmament sinistre et calme, qui refuse ;<br \/>\nL\u2019homme a beau pr\u00e9senter un Dieu, pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9<br \/>\nDans son aveuglement et dans sa surdit\u00e9,<br \/>\nQue ce Dieu soit indou, pa\u00efen, grec ou biblique,<br \/>\nL\u2019ombre ne donne pas \u00e0 l\u2019homme la r\u00e9plique ;<br \/>\nSans \u00e9cho, sans qu\u2019un signe ait paru dans l\u2019\u00e9ther,<br \/>\nL\u2019\u00catre a vu par Orph\u00e9e enfanter Jupiter,<br \/>\nAllah par Mahomet, Jehovah par Mo\u00efse ;<br \/>\nLa n\u00e9gation triste est dans le vide assise ;<br \/>\nLe pr\u00eatre par l\u2019ab\u00eeme est toujours \u00e9conduit ;<br \/>\nL\u2019immobilit\u00e9 grave et morne de la nuit<br \/>\nSuffit au Tout lugubre, et le gouffre n\u2019invente<br \/>\nAucune idole, ayant l\u2019\u00e9ternelle \u00e9pouvante.<\/p>\n<p>Ah ! tu montes vers l\u2019ombre avec un Dieu tout fait.<br \/>\nQue Dieu soit. Ton n\u00e9ant de grandeur le rev\u00eat ;<br \/>\nTa nuit lui pose au front l\u2019aurore \u00e9blouissante ;<br \/>\nPuis au-dessous de lui tu mets une descente<br \/>\nD\u2019anges, d\u2019\u00eatres ayant l\u2019azur pour point d\u2019appui,<br \/>\nD\u00e9croissant jusqu\u2019\u00e0 toi, puis croissant jusqu\u2019\u00e0 lui.<br \/>\nIl te faut ta s\u00e9rie allant du ciel \u00e0 terre ;<br \/>\nTu veux d\u2019un seul regard embrasser le myst\u00e8re ;<br \/>\nVoir le point d\u2019arriv\u00e9e et le point de d\u00e9part ;<br \/>\nTu veux dire : voici la moiti\u00e9, puis le quart ;<br \/>\nCompter les \u00e9chelons ; tu r\u00eaves ce quadrille :<br \/>\nDieu, puis l\u2019archange, et l\u2019homme en regard du mandrille ;<br \/>\nEh bien, non. Tout n\u2019est qu\u2019Un. Sache, \u00f4 sombre \u00e9colier,<br \/>\nQu\u2019on ne monte pas Dieu comme ton escalier ;<br \/>\nIl est dans une ruche aussi bien que dans Rome ;<br \/>\nLe ver n\u2019est pas plus loin de l\u2019infini que l\u2019homme.<\/p>\n<p>Nous autres les songeurs que d\u00e9vorent la faim<br \/>\nEt la soif de conna\u00eetre, et qui, sans peur, sans fin,<br \/>\nCreusons l\u2019\u00e9ternit\u00e9 formidable et candide,<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 noir, ainsi que du c\u00f4t\u00e9 splendide<br \/>\nO\u00f9 l\u2019on voit tant de vie et de flamme abonder,<br \/>\nNous avons beau guetter, contempler, regarder,<br \/>\nObserver, \u00e9pier, jamais nous n\u2019aper\u00e7\u00fbmes<br \/>\nPas plus ce que tu crois que ce que tu pr\u00e9sumes.<br \/>\nConna\u00eetre \u00e0 fond Celui qui Vit, ses attributs,<br \/>\nSon essence, sa loi, son pouvoir, \u2014 de tels buts<br \/>\nSont plus hauts que l\u2019effort de l\u2019homme qui tr\u00e9passe.<br \/>\nLes invisibles sont. Ils emplissent l\u2019espace,<br \/>\nIls peuplent la lumi\u00e8re, ils parlent dans les bruits ;<br \/>\nMais ne ressemblent point \u00e0 ce que tu construis.<\/p>\n<p>Renonce \u00e0 fatiguer le r\u00e9el de tes songes ;<br \/>\nL\u2019Ombre, en bas comme en haut, repousse tes mensonges ;<br \/>\nLe tonnerre n\u2019est pas l\u2019ami ni l\u2019ennemi<br \/>\nDe ton Dieu que ne hait ni n\u2019aime la fourmi ;<br \/>\nQuand ta d\u00e9votion dresse un temple et s\u2019y mure,<br \/>\nL\u2019ouragan en ricane et l\u2019abeille en murmure\u2019;<br \/>\nTu n\u2019es pas moins raill\u00e9 du nain que du g\u00e9ant ;<br \/>\nTes dragons sont d\u2019airain, tes dieux sont de n\u00e9ant ;<br \/>\nTu peux les ciseler, mais non les faire vivre ;<br \/>\nL\u2019oiseau craint le serpent et perche sur ta guivre ;<br \/>\nSculpte tes d\u00e9it\u00e9s ! dans leurs yeux de granit<br \/>\nLe vautour fait sa fiente et le crapaud son nid !<\/p>\n<p>Toi-m\u00eame tu rirais, si tu pouvais conna\u00eetre<br \/>\n\u00c0 quel point tu ne peux, homme, rien faire na\u00eetre,<br \/>\nRien construire en dehors des formes que tu vois ;<br \/>\n\u00c0 quel point tous tes arts, travaillant \u00e0 la fois,<br \/>\nTes peintres, tes sculpteurs, sont nuls pour rien produire<br \/>\nHors du cercle o\u00f9 tu vois un jour p\u00e2le te luire ;<br \/>\nJusqu\u2019o\u00f9 sont pu\u00e9rils tes r\u00eaves d\u00e9lirants ;<br \/>\nQuelle est, pour inventer, l\u2019enfance des plus grands ;<br \/>\nCombien est inf\u00e9cond Rembrandt, et dans quel lange<br \/>\nSont encor Phidias, Rubens et Michel-Ange !<br \/>\nLa nature, l\u2019a\u00efeule aux mille sombres voix<br \/>\nRugissantes parmi les antres et les bois,<br \/>\nLa nourrice des loups, des ours et des panth\u00e8res,<br \/>\n\u00c0 des dessous profonds peupl\u00e9s de noirs myst\u00e8res<br \/>\nQui te feraient p\u00e2lir si tu les p\u00e9n\u00e9trais,<br \/>\nEt, dans l\u2019\u00e9normit\u00e9 des eaux et des for\u00eats,<br \/>\nRiche en monstres, n\u2019a pas besoin de tes chim\u00e8res.<br \/>\nCrois-tu pas qu\u2019\u00e9pousant tes songes \u00e9ph\u00e9m\u00e8res,<br \/>\nElle accepte ton hydre ou ta licorne, ayant<br \/>\nSon tigre, son lion au regard flamboyant,<br \/>\nEt son hippopotame horrible, et qu\u2019elle abdique<br \/>\nSon grand aigle des monts pour ton aigle h\u00e9raldique ?<br \/>\nAh ! pauvre homme inutile et fou sous le ciel bleu,<br \/>\nTu ne peux faire un monstre et tu veux faire un Dieu !<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Et puis quand tu l\u2019auras, fort bien, que tu lui fasses<br \/>\nDeux sexes comme \u00e0 F\u00f4, comme \u00e0 Janus deux faces,<br \/>\nQue tu l\u2019ornes d\u2019un tas de titres et de noms,<br \/>\nLe voil\u00e0 sur ses pieds, c\u2019est Dieu, nous le tenons,<br \/>\nO\u00f9 le mettre ? En quel gouffre, homme ? ou dans quelle sph\u00e8re ?<br \/>\nPerceras-tu, toi l\u2019homme, un trou dans la lumi\u00e8re<br \/>\nPour y loger ce Dieu que ton esprit forma<br \/>\nD\u2019un peu de Jupiter et d\u2019un peu de Brahma ?<br \/>\nCe Zeus, cet Allah, ce Pan, que tu fabriques<br \/>\nAvec tes passions f\u00e9roces et lubriques,<br \/>\nComment le mettras-tu dans les astres ? Quel clou<br \/>\nPrendras-tu pour clouer au fond des cieux Vishnou ?<br \/>\nFusses-tu second\u00e9 d\u2019Alc\u00e9e et de Terpandre,<br \/>\nDis, comment feras-tu pour fixer, pour suspendre,<br \/>\nEt pour faire tenir Erigone aux seins nus,<br \/>\n\u00c9rynnis, Astart\u00e9, Bellone, la V\u00e9nus,<br \/>\nCes buveuses de sang et ces prostitu\u00e9es,<br \/>\nDans la fa\u00e7ade \u00e9norme et p\u00e2le des nu\u00e9es ?<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Ah ! noir vivant, tu veux un Dieu ! Qu\u2019en feras-tu ?<br \/>\nAuras-tu moins d\u2019orgueil, homme, et plus de vertu ?<br \/>\nEmbrasseras-tu l\u2019homme ? aimeras-tu ton fr\u00e8re ?<br \/>\nDeviendras-tu flambeau ? briseras-tu la guerre,<br \/>\nCe vieux glaive \u00e9ternel d\u2019o\u00f9 d\u00e9goutte le sang ?<br \/>\nDis, jetteras-tu moins de pierres en passant<br \/>\nAux penseurs, aux h\u00e9ros, aux martyrs, aux ap\u00f4tres ?<br \/>\nLaisseras-tu, devant l\u2019affliction des autres,<br \/>\nEntrer la piti\u00e9 blanche et douce dans ton c\u0153ur ?<br \/>\nSeras-tu plus pensif, plus grave et moins moqueur,<br \/>\nSurtout pour les d\u00e9chus et pour les incurables ?<br \/>\nSeras-tu moins hautain devant les mis\u00e9rables,<br \/>\nPlus doux pour l\u2019insens\u00e9 qu\u2019entra\u00eenent ses penchants,<br \/>\nMoins grand pour les petits et meilleur aux m\u00e9chants ?<br \/>\nR\u00e9ponds, m\u00ealeras-tu, dis, un peu de tendresse,<br \/>\n\u00d4 juste, \u00e0 ta justice, \u00f4 sage, \u00e0 ta sagesse ?<br \/>\nFeras-tu gr\u00e2ce au monstre en pleurs, et seras-tu<br \/>\nUn Abel moins altier pour Ca\u00efn abattu ?<br \/>\nEt, si tu n\u2019es qu\u2019un monstre et qu\u2019un Ca\u00efn toi-m\u00eame,<br \/>\nViendras-tu t\u2019effarer \u00e0 la lueur supr\u00eame,<br \/>\nEt te prosterner, p\u00e2le, heureux, \u00e9pouvant\u00e9,<br \/>\nSous la prodigieuse et cl\u00e9mente clart\u00e9 ?<br \/>\nUn Dieu tient de la place, homme, dans une sph\u00e8re.<br \/>\nAvant d\u2019en vouloir un, il faut savoir qu\u2019en faire.<br \/>\nUn Dieu, quand ce n\u2019est pas un port, c\u2019est un p\u00e9ril.<br \/>\nAh ! la plupart du temps, s\u00e9nile et pu\u00e9ril,<br \/>\nImportunant les cieux, livide solitude,<br \/>\nTu veux un Dieu, de peur d\u2019en perdre l\u2019habitude,.<br \/>\nParce que du pass\u00e9 tu subis l\u2019ascendant,<br \/>\nTu veux un Dieu, pour rien, pour faire, en attendant<br \/>\nQue ton cadavre tombe au s\u00e9pulcre et pourrisse,<br \/>\nCe que ton p\u00e8re a fait, ce qu\u2019a fait ta nourrice,<br \/>\nPar ennui, pour sentir sur ta t\u00eate un patron,<br \/>\nPour avoir quelque chose \u00e0 mettre en ton juron.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Enfin te rends-tu compte un peu du vaste r\u00eave<br \/>\nO\u00f9 ton destin commence, o\u00f9 ton destin s\u2019ach\u00e8ve,<br \/>\nQu\u2019on nomme l\u2019univers, et qui flotte infini ?<br \/>\nEn vois-tu le c\u00f4t\u00e9 fatal, bless\u00e9, puni ?<br \/>\nLe lait coule, et le sang aussi ; l\u2019esprit s\u2019effraie.<br \/>\nSous la grande mamelle on voit la grande plaie.<br \/>\nLucine pleure ayant devant elle Atropos.<br \/>\nH\u00e9las ! h\u00e9las ! s\u2019il est quelqu\u2019un qui, sans repos,<br \/>\nCr\u00e9e, engendre et produit, homme, il est quelque chose<br \/>\nQui sans tr\u00eave d\u00e9truit, d\u00e9vore et d\u00e9compose.<br \/>\nCe fileur ne fait rien que pour ce d\u00e9chireur.<\/p>\n<p>Les \u00eatres sont \u00e9pars dans l\u2019indicible horreur.<br \/>\nL\u2019ombre en \u00e9touffe plus que le jour n\u2019en anime.<br \/>\nLa lumi\u00e8re s\u2019\u00e9puise \u00e0 traverser l\u2019ab\u00eeme ;<br \/>\nLes rayons dans l\u2019\u00e9ther s\u2019enfoncent \u00e9perdus ;<br \/>\nL\u2019obscurit\u00e9, vers qui tous les bras sont tendus,<br \/>\nLivide, est toujours l\u00e0 qui fait la nuit, et creuse<br \/>\nCe trou pour engloutir la clart\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse ;<br \/>\nQuoi que fasse l\u2019\u00e9toile et l\u2019aube \u00e0 l\u2019horizon,<br \/>\nTout n\u2019est qu\u2019une malsaine et nocturne prison ;<br \/>\nMalgr\u00e9 le vaste effort de l\u2019aurore, tout souffre ;<br \/>\nQuelle \u00e9paisseur de nuit ne faut-il pas au gouffre<br \/>\nPour amortir la fl\u00e8che \u00e9norme du soleil ?<br \/>\nEh bien, vois ! Mars est noir ; Saturne est-il vermeil ?<br \/>\nLes azurs sont brumeux, les plan\u00e8tes sont p\u00e2les.<br \/>\nQuant \u00e0 ton globe \u00e0 toi, des pleurs, des cris, des r\u00e2les.<br \/>\nTa sph\u00e8re a-t-elle un Dieu ? S\u2019il existe, il d\u00e9ment<br \/>\nSans cesse la beaut\u00e9, l\u2019astre, le firmament ;<br \/>\nQue ce Dieu donne un chant aux oiseaux, qu\u2019il rev\u00eate<br \/>\nLe rossignol de joie et d\u2019amour la fauvette,<br \/>\nQu\u2019importe s\u2019il les fait guetter par l\u2019\u00e9pervier !<br \/>\nSoi-m\u00eame s\u2019abhorrer, soi-m\u00eame s\u2019envier,<br \/>\nTelle est l\u2019obscure loi de l\u2019\u00eatre lamentable.<br \/>\nTon affreux ciel mugit comme un b\u0153uf dans l\u2019\u00e9table ;<br \/>\nQuant au genre humain, vois !<br \/>\nEsclaves et bourreaux,<br \/>\nVil tas de cendre ayant pour tisons les h\u00e9ros,<br \/>\nPaille \u00e9teinte d\u2019un souffle et d\u2019un souffle allum\u00e9e,<br \/>\nFoule qu\u2019on voit passer et dans de la fum\u00e9e<br \/>\nFuir apr\u00e8s qu\u2019on l\u2019a vue un instant se mouvoir !<br \/>\n\u00c0 peine en reste-t-il quelque chose de noir.<br \/>\nSes chefs n\u2019ont pas de but, ses dieux n\u2019ont pas de norme ;<br \/>\nRien que pour les nommer, son histoire est difforme ;<br \/>\nLes canons rempla\u00e7ant les chars arm\u00e9s de faulx,<br \/>\nDes tr\u00f4nes, des b\u00fbchers, d\u2019affreux arcs triomphaux,<br \/>\nDes profils de c\u00e9sars \u00e9questres sous des porches,<br \/>\nDe toutes ces lueurs l\u2019homme faisant des torches,<br \/>\nUn reflux d\u2019ombre apr\u00e8s un flux de libert\u00e9,<br \/>\nDe la haine et du bruit, voil\u00e0 l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nLa vie est de la nuit, la mort seule est lucide ;<br \/>\nLa science aboutit \u00e0 l\u2019\u00e2me suicide ;<br \/>\nTout ment ; et les esprits se blessent aux scalpels.<br \/>\nLes sens \u00e0 la raison font d\u2019obsc\u00e8nes appels ;<br \/>\nSur la chair cro\u00eet le vice, inf\u00e2me parasite ;<br \/>\nLe mal tente l\u2019esprit, l\u2019esprit tremblant h\u00e9site.<br \/>\nLa conscience est l\u00e0 pour r\u00e9gler ces d\u00e9bats ?<br \/>\nSoit. Mais a-t-elle peur ? pourquoi parler si bas ?<br \/>\nVois ton indignit\u00e9, dont tu fais ta victoire.<br \/>\nEst-il, bien que le ciel ait aussi sa nuit noire,<br \/>\nUn coin du firmament, d\u2019ombre ou d\u2019azur baign\u00e9,<br \/>\nQui ne jette sur l\u2019homme un regard indign\u00e9 ?<br \/>\nEst-il une vertu que l\u2019homme dans ses doutes<br \/>\nN\u2019ait fl\u00e9trie ou ni\u00e9e ? Interroge-les toutes.<br \/>\nDemande au d\u00e9vouement, au courage, \u00e0 l\u2019amour,<br \/>\nCe qu\u2019ils pensent de l\u2019homme, \u00e2pre et vil tour \u00e0 tour.<br \/>\nLa justice en a peur quand elle voit sa toge.<br \/>\nQuestionne sur lui la sagesse ; interroge<br \/>\nLa faiseuse d\u2019ingrats, la m\u00e8re au sein mordu,<br \/>\nLa bont\u00e9. Le devoir est un flambeau perdu.<br \/>\nQui grandit soudain penche, et qui na\u00eet p\u00e9riclite.<br \/>\n\u00d4 vivants, D\u00e9mocrite aussi bien qu\u2019H\u00e9raclite,<br \/>\nRabelais comme Job, Timon comme Pangloss,<br \/>\nTout s\u2019\u00e9croule en chim\u00e8re ou se fond en sanglots.<\/p>\n<p>L\u00e0, des p\u00f4les tombeaux, ici, des d\u00e9serts mornes<br \/>\nO\u00f9 r\u00f4dent le bubale et la vip\u00e8re \u00e0 cornes,<br \/>\nO\u00f9 le soleil emplit de venin les buissons,<br \/>\nO\u00f9 la lumi\u00e8re sert \u00e0 faire des poisons.<br \/>\nLe soir, comme un mourant les horizons bl\u00eamissent ;<br \/>\nCe globe, couvert d\u2019eaux et d\u2019arbres qui fr\u00e9missent,<br \/>\nEntrecoupe on ne sait quels cris et quels abois<br \/>\nDans un balancement de vagues et de bois.<br \/>\nTout menace et tout tremble ; et la mer accoutume<br \/>\nLa terre mis\u00e9rable \u00e0 l\u2019immense amertume.<br \/>\nHomme, ton univers a l\u2019air d\u2019\u00eatre inquiet.<br \/>\nDevant qui ? Tout s\u2019enfuit. Le jour craint, la nuit hait.<br \/>\nL\u2019\u00eatre est un bloc confus de masques et de bouches<br \/>\nM\u00eal\u00e9s lugubrement dans des effrois farouches ;<br \/>\nComme deux oiseaux noirs sans fin se poursuivant<br \/>\nL\u2019\u00e9clair \u00e9treint la nuit dans la fuite du vent,<br \/>\nEt la nature entr\u2019ouvre au fond de ces alarmes<br \/>\nSon \u0153il myst\u00e9rieux, noy\u00e9 de sombres larmes.<br \/>\nL\u2019\u00eatre est morne, odieux \u00e0 sonder, triste \u00e0 voir.<br \/>\nDe l\u00e0 les battements d\u2019ailes du d\u00e9sespoir.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Tu dis : \u2014 Je vois le mal, et je veux le rem\u00e8de.<br \/>\nJe cherche le levier, et je suis Archim\u00e8de. \u2014<br \/>\nLe rem\u00e8de est ceci : Fais le bien. Le levier,<br \/>\nLe voici : Tout aimer et ne rien envier.<br \/>\nHomme, veux-tu trouver le vrai ? cherche le juste.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Mais quant au dogme, neuf et jeune, ou vieux et fruste,<br \/>\nQuant aux saints fabliaux, quant aux religions<br \/>\nInoculant l\u2019erreur dans leurs contagions,<br \/>\nSemant les fictions, les terreurs, les pr\u00e9sages,<br \/>\nQuant \u00e0 tous ces docteurs, \u00e0 ces essaims de sages<br \/>\nQui vont l\u2019un maudissant ce que l\u2019autre a b\u00e9ni,<br \/>\nQui, volant, bourdonnant, harcelant l\u2019infini,<br \/>\nFeraient abriter Dieu sous une moustiquaire,<br \/>\nQuant au da\u00efri roi, quant au pape vicaire,<br \/>\nQuant \u00e0 tous ces korans que chaque \u00e2ge inventa,<br \/>\nEdda, Veda, Talmud, King ou Zend-Avesta,<br \/>\nCe n\u2019est qu\u2019une confuse et perverse m\u00eal\u00e9e ;<br \/>\nEn les \u00e9tudiant, \u00f4 pauvre \u00e2me aveugl\u00e9e,<br \/>\nTu n\u2019apprendras pas plus le r\u00e9el qu\u2019en cherchant<br \/>\n\u00c0 composer, avec des insultes, un chant !<\/p>\n<p>Et qu\u2019importe, apr\u00e8s tout, que l\u2019homme prie ou croie ;<br \/>\nQu\u2019avec son propre songe, inepte, il se foudroie ;<br \/>\nQu\u2019il adore le Tout informe, ou l\u2019esprit pur,<br \/>\nUne statue en bronze ou bien un pan d\u2019azur ;<br \/>\nQue l\u2019homme au ciel s\u2019\u00e9gare ou qu\u2019il se fanatise<br \/>\nAvec la fauve odeur des b\u00fbchers qu\u2019il attise ;<br \/>\nQue sa religion ait des pieds et des mains<br \/>\nEt des sens, et se livre aux app\u00e9tits humains,<br \/>\nOu soit vapeur, fum\u00e9e, ombre ; que dans l\u2019\u00e9glise<br \/>\nSon Dieu se p\u00e9trifie ou se volatilise ;<br \/>\nQue l\u2019homme, impur, s\u2019aveugle \u00e0 suivre n\u2019importe o\u00f9<br \/>\nTant\u00f4t l\u2019abstraction, tant\u00f4t le manitou ;<br \/>\nQue ce soit la chandelle ou l\u2019astre qu\u2019il contemple ;<br \/>\nQu\u2019il adore une id\u00e9e ou qu\u2019il adore un temple ;<br \/>\nQue, croyant voir des dieux, au fond des bois \u00e9pais,<br \/>\nIl nomme Arg\u00e8s l\u2019\u00e9clair, la foudre St\u00e9rop\u00e8s ;<br \/>\nQue, l\u2019un couch\u00e9 dans l\u2019or, l\u2019autre nu sur des nattes,<br \/>\nLe n\u00e8gre ait ses tabous et C\u00e9sar ses p\u00e9nates ;<br \/>\nQue le flamme encense en chlamyde de lin<br \/>\nLe morne Olympien, le noir Capitolin ;<br \/>\nQu\u2019on ait un Dieu hantant l\u2019alc\u00f4ve imp\u00e9riale,<br \/>\nUn pour le s\u00e9nateur, un pour le curiale ;<br \/>\nQue les dieux soient divers et mesur\u00e9s aux rangs,<br \/>\nPour l\u2019esclave petits et pour le ma\u00eetre grands ;<br \/>\nQu\u2019en l\u2019honneur d\u2019un Indra quelconque, le brahmine<br \/>\nSe laisse d\u00e9vorer vivant par la vermine ;<br \/>\nQu\u2019on se damne en car\u00eame \u00e0 manger du jambon ;<br \/>\nQue pour faire un saint Pierre un Jupiter soit bon,<br \/>\nEt que la foule, au fond des hautes basiliques,<br \/>\nUse un orteil pa\u00efen de baisers catholiques,<br \/>\nSi bien qu\u2019un vieux Tr\u00e8s-Haut ressert et se revend,<br \/>\nEt qu\u2019avec un dieu mort on b\u00e2cle un saint vivant ;<br \/>\nQu\u2019ainsi qu\u2019un terre-neuve attaque un boule-dogue,<br \/>\nLa mosqu\u00e9e en fureur morde la synagogue ;<br \/>\nQue Rome ait en d\u00e9dain Moscou ; que Borgia<br \/>\nSoit pour la Vierge et non pour la Panagia ;<br \/>\nQue les frontons sacr\u00e9s changent d\u2019hi\u00e9roglyphe ;<br \/>\nQue le blanc d\u2019Hildebrand soit le noir de Ca\u00efphe ;<br \/>\nQue l\u2019homme \u00e0 Mahomet donne un d\u00f4me \u00e9cras\u00e9,<br \/>\n\u00c0 Notre-Dame un ch\u0153ur fait en bois menuis\u00e9,<br \/>\nAu grand \u00e9l\u00e9phant blanc un \u00e9ventail de plumes ;<br \/>\nQu\u2019il ait ses dieux broch\u00e9s en plusieurs gros volumes ;<br \/>\nQu\u2019il discute si c\u2019est le Pinde, \u00e2pre coteau,<br \/>\nQui vit l\u2019hydre d\u00e9esse, Amphitrite C\u00e9to,<br \/>\nSortir de la mer bleue et triste, ou si l\u2019\u00c9lide<br \/>\nLa premi\u00e8re aper\u00e7ut l\u2019effroyable ann\u00e9lide ;<br \/>\nQu\u2019il donne Th\u00e8be aux sphinx et Tyr aux belz\u00e9buths ;<br \/>\nQu\u2019il appelle le jour Adonis ou Ph\u00e9bus ;<br \/>\nQu\u2019il \u00e9coute de Pan les invisibles fl\u00fbtes ;<br \/>\nQu\u2019il b\u00e2tisse un cromlech avec des pierres brutes,<br \/>\nOu fasse \u00e0 Phidias sculpter le Parth\u00e9non ;<br \/>\nQu\u2019il juche Dieu sur l\u2019aigle ou bien sur un \u00e2non ;<br \/>\nQu\u2019il serve le Baal avec la Baaltide ;<br \/>\nQu\u2019il soit \u00e9v\u00eaque, et propre, ou derviche, et f\u00e9tide,<br \/>\nVil caloyer barbu, beau diacre tonsur\u00e9,<br \/>\nTr\u00e8s r\u00e9v\u00e9rend ministre, ou monsieur le cur\u00e9 ;<br \/>\nQue la sottise autour du mensonge se groupe ;<br \/>\nQue le meilleur orf\u00e8vre, avec sa bonne loupe,<br \/>\nNe puisse distinguer les dieux vrais des dieux faux ;<br \/>\nQue le r\u00eave ait Endor, que la chair ait Paphos ;<br \/>\nQu\u2019avant de croire en Dieu, le genre humain le cr\u00e9e ;<br \/>\nQue sous la pression de la crainte sacr\u00e9e,<br \/>\nQue, sous la pesanteur des vagues r\u00e9gions,<br \/>\nLes superstitions et les religions<br \/>\nSortent de son esprit comme l\u2019eau des \u00e9ponges ;<br \/>\nQue, sans savoir pourquoi, dans un noir tas de songes,<br \/>\nIl choisisse tel dogme ou tel autre ; qu\u2019en bloc,<br \/>\nAcceptant Irmensul, il rejette Moloch ;<br \/>\nQu\u2019il adopte une idole inf\u00e2me et s\u2019en entiche,<br \/>\nFaisant le d\u00e9licat pour quelque autre f\u00e9tiche ;<br \/>\nQue, sur Dieu, pour savoir s\u2019il est de bonne humeur,<br \/>\nIl consulte le vent ou le flot en rumeur,<br \/>\nOu la flamme, ou l\u2019oiseau planant dans des temp\u00eates ;<br \/>\nQu\u2019il nourrisse ce Dieu de la viande des b\u00eates,<br \/>\nDe g\u00e2teaux sans levain ou de pain trois fois cuit,<br \/>\nQu\u2019est-ce que cela fait, homme, au puits de la nuit ?<br \/>\nQu\u2019est-ce que cela fait au pr\u00e9cipice \u00e9norme,<br \/>\nO\u00f9 la vie en de l\u2019ombre et du vent se transforme,<br \/>\nO\u00f9 le songeur hagard n\u2019aper\u00e7oit vaguement<br \/>\nQu\u2019un incommensurable et sombre \u00e9croulement,<br \/>\nO\u00f9 le jour, bl\u00eamissant dans les vides sans bornes,<br \/>\nMeurt dans l\u2019aveuglement des immensit\u00e9s mornes !<\/p>\n<p>Invente, si tu veux, toi, ta doctrine aussi,<br \/>\nEt quand tu l\u2019auras faite et construite, crois-y ;<br \/>\nCombine, tu le peux, d\u2019autres idol\u00e2tries.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces tourbillons de croyances fl\u00e9tries,<br \/>\nApr\u00e8s ces larves, Bel, Ammon, Janus, Rh\u00e9a,<br \/>\nOsiris, Odin, Thor, que la guerre cr\u00e9a,<br \/>\nCes enfers, ces \u00e9dens, ces cieux, ces r\u00eaveries,<br \/>\nEt les houris donnant la main aux walkyries,<br \/>\nHomme, apr\u00e8s le dieu b\u0153uf, apr\u00e8s le dieu dragon,<br \/>\nApr\u00e8s Chronos, apr\u00e8s Magog, apr\u00e8s Dagon,<br \/>\nApport\u00e9s, remport\u00e9s par les nuits grandissantes,<br \/>\nQu\u2019importe \u00e0 l\u2019infini livide que tu sentes<br \/>\nUne religion de plus, flottant au bord<br \/>\nDe tout ce que tu fais dans la brume du sort,<br \/>\nPromener sur ton front son souffle de fant\u00f4me,<br \/>\nEt, dans l\u2019ombre sans forme, o\u00f9 tu r\u00eaves un d\u00f4me,<br \/>\nDans le ciel, plus menteur et plus noir que la mer,<br \/>\nUn Dieu de plus passer sur le poil de ta chair !<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Toute religion, homme, est un exemplaire<br \/>\nDe l\u2019impuissance ayant pour appui la col\u00e8re.<\/p>\n<p>Toute religion est un avortement<br \/>\nDu r\u00eave humain devant l\u2019\u00eatre et le firmament ;<br \/>\nLe dogme, quel qu\u2019il soit, juif ou grec, rapetisse<br \/>\n\u00c0 sa taille le vrai, l\u2019id\u00e9al, la justice,<br \/>\nLa lumi\u00e8re, l\u2019azur, l\u2019ab\u00eeme, l\u2019unit\u00e9 ;<br \/>\nIl coupe l\u2019absolu sur sa bri\u00e8vet\u00e9 ;<br \/>\nTous les cultes ne sont, \u00e0 Memphis comme \u00e0 Rome,<br \/>\nQue des r\u00e9ductions de l\u2019\u00e9ternel sur l\u2019homme,<br \/>\nFragments d\u2019indivisible, ombres de la clart\u00e9,<br \/>\nMasques de l\u2019infini pris sur l\u2019humanit\u00e9.<br \/>\nLeur tonnerre est un bras qui lance un dard de soufre ;<br \/>\nLeur cercle n\u2019admet pas l\u2019immensit\u00e9 ; leur gouffre<br \/>\nEst combl\u00e9 d\u2019un Odin ou d\u2019un Adona\u00ef.<\/p>\n<p>Eh bien, penseurs, niez Olympe et Sina\u00ef ;<br \/>\nAu lieu de ce vain ciel qui sur un mont s\u2019appuie,<br \/>\nEt d\u2019\u00c9ole trouant les outres\u2019de la pluie,<br \/>\nEt des quatre chevaux d\u2019Apollon hennissant<br \/>\nDe joie et de fureur vers la nuit qui descend ;<br \/>\nAu lieu de ces palais de nuage et de flammes<br \/>\nO\u00f9 flottent, transparents, des dieux hommes et femmes,<br \/>\nO\u00f9, les foudres au poing, r\u00f4dent tous ces fl\u00e9aux<br \/>\nQue l\u2019homme appelle Allah, Sabaoth, F\u00f4, Th\u00e9os ;<br \/>\nAu lieu de l\u2019\u00e9l\u00e9phant pontifical qui groupe<br \/>\nsur sa t\u00eate les cieux et l\u2019enfer sur sa croupe ;<br \/>\nAu lieu de cette mer du d\u00e9sert t\u00e9n\u00e9breux<br \/>\nQui laisse fuir Mo\u00efse et passer les H\u00e9breux<br \/>\nEntre ses flots ainsi qu\u2019entre deux murs de verre ;<br \/>\nAu lieu de cette lune \u00e9trange du Calvaire,<br \/>\nToute rouge du sang que J\u00e9sus a su\u00e9 ;<br \/>\nAu lieu du faux soleil qu\u2019arr\u00eate Josu\u00e9,<br \/>\nEt de l\u2019eau sur laquelle un Christ \u00e9toile marche,<br \/>\nMontrez aux bonzes noirs, gardant le temple et l\u2019arche,<br \/>\nQuoi ? la R\u00e9alit\u00e9, ce prodige inou\u00ef,<br \/>\nLa lumi\u00e8re, ce vaste aspect \u00e9panoui,<br \/>\nLa mort cr\u00e9ant la vie, et transformant la tombe<br \/>\nEn cr\u00e8che o\u00f9 fait son nid l\u2019\u00e2me, cette colombe,<br \/>\nLe miracle des gaz, des forces, des aimants,<br \/>\nL\u2019infini t\u00e9n\u00e9breux, plein d\u2019\u00e9blouissements,<br \/>\nL\u2019ombre ayant des soleils plus que la mer n\u2019a d\u2019ondes,<br \/>\nLa confrontation formidable des mondes,<br \/>\nL\u2019\u00e9toile, astre central, et la terre tournant,<br \/>\nL\u2019homme, atome perdu dans ce tout rayonnant,<br \/>\nLes com\u00e8tes, les feux, les souffles, les bolides,<br \/>\nLes sph\u00e8res tourbillons et les globes solides,<br \/>\nLes univers sans fin, splendides visions,<br \/>\nEt les cr\u00e9ations et les cr\u00e9ations ;<br \/>\nMontrez les profondeurs saintes ; montrez aux pr\u00eatres<br \/>\nLes ab\u00eemes de vie et les oc\u00e9ans d\u2019\u00eatres,<br \/>\nVous les verrez crier : Cela n\u2019est pas ! horreur !<br \/>\nVous verrez se ruer les cultes eh fureur,<br \/>\nPa\u00efens, sur Hic\u00e9tas, chr\u00e9tiens, sur Galil\u00e9e,<br \/>\nEt l\u2019autel tressaillir sur la terre \u00e9branl\u00e9e,<br \/>\nEt les p\u00e2les docteurs fr\u00e9mir dans le saint lieu,<br \/>\nEt les religions reculer devant Dieu.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Fanatismes ! terreurs ! la fable est sur les hommes !<br \/>\nSur tous ces yeux ferm\u00e9s faisant de sombres sommes !<br \/>\nQuel r\u00eave ! quel monceau d\u2019olympes insens\u00e9s !<br \/>\nQue d\u2019effroi ! que d\u2019enfer !<\/p>\n<p>Assez, pr\u00eatres ! assez !<\/p>\n<p>La bacchante au flanc nu rit dans le bois inf\u00e2me ;<br \/>\nL\u2019Indou qui saigne et pend aux crocs de fer, se p\u00e2me ;<br \/>\nLa m\u00e8re, avec la chair de son enfant, nourrit<br \/>\nLe dieu-fournaise aux dents de feu, Baal-B\u00e9rith ;<br \/>\nIci, temple \u00e0 la Nuit ; l\u00e0, temple \u00e0 la Famine ;<br \/>\nLe cheval de Piman de la Mecque chemine<br \/>\nSur des hommes couch\u00e9s \u00e0 terre, qui lui font<br \/>\nUn fumier de leur \u00e2me, un pav\u00e9 de leur front ;<br \/>\nLa Chine donne aux m\u0153urs, aux arts, aux lois, aux codes<br \/>\nLa forme monstrueuse et folle des pagodes.<br \/>\nQue d\u2019hommes ont v\u00e9cu sans jamais \u00eatre n\u00e9s !<\/p>\n<p>Et ceux-ci, ces croyants \u00e9pris et forcen\u00e9s<br \/>\nSur qui le sphinx romain pose ses larges griffes,<br \/>\nQue d\u2019affreux hommes dieux, qu\u2019ils appellent pontifes,<br \/>\nCourbent sous leur vil sceptre, infaillible, accept\u00e9,<br \/>\nInsolent pour l\u2019azur et pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9,<br \/>\nOh ! les infortun\u00e9s ! est-il rien de plus triste<br \/>\nQue leur sinistre foi dans la Rome papiste !<br \/>\nRome, charnier sous l\u2019aigle, est, sous la croix, bazar.<br \/>\nQuel est le plus hideux de Pierre ou de C\u00e9sar ?<br \/>\nRome a l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. \u00c9pouvantable liste !<br \/>\nCe vampire c\u2019est Jean, ce spectre c\u2019est Caliste ;<br \/>\nBoniface a des fils de ses ni\u00e8ces ; Urbain<br \/>\nFait saigner et mourir cinq pr\u00eatres dans leur bain ;<br \/>\nBorgia dans Gomorrhe y serait une tache ;<br \/>\nGr\u00e9goire tient la torche et Sixte tient la hache ;<br \/>\nF\u00e9lix est un d\u00e9sastre et Simplicius ment ;<br \/>\nCet Innocent br\u00fblait les hommes, ce Cl\u00e9ment<br \/>\nLes massacrait, ce Pie est un vendeur du temple ;<br \/>\nJule est l\u2019\u00e9pouvantail comme Christ est l\u2019exemple ;<br \/>\nToutes les passions se tenant par la main,<br \/>\nToute la turpitude et tout l\u2019orgueil humain<br \/>\nSe donnent rendez-vous dans la ville \u00e9ternelle ;<br \/>\nTout vient l\u00e0, dol, parjure, impuret\u00e9 charnelle,<br \/>\nTous les forfaits connus et tous les inconnus,<br \/>\nTous les crimes masqu\u00e9s et tous les vices nus ;<br \/>\nRome appelle \u00e0 son lit tous ces passants inf\u00e2mes ;<br \/>\nRome, l\u2019entremetteuse et la marchande d\u2019\u00e2mes,<br \/>\nRit, et se prostitue, une tiare au front ;<br \/>\nEt, tandis que Brutus tressaille de l\u2019affront<br \/>\nEt que Trajan fr\u00e9mit sur sa haute colonne,<br \/>\nEux, ces fous, se livrant \u00e0 cette Babylone,<br \/>\nChantent, et, croyant voir la c\u00e9leste Sion,<br \/>\nD\u2019elle ils adorent tout, fraude, inquisition,<br \/>\nLa luxure, l\u2019horreur, le b\u00fbcher, le massacre,<br \/>\nEt les saints qu\u2019elle fait et les rois qu\u2019elle sacre,<br \/>\nEt, l\u2019extase au c\u0153ur, fiers du joug, captifs, amants,<br \/>\nIls respirent l\u2019odeur de ses vomissements !<\/p>\n<p>Et dire que la terre est tout enti\u00e8re en proie<br \/>\nAux affirmations de ces pr\u00eatres sans joie,<br \/>\nSans piti\u00e9, sans bont\u00e9, sans flambeau, sans raison,<br \/>\nDont l\u2019ombre, l\u2019ombre, l\u2019ombre et l\u2019ombre est l\u2019horizon !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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