{"id":9749,"date":"2025-04-18T15:46:18","date_gmt":"2025-04-18T13:46:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9749"},"modified":"2025-04-18T15:46:18","modified_gmt":"2025-04-18T13:46:18","slug":"le-synode-dorient","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/le-synode-dorient\/","title":{"rendered":"Le synode d\u2019Orient"},"content":{"rendered":"<p>LE PATRIARCHE D\u2019ORIENT, <em>tiare au front, en habits pontificaux ; les \u00e9v\u00eaques l\u2019entourent ; mitres et chapes d\u2019or.<\/em><\/p>\n<p>Chantez,<br \/>\nAll\u00e9gresse et louange ! \u00f4 tribus, \u00f4 cit\u00e9s,<br \/>\nChantez dans le vallon, chantez sur la montagne.<br \/>\nSabaoth est l\u2019\u00e9poux, l\u2019\u00c9glise est sa compagne,<br \/>\nPeuple, je suis l\u2019ap\u00f4tre, et je b\u00e9nis les cieux.<br \/>\nEntre un homme v\u00eatu de bure noire, une croix de bois \u00e0 la main.<\/p>\n<p>L\u2019HOMME<\/p>\n<p>B\u00e9nir le ciel est bien, b\u00e9nir l\u2019enfer est mieux.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>L\u2019enfer !<\/p>\n<p>L\u2019HOMME<\/p>\n<p>Oui, c\u2019est-\u00e0-dire, \u00f4 pr\u00eatre, les mis\u00e8res.<br \/>\nB\u00e9nis cela. B\u00e9nis les pleurs, les c\u0153urs sinc\u00e8res ;<br \/>\nMais fl\u00e9tris, o\u00f9 le bien contre le mal combat ;<br \/>\nB\u00e9nis le d\u00e9n\u00fbment, le haillon, le grabat,<br \/>\nLe bagne, dont la cha\u00eene \u00e9pouvantable passe ;<br \/>\nB\u00e9nis l\u2019humble esprit sombr\u00e9 et la pauvre \u00e2me lasse ;<br \/>\nB\u00e9nis tous ceux pour qui jamais tu ne prias ;<br \/>\nB\u00e9nis les r\u00e9prouv\u00e9s, b\u00e9nis les parias,<br \/>\nEt ce total des maux qui sur terre est la somme<br \/>\nDes salaires. B\u00e9nis l\u2019enfer.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p> Quel est cet homme ?<br \/>\nL\u2019HOMME<\/p>\n<p>\u00c9v\u00eaque d\u2019Orient, l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Occident<br \/>\nTe salue, et je suis ton fr\u00e8re. Sois prudent<br \/>\nEt sois pensif ; car Dieu, sache-le, pr\u00eatre, existe.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>C\u2019est vous, P\u00e8re ! v\u00eatu d\u2019un linceul !<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Je suis triste.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Vous le premier sur terre !<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>H\u00e9las !<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Triste de quoi ?<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>De la douleur de tous et de ta joie \u00e0 toi.<br \/>\nIl fait un pas et regarde fixement le Patriache.<\/p>\n<p>Pr\u00eatre, on souffre ! et le luxe odieux t\u2019environne !<\/p>\n<p>Commence par jeter par terre ta couronne.<br \/>\nLa couronne est g\u00eanante \u00e0 l\u2019aur\u00e9ole. Il faut<br \/>\nChoisir de l\u2019or d\u2019en bas ou du rayon d\u2019en haut.<br \/>\nSache, \u00f4 pasteur joyeux, que les peuples frissonnent ;<br \/>\nSache que le ciel p\u00e2le est plein d\u2019heures qui sonnent<br \/>\nLe tocsin des berceaux, le glas des nouveau-n\u00e9s.<br \/>\nPrends garde aux innocents dont tu fais des damn\u00e9s.<br \/>\nCrains le mal qui flamboie et que toi-m\u00eame attises<br \/>\nAvec tes vanit\u00e9s, avec tes convoitises.<br \/>\nFr\u00e8re, ne soyons pas des pr\u00eatres d\u00e9sastreux.<br \/>\nN\u2019imitons pas les rois qui se volent entr\u2019eux<br \/>\nLes Alsaces, les Metz, les Strasbourg, les Hanovres.<br \/>\nPr\u00eatre, \u00e0 qui donc as-tu pris ta richesse ? Aux pauvres.<br \/>\nQuand l\u2019or s\u2019enfle en ton sac, Dieu dans ton c\u0153ur d\u00e9cro\u00eet.<br \/>\nApprends qu\u2019on est sans pain et sache qu\u2019on a froid ;<br \/>\nLes jeunes filles vont r\u00f4dant le soir dans l\u2019ombre.<br \/>\nTes rochets, ta chasuble aux topazes sans nombre,<br \/>\nTa robe o\u00f9 l\u2019Orient dor\u00e9 s\u2019\u00e9panouit,<br \/>\nSont des spectres qui sont noirs et vivants la nuit,<br \/>\nEt qui prennent J\u00e9sus dans sa cr\u00e8che, et le tuent.<br \/>\nSache qu\u2019au lit public les femmes s\u2019habituent<br \/>\nParce qu\u2019il faut c\u00e9der, se rendre, et vivre enfin,<br \/>\nLe riche ayant le vice et le pauvre la faim.<br \/>\nQue te sert d\u2019empiler sur des planches d\u2019armoire<br \/>\nDu velours, du damas, du satin, de la moire,<br \/>\nD\u2019avoir des bonnets d\u2019or et d\u2019emplir des tiroirs<br \/>\nDe chapes qu\u2019on dirait couvertes de miroirs ?<br \/>\n\u00d4 pauvres que j\u2019entends r\u00e2ler, for\u00e7ats augustes,<br \/>\nTous ces tr\u00e9sors, chez vous sacr\u00e9s, chez nous injustes,<br \/>\nCe diamant qui met \u00e0 la mitre un \u00e9clair,<br \/>\nCette \u00e9meraude o\u00f9 semble errer toute la mer,<br \/>\nCe resplendissement sombre des pierreries,<br \/>\nC\u2019est votre sang, le lait des mamelles taries,<br \/>\nC\u2019est le grelottement des petits enfants nus !<br \/>\nC\u2019est votre chute au fond des gouffres inconnus !<br \/>\nLe faste de ce pr\u00eatre, \u00f4 pauvres, repr\u00e9sente<br \/>\nCe que vous n\u2019avez plus, votre vie innocente,<br \/>\nLe loyer du logis, le tison du foyer,<br \/>\nLa dignit\u00e9 du c\u0153ur qui ne veut pas ployer,<br \/>\nLe travail qui s\u2019accro\u00eet par l\u2019\u00e9pargne qui monte,<br \/>\nVotre joie, et l\u2019honneur des femmes, et ta honte,<br \/>\nPr\u00eatre ! \u2015 Rends ces tr\u00e9sors aux pauvres ! Rends-les tous !<br \/>\nEscarboucles chez eux, immondices chez nous !<br \/>\nQuoi ! tandis que l\u00e0-haut l\u2019immense \u00c9ternel pense ;<br \/>\nTandis que sans fatigue et sans fin il d\u00e9pense<br \/>\nLa lumi\u00e8re, et maintient les soleils au complet,<br \/>\nPour que tout marche et vive, et pour prouver qu\u2019il est ;<br \/>\nTandis que dans cette ombre o\u00f9 court le m\u00e9t\u00e9ore,<br \/>\nIl nous regarde avec ses prunelles d\u2019aurore ;<br \/>\nTandis qu\u2019il met au monde \u00e9norme un tel ciment<br \/>\nQue rien ne s\u2019est d\u00e9fait dans le bleu firmament<br \/>\nLe jour o\u00f9 dans le ciel que d\u2019autres cieux pond\u00e8rent,<br \/>\nLes formidables vents d\u00e9musel\u00e9s grond\u00e8rent ;<br \/>\nTandis qu\u2019il fait r\u00f4der plus d\u2019astres dans les cieux,<br \/>\nPlus d\u2019\u00e9clairs, plus de voix, plus de bruits, plus de feux,<br \/>\nPlus de prodiges, noirs ou sereins, sur les gr\u00e8ves,<br \/>\nSur les monts, dans les bois, que l\u2019homme n\u2019a de r\u00eaves ;<br \/>\nTandis qu\u2019il est. cet \u00eatre inconcevable-l\u00e0.<br \/>\nNous pr\u00eatres, nous vieillards, drap\u00e9s d\u2019un falbala,<br \/>\nPlus charg\u00e9s de bijoux que des filles publiques,<br \/>\nTournant vers les faux biens nos extases obliques,<br \/>\nTandis que lui, celui qui ne prend ni ne vend,<br \/>\nLui le sombre Seigneur de la foudre, est vivant,<br \/>\nNous, sous quelque portail d\u2019\u00e9glise ou d\u2019abbaye,<br \/>\nNous offrons et montrons \u00e0 la foule \u00e9bahie,<br \/>\nSous la pourpre d\u2019un dais et les plis d\u2019un camail,<br \/>\nUn petit bon Dieu rose avec des yeux d\u2019\u00e9mail !<br \/>\nUn J\u00e9sus de carton ! un \u00c9ternel de cire !<br \/>\nOn le prom\u00e8ne, on chante, on pr\u00eache, on le fait luire,<br \/>\nEn marchant doucement.de crainte qu\u2019un cahot,<br \/>\nEn secouant l\u2019autel, ne casse le Tr\u00e8s-Haut !<br \/>\nChaque temple a son saint qu\u2019il rente et divinise.<br \/>\nTandis que le monceau des hommes agonise<br \/>\nEt que la haine couve en d\u2019\u00e2pres, c\u0153urs grondants,<br \/>\nTandis que la famine aux effroyables dents<br \/>\nD\u00e9vore l\u2019atelier, le grenier, la chaumi\u00e8re,<br \/>\nNous \u00e9talons, avec des effets de lumi\u00e8re,<br \/>\nDes bonshommes de bois au fond d\u2019un corridor,<br \/>\nBrod\u00e9s d\u2019or, cousus d\u2019or, chauss\u00e9s d\u2019or, coiffes d\u2019or ;<br \/>\nNous avons des saints-Jeans et des saintes-Maries<br \/>\nQue nous emmaillotons dans des verroteries !<br \/>\nNous d\u00e9pensons Golconde \u00e0 v\u00eatir le n\u00e9ant.<br \/>\nEt, pendant ce temps-l\u00e0, le vice est un g\u00e9ant.<br \/>\nEt le lupanar s\u2019ouvre, affreux bagne des vierges !<br \/>\nEt je vous le r\u00e9p\u00e8te, allumez tous vos cierges,<br \/>\nFaites le tour du temple en file, deux \u00e0 deux,<br \/>\nVous n\u2019emp\u00eacherez pas que cela soit hideux !<\/p>\n<p>Oui, pendant ce temps-l\u00e0, parce qu\u2019il faut qu\u2019on mange,<br \/>\nParce que votre luxe a pris son pain, un ange,<br \/>\nUne \u00e2me, une innocence entrera dans la nuit !<br \/>\nPour v\u00eatir de brocard l\u2019idole qui reluit,<br \/>\nLes colombes du ciel deviendront des orfraies !<br \/>\nOui, des femmes de chair et d\u2019os, des femmes vraies,<br \/>\nHonn\u00eates, fleurs d\u2019amour et lys de chastet\u00e9,<br \/>\nPaieront de leur pudeur et de leur nudit\u00e9,<br \/>\nDe toutes leurs vertus mortes et dissip\u00e9es,<br \/>\nVotre imb\u00e9cillit\u00e9 d\u2019habiller des poup\u00e9es !<br \/>\nEntendez-vous cela ! Comprenez-vous cela !<br \/>\nTrouvez-vous que je parle assez haut ! Dieu parla<br \/>\nJadis de cette sorte aux songeurs sur les cimes ;<br \/>\nEt nous quand sur l\u2019autel, pensifs, nous nous ass\u00eemes,<br \/>\nPr\u00eatres, ce n\u2019\u00e9tait pas pour \u00eatre des d\u00e9mons.<br \/>\n\u00d4 mes fr\u00e8res, aimons, aimons, aimons, aimons !<\/p>\n<p>Pr\u00eatres, la croix de bois et la robe de bure,<br \/>\nLe front haut chez les rois, et pas d\u2019autre courbure<br \/>\nQue le fl\u00e9chissement des \u00e2mes devant Dieu !<br \/>\nQuoi ! les rois sont la roue et vous \u00eates l\u2019essieu !<br \/>\nLe peuple est sous vos pieds, parce qu\u2019il est la base,<br \/>\nEt vous faites rouler sur lui ce qui l\u2019\u00e9crase !<\/p>\n<p>Sachez que vos grandeurs sont des chutes ! Sachez<br \/>\nQue le fourmillement lugubre des p\u00e9ch\u00e9s,<br \/>\n\u00d4 noirs vendeurs du temple, emplit votre opulence<br \/>\nEt que J\u00e9sus, ayant au flanc le coup de lance,<br \/>\nS\u2019est enfui, se voilant la face, n\u2019ayant pu<br \/>\nVoir le peuple affam\u00e9 sous le pr\u00eatre repu !<br \/>\nNe pouvant voir cela, Christ a d\u00fb dispara\u00eetre !<br \/>\nIl s\u2019en va. Car pour lui les diamants du pr\u00eatre<br \/>\nOnt la m\u00eame lueur que les yeux du chacal.<br \/>\n\u00d4 froc de bure, \u00f4 saint haillon pontifical,<br \/>\nSois ma splendeur. Je sens rentrer sous cette robe<br \/>\nL\u2019\u00e2me que le manteau de pourpre nous d\u00e9robe ;<br \/>\nJe revis. Du linceul le pr\u00eatre est bien v\u00eatu.<br \/>\nIl devient sous la bure exemple, honneur, vertu,<br \/>\nServiteur de qui souffre et juge de qui r\u00e8gne ;<br \/>\nComme il est faible, il faut que le tyran le craigne ;<br \/>\nCar les faibles sont pleins de la force de Dieu.<br \/>\nSa robe noire passe \u00e0 toute heure, en tout lieu,<br \/>\nParmi les deuils, les maux, les fl\u00e9aux, les d\u00e9sastres,<br \/>\nEt quand il la secoue il en tombe des astres !<br \/>\nIl en tombe le vrai, le bien, le beau, le grand !<br \/>\nPr\u00eatres, votre richesse est un crime flagrant !<br \/>\nVos c\u0153urs sont-ils m\u00e9chants ? Non, vos t\u00eates sont dures.<br \/>\nFr\u00e8res, j\u2019avais aussi sur moi ce tas d\u2019ordures,<br \/>\nDes perles, des onyx, des saphirs, des rubis.<br \/>\nOui, j\u2019en avais sur moi, partout, sur mes habits,<br \/>\nSur mon \u00e2me ; mais j\u2019ai vid\u00e9 cela bien vite<br \/>\nChez les pauvres.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p> Seigneur et docteur, grand l\u00e9vite,<br \/>\nPape sublime, \u00e9v\u00eaque illustre et souverain,<br \/>\nLes tables de la loi sont un livre d\u2019airain ;<br \/>\nNul n\u2019y peut rien changer, pas m\u00eame toi, mon p\u00e8re.<\/p>\n<p>UN \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p>Il faut que l\u2019homme souffre afin que Dieu prosp\u00e8re ;<br \/>\nL\u2019or du temple \u00e9blouit le pauvre utilement.<br \/>\nIl faut la perle au dogme et l\u2019astre au firmament ;<br \/>\nIl faut que les vivants, foules, essaims ; m\u00eal\u00e9es,<br \/>\nVolent \u00e0 la lueur des mitres constell\u00e9es ;<br \/>\nCette clart\u00e9 leur est n\u00e9cessaire en leur nuit.<br \/>\nLe temple opulent sert et l\u2019autel pauvre nuit.<br \/>\nIl sied que le pasteur comme un soleil se l\u00e8ve.<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p>Parlons des rois avec pr\u00e9caution ; leur glaive<br \/>\nJette \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame ombre que notre croix ;<br \/>\nLe temple a Dieu pour base et pour cime les rois ;<br \/>\nDieu croule si les rois tombent.<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p> La foule est faite<br \/>\nPour le ma\u00eetre, qu\u2019il soit soldat, juge ou proph\u00e8te ;<br \/>\nLe pr\u00eatre est le premier des ma\u00eetres ; le second<br \/>\nC\u2019est le roi.<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p> Le soc dur fait le sillon f\u00e9cond ;<br \/>\nOui, d\u00e9chirons ! Ainsi l\u2019on s\u00e8me, ainsi l\u2019on fonde ;<br \/>\nEt l\u2019\u00e9pi sera beau si la plaie est profonde.<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p>Fr\u00e8re, Dieu n\u2019a jamais voulu qu\u2019on le compr\u00eet.<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p>Le royaume des cieux est aux pauvres d\u2019esprit ;<br \/>\nDonc peu d\u2019\u00e9coles, point de science, un seul livre.<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p>Les peuples ont pour loi d\u2019\u00eatre en bas et de suivre ;<br \/>\nEt leur ascension est faite quand vers nous.<br \/>\nIls montent les degr\u00e9s des temples \u00e0 genoux,<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p>La pens\u00e9e en dehors du dogme est de l\u2019ivraie.<br \/>\nC\u2019est la justice juste et la v\u00e9rit\u00e9 vraie<br \/>\nQue j\u2019affirme. Anath\u00e8me \u00e0 l\u2019homme r\u00e9volt\u00e9 !<\/p>\n<p>AUTRE \u00c9V\u00caQUE<\/p>\n<p>Nous avons dans nos mains la terrible clart\u00e9.<br \/>\nIl faut que la lumi\u00e8re \u00e9claire, ou qu\u2019elle br\u00fble.<br \/>\nLe pr\u00eatre est infid\u00e8le \u00e0 son Dieu s\u2019il recule<br \/>\nEt si, devant l\u2019impie, il h\u00e9site \u00e0 pencher<br \/>\nLe flambeau jusqu\u2019au tas de paille du b\u00fbcher.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Ce qu\u2019on nomme aujourd\u2019hui libert\u00e9, c\u2019est l\u2019ab\u00eeme.<br \/>\nEt c\u2019est l\u00e0 que dit l\u2019effrayant K\u00e9roubime<br \/>\nDebout sur le mur noir de l\u2019infini. Croyez.<br \/>\nSoyez des c\u0153urs tremblants, soyez des fronts ploy\u00e9s,<br \/>\nOb\u00e9issez. Le prince est un pr\u00eatre ; le pr\u00eatre<br \/>\nEst un prince. Vouloir comprendre, vouloir \u00eatre,<br \/>\nVouloir penser, c\u2019est faire obstacle \u00e0 Dieu. Vivants<br \/>\nQui sous l\u2019\u00e9normit\u00e9 redoutable des vents<br \/>\nR\u00e9sistez, vous avez des \u00e2mes insens\u00e9es.<br \/>\nDieu maudit vos efforts, vos travaux, vos pens\u00e9es,<br \/>\nEt votre raison, s\u0153ur de l\u2019antique p\u00e9ch\u00e9,<br \/>\nEt votre vain progr\u00e8s, sinistrement l\u00e9ch\u00e9<br \/>\nPar la langue de feu qui sort du lac de soufre.<br \/>\nVoil\u00e0 les v\u00e9rit\u00e9s qui jaillirent du gouffre<br \/>\nLe jour o\u00f9 sur l\u2019Horeb le tonnerre a brill\u00e9.<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Fr\u00e8res, figurez-vous, \u2015 je me suis r\u00e9veill\u00e9 !<\/p>\n<p>LES \u00c9V\u00caQUES<\/p>\n<p>Qu\u2019entendez-vous par l\u00e0 ?<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que tu m\u00e9dites ?<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Je ne crois plus un mot de tout ce que vous dites !<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Quoi ! vous seriez l\u2019horrible et vivant d\u00e9menti<br \/>\nDe vos pr\u00e9d\u00e9cesseurs glorieux ?<br \/>\nLE PAPE<\/p>\n<p>J\u2019ai senti<br \/>\nUn m\u00e9contentement inqui\u00e9tant dans l\u2019ombre.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Le pilote aveugl\u00e9, c\u2019est le vaisseau qui sombre.<br \/>\nNe changez pas de route ! \u00d4 P\u00e8re, n\u2019allez pas<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 de la nuit, du c\u00f4t\u00e9 du tr\u00e9pas !<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Je marche vers la vie.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p> Il faudra rendre compte.<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Certes !<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Songez au ciel. Vous en tombez.<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p> J\u2019y monte.<\/p>\n<p>LES \u00c9V\u00caQUES<\/p>\n<p>\u00d4 sombre c\u00e9cit\u00e9 !<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p> Je vous dis que je vois.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais sur un sommet dor\u00e9, sur un pavois,<br \/>\nDans l\u2019encens, dans les chants et les \u00e9pithalames.<br \/>\nJ\u2019ai senti tout \u00e0 coup l\u2019immense poids des \u00e2mes ;<br \/>\nEt je suis descendu, sachant que je montais.<br \/>\nLe dogme n\u2019a d\u2019appuis, l\u2019\u00c9glise n\u2019a d\u2019\u00e9tais<br \/>\nQue nos fragilit\u00e9s ; t\u00e2chons qu\u2019elles soient pures.<br \/>\nOui, j\u2019ai vu les douleurs, oui, j\u2019ai vu les souillures,<br \/>\nJ\u2019ai vu le bien gisant, j\u2019ai vu le mal debout,<br \/>\nEt j\u2019ai song\u00e9. Ciel noir ! les crimes sont partout,<br \/>\nMais il n\u2019est qu\u2019un coupable, et c\u2019est le responsable.<br \/>\nJ\u2019ai vu les maux nombreux plus que les grains de sable,<br \/>\nLes forfaits plus \u00e9pais que les branches des bois,<br \/>\nL\u2019inf\u00e2me orgie en rut, l\u2019innocence aux abois,<br \/>\nEt j\u2019ai dit en moi-m\u00eame, en voyant les deux mondes<br \/>\nPleins de brocanteurs vils et de vendeurs immondes :<br \/>\nCe pr\u00eatre sur l\u2019argent hideusement pench\u00e9,<br \/>\nCe juge qui chuchote \u00e0 voix basse un march\u00e9,<br \/>\nCette fille \u00e0 l\u2019\u0153il fou, cette boh\u00e9mienne,<br \/>\nQu\u2019est-ce qu\u2019ils vendent l\u00e0 ? Leur \u00e2me ? Non, la mienne !<br \/>\nAlors j\u2019ai pris la fuite, \u00e9pouvant\u00e9, voulant<br \/>\n\u00catre bon, m\u2019arracher tous ces crimes du flanc,<br \/>\nGuider, sauver, gu\u00e9rir, supprimer les Sodomes,<br \/>\nB\u00e9nir, et rendre enfin Dieu respirable aux hommes !<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Vous avez un devoir, foudroyer.<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Avertir.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Songez au Dieu vengeur.<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p> Je songe au Christ martyr.<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Roi\u2026<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p> La chaire chang\u00e9e en tr\u00f4ne est impudique.<br \/>\nPauvre et nu, J\u00e9sus r\u00e8gne ; et, roi, le pr\u00eatre abdique.<br \/>\nPr\u00eatre, j\u2019ai le roseau de J\u00e9sus \u00e0 la main ;<br \/>\nRoi, je n\u2019ai plus qu\u2019un sceptre ; et pour le genre humain<br \/>\nJe ne suis plus qu\u2019un prince ob\u00e9issant aux princes,<br \/>\nConc\u00e9dant, consentant, tremblant pour mes provinces,<br \/>\nCourtisan du plus fort, \u00e0 c\u00e9der toujours pr\u00eat ;<br \/>\nJamais la royaut\u00e9 du pr\u00eatre n\u2019appara\u00eet<br \/>\nSans une transparence affreuse d\u2019esclavage.<br \/>\nJe ne fais point partie, \u00f4 pr\u00eatres, du ravage,<br \/>\nDu supplice et du meurtre, et ne veux point m\u2019asseoir<br \/>\nParmi ces rois sur qui tombe l\u2019\u00e9ternel soir.<br \/>\nJ\u2019aime ! je sens en moi la grande clart\u00e9 vivre.<\/p>\n<p>LES \u00c9V\u00caQUES<\/p>\n<p>Guide-nous, mais suis-nous. Pour guider, il faut suivre.<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Jamais. Je suis sorti, plein d\u2019horreur et d\u2019effroi,<br \/>\nDe toute votre nuit ! Quoi ! l\u2019on e\u00fbt dit de moi :<br \/>\nTerre, cet homme avait la garde d\u2019une id\u00e9e,<br \/>\nLa plus haute que l\u2019ombre ait jamais poss\u00e9d\u00e9e,<br \/>\nClart\u00e9 sainte au-dessus du gouffre obscur des c\u0153urs ;<br \/>\nEn d\u00e9pit des vents noirs rapidement vainqueurs<br \/>\nEt vite \u00e9vanouis, cet homme \u00e9tait le mage<br \/>\nMyst\u00e9rieux, charg\u00e9 du mutuel hommage<br \/>\nQue se doivent les cieux et les \u00e2mes, rapport<br \/>\nEt lien entre un m\u00e2t frissonnant et le port,<br \/>\n\u00c9change de lueur entre l\u2019ab\u00eeme et l\u2019homme.<br \/>\nQuoi ! parce que de vains simulacres qu\u2019on nomme<br \/>\nPrinces, ma\u00eetres, seigneurs, chefs, souverains, c\u00e9sars,<br \/>\nParce que de faux dieux, compos\u00e9s de hasards,<br \/>\nOu du hasard de vaincre ou du hasard de na\u00eetre,<br \/>\nParce que des puissants que le n\u00e9ant p\u00e9n\u00e8tre<br \/>\nSont venus le trouver, lui le veilleur qui n\u2019a<br \/>\nIci-bas d\u2019autre droit que de dire Hosanna<br \/>\nEt de montrer du doigt l\u00e0-haut l\u2019\u00e2me \u00e9ternelle,<br \/>\nLui qui doit, fils de l\u2019aube, \u00e9mu, vivant en elle,<br \/>\nToujours songer, pleurant sur le mal ch\u00e2ti\u00e9,<br \/>\nAu moyen de changer la lumi\u00e8re en piti\u00e9 ;<br \/>\nQuoi ! parce que ces rois, quoi ! parce que ces ombres,<br \/>\nParce que ces faiseurs de cendre et de d\u00e9combres<br \/>\nSont venus \u00e0 sa porte, et durs, fiers, belliqueux,<br \/>\nOnt dit : sois avec nous ! \u2014 cet homme est avec eux !<br \/>\nQuoi ! cet homme, le monde \u00e9tant dans les t\u00e9n\u00e8bres,<br \/>\nOffrait dans son bazar aux acheteurs fun\u00e8bres,<br \/>\n\u00d4 terreur ! le rayon qui blanchissait le ciel !<br \/>\nLui l\u2019\u00e9claireur supr\u00eame et providentiel,<br \/>\nIL b\u00e9nissait l\u2019affreuse \u00e9ruption des laves !<br \/>\nCet homme s\u2019\u00e9tait fait marchand de ces esclaves,<br \/>\nLa v\u00e9rit\u00e9, l\u2019honneur, la justice et la loi,<br \/>\nPrenait le droit au peuple et le donnait au roi ;<br \/>\nPriait pour ce qui tue et contre ce qui tombe !<br \/>\nCet homme a fait lancer la foudre \u00e0 la colombe !<br \/>\nIl a fait de J\u00e9sus le valet d\u2019Attila !<br \/>\nQuoi ! l\u2019on e\u00fbt dit de moi : Regardez, le voil\u00e0 !<br \/>\nIl avait en d\u00e9p\u00f4t notre \u00e2me, il l\u2019a perdue.<br \/>\nL\u2019aurore se levait, cet homme l\u2019a vendue !<br \/>\nIl a prostitu\u00e9 l\u2019\u00e9toile du matin !<br \/>\nNon ! non !<\/p>\n<p>LE PATRIARCHE<\/p>\n<p>Vous blasph\u00e9mez, pape !<\/p>\n<p>LE PAPE<\/p>\n<p>Pr\u00eatre hautain,<br \/>\nSois humble ! Autel dor\u00e9, d\u00e9dore-toi, rayonne !<br \/>\nPlaie au flanc du Christ, bouche auguste qu\u2019on b\u00e2illonne<br \/>\nOuvre tes l\u00e8vres, parle, et dis la v\u00e9rit\u00e9 !<br \/>\nRentre en ton patrimoine, homme d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9.<br \/>\nFemmes, enfants, ayez des droits. Peuple, aie une \u00e2me.<br \/>\n\u00c0 moi, pr\u00eatres ! Pr\u00eachez le vrai que je proclame ;<br \/>\nSoyez simples de c\u0153ur. Soyez, sous le ciel bleu,<br \/>\nPr\u00e8s des petits enfants pour \u00eatre pr\u00e8s de Dieu.<br \/>\nPlus le pontife est doux, plus le temple est sublime.<br \/>\nTout s\u2019\u00e9vanouit et s\u2019efface autour du pape.<\/p>\n<p>Quoi ! plus de pr\u00eatres ! Quoi ! plus de temple ! \u2015 L\u2019ab\u00eeme.<br \/>\nTout dispara\u00eet. Jadis Babel ainsi croula.<br \/>\nMe voil\u00e0 seul ! Plus rien que l\u2019ombre.<\/p>\n<p>UNE VOIX AU FOND DE L\u2019INFINI<\/p>\n<p> Je suis l\u00e0.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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