{"id":9638,"date":"2025-04-18T12:47:10","date_gmt":"2025-04-18T10:47:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9638"},"modified":"2025-04-18T12:47:10","modified_gmt":"2025-04-18T10:47:10","slug":"paris-incendie","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/paris-incendie\/","title":{"rendered":"Paris incendi\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Mais o\u00f9 donc ira-t-on dans l\u2019horreur ? et jusqu\u2019o\u00f9 ?<br \/>\nUne voix basse dit : Pourquoi pas ? et Moscou ?<\/p>\n<p>Ah ! ce meurtre effrayant est un meurtre imb\u00e9cile !<br \/>\nSupprimer l\u2019Agora, le Forum, le Poecile,<br \/>\nLa cit\u00e9 qui r\u00e9sume Ath\u00e8nes, Rome et Tyr,<br \/>\nFaire de tout un peuple un immense martyr,<br \/>\nChanger le jour en nuit, changer l\u2019Europe en Chine,<br \/>\nParce qu\u2019il fut un ours appel\u00e9 Rostopschine !<br \/>\nIl faut br\u00fbler Paris, puisqu\u2019on br\u00fbla Moscou !<br \/>\nParce que la Russie adora son licou,<br \/>\nParce qu\u2019elle voulut, broyant sa ville en cendre,<br \/>\nChasser Napol\u00e9on pour garder Alexandre,<br \/>\nParce que cela plut au czar en son divan,<br \/>\nParce que, l\u2019\u0153il fix\u00e9 sur la croix d\u2019or d\u2019Yvan,<br \/>\nUn barbare a sauv\u00e9 son pays par un crime,<br \/>\nIl faut jeter la France \u00e9toil\u00e9e \u00e0 l\u2019ab\u00eeme !<\/p>\n<p>Mais vous par qui les droits du peuple sont trahis,<br \/>\nVous commettez le crime et perdez le pays !<br \/>\nCe Rostopschine est grand de la grandeur sauvage ;<br \/>\nLa stature qui peut rester \u00e0 l\u2019esclavage,<br \/>\nIl l\u2019a toute, et cet homme, une torche \u00e0 la main,<br \/>\nRentre dans sa patrie et sort du genre humain ;<br \/>\nC\u2019est le vieux Scythe noir, c\u2019est l\u2019antique G\u00e9pide ;<br \/>\nIl est f\u00e9roce, il est sublime, il est stupide ;<br \/>\nOn sait ce qu\u2019il a fait, on ne sait s\u2019il comprit ;<br \/>\nIl serait un h\u00e9ros s\u2019il \u00e9tait un esprit.<br \/>\nLes si\u00e8cles sur leur cime ont quatre sombres flammes ;<br \/>\nL\u2019une o\u00f9 brille altier, vil, roi des gloires inf\u00e2mes,<br \/>\nLe meurtrier d\u2019Eph\u00e8se embouchant son clairon,<br \/>\nL\u2019autre o\u00f9 se dresse Omar, l\u2019autre o\u00f9 chante N\u00e9ron ;<br \/>\nRostopschine est comme eux flamboyant dans l\u2019histoire ;<br \/>\nDe ces quatre lueurs la sienne est la moins noire.<br \/>\nMais vous, qui venez-vous copier ?<\/p>\n<p>Vous pencher<br \/>\nSur Paris ! allumer un cinqui\u00e8me b\u00fbcher !<br \/>\nQuoi ! l\u2019on verrait Paris comme la neige fondre !<br \/>\nQuoi ! vous vous m\u00e9prenez \u00e0 ce point de confondre<br \/>\nLa ville qui nuisait et la ville qui sert !<br \/>\nMoscou fut la Babel sinistre du d\u00e9sert,<br \/>\nL\u2019antre o\u00f9 la raison boite, o\u00f9 la v\u00e9rit\u00e9 louche,<br \/>\nCitadelle du moine et du boyard, farouche<br \/>\nAu point que nul progr\u00e8s ne put habiter l\u00e0,<br \/>\nNid d\u2019\u00e9perviers d\u2019o\u00f9 Pierre, un vautour, s\u2019envola.<br \/>\nMoscou c\u2019\u00e9tait l\u2019Asie et Paris c\u2019est l\u2019Europe.<br \/>\nQuoi ! du m\u00eame linceul inepte on enveloppe<br \/>\nEt dans la m\u00eame tombe on veut faire tenir<br \/>\nMoscou, le pass\u00e9 triste, et Paris, l\u2019avenir !<br \/>\nMoscou de moins, qu\u2019importe ? \u00f4tez Paris, quelle ombre !<br \/>\nLa boussole est perdue et le navire sombre ;<br \/>\nLe progr\u00e8s stup\u00e9fait ne sait plus son chemin.<br \/>\nSi vous crevez cet \u0153il \u00e9norme au genre humain,<br \/>\nCe cyclope est aveugle, et, hors des faits possibles,<br \/>\nIl marche en t\u00e2tonnant avec des cris terribles ;<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 de la pente il va dans l\u2019inconnu.<\/p>\n<p>                         *<\/p>\n<p>Sans Paris, l\u2019avenir na\u00eetra reptile et nu.<br \/>\nParis donne un manteau de lumi\u00e8re aux id\u00e9es.<br \/>\nLes erreurs, s\u2019il les a seulement regard\u00e9es,<br \/>\nTremblent subitement et s\u2019\u00e9croulent, ayant<br \/>\nEn elles le rayon de cet \u0153il foudroyant.<br \/>\nComme au-dessous du temple on retrouve la crypte,<br \/>\nEt comme sous la Gr\u00e8ce on retrouve l\u2019\u00c9gypte,<br \/>\nEt sous l\u2019\u00c9gypte l\u2019Inde, et sous l\u2019Inde la nuit,<br \/>\nSous Paris, par les temps et les races construit,<br \/>\nOn retrouve, en creusant, toute la vieille histoire.<br \/>\nL\u2019homme a gagn\u00e9 Paris ainsi qu\u2019une victoire.<br \/>\nLe lui prendre \u00e0 pr\u00e9sent, c\u2019est lui rendre son b\u00e2t,<\/p>\n<p>C\u2019est frustrer son labeur, c\u2019est voler son combat.<br \/>\nA quoi bon avoir tant lutt\u00e9 si tout s\u2019effondre !<br \/>\nTh\u00e8be, Ellorah, Memphis, Carthage, aujourd\u2019hui Londre,<br \/>\nTous les peuples, qu\u2019unit un v\u00e9n\u00e9rable hymen,<br \/>\nDe la raison humaine et du devoir humain<br \/>\nOnt cr\u00e9\u00e9 l\u2019alphabet, et Paris fait le livre.<br \/>\nParis r\u00e8gne. Paris, en existant, d\u00e9livre.<br \/>\nPar cela seul qu\u2019il est, le monde est rassur\u00e9.<\/p>\n<p>Un vaisseau comme un sceptre \u00e9tendant son beaupr\u00e9<br \/>\nEst son embl\u00e8me ; il fait la grande travers\u00e9e,<br \/>\nIl part de l\u2019ignorance et monte \u00e0 la pens\u00e9e.<br \/>\nIl sait l\u2019itin\u00e9raire ; il voit le but ; il va<br \/>\nPlus loin qu\u2019on ne voulut, plus haut qu\u2019on ne r\u00eava,<br \/>\nMais toujours il arrive : il cherche, il cr\u00e9e, il fonde,<br \/>\nEt ce que Paris trouve est trouv\u00e9 pour le monde.<br \/>\nUne \u00e9volution du globe tout entier<br \/>\nVeut Paris pour pivot et le prend pour chantier,<br \/>\nEt n\u2019est universelle enfin qu\u2019\u00e9tant fran\u00e7aise ;<br \/>\nLondre a Charles premier, Paris a Louis seize ;<br \/>\nLondre a tu\u00e9 le roi, Paris la royaut\u00e9 ;<br \/>\nIci le coup de hache \u00e0 l\u2019homme est limit\u00e9,<br \/>\nL\u00e0 c\u2019est la monarchie \u00e9norme et d\u00e9cr\u00e9pite,<br \/>\nC\u2019est le pass\u00e9, la nuit, l\u2019enfer, qu\u2019il d\u00e9capite.<br \/>\nUn mot que dit Paris est un ambassadeur ;<br \/>\nParis s\u00e8me des lois dans toute profondeur.<br \/>\nSans cesse, \u00e0 travers l\u2019ombre et la brume malsaine,<br \/>\nIl sort de cette forge, il sort de cette c\u00e8ne<br \/>\nUne flamme qui parle ; il remplit le ciel bleu<br \/>\nDe l\u2019\u00e9ternel d\u00e9part de ses langues de feu.<br \/>\nOn voit \u00e0 chaque instant une troupe de r\u00eaves<br \/>\nSublimes, qui, portant des flambeaux ou des glaives,<br \/>\nS\u2019\u00e9chappe de Paris et va dans l\u2019univers ;<br \/>\nDante vient \u00e0 Paris faire son premier vers ;<br \/>\nL\u00e0 Montesquieu construit les lois, Pascal les r\u00e8gles ;<br \/>\nC\u2019est de Paris que prend son vol l\u2019essaim des aigles.<\/p>\n<p>Paris veut que tout monte au supr\u00eame degr\u00e9 ;<br \/>\nIl dresse l\u2019id\u00e9al sur le d\u00e9mesur\u00e9 ;<br \/>\nA l\u2019appui du progr\u00e8s, \u00e0 l\u2019appui des id\u00e9es,<br \/>\nIl donne des raisons hautes de cent coud\u00e9es ;<br \/>\nPour cime et pour refuge il a la majest\u00e9<br \/>\nDes principes remplis d\u2019une alti\u00e8re clart\u00e9 ;<br \/>\nLe fier sommet du vrai, voil\u00e0 son acropole ;<br \/>\nIl extrait Mirabeau du si\u00e8cle de Walpole ;<br \/>\nCe Paris qui pour tous fit toujours ce qu\u2019il put<br \/>\nEst parfois Sybaris et jamais Lilliput,<br \/>\nPar la m\u00e9chancet\u00e9 na\u00eet o\u00f9 la hauteur cesse ;<br \/>\nAvec la petitesse on fait de la bassesse,<br \/>\nEt Paris n\u2019est jamais petit ; il est g\u00e9ant<br \/>\nJusque dans sa poussi\u00e8re et jusqu\u2019en son n\u00e9ant ;<br \/>\nLe fond de ses fureurs est bon ; jamais la haine<br \/>\nNe trouble sa col\u00e8re auguste et ne la g\u00e8ne ;<br \/>\nLe c\u0153ur s\u2019attendrit mieux lorsque l\u2019esprit comprend,<br \/>\nEt l\u2019on n\u2019est le meilleur qu\u2019en \u00e9tant le plus grand.<br \/>\nDe l\u00e0 la dignit\u00e9 de Paris, sa logique<\/p>\n<p>Souffrant pour l\u2019homme avec une douceur tragique,<br \/>\nEt la fraternit\u00e9 qui gronde en son courroux.<br \/>\nLes tyrans dans leurs camps, les hiboux dans leurs trous,<br \/>\nLe craignent, car voulant la paix, il veut l\u2019aurore.<br \/>\nA la tendance humaine, obscure et vague encore,<br \/>\nIl creuse un lit, il fixe un but, il donne un sens ;<br \/>\nDu juste et de l\u2019injuste il conna\u00eet les versants ;<br \/>\nEt du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019aube il l\u2019aide \u00e0 se r\u00e9pandre.<br \/>\nCertains probl\u00e8mes sont des fruits d\u2019or pleins de cendre,<br \/>\nLe fond de l\u2019un est Tout, le fond de l\u2019autre est Rien ;<br \/>\nOn peut trouver le mal en cherchant trop le bien ;<br \/>\nParis le sait ; Paris choisit ce qui doit vivre.<br \/>\nLe droit parfois devient un vin dont on s\u2019enivre ;<br \/>\nAyant tout \u00e9veill\u00e9 Paris peut tout calmer ;<br \/>\nSa grande loi Combattre a pour principe Aimer ;<br \/>\nParis admet l\u2019agape et non la saturnale,<br \/>\nEt c\u2019est lui qui, soudain, de l\u2019\u00e9nigme infernale<br \/>\nSouffle le mot c\u00e9leste au sphinx d\u00e9concert\u00e9.<\/p>\n<p>O\u00f9 le sphinx dit : Chaos, Paris dit : Libert\u00e9 !<\/p>\n<p>Lieu d\u2019\u00e9closion ! centre \u00e9clatant et sonore<br \/>\nO\u00f9 tous les avenirs trouvent toute l\u2019aurore !<br \/>\nO rendez-vous sacr\u00e9 de tous les lendemains !<br \/>\nPoint d\u2019intersection des vastes pas humains !<br \/>\nParis, ville, esprit, voix ! tu parles, tu r\u00e9diges,<br \/>\nTu d\u00e9cr\u00e8tes, tu veux ! chez toi tous les prodiges<br \/>\nViennent se rencontrer comme en leur carrefour.<br \/>\nDu paria de l\u2019Inde au n\u00e8gre du Darfour,<br \/>\nTout sent un tremblement si ton pav\u00e9 remue.<br \/>\nParis, l\u2019esprit humain dans ton nid fait sa mue ;<br \/>\nLangue nouvelle, droits nouveaux, nouvelles lois,<br \/>\nEtre fran\u00e7ais apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 gaulois,<br \/>\nIl te doit tous ces grands changements de plumages.<br \/>\nNon, qui que vous soyez, non, quels que soient vos mages,<br \/>\nVos docteurs, vos guerriers, vos chefs, quelle que soit<br \/>\nVotre splendeur qu\u2019au fond de l\u2019ombre on aper\u00e7oit,<br \/>\nO cit\u00e9s, fussiez-vous de phares constell\u00e9es,<br \/>\nQuels que soient vos palais, vos tours, vos propyl\u00e9es,<br \/>\nVos clart\u00e9s, vos rumeurs, votre fourmillement,<br \/>\nLe genre humain gravite autour de cet aimant,<br \/>\nParis, l\u2019abolisseur des vieilles m\u0153urs serviles,<br \/>\nEt vous ne pourrez pas le remplacer, \u00f4 villes,<br \/>\nEt, lui mort, consoler l\u2019univers orphelin,<br \/>\nNon, non, pas m\u00eame toi, Londres, ni toi, Berlin,<br \/>\nNi toi, Vienne, ni toi, Madrid, ni toi, Byzance,<br \/>\nSi vous n\u2019avez ainsi que lui cette puissance,<br \/>\nLa joie, et cette force \u00e9trange, la bont\u00e9 ;<br \/>\nSi, comme ce Paris charmant et redout\u00e9,<br \/>\nVous n\u2019avez cet \u00e9clair, l\u2019amour, et si vous n\u2019\u00eates<br \/>\nOc\u00e9an aux ruisseaux et soleil aux plan\u00e8tes.<\/p>\n<p>Car le genre humain veut que sa ville ait au front<br \/>\nL\u2019aur\u00e9ole et dans l\u2019\u0153il le rire vif et prompt,<br \/>\nQu\u2019elle soit grande, gaie, h\u00e9ro\u00efque et jalouse,<br \/>\nEt reste sa ma\u00eetresse en \u00e9tant son \u00e9pouse.<\/p>\n<p>Et dire que cette \u0153uvre auguste, que mille ans<br \/>\nEt mille ans ont b\u00e2tie, industrieux et lents,<br \/>\nQue la cit\u00e9 h\u00e9ros, que la ville proph\u00e8te,<br \/>\nDire, \u00f4 cieux \u00e9ternels ! que la merveille faite<br \/>\nPar vingt si\u00e8cles pensifs, patients et profonds,<br \/>\nQui cr\u00e9\u00e8rent la flamme o\u00f9 nous nous r\u00e9chauffons<br \/>\nEt mirent cette ville au centre de la sph\u00e8re,<br \/>\nUne heure folle aurait suffi pour la d\u00e9faire !<\/p>\n<p>                         *<\/p>\n<p>Sombre ann\u00e9e. Epop\u00e9e en trois livres hideux.<br \/>\nLes hommes n\u2019ont rien vu de tel au-dessus d\u2019eux.<br \/>\nAttila. Puis Ca\u00efn. Maintenant Erostrate.<br \/>\nO torche mis\u00e9rable, abjecte, aveugle, ingrate !<br \/>\nQuoi ! disperser la ville unique \u00e0 tous les vents !<br \/>\nCe Paris qui remplit de son c\u0153ur les vivants,<br \/>\nEt fait planer qui rampe et penser qui v\u00e9g\u00e8te !<br \/>\nJeter au feu Paris comme le p\u00e2tre y jette,<br \/>\nEn le poussant du pied, un rameau de sapin !<br \/>\nQuoi ! tout sacrifier ! quoi ! le grenier du pain !<br \/>\nQuoi ! la Biblioth\u00e8que, arche o\u00f9 l\u2019aube se l\u00e8ve,<br \/>\nInsondable A B C de l\u2019id\u00e9al, o\u00f9 r\u00eave<br \/>\nAccoud\u00e9, le progr\u00e8s, ce lecteur \u00e9ternel,<br \/>\nPorte \u00e9clatante ouverte au bout du noir tunnel,<\/p>\n<p>Grange o\u00f9 l\u2019esprit de l\u2019homme a mis sa gerbe immense !<\/p>\n<p>Pour qui travaillez-vous ? o\u00f9 va votre d\u00e9mence ?<br \/>\nDeux faces ici-bas se regardent, le jour<br \/>\nEt la nuit, l\u2019\u00e2pre Haine et le puissant Amour,<br \/>\nDeux principes, le bien et le mal, se soufflettent,<br \/>\nEt deux villes, qui sont deux myst\u00e8res, refl\u00e8tent,<br \/>\nCe choc de deux \u00e9clairs devant nos yeux \u00e9mus,<br \/>\nEt Rome est Arimane et Paris est Ormus.<br \/>\nRome est le ma\u00eetre-autel o\u00f9 les vieux dogmes fument<br \/>\nAu sommet de Paris \u00e0 flots de pourpre \u00e9cument<br \/>\nEn pleine \u00e9ruption toutes les v\u00e9rit\u00e9s,<br \/>\nLa justice, jetant des rayons irrit\u00e9s,<br \/>\nLa libert\u00e9, le droit, ces grandes clart\u00e9s vierges.<br \/>\nEn face de la Rome o\u00f9 vacillent les cierges,<br \/>\nDes r\u00e9volutions Paris est le volcan.<br \/>\nIci l\u2019H\u00f4tel-de-Ville et l\u00e0 le Vatican.<br \/>\nC\u2019est au profit de l\u2019un qu\u2019on supprimerait l\u2019autre.<br \/>\nRome hait la raison dont Paris est l\u2019ap\u00f4tre.<br \/>\nO malheureux ! voyez o\u00f9 l\u2019on vous entra\u00eena.<br \/>\nDevant le lampion vous \u00e9teignez l\u2019Etna !<br \/>\nIl ne resterait plus que cette lueur vile.<br \/>\nLe Vatican prosp\u00e8re o\u00f9 meurt l\u2019H\u00f4tel-de-Ville.<br \/>\nDeuil ! folie ! immoler l\u2019\u00e2me au suaire noir,<br \/>\nLa parole au b\u00e2illon, l\u2019\u00e9toile \u00e0 l\u2019\u00e9teignoir,<br \/>\nLa v\u00e9rit\u00e9 qui sauve au mensonge qui frappe,<br \/>\nEt le Paris du peuple \u00e0 la Rome du pape !<\/p>\n<p>                          *<\/p>\n<p>Le genre humain peut-il \u00eatre d\u00e9capit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Vous imaginez-vous cette haute cit\u00e9<br \/>\nQui fut des nations la parole, l\u2019ou\u00efe,<br \/>\nLa vision, la vie et l\u2019\u00e2me, \u00e9vanouie !<br \/>\nVous repr\u00e9sentez-vous les peuples la cherchant ?<br \/>\nOn ne voit plus sa lampe, on n\u2019entend plus son chant.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait notre th\u00e9\u00e2tre et notre sanctuaire ;<br \/>\nElle \u00e9tait sur le globe ainsi qu\u2019un statuaire<br \/>\nSculptant l\u2019homme futur \u00e0 grands coups de maillet ;<br \/>\nL\u2019univers esp\u00e9rait quand elle travaillait ;<br \/>\nElle \u00e9tait l\u2019\u00e9ternelle, elle \u00e9tait l\u2019immortelle ;<br \/>\nQu\u2019est-il donc arriv\u00e9 d\u2019horrible ? o\u00f9 donc est-elle ?<br \/>\nVous les figurez-vous s\u2019arr\u00eatant tout \u00e0 coup ?<br \/>\nQuel est ce pan de mur dans les ronces debout ?<br \/>\nLe Panth\u00e9on ; ce bronze \u00e9pars, c\u2019est la colonne ;<br \/>\nCe marais o\u00f9 l\u2019essaim des corbeaux tourbillonne,<br \/>\nC\u2019est la Bastille ; un coin farouche o\u00f9 tout se tait,<br \/>\nO\u00f9 rien ne luit, c\u2019est l\u00e0 que Notre-Dame \u00e9tait ;<br \/>\nLa limace et le ver souillent de leurs morsures<br \/>\nLes pierres, ossements augustes des masures ;<br \/>\nPas un toit n\u2019est rest\u00e9 de toutes ces maisons<br \/>\nQui du progr\u00e8s humain refl\u00e9taient les saisons ;<\/p>\n<p>Pas une de ces tours, silhouettes superbes ;<br \/>\nPlus de ponts, plus de quais ; des \u00e9tangs sous des herbes,<br \/>\nUn fleuve extravas\u00e9 dans l\u2019ombre, devenu<br \/>\nInforme, et s\u2019en allant dans un bois inconnu ;<br \/>\nLe vague bruit de l\u2019eau que le vent triste emporte.<br \/>\nEt voyez-vous l\u2019effet que ferait cette morte !<\/p>\n<p>                         *<\/p>\n<p>Mais qui donc a jet\u00e9 ce tison ? Quelle main,<br \/>\nOsant avec le jour tuer le lendemain,<br \/>\nA tent\u00e9 ce forfait, ce r\u00eave, ce myst\u00e8re<br \/>\nD\u2019abolir la ville astre, \u00e2me de notre terre,<br \/>\nCentre en qui respirait tout ce qu\u2019on \u00e9touffait ?<br \/>\nNon, ce n\u2019est pas toi, peuple, et tu ne l\u2019as pas fait.<br \/>\nNon, vous les \u00e9gar\u00e9s, vous n\u2019\u00eates pas coupables !<br \/>\nLe v\u00e9n\u00e9neux essaim des causes impalpables,<br \/>\nLes vieux faits devenus invisibles vous ont<br \/>\nTroubl\u00e9 l\u2019\u00e2me, et leur aile a battu votre front ;<br \/>\nVous vous \u00eates sentis enivr\u00e9s d\u2019ombre obscure ;<br \/>\nLe taon vous poursuivait de son \u00e2cre piq\u00fbre,<br \/>\nUne rouge lueur flottait devant vos yeux,<br \/>\nEt vous avez \u00e9t\u00e9 le taureau furieux.<\/p>\n<p>J\u2019accuse la Mis\u00e8re, et je tra\u00eene \u00e0 la barre<br \/>\nCet aveugle, ce sourd, ce bandit, ce barbare,<\/p>\n<p>Le Pass\u00e9 ; je d\u00e9nonce, \u00f4 royaut\u00e9, chaos,<br \/>\nTes vieilles lois d\u2019o\u00f9 sont sortis les vieux fl\u00e9aux !<br \/>\nElles p\u00e8sent sur nous, dans le si\u00e8cle o\u00f9 nous sommes,<br \/>\nDu poids de l\u2019ignorance effrayante des hommes ;<br \/>\nElles nous changent tous en fr\u00e8res ennemis ;<br \/>\nElles seules ont fait le mal ; elles ont mis<br \/>\nLa torche inepte aux mains des souffrants implacables.<br \/>\nElles forgent les n\u0153uds d\u2019airain, les affreux c\u00e2bles,<br \/>\nLes dogmes, les erreurs, dont on veut tout lier,<br \/>\nRapetissent l\u2019\u00e9cole et ferment l\u2019atelier ;<br \/>\nLeur palais a ce gui mis\u00e9rable, l\u2019\u00e9choppe ;<br \/>\nElles font le jour louche et le regard myope ;<br \/>\nCourbent les volont\u00e9s sous le joug \u00e9touffant ;<br \/>\nVendent \u00e0 la chaumi\u00e8re un peu d\u2019air, \u00e0 l\u2019enfant<br \/>\nL\u2019alphabet du mensonge, \u00e0 tous la clart\u00e9 fausse ;<br \/>\nCreusent mal le sillon et creusent bien la fosse ;<br \/>\nNe savent ce que c\u2019est qu\u2019enseigner, qu\u2019apaiser ;<br \/>\nOnt de l\u2019or pour payer \u00e0 Judas son baiser,<br \/>\nN\u2019en ont point pour payer \u00e0 Colomb son voyage ;<br \/>\nN\u2019ont point, depuis les temps de Cyrus, d\u2019Astyage,<br \/>\nDe C\u00e9crops, de Mo\u00efse et de Deucalion,<br \/>\nFait un pas hors du l\u00e2che et sanglant talion ;<br \/>\nLivrent le faible aux forts, refusent l\u2019\u00e2me aux femmes,<br \/>\nSont imb\u00e9ciles, sont f\u00e9roces, sont inf\u00e2mes !<br \/>\nJe d\u00e9nonce les faux pontifes, les faux dieux,<br \/>\nCeux qui n\u2019ont pas d\u2019amours et ceux qui n\u2019ont pas d\u2019yeux<br \/>\nNon, je n\u2019accuse rien du pr\u00e9sent, ni personne ;<br \/>\nNon, le cri que je pousse et le glas que je sonne,<\/p>\n<p>C\u2019est contre le pass\u00e9, fant\u00f4me encor debout<br \/>\nDans les lois, dans les m\u0153urs, dans les haines, dans tout.<br \/>\nJ\u2019accuse, \u00f4 nos a\u00efeux, car l\u2019heure est solennelle,<br \/>\nVotre soci\u00e9t\u00e9, la vieille criminelle !<br \/>\nLa sc\u00e9l\u00e9rate a fait tout ce que nous voyons ;<br \/>\nC\u2019est elle qui sur l\u2019\u00e2me et sur tous les rayons<br \/>\nEt sur tous les essors posa ses mains immondes,<br \/>\nElle qui l\u2019un par l\u2019autre \u00e9clipsa les deux mondes,<br \/>\nLa raison par la foi, la foi par la raison ;<br \/>\nElle qui mit au haut des lois une prison ;<br \/>\nElle qui, fourvoyant les hommes, m\u00eame en France,<br \/>\nCr\u00e9a la c\u00e9cit\u00e9 qu\u2019on appelle ignorance,<br \/>\nLeur ferma la science, et, mar\u00e2tre pour eux,<br \/>\nLaissant noirs les esprits, fit les c\u0153urs t\u00e9n\u00e9breux !<br \/>\nJe l\u2019accuse, et je veux qu\u2019elle soit condamn\u00e9e.<br \/>\nElle vient d\u2019enfanter cette effroyable ann\u00e9e.<br \/>\nElle \u00e9gare parfois jusqu\u2019\u00e0 d\u2019affreux souhaits<br \/>\nToi-m\u00eame, \u00f4 peuple immense et puissant qui la hais !<br \/>\nLe b\u0153uf meurtri se dresse et frappe \u00e0 coups de corne.<br \/>\nElle a cr\u00e9\u00e9 la foule inconsciente et morne,<br \/>\nElle a tout opprim\u00e9, tout froiss\u00e9, tout pli\u00e9,<br \/>\nTout bless\u00e9 ; la rancune est un glaive oubli\u00e9,<br \/>\nMais qu\u2019on retrouve ; h\u00e9las ! la haine est une dette.<br \/>\nCette soci\u00e9t\u00e9 que les vieux temps ont faite,<br \/>\nDepuis deux mille ans r\u00e8gne, usurpe notre bien,<br \/>\nNotre droit, et prend tout m\u00eame \u00e0 ceux qui n\u2019ont rien ;<br \/>\nElle fait d\u00e9vorer le peuple aux parasites ;<br \/>\nLa guerre et l\u2019\u00e9chafaud, voil\u00e0 ses r\u00e9ussites ;<\/p>\n<p>Elle n\u2019a rien laiss\u00e9 que l\u2019instinct animal<br \/>\nAu sauvage embusqu\u00e9 dans la for\u00eat du mal ;<br \/>\nElle r\u00e9pond de tout ce que peut faire l\u2019homme ;<br \/>\nLa b\u00eate fauve sort de la b\u00eate de somme,<br \/>\nL\u2019esclave sous le fouet se r\u00e9volte, et, battu,<br \/>\nFuit dans l\u2019ombre, et demande \u00e0 l\u2019enfer : Me veux-tu ?<br \/>\nEtonnez-vous apr\u00e8s, \u00f4 semeurs de temp\u00eates,<br \/>\nQue ce souffre-douleur soit votre trouble-f\u00eates,<br \/>\nEt qu\u2019il vous donne tort \u00e0 tous sur tous les points ;<br \/>\nQu\u2019il soit hagard, fatal, sombre, et que ses deux poings<br \/>\nReviennent tout \u00e0 coup, sur notre trag\u00e9die<br \/>\nSecouer, l\u2019un le meurtre, et l\u2019autre l\u2019incendie !<br \/>\nJ\u2019accuse le pass\u00e9, vous dis-je ! il a tout fait.<br \/>\nQuand il abrutissait le peuple, il triomphait.<br \/>\nIl a Dieu pour fant\u00f4me et Satan pour ministre.<br \/>\nH\u00e9las ! il a cr\u00e9\u00e9 l\u2019indigence sinistre<br \/>\nQui saigne et qui se venge au hasard, sans savoir,<br \/>\nEt qui devient la haine, \u00e9tant le d\u00e9sespoir !<\/p>\n<p>Qui que vous soyez, vous que je sers et que j\u2019aime,<br \/>\nSouffrants que dans le mal la main du crime s\u00e8me,<br \/>\nEt que j\u2019ai toujours plaints, avertis, d\u00e9fendus<br \/>\nO vous les accabl\u00e9s, \u00f4 vous les \u00e9perdus,<br \/>\nNos fr\u00e8res, repoussez celui qui vous exploite !<br \/>\nSuivez l\u2019esprit qui plane et non l\u2019esprit qui boite ;<br \/>\nMontez vers l\u2019avenir, montez vers les clart\u00e9s :<br \/>\nMais ne vous laissez plus entra\u00eener ! r\u00e9sistez !<br \/>\nR\u00e9sistez, quel que soit le nom dont il se nomme,<\/p>\n<p>A quiconque vous donne un conseil contre l\u2019homme ;<br \/>\nR\u00e9sistez aux douleurs, r\u00e9sistez \u00e0 la faim.<br \/>\nSi vous saviez combien on fut pr\u00e8s de la fin !<\/p>\n<p>                          *<\/p>\n<p>Oh ! l\u2019applaudissement des spectres est terrible !<br \/>\nPeuple, sur ta cit\u00e9, comme aux temps de la Bible,<br \/>\nQuand l\u2019incendie aux crins de flamme se leva,<br \/>\nQuand, ainsi que Ninive en proie \u00e0 Jehovah,<br \/>\nLut\u00e8ce agonisa, maison de la lumi\u00e8re ;<br \/>\nQuand le Louvre prit feu comme un toit de chaumi\u00e8re,<br \/>\nAvec mil huit cent trente, avec quatre-vingt-neuf !<br \/>\nQuand la Seine coula rouge sous le pont Neuf ;<br \/>\nQuand le Palais, \u00e9cole o\u00f9 la justice \u00e9pelle,<br \/>\nSoudain se d\u00e9tachant de la Sainte-Chapelle,<br \/>\nTomba comme un haillon qu\u2019une femme d\u00e9coud ;<br \/>\nQuand la destruction empourpra tout \u00e0 coup<br \/>\nLe haut temple o\u00f9 Voltaire et Jean-Jacques dormirent,<br \/>\nEt tout ce vaste amas que les peuples admirent,<br \/>\nD\u00f4mes, arcs triomphaux, cirques, frontons, pavois,<br \/>\nD\u2019o\u00f9 partent des clart\u00e9s et d\u2019o\u00f9 sortent des voix,<br \/>\nQuand on crut un moment voir la cit\u00e9 de gloire,<br \/>\nD\u2019esp\u00e9rance et d\u2019azur chang\u00e9e en ville noire,<br \/>\nEt Paris en fum\u00e9e affreuse dissip\u00e9 ;<br \/>\nCe flamboiement lugubre, ainsi que dans Temp\u00e9<\/p>\n<p>Avril vient doucement agiter les colombes,<br \/>\nR\u00e9veilla dans l\u2019horreur s\u00e9pulcrale les tombes ;<br \/>\nEt l\u2019horizon s\u2019emplit de fant\u00f4mes criant :<br \/>\nO tr\u00e9pass\u00e9s, venez voir mourir l\u2019Orient !<br \/>\nLes m\u00e9duses riaient avec leurs dents fun\u00e8bres ;<br \/>\nLe ciel eut peur, la joie inf\u00e2me des t\u00e9n\u00e8bres<br \/>\nEclata, l\u2019ombre vint insulter le flambeau ;<br \/>\nTorquemada sortit du gouffre et dit : C\u2019est beau.<br \/>\nCisneros dit : Voil\u00e0 le grand b\u00fbcher de l\u2019Homme !<br \/>\nSanchez grin\u00e7a : L\u2019ab\u00eeme est fait. Regarde, \u00f4 Rome !<br \/>\nTout ce qu\u2019on nomme droit, principes absolus,<br \/>\nR\u00e9publique, raison et libert\u00e9, n\u2019est plus !<br \/>\nTous les bourreaux, depuis N\u00e9ron jusqu\u2019\u00e0 Zo\u00efle,<br \/>\nContents, vinrent jeter un tison dans la ville,<br \/>\nEt Borgia donna sa b\u00e9n\u00e9diction.<br \/>\nCzars, sultans, Escobar, Rufin, Trimalcion,<br \/>\nTous les conservateurs de l\u2019antique souffrance,<br \/>\nAdmir\u00e8rent, disant : C\u2019est fini. Plus de France !<br \/>\nCe qui s\u2019ach\u00e8ve ainsi ne recommence point.<br \/>\nA Danton interdit Brunswick montra le poing ;<br \/>\nOn entendit mugir le veau d\u2019or dans l\u2019\u00e9table ;<br \/>\nDans cette heure o\u00f9 le ciel devint \u00e9pouvantable,<br \/>\nLe groupe monstrueux de tous les hommes noirs,<br \/>\nSombre, et pour esp\u00e9rance ayant nos d\u00e9sespoirs,<br \/>\nVoyant sur toi, Paris, la mort ouvrir son aile,<br \/>\nEut l\u2019\u00e9blouissement de la nuit \u00e9ternelle.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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