{"id":9574,"date":"2025-04-18T12:49:12","date_gmt":"2025-04-18T10:49:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9574"},"modified":"2025-04-18T12:49:12","modified_gmt":"2025-04-18T10:49:12","slug":"sedan","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/sedan\/","title":{"rendered":"Sedan"},"content":{"rendered":"<p>I<\/p>\n<p>Toulon, c\u2019est peu ; Sedan, c\u2019est mieux.<\/p>\n<p>L\u2019homme tragique,<br \/>\nSaisi par le destin qui n\u2019est que la logique,<br \/>\nCaptif de son forfait, livr\u00e9 les yeux band\u00e9s<br \/>\nAux noirs \u00e9v\u00e9nements qui le jouaient aux d\u00e9s,<br \/>\nVint s\u2019\u00e9chouer, r\u00eaveur, dans l\u2019opprobre insondable.<br \/>\nLe grand regard d\u2019en haut lointain et formidable<br \/>\nQui ne quitte jamais le crime, \u00e9tait sur lui ;<br \/>\nDieu poussa ce tyran, larve et spectre aujourd\u2019hui,<br \/>\nDans on ne sait quelle ombre o\u00f9 l\u2019histoire frissonne,<br \/>\nEt qu\u2019il n\u2019avait encore ouverte pour personne ;<br \/>\nL\u00e0, comme au fond d\u2019un puits sinistre, il le perdit.<br \/>\nLe juge d\u00e9passa ce qu\u2019on avait pr\u00e9dit.<\/p>\n<p>Il advint que cet homme un jour songea : \u2014 Je r\u00e8gne.<br \/>\nOui. Mais on me m\u00e9prise, il faut que l\u2019on me craigne.<br \/>\nJ\u2019entends \u00eatre \u00e0 mon tour ma\u00eetre du monde, moi.<br \/>\nTerre, je vaux mon oncle, et j\u2019ai droit \u00e0 l\u2019effroi.<br \/>\nJe n\u2019ai pas d\u2019Austerlitz, soit, mais j\u2019ai mon Brumaire.<br \/>\nIl a Machiavel tout en ayant Hom\u00e8re,<br \/>\nEt les tient attentifs tous deux \u00e0 ce qu\u2019il fait ;<br \/>\nMachiavel \u00e0 moi me suffit. Galifet<br \/>\nM\u2019appartient, j\u2019eus Morny, j\u2019ai Rouher et Devienne.<br \/>\nJe n\u2019ai pas encor pris Madrid, Lisbonne, Vienne,<br \/>\nNaples, Dantzick, Munich, Dresde, je les prendrai.<br \/>\nJ\u2019humilierai sur mer la croix de Saint-Andr\u00e9,<br \/>\nEt j\u2019aurai cette vieille Albion pour sujette.<br \/>\nUn voleur qui n\u2019est pas le roi des rois, v\u00e9g\u00e8te.<br \/>\nJe serai grand. J\u2019aurai pour valets, moi forban,<br \/>\nMasta\u00ef sous sa mitre, Abdul sous son turban,<br \/>\nLe czar sous sa peau d\u2019ours et son bonnet de martre ;<br \/>\nPuisque j\u2019ai foudroy\u00e9 le boulevard Montmartre,<br \/>\nJe puis vaincre la Prusse ; il est aussi malin<br \/>\nD\u2019assi\u00e9ger Tortoni que d\u2019assi\u00e9ger Berlin ;<br \/>\nQuand on a pris la Banque on peut prendre Mayence.<br \/>\nP\u00e9tersbourg et Stamboul sont deux chiens de fa\u00efence ;<br \/>\nPie et Galantuomo sont \u00e0 couteaux tir\u00e9s ;<br \/>\nComme deux boucs livrant bataille dans les pr\u00e9s,<br \/>\nL\u2019Angleterre et l\u2019Irlande \u00e0 grand bruit se querellent ;<br \/>\nD\u2019Espagne sur Cuba les coups de fusil gr\u00ealent ;<br \/>\nJoseph, pseudo-C\u00e9sar, Wilhelm, pi\u00e8tre Attila,<br \/>\nS\u2019empoignent aux cheveux ; je mettrai le hol\u00e0 ;<br \/>\nEt moi, l\u2019homme \u00e9cul\u00e9 d\u2019autrefois, l\u2019ancien pitre,<br \/>\nJe serai, par-dessus tous les sceptres, l\u2019arbitre ;<br \/>\nEt j\u2019aurai cette gloire, \u00e0 peu pr\u00e8s sans d\u00e9bats,<br \/>\nD\u2019\u00eatre le Tout-Puissant et le Tr\u00e8s-Haut d\u2019en bas.<br \/>\nDe faux Napol\u00e9on passer vrai Charlemagne,<br \/>\nC\u2019est beau. Que faut-il donc pour cela ? prier Magne<br \/>\nD\u2019avancer quelque argent \u00e0 Leb\u0153uf, et choisir,<br \/>\nComme Haroun escort\u00e9 le soir par son vizir,<br \/>\nL\u2019heure obscure o\u00f9 l\u2019on dort, o\u00f9 la rue est d\u00e9serte,<br \/>\nEt brusquement tenter l\u2019aventure ; on peut, certe,<br \/>\nPasser le Rhin ayant pass\u00e9 le Rubicon.<br \/>\nPi\u00e9tri me jettera des fleurs de son balcon.<br \/>\nMagnan est mort, Frossard le vaut ; Saint-Arnaud manque,<br \/>\nJ\u2019ai Bazaine. Bismarck me semble un saltimbanque ;<br \/>\nJe crois \u00eatre aussi bon com\u00e9dien que lui.<br \/>\nJusqu\u2019ici j\u2019ai dompt\u00e9 le hasard \u00e9bloui ;<br \/>\nJ\u2019en ai fait mon complice, et la fraude est ma femme.<br \/>\nJ\u2019ai vaincu, quoique l\u00e2che, et brill\u00e9, quoique inf\u00e2me.<br \/>\nEn avant ! j\u2019ai Paris, donc j\u2019ai le genre humain.<br \/>\nTout me sourit, pourquoi m\u2019arr\u00eater en chemin ?<br \/>\nIl ne me reste plus \u00e0 gagner que le quine.<br \/>\nContinuons, la chance \u00e9tant une coquine<br \/>\nL\u2019univers m\u2019appartient, je le veux, il me pla\u00eet ;<br \/>\nCe noir globe \u00e9toil\u00e9 tient sous mon gobelet.<br \/>\nJ\u2019escamotai la France, escamotons l\u2019Europe.<br \/>\nD\u00e9cembre est mon manteau, l\u2019ombre est mon enveloppe ;<br \/>\nLes aigles sont partis, je n\u2019ai que les faucons ;<br \/>\nMais n\u2019importe ! Il fait nuit. J\u2019en profite. Attaquons.<\/p>\n<p>Or il faisait grand jour. Jour sur Londres, sur Rome,<br \/>\nSus Vienne, et tous ouvraient les yeux, hormis cet homme ;<br \/>\nEt Berlin souriait et le guettait sans bruit.<br \/>\nComme il \u00e9tait aveugle il crut qu\u2019il faisait nuit.<br \/>\nTous voyaient la lumi\u00e8re et seul il voyait l\u2019ombre.<\/p>\n<p>H\u00e9las ! sans calculer le temps, le lieu, le nombre,<br \/>\n\u00c0 t\u00e2tons, se fiant au vide, sans appui,<br \/>\nAyant pour s\u00fbret\u00e9 ses t\u00e9n\u00e8bres \u00e0 lui,<br \/>\nCe suicide prit nos fiers soldats, l\u2019arm\u00e9e<br \/>\nDe France devant qui marchait la renomm\u00e9e,<br \/>\nEt sans canons, sans pain, sans chefs, sans g\u00e9n\u00e9raux,<br \/>\nIl conduisit au fond du gouffre les h\u00e9ros.<br \/>\nTranquille, il les mena lui-m\u00eame dans le pi\u00e8ge.<\/p>\n<p>\u2014 O\u00f9 vas-tu ? dit la tombe. Il r\u00e9pondit : que sais-je ?<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Que Pline aille au V\u00e9suve, Emp\u00e9docle \u00e0 l\u2019Etna,<br \/>\nC\u2019est que dans le crat\u00e8re une aube rayonna,<br \/>\nEt ces grands curieux ont raison ; qu\u2019un brahmine<br \/>\nSe fasse \u00e0 Benar\u00e8s manger par la vermine,<br \/>\nC\u2019est pour le paradis et cela se comprend ;<br \/>\nQu\u2019\u00e0 travers Lipari de laves s\u2019empourprant,<br \/>\nUn p\u00eacheur de corail vogue en sa coraline,<br \/>\nFr\u00eale planche que l\u00e8che et mord la mer f\u00e9line,<br \/>\nDes caps de Corse aux rocs orageux de Corfou ;<br \/>\nQue Socrate soit sage et que J\u00e9sus soit fou,<br \/>\nL\u2019un \u00e9tant raisonnable et l\u2019autre \u00e9tant sublime ;<br \/>\nQue le proph\u00e8te noir crie autour de Solime<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on le tue \u00e0 coups de javelots ;<br \/>\nQue Green se livre aux airs et Lapeyrouse aux flots,<br \/>\nQu\u2019Alexandre aille en Perse ou Trajan chez les Daces,<br \/>\nTous savent ce qu\u2019ils font ; ils veulent : leurs audaces<br \/>\nOnt un but ; mais jamais les si\u00e8cles, le pass\u00e9,<br \/>\nL\u2019histoire n\u2019avaient vu ce spectacle insens\u00e9,<br \/>\nCe vertige, ce r\u00eave, un homme qui lui-m\u00eame,<br \/>\nDescendant d\u2019un sommet triomphal et supr\u00eame,<br \/>\nTirant le fil obscur par o\u00f9 la mort descend,<br \/>\nPrend la peine d\u2019ouvrir sa fosse, et, se pla\u00e7ant<br \/>\nSous l\u2019effrayant couteau qu\u2019un myst\u00e8re environne,<br \/>\nCoupe sa t\u00eate afin d\u2019affermir sa couronne !<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Quand la com\u00e8te tombe au puits des nuits, du moins<br \/>\nA-t-elle en s\u2019\u00e9teignant les soleils pour t\u00e9moins<br \/>\nSatan pr\u00e9cipit\u00e9 demeure grandiose ;<br \/>\nSon \u00e9crasement garde un air d\u2019apoth\u00e9ose ;<br \/>\nEt sur un fier destin, farouche vision,<br \/>\nLa haute catastrophe est un dernier rayon.<br \/>\nBonaparte jadis \u00e9tait tomb\u00e9 ; son crime,<br \/>\nImmense, n\u2019avait pas d\u00e9shonor\u00e9 l\u2019ab\u00eeme ;<br \/>\nDieu l\u2019avait rejet\u00e9, mais sur ce grand rejet<br \/>\nQuelque chose de vaste et d\u2019altier surnageait ;<br \/>\nLe c\u00f4t\u00e9 de clart\u00e9 cachait le c\u00f4t\u00e9 d\u2019ombre ;<br \/>\nDe sorte que la gloire aimait cet homme sombre,<br \/>\nEt que la conscience humaine avait un fond<br \/>\nDe doute sur le mal que les colosses font.<\/p>\n<p>Il est mauvais qu\u2019on mette un crime dans un temple,<br \/>\nEt Dieu vit qu\u2019il fallait recommencer l\u2019exemple.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019un titan larron a gravi les sommets,<br \/>\nTout voleur l\u2019y veut suivre ; or il faut d\u00e9sormais<br \/>\nQue Sbrigani ne puisse imiter Prom\u00e9th\u00e9e ;<br \/>\nIl est temps que la terre apprenne \u00e9pouvant\u00e9e<br \/>\n\u00c0 quel point le petit peut d\u00e9passer le grand,<br \/>\nComment un ruisseau vil est pire qu\u2019un torrent,<br \/>\nEt de quelles stupeurs la main du sort est pleine,<br \/>\nM\u00eame apr\u00e8s Waterloo, m\u00eame apr\u00e8s Sainte-H\u00e9l\u00e8ne !<br \/>\nDieu veut des astres noirs emp\u00eacher le lever.<br \/>\nComme il \u00e9tait utile et juste d\u2019achever<br \/>\nBrumaire et ce D\u00e9cembre encor couvert de voiles<br \/>\nPar une \u00e9claboussure allant jusqu\u2019aux \u00e9toiles<br \/>\nEt jusqu\u2019aux souvenirs \u00e9normes d\u2019autrefois,<br \/>\nComme il faut au plateau jeter le dernier poids,<br \/>\nCelui qui p\u00e8se tout voulut montrer au monde,<br \/>\nApr\u00e8s la grande fin, l\u2019\u00e9croulement immonde,<br \/>\nPour que le genre humain re\u00e7\u00fbt une le\u00e7on,<br \/>\nPour qu\u2019il e\u00fbt le m\u00e9pris ayant eu le frisson,<br \/>\nPour qu\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9pop\u00e9e on e\u00fbt la parodie,<br \/>\nEt pour que nous vissions ce qu\u2019une trag\u00e9die<br \/>\nPeut contenir d\u2019horreur, de cendre et de n\u00e9ant<br \/>\nQuand c\u2019est un nain qui fait la chute d\u2019un g\u00e9ant.<\/p>\n<p>Cet homme \u00e9tant le crime, il \u00e9tait n\u00e9cessaire<br \/>\nQue tout le mis\u00e9rable e\u00fbt toute la mis\u00e8re,<br \/>\nEt qu\u2019il e\u00fbt \u00e0 jamais le deuil pour pi\u00e9destal ;<br \/>\nIl fallait que la fin de cet escroc fatal<br \/>\nPar qui le guet-apens jusqu\u2019\u00e0 l\u2019empire monte<br \/>\nF\u00fbt telle que la boue elle-m\u00eame en e\u00fbt honte,<br \/>\nEt que C\u00e9sar, flair\u00e9 des chiens avec d\u00e9go\u00fbt,<br \/>\nDonn\u00e2t, en y tombant, la naus\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gout.<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>Azincourt est riant. D\u00e9sormais Ramillies,<br \/>\nTrafalgar, plaisent presque \u00e0 nos m\u00e9lancolies ;<br \/>\nPoitiers n\u2019est plus le deuil, Blenheim n\u2019est plus l\u2019affront,<br \/>\nCr\u00e9cy n\u2019est plus le champ o\u00f9 l\u2019on baisse le front,<br \/>\nLe noir Rosbach nous fait l\u2019effet d\u2019une victoire.<br \/>\nFrance, voici le lieu hideux de ton histoire,<br \/>\nSedan. Ce nom fun\u00e8bre, o\u00f9 tout vient s\u2019\u00e9clipser,<br \/>\nCrache-le, pour ne plus jamais le prononcer.<\/p>\n<p>V<\/p>\n<p>Plaine ! affreux rendez-vous ! Ils y sont, nous y sommes.<\/p>\n<p>Deux vivantes for\u00eats, faites de t\u00eates d\u2019hommes,<br \/>\nDe bras, de pieds, de voix, de glaives, de fureur,<br \/>\nMarchent l\u2019une sur l\u2019autre et se m\u00ealent. Horreur !<br \/>\nCris ! Est-ce le canon ? sont-ce des catapultes ?<br \/>\nLe s\u00e9pulcre sur terre a parfois des tumultes,<br \/>\nNous appelons cela hauts faits, exploits ; tout fuit,<br \/>\nTout s\u2019\u00e9croule, et le ver dresse la t\u00eate au bruit.<br \/>\nDes condamnations sont par les rois jet\u00e9es<br \/>\nEt sont par l\u2019homme, h\u00e9las ! sur l\u2019homme ex\u00e9cut\u00e9es ;<br \/>\nAvoir tu\u00e9 son fr\u00e8re est le laurier qu\u2019on a.<br \/>\nApr\u00e8s Pharsale, apr\u00e8s Hastings, apr\u00e8s I\u00e9na,<br \/>\nTout est chez l\u2019un triomphe et chez l\u2019autre d\u00e9combre.<br \/>\n\u00d4 Guerre ! le hasard passe sur un char d\u2019ombre<br \/>\nPar d\u2019effrayants chevaux invisibles tra\u00een\u00e9.<\/p>\n<p>La lutte \u00e9tait farouche. Un carnage effr\u00e9n\u00e9<br \/>\nDonnait aux combattants des prunelles de braise ;<br \/>\nLe fusil Chassepot bravait le fusil Dreyse ;<br \/>\n\u00c0 l\u2019horizon hurlaient des m\u00e9duses, grin\u00e7ant<br \/>\nDans un obscur nuage \u00e9clabouss\u00e9 de sang,<br \/>\nCouleuvrines d\u2019acier, bombardes, mitrailleuses ;<br \/>\nLes corbeaux se montraient de loin ces travailleuses ;<br \/>\nTout festin est charnier, tout massacre est banquet.<br \/>\nLa rage emplissait l\u2019ombre, et se communiquait,<br \/>\nComme si la nature entrait dans la bataille,<br \/>\nDe l\u2019homme qui fr\u00e9mit \u00e0 l\u2019arbre qui tressaille ;<br \/>\nLe champ fatal semblait lui-m\u00eame forcen\u00e9.<br \/>\nL\u2019un \u00e9tait repouss\u00e9, l\u2019autre \u00e9tait ramen\u00e9 ;<br \/>\nL\u00e0 c\u2019\u00e9tait l\u2019Allemagne et l\u00e0 c\u2019\u00e9tait la France.<br \/>\nTous avaient de mourir la tragique esp\u00e9rance<br \/>\nOu le hideux bonheur de tuer, et pas un<br \/>\nQue le sang n\u2019enivr\u00e2t de son \u00e2cre parfum,<br \/>\nPas un qui l\u00e2ch\u00e2t pied, car l\u2019heure \u00e9tait supr\u00eame.<br \/>\nCette graine qu\u2019un bras \u00e9pouvantable s\u00e8me,<br \/>\nLa mitraille, pleuvait sur le champ t\u00e9n\u00e9breux ;<br \/>\nEt les bless\u00e9s r\u00e2laient, et l\u2019on marchait sur eux<br \/>\nEt les canons grondants soufflaient sur la m\u00eal\u00e9e<br \/>\nUne fum\u00e9e immense aux vents \u00e9chevel\u00e9e.<br \/>\nOn sentait le devoir, l\u2019honneur, le d\u00e9vouement,<br \/>\nEt la patrie, au fond de l\u2019\u00e2pre acharnement.<br \/>\nSoudain, dans cette brume, au milieu du tonnerre,<br \/>\nDans l\u2019ombre \u00e9norme o\u00f9 rit la mort visionnaire,<br \/>\nDans le chaos des chocs \u00e9piques, dans l\u2019enfer<br \/>\nDu cuivre et de l\u2019airain heurt\u00e9s contre le fer,<br \/>\nEt de ce qui renverse \u00e9crasant ce qui tombe,<br \/>\nDans le rugissement de la fauve h\u00e9catombe,<br \/>\nParmi les durs clairons chantant leur sombre chant,<br \/>\nTandis que nos soldats luttaient, fiers et t\u00e2chant<br \/>\nD\u2019\u00e9galer leurs a\u00efeux que les peuples v\u00e9n\u00e8rent,<br \/>\nTout \u00e0 coup, les drapeaux hagards en frissonn\u00e8rent,<br \/>\nTandis que, du destin subissant le d\u00e9cret,<br \/>\nTout saignait, combattait, r\u00e9sistait ou mourait,<br \/>\nOn entendit ce cri monstrueux : Je veux vivre !<\/p>\n<p>Le canon stup\u00e9fait se tut, la m\u00eal\u00e9e ivre<br \/>\nS\u2019interrompit\u2026 \u2014 le mot de l\u2019ab\u00eeme \u00e9tait dit.<\/p>\n<p>Et l\u2019aigle noir ouvrant ses griffes attendit.<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>Alors la Gaule, alors la France, alors la gloire,<br \/>\nAlors Brennus, l\u2019audace, et Clovis, la victoire,<br \/>\nAlors le vieux titan celtique aux cheveux longs,<br \/>\nAlors le groupe altier des batailles, Ch\u00e2lons,<br \/>\nTolbiac la farouche, Arezzo la cruelle,<br \/>\nBovines, Marignan, Beaug\u00e9, Mons-en-Puelle,<br \/>\nTours, Ravenne, Agnadel sur son haut palefroi,<br \/>\nFornoue, Ivry, Coutras, C\u00e9risolles, Rocroy,<br \/>\nDenain et Fontenoy, toutes ces immortelles<br \/>\nM\u00ealant l\u2019\u00e9clair du front au flamboiement des ailes,<br \/>\nJemmape, Hohenlinden, Lodi, Wagram, Eylau,<br \/>\nLes hommes du dernier carr\u00e9 de Waterloo,<br \/>\nEt tous ces chefs de guerre, H\u00e9ristal, Charlemagne,<br \/>\nCharles-Martel, Turenne, effroi de l\u2019Allemagne,<br \/>\nCond\u00e9, Villars, fameux par un si fier succ\u00e8s,<br \/>\nCet Achille, Kl\u00e9ber, ce Scipion, Desaix,<br \/>\nNapol\u00e9on, plus grand que C\u00e9sar et Pomp\u00e9e,<br \/>\nPar la main d\u2019un bandit rendirent leur \u00e9p\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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