{"id":9287,"date":"2025-04-17T13:51:12","date_gmt":"2025-04-17T11:51:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9287"},"modified":"2025-04-17T13:51:12","modified_gmt":"2025-04-17T11:51:12","slug":"pleurs-dans-la-nuit","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/pleurs-dans-la-nuit\/","title":{"rendered":"Pleurs dans la nuit"},"content":{"rendered":"<p>I<\/p>\n<p>Je suis l\u2019\u00eatre inclin\u00e9 qui jette ce qu\u2019il pense ;<br \/>\nQui demande \u00e0 la nuit le secret du silence ;<br \/>\n\ufeffDont la brume emplit l\u2019\u0153il ;<br \/>\nDans une ombre sans fond mes paroles descendent,<br \/>\nEt les choses sur qui tombent mes strophes rendent<br \/>\n\ufeffLe son creux du cercueil.<\/p>\n<p>Mon esprit, qui du doute a senti la piq\u00fbre,<br \/>\nHabite, \u00e2pre songeur, la r\u00eaverie obscure<br \/>\n\ufeffAux flots plomb\u00e9s et bleus,<br \/>\nLac hideux o\u00f9 l\u2019horreur tord ses bras, p\u00e2le nymphe,<br \/>\nEt qui fait boire une eau morte comme la lymphe<br \/>\n\ufeffAux rochers scrofuleux.<\/p>\n<p>Le doute, fils b\u00e2tard de l\u2019a\u00efeule sagesse,<br \/>\nCrie : \u00c0 quoi bon ? devant l\u2019\u00e9ternelle largesse,<br \/>\n\ufeffNous fait tout oublier,<br \/>\nS\u2019offre \u00e0 nous, morne abri, dans nos marches sans nombre,<br \/>\nNous dit : \u2014 Es-tu las ? Viens ! \u2014 et l\u2019homme dort \u00e0 l\u2019ombre<br \/>\n\ufeffDe ce mancenillier.<\/p>\n<p>L\u2019effet pleure et sans cesse interroge la cause.<br \/>\nLa cr\u00e9ation semble attendre quelque chose.<br \/>\n\ufeffL\u2019homme \u00e0 l\u2019homme est obscur.<br \/>\nO\u00f9 donc commence l\u2019\u00e2me ? o\u00f9 donc finit la vie ?<br \/>\nNous voudrions, c\u2019est l\u00e0 notre incurable envie,<br \/>\n\ufeffVoir par-dessus le mur.<\/p>\n<p>Nous rampons, oiseaux pris sous le filet de l\u2019\u00eatre ;<br \/>\nLibres et prisonniers, l\u2019immuable p\u00e9n\u00e8tre<br \/>\n\ufeffToutes nos volont\u00e9s ;<br \/>\nCaptifs sous le r\u00e9seau des choses n\u00e9cessaires,<br \/>\nNous sentons se lier des fils \u00e0 nos mis\u00e8res<br \/>\n\ufeffDans les immensit\u00e9s.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Nous sommes au cachot ; la porte est inflexible ;<br \/>\nMais, dans une main sombre, inconnue, invisible,<br \/>\n\ufeffQui passe par moment,<br \/>\n\u00c0 travers l\u2019ombre, espoir des \u00e2mes s\u00e9rieuses,<br \/>\nOn entend le trousseau des clefs myst\u00e9rieuses<br \/>\n\ufeffSonner confus\u00e9ment.<\/p>\n<p>La vision de l\u2019\u00eatre emplit les yeux de l\u2019homme.<br \/>\nUn mariage obscur sans cesse se consomme<br \/>\n\ufeffDe l\u2019ombre avec le jour ;<br \/>\nCe monde, est-ce un \u00e9den tomb\u00e9 dans la g\u00e9henne ?<br \/>\nNous avons dans le c\u0153ur des t\u00e9n\u00e8bres de haine<br \/>\n\ufeffEt des clart\u00e9s d\u2019amour.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation n\u2019a qu\u2019une prunelle trouble.<br \/>\nL\u2019\u00eatre \u00e9ternellement montre sa face double,<br \/>\n\ufeffMal et bien, glace et feu ;<br \/>\nL\u2019homme sent \u00e0 la fois, \u00e2me pure et chair sombre,<br \/>\nLa morsure du ver de terre au fond de l\u2019ombre<br \/>\n\ufeffEt le baiser de Dieu.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 de certains jours, l\u2019\u00e2me est comme une veuve.<br \/>\nNous entendons g\u00e9mir les vivants dans l\u2019\u00e9preuve.<br \/>\n\ufeffNous doutons, nous tremblons,<br \/>\nPendant que l\u2019aube \u00e9pand ses lumi\u00e8res sacr\u00e9es<br \/>\nEt que mai sur nos seuils m\u00eale les fleurs dor\u00e9es<br \/>\n\ufeffAvec les enfants blonds.<\/p>\n<p>Qu\u2019importe la lumi\u00e8re, et l\u2019aurore, et les astres,<br \/>\nFleurs des chapiteaux bleus, diamants des pilastres<br \/>\n\ufeffDu profond firmament,<br \/>\nEt mai qui nous caresse, et l\u2019enfant qui nous charme,<br \/>\nSi tout n\u2019est qu\u2019un soupir, si tout n\u2019est qu\u2019une larme,<br \/>\n\ufeffSi tout n\u2019est qu\u2019un moment !<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Le sort nous use au jour, triste meule qui tourne.<br \/>\nL\u2019homme inquiet et vain croit marcher, il s\u00e9journe ;<br \/>\n\ufeffIl expire en cr\u00e9ant.<br \/>\nNous avons la seconde et nous r\u00eavons l\u2019ann\u00e9e ;<br \/>\nEt la dimension de notre destin\u00e9e,<br \/>\n\ufeffC\u2019est poussi\u00e8re et n\u00e9ant.<\/p>\n<p>L\u2019ab\u00eeme, o\u00f9 les soleils sont les \u00e9gaux des mouches,<br \/>\nNous tient ; nous n\u2019entendons que des sanglots farouches<br \/>\n\ufeffOu des rires moqueurs ;<br \/>\nVers la cible d\u2019en haut qui dans l\u2019azur s\u2019\u00e9l\u00e8ve,<br \/>\nNous lan\u00e7ons nos projets, nos v\u0153ux, l\u2019espoir, le r\u00eave,<br \/>\n\ufeffCes fl\u00e8ches de nos c\u0153urs.<\/p>\n<p>Nous voulons durer, vivre, \u00eatre \u00e9ternels. \u00d4 cendre !<br \/>\nO\u00f9 donc est la fourmi qu\u2019on appelle Alexandre ?<br \/>\n\ufeffO\u00f9 donc le ver C\u00e9sar ?<br \/>\nEn tombant sur nos fronts, la minute nous tue.<br \/>\nNous passons, noir essaim, foule de deuil v\u00eatue,<br \/>\n\ufeffComme le bruit d\u2019un char.<\/p>\n<p>Nous montons \u00e0 l\u2019assaut du temps comme une arm\u00e9e.<br \/>\nSur nos groupes confus que voile la fum\u00e9e<br \/>\n\ufeffDes jours \u00e9vanouis,<br \/>\nL\u2019\u00e9norme \u00e9ternit\u00e9 luit, splendide et stagnante ;<br \/>\nLe cadran, bouclier de l\u2019heure rayonnante,<br \/>\n\ufeffNous terrasse \u00e9blouis !<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instant o\u00f9 l\u2019on dit : Vivons ! tout se d\u00e9chire.<br \/>\nLes pleurs subitement descendent sur le rire.<br \/>\n\ufeffT\u00eate nue ! \u00e0 genoux !<br \/>\nTes fils sont morts, mon p\u00e8re est mort, leur m\u00e8re est morte.<br \/>\n\u00d4 deuil ! qui passe l\u00e0 ? C\u2019est un cercueil qu\u2019on porte.<br \/>\n\ufeff\u00c0 qui le portez-vous ?<\/p>\n<p>Ils le portent \u00e0 l\u2019ombre, au silence, \u00e0 la terre ;<br \/>\nIls le portent au calme obscur, \u00e0 l\u2019aube aust\u00e8re,<br \/>\n\ufeff\u00c0 la brume sans bords,<br \/>\nAu myst\u00e8re qui tord ses anneaux sous des voiles,<br \/>\nAu serpent inconnu qui l\u00e8che les \u00e9toiles<br \/>\n\ufeffEt qui baise les morts !<\/p>\n<p>V<\/p>\n<p>Ils le portent aux vers, au n\u00e9ant, \u00e0 Peut-\u00catre !<br \/>\nCar la plupart d\u2019entre eux n\u2019ont point vu le jour na\u00eetre ;<br \/>\n\ufeffSceptiques et born\u00e9s,<br \/>\nLa n\u00e9gation monte et la mati\u00e8re hostile,<br \/>\nFlambeaux d\u2019aveuglement, troublent l\u2019\u00e2me inutile<br \/>\n\ufeffDe ces infortun\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour eux le ciel ment, l\u2019homme est un songe et croit vivre ;<br \/>\nIls ont beau feuilleter page \u00e0 page le livre,<br \/>\n\ufeffIls ne comprennent pas ;<br \/>\nIls vivent en hochant la t\u00eate, et, dans le vide,<br \/>\nL\u2019\u00e9cheveau t\u00e9n\u00e9breux que le doute d\u00e9vide<br \/>\n\ufeffSe m\u00eale sous leurs pas.<\/p>\n<p>Pour eux l\u2019\u00e2me naufrage avec le corps qui sombre.<br \/>\nLeur r\u00eave a les yeux creux et regarde de l\u2019ombre ;<br \/>\n\ufeffRien est le mot du sort ;<br \/>\nEt chacun d\u2019eux, riant de la vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e,<br \/>\nPorte en son c\u0153ur, au lieu de l\u2019esp\u00e9rance ail\u00e9e,<br \/>\n\ufeffUne t\u00eate de mort.<\/p>\n<p>Sourds \u00e0 l\u2019hymne des bois, au sombre cri de l\u2019orgue,<br \/>\nChacun d\u2019eux est un champ plein de cendre, une morgue<br \/>\n\ufeffO\u00f9 pendent des lambeaux,<br \/>\nUn cimeti\u00e8re o\u00f9 l\u2019\u0153il des fr\u00e9missants po\u00ebtes<br \/>\nVoit planer l\u2019ironie et toutes ses chouettes,<br \/>\n\ufeffL\u2019ombre et tous ses corbeaux.<\/p>\n<p>Quand l\u2019astre et le roseau leur disent : Il faut croire ;<br \/>\nIls disent au jonc vert, \u00e0 l\u2019astre en sa nuit noire :<br \/>\n\ufeffVous \u00eates insens\u00e9s !<br \/>\nQuand l\u2019arbre leur murmure \u00e0 l\u2019oreille : Il existe ;<br \/>\nCes fous r\u00e9pondent : Non ! et, si le ch\u00eane insiste,<br \/>\n\ufeffIls lui disent : Assez !<\/p>\n<p>Quelle nuit ! le semeur ni\u00e9 par la semence !<br \/>\nL\u2019univers n\u2019est pour eux qu\u2019une vaste d\u00e9mence,<br \/>\n\ufeffSans but et sans milieu ;<br \/>\nLeur \u00e2me, en agitant l\u2019immensit\u00e9 profonde,<br \/>\nN\u2019y sent m\u00eame pas l\u2019\u00eatre, et dans le grelot monde<br \/>\n\ufeffN\u2019entend pas sonner Dieu !<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>Le corbillard franchit le seuil du cimeti\u00e8re.<br \/>\nLe gai matin, qui rit \u00e0 la nature enti\u00e8re,<br \/>\n\ufeffResplendit sur ce deuil ;<br \/>\nTout \u00eatre a son myst\u00e8re o\u00f9 l\u2019on sent l\u2019\u00e2me \u00e9clore,<br \/>\nEt l\u2019offre \u00e0 l\u2019infini ; l\u2019astre apporte l\u2019aurore,<br \/>\n\ufeffEt l\u2019homme le cercueil.<\/p>\n<p>Le dedans de la fosse appara\u00eet, triste cr\u00e8che.<br \/>\nDes pierres par endroits percent la terre fra\u00eeche,<br \/>\n\ufeffEt l\u2019on entend le glas ;<br \/>\nElles semblent s\u2019ouvrir ainsi que des paupi\u00e8res ;<br \/>\nEt le papillon blanc dit : Qu\u2019ont donc fait ces pierres ?<br \/>\n\ufeffEt la fleur dit : H\u00e9las !<\/p>\n<p>VII<\/p>\n<p>Est-ce que par hasard ces pierres sont punies,<br \/>\nDieu vivant, pour subir de telles agonies ?<br \/>\n\ufeffAh ! ce que nous souffrons<br \/>\nN\u2019est rien\u2026 \u2014 Plus bas que l\u2019arbre en proie aux froides bises,<br \/>\nSous cette forme horrible, est-ce que les Cambyses,<br \/>\n\ufeffEst-ce que les N\u00e9rons,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir tenu les peuples dans leur serre,<br \/>\nEt crucifi\u00e9 l\u2019homme au noir gibet mis\u00e8re,<br \/>\n\ufeffMis le monde en lambeaux,<br \/>\nSouill\u00e9 l\u2019\u00e2me, et chang\u00e9, sous le vent des d\u00e9sastres,<br \/>\nL\u2019univers en charnier, et fait monter aux astres<br \/>\n\ufeffLa vapeur des tombeaux,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 joyeux dans la victoire,<br \/>\nDans l\u2019orgueil, et partout imprim\u00e9 sur l\u2019histoire<br \/>\n\ufeffLeurs ongles furieux,<br \/>\nEt, monstres qu\u2019entrevoit l\u2019homme en ses l\u00e9thargies,<br \/>\nApr\u00e8s avoir sur terre \u00e9t\u00e9 les effigies<br \/>\n\ufeffDu mal myst\u00e9rieux,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir peupl\u00e9 les prisons \u00e9largies,<br \/>\nEt vers\u00e9 tant de meurtre aux vastes mers rougies,<br \/>\n\ufeffTant de morts, glaive au flanc,<br \/>\nTant d\u2019ombre, et de carnage, et d\u2019horreurs inconnues,<br \/>\nQue le soleil, le soir, h\u00e9sitait dans les nues<br \/>\n\ufeffDevant ce bain sanglant,<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir mordu le troupeau que Dieu m\u00e8ne,<br \/>\nEt tourn\u00e9 tour \u00e0 tour de la torture humaine<br \/>\n\ufeffL\u2019atroce cabestan,<br \/>\nEt r\u00e9gn\u00e9 sous la pourpre et sous le laticlave,<br \/>\nEt pli\u00e9 six mille ans Adam, le vieil esclave,<br \/>\n\ufeffSous le vieux roi Satan,<\/p>\n<p>Est-ce que le chasseur Nemrod, Sforce le p\u00e2tre,<br \/>\nEst-ce que Messaline, est-ce que Cl\u00e9op\u00e2tre,<br \/>\n\ufeffCaligula, Macrin,<br \/>\nEt les Achabs, par qui renaissaient les Sodomes,<br \/>\nEt Phalaris, qui fit du hurlement des hommes<br \/>\n\ufeffLa clameur de l\u2019airain,<\/p>\n<p>Est-ce que Charles neuf, Constantin, Louis onze,<br \/>\nVitellius, la fange, et Busiris, le bronze,<br \/>\n\ufeffLes Cyrus d\u00e9vorants,<br \/>\nLes \u00c9gisthes montr\u00e9s du doigt par les \u00c9lectres,<br \/>\nSeraient, dans cette nuit, d\u2019hommes devenus spectres,<br \/>\n\ufeffEt pierres de tyrans ?<\/p>\n<p>Est-ce que ces cailloux, tout p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de crimes,<br \/>\nDans l\u2019horreur \u00e9touff\u00e9s, scell\u00e9s dans les ab\u00eemes,<br \/>\n\ufeffEnviant l\u2019ossement,<br \/>\nSans air, sans mouvement, sans jour, sans yeux, sans bouche,<br \/>\nEntre l\u2019herbe sinistre et le cercueil farouche,<br \/>\n\ufeffVivraient affreusement ?<\/p>\n<p>Est-ce que ce seraient des \u00e2mes condamn\u00e9es,<br \/>\nDes maudits qui, pendant des millions d\u2019ann\u00e9es,<br \/>\n\ufeffSeuls avec le remords,<br \/>\nAu lieu de voir, des yeux de l\u2019astre solitaire,<br \/>\nSortir les rayons d\u2019or, verraient les vers de terre<br \/>\n\ufeffSortir des yeux des morts ?<\/p>\n<p>Homme et roche, exister, noir dans l\u2019ombre vivante !<br \/>\nSonger, p\u00e9trifi\u00e9 dans sa propre \u00e9pouvante !<br \/>\n\ufeffR\u00eaver l\u2019\u00e9ternit\u00e9 !<br \/>\nD\u00e9vorer ses fureurs, confus\u00e9ment rugies !<br \/>\n\u00catre pris, ouragan de crimes et d\u2019orgies,<br \/>\n\ufeffDans l\u2019immobilit\u00e9 !<\/p>\n<p>Punition ! probl\u00e8me obscur ! questions sombres !<br \/>\nQuoi ! ce caillou dirait : \u2014 J\u2019ai mis Th\u00e8be en d\u00e9combres !<br \/>\n\ufeffJ\u2019ai vu Suze \u00e0 genoux !<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais B\u00e9lus \u00e0 Tyr ! J\u2019\u00e9tais Sylla dans Rome ! \u2014<br \/>\nNoire captivit\u00e9 des vieux d\u00e9mons de l\u2019homme !<br \/>\n\ufeff\u00d4 pierres, qu\u2019\u00eates-vous ?<\/p>\n<p>Qu\u2019a fait ce bloc, b\u00e9ant dans la fosse insalubre ?<br \/>\nGlac\u00e9 du froid profond de la terre lugubre,<br \/>\n\ufeffInforme et ch\u00e2ti\u00e9,<br \/>\nAveugle, m\u00eame aux feux que la nuit r\u00e9verb\u00e8re,<br \/>\nIl pense et se souvient\u2026 \u2014 Quoi ! ce n\u2019est que Tib\u00e8re !<br \/>\n\ufeffSeigneur, ayez piti\u00e9 !<\/p>\n<p>Ce dur silex noy\u00e9 dans la terre, \u00e2pre, fruste,<br \/>\nCouvert d\u2019ombre, pendant que le ciel s\u2019ouvre au juste<br \/>\n\ufeffQui s\u2019y r\u00e9fugia,<br \/>\nJaloux du chien qui jappe et de l\u2019\u00e2ne qui passe,<br \/>\nSonge et dit : Je suis l\u00e0 ! \u2014 Dieu vivant, faites gr\u00e2ce !<br \/>\n\ufeffCe n\u2019est que Borgia !<\/p>\n<p>\u00d4 Dieu bon, penchez-vous sur tous ces mis\u00e9rables !<br \/>\nSauvez ces submerg\u00e9s, aimez ces ex\u00e9crables !<br \/>\n\ufeffOuvrez les soupiraux.<br \/>\nAu nom des innocents, Dieu, pardonnez aux crimes.<br \/>\nP\u00e8re, fermez l\u2019enfer. Juge, au nom des victimes,<br \/>\n\ufeffGr\u00e2ce pour les bourreaux !<\/p>\n<p>De toutes parts s\u2019\u00e9l\u00e8ve un cri : Mis\u00e9ricorde !<br \/>\nLes peuples nus, li\u00e9s, fouett\u00e9s \u00e0 coups de corde,<br \/>\n\ufeffLugubres travailleurs,<br \/>\nVoyant leur ma\u00eetre en proie aux ch\u00e2timents sublimes,<br \/>\nOnt piti\u00e9 du despote, et, saignant de ses crimes,<br \/>\n\ufeffPleurent de ses douleurs ;<\/p>\n<p>Les p\u00e2les nations regardent dans le gouffre,<br \/>\nEt ces grands suppliants, pour le tyran qui souffre,<br \/>\n\ufeffT\u2019implorent, Dieu jaloux ;<br \/>\nL\u2019esclave mis en croix, l\u2019opprim\u00e9 sur la claie,<br \/>\nPlaint le satrape au fond de l\u2019ab\u00eeme, et la plaie<br \/>\n\ufeffDit : Gr\u00e2ce pour les clous !<\/p>\n<p>Dieu serein, regardez d\u2019un regard salutaire<br \/>\nCes reclus t\u00e9n\u00e9breux qu\u2019emprisonne la terre<br \/>\n\ufeffPleine d\u2019obscurs verrous,<br \/>\nCes for\u00e7ats dont le bagne est le dedans des pierres,<br \/>\nEt levez, \u00e0 la voix des justes en pri\u00e8res,<br \/>\n\ufeffCes effrayants \u00e9crous.<\/p>\n<p>P\u00e8re, prenez piti\u00e9 du monstre et de la roche.<br \/>\nDe tous les condamn\u00e9s que le pardon s\u2019approche !<br \/>\n\ufeffJadis, roi des combats,<br \/>\nCes bandits sur la terre ont fait une temp\u00eate ;<br \/>\n\u00c9tant mont\u00e9s plus haut dans l\u2019horreur que la b\u00eate,<br \/>\n\ufeffIls sont tomb\u00e9s plus bas.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce pour eux ! cl\u00e9mence, espoir, pardon, refuge,<br \/>\nAu jonc qui fut un prince, au ver qui fut un juge !<br \/>\n\ufeffLe m\u00e9chant, c\u2019est le fou.<br \/>\nDieu, rouvrez au maudit ! Dieu, relevez l\u2019inf\u00e2me !<br \/>\nRendez \u00e0 tous l\u2019azur. Donnez au tigre une \u00e2me,<br \/>\n\ufeffDes ailes au caillou !<\/p>\n<p>Myst\u00e8re ! obsession de tout esprit qui pense !<br \/>\n\u00c9chelle de la peine et de la r\u00e9compense !<br \/>\n\ufeffNuit qui monte en clart\u00e9 !<br \/>\nSourire \u00e9panoui sur la torture am\u00e8re !<br \/>\nVision du s\u00e9pulcre ! \u00eates-vous la chim\u00e8re,<br \/>\n\ufeffOu la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/p>\n<p>VIII<\/p>\n<p>La fosse, plaie au flanc de la terre, est ouverte,<br \/>\nEt, b\u00e9ante, elle fait frissonner l\u2019herbe verte<br \/>\n\ufeffEt le buisson jauni ;<br \/>\nElle est l\u00e0, froide, calme, \u00e9troite, inanim\u00e9e,<br \/>\nEt l\u2019\u00e2me en voit sortir, ainsi qu\u2019une fum\u00e9e,<br \/>\n\ufeffL\u2019ombre de l\u2019infini.<\/p>\n<p>Et les oiseaux de l\u2019air, qui, planant sur les cimes,<br \/>\nVolant sous tous les cieux, comparent les ab\u00eemes<br \/>\n\ufeffDans les courses qu\u2019ils font,<br \/>\nSongent au noir V\u00e9suve, \u00e0 l\u2019Oc\u00e9an superbe,<br \/>\nEt disent, en voyant cette fosse dans l\u2019herbe :<br \/>\n\ufeffVoici le plus profond !<\/p>\n<p>IX<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2me est partie, on rend le corps \u00e0 la nature.<br \/>\nLa vie a disparu sous cette cr\u00e9ature ;<br \/>\n\ufeffMort, o\u00f9 sont tes appuis ?<br \/>\nLe voil\u00e0 hors du temps, de l\u2019espace et du nombre.<br \/>\nOn le descend avec une corde dans l\u2019ombre<br \/>\n\ufeffComme un seau dans un puits.<\/p>\n<p>Que voulez-vous puiser dans ce puits formidable ?<br \/>\nEt pourquoi jetez-vous la sonde \u00e0 l\u2019insondable ?<br \/>\n\ufeffQu\u2019y voulez-vous puiser ?<br \/>\nEst-ce l\u2019adieu lointain et doux de ceux qu\u2019on aime ?<br \/>\nEst-ce un regard ? h\u00e9las ! est-ce un soupir supr\u00eame ?<br \/>\n\ufeffEst-ce un dernier baiser ?<\/p>\n<p>Qu\u2019y voulez-vous puiser, vivants, essaim frivole ?<br \/>\nEst-ce un fr\u00e9missement du vide o\u00f9 tout s\u2019envole,<br \/>\n\ufeffUn bruit, une clart\u00e9,<br \/>\nUne lettre du mot que Dieu seul peut \u00e9crire ?<br \/>\nEst-ce, pour le m\u00ealer \u00e0 vos \u00e9clats de rire,<br \/>\n\ufeffUn peu d\u2019\u00e9ternit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Dans ce gouffre o\u00f9 la larve entr\u2019ouvre son \u0153il terne,<br \/>\nDans cette \u00e9pouvantable et livide citerne,<br \/>\n\ufeffAb\u00eeme de douleurs,<br \/>\nDans ce crat\u00e8re obscur des muettes demeures,<br \/>\nQue voulez-vous puiser, \u00f4 passants de peu d\u2019heures,<br \/>\n\ufeffHommes de peu de pleurs ?<\/p>\n<p>Est-ce le secret sombre ? est-ce la froide goutte<br \/>\nQui, larme du n\u00e9ant, suinte de l\u2019\u00e2pre vo\u00fbte<br \/>\n\ufeffSans aube et sans flambeau ?<br \/>\nEst-ce quelque lueur effar\u00e9e et hagarde ?<br \/>\nEst-ce le cri jet\u00e9 par tout ce qui regarde<br \/>\n\ufeffDerri\u00e8re le tombeau ?<\/p>\n<p>Vous ne puiserez rien. Les morts tombent. La fosse<br \/>\nLes voit descendre, avec leur \u00e2me juste ou fausse,<br \/>\n\ufeffLeur nom, leurs pas, leur bruit.<br \/>\nUn jour, quand souffleront les c\u00e9lestes haleines,<br \/>\nDieu seul remontera toutes ces urnes pleines<br \/>\n\ufeffDe l\u2019\u00e9ternelle nuit.<\/p>\n<p>X<\/p>\n<p>Et la terre, agitant la ronce \u00e0 sa surface,<br \/>\nDit : L\u2019homme est mort ; c\u2019est bien ; que veut-on que j\u2019en fasse ?<br \/>\n\ufeffPourquoi me le rend-on ?<br \/>\nTerre ! fais-en des fleurs ! des lys que l\u2019aube arrose !<br \/>\nDe cette bouche aux dents b\u00e9antes, fais la rose<br \/>\n\ufeffEntr\u2019ouvrant son bouton !<\/p>\n<p>Fais ruisseler ce sang dans tes sources d\u2019eaux vives,<br \/>\nEt fais-le boire aux b\u0153ufs mugissants, tes convives ;<br \/>\n\ufeffPrends ces chairs en haillons ;<br \/>\nFais de ces seins bleuis sortir des violettes,<br \/>\nEt couvre de ces yeux que t\u2019offrent les squelettes<br \/>\n\ufeffL\u2019aile des papillons.<\/p>\n<p>Fais avec tous ces morts une joyeuse vie.<br \/>\nFais-en le fier torrent qui gronde et qui d\u00e9vie,<br \/>\n\ufeffLa mousse aux frais tapis !<br \/>\nFais-en des rocs, des joncs, des fruits, des vignes m\u00fbres,<br \/>\nDes brises, des parfums, des bois pleins de murmures,<br \/>\n\ufeffDes sillons pleins d\u2019\u00e9pis !<\/p>\n<p>Fais-en des buissons verts, fais-en de grandes herbes !<br \/>\nEt qu\u2019en ton sein profond d\u2019o\u00f9 se l\u00e8vent les gerbes,<br \/>\n\ufeff\u00c0 travers leur sommeil,<br \/>\nLes effroyables morts sans souffle et sans paroles<br \/>\nSe sentent frissonner dans toutes ces corolles<br \/>\n\ufeffQui tremblent au soleil !<\/p>\n<p>XI<\/p>\n<p>La terre, sur la bi\u00e8re o\u00f9 le mort p\u00e2le \u00e9coute,<br \/>\nTombe, et le nid gazouille, et, l\u00e0-bas, sur la route<br \/>\n\ufeffSiffle le paysan ;<br \/>\nEt ces fils, ces amis que le regret am\u00e8ne,<br \/>\nN\u2019attendent m\u00eame pas que la fosse soit pleine<br \/>\n\ufeffPour dire : Allons-nous-en !<\/p>\n<p>Le fossoyeur, pay\u00e9 par ces douleurs h\u00e2t\u00e9es,<br \/>\nJette sur le cercueil la terre \u00e0 pellet\u00e9es.<br \/>\n\ufeffToi qui, dans ton linceul,<br \/>\nR\u00eavais le deuil sans fin, cette blanche colombe,<br \/>\nAvec cet homme allant et venant sur ta tombe,<br \/>\n\ufeff\u00d4 mort, te voil\u00e0 seul !<\/p>\n<p>Commencement de l\u2019\u00e2pre et morne solitude !<br \/>\nTu ne changeras plus de lit ni d\u2019attitude ;<br \/>\n\ufeffL\u2019heure aux pas solennels<br \/>\nNe sonne plus pour toi ; l\u2019ombre te fait terrible ;<br \/>\nL\u2019immobile suaire a sur ta forme horrible<br \/>\n\ufeffMis ses plis \u00e9ternels.<\/p>\n<p>Et puis le fossoyeur s\u2019en va boire la fosse.<br \/>\nIl vient de voir des dents que la terre d\u00e9chausse,<br \/>\n\ufeffIl rit, il mange, il mord ;<br \/>\nEt prend, en murmurant des chansons h\u00e9b\u00e9t\u00e9es,<br \/>\nUn verre dans ses mains \u00e0 chaque instant heurt\u00e9es<br \/>\n\ufeffAux choses de la mort.<\/p>\n<p>Le soir vient ; l\u2019horizon s\u2019emplit d\u2019inqui\u00e9tude ;<br \/>\nL\u2019herbe tremble et bruit comme une multitude ;<br \/>\n\ufeffLe fleuve blanc reluit ;<br \/>\nLe paysage obscur prend les veines des marbres ;<br \/>\nCes hydres que, le jour, on appelle des arbres,<br \/>\n\ufeffSe tordent dans la nuit.<\/p>\n<p>Le mort est seul. Il sent la nuit qui le d\u00e9vore.<br \/>\nQuand na\u00eet le doux matin, tout l\u2019azur de l\u2019aurore,<br \/>\n\ufeffTous ses rayons si beaux,<br \/>\nTout l\u2019amour des oiseaux et leurs chansons sans nombre,<br \/>\nVont aux berceaux dor\u00e9s ; et, la nuit, toute l\u2019ombre<br \/>\n\ufeffAboutit aux tombeaux.<\/p>\n<p>Il entend des soupirs dans les fosses voisines ;<br \/>\nIl sent la chevelure affreuse des racines<br \/>\n\ufeffEntrer dans son cercueil ;<br \/>\nIl est l\u2019\u00eatre vaincu dont s\u2019empare la chose ;<br \/>\nIl sent un doigt obscur, sous sa paupi\u00e8re close,<br \/>\n\ufeffLui retirer son \u0153il.<\/p>\n<p>Il a froid ; car le soir, qui m\u00eale \u00e0 son haleine<br \/>\nLes t\u00e9n\u00e8bres, l\u2019horreur, le spectre et le phal\u00e8ne,<br \/>\n\ufeffGlace ces durs grabats ;<br \/>\nLe cadavre, li\u00e9 de bandelettes blanches,<br \/>\nGrelotte, et dans sa bi\u00e8re entend les quatre planches<br \/>\n\ufeffQui lui parlent tout bas.<\/p>\n<p>L\u2019une dit : \u2014 Je fermais ton coffre-fort. \u2014 Et l\u2019autre<br \/>\nDit : \u2014 J\u2019ai servi de porte au toit qui fut le n\u00f4tre. \u2014<br \/>\n\ufeffL\u2019autre dit : \u2014 Aux beaux jours,<br \/>\nLa table o\u00f9 rit l\u2019ivresse et que le vin encombre,<br \/>\nC\u2019\u00e9tait moi. \u2014 L\u2019autre dit : \u2014 J\u2019\u00e9tais le chevet sombre<br \/>\n\ufeffDu lit de tes amours.<\/p>\n<p>Allez, vivants ! riez, chantez ; le jour flamboie.<br \/>\nLaissez derri\u00e8re vous, derri\u00e8re votre joie<br \/>\n\ufeffSans nuage et sans pli,<br \/>\nDerri\u00e8re la fanfare et le bal qui s\u2019\u00e9lance,<br \/>\nTous ces morts qu\u2019enfouit dans la fosse silence<br \/>\n\ufeffLe fossoyeur oubli !<\/p>\n<p>XII<\/p>\n<p>Tous y viendront.<\/p>\n<p>XIII<\/p>\n<p>Assez ! et levez-vous de table.<br \/>\nChacun prend \u00e0 son tour la route redoutable ;<br \/>\n\ufeffChacun sort en tremblant ;<br \/>\nChantez, riez ; soyez heureux, soyez c\u00e9l\u00e8bres ;<br \/>\nChacun de vous sera bient\u00f4t dans les t\u00e9n\u00e8bres<br \/>\n\ufeffLe spectre au regard blanc.<\/p>\n<p>La foule vous admire et l\u2019azur vous \u00e9claire ;<br \/>\nVous \u00eates riche, grand, glorieux, populaire,<br \/>\n\ufeffPuissant, fier, encens\u00e9 ;<br \/>\nVos licteurs devant vous, graves, portent la hache ;<br \/>\nEt vous vous en irez sans que personne sache<br \/>\n\ufeffO\u00f9 vous avez pass\u00e9.<\/p>\n<p>Jeunes filles, h\u00e9las ! qui donc croit \u00e0 l\u2019aurore ?<br \/>\nVotre l\u00e8vre p\u00e2lit pendant qu\u2019on danse encore<br \/>\n\ufeffDans le bal enchant\u00e9 ;<br \/>\nDans les lustres bl\u00eamis on voit grandir le cierge ;<br \/>\nLa mort met sur vos fronts ce grand voile de vierge<br \/>\n\ufeffQu\u2019on nomme \u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>Le conqu\u00e9rant, debout dans une aube enflamm\u00e9e,<br \/>\nPenche, et voit s\u2019en aller son \u00e9p\u00e9e en fum\u00e9e ;<br \/>\n\ufeffL\u2019amante avec l\u2019amant<br \/>\nPasse ; le berceau prend une voix s\u00e9pulcrale ;<br \/>\nL\u2019enfant rose devient larve horrible, et le r\u00e2le<br \/>\n\ufeffSort du vagissement.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019ils disaient hier, le savent-ils eux-m\u00eames ?<br \/>\nDes chim\u00e8res, des v\u0153ux, des cris, de vains probl\u00e8mes !<br \/>\n\ufeff\u00d4 n\u00e9ant inou\u00ef !<br \/>\nRien ne reste ; ils ont tout oubli\u00e9 dans la fuite<br \/>\nDes choses que Dieu pousse et qui courent si vite<br \/>\n\ufeffQue l\u2019homme est \u00e9bloui !<\/p>\n<p>\u00d4 promesses ! espoirs ! cherchez-les dans l\u2019espace.<br \/>\nLa bouche qui promet est un oiseau qui passe.<br \/>\n\ufeffFou qui s\u2019y confierait !<br \/>\nLes promesses s\u2019en vont o\u00f9 va le vent des plaines,<br \/>\nO\u00f9 vont les flots, o\u00f9 vont les obscures haleines<br \/>\n\ufeffDu soir dans la for\u00eat !<\/p>\n<p>Songe \u00e0 la profondeur du n\u00e9ant o\u00f9 nous sommes.<br \/>\nQuand tu seras couch\u00e9 sous la terre o\u00f9 les hommes<br \/>\n\ufeffS\u2019enfoncent pas \u00e0 pas,<br \/>\nTes enfants, \u00e9puisant les jours que Dieu leur compte,<br \/>\nSeront dans la lumi\u00e8re ou seront dans la honte ;<br \/>\n\ufeffTu ne le sauras pas !<\/p>\n<p>Ce que vous r\u00eavez tombe avec ce que vous faites.<br \/>\nVoyez ces grands palais ; voyez ces chars de f\u00eates<br \/>\n\ufeffAux tournoyants essieux ;<br \/>\nVoyez ces longs fusils qui suivent le rivage ;<br \/>\nVoyez ces chevaux, noirs comme un h\u00e9ron sauvage<br \/>\n\ufeffQui vole sous les cieux,<\/p>\n<p>Tout cela passera comme une voix chantante ;<br \/>\nPyramide, \u00e0 tes pieds tu regardes la tente,<br \/>\n\ufeffSous l\u2019\u00e9clatant z\u00e9nith,<br \/>\nTu l\u2019entends frissonner au vent comme une voile,<br \/>\nCh\u00e9ops, et tu te sens, en la voyant de toile,<br \/>\n\ufeffFi\u00e8re d\u2019\u00eatre en granit ;<\/p>\n<p>Et toi, tente, tu dis : Gloire \u00e0 la pyramide !<br \/>\nMais, un jour, hennissant comme un cheval numide,<br \/>\n\ufeffL\u2019ouragan lybien<br \/>\nSoufflera sur ce sable o\u00f9 sont les tentes fr\u00eales,<br \/>\nEt Ch\u00e9ops roulera p\u00eale-m\u00eale avec elles<br \/>\n\ufeffEn s\u2019\u00e9criant : Eh bien !<\/p>\n<p>Tu p\u00e9riras, malgr\u00e9 ton enceinte mur\u00e9e,<br \/>\nEt tu ne seras plus, ville, \u00f4 ville sacr\u00e9e,<br \/>\n\ufeffQu\u2019un triste amas fumant,<br \/>\nEt ceux qui t\u2019ont servie et ceux qui t\u2019ont aim\u00e9e<br \/>\nFrapperont leur poitrine en voyant la fum\u00e9e<br \/>\n\ufeffDe ton embrasement.<\/p>\n<p>Ils diront : \u2014 \u00d4 douleur ! \u00f4 deuil ! guerre civile !<br \/>\nQuelle ville a jamais \u00e9gal\u00e9 cette ville ?<br \/>\n\ufeffSes tours montaient dans l\u2019air ;<br \/>\nElle riait aux chants de ses prostitu\u00e9es ;<br \/>\nElle faisait courir ainsi que des nu\u00e9es<br \/>\n\ufeffSes vaisseaux sur la mer.<\/p>\n<p>Ville ! o\u00f9 sont tes docteurs qui t\u2019enseignaient \u00e0 lire ?<br \/>\nTes dompteurs de lions qui jouaient de la lyre,<br \/>\n\ufeffTes lutteurs jamais las ?<br \/>\nVille ! est-ce qu\u2019un voleur, la nuit, t\u2019a d\u00e9rob\u00e9e ?<br \/>\nO\u00f9 donc est Babylone ? H\u00e9las ! elle est tomb\u00e9e !<br \/>\n\ufeffElle est tomb\u00e9e, h\u00e9las !<\/p>\n<p>On n\u2019entend plus chez toi le bruit que fait la meule.<br \/>\nPas un marteau n\u2019y frappe un clou. Te voil\u00e0 seule.<br \/>\n\ufeffVille, o\u00f9 sont tes bouffons ?<br \/>\nNul passant d\u00e9sormais ne montera tes rampes ;<br \/>\nEt l\u2019on ne verra plus la lumi\u00e8re des lampes<br \/>\n\ufeffLuire sous tes plafonds. \u2014<\/p>\n<p>Brillez pour dispara\u00eetre et montez pour descendre.<br \/>\nLe grain de sable dit dans l\u2019ombre au grain de cendre :<br \/>\n\ufeffIl faut tout engloutir.<br \/>\n\u2014 O\u00f9 donc est Th\u00e8bes ? dit Babylone pensive.<br \/>\nTh\u00e8bes demande : \u2014 O\u00f9 donc est Ninive ? et Ninive<br \/>\n\ufeffS\u2019\u00e9crie : \u2014 O\u00f9 donc est Tyr ?<\/p>\n<p>En laissant fuir les mots de sa langue prolixe,<br \/>\nL\u2019homme s\u2019agite et va, suivi par un \u0153il fixe ;<br \/>\n\ufeffDieu n\u2019ignore aucun toit ;<br \/>\nTous les jours d\u2019ici-bas ont des aubes fun\u00e8bres ;<br \/>\nMalheur \u00e0 ceux qui font le mal dans les t\u00e9n\u00e8bres ;<br \/>\n\ufeffEn disant : Qui nous voit ?<\/p>\n<p>Tous tombent ; l\u2019un au bout d\u2019une course insens\u00e9e,<br \/>\nL\u2019autre \u00e0 son premier pas ; l\u2019homme sur sa pens\u00e9e,<br \/>\n\ufeffLa m\u00e8re sur son nid ;<br \/>\nEt le porteur de sceptre et le joueur de fl\u00fbte<br \/>\nS\u2019en vont ; et rien ne dure ; et le p\u00e8re qui lutte<br \/>\n\ufeffSuit l\u2019a\u00efeul qui b\u00e9nit.<\/p>\n<p>Les races vont au but qu\u2019ici-bas tout r\u00e9v\u00e8le.<br \/>\nQuand l\u2019ancienne commence \u00e0 p\u00e2lir, la nouvelle<br \/>\n\ufeffA d\u00e9j\u00e0 le m\u00eame air ;<br \/>\nDans l\u2019\u00e9ternit\u00e9, gouffre o\u00f9 se vide la tombe,<br \/>\nL\u2019homme coule sans fin, sombre fleuve qui tombe<br \/>\n\ufeffDans une sombre mer.<\/p>\n<p>Tout escalier, que l\u2019ombre ou la splendeur le couvre,<br \/>\nDescend au tombeau calme, et toute porte s\u2019ouvre<br \/>\n\ufeffSur le dernier moment ;<br \/>\nVotre s\u00e9pulcre emplit la maison o\u00f9 vous \u00eates ;<br \/>\nEt tout plafond, croisant ses poutres sur nos t\u00eates,<br \/>\n\ufeffEst fait d\u2019\u00e9croulement.<\/p>\n<p>Veillez ! veillez ! Songez \u00e0 ceux que vous perd\u00eetes ;<br \/>\nParlez moins haut, prenez garde \u00e0 ce que vous dites,<br \/>\n\ufeffContemplez \u00e0 genoux ;<br \/>\nL\u2019aigle tr\u00e9pas du bout de l\u2019aile nous effleure ;<br \/>\nEt toute notre vie, en fuite heure par heure,<br \/>\n\ufeffS\u2019en va derri\u00e8re nous.<\/p>\n<p>\u00d4 coups soudains ! d\u00e9parts vertigineux ! myst\u00e8re !<br \/>\nCombien qui ne croyaient parler que pour la terre,<br \/>\n\ufeffFront haut, c\u0153ur fier, bras fort,<br \/>\nTout \u00e0 coup, comme un mur subitement s\u2019\u00e9croule,<br \/>\nAu milieu d\u2019une phrase adress\u00e9e \u00e0 la foule,<br \/>\n\ufeffSont entr\u00e9s dans la mort,<\/p>\n<p>Et, sous l\u2019immensit\u00e9 qui n\u2019est qu\u2019un \u0153il sublime,<br \/>\nOnt p\u00e2li, stup\u00e9faits de voir, dans cet ab\u00eeme<br \/>\n\ufeffD\u2019astres et de ciel bleu,<br \/>\nO\u00f9 le masqu\u00e9 se montre, o\u00f9 l\u2019inconnu se nomme,<br \/>\nQue le mot qu\u2019ils avaient commenc\u00e9 devant l\u2019homme<br \/>\n\ufeffS\u2019achevait devant Dieu !<\/p>\n<p>Un spectre au seuil de tout tient le doigt sur sa bouche.<br \/>\nLes morts partent. La nuit de sa verge les touche.<br \/>\n\ufeffIls vont, l\u2019antre est profond,<br \/>\nNus, et se dissipant, et l\u2019on ne voit rien luire.<br \/>\nO\u00f9 donc sont-ils all\u00e9s ? On n\u2019a rien \u00e0 vous dire.<br \/>\n\ufeffCeux qui s\u2019en vont, s\u2019en vont.<\/p>\n<p>Sur quoi donc marchent-ils ? sur l\u2019\u00e9nigme, sur l\u2019ombre,<br \/>\nSur l\u2019\u00eatre. Ils font un pas : comme la nef qui sombre,<br \/>\n\ufeffLeur blancheur dispara\u00eet ;<br \/>\nEt l\u2019on n\u2019entend plus rien dans l\u2019ombre inaccessible<br \/>\nQue le bruit sourd que fait dans le gouffre invisible<br \/>\n\ufeffL\u2019invisible for\u00eat.<\/p>\n<p>L\u2019infini, route noire et de brume remplie,<br \/>\nEt qui joint l\u2019\u00e2me \u00e0 Dieu, monte, fuit, multiplie<br \/>\n\ufeffSes cintres tortueux,<br \/>\nEt s\u2019efface\u2026 \u2014 et l\u2019horreur effare nos pupilles<br \/>\nQuand nous entrevoyons les arches et les piles<br \/>\n\ufeffDe ce pont monstrueux.<\/p>\n<p>\u00d4 sort ! obscurit\u00e9 ! nu\u00e9e ! on r\u00eave, on souffre.<br \/>\nLes \u00eatres, dispers\u00e9s \u00e0 tous les vents du gouffre,<br \/>\n\ufeffNe savent pas ce qu\u2019ils font.<br \/>\nLes vivants sont hagards. Les morts sont dans leurs couches.<br \/>\nPendant que nous songeons, des pleurs, gouttes farouches,<br \/>\n\ufeffTombent du noir plafond.<\/p>\n<p>XIV<\/p>\n<p>On brave l\u2019immuable ; et l\u2019un se r\u00e9fugie<br \/>\nDans l\u2019assoupissement, et l\u2019autre dans l\u2019orgie.<br \/>\n\ufeffCet autre va criant :<br \/>\n\u2014 \u00c0 bas vertu, devoir et foi ! l\u2019homme est un ventre ! \u2014<br \/>\nDans ce lugubre esprit, comme un tigre en son antre,<br \/>\n\ufeffHabite le n\u00e9ant.<\/p>\n<p>\u00c9coutez-le : \u2014 Jouir est tout. L\u2019heure est rapide.<br \/>\nLe sacrifice est fou, le martyre est stupide ;<br \/>\n\ufeffVivre est l\u2019essentiel.<br \/>\nL\u2019immensit\u00e9 ricane et la tombe grimace.<br \/>\nLa vie est un caillou que le sage ramasse<br \/>\n\ufeffPour lapider le ciel. \u2014<\/p>\n<p>Il souffle, for\u00e7at noir, sa vermine sur l\u2019ange.<br \/>\nIl est content, il est hideux ; il boit, il mange ;<br \/>\n\ufeffIl rit, la l\u00e8vre en feu,<br \/>\nTous les rires que peut inventer la d\u00e9mence ;<br \/>\nIl dit tout ce que peut dire en sa haine immense<br \/>\n\ufeffLe ver de terre \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Il dit : Non ! \u00e0 celui sous qui tremble le p\u00f4le.<br \/>\nSoudain l\u2019ange muet met la main sur l\u2019\u00e9paule<br \/>\n\ufeffDu railleur effront\u00e9 ;<br \/>\nLa mort derri\u00e8re lui surgit pendant qu\u2019il chante ;<br \/>\nDieu remplit tout \u00e0 coup cette bouche crachante<br \/>\n\ufeffAvec l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>XV<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que tu feras de tant d\u2019herbes fauch\u00e9es,<br \/>\n\u00d4 vent ? que feras-tu des pailles dess\u00e9ch\u00e9es<br \/>\n\ufeffEt de l\u2019arbre abattu ?<br \/>\nQue feras-tu de ceux qui s\u2019en vont avant l\u2019heure,<br \/>\nEt de celui qui rit et de celui qui pleure,<br \/>\n\ufeff\u00d4 vent, qu\u2019en feras-tu ?<\/p>\n<p>Que feras-tu des c\u0153urs ? que feras-tu des \u00e2mes ?<br \/>\nNous aim\u00e2mes, h\u00e9las ! nous cr\u00fbmes, nous pens\u00e2mes ;<br \/>\n\ufeffUn moment nous brillons ;<br \/>\nPuis, sur les panth\u00e9ons ou sur les ossuaires,<br \/>\nNous frissonnons, ceux-ci drapeaux, ceux-l\u00e0 suaires,<br \/>\n\ufeffTous, lambeaux et haillons !<\/p>\n<p>Et ton souffle nous tient, nous arrache et nous ronge !<br \/>\nEt nous \u00e9tions la vie, et nous sommes le songe !<br \/>\n\ufeffEt voil\u00e0 que tout fuit !<br \/>\nEt nous ne savons plus qui nous pousse et nous m\u00e8ne,<br \/>\nEt nous questionnons en vain notre \u00e2me pleine<br \/>\n\ufeffDe tonnerre et de nuit !<\/p>\n<p>\u00d4 vent, que feras-tu de ces tourbillons d\u2019\u00eatres,<br \/>\nHommes, femmes, vieillards, enfants, esclaves, ma\u00eetres,<br \/>\n\ufeffSouffrant, priant, aimant,<br \/>\nDoutant, peut-\u00eatre cendre et peut-\u00eatre semence,<br \/>\nQui roulent, fr\u00e9missants et p\u00e2les, vers l\u2019immense<br \/>\n\ufeff\u00c9vanouissement !<\/p>\n<p>XVI<\/p>\n<p>L\u2019arbre \u00c9ternit\u00e9 vit sans fa\u00eete et sans racines.<br \/>\nSes branches sont partout, proches du ver, voisines<br \/>\n\ufeffDu grand astre dor\u00e9 ;<br \/>\nL\u2019espace voit sans fin cro\u00eetre la branche Nombre,<br \/>\nEt la branche Destin, v\u00e9g\u00e9tation sombre,<br \/>\n\ufeffEmplit l\u2019homme effar\u00e9.<\/p>\n<p>Nous la sentons ramper et grandir sous nos cr\u00e2nes,<br \/>\nLier Deutz \u00e0 Judas, Nemrod \u00e0 Schinderhannes,<br \/>\n\ufeffl\u2019ordre ses mille n\u0153uds,<br \/>\nEt, passants p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s de fibres \u00e9ternelles,<br \/>\nTremblants, nous la voyons croiser dans nos prunelles<br \/>\n\ufeffSes fils vertigineux.<\/p>\n<p>Et nous apercevons, dans le plus noir de l\u2019arbre,<br \/>\nLes Hobbes contemplant avec des yeux de marbre,<br \/>\n\ufeffLes Kant aux larges fronts ;<br \/>\nLeur cogn\u00e9e \u00e0 la main, le pied sur les probl\u00e8mes,<br \/>\nImmobiles ; la mort a fait des spectres bl\u00eames<br \/>\n\ufeffDe tous ces b\u00fbcherons.<\/p>\n<p>Ils sont l\u00e0, stup\u00e9faits et chacun sur sa branche.<br \/>\nL\u2019un se redresse, et l\u2019autre, \u00e9pouvant\u00e9, se penche.<br \/>\n\ufeffL\u2019un voulut, l\u2019autre osa.<br \/>\nTous se sont arr\u00eat\u00e9s en voyant le myst\u00e8re.<br \/>\nZ\u00e9non r\u00eave tourn\u00e9 vers Pyrrhon, et Voltaire<br \/>\n\ufeffRegarde Spinosa.<\/p>\n<p>Qu\u2019avez-vous donc trouv\u00e9, dites, chercheurs sublimes ?<br \/>\nQuels nids avez-vous vus, noirs comme des ab\u00eemes<br \/>\n\ufeffSur ces rameaux noueux ?<br \/>\nCachaient-ils des essaims d\u2019ailes sombres ou blanches ?<br \/>\nDites, avez-vous fait envoler de ces branches<br \/>\n\ufeffQuelque aigle monstrueux ?<\/p>\n<p>De quelqu\u2019un qui se tait nous sommes les ministres ;<br \/>\nLe noir r\u00e9seau du sort trouble nos yeux sinistres ;<br \/>\n\ufeffLe vent nous courbe tous ;<br \/>\nL\u2019ombre des m\u00eames nuits m\u00eale toutes les t\u00eates.<br \/>\nQui donc sait le secret ? le savez-vous, temp\u00eates ?<br \/>\n\ufeffGouffres, en parlez-vous ?<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me muet gonfle la mer sonore,<br \/>\nEt, sans cesse oscillant, va du soir \u00e0 l\u2019aurore<br \/>\n\ufeffEt de la taupe au lynx ;<br \/>\nL\u2019\u00e9nigme aux yeux profonds nous regarde obstin\u00e9e ;<br \/>\nDans l\u2019ombre nous voyons sur notre destin\u00e9e<br \/>\n\ufeffLes deux griffes du sphinx.<\/p>\n<p>Le mot, c\u2019est Dieu. Ce mot luit dans les \u00e2mes veuves ;<br \/>\nIl tremble dans la flamme ; onde, il coule en tes fleuves,<br \/>\n\ufeffHomme, il coule en ton sang ;<br \/>\nLes constellations le disent au silence ;<br \/>\nEt le volcan, mortier de l\u2019infini, le lance<br \/>\n\ufeffAux astres en passant.<\/p>\n<p>Ne doutons pas. Croyons. Emplissons l\u2019\u00e9tendue<br \/>\nDe notre confiance, humble, ail\u00e9e, \u00e9perdue.<br \/>\n\ufeffSoyons l\u2019immense Oui.<br \/>\nQue notre c\u00e9cit\u00e9 ne soit pas un obstacle ;<br \/>\n\u00c0 la cr\u00e9ation donnons ce grand spectacle<br \/>\n\ufeffD\u2019un aveugle \u00e9bloui.<\/p>\n<p>Car je vous le redis, votre oreille \u00e9tant dure :<br \/>\nNon est un pr\u00e9cipice. \u00d4 vivants ! rien ne dure ;<br \/>\n\ufeffLa chair est aux corbeaux ;<br \/>\nLa vie autour de vous croule comme un vieux clo\u00eetre ;<br \/>\nEt l\u2019herbe est formidable, et l\u2019on y voit moins cro\u00eetre<br \/>\n\ufeffDe fleurs que de tombeaux.<\/p>\n<p>Tout, d\u00e8s que nous doutons, devient triste et farouche.<br \/>\nQuand il veut, spectre gai, le sarcasme \u00e0 la bouche<br \/>\n\ufeffEt l\u2019ombre dans les yeux,<br \/>\nRire avec l\u2019infini, pauvre \u00e2me aventuri\u00e8re,<br \/>\nL\u2019homme frissonnant voit les arbres en pri\u00e8re<br \/>\n\ufeffEt les monts s\u00e9rieux ;<\/p>\n<p>Le ch\u00eane \u00e9mu fait signe au c\u00e8dre qui contemple ;<br \/>\nLe rocher r\u00eaveur semble un pr\u00eatre dans le temple<br \/>\n\ufeffPleurant un d\u00e9shonneur ;<br \/>\nL\u2019araign\u00e9e, immobile au centre de ses toiles,<br \/>\nM\u00e9dite ; et le lion, songeant sous les \u00e9toiles,<br \/>\n\ufeffRugit : Pardon, Seigneur !<\/p>\n<p>Jersey, cimeti\u00e8re de Saint-Jean, avril 1854.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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