{"id":9144,"date":"2025-04-17T11:36:26","date_gmt":"2025-04-17T09:36:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9144"},"modified":"2025-04-17T11:36:26","modified_gmt":"2025-04-17T09:36:26","slug":"force-des-choses","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/force-des-choses\/","title":{"rendered":"Force des choses"},"content":{"rendered":"<p>Que devant les coquins l\u2019honn\u00eate homme soupire ;<br \/>\nQue l\u2019histoire soit laide et plate ; que l\u2019empire<br \/>\nBoite avec Talleyrand ou louche avec Parieu ;<br \/>\nQu\u2019un tour d\u2019escroc bien fait ait nom gr\u00e2ce de Dieu ;<br \/>\nQue le pape en massue ait chang\u00e9 sa houlette ;<br \/>\nQu\u2019on voie au Champ de Mars piaffer sous l\u2019\u00e9paulette<br \/>\nLe Meurtre g\u00e9n\u00e9ral, le Vol aide de camp ;<br \/>\nQue hors de l\u2019\u00c9lys\u00e9e un prince d\u00e9busquant,<br \/>\nQu\u2019un flibustier quittant l\u2019\u00eele de la Tortue,<br \/>\nAssassine, extermine, \u00e9gorge, pille et tue ;<br \/>\nQue les bonzes chr\u00e9tiens, cognant sur leur tam-tam,<br \/>\nHurlent devant Soufflard : Attollite portam !<br \/>\nQue pour claqueurs le crime ait cent journaux inf\u00e2mes,<br \/>\nCeux qu\u2019\u00e0 la maison d\u2019or, sur les genoux des femmes,<br \/>\nGriffonnent les Romieux, le verre en main, et ceux<br \/>\nQue saint-Ignace inspire \u00e0 des gredins crasseux ;<br \/>\nQu\u2019en ces vils tribunaux, o\u00f9 le regard se heurte<br \/>\nDe Moreau de la Seine \u00e0 Moreau de la Meurthe,<br \/>\nLa justice ait re\u00e7u d\u2019horribles horions ;<br \/>\nQue, sur un lit de camp, par des centurions<br \/>\nLa loi soit viol\u00e9e et r\u00e2le \u00e0 l\u2019agonie ;<br \/>\nQue cet \u00eatre choisi, cr\u00e9\u00e9 par Dieu g\u00e9nie,<br \/>\nL\u2019homme, adore \u00e0 genoux le loup fait empereur ;<br \/>\nQu\u2019en un \u00e9clat de rire abr\u00e9g\u00e9 par l\u2019horreur,<br \/>\nTout ce que nous voyons aujourd\u2019hui se r\u00e9sume ;<br \/>\nQu\u2019Hautpoul vende son sabre et Cucheval sa plume ;<br \/>\nQue tous les grands bandits, en petit copi\u00e9s,<br \/>\nRevivent ; qu\u2019on emplisse un s\u00e9nat de plats-pieds<br \/>\nDont la servilit\u00e9 n\u00e9gresse et mamelouque<br \/>\nE\u00fbt r\u00e9volt\u00e9 Mahmoud et lasserait Soulouque ;<br \/>\nQue l\u2019or soit le seul culte, et qu\u2019en ce temps v\u00e9nal,<br \/>\nCoffre-fort \u00e9tant Dieu, Gousset soit cardinal ;<br \/>\nQue la vieille Th\u00e9mis ne soit plus qu\u2019une gouine<br \/>\nBaisant Mandrin dans l\u2019antre o\u00f9 Mongis baragouine ;<br \/>\nQue Montalembert bave accoud\u00e9 sur l\u2019autel ;<br \/>\nQue Veuillot sur Sibour cr\u00e8ve sa poche au fiel ;<br \/>\nQu\u2019on voie aux bals de cour s\u2019\u00e9taler des guenipes<br \/>\nQui le long des trottoirs tra\u00eenaient hier leurs nippes,<br \/>\nBeaut\u00e9s de lansquenet avec un profil grec ;<br \/>\nQue Haynau dans Brescia soit pire que Lautrec ;<br \/>\nQue partout, des Sept-Tours aux colonnes d\u2019Hercule,<br \/>\nNapol\u00e9on, le poing sur la hanche, recule,<br \/>\nCar l\u2019aigle est vieux, Essling grisonne, Marengo<br \/>\nA la goutte, Austerlitz est pris d\u2019un lombago ;<br \/>\nQue le czar russe ait peur tout autant que le n\u00f4tre ;<br \/>\nQue l\u2019ours noir et l\u2019ours blanc tremblent l\u2019un devant l\u2019autre ;<br \/>\nQu\u2019avec son grand panache et sur son grand cheval<br \/>\nRayonne Saint-Arnaud, ci-devant Florival,<br \/>\nFort dans la pantomime et les combats \u00e0 l\u2019hache ;<br \/>\nQue Sodome se montre et que Paris se cache ;<br \/>\nQu\u2019Escobar et Houdin vendent le m\u00eame onguent ;<br \/>\nQue gr\u00e2ce \u00e0 tous ces gueux qu\u2019on touche avec le gant,<br \/>\nTout dor\u00e9s au dehors, au dedans noirs de l\u00e8pres,<br \/>\nCourant les bals, courant les jeux, allant \u00e0 v\u00eapres,<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 ces bateleurs m\u00eal\u00e9s aux sc\u00e9l\u00e9rats,<br \/>\nLa Saint-Barth\u00e9lemy s\u2019ach\u00e8ve en mardi gras ;<br \/>\n\u00d4 nature profonde et calme, que t\u2019importe !<br \/>\nNature, Isis voil\u00e9e assise \u00e0 notre porte,<br \/>\nImp\u00e9n\u00e9trable a\u00efeule aux regards attendris,<br \/>\nVieille comme Cyb\u00e8le et fra\u00eeche comme Iris,<br \/>\nCe qu\u2019on fait ici-bas s\u2019en va devant ta face ;<br \/>\n\u00c0 ton rayonnement toute laideur s\u2019efface ;<br \/>\nTu ne t\u2019informes pas quel dr\u00f4le ou quel tyran<br \/>\nEst fait premier chanoine \u00e0 Saint-Jean-de-Latran ;<br \/>\nD\u00e9cembre, les soldats ivres, les lois fauss\u00e9es,<br \/>\nLes cadavres m\u00eal\u00e9s aux bouteilles cass\u00e9es,<br \/>\nNe te font rien ; tu suis ton flux et ton reflux.<br \/>\nQuand l\u2019homme des faubourgs s\u2019endort et ne sait plus<br \/>\nBourrer dans un fusil des balles de calibre ;<br \/>\nQuand le peuple fran\u00e7ais n\u2019est plus le peuple libre :<br \/>\nQuand mon esprit, fid\u00e8le au but qu\u2019il se fixa,<br \/>\nSur cette l\u00e9thargie applique un vers moxa,<br \/>\nToi, tu r\u00eaves ; souvent du fond des ge\u00f4les sombres,<br \/>\nSort, comme d\u2019un enfer, le murmure des ombres<br \/>\nQue Baroche et Rouher gardent sous les barreaux,<br \/>\nCar ce tas de laquais est un tas de bourreaux ;<br \/>\nEtant les c\u0153urs de boue ils sont les c\u0153urs de roche ;<br \/>\nMa strophe alors se dresse, et, pour cingler Baroche,<br \/>\nSe taille un fouet sanglant dans Rouher \u00e9corch\u00e9 ;<br \/>\nToi, tu ne t\u2019\u00e9meus point ; flot sans cesse \u00e9panch\u00e9,<br \/>\nLa vie indiff\u00e9rente emplit toujours tes urnes ;<br \/>\nTu laisses s\u2019\u00e9lever des attentats nocturnes,<br \/>\nDes crimes, des fureurs, de Rome mise en croix,<br \/>\nDe Paris mis aux fers, des guets-apens des rois,<br \/>\nDes pi\u00e8ges, des serments, des toiles d\u2019araign\u00e9es,<br \/>\nL\u2019orageuse clameur des \u00e2mes indign\u00e9es ;<br \/>\nDans ce calme o\u00f9 toujours tu te r\u00e9fugias,<br \/>\nTu laisses le fumier croupir chez Augias,<br \/>\nEt rena\u00eetre un pass\u00e9 dont nous nous affranch\u00eemes,<br \/>\nEt le sang rajeunir les abus cacochymes,<br \/>\nLa France en deuil jeter son supr\u00eame soupir,<br \/>\nLes prostitutions chanter, et se tapir<br \/>\nLes l\u00e2ches dans leurs trous, la taupe en ses cachettes,<br \/>\nEt gronder les lions, et rugir les po\u00ebtes !<br \/>\nCe n\u2019est pas ton affaire \u00e0 toi de t\u2019irriter.<br \/>\nTu verrais, sans fr\u00e9mir et sans te r\u00e9volter,<br \/>\nSur tes fleurs, sous tes pins, tes ifs et tes \u00e9rables<br \/>\nErrer le plus coquin de tous ces mis\u00e9rables.<br \/>\nQuand Troplong, le matin, ouvre un \u0153il chassieux,<br \/>\nV\u00e9nus, splendeur sereine \u00e9blouissant les cieux,<br \/>\nV\u00e9nus, qui devrait fuir courrouc\u00e9e et hagarde,<br \/>\nN\u2019a pas l\u2019air de savoir que Troplong la regarde !<br \/>\nTu laisserais cueillir une rose \u00e0 Dupin !<br \/>\nTandis que, de velours recouvrant le sapin,<br \/>\nL\u2019escarpe couronn\u00e9 que l\u2019Europe surveille,<br \/>\nTr\u00f4ne et guette, et qu\u2019il a, lui parlant \u00e0 l\u2019oreille,<br \/>\nD\u2019un c\u00f4t\u00e9 Loyola, de l\u2019autre Trestaillon,<br \/>\nTon doigt au bl\u00e9 dans l\u2019ombre entr\u2019ouvre le sillon.<br \/>\nPendant que l\u2019horreur sort des s\u00e9nats, des conclaves,<br \/>\nQue les \u00c9tats-Unis ont des march\u00e9s d\u2019esclaves<br \/>\nComme en eut Rome avant que J\u00e9sus-Christ pass\u00e2t,<br \/>\nQue l\u2019am\u00e9ricain libre \u00e0 l\u2019africain for\u00e7at<br \/>\nMet un b\u00e2t, et qu\u2019on vend des hommes pour des piastres,<br \/>\nToi, tu gonfles la mer, tu fais lever les astres,<br \/>\nTu courbes l\u2019arc-en-ciel, tu remplis les buissons<br \/>\nD\u2019essaims, l\u2019air de parfums, et les nids de chansons,<br \/>\nTu fais dans le bois vert la toilette des roses,<br \/>\nEt tu fais concourir, loin des hommes moroses,<br \/>\nPour des prix inconnus par les anges cueillis,<br \/>\nLa candeur de la vierge et la blancheur du lys ;<br \/>\nEt quand, tordant ses mains devant les turpitudes,<br \/>\nLe penseur douloureux fuit dans les solitudes,<br \/>\nTu lui dis : Viens ! c\u2019est moi ! moi que rien ne corrompt ;<br \/>\nJe t\u2019aime ! et tu r\u00e9pands dans l\u2019ombre, sur son front<br \/>\nO\u00f9 de l\u2019art\u00e8re ardente il sent battre les ondes,<br \/>\nL\u2019\u00e2cre fra\u00eecheur de l\u2019herbe et des feuilles profondes !<br \/>\nPar moments, \u00e0 te voir, parmi les trahisons,<br \/>\nMener paisiblement les mois et les saisons,<br \/>\n\u00c0 te voir impassible et froide, quoi qu\u2019on fasse,<br \/>\nPour qui ne creuse point plus bas que la surface,<br \/>\nTu sembles bien glac\u00e9e, et l\u2019on s\u2019\u00e9tonne un peu.<br \/>\nQuand les proscrits, martyrs du peuple, \u00e9lus de Dieu,<br \/>\nSto\u00efques, dans la mort se couchent sans se plaindre,<br \/>\nTu n\u2019as l\u2019air de songer qu\u2019\u00e0 dorer et qu\u2019\u00e0 peindre<br \/>\nL\u2019aile du scarab\u00e9e errant sur leurs tombeaux.<br \/>\nLes rois font le gibet, toi, tu fais les corbeaux.<br \/>\nTu mets le m\u00eame ciel sur le juste et l\u2019injuste.<br \/>\nOccup\u00e9e \u00e0 la mouche, \u00e0 la pierre, \u00e0 l\u2019arbuste,<br \/>\nAux mouvements confus du vil monde animal,<br \/>\nTu parais ignorer le bien comme le mal ;<br \/>\nTu laisses l\u2019homme en proie \u00e0 sa mis\u00e8re aigu\u00eb.<br \/>\nQue t\u2019importe Socrate ! et tu fais la cigu\u00eb.<br \/>\nTu cr\u00e9as le besoin, l\u2019instinct et l\u2019app\u00e9tit ;<br \/>\nLe fort mange le faible et le grand le petit,<br \/>\nL\u2019ours d\u00e9jeune du rat, l\u2019autour de la colombe,<br \/>\nQu\u2019importe ! allez, naissez, fourmillez pour la tombe,<br \/>\nMultitudes ! vivez, tuez, faites l\u2019amour,<br \/>\nCroissez ! le pr\u00e9 verdit, la nuit succ\u00e8de au jour,<br \/>\nL\u2019\u00e2ne brait, le cheval hennit, le taureau beugle.<br \/>\n\u00d4 figure terrible, on te croirait aveugle !<br \/>\nLe bon et le mauvais se m\u00ealent sous tes pas.<br \/>\nDans cet immense oubli, tu ne vois m\u00eame pas<br \/>\nCes deux g\u00e9ants lointains pench\u00e9s sur ton ab\u00eeme,<br \/>\nSatan, p\u00e8re du mal, Ca\u00efn, p\u00e8re du crime !<\/p>\n<p>Erreur ! erreur ! erreur ! \u00f4 g\u00e9ante aux cent yeux,<br \/>\nTu fais un grand labeur, saint et myst\u00e9rieux !<br \/>\nOh ! qu\u2019un autre que moi te blasph\u00e8me, \u00f4 nature !<br \/>\nTandis que notre cha\u00eene \u00e9treint notre ceinture,<br \/>\nEt que l\u2019obscurit\u00e9 s\u2019\u00e9tend de toutes parts,<br \/>\nLes principes cach\u00e9s, les \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars,<br \/>\nLe fleuve, le volcan \u00e0 la bouche \u00e9carlate,<br \/>\nLe gaz qui se condense et l\u2019air qui se dilate,<br \/>\nLes fluides, l\u2019\u00e9ther, le germe sourd et lent,<br \/>\nSont autant d\u2019ouvriers dans l\u2019ombre travaillant ;<br \/>\nOuvriers sans sommeil, sans fatigue, sans nombre.<br \/>\nTu viens dans cette nuit, lib\u00e9ratrice sombre !<br \/>\nTout travaille, l\u2019aimant, le bitume, le fer,<br \/>\nLe charbon ; pour changer en \u00e9den notre enfer,<br \/>\nLes forces \u00e0 ta voix sortent du fond des gouffres.<\/p>\n<p>Tu murmures tout bas : \u2014 Race d\u2019Adam qui souffres,<br \/>\nHommes, for\u00e7ats pensants au vieux monde attach\u00e9s,<br \/>\nChacune de mes lois vous d\u00e9livre. Cherchez ! \u2014<br \/>\nEt chaque jour surgit une clart\u00e9 nouvelle,<br \/>\nEt le penseur \u00e9pie et le hasard r\u00e9v\u00e8le ;<br \/>\nToujours le vent sema, le calcul r\u00e9colta.<br \/>\nIci Fulton, ici Galvani, l\u00e0 Volta,<br \/>\nSur tes secrets profonds que chaque instant nous livre,<br \/>\nR\u00eavent ; l\u2019homme \u00e9bloui d\u00e9chiffre enfin ton livre.<br \/>\nD\u2019heure en heure on d\u00e9couvre un peu plus d\u2019horizon ;<br \/>\nComme un coup de b\u00e9lier au mur d\u2019une prison,<br \/>\nDu genre humain qui fouille et qui creuse et qui sonde<br \/>\nChaque t\u00e2tonnement fait tressaillir le monde.<br \/>\nL\u2019hymen des nations s\u2019accomplit. Passions,<br \/>\nInt\u00e9r\u00eats, m\u0153urs et lois, les r\u00e9volutions<br \/>\nPar qui le c\u0153ur humain germe et change de formes,<br \/>\nParis, Londres, New-York, les continents \u00e9normes,<br \/>\nOnt pour lien un fil qui tremble au fond des mers.<br \/>\nUne force inconnue, emprunt\u00e9e aux \u00e9clairs,<br \/>\nM\u00eale au courant des flots le courant des id\u00e9es.<br \/>\nLa science, gonflant ses ondes d\u00e9bord\u00e9es,<br \/>\nSubmerge tr\u00f4ne et sceptre, idole et potentat.<br \/>\nTout va, pense, se meut, s\u2019accro\u00eet. L\u2019a\u00e9rostat<br \/>\nPasse, et du haut des cieux ensemence les hommes.<br \/>\nChanaan appara\u00eet ; le voil\u00e0, nous y sommes !<br \/>\nL\u2019amour aux pleurs succ\u00e8de et l\u2019eau vive \u00e0 la mort<br \/>\nEt la bouche qui chante \u00e0 la bouche qui mord.<br \/>\nLa science, pareille aux antiques pontifes,<br \/>\nAttelle aux chars tonnants d\u2019effrayants hippogriffes ;<br \/>\nLe feu souffle aux naseaux de la b\u00eate d\u2019airain.<br \/>\nLe globe esclave c\u00e8de \u00e0 l\u2019esprit souverain.<br \/>\nPartout o\u00f9 la terreur r\u00e9gnait, o\u00f9 marchait l\u2019homme,<br \/>\nTriste et plus accabl\u00e9 que la b\u00eate de somme,<br \/>\nTra\u00eenant ses fers sanglants que l\u2019erreur a forg\u00e9s,<br \/>\nPartout o\u00f9 les carcans sortaient des pr\u00e9jug\u00e9s,<br \/>\nPartout o\u00f9 les c\u00e9sars, posant les pieds sur l\u2019\u00e2me,<br \/>\nEtouffaient la clart\u00e9, la pens\u00e9e et la flamme,<br \/>\nPartout o\u00f9 le mal sombre, \u00e9tendant son r\u00e9seau,<br \/>\nFaisait ramper le ver, tu fais na\u00eetre l\u2019oiseau !<br \/>\nPar degr\u00e9s, lentement, on voit sous ton haleine<br \/>\nLa libert\u00e9 sortir de l\u2019herbe de la plaine,<br \/>\nDes pierres du chemin, des branches des for\u00eats,<br \/>\nRayonner, convertir la science en d\u00e9crets,<br \/>\nDu vieil univers mort briser la carapace,<br \/>\nEmplir le feu qui luit, l\u2019eau qui bout, l\u2019air qui passe,<br \/>\nGronder dans le tonnerre, errer dans les torrents,<br \/>\nVivre ! et tu rends le monde impossible aux tyrans !<br \/>\nLa mati\u00e8re, aujourd\u2019hui vivante, jadis morte,<br \/>\nHier \u00e9crasait l\u2019homme et maintenant l\u2019emporte.<br \/>\nLe bien germe \u00e0 toute heure et la joie en tout lieu.<br \/>\nOh ! sois fi\u00e8re en ton c\u0153ur, toi qui, sous l\u2019\u0153il de Dieu,<br \/>\nNous prodigues les dons que ton myst\u00e8re \u00e9panche,<br \/>\nToi qui regardes, comme une m\u00e8re se penche<br \/>\nPour voir na\u00eetre l\u2019enfant que son ventre a port\u00e9,<br \/>\nDe ton flanc \u00e9ternel sortir l\u2019humanit\u00e9 !<\/p>\n<p>Vie ! id\u00e9e ! avatars bouillonnant dans les t\u00eates !<br \/>\nLe progr\u00e8s, reliant entre elles ses conqu\u00eates,<br \/>\nGagne un point apr\u00e8s l\u2019autre, et court contagieux.<br \/>\nDe cet obscur amas de faits prodigieux<br \/>\nQu\u2019aucun regard n\u2019embrasse et qu\u2019aucun mot ne nomme,<br \/>\nTu nais plus frissonnant que l\u2019aigle, esprit de l\u2019homme,<br \/>\nRefaisant m\u0153urs, cit\u00e9s, codes, religion.<br \/>\nLe pass\u00e9 n\u2019est que l\u2019\u0153uf d\u2019o\u00f9 tu sors, L\u00e9gion !<\/p>\n<p>\u00d4 nature ! c\u2019est l\u00e0 ta gen\u00e8se sublime.<br \/>\nOh ! l\u2019\u00e9blouissement nous prend sur cette cime !<br \/>\nLe monde, r\u00e9clamant l\u2019essor que Dieu lui doit,<br \/>\nVibre, et d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent, grave, attentif, le doigt<br \/>\nSur la bouche, inclin\u00e9 sur les choses futures,<br \/>\nSur la cr\u00e9ation et sur les cr\u00e9atures,<br \/>\nUne vague lueur dans son \u0153il \u00e9clatant,<br \/>\nLe voyant, le savant, le philosophe entend<br \/>\nDans l\u2019avenir, d\u00e9j\u00e0 vivant sous ses prunelles,<br \/>\nLa palpitation de ces millions d\u2019ailes !<\/p>\n<p>Jersey, 23 mai 1853.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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