{"id":9070,"date":"2025-04-17T11:33:30","date_gmt":"2025-04-17T09:33:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=9070"},"modified":"2025-04-17T11:33:30","modified_gmt":"2025-04-17T09:33:30","slug":"a-lobeissance-passive","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/a-lobeissance-passive\/","title":{"rendered":"\u00c0 l\u2019ob\u00e9issance passive"},"content":{"rendered":"<p>I<\/p>\n<p>\u00d4 soldats de l\u2019an deux ! \u00f4 guerres ! \u00e9pop\u00e9es !<br \/>\nContre les rois tirant ensemble leurs \u00e9p\u00e9es,<br \/>\n\ufeffPrussiens, autrichiens,<br \/>\nContre toutes les Tyrs et toutes les Sodomes,<br \/>\nContre le czar du nord, contre ce chasseur d\u2019hommes,<br \/>\n\ufeffSuivi de tous ses chiens,<\/p>\n<p>Contre toute l\u2019Europe avec ses capitaines,<br \/>\nAvec ses fantassins couvrant au loin les plaines,<br \/>\n\ufeffAvec ses cavaliers,<br \/>\nTout enti\u00e8re debout comme une hydre vivante,<br \/>\nIls chantaient, ils allaient, l\u2019\u00e2me sans \u00e9pouvante<br \/>\n\ufeffEt les pieds sans souliers !<\/p>\n<p>Au levant, au couchant, partout, au sud, au p\u00f4le,<br \/>\nAvec de vieux fusils sonnant sur leur \u00e9paule,<br \/>\n\ufeffPassant torrents et monts,<br \/>\nSans repos, sans sommeil, coudes perc\u00e9s, sans vivres,<br \/>\nIls allaient, fiers, joyeux, et soufflant dans des cuivres,<br \/>\n\ufeffAinsi que des d\u00e9mons !<\/p>\n<p>La libert\u00e9 sublime emplissait leurs pens\u00e9es.<br \/>\nFlottes prises d\u2019assaut, fronti\u00e8res effac\u00e9es<br \/>\n\ufeffSous leur pas souverain,<br \/>\n\u00d4 France, tous les jours c\u2019\u00e9tait quelque prodige,<br \/>\nChocs, rencontres, combats ; et Joubert sur l\u2019Adige,<br \/>\n\ufeffEt Marceau sur le Rhin !<\/p>\n<p>On battait l\u2019avant-garde, on culbutait le centre ;<br \/>\nDans la pluie et la neige et de l\u2019eau jusqu\u2019au ventre,<br \/>\n\ufeffOn allait ! en avant !<br \/>\nEt l\u2019un offrait la paix, et l\u2019autre ouvrait ses portes,<br \/>\nEt les tr\u00f4nes, roulant comme des feuilles mortes,<br \/>\n\ufeffSe dispersaient au vent !<\/p>\n<p>Oh ! que vous \u00e9tiez grands au milieu des m\u00eal\u00e9es,<br \/>\nSoldats ! L\u2019\u0153il plein d\u2019\u00e9clairs, faces \u00e9chevel\u00e9es<br \/>\n\ufeffDans le noir tourbillon,<br \/>\nIls rayonnaient, debout, ardents, dressant la t\u00eate ;<br \/>\nEt comme les lions aspirent la temp\u00eate<br \/>\n\ufeffQuand souffle l\u2019aquilon,<\/p>\n<p>Eux, dans l\u2019emportement de leurs luttes \u00e9piques,<br \/>\nIvres, ils savouraient tous les bruits h\u00e9ro\u00efques,<br \/>\n\ufeffLe fer heurtant le fer,<br \/>\nLa Marseillaise ail\u00e9e et volant dans les balles,<br \/>\nLes tambours, les obus, les bombes, les cymbales,<br \/>\n\ufeffEt ton rire, \u00f4 Kl\u00e9ber !<\/p>\n<p>La R\u00e9volution leur criait : \u2014 Volontaires,<br \/>\nMourez pour d\u00e9livrer tous les peuples vos fr\u00e8res ! \u2014<br \/>\n\ufeffContents, ils disaient oui.<br \/>\n\u2014 Allez, mes vieux soldats, mes g\u00e9n\u00e9raux imberbes ! \u2014<br \/>\nEt l\u2019on voyait marcher ces va-nu-pieds superbes<br \/>\n\ufeffSur le monde \u00e9bloui !<\/p>\n<p>La tristesse et la peur leur \u00e9taient inconnues.<br \/>\nIls eussent, sans nul doute, escalad\u00e9 les nues,<br \/>\n\ufeffSi ces audacieux,<br \/>\nEn retournant les yeux dans leur course olympique,<br \/>\nAvaient vu derri\u00e8re eux la grande R\u00e9publique<br \/>\n\ufeffMontrant du doigt les cieux !<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Oh ! vers ces v\u00e9t\u00e9rans quand notre esprit s\u2019\u00e9l\u00e8ve,<br \/>\nNous voyons leur front luire et resplendir leur glaive,<br \/>\n\ufeffFertile en grands travaux.<br \/>\nC\u2019\u00e9taient l\u00e0 les anciens. Mais ce temps les efface !<br \/>\nFrance, dans ton histoire ils tiennent trop de place.<br \/>\n\ufeffFrance, gloire aux nouveaux !<\/p>\n<p>Oui, gloire \u00e0 ceux d\u2019hier ! ils se mettent cent mille,<br \/>\nSabres nus, vingt contre un, sans crainte, et par la ville<br \/>\n\ufeffS\u2019en vont, tambours battants.<br \/>\n\u00c0 mitraille ! leur feu brille, l\u2019obusier tonne,<br \/>\nVictoire ! ils ont tu\u00e9, carrefour Tiquetonne,<br \/>\n\ufeffUn enfant de sept ans !<\/p>\n<p>Ceux-ci sont des h\u00e9ros qui n\u2019ont pas peur des femmes !<br \/>\nIls tirent sans p\u00e2lir, gloire \u00e0 ces grandes \u00e2mes !<br \/>\n\ufeffSur les passants tremblants.<br \/>\nOn voit, quand dans Paris leur troupe se prom\u00e8ne,<br \/>\nAux fers de leurs chevaux de la cervelle humaine,<br \/>\n\ufeffAvec des cheveux blancs.<\/p>\n<p>Ils montent \u00e0 l\u2019assaut des lois ; sur la patrie<br \/>\nIls s\u2019\u00e9lancent ; chevaux, fantassins, batterie,<br \/>\n\ufeffBataillon, escadron,<br \/>\nGorg\u00e9s, pay\u00e9s, repus, joyeux, fous de col\u00e8re,<br \/>\nSonnant la charge, avec Maupas pour vexillaire<br \/>\n\ufeffEt Veuillot pour clairon.<\/p>\n<p>Tout, le fer et le plomb, manque \u00e0 nos bras farouches,<br \/>\nLe peuple est sans fusils, le peuple est sans cartouches,<br \/>\n\ufeffBraves ! c\u2019est le moment !<br \/>\nAvec quelques tribuns la loi demeure seule.<br \/>\nDerri\u00e8re vos canons charg\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la gueule<br \/>\n\ufeffRisquez-vous hardiment !<\/p>\n<p>\u00d4 soldats de d\u00e9cembre ! \u00f4 soldats d\u2019embuscades<br \/>\nContre votre pays ! honte \u00e0 vos cavalcades<br \/>\n\ufeffDans Paris constern\u00e9 !<br \/>\nVos p\u00e8res, je l\u2019ai dit, brillaient comme le phare ;<br \/>\nIls bravaient, en chantant une haute fanfare,<br \/>\n\ufeffLa mort, spectre \u00e9tonn\u00e9 ;<\/p>\n<p>Vos p\u00e8res combattaient les plus fi\u00e8res arm\u00e9es,<br \/>\nLe prussien blond, le russe aux foudres enflamm\u00e9es,<br \/>\n\ufeffLe catalan bruni ;<br \/>\nVous, vous tuez des gens de bourse et de n\u00e9goce.<br \/>\nVos p\u00e8res, ces g\u00e9ants, avaient pris Saragosse,<br \/>\n\ufeffVous prenez Tortoni !<\/p>\n<p>Histoire, qu\u2019en dis-tu ? les vieux dans les batailles<br \/>\nCouraient sur les canons vomissant les mitrailles ;<br \/>\n\ufeffCeux-ci vont, sans trembler,<br \/>\nFoulant aux pieds vieillards sanglants, femmes mourantes,<br \/>\nDroit au crime. Ce sont deux fa\u00e7ons diff\u00e9rentes<br \/>\n\ufeffDe ne pas reculer.<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Cet homme fait venir, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la nuit voile<br \/>\n\ufeffParis dormant encor,<br \/>\nDes g\u00e9n\u00e9raux fran\u00e7ais portant la triple \u00e9toile<br \/>\n\ufeffSur l\u2019\u00e9paulette d\u2019or ;<\/p>\n<p>Il leur dit : \u00ab \u00c9coutez, pour vos yeux seuls j\u2019\u00e9carte<br \/>\n\ufeffL\u2019ombre que je r\u00e9pands ;<br \/>\nVous cr\u00fbtes jusqu\u2019ici que j\u2019\u00e9tais Bonaparte,<br \/>\n\ufeffMon nom est Guet-apens.<\/p>\n<p>\u00bb C\u2019est demain le grand jour, le jour des fun\u00e9railles<br \/>\n\ufeffEt le jour des douleurs.<br \/>\nVous allez vous glisser sans bruit sous les murailles,<br \/>\n\ufeffComme font les voleurs ;<\/p>\n<p>\u00ab Vous prendrez cette pince, \u00e0 mon service us\u00e9e,<br \/>\n\ufeffQue je cache sur moi,<br \/>\nEt vous soul\u00e8verez avec une pes\u00e9e<br \/>\n\ufeffLa porte de la loi ;<\/p>\n<p>\u00bb Puis, hourrah ! sabre au vent, et la police en t\u00eate !<br \/>\n\ufeffEt main basse sur tout,<br \/>\nSur vos chefs africains, sur quiconque est honn\u00eate,<br \/>\n\ufeffSur quiconque est debout,<\/p>\n<p>\u00ab Sur les repr\u00e9sentants, et ceux qu\u2019ils repr\u00e9sentent,<br \/>\n\ufeffSur Paris terrass\u00e9 !<br \/>\nEt je vous pairai bien ! \u00bb Ces g\u00e9n\u00e9raux consentent ;<br \/>\n\ufeffVidocq e\u00fbt refus\u00e9.<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>Maintenant, largesse au pr\u00e9toire !<br \/>\nTrinquez, soldats ! et depuis quand<br \/>\nA-t-on peur de rire et de boire ?<br \/>\nF\u00eate aux casernes ! f\u00eate au camp !<\/p>\n<p>L\u2019orgie a rougi leur moustache,<br \/>\nLes rouleaux d\u2019or gonflent leur sac ;<br \/>\nPour capitaine ils ont Gamache,<br \/>\nIls ont Cocagne pour bivouac.<\/p>\n<p>La bombance apr\u00e8s l\u2019\u00e9quip\u00e9e.<br \/>\nOn s\u2019attable. Hier on tua.<br \/>\n\u00d4 Napol\u00e9on, ton \u00e9p\u00e9e<br \/>\nSert de broche \u00e0 Gargantua.<\/p>\n<p>Le meurtre est pour eux la victoire ;<br \/>\nLeur \u0153il, par l\u2019ivresse endormi,<br \/>\nPrend le d\u00e9shonneur pour la gloire<br \/>\nEt les fran\u00e7ais pour l\u2019ennemi.<\/p>\n<p>France, ils t\u2019\u00e9gorg\u00e8rent la veille<br \/>\nIls tiennent, c\u2019est leur lendemain,<br \/>\nDans une main une bouteille<br \/>\nEt ta t\u00eate dans l\u2019autre main.<\/p>\n<p>Ils dansent en rond, noirs quadrilles,<br \/>\nComme des gueux dans le ravin ;<br \/>\nTroplong leur am\u00e8ne des filles,<br \/>\nEt Sibour leur verse du vin.<\/p>\n<p>Et leurs banquets sans fin ni tr\u00eaves<br \/>\nD\u2019orchestres sont environn\u00e9s\u2026 \u2014<br \/>\nNous faisions pour vous d\u2019autres r\u00eaves,<br \/>\n\u00d4 nos soldats infortun\u00e9s !<\/p>\n<p>Nous r\u00eavions pour vous l\u2019\u00e2pre bise,<br \/>\nLa neige au pied du noir sapin,<br \/>\nLa br\u00e8che o\u00f9 la bombe se brise,<br \/>\nLes nuits sans feu, les jours sans pain.<\/p>\n<p>Nous r\u00eavions les marches forc\u00e9es,<br \/>\nLa faim, le froid, les coups hardis,<br \/>\nLes vieilles capotes us\u00e9es,<br \/>\nEt la victoire un contre dix !<\/p>\n<p>Nous r\u00eavions, \u00f4 soldats esclaves,<br \/>\nPour vous et pour vos g\u00e9n\u00e9raux,<br \/>\nLa sainte mis\u00e8re des braves,<br \/>\nLa grande tombe des h\u00e9ros !<\/p>\n<p>Car l\u2019Europe en ses fers soupire,<br \/>\nCar dans les c\u0153urs un ferment bout,<br \/>\nCar voici l\u2019heure o\u00f9 Dieu va dire :<br \/>\nCha\u00eenes, tombez ! Peuples, debout !<\/p>\n<p>L\u2019histoire ouvre un nouveau registre ;<br \/>\nLe penseur, amer et serein,<br \/>\nDerri\u00e8re l\u2019horizon sinistre<br \/>\nEntend rouler des chars d\u2019airain.<\/p>\n<p>Un bruit profond trouble la terre ;<br \/>\nDans les fourreaux s\u2019\u00e9meut l\u2019acier ;<br \/>\nCe vent qui souffle sort, \u00f4 guerre,<br \/>\nDes naseaux de ton noir coursier !<\/p>\n<p>Vers l\u2019heureux but o\u00f9 Dieu nous m\u00e8ne,<br \/>\nSoldats ! r\u00eaveurs, nous vous poussions,<br \/>\nT\u00eate de la colonne humaine,<br \/>\nAvant-garde des nations !<\/p>\n<p>Nous r\u00eavions, bandes aguerries,<br \/>\nPour vous, fraternels conqu\u00e9rants,<br \/>\nLa grande guerre des patries,<br \/>\nLa chute immense des tyrans !<\/p>\n<p>Nous r\u00e9servions votre effort juste,<br \/>\nVos fiers tambours, vos rangs \u00e9pais,<br \/>\nSoldats, pour cette guerre auguste<br \/>\nD\u2019o\u00f9 sortira l\u2019auguste paix !<\/p>\n<p>Dans nos songes visionnaires,<br \/>\nNous vous voyions, \u00f4 nos guerriers,<br \/>\nMarcher joyeux dans les tonnerres,<br \/>\nCourir sanglants dans les lauriers,<\/p>\n<p>Sous la fum\u00e9e et la poussi\u00e8re<br \/>\nDispara\u00eetre en noirs tourbillons,<br \/>\nPuis tout \u00e0 coup dans la lumi\u00e8re<br \/>\nSurgir, radieux bataillons,<\/p>\n<p>Et passer, l\u00e9gion sacr\u00e9e<br \/>\nQue les peuples venaient b\u00e9nir,<br \/>\nSous la haute porte azur\u00e9e<br \/>\nDe l\u2019\u00e9blouissant avenir !<\/p>\n<p>V<\/p>\n<p>Donc, les soldats fran\u00e7ais auront vu, jours inf\u00e2mes !<br \/>\nApr\u00e8s Brune et Desaix, apr\u00e8s ces grandes \u00e2mes<br \/>\n\ufeffQue nous admirons tous,<br \/>\nApr\u00e8s Turenne, apr\u00e8s Saintraille, apr\u00e8s Lahire,<br \/>\nPoulailler leur donner des drapeaux et leur dire :<br \/>\n\ufeffJe suis content de vous !<\/p>\n<p>\u00d4 drapeaux du pass\u00e9, si beaux dans les histoires,<br \/>\nDrapeaux de tous nos preux et de toutes nos gloires,<br \/>\n\ufeffRedout\u00e9s du fuyard,<br \/>\nPerc\u00e9s, trou\u00e9s, cribl\u00e9s, sans peur et sans reproche,<br \/>\nVous qui dans vos lambeaux m\u00ealez le sang de Hoche<br \/>\n\ufeffEt le sang de Bayard,<\/p>\n<p>\u00d4 vieux drapeaux ! sortez des tombes, des ab\u00eemes !<br \/>\nSortez en foule, ail\u00e9s de vos haillons sublimes,<br \/>\n\ufeffDrapeaux \u00e9blouissants !<br \/>\nComme un sinistre essaim qui sur l\u2019horizon monte,<br \/>\nSortez, venez, volez, sur toute cette honte<br \/>\n\ufeffAccourez fr\u00e9missants !<\/p>\n<p>D\u00e9livrez nos soldats de ces banni\u00e8res viles !<br \/>\nVous qui chassiez les rois, vous qui preniez les villes,<br \/>\n\ufeffVous en qui l\u2019\u00e2me croit,<br \/>\nVous qui passiez les monts, les gouffres et les fleuves,<br \/>\nDrapeaux sous qui l\u2019on meurt, chassez ces aigles neuves,<br \/>\n\ufeffDrapeaux sous qui l\u2019on boit !<\/p>\n<p>Que nos tristes soldats fassent la diff\u00e9rence !<br \/>\nMontrez-leur ce que c\u2019est que les drapeaux de France,<br \/>\n\ufeffMontrez vos sacr\u00e9s plis<br \/>\nQui flottaient sur le Rhin, sur la Meuse et la Sambre,<br \/>\nEt faites, \u00f4 drapeaux, aupr\u00e8s du Deux-D\u00e9cembre<br \/>\n\ufeffFrissonner Austerlitz !<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>H\u00e9las ! tout est fini ! fange ! n\u00e9ant ! nuit noire !<br \/>\nAu-dessus de ce gouffre o\u00f9 croula notre gloire,<br \/>\n\ufeffFlamboyez, noms maudits !<br \/>\nMaupas, Morny, Magnan, Saint-Arnaud, Bonaparte !<br \/>\nCourbons nos fronts ! Gomorrhe a triomph\u00e9 de Sparte !<br \/>\n\ufeffCinq hommes ! cinq bandits !<\/p>\n<p>Toutes les nations tour \u00e0 tour sont conquises,<br \/>\nL\u2019Angleterre, pays des antiques franchises,<br \/>\n\ufeffPar les vieux neustriens,<br \/>\nRome par Alaric, par Mahomet Byzance,<br \/>\nLa Sicile par trois chevaliers, et la France<br \/>\n\ufeffPar cinq gal\u00e9riens !<\/p>\n<p>Soit. R\u00e9gnez ! emplissez de d\u00e9go\u00fbt la pens\u00e9e,<br \/>\nNotre-Dame d\u2019encens, de danses l\u2019\u00c9lys\u00e9e,<br \/>\n\ufeffMontmartre d\u2019ossements.<br \/>\nR\u00e9gnez ! liez ce peuple, \u00e0 vos yeux populace,<br \/>\nLiez Paris, liez la France \u00e0 la culasse<br \/>\n\ufeffDe vos canons fumants !<\/p>\n<p>VII<\/p>\n<p>Quand sur votre poitrine il jeta sa m\u00e9daille,<br \/>\nSes rubans et sa croix, apr\u00e8s cette bataille<br \/>\n\ufeffEt ce coup de lacet,<br \/>\n\u00d4 soldats dont l\u2019Afrique avait h\u00e2l\u00e9 la joue,<br \/>\nN\u2019avez-vous donc pas vu que c\u2019\u00e9tait de la boue<br \/>\n\ufeffQui vous \u00e9claboussait ?<\/p>\n<p>Oh ! quand je pense \u00e0 vous, mon \u0153il se mouille encore !<br \/>\nJe vous pleure, soldats ! je pleure votre aurore,<br \/>\n\ufeffEt ce qu\u2019elle promit.<br \/>\nJe pleure ! car la gloire est maintenant voil\u00e9e ;<br \/>\nCar il est parmi vous plus d\u2019une \u00e2me accabl\u00e9e<br \/>\n\ufeffQui songe et qui fr\u00e9mit !<\/p>\n<p>\u00d4 soldats ! nous aimions votre splendeur premi\u00e8re ;<br \/>\nFils de la r\u00e9publique et fils de la chaumi\u00e8re,<br \/>\n\ufeffQue l\u2019honneur \u00e9chauffait,<br \/>\nPour servir ce bandit qui dans leur sang se vautre,<br \/>\nH\u00e9las ! pour trahir l\u2019une et d\u00e9shonorer l\u2019autre,<br \/>\n\ufeffQue vous ont-elles fait ?<\/p>\n<p>Apr\u00e8s qui marchez-vous, \u00f4 l\u00e9gion tromp\u00e9e ?<br \/>\nL\u2019homme \u00e0 qui vous avez prostitu\u00e9 l\u2019\u00e9p\u00e9e,<br \/>\n\ufeffCe criminel flagrant,<br \/>\nCet aventurier vil en qui vous semblez croire,<br \/>\nSera Napol\u00e9on le Petit dans l\u2019histoire,<br \/>\n\ufeffOu Cartouche le Grand.<\/p>\n<p>Arm\u00e9e ! ainsi ton sabre a frapp\u00e9 par derri\u00e8re<br \/>\nLe serment, le devoir, la loyaut\u00e9 guerri\u00e8re,<br \/>\n\ufeffLe droit aux vents jet\u00e9,<br \/>\nLa r\u00e9volution sur ce grand si\u00e8cle empreinte,<br \/>\nLe progr\u00e8s, l\u2019avenir, la R\u00e9publique sainte,<br \/>\n\ufeffLa sainte Libert\u00e9,<\/p>\n<p>Pour qu\u2019il puisse asservir ton pays que tu navres,<br \/>\nPour qu\u2019il puisse s\u2019asseoir sur tous ces grands cadavres,<br \/>\n\ufeffLui, ce nain tout-puissant,<br \/>\nQui pr\u00e9side l\u2019orgie immonde et triomphale,<br \/>\nQui cuve le massacre et dont la gorge exhale<br \/>\n\ufeffL\u2019affreux hoquet du sang !<\/p>\n<p>VIII<\/p>\n<p>\u00d4 Dieu, puisque voil\u00e0 ce qu\u2019a fait cette arm\u00e9e,<br \/>\nPuisque, comme une porte est barr\u00e9e et ferm\u00e9e,<br \/>\n\ufeffElle est sourde \u00e0 l\u2019honneur,<br \/>\nPuisque tous ces soldats rampent sans esp\u00e9rance,<br \/>\nEt puisque dans le sang ils ont \u00e9teint la France,<br \/>\n\ufeffVotre flambeau, Seigneur !<\/p>\n<p>Puisque la conscience en deuil est sans refuge ;<br \/>\nPuisque le pr\u00eatre assis dans la chaire, et le juge<br \/>\n\ufeffD\u2019hermine rev\u00eatu,<br \/>\nAdorent le succ\u00e8s, seul vrai, seul l\u00e9gitime,<br \/>\nEt disent qu\u2019il vaut mieux r\u00e9ussir par le crime<br \/>\n\ufeffQue choir par la vertu ;<\/p>\n<p>Puisque les \u00e2mes sont pareilles \u00e0 des filles ;<br \/>\nPuisque ceux-l\u00e0 sont morts qui brisaient les bastilles,<br \/>\n\ufeffOu bien sont d\u00e9grad\u00e9s ;<br \/>\nPuisque l\u2019abjection aux conseils mis\u00e9rables,<br \/>\nSortant de tous les c\u0153urs, fait les bouches semblables<br \/>\n\ufeffAux \u00e9gouts d\u00e9bord\u00e9s ;<\/p>\n<p>Puisque l\u2019honneur d\u00e9cro\u00eet pendant que C\u00e9sar monte,<br \/>\nPuisque dans ce Paris on n\u2019entend plus, \u00f4 honte,<br \/>\n\ufeffQue des femmes g\u00e9mir ;<br \/>\nPuisqu\u2019on n\u2019a plus de c\u0153ur devant les grandes t\u00e2ches,<br \/>\nPuisque les vieux faubourgs, tremblant comme des l\u00e2ches,<br \/>\n\ufeffFont semblant de dormir ;<\/p>\n<p>\u00d4 Dieu vivant, mon Dieu ! pr\u00eatez-moi votre force,<br \/>\nEt, moi qui ne suis rien, j\u2019entrerai chez ce corse<br \/>\n\ufeffEt chez cet inhumain ;<br \/>\nSecouant mon vers sombre et plein de votre flamme,<br \/>\nJ\u2019entrerai l\u00e0, Seigneur, la justice dans l\u2019\u00e2me<br \/>\n\ufeffEt le fouet \u00e0 la main,<\/p>\n<p>Et, retroussant ma manche ainsi qu\u2019un belluaire,<br \/>\nSeul, terrible, des morts agitant le suaire<br \/>\n\ufeffDans ma sainte fureur,<br \/>\nPareil aux noirs vengeurs devant qui l\u2019on se sauve,<br \/>\nJ\u2019\u00e9craserai du pied l\u2019antre et la b\u00eate fauve,<br \/>\n\ufeffL\u2019empire et l\u2019empereur !<\/p>\n<p>Jersey, 7-13 janvier 1853.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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