{"id":4480,"date":"2024-09-17T21:53:22","date_gmt":"2024-09-17T19:53:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=4480"},"modified":"2024-09-17T21:53:22","modified_gmt":"2024-09-17T19:53:22","slug":"a-olympio","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/a-olympio\/","title":{"rendered":"\u00c0 Olympio"},"content":{"rendered":"<p>Un jour l\u2019ami qui reste \u00e0 ton c\u0153ur qu\u2019on d\u00e9chire<br \/>\nContemplait tes malheurs,<br \/>\nEt, tandis qu\u2019il parlait, ton sublime sourire<br \/>\nSe m\u00ealait \u00e0 ses pleurs :<\/p>\n<p>I<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Te voil\u00e0 donc, \u00f4 toi dont la foule rampante<br \/>\nAdmirait la vertu,<br \/>\nD\u00e9racin\u00e9, fl\u00e9tri, tomb\u00e9 sur une pente<br \/>\nComme un c\u00e8dre abattu !<\/p>\n<p>Te voil\u00e0 sous les pieds des envieux sans nombre<br \/>\nEt des passants rieurs<br \/>\nToi dont le front superbe accoutumait \u00e0 l\u2019ombre<br \/>\nLes fronts inf\u00e9rieurs !<\/p>\n<p>Ta feuille est dans la poudre, et ta racine aust\u00e8re<br \/>\nEst d\u00e9couverte aux yeux.<br \/>\nH\u00e9las ! tu n\u2019as plus rien d\u2019abrit\u00e9 dans la terre<br \/>\nNi d\u2019\u00e9clos dans les cieux !<\/p>\n<p>Jeune homme, on v\u00e9n\u00e9rait jadis ton \u0153il s\u00e9v\u00e8re,<br \/>\nTon front calme et tonnant ;<br \/>\nTon nom \u00e9tait de ceux qu\u2019on craint et qu\u2019on r\u00e9v\u00e8re,<br \/>\nH\u00e9las ! et maintenant<\/p>\n<p>Les m\u00e9chants, accourus pour d\u00e9chirer ta vie,<br \/>\nL\u2019ont prise entre leurs dents,<br \/>\nEt les hommes alors se sont avec envie<br \/>\nPench\u00e9s pour voir dedans !<\/p>\n<p>Avec des cris de joie ils ont compt\u00e9 tes plaies<br \/>\nEt compt\u00e9 tes douleurs,<br \/>\nComme sur une pierre on compte des monnaies<br \/>\nDans l\u2019antre des voleurs.<\/p>\n<p>Ta chaste renomm\u00e9e, aux exemples utiles,<br \/>\nN\u2019a plus rien qui reluit,<br \/>\nSillonn\u00e9e en tous sens par les hideux reptiles<br \/>\nQui viennent dans la nuit.<\/p>\n<p>Eclair\u00e9e \u00e0 la flamme, \u00e0 toute heure visible,<br \/>\nDe ton nom rayonnant,<br \/>\nAu bord du grand chemin, ta vie est une cible<br \/>\nOfferte \u00e0 tout venant<\/p>\n<p>O\u00f9 cent fl\u00e8ches, toujours sifflant dans la nuit noire,<br \/>\nS\u2019enfoncent tour \u00e0 tour,<br \/>\nChacun cherchant ton c\u0153ur, l\u2019un visant \u00e0 ta gloire<br \/>\nEt l\u2019autre \u00e0 ton amour !<\/p>\n<p>Ta r\u00e9putation, dont souvent nous nous sommes<br \/>\nEcri\u00e9s en r\u00eavant,<br \/>\nSe disperse et s\u2019en va dans les discours des hommes,<br \/>\nComme un feuillage au vent !<\/p>\n<p>Ton \u00e2me, qu\u2019autrefois on prenait pour arbitre<br \/>\nDu droit et du devoir,<br \/>\nEst comme une taverne o\u00f9 chacun \u00e0 la vitre<br \/>\nVient regarder le soir,<\/p>\n<p>Afin d\u2019y voir \u00e0 table une orgie aux chants gr\u00eales,<br \/>\nAu propos triste et vain,<br \/>\nQui renverse \u00e0 grand bruit les c\u0153urs pleins de querelles<br \/>\nEt les brocs pleins de vin !<\/p>\n<p>Tes ennemis ont pris ta belle destin\u00e9e<br \/>\nEt l\u2019ont bris\u00e9e en fleur.<br \/>\nIls ont fait de ta gloire aux carrefours tra\u00een\u00e9e<br \/>\nTa plus grande douleur !<\/p>\n<p>Leurs mains ont retourn\u00e9 ta robe, dont le lustre<br \/>\nIrritait leur fureur ;<br \/>\nAvec la m\u00eame pourpre ils t\u2019ont fait vil d\u2019illustre,<br \/>\nEt for\u00e7at d\u2019empereur !<\/p>\n<p>Nul ne te d\u00e9fend plus. On se fait une f\u00eate<br \/>\nDe tes maux aggrav\u00e9s.<br \/>\nOn ne parle de toi qu\u2019en secouant la t\u00eate,<br \/>\nEt l\u2019on dit : Vous savez !<\/p>\n<p>H\u00e9las ! pour te ha\u00efr tous les c\u0153urs se rencontrent.<br \/>\nTous t\u2019ont abandonn\u00e9.<br \/>\nEt tes amis pensifs sont comme ceux qui montrent<br \/>\nUn palais ruin\u00e9.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Mais va, pour qui comprend ton \u00e2me haute et grave,<br \/>\nTu n\u2019en es que plus grand.<br \/>\nTa vie a, maintenant que l\u2019obstacle l\u2019entrave,<br \/>\nLa rumeur du torrent.<\/p>\n<p>Tous ceux qui de tes jours orageux et sublimes<br \/>\nS\u2019approchent sans effroi<br \/>\nReviennent en disant qu\u2019ils ont vu des ab\u00eemes<br \/>\nEn se penchant sur toi !<\/p>\n<p>Mais peut-\u00eatre, \u00e0 travers l\u2019eau de ce gouffre immense<br \/>\nEt de ce c\u0153ur profond,<br \/>\nOn verrait cette perle appel\u00e9e innocence,<br \/>\nEn regardant au fond !<\/p>\n<p>On s\u2019arr\u00eate aux brouillards dont ton \u00e2me est voil\u00e9e,<br \/>\nMais moi, juge et t\u00e9moin,<br \/>\nJe sais qu\u2019on trouverait une vo\u00fbte \u00e9toil\u00e9e<br \/>\nSi l\u2019on allait plus loin !<\/p>\n<p>Et qu\u2019importe, apr\u00e8s tout, que le monde t\u2019assi\u00e8ge<br \/>\nDe ses discours mouvants,<br \/>\nEt que ton nom se m\u00eale \u00e0 ces flocons de neige<br \/>\nPouss\u00e9s \u00e0 tous les vents !<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs que savent-ils ? Nous devrions nous taire.<br \/>\nDe quel droit jugeons-nous ?<br \/>\nNous qui ne voyons rien au ciel ou sur la terre<br \/>\nSans nous mettre \u00e0 genoux !<\/p>\n<p>La certitude &#8211; h\u00e9las ! insens\u00e9s que nous sommes<br \/>\nDe croire \u00e0 l\u2019\u0153il humain ! &#8211;<br \/>\nNe s\u00e9journe pas plus dans la raison des hommes<br \/>\nQue l\u2019onde dans leur main.<\/p>\n<p>Elle mouille un moment, puis s\u2019\u00e9coule infid\u00e8le,<br \/>\nSans que l\u2019homme, \u00f4 douleur !<br \/>\nPuisse d\u00e9salt\u00e9rer \u00e0 ce qui reste d\u2019elle<br \/>\nSes l\u00e8vres ou son c\u0153ur !<\/p>\n<p>L\u2019apparence de tout nous trompe et nous fascine.<br \/>\nEst-il jour ? Est-il nuit ?<br \/>\nRien d\u2019absolu. Tout fruit contient une racine,<br \/>\nToute racine un fruit.<\/p>\n<p>Le m\u00eame objet qui rend votre visage sombre<br \/>\nFait ma s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<br \/>\nToute chose ici-bas par une face est ombre<br \/>\nEt par l\u2019autre clart\u00e9.<\/p>\n<p>Le lourd nuage, effroi des matelots livides<br \/>\nSur le pont accroupis,<br \/>\nPour le brun laboureur dont les champs sont arides<br \/>\nEst un sac plein d\u2019\u00e9pis !<\/p>\n<p>Pour juger un destin il en faudrait conna\u00eetre<br \/>\nLe fond myst\u00e9rieux ;<br \/>\nCe qui g\u00eet dans la frange aura bient\u00f4t peut-\u00eatre<br \/>\nDes ailes dans les cieux !<\/p>\n<p>Cette \u00e2me se transforme, elle est tout pr\u00e8s d\u2019\u00e9clore,<br \/>\nElle rampe, elle attend,<br \/>\nAujourd\u2019hui larve informe, et demain d\u00e8s l\u2019aurore<br \/>\nPapillon \u00e9clatant !<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Tu souffres cependant ! toi sur qui l\u2019ironie<br \/>\nEpuise tous ses traits,<br \/>\nEt qui te sens poursuivre, et par la calomnie<br \/>\nMordre aux endroits secrets !<\/p>\n<p>Tu fuis, p\u00e2le et saignant, et, p\u00e9n\u00e9trant dans l\u2019ombre<br \/>\nPar ton flanc d\u00e9chir\u00e9,<br \/>\nLa tristesse en ton \u00e2me ainsi qu\u2019en un puits sombre<br \/>\nGoutte \u00e0 goutte a filtr\u00e9 !<\/p>\n<p>Tu fuis, lion bless\u00e9, dans une solitude,<br \/>\nR\u00eavant sur ton destin,<br \/>\nEt le soir te retrouve en la m\u00eame attitude<br \/>\nO\u00f9 t\u2019a vu le matin !<\/p>\n<p>L\u00e0, pensif, cherchant l\u2019ombre o\u00f9 ton \u00e2me repose,<br \/>\nL\u2019ombre que nous aimons ;<br \/>\nNe songeant quelquefois, de l\u2019aube \u00e0 la nuit close,<br \/>\nQu\u2019\u00e0 la forme des monts ;<\/p>\n<p>Attentif aux ruisseaux, aux mousses \u00e9toil\u00e9es,<br \/>\nAux champs silencieux,<br \/>\nA la virginit\u00e9 des herbes non foul\u00e9es,<br \/>\nA la beaut\u00e9 des cieux ;<\/p>\n<p>Ou parfois contemplant, de quelque gr\u00e8ve aust\u00e8re,<br \/>\nL\u2019esquif en proie aux flots<br \/>\nQui fuit, rompant les fils qui liaient \u00e0 la terre<br \/>\nLes c\u0153urs des matelots ;<\/p>\n<p>Contemplant le front vert et la noire narine<br \/>\nDe l\u2019autre t\u00e9n\u00e9breux<br \/>\nEt l\u2019arbre qui, rong\u00e9 par la brise marine,<br \/>\nTord ses bras douloureux,<\/p>\n<p>Et l\u2019immense oc\u00e9an o\u00f9 la voile s\u2019incline,<br \/>\nO\u00f9 le soleil descend,<br \/>\nL\u2019oc\u00e9an qui respire ainsi qu\u2019une poitrine,<br \/>\nS\u2019enflant et s\u2019abaissant ;<\/p>\n<p>Du haut de la falaise aux rumeurs infinies,<br \/>\nDu fond des bois touffus,<br \/>\nTu m\u00eales ton esprit aux grandes harmonies<br \/>\nPlaines de sens confus,<\/p>\n<p>Qui, tenant ici-bas toute chose embrass\u00e9e,<br \/>\nVont de l\u2019aigle au serpent,<br \/>\nQue toute voix grossit, et que sur la pens\u00e9e<br \/>\nLa nature r\u00e9pand !<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>Console-toi, po\u00e8te ! \u2014 Un jour, bient\u00f4t peut-\u00eatre,<br \/>\nLes c\u0153urs te reviendront,<br \/>\nEt pour tous les regards on verra repara\u00eetre<br \/>\nLes flammes de ton front.<\/p>\n<p>Tous les c\u00f4t\u00e9 ternis par ta gloire outrag\u00e9e,<br \/>\nNettoy\u00e9s un matin,<br \/>\nSeront comme une dalle avec soin \u00e9pong\u00e9e<br \/>\nApr\u00e8s un grand festin.<\/p>\n<p>En vain tes ennemis auront arm\u00e9 le monde<br \/>\nDe leur rire moqueur,<br \/>\nEt sur les grands chemins r\u00e9pandu comme l\u2019onde<br \/>\nLes secrets de ton c\u0153ur.<\/p>\n<p>En vain ils jetteront leur rage humili\u00e9e<br \/>\nSur ton nom ravag\u00e9.<br \/>\nComme un chien qui rem\u00e2che une chair oubli\u00e9e<br \/>\nSur l\u2019os d\u00e9j\u00e0 rong\u00e9.<\/p>\n<p>Ils ne pr\u00e9vaudront pas, ces hommes qui t\u2019entourent<br \/>\nDe leurs obscurs r\u00e9seaux<br \/>\nIls passeront ainsi que ces lueurs qui courent<br \/>\nA travers les roseaux.<\/p>\n<p>Ils auront bien toujours pour toi toute la haine<br \/>\nDes d\u00e9mons pour le Dieu ;<br \/>\nMais un souffle \u00e9teindra leur bouche impure pleine<br \/>\nDe parole de feu.<\/p>\n<p>Ils s\u2019\u00e9vanouiront, et la foule et ravie<br \/>\nVerra, d\u2019un \u0153il pieux,<br \/>\nSortir de ce tas d\u2019ombre amass\u00e9 par l\u2019envie<br \/>\nTon front majestueux !<\/p>\n<p>En attendant, regarde en piti\u00e9 cette foule<br \/>\nQui m\u00e9conna\u00eet tes chants,<br \/>\nEt qui de toutes parts se r\u00e9pand et s\u2019\u00e9coule<br \/>\nDans les mauvais penchant.<\/p>\n<p>Laisse en ce noir chaos qu\u2019aucun rayon n\u2019\u00e9claire<br \/>\nRamper les ignorants ;<br \/>\nL\u2019orgueilleux dont la voix grossit dans la col\u00e8re<br \/>\nComme l\u2019eau des torrents ;<\/p>\n<p>La beaut\u00e9 sans amour dont les pats nous entra\u00eene,<br \/>\nFemme aux yeux exerc\u00e9s<br \/>\nDont la robe flottante est un pi\u00e8ge ou se prennent<br \/>\nLes pieds insens\u00e9s ;<\/p>\n<p>Les rh\u00e9teurs qui de bruit emplissent leur parole<br \/>\nQuand nous les \u00e9coutons ;<br \/>\nEt ces hommes sans foi, sans culte, sans boussole,<br \/>\nQui vivent \u00e0 t\u00e2tons ;<\/p>\n<p>Et les flatteurs courb\u00e9s, aux douceurs famili\u00e8res,<br \/>\nAux fronts bas et rampants ;<br \/>\nEt les ambitieux qui sont comme des lierres<br \/>\nL\u2019un sur l\u2019autre grimpants !<\/p>\n<p>Non, tu ne portes pas, ami, la m\u00eame cha\u00eene<br \/>\nQue ces hommes d\u2019un jour.<br \/>\nIls sont vils, et toi grand. Leur joug est fait de haine,<br \/>\nLe tien est fait d\u2019amour !<\/p>\n<p>Tu n\u2019as rien de commun avec le monde infime<br \/>\nAu souffle empoisonneur ;<br \/>\nCar c\u2019est pour tous les yeux un spectacle sublime<br \/>\nQuand la main du Seigneur<\/p>\n<p>Loin du sentier banal o\u00f9 la foule se rue<br \/>\nSur quelque illusion,<br \/>\nLaboure le g\u00e9nie avec cette charrue<br \/>\nQu\u2019on nomme passion ! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et quand il eut fini, toi que la haine abreuve,<br \/>\nTu lui dis d\u2019une voix attendrie un instant,<br \/>\nVoix pareille \u00e0 la sienne et plus haute pourtant,<br \/>\nComme la grande mer qui parlerait au fleuve ;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ne me console point et ne t\u2019afflige pas.<br \/>\nJe suis calme et paisible.<br \/>\nJe ne regarde point le monde d\u2019ici-bas,<br \/>\nMais le monde invisible.<\/p>\n<p>Les hommes sont meilleurs, ami, que tu ne crois.<br \/>\nMais le sort est s\u00e9v\u00e8re.<br \/>\nC\u2019est lui qui teint de vin ou de lie \u00e0 son choix<br \/>\nLe pur cristal du verre.<\/p>\n<p>Moi, je r\u00eave ! \u00e9coutant le cypr\u00e8s soupirer<br \/>\nAutour des croix d\u2019\u00e9b\u00e8ne,<br \/>\nEt murmurer le fleuve et la cloche pleurer<br \/>\nDans un coin de la plaine,<\/p>\n<p>Recueillant le cri sourd de l\u2019oiseau qui s\u2019enfuit,<br \/>\nDu char tra\u00eenant la gerbe<br \/>\nEt la plainte qui sort des roseaux, et le bruit<br \/>\nQue fait la touffe d\u2019herbe,<\/p>\n<p>Pr\u00eatant l\u2019oreille aux flots qui ne peuvent dormir,<br \/>\nA l\u2019air dans la nu\u00e9e,<br \/>\nJ\u2019erre sur les hauts lieux d\u2019ou l\u2019on entend g\u00e9mir<br \/>\nToute chose cr\u00e9e !<\/p>\n<p>L\u00e0, je vois, comme un vase allum\u00e9 sur l\u2019autel,<br \/>\nLe toit lointain qui fume ;<br \/>\nEt le soir je compare aux purs flambeaux du ciel<br \/>\nTout flambeau qui s\u2019allume.<\/p>\n<p>L\u00e0 j\u2019abandonne aux vents mon esprit s\u00e9rieux,<br \/>\nComme l\u2019oiseau sa plume ;<br \/>\nL\u00e0, je songe au malheur de l\u2019homme, et j\u2019entends mieux<br \/>\nLe bruit de cette enclume,<\/p>\n<p>L\u00e0, je contemple, \u00e9mu, tout ce qui s\u2019offre aux yeux,<br \/>\nOnde, terre, verdure ;<br \/>\nEt je vois l\u2019homme au loin, mage myst\u00e9rieux,<br \/>\nTraverser la nature !<\/p>\n<p>Pourquoi me plaindre, ami ? Tout homme \u00e0 tout<br \/>\nSouffre des maux sans nombre. [moment<br \/>\nMoi, sur qui vient la nuit, j\u2019ai gard\u00e9 seulement<br \/>\nDans mon horizon sombre,<\/p>\n<p>Comme un rayon du soir au front d\u2019un mont obscur,<br \/>\nL\u2019amour, divine flamme,<br \/>\nL\u2019amour, qui dore encor ce que j\u2019ai de plus pur<br \/>\nEt de plus haut dans l\u2019\u00e2me !<\/p>\n<p>Sans doute en mon avril, ne sachant rien \u00e0 fond,<br \/>\nJeune, cr\u00e9dule, aust\u00e8re,<br \/>\nJ\u2019ai fait des songes d\u2019or comme tous ceux qui font<br \/>\nDes songes sur la terre !<\/p>\n<p>J\u2019ai vu la vie en fleur sur mon front s\u2019\u00e9lever<br \/>\nPleine de douces choses.<br \/>\nMais quoi ! me crois-tu assez fou pour r\u00eaver<br \/>\nL\u2019\u00e9ternit\u00e9 des roses ?<\/p>\n<p>Les chim\u00e8res, qu\u2019enfant mes mains croyaient toucher,<br \/>\nMaintenant sont absentes ;<br \/>\nEt je dis au bonheur ce que dit le nocher<br \/>\nAux rives d\u00e9croissantes.<\/p>\n<p>Qu\u2019importe ! je m\u2019abrite en un calme profond,<br \/>\nPlaignant surtout les femmes ;<br \/>\nEt je vis l\u2019\u0153il fix\u00e9 sur le ciel o\u00f9 s\u2019en vont<br \/>\nLes ailes et les \u00e2mes.<\/p>\n<p>Dieu nous donne \u00e0 chacun notre part du destin,<br \/>\nAu fort, au faible, au l\u00e2che,<br \/>\nComme un ma\u00eetre soigneux lev\u00e9 d\u00e8s le matin<br \/>\nDivise \u00e0 tous leur t\u00e2che.<\/p>\n<p>Soyons grands. Le grand c\u0153ur \u00e0 Dieu m\u00eame est pareil.<br \/>\nLaissons, doux ou funestes,<br \/>\nSe croiser sur nos pieds la foudre et le soleil,<br \/>\nCes deux clart\u00e9s c\u00e9lestes.<\/p>\n<p>Laissons gronder en bas cet orage irrit\u00e9<br \/>\nQui toujours nous assi\u00e8ge ;<br \/>\nEt gardons au-dessus notre tranquillit\u00e9,<br \/>\nComme le mont sa neige.<\/p>\n<p>Va, nul mortel ne brise avec la passion,<br \/>\nVainement obstin\u00e9e,<br \/>\nCette \u00e2pre loi que l\u2019un nomme Expiation<br \/>\nEt l\u2019autre Destin\u00e9e.<\/p>\n<p>H\u00e9las ! de quelque nom que, broy\u00e9 sous l\u2019essieu,<br \/>\nL\u2019orgueil humain la nomme,<br \/>\nRoue immense et fatale, elle tourne sur Dieu,<br \/>\nElle roule sur l\u2019homme ! \u00a0\u00bb<br \/>\n15 octobre 1837<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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