{"id":4330,"date":"2024-09-17T19:58:06","date_gmt":"2024-09-17T17:58:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=4330"},"modified":"2024-09-17T19:58:06","modified_gmt":"2024-09-17T17:58:06","slug":"les-tetes-du-serail","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/les-tetes-du-serail\/","title":{"rendered":"Les t\u00eates du s\u00e9rail"},"content":{"rendered":"<p>I<\/p>\n<p>Le d\u00f4me obscur des nuits, sem\u00e9 d\u2019astres sans nombre,<br \/>\nSe mirait dans la mer resplendissante et sombre ;<br \/>\nLa riante Stamboul, le front d\u2019ombres voil\u00e9,<br \/>\nSemblait, couch\u00e9e au bord du golfe qui l\u2019inonde,<br \/>\nEntre les feux du ciel et les reflets de l\u2019onde,<br \/>\nDormir dans un globe \u00e9toil\u00e9.<\/p>\n<p>On e\u00fbt dit la cit\u00e9 dont les esprits nocturnes<br \/>\nB\u00e2tissent dans les airs les palais taciturnes,<br \/>\n\u00c0 voir ses grands harems, s\u00e9jours des longs ennuis,<br \/>\nSes d\u00f4mes bleus, pareils au ciel qui les colore,<br \/>\nEt leurs mille croissants, que semblaient faire \u00e9clore<br \/>\nLes rayons du croissant des nuits.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153il distinguait les tours par leurs angles marqu\u00e9es,<br \/>\nLes maisons aux toits plats, les fl\u00e8ches des mosqu\u00e9es,<br \/>\nLes moresques balcons en tr\u00e8fles d\u00e9coup\u00e9s,<br \/>\nLes vitraux se cachant sous des grilles discr\u00e8tes,<br \/>\nEt les palais dor\u00e9s, et comme des aigrettes<br \/>\nLes palmiers sur leur front group\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u00e0, de blancs minarets dont l\u2019aiguille s\u2019\u00e9lance<br \/>\nTels que des m\u00e2ts d\u2019ivoire arm\u00e9s d\u2019un fer de lance ;<br \/>\nL\u00e0, des kiosques peints ; l\u00e0, des fanaux changeants ;<br \/>\nEt sur le vieux s\u00e9rail, que ses hauts murs d\u00e9c\u00e8lent,<br \/>\nCent coupoles d\u2019\u00e9tain, qui dans l\u2019ombre \u00e9tincellent<br \/>\nComme des casques de g\u00e9ants.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Le s\u00e9rail !\u2026 Cette nuit il tressaillait de joie.<br \/>\nAu son des gais tambours, sur des tapis de soie,<br \/>\nLes sultanes dansaient sous son lambris sacr\u00e9,<br \/>\nEt, tel qu\u2019un roi couvert de ses joyaux de f\u00eate,<br \/>\nSuperbe, il se montrait aux enfants du proph\u00e8te,<br \/>\nDe six mille t\u00eates par\u00e9 !<\/p>\n<p>Livides, l\u2019\u0153il \u00e9teint, de noirs cheveux charg\u00e9es,<br \/>\nCes t\u00eates couronnaient, sur les cr\u00e9neaux rang\u00e9es,<br \/>\nLes terrasses de rose et de jasmin en fleur ;<br \/>\nTriste comme un ami, comme lui consolante,<br \/>\nLa lune, astre des morts, sur leur p\u00e2leur sanglante<br \/>\nR\u00e9pandait sa douce p\u00e2leur.<\/p>\n<p>Dominant le s\u00e9rail, de la porte fatale<br \/>\nTrois d\u2019entre elles marquaient l\u2019ogive orientale ;<br \/>\nCes t\u00eates, que battait l\u2019aile du noir corbeau,<br \/>\nSemblaient avoir re\u00e7u l\u2019atteinte meurtri\u00e8re,<br \/>\nL\u2019une dans les combats, l\u2019autre dans la pri\u00e8re,<br \/>\nLa derni\u00e8re dans le tombeau.<\/p>\n<p>On dit qu\u2019alors, tandis qu\u2019immobiles comme elles<br \/>\nVeillaient stupidement les mornes sentinelles,<br \/>\nLes trois t\u00eates soudain parl\u00e8rent ; et leurs voix<br \/>\nRessemblaient \u00e0 ces chants qu\u2019on entend dans les r\u00eaves,<br \/>\nAux bruits confus du flot qui s\u2019endort sur les gr\u00e8ves,<br \/>\nDu vent qui s\u2019endort dans les bois.<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>LA PREMI\u00c8RE VOIX.<\/p>\n<p>\u00ab O\u00f9 suis-je ?\u2026 Mon br\u00fblot ! \u00e0 la voile ! \u00e0 la rame !<br \/>\nFr\u00e8res, Missolonghi fumante nous r\u00e9clame,<br \/>\nLes turcs ont investi ses remparts g\u00e9n\u00e9reux.<br \/>\nRenvoyons leurs vaisseaux \u00e0 leurs villes lointaines,<br \/>\nEt que ma torche, \u00f4 capitaines !<br \/>\nSoit un phare pour vous, soit un foudre pour eux !<\/p>\n<p>\u00ab Partons ! Adieu Corinthe et son haut promontoire,<br \/>\nMers dont chaque rocher porte un nom de victoire,<br \/>\n\u00c9cueils de l\u2019Archipel sur tous les flots sem\u00e9s,<br \/>\nBelles \u00eeles, des cieux et du printemps ch\u00e9ries,<br \/>\nQui le jour paraissez des corbeilles fleuries,<br \/>\nLa nuit, des vases parfum\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab Adieu, fi\u00e8re patrie, Hydra, Sparte nouvelle !<br \/>\nTa jeune libert\u00e9 par des chants se r\u00e9v\u00e8le ;<br \/>\nDes m\u00e2ts voilent tes murs, ville de matelots.<br \/>\nAdieu ! j\u2019aime ton \u00eele o\u00f9 notre espoir se fonde,<br \/>\nTes gazons caress\u00e9s par l\u2019onde,<br \/>\nTes rocs battus d\u2019\u00e9clairs et rong\u00e9s par les flots.<\/p>\n<p>\u00ab Fr\u00e8res, si je reviens, Missolonghi sauv\u00e9e,<br \/>\nQu\u2019une \u00e9glise nouvelle au Christ soit \u00e9lev\u00e9e.<br \/>\nSi je meurs, si je tombe en la nuit sans r\u00e9veil,<br \/>\nSi je verse le sang qui me reste \u00e0 r\u00e9pandre,<br \/>\nDans une terre libre allez porter ma cendre,<br \/>\nEt creusez ma tombe au soleil !<\/p>\n<p>\u00ab Missolonghi ! \u2014 Les turcs ! \u2014 Chassons, \u00f4 camarades,<br \/>\nLeurs canons de ses forts, leurs flottes de ses rades.<br \/>\nBr\u00fblons le capitan sous son triple canon.<br \/>\nAllons ! que des br\u00fblots l\u2019ongle ardent se pr\u00e9pare.<br \/>\nSur sa nef, si je m\u2019en empare,<br \/>\nC\u2019est en lettres de feu que j\u2019\u00e9crirai mon nom.<\/p>\n<p>\u00ab Victoire ! amis\u2026 \u2014 \u00d4 ciel ! de mon esquif agile<br \/>\nUne bombe en tombant brise le pont fragile\u2026<br \/>\nIl \u00e9clate, il tournoie, il s\u2019ouvre aux flots amers !<br \/>\nMa bouche crie en vain, par les vagues couverte !<br \/>\nAdieu ! je vais trouver mon linceul d\u2019algue verte,<br \/>\nMon lit de sable au fond des mers.<\/p>\n<p>\u00ab Mais non ! je me r\u00e9veille enfin !\u2026 Mais quel myst\u00e8re ?<br \/>\nQuel r\u00eave affreux !\u2026 mon bras manque \u00e0 mon cimeterre.<br \/>\nQuel est donc pr\u00e8s de moi ce sombre \u00e9pouvantail ?<br \/>\nQu\u2019entends-je au loin ?\u2026 des ch\u0153urs\u2026 sont-ce des voix de femmes ?<br \/>\nDes chants murmur\u00e9s par des \u00e2mes ?<br \/>\nCes concerts !\u2026 suis-je au ciel ?\u2026 \u2014 Du sang !\u2026 c\u2019est le s\u00e9rail ! \u00bb<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>LA DEUXI\u00c8ME VOIX.<\/p>\n<p>\u00ab Oui, Canaris, tu vois le s\u00e9rail, et ma t\u00eate<br \/>\nArrach\u00e9e au cercueil pour orner cette f\u00eate.<br \/>\nLes turcs m\u2019ont poursuivi sous mon tombeau glac\u00e9.<br \/>\nVois ! ces os dess\u00e9ch\u00e9s sont leur d\u00e9pouille opime.<br \/>\nVoil\u00e0 de Botzaris ce qu\u2019au sultan sublime<br \/>\nLe ver du s\u00e9pulcre a laiss\u00e9 !<\/p>\n<p>\u00ab \u00c9coute : Je dormais dans le fond de ma tombe,<br \/>\nQuand un cri m\u2019\u00e9veilla : Missolonghi succombe !<br \/>\nJe me l\u00e8ve \u00e0 demi dans la nuit du tr\u00e9pas ;<br \/>\nJ\u2019entends des canons sourds les tonnantes vol\u00e9es,<br \/>\nLes clameurs aux clameurs m\u00eal\u00e9es,<br \/>\nLes chocs fr\u00e9quents du fer, le bruit press\u00e9 des pas.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019entends, dans le combat qui remplissait la ville,<br \/>\nDes voix crier : \u00ab D\u00e9fends d\u2019une horde servile,<br \/>\n\u00ab Ombre de Botzaris, tes grecs infortun\u00e9s ! \u00bb<br \/>\nEt moi, pour m\u2019\u00e9chapper, luttant dans les t\u00e9n\u00e8bres,<br \/>\nJ\u2019achevais de briser sur les marbres fun\u00e8bres<br \/>\nTous mes ossements d\u00e9charn\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab Soudain, comme un volcan, le sol s\u2019embrase et gronde\u2026 \u2014<br \/>\nTout se tait ; et mon \u0153il, ouvert pour l\u2019autre monde,<br \/>\nVoit ce que nul vivant n\u2019e\u00fbt pu voir de ses yeux.<br \/>\nDe la terre, des flots, du sein profond des flammes,<br \/>\nS\u2019\u00e9chappaient des tourbillons d\u2019\u00e2mes<br \/>\nQui tombaient dans l\u2019ab\u00eeme ou s\u2019envolaient aux cieux.<\/p>\n<p>\u00ab Les musulmans vainqueurs dans ma tombe fouill\u00e8rent ;<br \/>\nIls m\u00eal\u00e8rent ma t\u00eate aux v\u00f4tres qu\u2019ils souill\u00e8rent.<br \/>\nDans le sac du tartare on les jeta sans choix.<br \/>\nMon corps d\u00e9capit\u00e9 tressaillit d\u2019all\u00e9gresse ;<br \/>\nIl me semblait, ami, pour la Croix et la Gr\u00e8ce<br \/>\nMourir une seconde fois.<\/p>\n<p>\u00ab Sur la terre aujourd\u2019hui notre destin s\u2019ach\u00e8ve.<br \/>\nStamboul, pour contempler cette moisson du glaive,<br \/>\nVile esclave, s\u2019\u00e9meut du Fanar aux Sept-Tours ;<br \/>\nEt nos t\u00eates, qu\u2019on livre aux publiques ris\u00e9es,<br \/>\nSur l\u2019impur s\u00e9rail expos\u00e9es,<br \/>\nRepaissent le sultan, convive des vautours !<\/p>\n<p>\u00ab Voil\u00e0 tous nos h\u00e9ros ! Costas le palicare ;<br \/>\nChristo, du mont Olympe ; Hellas, des mers d\u2019Icare ;<br \/>\nKitzos, qu\u2019aimait Byron, le po\u00ebte immortel ;<br \/>\nEt cet enfant des monts, notre ami, notre \u00e9mule,<br \/>\nMayer, qui rapportait aux fils de Thrasybule<br \/>\nLa fl\u00e8che de Guillaume Tell.<\/p>\n<p>\u00ab Mais ces morts inconnus, qui dans nos rangs sto\u00efques<br \/>\nConfondent leurs fronts vils \u00e0 des fronts h\u00e9ro\u00efques,<br \/>\nCe sont des fils maudits d\u2019Eblis et de Satan,<br \/>\nDes turcs, obscur troupeau, foule au sabre asservie,<br \/>\nEsclaves dont on prend la vie,<br \/>\nQuand il manque une t\u00eate au compte du sultan.<\/p>\n<p>\u00ab Semblable au Minotaure invent\u00e9 par nos p\u00e8res,<br \/>\nUn homme est seul vivant dans ces hideux repaires,<br \/>\nQui montrent nos lambeaux aux peuples \u00e0 genoux ;<br \/>\nCar les autres t\u00e9moins de ces f\u00eates f\u00e9tides,<br \/>\nSes eunuques impurs, ses muets homicides,<br \/>\nAmi, sont aussi morts que nous.<\/p>\n<p>\u00ab Quels sont ces cris ?\u2026 \u2014 C\u2019est l\u2019heure o\u00f9 ses plaisirs inf\u00e2mes<br \/>\nOnt r\u00e9clam\u00e9 nos s\u0153urs, nos filles et nos femmes.<br \/>\nCes fleurs vont se fl\u00e9trir \u00e0 son souffle inhumain.<br \/>\nLe tigre imp\u00e9rial, rugissant dans sa joie,<br \/>\nTour \u00e0 tour compte chaque proie,<br \/>\nNos vierges cette nuit, et nos t\u00eates demain ! \u00bb<\/p>\n<p>V<\/p>\n<p>LA TROISI\u00c8ME VOIX.<\/p>\n<p>\u00ab \u00d4 mes fr\u00e8res, Joseph, \u00e9v\u00eaque, vous salue.<br \/>\nMissolonghi n\u2019est plus ! \u00c0 sa mort r\u00e9solue,<br \/>\nElle a fui la famine et son venin rongeur.<br \/>\nEnveloppant les turcs dans son malheur supr\u00eame,<br \/>\nFormidable victime, elle a mis elle-m\u00eame<br \/>\nLa flamme \u00e0 son b\u00fbcher vengeur.<\/p>\n<p>\u00ab Voyant depuis vingt jours notre ville affam\u00e9e,<br \/>\nJ\u2019ai cri\u00e9 : \u00ab Venez tous, il est temps, peuple, arm\u00e9e !<br \/>\n\u00ab Dans le saint sacrifice il faut nous dire adieu.<br \/>\n\u00ab Recevez de mes mains, \u00e0 la table c\u00e9leste,<br \/>\n\u00ab Le seul aliment qui nous reste,<br \/>\n\u00ab Le pain qui nourrit l\u2019\u00e2me et la transforme en Dieu ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Quelle communion ! Des mourants immobiles,<br \/>\nCherchant l\u2019hostie offerte \u00e0 leurs l\u00e8vres d\u00e9biles,<br \/>\nDes soldats d\u00e9faillants, mais encor redout\u00e9s,<br \/>\nDes femmes, des vieillards, des vierges d\u00e9sol\u00e9es,<br \/>\nEt sur le sein fl\u00e9tri des m\u00e8res mutil\u00e9es,<br \/>\nDes enfants de sang allait\u00e9s !<\/p>\n<p>\u00ab La nuit vint, on partit. Mais les turcs dans les ombres<br \/>\nAssi\u00e9g\u00e8rent bient\u00f4t nos morts et nos d\u00e9combres.<br \/>\nMon \u00e9glise s\u2019ouvrit \u00e0 leurs pas inquiets.<br \/>\nSur un d\u00e9bris d\u2019autel, leur derni\u00e8re conqu\u00eate,<br \/>\nUn sabre fit rouler ma t\u00eate\u2026<br \/>\nJ\u2019ignore quelle main me frappa : je priais.<\/p>\n<p>\u00ab Fr\u00e8res, plaignez Mahmoud ! N\u00e9 dans sa loi barbare,<br \/>\nDes hommes et de Dieu son pouvoir le s\u00e9pare.<br \/>\nSon aveugle regard ne s\u2019ouvre pas au ciel.<br \/>\nSa couronne fatale, et toujours chancelante,<br \/>\nPorte \u00e0 chaque fleuron une t\u00eate sanglante ;<br \/>\nEt peut-\u00eatre il n\u2019est pas cruel !<\/p>\n<p>\u00ab Le malheureux, en proie aux terreurs implacables,<br \/>\nPerd pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9 ses jours irr\u00e9vocables.<br \/>\nRien ne marque pour lui les matins et les soirs.<br \/>\nToujours l\u2019ennui ! Semblable aux idoles qu\u2019ils dorent,<br \/>\nSes esclaves de loin l\u2019adorent,<br \/>\nEt le fouet d\u2019un spahi r\u00e8gle leurs encensoirs.<\/p>\n<p>\u00ab Mais pour vous tout est joie, honneur, f\u00eate, victoire.<br \/>\nSur la terre vaincus, vous vaincrez dans l\u2019histoire.<br \/>\nFr\u00e8res, Dieu vous b\u00e9nit sur le s\u00e9rail fumant.<br \/>\nVos gloires par la mort ne sont pas \u00e9touff\u00e9es ;<br \/>\nVos t\u00eates sans tombeaux deviennent vos troph\u00e9es ;<br \/>\nVos d\u00e9bris sont un monument.<\/p>\n<p>\u00ab Que l\u2019apostat surtout vous envie ! Anath\u00e8me<br \/>\nAu chr\u00e9tien qui souilla l\u2019eau sainte du bapt\u00eame !<br \/>\nSur le livre de vie en vain il fut compt\u00e9 ;<br \/>\nNul ange ne l\u2019attend dans les cieux o\u00f9 nous sommes ;<br \/>\nEt son nom, ex\u00e9cr\u00e9 des hommes,<br \/>\nSera, comme un poison, des bouches rejet\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Et toi, chr\u00e9tienne Europe, entends nos voix plaintives.<br \/>\nJadis, pour nous sauver, saint-Louis vers nos rives<br \/>\nE\u00fbt de ses chevaliers guid\u00e9 l\u2019arri\u00e8re-ban.<br \/>\nChoisis enfin, avant que ton Dieu ne se l\u00e8ve,<br \/>\nDe J\u00e9sus et d\u2019Omar, de la croix et du glaive,<br \/>\nDe l\u2019aur\u00e9ole et du turban. \u00bb<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>Oui, Botzaris, Joseph, Canaris, ombres saintes,<br \/>\nElle entendra vos voix, par le tr\u00e9pas \u00e9teintes ;<br \/>\nElle verra le signe empreint sur votre front ;<br \/>\nEt, soupirant ensemble un chant expiatoire,<br \/>\n\u00c0 vos d\u00e9bris sanglants portant leur double gloire,<br \/>\nSur la harpe et le luth les deux Gr\u00e8ces diront :<\/p>\n<p>\u00ab H\u00e9las ! vous \u00eates saints et vous \u00eates sublimes,<br \/>\nConfesseurs, demi-dieux, fraternelles victimes !<br \/>\nVotre bras aux combats s\u2019est longtemps signal\u00e9 ;<br \/>\nMorts, vous \u00eates tous trois souill\u00e9s par des mains viles.<br \/>\nVoici votre Calvaire apr\u00e8s vos Thermopyles ;<br \/>\nPour tous les d\u00e9vouements votre sang a coul\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Ah ! si l\u2019Europe en deuil, qu\u2019un sang si pur menace,<br \/>\nNe suit jusqu\u2019au s\u00e9rail le chemin qu\u2019il lui trace,<br \/>\nLe Seigneur la r\u00e9serve \u00e0 d\u2019amers repentirs.<br \/>\nMarin, pr\u00eatre, soldat, nos autels vous demandent,<br \/>\nCar l\u2019Olympe et le Ciel \u00e0 la fois vous attendent,<br \/>\nPl\u00e9iade de h\u00e9ros ! trinit\u00e9 de martyrs ! \u00bb<\/p>\n<p>Juin 1826.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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