{"id":3176,"date":"2024-06-13T16:01:46","date_gmt":"2024-06-13T14:01:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=3176"},"modified":"2024-06-13T16:01:46","modified_gmt":"2024-06-13T14:01:46","slug":"vendemiaire","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/vendemiaire\/","title":{"rendered":"Vend\u00e9miaire"},"content":{"rendered":"<p>Hommes de l\u2019avenir souvenez-vous de moi<br \/>\nJe vivais \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 finissaient les rois<br \/>\nTour \u00e0 tour ils mouraient silencieux et tristes<br \/>\nEt trois fois courageux devenaient trism\u00e9gistes<\/p>\n<p>Que Paris \u00e9tait beau \u00e0 la fin de septembre<br \/>\nChaque nuit devenait une vigne o\u00f9 les pampres<br \/>\nR\u00e9pandaient leur clart\u00e9 sur la ville et l\u00e0-haut<br \/>\nAstres m\u00fbrs becquet\u00e9s par les ivres oiseaux<br \/>\nDe ma gloire attendaient la vendange de l\u2019aube<\/p>\n<p>Un soir passant le long des quais d\u00e9serts et sombres<br \/>\nEn rentrant \u00e0 Auteuil j\u2019entendis une voix<br \/>\nQui chantait gravement se taisant quelquefois<br \/>\nPour que parvint aussi sur les bords de la Seine<br \/>\nLa plainte d\u2019autres voix limpides et lointaines<\/p>\n<p>Et j\u2019\u00e9coutai longtemps tous ces chants et ces cris<br \/>\nQu\u2019\u00e9veillait dans la nuit la chanson de Paris<\/p>\n<p>J\u2019ai soif villes de France et d\u2019Europe et du monde<br \/>\nVenez toutes couler dans ma gorge profonde<\/p>\n<p>Je vis alors que d\u00e9j\u00e0 ivre dans la vigne Paris<br \/>\nVendangeait le raisin le plus doux de la terre<br \/>\nCes grains miraculeux qui aux treilles chant\u00e8rent<\/p>\n<p>Et Rennes r\u00e9pondit avec Quimper et Vannes<br \/>\nNous voici \u00f4 Paris Nos maisons nos habitants<\/p>\n<p>Ces grappes de nos sens qu\u2019enfanta le soleil<br \/>\nSe sacrifient pour te d\u00e9salt\u00e9rer trop avide merveille<br \/>\nNous t\u2019apportons tous les cerveaux les cimeti\u00e8res les murailles<br \/>\nCes berceaux pleins de cris que tu n\u2019entendras pas<br \/>\nEt d\u2019amont en aval nos pens\u00e9es \u00f4 rivi\u00e8res<br \/>\nLes oreilles des \u00e9coles et nos mains rapproch\u00e9es<br \/>\nAux doigts allong\u00e9s nos mains les clochers<br \/>\nEt nous t\u2019apportons aussi cette souple raison<br \/>\nQue le myst\u00e8re cl\u00f4t comme une porte la maison<br \/>\nCe myst\u00e8re courtois de la galanterie<br \/>\nCe myst\u00e8re fatal fatal d\u2019une autre vie<br \/>\nDouble raison qui est au del\u00e0 de la beaut\u00e9<br \/>\nEt que la Gr\u00e8ce n\u2019a pas connue ni l\u2019Orient<br \/>\nDouble raison de la Bretagne o\u00f9 lame \u00e0 lame<br \/>\nL\u2019oc\u00e9an ch\u00e2tre peu \u00e0 peu l\u2019ancien continent<\/p>\n<p>Et les villes du Nord r\u00e9pondirent ga\u00eement<\/p>\n<p>\u00d4 Paris nous voici boissons vivantes<\/p>\n<p>Les viriles cit\u00e9s o\u00f9 d\u00e9goisent et chantent<br \/>\nLes m\u00e9talliques saints de nos saintes usines<br \/>\nNos chemin\u00e9es \u00e0 ciel ouvert engrossent les nu\u00e9es<br \/>\nComme fit autrefois l\u2019Ixion m\u00e9canique<br \/>\nEt nos mains innombrables<br \/>\nUsines manufactures fabriques mains<br \/>\nO\u00f9 les ouvriers nus semblables \u00e0 nos doigts<br \/>\nFabriquent du r\u00e9el \u00e0 tant par heure<br \/>\nNous te donnons tous cela<\/p>\n<p>Et Lyon r\u00e9pondit tandis que les anges de Fourvi\u00e8res<br \/>\nTissaient un ciel nouveau avec la soie des pri\u00e8res<\/p>\n<p>D\u00e9salt\u00e8re toi Paris avec les divines paroles<br \/>\nQue mes l\u00e8vres le Rh\u00f4ne et la Sa\u00f4ne murmurent<br \/>\nToujours le m\u00eame culte de sa mort renaissant<br \/>\nDivise ici les saints et fait pleuvoir le sang<br \/>\nHeureuse pluie \u00f4 gouttes ti\u00e8des \u00f4 douleur<br \/>\nUn enfant regarde les fen\u00eatres s\u2019ouvrir<br \/>\nEt des grappes de t\u00eates \u00e0 d\u2019ivres oiseaux s\u2019offrir<\/p>\n<p>Les villes du Midi r\u00e9pondirent alors<\/p>\n<p>Noble Paris seule raison qui vis encore<br \/>\nQui fixes notre humeur selon ta destin\u00e9e<br \/>\nEt toi qui te retires M\u00e9diterran\u00e9e<br \/>\nPartagez-vous nos corps comme on rompt des hosties<br \/>\nCes tr\u00e8s hautes amours et leur danse orpheline<br \/>\nDeviendront \u00f4 Paris le vin pur que tu aimes<\/p>\n<p>Et un r\u00e2le infini qui venait de Sicile<br \/>\nSignifiait en battement d\u2019ailes ces paroles<\/p>\n<p>Les raisins de nos vignes on les a vendang\u00e9s<br \/>\nEt ces grappes de morts dont les grains allong\u00e9s<br \/>\nOnt la saveur du sang de la terre et du sel<br \/>\nLes voici pour ta soif \u00f4 Paris sous le ciel<br \/>\nObscurci de nu\u00e9es fam\u00e9liques<br \/>\nQue caresse Ixion le cr\u00e9ateur oblique<br \/>\nEt o\u00f9 naissent sur la mer tous les corbeaux d\u2019Afrique<br \/>\n\u00d4 raisins Et ces yeux ternes et en famille<br \/>\nL\u2019avenir et la vie dans ces treilles s\u2019ennuyent<\/p>\n<p>Mais o\u00f9 est le regard lumineux des sir\u00e8nes<br \/>\nIl trompa les marins qu\u2019aimaient ces oiseaux-l\u00e0<br \/>\nIl ne tournera plus sur l\u2019\u00e9cueil de Scylla<br \/>\nO\u00f9 chantaient les trois voix suaves et sereines<\/p>\n<p>Le d\u00e9troit tout \u00e0 coup avait chang\u00e9 de face<br \/>\nVisages de la chair de l\u2019onde de tout<br \/>\nCe que l\u2019on peut imaginer<br \/>\nVous n\u2019\u00eates que des masques sur des faces masqu\u00e9es<\/p>\n<p>Il souriait jeune nageur entre les rives<br \/>\nEt les noy\u00e9s flottant sur son onde nouvelle<br \/>\nFuyaient en le suivant les chanteuses plaintives<\/p>\n<p>Elles dirent adieu au gouffre et \u00e0 l\u2019\u00e9cueil<br \/>\n\u00c0 leurs p\u00e2les \u00e9poux couch\u00e9s sur les terrasses<br \/>\nPuis ayant pris leur vol vers le br\u00fblant soleil<br \/>\nLes suivirent dans l\u2019onde o\u00f9 s\u2019enfoncent les astres<\/p>\n<p>Lorsque la nuit revint couverte d\u2019yeux ouverts<br \/>\nErrer au site o\u00f9 l\u2019hydre a siffl\u00e9 cet hiver<br \/>\nEt j\u2019entendis soudain ta voix imp\u00e9rieuse<br \/>\n\u00d4 Rome<br \/>\nMaudire d\u2019un seul coup mes anciennes pens\u00e9es<br \/>\nEt le ciel o\u00f9 l\u2019amour guide les destin\u00e9es<\/p>\n<p>Les feuillards repouss\u00e9s sur l\u2019arbre de la croix<br \/>\nEt m\u00eame la fleur de lys qui meurt au Vatican<br \/>\nMac\u00e8rent dans le vin que je t\u2019offre et qui a<br \/>\nLa saveur du sang pur de celui qui conna\u00eet<br \/>\nUne autre libert\u00e9 v\u00e9g\u00e9tale dont tu<br \/>\nNe sais pas que c\u2019est elle la supr\u00eame vertu<\/p>\n<p>Une couronne de trir\u00e8gne est tomb\u00e9e sur les dalles<br \/>\nLes hi\u00e9rarques la foulent sous leurs sandales<br \/>\n\u00d4 splendeur d\u00e9mocratique qui p\u00e2lit<br \/>\nVienne la nuit royale o\u00f9 l\u2019on tuera les b\u00eates<br \/>\nLa louve avec l\u2019agneau l\u2019aigle avec la colombe<br \/>\nUne foule de rois ennemis et cruels<br \/>\nAyant soif comme toi dans la vigne \u00e9ternelle<br \/>\nSortiront de la terre et viendront dans les airs<br \/>\nPour boire de mon vin par deux fois mill\u00e9naire<\/p>\n<p>La Moselle et le Rhin se joignent en silence<br \/>\nC\u2019est l\u2019Europe qui prie nuit et jour \u00e0 Coblence<br \/>\nEt moi qui m\u2019attardais sur le quai \u00e0 Auteuil<br \/>\nQuand les heures tombaient parfois comme les feuilles<br \/>\nDu cep lorsqu\u2019il est temps j\u2019entendis la pri\u00e8re<br \/>\nQui joignait la limpidit\u00e9 de ces rivi\u00e8res<\/p>\n<p>\u00d4 Paris le vin de ton pays est meilleur que celui<br \/>\nQui pousse sur nos bords mais aux pampres du nord<\/p>\n<p>Tous les grains ont m\u00fbri pour cette soif terrible<br \/>\nMes grappes d\u2019hommes forts saignent dans le pressoir<br \/>\nTu boiras \u00e0 longs traits tout le sang de l\u2019Europe<br \/>\nParce que tu es beau et que seul tu es noble<br \/>\nParce que c\u2019est dans toi que Dieu peut devenir<br \/>\nEt tous mes vignerons dans ces belles maisons<br \/>\nQui refl\u00e8tent le soir leurs feux dans nos deux eaux<br \/>\nDans ces belles maisons nettement blanches et noires<br \/>\nSans savoir que tu es la r\u00e9alit\u00e9 chantent ta gloire<br \/>\nMais nous liquides mains jointes pour la pri\u00e8re<br \/>\nNous menons vers le sel les eaux aventuri\u00e8res<br \/>\nEt la ville entre nous comme entre des ciseaux<br \/>\nNe refl\u00e8te en dormant nul feu dans ses deux eaux<br \/>\nDont quelque sifflement lointain parfois s\u2019\u00e9lance<br \/>\nTroublant dans leur sommeil les filles de Coblence<\/p>\n<p>Les villes r\u00e9pondaient maintenant par centaines<br \/>\nJe ne distinguais plus leurs paroles lointaines<br \/>\nEt Tr\u00e8ves la ville ancienne<br \/>\n\u00c0 leur voix m\u00ealait la sienne<\/p>\n<p>L\u2019univers tout entier concentr\u00e9 dans ce vin<br \/>\nQui contentait les mers les animaux les plantes<br \/>\nLes cit\u00e9s les destins et les astres qui chantent<br \/>\nLes hommes \u00e0 genoux sur la rive du ciel<br \/>\nEt le docile fer notre bon compagnon<br \/>\nLe feu qu\u2019il faut aimer comme on s\u2019aime soi-m\u00eame<br \/>\nTous les fiers tr\u00e9pass\u00e9s qui sont un sous mon front<br \/>\nL\u2019\u00e9clair qui luit ainsi qu\u2019une pens\u00e9e naissante<br \/>\nTous les noms six par six les nombres un \u00e0 un<br \/>\nDes kilos de papier tordus comme des flammes<br \/>\nEt ceux-l\u00e0 qui sauront blanchir nos ossements<br \/>\nLes bons vers immortels qui s\u2019ennuient patiemment<br \/>\nDes arm\u00e9es rang\u00e9es en bataille<br \/>\nDes for\u00eats de crucifix et mes demeures lacustres<br \/>\nAu bord des yeux de celle que j\u2019aime tant<br \/>\nLes fleurs qui s\u2019\u00e9crient hors de bouches<br \/>\nEt tout ce que je ne sais pas dire<br \/>\nTout ce que je ne conna\u00eetrai jamais<br \/>\nTout cela tout cela chang\u00e9 en ce vin pur<\/p>\n<p>Dont Paris avait soif<br \/>\nMe fut alors pr\u00e9sent\u00e9<\/p>\n<p>Actions belles journ\u00e9es sommeils terribles<br \/>\nV\u00e9g\u00e9tation Accouplements musiques \u00e9ternelles<br \/>\nMouvements Adorations douleur divine<br \/>\nMondes qui vous ressemblez et qui nous ressemblez<br \/>\nje vous ai bu et ne fus pas d\u00e9salt\u00e9r\u00e9<\/p>\n<p>Mais je connus d\u00e8s lors quelle saveur a l\u2019univers<\/p>\n<p>Je suis ivre d\u2019avoir bu tout l\u2019univers<br \/>\nSur le quai d\u2019o\u00f9 je voyais l\u2019onde couler et dormir les b\u00e9landres<\/p>\n<p>\u00c9coutez-moi je suis le gosier de Paris<br \/>\nEt je boirai encore s\u2019il me pla\u00eet l\u2019univers<\/p>\n<p>\u00c9coutez mes chants d\u2019universelle ivrognerie<\/p>\n<p>Et la nuit de septembre s\u2019achevait lentement<br \/>\nLes feux rouges des ponts s\u2019\u00e9teignaient dans la Seine<br \/>\nLes \u00e9toiles mouraient le jour naissait \u00e0 peine<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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