{"id":16134,"date":"2025-05-18T23:47:49","date_gmt":"2025-05-18T21:47:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=16134"},"modified":"2025-05-18T23:47:49","modified_gmt":"2025-05-18T21:47:49","slug":"chant-deuxieme","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-deuxieme\/","title":{"rendered":"Chant deuxi\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p>Heureux qui dans le sein de ses dieux domestiques<br \/>\nSe d\u00e9robe au fracas des temp\u00eates publiques,<br \/>\nEt dans un doux abri trompant tous les regards,<br \/>\nCultive ses jardins, les vertus et les arts !<br \/>\nTel, quand des triumvirs la main ensanglant\u00e9e<br \/>\nDisputoit les lambeaux de Rome \u00e9pouvant\u00e9e,<br \/>\nVirgile, des partis laissant rouler les flots,<br \/>\nDu nom d\u2019Amaryllis enchantoit les \u00e9chos.<br \/>\nNul mortel n\u2019e\u00fbt os\u00e9, troublant de si doux charmes,<br \/>\nEntourer son r\u00e9duit du tumulte des armes ;<br \/>\nEt lorsque Rome, enfin lasse de tant d\u2019horreurs,<br \/>\nSous un r\u00e8gne plus doux oublioit ces fureurs,<br \/>\nS\u2019il vint redemander au ma\u00eetre de la terre<br \/>\nLe champ de ses ayeux que lui ravit la guerre,<br \/>\nBient\u00f4t on le revit, loin du bruit des palais,<br \/>\nFavori du dieu Pan, courtisan de Pal\u00e8s,<br \/>\nFouler, pr\u00e8s du beau lac o\u00f9 le cygne se joue,<br \/>\nLes pr\u00e9s alors si beaux de sa ch\u00e8re Mantoue.<br \/>\nL\u00e0, tranquille au milieu des vergers, des troupeaux,<br \/>\nSa bouche harmonieuse erroit sur ses pipeaux,<br \/>\nEt, ranimant le go\u00fbt des richesses rustiques,<br \/>\nChantoit aux fiers Romains ses douces g\u00e9orgiques.<br \/>\nComme lui je n\u2019eus point un champ de mes ayeux,<br \/>\nEt le peu que j\u2019avois je l\u2019abandonne aux dieux ;<br \/>\nMais comme lui, fuyant les discordes civiles,<br \/>\nJ\u2019\u00e9chappe dans les bois au tumulte des villes,<br \/>\nEt, content de former quelques rustiques sons,<br \/>\n\u00c0 nos cultivateurs je dicte des le\u00e7ons.<br \/>\nVous donc qui pr\u00e9tendiez, profanant ma retraite,<br \/>\nEn intrigant d\u2019\u00e9tat transformer un po\u00e8te,<br \/>\n\u00c9pargnez \u00e0 ma muse un regard indiscret ;<br \/>\nDe son heureux loisir respectez le secret.<br \/>\nAuguste triomphant pour Virgile fut juste ;<br \/>\nJ\u2019imitai le po\u00e8te, imitez donc Auguste,<br \/>\nEt laissez-moi, sans nom, sans fortune et sans fers,<br \/>\nR\u00eaver au bruit des eaux, de la lyre et des vers.<br \/>\nQuand des agriculteurs j\u2019enseigne l\u2019art utile,<br \/>\nJe ne viens plus, marchant sur les pas de Virgile,<br \/>\nR\u00e9p\u00e9ter aux Fran\u00e7ais les le\u00e7ons des Romains :<br \/>\nSans guide m\u2019\u00e9lan\u00e7ant par de nouveaux chemins,<br \/>\nJe vais orner de fleurs le soc de Triptol\u00e8me,<br \/>\nEt sur mon propre luth chanter un art que j\u2019aime.<br \/>\nJe ne prends pas non plus pour sujet de mes chants<br \/>\nLes vulgaires moyens qui f\u00e9condent les champs :<br \/>\nJe ne viens point ici vous dire sous quel signe<br \/>\nIl faut planter le cep et marier la vigne ;<br \/>\nQuel sol veut l\u2019olivier, dans quels heureux terrains<br \/>\nR\u00e9ussissent les fruits et prosp\u00e8rent les grains.<br \/>\nLa culture offre ici de plus brillans spectacles ;<br \/>\nAu lieu de ses travaux, je chante ses miracles,<br \/>\nSes plus nobles efforts, ses plus rares bienfaits.<br \/>\nF\u00e9conde en grands moyens, fertile en grands effets,<br \/>\nCe n\u2019est plus cette simple et rustique d\u00e9esse<br \/>\nQui suit ses vieilles lois ; c\u2019est une enchanteresse<br \/>\nQui, la baguette en main, par de hardis travaux,<br \/>\nFait na\u00eetre des aspects et des tr\u00e9sors nouveaux,<br \/>\nCompose un sol plus riche et des races plus belles,<br \/>\nFertilise les monts, dompte les rocs rebelles,<br \/>\nDirige dans leur cours les flots emprisonn\u00e9s,<br \/>\nFait commercer entr\u2019eux les fleuves \u00e9tonn\u00e9s,<br \/>\nTriomphe des climats, et sous ses mains f\u00e9condes<br \/>\nConfond les lieux, les temps, les saisons et les mondes.<br \/>\nQuand l\u2019homme cultiva pour la premi\u00e8re fois,<br \/>\nDe ce premier des arts il ignoroit les lois ;<br \/>\nSans distinguer le sol et les monts et les plaines,<br \/>\nSon imprudente main leur confia ses graines :<br \/>\nMais bient\u00f4t, plus instruit, il connut les terrains ;<br \/>\nChaque arbre eut sa patrie, et chaque sol ses grains.<br \/>\nVous, faites plus encore ; osez par la culture<br \/>\nCorriger le terrain et dompter la nature.<br \/>\nRival de Duhamel, surprenez ses secrets ;<br \/>\nConnoissez, employez l\u2019art f\u00e9cond des engrais.<br \/>\nPour fournir \u00e0 vos champs l\u2019aliment qu\u2019ils demandent,<br \/>\nLa castine, la chaux, la marne vous attendent.<br \/>\nQue la cendre tant\u00f4t, tant\u00f4t les vils d\u00e9bris<br \/>\nDes grains dont sous leurs toits vos pigeons sont nourris,<br \/>\nTant\u00f4t de vos troupeaux la liti\u00e8re f\u00e9conde,<br \/>\nChangent en sucs heureux un aliment immonde.<br \/>\nIci, pour r\u00e9parer la maigreur de vos champs,<br \/>\nM\u00ealez la grasse argile \u00e0 leurs sables tranchans :<br \/>\nAilleurs, pour diviser les terres limoneuses,<br \/>\nMariez \u00e0 leur sol les terres sablonneuses.<br \/>\nVous, dont le fol espoir, couvant un vain tr\u00e9sor,<br \/>\nD\u2019un st\u00e9rile travail croit voir sortir de l\u2019or,<br \/>\nD\u2019un chim\u00e9rique bien laissez l\u00e0 l\u2019imposture :<br \/>\nL\u2019or na\u00eet dans les sillons qu\u2019enrichit la culture ;<br \/>\nLa terre est le creuset qui m\u00fbrit vos travaux,<br \/>\nEt le soleil lui-m\u00eame \u00e9chauffe vos fourneaux.<br \/>\nLes voil\u00e0, les vrais biens, et la vraie alchimie.<br \/>\nJadis, heureux vainqueur d\u2019une terre ennemie,<br \/>\nUn vieillard avoit su de ses champs plus f\u00e9conds<br \/>\nVaincre l\u2019ingratitude et doubler les moissons.<br \/>\nIl avoit, devinant l\u2019art heureux d\u2019Angleterre,<br \/>\nP\u00e9tri, d\u00e9compos\u00e9, recompos\u00e9 la terre,<br \/>\nCr\u00e9\u00e9 des pr\u00e9s nouveaux ; et les riches sainfoins,<br \/>\nEt l\u2019herbe \u00e0 triple feuille, avoient pay\u00e9 ses soins.<br \/>\nIci des jeunes fleurs il doubloit la couronne,<br \/>\nL\u00e0 de fruits inconnus enrichissoit l\u2019automne.<br \/>\nNul repos pour ses champs, et la vari\u00e9t\u00e9,<br \/>\nSeule, les d\u00e9lassoit de leur f\u00e9condit\u00e9.<br \/>\nEnviant \u00e0 ses soins un si beau privil\u00e8ge,<br \/>\nUn voisin accusa son art de sortil\u00e8ge.<br \/>\nCit\u00e9 devant le juge, il \u00e9tale \u00e0 ses yeux<br \/>\nSa herse, ses r\u00e2teaux, ses bras laborieux ;<br \/>\nRaconte par quels soins son adresse f\u00e9conde<br \/>\nA su changer la terre, a su diriger l\u2019onde.<br \/>\nVoil\u00e0 mon sortil\u00e8ge et mes enchantemens,<br \/>\nLeur dit-il. Tout \u00e9clate en applaudissemens :<br \/>\nOn l\u2019absout ; et son art, doux charme de sa vie,<br \/>\nComme d\u2019un sol ingrat, triompha de l\u2019envie.<br \/>\nImitez son secret : que votre art souverain<br \/>\nCorrige la nature et change le terrain.<br \/>\nAugmentez, propagez les richesses rustiques,<br \/>\nEt joignez votre exemple aux usages antiques.<br \/>\nPourtant des nouveaut\u00e9s amant pr\u00e9somptueux,<br \/>\nN\u2019allez pas vous bercer d\u2019essais infructueux ;<br \/>\nGardez-vous d\u2019imiter ces docteurs t\u00e9m\u00e9raires,<br \/>\nHardis blasph\u00e9mateurs des travaux de leurs p\u00e8res.<br \/>\nLaissez l\u00e0 ces projets recueillis par Rozier,<br \/>\nBeaux dans le cabinet, f\u00e9conds sur le papier,<br \/>\nDes semeurs citadins l\u2019\u00e9l\u00e9gante m\u00e9thode,<br \/>\nLeurs modernes semoirs, leur charrue \u00e0 la mode,<br \/>\nLeur ferme en miniature, enfin tous les secrets<br \/>\nQu\u2019admire le mercure et que maudit C\u00e9r\u00e8s.<br \/>\nDes vieux cultivateurs respectant les pratiques,<br \/>\nLaissez \u00e0 ces docteurs leurs tr\u00e9teaux dogmatiques.<br \/>\nCependant n\u2019allez pas, trop superstitieux,<br \/>\nSuivre servilement les pas de vos ayeux ;<br \/>\nCr\u00e9ant \u00e0 l\u2019art des champs de nouvelles ressources,<br \/>\nTentez d\u2019autres chemins, ouvrez-vous d\u2019autres sources.<br \/>\nEh ! Qui sait quels succ\u00e8s attendent vos travaux ?<br \/>\nCombien l\u2019art parmi nous conquit de fruits nouveaux !<br \/>\nDans nos champs \u00e9tonn\u00e9s que de m\u00e9tamorphoses !<br \/>\nSur un simple buisson jadis naissoient les roses,<br \/>\nEt le pommier dans l\u2019air d\u00e9ployoit ses rameaux :<br \/>\nLe rosier maintenant, \u00f4 prodiges nouveaux !<br \/>\nEl\u00e8ve vers les cieux sa t\u00eate enorgueillie,<br \/>\nEt sur des arbres nains la pomme est recueillie.<br \/>\nQue de fleurs parmi nous, fi\u00e8res de leurs rayons,<br \/>\nOnt accru leurs honneurs et doubl\u00e9 leurs festons !<br \/>\nOsez plus : appelez les familles lointaines,<br \/>\nEt mariez leur race aux races indig\u00e8nes.<br \/>\nPourtant n\u2019imitez pas cet amateur fougueux<br \/>\nQui hait tous nos tr\u00e9sors : l\u2019arbre le plus pompeux<br \/>\nLui d\u00e9pla\u00eet s\u2019il n\u2019est pas nourrisson de l\u2019Afrique,<br \/>\nOu naturel de l\u2019Inde, ou colon d\u2019Am\u00e9rique.<br \/>\nAinsi, quand de Paris les inconstans d\u00e9go\u00fbts<br \/>\nDe Londres, sa rivale, adopt\u00e8rent les go\u00fbts,<br \/>\nLa sc\u00e8ne, les salons, et la cour et la ville,<br \/>\nTout paya son tribut \u00e0 cette humeur servile.<br \/>\nDevenus, d\u2019inventeurs, copistes mal-adroits,<br \/>\nNos arts d\u00e9pays\u00e9s m\u00e9connurent leurs droits.<br \/>\nSous de pesans jokeys nos chevaux halet\u00e8rent,<br \/>\nNos clubs de politique et de punch s\u2019enivr\u00e8rent,<br \/>\nVersailles s\u2019occupa de popularit\u00e9 ;<br \/>\nChacun eut ses wiskys, ses vapeurs et son th\u00e9.<br \/>\nMoi-m\u00eame, comparant le parc anglois au n\u00f4tre,<br \/>\nJ\u2019h\u00e9sitai, je l\u2019avoue, entre Kent et le Nostre ;<br \/>\nMais je permis l\u2019usage et proscrivis l\u2019exc\u00e8s.<br \/>\nSensible \u00e0 la beaut\u00e9 de nos arbres fran\u00e7ois,<br \/>\nLe bon cultivateur, malgr\u00e9 leurs vieilles formes,<br \/>\nN\u2019exclut point nos tilleuls, nos ch\u00eanes et nos ormes.<br \/>\nIl fuit des nouveaut\u00e9s les go\u00fbts extravagans :<br \/>\nMais si par un beau tronc, des rameaux \u00e9l\u00e9gans,<br \/>\nL\u2019arbre d\u2019un sol lointain offre un h\u00f4te agr\u00e9able,<br \/>\nNos arbres font accueil \u00e0 l\u2019\u00e9tranger aimable,<br \/>\nPlut\u00f4t pour ses appas que pour sa raret\u00e9 ;<br \/>\nIls lui font les honneurs de l\u2019hospitalit\u00e9,<br \/>\nEt si l\u2019utilit\u00e9 vient se joindre \u00e0 la gr\u00e2ce,<br \/>\nAux droits de citoyen ils admettent sa race.<br \/>\nTel des Alpes nous vint le cytise riant ;<br \/>\nAinsi pleure inclin\u00e9 le saule d\u2019Orient,<br \/>\nQue consacra l\u2019amour \u00e0 la m\u00e9lancolie ;<br \/>\nLe peuplier re\u00e7ut ses fr\u00e8res d\u2019Italie,<br \/>\nEt pour nous, fatigu\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir au turban,<br \/>\nLe c\u00e8dre imp\u00e9rial descendit du Liban.<br \/>\nVous dirai-je, \u00e0 l\u2019aspect de ces riches peuplades,<br \/>\nQuel charme embellira vos douces promenades ?<br \/>\nPar elles votre esprit parcourt tous les climats :<br \/>\nCes pins aux verts rameaux, amoureux des frimas,<br \/>\nNourrissons de l\u2019\u00e9cosse ou de la Virginie,<br \/>\nEt des deux continens heureuse colonie,<br \/>\nEn vous offrant les plants de deux mondes divers,<br \/>\nVous portent aux deux bouts de l\u2019immense univers.<br \/>\nLe thuya vous ram\u00e8ne aux plaines de la Chine.<br \/>\nL\u2019arbre heureux de Jud\u00e9e, \u00e0 la fleur purpurine,<br \/>\nSe montre-t-il \u00e0 vous ? Vous vous peignez soudain<br \/>\nLes bords religieux qu\u2019arrose le Jourdain.<br \/>\nVous parcourez des bords polic\u00e9s ou sauvages ;<br \/>\nVos plants sont des pays, vos pensers des voyages,<br \/>\nEt vous changez cent fois de climats et de lieux.<br \/>\nSoit donc que par les soins d\u2019un art industrieux<br \/>\nIl donne \u00e0 son pays des familles nouvelles,<br \/>\nSoit que par ses secours nos races soient plus belles,<br \/>\nHeureux l\u2019homme entour\u00e9 de ses nombreux sujets !<br \/>\nLe vulgaire n\u2019y voit que des arbres muets ;<br \/>\nVous, ce sont vos enfans : vous aidez leur foiblesse,<br \/>\nVous formez leurs beaux ans, vous soignez leur vieillesse ;<br \/>\nVous en \u00e9tudiez les diverses humeurs,<br \/>\nVous leur donnez des lois, vous leur donnez des m\u0153urs,<br \/>\nEt corrigeant leurs fruits, leurs fleurs et leur feuillage,<br \/>\nDe la cr\u00e9ation vous achevez l\u2019ouvrage.<br \/>\nDonnez les m\u00eames soins aux divers animaux :<br \/>\nQu\u2019ils soient par vous plus forts, mieux v\u00eatus et plus beaux !<br \/>\nSoignez bien les enfans, choisissez bien les m\u00e8res,<br \/>\nChangez ou maintenez les m\u0153urs h\u00e9r\u00e9ditaires.<br \/>\n\u00c0 ceux dont nos climats re\u00e7oivent les tributs<br \/>\nAjoutez, s\u2019il se peut, d\u2019\u00e9trang\u00e8res tribus.<br \/>\nMais toujours sur les lieux r\u00e9glez votre industrie.<br \/>\nNe contraignez jamais \u00e0 quitter leur patrie<br \/>\nCeux qui, f\u00e9conds ailleurs, semblent, pour vous punir,<br \/>\nRefuser de s\u2019aimer, refuser de s\u2019unir,<br \/>\nOu qui, d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant de leur antique race,<br \/>\nDe leurs traits primitifs perdent bient\u00f4t la trace.<br \/>\n\u00c0 cet oiseau parleur, que sa triste beaut\u00e9<br \/>\nNe d\u00e9dommage pas de sa captivit\u00e9,<br \/>\nJe pr\u00e9f\u00e8re celui qui, n\u00e9 dans nos campagnes,<br \/>\n\u00c0 son nid, ses amours, ses chants et ses compagnes.<br \/>\nEt qui ne conno\u00eet point le pouvoir des climats ?<br \/>\nLe tigre parmi nous ne se reproduit pas :<br \/>\nLe lion, dont le sang incessamment bouillonne,<br \/>\nD\u00e9daigne sous nos toits l\u2019amour de la lionne :<br \/>\nLes chiens de nos climats, sujets aux m\u00eames lois,<br \/>\nPerdent chez l\u2019africain et leur poil et leur voix ;<br \/>\nEt, sans lait pour son fils, la m\u00e8re europ\u00e9enne<br \/>\nLe remet dans l\u2019Asie \u00e0 la femme indienne.<br \/>\nFaites donc votre choix : ceux de qui les penchans<br \/>\nSe font \u00e0 votre ciel, se plaisent \u00e0 vos champs,<br \/>\nAdoptez-les. Ainsi des rochers de la Suisse<br \/>\nS\u2019unit \u00e0 nos taureaux la f\u00e9conde g\u00e9nisse,<br \/>\nEt, pendue aux buissons de ce coteau riant,<br \/>\nLa ch\u00e8vre aventuri\u00e8re a quitt\u00e9 l\u2019Orient.<br \/>\nL\u00e0 le b\u00e9lier anglois pa\u00eet la verte campagne ;<br \/>\nL\u00e0 la brebis d\u2019Afrique et le mouton d\u2019Espagne<br \/>\nDe leur belle toison tra\u00eenent le riche poids.<br \/>\nIci le coursier barbe est errant dans vos bois ;<br \/>\nL\u00e0 bondit d\u2019Albion la cavale superbe,<br \/>\nTandis que ses enfans qui fol\u00e2trent sur l\u2019herbe,<br \/>\nSe cherchant, se fuyant, se d\u00e9fiant entr\u2019eux,<br \/>\nDe leur course rivale entrelassent les jeux.<br \/>\nAspects d\u00e9licieux ! Perspectives charmantes !<br \/>\nQuelle sc\u00e8ne est \u00e9gale \u00e0 ces sc\u00e8nes mouvantes,<br \/>\n\u00c0 ces rians tableaux ? Oh ! De mes derniers jours<br \/>\nSi le ciel \u00e0 mon choix avoit laiss\u00e9 le cours,<br \/>\nOui, je l\u2019avoue, apr\u00e8s l\u2019aimable po\u00e9sie<br \/>\nL\u2019utile agriculture e\u00fbt exerc\u00e9 ma vie.<br \/>\nEst-il un soin plus doux ? Calme, mais occup\u00e9,<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 qu\u2019en ses d\u00e9sirs le sage est peu tromp\u00e9.<br \/>\nAutour de ses jardins, de ses flottantes gerbes,<br \/>\nDe ses riches vergers, de ses troupeaux superbes,<br \/>\nL\u2019espoir au front riant se prom\u00e8ne avec lui.<br \/>\nIl voit ses jeunes ceps embrasser leur appui :<br \/>\nSur le fruit qui m\u00fbrit, sur la fleur pr\u00e8s d\u2019\u00e9clore,<br \/>\nIl court interroger le lever de l\u2019aurore,<br \/>\nLes vapeurs du midi, les nuages du soir.<br \/>\nL\u2019inqui\u00e9tude m\u00eame assaisonne l\u2019espoir,<br \/>\nEt, toujours entour\u00e9 de dons ou de promesses,<br \/>\nIl s\u00e8me, attend, recueille ou compte ses richesses.<br \/>\nH\u00e9las ! Pour mes vieux jours j\u2019attendois ces plaisirs,<br \/>\nEt d\u00e9j\u00e0 l\u2019esp\u00e9rance, au gr\u00e9 de mes d\u00e9sirs,<br \/>\nDe mon domaine heureux m\u2019investissoit d\u2019avance.<br \/>\nJe ne poss\u00e9dois pas un h\u00e9ritage immense ;<br \/>\nMais j\u2019avois mon verger, mon bosquet, mon berceau.<br \/>\nDieux ! Dans quels frais sentiers serpentoit mon ruisseau !<br \/>\nCombien je ch\u00e9rissois mes fleurs et mon ombrage !<br \/>\nQuels gras troupeaux erroient dans mon gras p\u00e2turage !<br \/>\nTout rioit \u00e0 mes yeux ; mon esprit ne r\u00eavoit<br \/>\nQue des meules d\u2019\u00e9pis et des ruisseaux de lait.<br \/>\nTrop courte illusion ! D\u00e9lices chim\u00e9riques !<br \/>\nDe mon triste pays les troubles politiques<br \/>\nM\u2019ont laiss\u00e9 pour tout bien mes agrestes pipeaux.<br \/>\nAdieu mes fleurs ! Adieu mes fruits et mes troupeaux !<br \/>\nEh bien ! For\u00eats du Pinde, asiles frais et sombres,<br \/>\nRevenez, rendez-moi vos po\u00e9tiques ombres.<br \/>\nSi le sort m\u2019interdit les doux travaux des champs,<br \/>\nDu moins \u00e0 leurs bienfaits je consacre mes chants :<br \/>\nDes vergers, des gu\u00e9rets tous les dieux me secondent ;<br \/>\nLa colline m\u2019\u00e9coute, et les bois me r\u00e9pondent.<br \/>\nVous donc qui, comme moi, de ce bel art \u00e9pris,<br \/>\nVoulez \u00e0 vos rivaux en disputer le prix,<br \/>\nNe vous contentez pas d\u2019une facile gloire :<br \/>\nLes champs ont leurs combats, les champs ont leur victoire.<br \/>\nVoyez-vous, au midi, de ce sol montueux<br \/>\nLe soleil \u00e9chauffer les rocs infructueux ?<br \/>\nVenez, que tardez-vous ? Par un triomphe utile<br \/>\nChangez ce sol ingrat en un terrain fertile ;<br \/>\nEt pour planter le cep sur ces coteaux vaincus,<br \/>\nQue Mars pr\u00eate en riant ses foudres \u00e0 Bacchus !<br \/>\nDe ces appr\u00eats guerriers la montagne s\u2019\u00e9tonne :<br \/>\nLe feu court dans ses flancs ; ils s\u2019ouvrent ; le ciel tonne,<br \/>\nEt des rocs d\u00e9chir\u00e9s avec un long fracas<br \/>\nLes d\u00e9bris dispers\u00e9s s\u2019envolent en \u00e9clats.<br \/>\nLe pampre verdoyant aussit\u00f4t les remplace,<br \/>\nEt rit aux m\u00eames lieux que h\u00e9rissoit leur masse.<br \/>\nBient\u00f4t un doux nectar, par vos travaux acquis,<br \/>\nVous semble encor plus doux sur un terrain conquis ;<br \/>\nVos amis avec vous partagent la conqu\u00eate,<br \/>\nEt leur brillante orgie en c\u00e9l\u00e8bre la f\u00eate.<br \/>\nAilleurs c\u2019est un coteau dont le terrain mouvant,<br \/>\nEntra\u00een\u00e9 par les eaux, emport\u00e9 par le vent,<br \/>\nN\u2019offre \u00e0 l\u2019\u0153il attrist\u00e9 qu\u2019une st\u00e9rile ar\u00e8ne.<br \/>\nEh bien ! Ces lieux encor vous pa\u00eeront votre peine,<br \/>\nSi, d\u2019un sol indigent f\u00e9cond r\u00e9parateur,<br \/>\nDe son terrain nouveau votre art est cr\u00e9ateur.<br \/>\nAinsi, cette \u00eele alti\u00e8re, ouvrage d\u2019une autre \u00eele ;<br \/>\nCe rocher h\u00e9ro\u00efque, en hauts faits si fertile,<br \/>\nQui voit fumer de loin le sommet de l\u2019Etna,<br \/>\nMalte, emprunta son sol aux campagnes d\u2019Enna :<br \/>\nAinsi loin d\u2019elle encor la Sicile est f\u00e9conde.<br \/>\nLa terre de C\u00e9r\u00e8s, en voyageant sur l\u2019onde,<br \/>\nVint couvrir ces rochers ; et leur maigre terrain,<br \/>\nQui suffisoit \u00e0 peine \u00e0 l\u2019humble romarin,<br \/>\nVit na\u00eetre \u00e0 force d\u2019art, sur sa c\u00f4te br\u00fblante,<br \/>\nLe melon savoureux, la figue succulente,<br \/>\nEt ces raisins ambr\u00e9s qui parfument les airs,<br \/>\nEt l\u2019arbre aux pommes d\u2019or, aux rameaux toujours verts.<br \/>\nLes lauriers seuls sembloient y cro\u00eetre sans culture.<br \/>\nTh\u00e9tis avec plaisir r\u00e9fl\u00e9chit leur verdure,<br \/>\nEt ce roc, par l\u2019\u00e9t\u00e9 d\u00e9vor\u00e9 si long-temps,<br \/>\nEut enfin son automne et connut le printemps.<br \/>\nImitez, s\u2019il se peut, cette heureuse industrie.<br \/>\nLe terrain qu\u2019a perdu cette c\u00f4te appauvrie,<br \/>\nReprenez-le aux vallons ; que la f\u00e9condit\u00e9<br \/>\nVienne couvrir des rocs la triste nudit\u00e9.<br \/>\nMais quand l\u2019onde et les vents vont lui livrer la guerre,<br \/>\nQue partout d\u2019humbles murs soutiennent cette terre !<br \/>\n\u00d4 riant Gemenos ! \u00f4 vallon fortun\u00e9 !<br \/>\nTel j\u2019ai vu ton coteau, de pampres couronn\u00e9,<br \/>\nQue la figue ch\u00e9rit, que l\u2019olive idol\u00e2tre,<br \/>\nEtendre en verts gradins son riche amphith\u00e9\u00e2tre ;<br \/>\nEt la terre, par l\u2019homme apport\u00e9e \u00e0 grands frais,<br \/>\nD\u2019un sol enfant de l\u2019art \u00e9taler les bienfaits.<br \/>\nLieu charmant ! Trop heureux qui dans ta belle plaine,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019hiver indulgent atti\u00e9dit son haleine,<br \/>\nAu sein d\u2019un doux abri peut, sous ton ciel vermeil,<br \/>\nAvec tes orangers partager ton soleil,<br \/>\nRespirer leurs parfums, et, comme leur verdure,<br \/>\nM\u00eame au sein des frimas d\u00e9fier la froidure !<br \/>\nToutefois le bel art que c\u00e9l\u00e8brent mes chants<br \/>\nNe borne point sa gloire \u00e0 f\u00e9conder les champs.<br \/>\nIl sait, pour employer leurs richesses f\u00e9condes,<br \/>\nMettre \u00e0 profit les vents et les feux et les ondes,<br \/>\nDompter et fa\u00e7onner et le fer et l\u2019airain,<br \/>\nTransformer en tissus et la laine et le lin.<br \/>\nLoin de ces verts coteaux, de ces humbles campagnes,<br \/>\nVenez donc, suivez-moi vers ces \u00e2pres montagnes,<br \/>\nFormidables d\u00e9serts d\u2019o\u00f9 tombent les torrens,<br \/>\nO\u00f9 gronde le tonnerre, o\u00f9 mugissent les vents.<br \/>\nMonts o\u00f9 j\u2019ai tant r\u00eav\u00e9, pour qui, dans mon ivresse,<br \/>\nDes plus rians vallons j\u2019oubliois la mollesse,<br \/>\nNe pourrai-je encor voir vos rocs majestueux,<br \/>\nEntendre de vos flots le cours tumultueux ?<br \/>\nOh ! Qui m\u2019enfoncera sous vos portiques sombres,<br \/>\nDans vos sentiers noircis d\u2019imp\u00e9n\u00e9trables ombres ?<br \/>\nMais ce n\u2019est plus le temps : autrefois des beaux arts,<br \/>\nSur ces monts, sur ces rocs, j\u2019appelois les regards ;<br \/>\nC\u2019est au cultivateur qu\u2019aujourd\u2019hui je m\u2019adresse ;<br \/>\nJ\u2019invoque le besoin, le travail et l\u2019adresse.<br \/>\nJe leur dis : voyez-vous bondir ces flots errans ?<br \/>\nCourez, emparez-vous de ces fougueux torrens ;<br \/>\nGuidez dans des canaux leur onde apprivois\u00e9e.<br \/>\nQue, tant\u00f4t r\u00e9unie et tant\u00f4t divis\u00e9e,<br \/>\nElle tourne la roue, \u00e9l\u00e8ve les marteaux,<br \/>\nEt d\u00e9vide la soie, ou dompte les m\u00e9taux.<br \/>\nL\u00e0, docile ouvrier, le fier torrent fa\u00e7onne<br \/>\nLes toisons de Pal\u00e8s, les sabres de Bellone :<br \/>\nL\u00e0, plus prompt que l\u2019\u00e9clair, le flot lance les m\u00e2ts<br \/>\nDestin\u00e9s \u00e0 voguer vers de lointains climats :<br \/>\nL\u00e0 pour l\u2019art des Didot Annonay voit paro\u00eetre<br \/>\nLes feuilles o\u00f9 ces vers seront trac\u00e9s peut-\u00eatre.<br \/>\nTout vit, j\u2019entends partout retentir les \u00e9chos<br \/>\nDu bruit des ateliers, des forges et des flots.<br \/>\nLes rocs sont subjugu\u00e9s ; l\u2019homme est grand, l\u2019art sublime :<br \/>\nLa montagne s\u2019\u00e9gaie, et le d\u00e9sert s\u2019anime.<br \/>\nSachez aussi comment des fleuves, des ruisseaux<br \/>\nOn peut mettre \u00e0 profit les salutaires eaux ;<br \/>\nEt Pomone et Pal\u00e8s, et Flore et les Dryades,<br \/>\nDoivent leurs doux tr\u00e9sors \u00e0 l\u2019urne des Nayades,<br \/>\nSurtout dans les climats o\u00f9 l\u2019ardente saison<br \/>\nJusque dans sa racine attaque le gazon,<br \/>\nEt laisse \u00e0 peine au sein de la terre embras\u00e9e<br \/>\nTomber d\u2019un ciel avare une foible ros\u00e9e.<br \/>\nNon loin est un ruisseau ; mais de ce mont jaloux<br \/>\nLe rempart ennemi le s\u00e9pare de vous :<br \/>\nEh bien ! Osez tenter une grande conqu\u00eate.<br \/>\nVenez, de vos sapeurs d\u00e9j\u00e0 l\u2019arm\u00e9e est pr\u00eate.<br \/>\nSous leurs coups redoubl\u00e9s le mont c\u00e8de en croulant ;<br \/>\nLa brouette aux longs bras, qui g\u00e9mit en roulant,<br \/>\nQui, partout se frayant un facile passage,<br \/>\nSur son unique roue agilement voyage,<br \/>\nS\u2019emplissant, se vidant, allant, venant cent fois,<br \/>\nDes d\u00e9bris entass\u00e9s transporte au loin le poids.<br \/>\nEnfin le mont succombe ; il s\u2019ouvre, et sous sa voute<br \/>\nOuvre au ruisseau joyeux une facile route.<br \/>\nLa Nayade s\u2019\u00e9tonne, et, dans son lit nouveau,<br \/>\n\u00c0 ses brillans destins abandonne son eau.<br \/>\nIl vient, il se partage en fertiles rigoles ;<br \/>\nChacun de ses filets sont autant de Pactoles :<br \/>\nSur son passage heureux tout rena\u00eet, tout verdit.<br \/>\nDe ses \u00e9tats nouveaux son onde s\u2019applaudit,<br \/>\nEt, source de fra\u00eecheur, d\u2019abondance et de gloire,<br \/>\nVous paye en peu de temps les frais de la victoire.<br \/>\nDans les champs o\u00f9, plus pr\u00e8s de l\u2019astre ardent du jour,<br \/>\nAu sein de ses vallons Lima sent, tour \u00e0 tour<br \/>\nPar le vent de la mer, par celui des montagnes,<br \/>\nLe soir et le matin rafra\u00eechir ses campagnes,<br \/>\nAvec bien moins de frais et bien moins d\u2019art encor,<br \/>\nL\u2019homme sait des ruisseaux disposer le tr\u00e9sor,<br \/>\nEt, suivant qu\u2019il r\u00e9pand ou suspend leur largesse,<br \/>\nRetarde sa r\u00e9colte ou h\u00e2te sa richesse.<br \/>\nPr\u00e8s du fruit color\u00e9 la fleur s\u2019\u00e9panouit,<br \/>\nL\u2019arbre donne et promet, l\u2019homme esp\u00e8re et jouit.<br \/>\nL\u00e0 le cep ob\u00e9it au fer qui le fa\u00e7onne ;<br \/>\nIci de grappes d\u2019or la vigne se couronne ;<br \/>\nEt, sans que l\u2019eau du ciel lui dispense ses dons,<br \/>\nL\u2019homme au cours des ruisseaux asservit les saisons.<br \/>\nLieux charmans, o\u00f9 les cieux sont f\u00e9conds sans nuage,<br \/>\nEt qui ne doivent point leur richesse \u00e0 l\u2019orage !<br \/>\nTant l\u2019art a de pouvoir ! Tant l\u2019homme audacieux<br \/>\nSait vaincre la nature et corriger les cieux !<br \/>\nNe pouvez-vous encor de ces terres fangeuses<br \/>\nGuider dans des canaux les eaux mar\u00e9cageuses,<br \/>\nEt, donnant \u00e0 C\u00e9r\u00e8s des tr\u00e9sors impr\u00e9vus,<br \/>\nMontrer au ciel des champs qu\u2019il n\u2019avoit jamais vus ?<br \/>\nTant\u00f4t, coulant sans but, des sources vagabondes<br \/>\n\u00c0 leur libre penchant abandonnent leurs ondes,<br \/>\nEt suivent au hasard leur cours licencieux :<br \/>\nChangez en long canal ces flots capricieux.<br \/>\nBient\u00f4t vous allez voir mille barques agiles<br \/>\nDescendre, remonter sur ses ondes dociles.<br \/>\nAux cantons \u00e9trangers il porte vos tr\u00e9sors ;<br \/>\nDes fruits d\u2019un sol lointain il enrichit vos bords ;<br \/>\nPar lui les int\u00e9r\u00eats, les besoins se confondent,<br \/>\nTous les biens sont communs, tous les lieux se r\u00e9pondent,<br \/>\nEt l\u2019air, l\u2019onde et la terre en b\u00e9nissent l\u2019auteur.<br \/>\nRiquet de ce grand art atteignit la hauteur,<br \/>\nLorsqu\u2019\u00e0 ce grand travail du peuple monastique,<br \/>\nDont long-temps l\u2019ignorance honora Rome antique,<br \/>\nSon art joignit encor des prodiges nouveaux,<br \/>\nEt r\u00e9unit deux mers par ses hardis travaux.<br \/>\nNon, l\u2019\u00c9gypte et son lac, le Nil et ses merveilles<br \/>\nJamais de tels r\u00e9cits n\u2019ont frapp\u00e9 les oreilles.<br \/>\nL\u00e0, par un art magique, \u00e0 vos yeux sont offerts<br \/>\nDes fleuves sur des ponts, des vaisseaux dans les airs ;<br \/>\nDes chemins sous des monts, des rocs chang\u00e9s en vo\u00fbte,<br \/>\nO\u00f9 vingt fleuves, suivant leur t\u00e9n\u00e9breuse route,<br \/>\nDans de noirs souterrains conduisent les vaisseaux,<br \/>\nQui du noir Ach\u00e9ron semblent fendre les eaux ;<br \/>\nPuis, gagnant lentement l\u2019ouverture oppos\u00e9e,<br \/>\nD\u00e9couvrent tout \u00e0 coup un riant Elys\u00e9e,<br \/>\nDes vergers pleins de fruits et des pr\u00e9s pleins de fleurs,<br \/>\nEt d\u2019un bel horison les brillantes couleurs.<br \/>\nEn contemplant du mont la hauteur mena\u00e7ante,<br \/>\nLe fleuve quelque temps s\u2019arr\u00eate d\u2019\u00e9pouvante ;<br \/>\nMais, d\u2019espace en espace en tombant retenus,<br \/>\nAvec art applanis, avec art soutenus,<br \/>\nDu mont, dont la hauteur au vallon doit les rendre,<br \/>\nLes flots, de chute en chute, apprennent \u00e0 descendre ;<br \/>\nPuis, traversant en paix l\u2019\u00e9mail fleuri des pr\u00e9s,<br \/>\nConduisent \u00e0 la mer les vaisseaux rassur\u00e9s.<br \/>\nChef-d\u2019\u0153uvre qui vainquit les monts, les champs, les ondes,<br \/>\nEt joignit les deux mers qui joignent les deux mondes !<br \/>\nMais ces fleuves f\u00e9conds sont souvent destructeurs :<br \/>\nSachez donc r\u00e9primer ces flots d\u00e9vastateurs.<br \/>\nTout connut ce bel art, et l\u2019antiquit\u00e9 m\u00eame<br \/>\nEn pr\u00e9sente \u00e0 nos yeux l\u2019ing\u00e9nieux embl\u00e8me.<br \/>\nDu fabuleux Ovide \u00e9coutez le r\u00e9cit.<br \/>\nAch\u00e9lo\u00fcs, dit-il, \u00e9chapp\u00e9 de son lit,<br \/>\nEntra\u00eenoit les troupeaux dans ses eaux orageuses,<br \/>\nRouloit l\u2019or des moissons dans ses vagues fangeuses,<br \/>\nEmportoit les hameaux, d\u00e9peuploit les cit\u00e9s,<br \/>\nEt changeoit en d\u00e9serts les champs \u00e9pouvant\u00e9s.<br \/>\nSoudain Hercule arrive et veut dompter sa rage :<br \/>\nDans les flots \u00e9cumans il se jette \u00e0 la nage,<br \/>\nLes fend d\u2019un bras nerveux, appaise leurs bouillons,<br \/>\nEt ram\u00e8ne en leur lit leurs fougueux tourbillons.<br \/>\nDu fleuve subjugu\u00e9 l\u2019onde en courroux murmure :<br \/>\nAussit\u00f4t d\u2019un serpent il rev\u00eat la figure ;<br \/>\nIl siffle, il s\u2019enfle, il roule, il d\u00e9roule ses n\u0153uds,<br \/>\nEt de ses vastes plis bat ses bords sablonneux.<br \/>\n\u00c0 peine il l\u2019aper\u00e7oit, le vaillant fils d\u2019Alcm\u00e8ne<br \/>\nDe ses bras vigoureux le saisit et l\u2019encha\u00eene ;<br \/>\nIl le presse, il l\u2019\u00e9touffe, et de son corps mourant<br \/>\nLaisse le dernier pli sur l\u2019ar\u00e8ne expirant,<br \/>\nSe rel\u00e8ve en fureur, et lui dit : t\u00e9m\u00e9raire,<br \/>\nOsas-tu bien d\u2019Hercule affronter la col\u00e8re ?<br \/>\nEt ne savois-tu pas, qu\u2019en son berceau fameux<br \/>\nDes serpens \u00e9touff\u00e9s furent ses premiers jeux ?<br \/>\nEtonn\u00e9, furieux de sa double victoire,<br \/>\nLe fleuve de ses flots pr\u00e9tend venger la gloire,<br \/>\nIl fond sur son vainqueur. Ce n\u2019est plus un serpent,<br \/>\nEn replis onduleux sur le sable rampant ;<br \/>\nC\u2019est un taureau superbe, au front large et sauvage :<br \/>\nSes bonds imp\u00e9tueux d\u00e9chirent son rivage,<br \/>\nSa t\u00eate bat les vents, le feu sort de ses yeux ;<br \/>\nIl mugit et sa voix a fait trembler les cieux.<br \/>\nHercule, sans effroi, voit rena\u00eetre la guerre,<br \/>\nPart, vole, le saisit, le combat et l\u2019atterre,<br \/>\nL\u2019accable de son poids, presse de son genou<br \/>\nSa gorge haletante et son robuste cou ;<br \/>\nPuis, fier et triomphant de sa rage \u00e9touff\u00e9e,<br \/>\nArrache un de ses dards et s\u2019en fait un troph\u00e9e.<br \/>\nAussit\u00f4t les sylvains, les nymphes de ces bords,<br \/>\nDont il vengea l\u2019empire et sauva les tr\u00e9sors,<br \/>\nAu vainqueur qui repose apportent leurs offrandes,<br \/>\nL\u2019entourent de festons, le parent de guirlandes,<br \/>\nEt, dans la corne heureuse \u00e9panchant leurs faveurs,<br \/>\nLa remplissent de fruits, la couronnent de fleurs.<br \/>\nHeureuse fiction, aimable all\u00e9gorie,<br \/>\nDu peintre et du po\u00e8te \u00e9galement ch\u00e9rie !<br \/>\nEh ! Qui dans ce serpent, dans ces plis sinueux,<br \/>\nNe voit des flots errans les d\u00e9tours tortueux,<br \/>\nSoumettant \u00e0 nos lois leur fureur vagabonde ?<br \/>\nCe taureau qui mugit, c\u2019est la vague qui gronde :<br \/>\nCes deux cornes du fleuve expriment les deux bras ;<br \/>\nCelle qu\u2019arrache Alcide en ces fameux combats,<br \/>\nRiche des dons de Flore et des fruits de Pomone,<br \/>\nDe l\u2019homme, heureux vainqueur des eaux qu\u2019il emprisonne,<br \/>\nMarque la r\u00e9compense, et sous ces heureux traits<br \/>\nL\u2019abondance aux mortels verse encor ses bienfaits.<br \/>\nCe travail vous \u00e9tonne ? Eh ! Voyez le batave<br \/>\nDonner un frein puissant \u00e0 l\u2019oc\u00e9an esclave.<br \/>\nL\u00e0 le ch\u00eane, en son sein fix\u00e9 profond\u00e9ment,<br \/>\nPr\u00e9sente une barri\u00e8re au fougueux \u00e9l\u00e9ment.<br \/>\nS\u2019il n\u2019a plus ces rameaux et ces pompeux feuillages<br \/>\nQui paroient le printemps et bravoient les orages,<br \/>\nSa tige dans les mers soutient d\u2019autres assauts,<br \/>\nEt brise fi\u00e8rement la col\u00e8re des eaux.<br \/>\nL\u00e0 d\u2019un long mur de joncs l\u2019ondoyante souplesse,<br \/>\nPuissante par leur art, forte par sa foiblesse,<br \/>\nSur le bord qu\u2019il menace attend le flot grondant,<br \/>\nTrompe sa violence et r\u00e9siste en c\u00e9dant.<br \/>\nDe l\u00e0 ce sol conquis et ces plaines f\u00e9condes,<br \/>\nQue la terre \u00e9tonn\u00e9e a vu sortir des ondes ;<br \/>\nCes champs pleins de troupeaux, ces pr\u00e9s enfans de l\u2019art !<br \/>\nLe long des flots bruyans qui battent ce rempart,<br \/>\nLe voyageur, surpris, au-dessus de sa t\u00eate<br \/>\nEntend gronder la vague et mugir la temp\u00eate,<br \/>\nEt dans ce sol heureux, \u00e0 force de tourment,<br \/>\nLa nature est tout art, l\u2019art tout enchantement.<br \/>\nVous ne pouvez sans doute offrir ces grands spectacles ;<br \/>\nMais votre art plus born\u00e9 peut avoir ses miracles.<br \/>\nDonnez-lui donc l\u2019essor ; sachez par vos travaux<br \/>\nVaincre ou mettre \u00e0 profit le cours puissant des eaux.<br \/>\nTant\u00f4t \u00e0 votre sol l\u2019onde livrant la guerre<br \/>\nMord en secret ses bords, et d\u00e9vore sa terre :<br \/>\nTant\u00f4t par son penchant le courant entra\u00een\u00e9<br \/>\nVous livre, en s\u2019\u00e9loignant, son lit abandonn\u00e9 :<br \/>\nAilleurs, d\u2019un champ qu\u2019il ronge emportant ses ruines,<br \/>\nSes flots officieux vous c\u00e8dent leurs rapines.<br \/>\nRecevez leurs pr\u00e9sens, et, prot\u00e9geant leurs bords,<br \/>\nDe l\u2019onde usurpatrice arr\u00eatez les efforts,<br \/>\nEt gouvernant son cours rebelle ou volontaire,<br \/>\nTraitez-le comme esclave ou comme tributaire.<br \/>\nSouvent m\u00eame, dit-on, tout un fr\u00eale terrain<br \/>\nDe sa base d\u2019argile est d\u00e9tach\u00e9 soudain,<br \/>\nGlisse, vogue sur l\u2019onde, et, vers d\u2019autres rivages,<br \/>\nD\u2019un voisin \u00e9tonn\u00e9 va joindre l\u2019h\u00e9ritage.<br \/>\nLe nouveau possesseur, qu\u2019enrichissent ces eaux,<br \/>\nContemple \u00e0 son r\u00e9veil ses domaines nouveaux,<br \/>\nTandis qu\u2019\u00e0 l\u2019autre bord ses d\u00e9plorables ma\u00eetres<br \/>\nOnt vu s\u2019enfuir loin d\u2019eux les champs de leurs anc\u00eatres.<br \/>\nMuse, attendris tes sons, et chante la douleur<br \/>\nDe la belle \u00c9g\u00e9rie, heureuse en son malheur.<br \/>\nSous les monts de l\u2019\u00e9cosse, en un lac o\u00f9 des \u00eeles<br \/>\nPressent, dit-on, les flots de leurs masses mobiles,<br \/>\nSon p\u00e8re poss\u00e9doit un modique terrain,<br \/>\n\u00c9lev\u00e9 sur les eaux et flottant sur leur sein :<br \/>\nTelle, comme une fleur jet\u00e9e au sein de l\u2019onde,<br \/>\nCallimaque nous peint cette \u00eele vagabonde,<br \/>\nL\u2019asile de Latone et le berceau des dieux.<br \/>\nDu hasard et des flots travail capricieux,<br \/>\nCelle que je d\u00e9cris, des racines sauvages,<br \/>\nDes mousses, des rameaux enlac\u00e9s par les \u00e2ges,<br \/>\nSe forma lentement. Des feuillages fl\u00e9tris<br \/>\nL\u2019enrichissent encor de leurs f\u00e9conds d\u00e9bris,<br \/>\nEt les caps avanc\u00e9s, \u00e0 qui l\u2019eau fait la guerre,<br \/>\nDe leur lente ruine avoient accru sa terre.<br \/>\nAutour d\u2019elle flottoient des saules, des roseaux.<br \/>\nL\u00e0 n\u2019\u00e9toient point nourris de superbes troupeaux,<br \/>\nLa g\u00e9nisse f\u00e9conde et la brebis b\u00ealante.<br \/>\nQuelques chevreaux \u00e9pars, famille p\u00e9tulante,<br \/>\nSous les lois d\u2019\u00c9g\u00e9rie erroient seuls en ce lieu :<br \/>\nC\u2019\u00e9toit peu ; mais le pauvre est riche de si peu !<br \/>\nSouvent en l\u2019embrassant son respectable p\u00e8re<br \/>\nLui disoit : \u00f4 ma fille, image de ta m\u00e8re !<br \/>\nMon c\u0153ur se l\u2019est promis : cette \u00eele que tu vois,<br \/>\nC\u2019est ta dot ; ces chevreaux et ce pr\u00e9 sont \u00e0 toi.<br \/>\nMa\u00eetre, au bord oppos\u00e9, d\u2019un bois, d\u2019une prairie,<br \/>\nDolon depuis long-temps adoroit \u00c9g\u00e9rie.<br \/>\nTrop heureux si, troublant un bonheur aussi doux,<br \/>\nSon p\u00e8re n\u2019e\u00fbt d\u00e9j\u00e0 fait choix d\u2019un autre \u00e9poux !<br \/>\nToutefois de l\u2019amour l\u2019adresse industrieuse<br \/>\n\u00c0 les d\u00e9dommager \u00e9toit ing\u00e9nieuse.<br \/>\nLe lac plus d\u2019une fois sur ses flots complaisans<br \/>\nDu rivage oppos\u00e9 leur porta les pr\u00e9sens,<br \/>\nLes beaux fruits de Dolon, les fleurs de la berg\u00e8re.<br \/>\nSouvent l\u2019heureux Dolon sur sa barque l\u00e9g\u00e8re<br \/>\nVisitoit l\u2019\u00eele heureuse. On sait que de l\u2019amour<br \/>\nLes \u00eeles en tout temps sont le plus cher s\u00e9jour.<br \/>\nCelle-ci n\u2019\u00e9toit point la magique retraite<br \/>\nQue d\u2019Alcine ou d\u2019Armide enfanta la baguette ;<br \/>\nUn charme encor plus doux y fixoit ces amans :<br \/>\nSe voir, s\u2019aimer, voil\u00e0 leurs seuls enchantemens.<br \/>\nFalloit-il se quitter ? Condamn\u00e9s \u00e0 l\u2019absence,<br \/>\nEn perdant le plaisir ils gardoient l\u2019esp\u00e9rance.<br \/>\nEnfin le tendre amour, au gr\u00e9 de leur ardeur,<br \/>\nVoulut unir leur sort, comme il unit leur c\u0153ur.<br \/>\nParmi les d\u00e9it\u00e9s que r\u00e9v\u00e8rent ces ondes,<br \/>\nDoris fut la plus belle : en ses grottes profondes<br \/>\nLe lac n\u2019enferma point un plus rare tr\u00e9sor.<br \/>\nSous les flots azur\u00e9s brilloient ses tresses d\u2019or :<br \/>\nL\u2019eau s\u2019enorgueillissoit d\u2019une charge aussi belle,<br \/>\nLes flots plus mollement murmuroient autour d\u2019elle :<br \/>\nLes nymphes l\u2019admiroient. Le jeune Pal\u00e9mon<br \/>\nPour elle de sa trompe adoucissoit le son,<br \/>\nEt jamais chez Th\u00e9tis nymphe plus ravissante<br \/>\nNe re\u00e7ut les baisers de l\u2019onde caressante.<br \/>\n\u00c9ole l\u2019adoroit, et son fougueux amour<br \/>\nVainement l\u2019appeloit dans sa bruyante cour ;<br \/>\nLa nymphe refusoit les farouches hommages<br \/>\nD\u2019un dieu dont les soupirs ressemblent aux orages :<br \/>\nL\u2019amant le plus bruyant n\u2019est pas le plus aim\u00e9.<br \/>\nL\u2019amour vole \u00e0 ce dieu par lui-m\u00eame enflamm\u00e9.<br \/>\n\u00c9ole ! \u00e9coute-moi, lui dit-il. \u00c9g\u00e9rie<br \/>\nDu sensible Dolon d\u00e8s long-temps est ch\u00e9rie ;<br \/>\nSon p\u00e8re la destine aux v\u0153ux d\u2019un autre amant :<br \/>\nSeconde mes d\u00e9sirs pour ce couple charmant.<br \/>\nQue l\u2019\u00eele d\u2019\u00c9g\u00e9rie, au gr\u00e9 de la temp\u00eate,<br \/>\nVers les champs de Dolon vogue, aborde, et s\u2019arr\u00eate ;<br \/>\nQu\u2019alors tous deux unis ils se donnent leur foi :<br \/>\nJe le jure, \u00e0 ce prix Doris vivra pour toi.<br \/>\nMais ne l\u2019entra\u00eene point dans ta cour turbulente,<br \/>\nPermets-lui d\u2019habiter dans sa grotte charmante ;<br \/>\nEcarte de ses bords l\u2019aquilon furieux,<br \/>\nEt que les seuls z\u00e9phirs soupirent dans ces lieux !<br \/>\nL\u2019amour le veut ainsi ! Le dieu parle et s\u2019envole.<br \/>\nL\u2019espoir d\u2019un prix si doux flatte le c\u0153ur d\u2019\u00c9ole.<br \/>\nPour h\u00e2ter un bonheur de qui d\u00e9pend le sien,<br \/>\nIl veut de ces amans former l\u2019heureux lien.<br \/>\nUn jour (l\u2019\u00eele ce jour ne les vit point ensemble),<br \/>\nSoudain l\u2019air a mugi, l\u2019onde cro\u00eet, l\u2019\u00eele tremble,<br \/>\nLes flots tumultueux rugissent \u00e0 l\u2019entour :<br \/>\nRien n\u2019\u00e9gale un orage excit\u00e9 par l\u2019amour.<br \/>\nL\u2019\u00eele c\u00e8de, \u00c9g\u00e9rie est en pleurs sur la rive.<br \/>\nElle rappelle en vain son \u00eele fugitive,<br \/>\nH\u00e9las ! Et son amour, injuste un seul moment,<br \/>\nCraint, en perdant sa dot, de perdre son amant.<br \/>\nFille aimable, bannis une crainte importune !<br \/>\nL\u2019aveugle amour est cher \u00e0 l\u2019aveugle fortune,<br \/>\nEt tous deux de ton \u00eele ils dirigent le cours.<br \/>\nLe terrain vagabond, apr\u00e8s de longs d\u00e9tours,<br \/>\nSe rapproche des lieux o\u00f9, seul sur le rivage,<br \/>\nDolon, triste et pensif, entend gronder l\u2019orage.<br \/>\nIl regarde, il s\u2019\u00e9tonne, il observe long-temps<br \/>\nCette \u00eele voyageuse et ces arbres flottans,<br \/>\nQuand soudain \u00e0 ses yeux, quelle surprise extr\u00eame !<br \/>\nLa terre, en approchant, montre l\u2019\u00eele qu\u2019il aime.<br \/>\nIl tremble : il craint pour elle une vague, un \u00e9cueil ;<br \/>\nIl la suit sur les eaux, il la conduit de l\u2019\u0153il.<br \/>\nL\u2019\u00eele long-temps encor flotte au gr\u00e9 de l\u2019orage ;<br \/>\nLa vague enfin la pousse et l\u2019applique au rivage.<br \/>\nDolon court, Dolon vole : il parcourt ces beaux lieux<br \/>\nSi ch\u00e9ris de son c\u0153ur, si connus \u00e0 ses yeux ;<br \/>\nIl cherche le bosquet, il cherche la cabane,<br \/>\nO\u00f9 leurs discrets amours fuyoient un \u0153il profane.<br \/>\nLes flots imp\u00e9tueux auront-ils respect\u00e9<br \/>\nLes fleurs qu\u2019elle arrosoit, l\u2019arbre qu\u2019elle a plant\u00e9 ?<br \/>\nTrouvera-t-il encor sur l\u2019\u00e9corce l\u00e9g\u00e8re<br \/>\nDe leurs chiffres unis le tendre caract\u00e8re ?<br \/>\nTout l\u2019\u00e9meut, tout occupe et son \u00e2me et ses yeux :<br \/>\nD\u2019un c\u0153ur moins effray\u00e9, d\u2019un \u0153il moins curieux,<br \/>\nUn tendre ami parcourt l\u2019air, les traits, le visage<br \/>\nD\u2019un ami que les flots jet\u00e8rent au rivage.<br \/>\n\u00c0 peine cependant le calme a reparu,<br \/>\nDolon revole aux lieux d\u2019o\u00f9 l\u2019\u00eele a disparu.<br \/>\nIl suit sa course, il vogue ; il arrive \u00e0 la plage<br \/>\nO\u00f9 la belle \u00c9g\u00e9rie, en pleurs sur le rivage,<br \/>\nCherchoit encor de l\u2019\u0153il, plus belle en sa douleur,<br \/>\nL\u2019\u00eele qui fut sa dot, et qui fait son malheur.<br \/>\nIl embrasse en pleurant son v\u00e9n\u00e9rable p\u00e8re ;<br \/>\nIl tombe en suppliant aux genoux de sa m\u00e8re :<br \/>\nLe destin, leur dit-il, vous a ravi vos biens,<br \/>\nMais en vous les \u00f4tant il vous donna les miens ;<br \/>\nIls sont \u00e0 vous, venez. Il dit, l\u2019onde les m\u00e8ne<br \/>\nAu rivage o\u00f9 leur \u00eele est jointe \u00e0 son domaine.<br \/>\nLe changement d\u2019abord leur d\u00e9guise les lieux ;<br \/>\nMais d\u2019\u00c9g\u00e9rie \u00e0 peine ils ont frapp\u00e9 les yeux,<br \/>\nAh ! La voil\u00e0, dit-elle. Oui, la voil\u00e0, s\u2019\u00e9crie<br \/>\nLe sensible Dolon, ton \u00eele tant ch\u00e9rie !<br \/>\nTon malheur fut cruel, mon bonheur est plus grand !<br \/>\nL\u2019orage te l\u2019\u00f4ta, mon amour te la rend.<br \/>\nVers ce rivage ami les dieux l\u2019ont amen\u00e9e :<br \/>\nQu\u2019ainsi puisse nous joindre un heureux hym\u00e9n\u00e9e !<br \/>\nIl dit ; la m\u00e8re pleure et le p\u00e8re consent,<br \/>\nEt la belle \u00c9g\u00e9rie accepte en rougissant.<br \/>\nEt cependant il veut que cette \u00eele si ch\u00e8re<br \/>\nReprenne sa parure et sa forme premi\u00e8re.<br \/>\nUn pont joint \u00e0 ses bords ce fortun\u00e9 s\u00e9jour,<br \/>\nSacr\u00e9 par le malheur, plus sacr\u00e9 par l\u2019amour ;<br \/>\nMais son art l\u2019affermit, et l\u2019onde mugissante<br \/>\nVient briser sur ses bords sa col\u00e8re impuissante.<br \/>\nAinsi cette \u00eele errante eut un frein dans les flots,<br \/>\nLe bonheur un asile, et l\u2019amour sa D\u00e9los.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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