{"id":16133,"date":"2025-05-18T23:47:49","date_gmt":"2025-05-18T21:47:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=16133"},"modified":"2025-05-18T23:47:49","modified_gmt":"2025-05-18T21:47:49","slug":"chant-premier-2","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-premier-2\/","title":{"rendered":"Chant premier"},"content":{"rendered":"<p>Boileau jadis a pu, d\u2019une imposante voix,<br \/>\nDicter de l\u2019art des vers les rigoureuses lois ;<br \/>\nLe chantre de Mantoue a pu des champs dociles<br \/>\nH\u00e2ter les dons tardifs par des le\u00e7ons utiles :<br \/>\nMais quoi ! L\u2019art de jouir, et de jouir des champs,<br \/>\nSe peut-il enseigner ? Non sans doute, et mes chants,<br \/>\nDes aust\u00e8res le\u00e7ons fuyant le ton sauvage,<br \/>\nViennent de la nature offrir la douce image,<br \/>\nInviter les mortels \u00e0 s\u2019en laisser charmer :<br \/>\nApprendre \u00e0 la bien voir, c\u2019est apprendre \u00e0 l\u2019aimer.<br \/>\nInspirez donc mes vers, lieux charmans, doux asiles,<br \/>\nO\u00f9 la vie est plus pure, o\u00f9 les c\u0153urs, plus tranquilles,<br \/>\nNe se reprochent point le plaisir qu\u2019ils ont eu !<br \/>\nQui fait aimer les champs, fait aimer la vertu :<br \/>\nCe sont les vrais plaisirs, les vrais biens que je chante.<br \/>\nMais peu savent go\u00fbter leur volupt\u00e9 touchante :<br \/>\nPour les bien savourer, c\u2019est trop peu que des sens ;<br \/>\nIl faut une ame pure et des go\u00fbts innocens.<br \/>\nToutefois n\u2019allons pas, d\u00e9clamateurs st\u00e9riles,<br \/>\nAffliger de conseils tristement inutiles<br \/>\nNos riches d\u2019autrefois, nos pauvres Lucullus,<br \/>\nErrans sur les d\u00e9bris d\u2019un luxe qui n\u2019est plus :<br \/>\nOn a trop parmi nous r\u00e9form\u00e9 l\u2019opulence !<br \/>\nMais je ne parle pas seulement \u00e0 la France ;<br \/>\nAinsi que tous les temps, j\u2019embrasse tous les lieux.<br \/>\nO vous qui dans les champs pr\u00e9tendez vivre heureux,<br \/>\nN\u2019offrez qu\u2019un encens pur aux d\u00e9it\u00e9s champ\u00eatres.<br \/>\nH\u00e9ritier corrompu de ses simples anc\u00eatres,<br \/>\nCe riche qui, d\u2019avance usant tous ses plaisirs,<br \/>\nAinsi que son argent tourmente ses d\u00e9sirs,<br \/>\nS\u2019\u00e9crie \u00e0 son lever : \u00ab Que la ville m\u2019ennuie !<br \/>\nVolons aux champs ; c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on jouit de la vie,<br \/>\nQu\u2019on est heureux. \u00bb Il part, vole, arrive ; l\u2019ennui<br \/>\nLe re\u00e7oit \u00e0 la grille, et se tra\u00eene avec lui.<br \/>\nA peine il a de l\u2019\u0153il parcouru son parterre,<br \/>\nEt son nouveau kiosk, et sa nouvelle serre ;<br \/>\nLes relais sont mand\u00e9s : lass\u00e9 de son ch\u00e2teau,<br \/>\nIl part, et court b\u00e2iller \u00e0 l\u2019op\u00e9ra nouveau.<br \/>\nAinsi, changeant toujours de d\u00e9go\u00fbts et d\u2019asile,<br \/>\nIl accuse les champs, il accuse la ville ;<br \/>\nTous deux sont innocens, le tort est \u00e0 son c\u0153ur :<br \/>\nUn vase impur aigrit la plus douce liqueur.<br \/>\nLe doux plaisir des champs fuit une pompe vaine :<br \/>\nL\u2019orgueil produit le faste, et le faste la g\u00eane.<br \/>\nTel est l\u2019homme ; il corrompt et d\u00e9nature tout.<br \/>\nQu\u2019au milieu des cit\u00e9s son superbe d\u00e9go\u00fbt<br \/>\nAit transport\u00e9 les bois, les fleurs et la verdure ;<br \/>\nJe lui pardonne encor : j\u2019aime \u00e0 voir la nature,<br \/>\nToujours chass\u00e9e en vain, vengeant toujours ses droits,<br \/>\nRentrer \u00e0 force d\u2019art chez les grands et les rois.<br \/>\nMais je vois en piti\u00e9 le Cr\u00e9sus imb\u00e9cille<br \/>\nQui jusque dans les champs me transporte la ville :<br \/>\nAvec pompe on le couche, on l\u2019habille, on le sert ;<br \/>\nEt Mondor au village est \u00e0 son grand couvert.<br \/>\nBien plus \u00e0 plaindre encor les jeunes t\u00e9m\u00e9raires<br \/>\nQui, lass\u00e9s tout \u00e0 coup du manoir de leurs p\u00e8res,<br \/>\nVont sur le grand th\u00e9\u00e2tre, ennuy\u00e9s \u00e0 grands frais,<br \/>\nTransporter leurs champarts, leurs moulins, leurs for\u00eats ;<br \/>\nDes puissances du jour assi\u00e9gent la demeure,<br \/>\nPour qu\u2019un regard distrait en passant les effleure,<br \/>\nOu que par l\u2019homme en place un mot dit de c\u00f4t\u00e9<br \/>\nD\u2019un faux air de cr\u00e9dit flatte leur vanit\u00e9.<br \/>\nMalheureux qui bient\u00f4t reviendront, moins superbes,<br \/>\nEt vendanger leur vigne et recueillir leurs gerbes,<br \/>\nEt sauront qu\u2019il vaut mieux, sous leurs humbles lambris,<br \/>\nVivre heureux au hameau qu\u2019intrigant \u00e0 Paris.<br \/>\nEt vous qui de la cour affrontez les temp\u00eates,<br \/>\nQu\u2019ont de commun les champs et le trouble o\u00f9 vous \u00eates ?<br \/>\nVous y paroissez peu ; c\u2019est un g\u00eete \u00e9tranger,<br \/>\nDe votre inqui\u00e9tude hospice passager.<br \/>\nQu\u2019un jour vous g\u00e9mirez de vos erreurs cruelles !<br \/>\nLes flatteurs sont ingrats : vos arbres sont fid\u00e8les,<br \/>\nSont des h\u00f4tes plus s\u00fbrs, de plus discrets amis,<br \/>\nEt tiennent beaucoup mieux tout ce qu\u2019ils ont promis.<br \/>\nD\u00e9sertant des cit\u00e9s la foule solitaire,<br \/>\nD\u2019avance venez donc apprendre \u00e0 vous y plaire.<br \/>\nCultivez vos jardins, volez quelques instans<br \/>\nAux projets des cit\u00e9s, pour vos projets des champs ;<br \/>\nEt si vous n\u2019aimez point la campagne en vrai sage,<br \/>\nLa vanit\u00e9 du moins ch\u00e9rira son ouvrage.<br \/>\nCependant, pour charmer ces champ\u00eatres loisirs,<br \/>\nLa plus belle retraite a besoin de plaisirs.<br \/>\nChoisissons ; mais d\u2019abord n\u2019ayons pas la folie<br \/>\nDe transporter aux champs Melpom\u00e8ne et Thalie :<br \/>\nNon qu\u2019au s\u00e9jour des grands j\u2019interdise ces jeux,<br \/>\nCette pompe convient \u00e0 leurs ch\u00e2teaux pompeux ;<br \/>\nMais sous nos humbles toits ces sc\u00e8nes th\u00e9\u00e2trales<br \/>\nG\u00e2tent le doux plaisir des sc\u00e8nes pastorales.<br \/>\nAvec l\u2019art des cit\u00e9s arrive leur vain bruit ;<br \/>\nL\u2019\u00e9talage se montre, et la ga\u00eet\u00e9 s\u2019enfuit.<br \/>\nPuis, quelquefois les m\u0153urs se sentent des coulisses,<br \/>\nEt souvent le boudoir y choisit ses actrices.<br \/>\nJoignez-y ce tracas de sotte vanit\u00e9,<br \/>\nEt les haines naissant de la rivalit\u00e9 :<br \/>\nC\u2019est \u00e0 qui sera jeune, amant, prince ou princesse ;<br \/>\nEt la troupe est souvent un beau sujet de pi\u00e8ce.<br \/>\nVous dirai-je l\u2019oubli de soins plus importans,<br \/>\nLes devoirs immol\u00e9s \u00e0 de vains passe-temps ?<br \/>\nTel n\u00e9glige ses fils pour mieux jouer les p\u00e8res ;<br \/>\nJe vois une M\u00e9rope, et ne vois point de m\u00e8res :<br \/>\nL\u2019homme fait place au mime, et le sage au bouffon.<br \/>\nN\u00e9ron, bourreau de Rome, en \u00e9toit l\u2019histrion :<br \/>\nTant l\u2019homme se corrompt alors qu\u2019il se d\u00e9place !<br \/>\nLaissez donc \u00e0 Mol\u00e9, cet acteur plein de gr\u00e2ce,<br \/>\nAux Fleuris, aux Sainvals, ces artistes ch\u00e9ris,<br \/>\nL\u2019art d\u2019embellir la sc\u00e8ne et de charmer Paris ;<br \/>\nCharmer est leur devoir : vous, pour qu\u2019on vous estime,<br \/>\nSoyez l\u2019homme des champs ; votre r\u00f4le est sublime.<br \/>\nEt quel charme touchant ne promettent-ils pas<br \/>\nA des yeux exerc\u00e9s, \u00e0 des sens d\u00e9licats !<br \/>\nInsensible habitant des champ\u00eatres demeures,<br \/>\nSans distinguer les lieux, les saisons et les heures,<br \/>\nLe vulgaire au hasard jouit de leur beaut\u00e9 :<br \/>\nLe sage veut choisir. Tant\u00f4t la nouveaut\u00e9<br \/>\nEmbellit les objets ; tant\u00f4t leur d\u00e9clin m\u00eame<br \/>\nAux objets fugitifs pr\u00eate un charme qu\u2019on aime :<br \/>\nLe c\u0153ur vole au plaisir que l\u2019instant a produit,<br \/>\nEt cherche \u00e0 retenir le plaisir qui s\u2019enfuit.<br \/>\nAinsi l\u2019ame jouit, soit qu\u2019une fra\u00eeche aurore<br \/>\nDonne la vie aux fleurs qui s\u2019empressent d\u2019\u00e9clore,<br \/>\nSoit que l\u2019astre du monde, en achevant son tour,<br \/>\nJette languissamment les restes d\u2019un beau jour.<br \/>\nTel, quand des fiers combats Hom\u00e8re se repose,<br \/>\nIl aime \u00e0 colorer l\u2019aurore aux doigts de rose :<br \/>\nTel le brillant Lorrain, de son pinceau touchant,<br \/>\nSouvent dore un beau ciel des rayons du couchant.<br \/>\nEtudiez aussi les momens de l\u2019ann\u00e9e :<br \/>\nL\u2019ann\u00e9e a son aurore, ainsi que la journ\u00e9e.<br \/>\nAh ! Malheureux qui perd un spectacle si beau !<br \/>\nLe jeune papillon, \u00e9chapp\u00e9 du tombeau,<br \/>\nQui sur les fruits naissans, qui sur les fleurs nouvelles,<br \/>\nS\u2019envole frais, brillant, \u00e9panoui comme elles,<br \/>\nJouit moins au sortir de sa triste prison,<br \/>\nQue le sage au retour de la belle saison.<br \/>\nAdieu des paravents l\u2019ennuyeuse cl\u00f4ture,<br \/>\nAdieu livres poudreux, adieu froide lecture !<br \/>\nDu grand livre des champs les tr\u00e9sors sont ouverts :<br \/>\nPartons, que les beaux lieux me rendent les beaux vers !<br \/>\nSi des beaux jours naissans on ch\u00e9rit les pr\u00e9mices,<br \/>\nLes beaux jours expirans ont aussi leurs d\u00e9lices ;<br \/>\nDans l\u2019automne, ces bois, ces soleils p\u00e2lissans,<br \/>\nInt\u00e9ressent notre ame, en attristant nos sens :<br \/>\nLe printemps nous inspire une aimable folie ;<br \/>\nL\u2019automne, les douceurs de la m\u00e9lancolie.<br \/>\nOn revoit les beaux jours avec ce vif transport<br \/>\nQu\u2019inspire un tendre ami dont on pleuroit la mort :<br \/>\nLeur d\u00e9part, quoique triste, \u00e0 jouir nous invite ;<br \/>\nCe sont les doux adieux d\u2019un ami qui nous quitte ;<br \/>\nChaque instant qu\u2019il accorde on aime \u00e0 le saisir,<br \/>\nEt le regret lui-m\u00eame augmente le plaisir.<br \/>\nMajestueux \u00e9t\u00e9, pardonne \u00e0 mon silence !<br \/>\nJ\u2019admire ton \u00e9clat, mais crains ta violence,<br \/>\nEt je n\u2019aime \u00e0 te voir qu\u2019en de plus doux instans,<br \/>\nAvec l\u2019air de l\u2019automne, ou les traits du printemps.<br \/>\nQue dis-je ? Ah ! Si tes jours fatiguent la nature,<br \/>\nQue tes nuits ont de charme, et quelle fra\u00eecheur pure<br \/>\nVient remplacer des cieux le br\u00fblant appareil !<br \/>\nCombien l\u2019\u0153il, fatigu\u00e9 des pompes du soleil,<br \/>\nAime \u00e0 voir de la nuit la modeste courri\u00e8re<br \/>\nRev\u00eatir mollement de sa p\u00e2le lumi\u00e8re,<br \/>\nEt le sein des vallons, et le front des coteaux ;<br \/>\nSe glisser dans les bois, et trembler dans les eaux !<br \/>\nL\u2019hiver, je l\u2019avo\u00fbrai, je suis l\u2019ami des villes :<br \/>\nL\u00e0 des charmes ravis aux campagnes fertiles,<br \/>\nGr\u00e2ce au pinceau flatteur, aux sons harmonieux,<br \/>\nL\u2019image frappe encor mon oreille et mes yeux ;<br \/>\nEt j\u2019aime \u00e0 comparer, dans ce portrait fid\u00e8le,<br \/>\nLe peintre \u00e0 la nature et l\u2019image au mod\u00e8le.<br \/>\nSi pourtant dans les champs l\u2019hiver retient mes pas,<br \/>\nL\u2019hiver a ses beaut\u00e9s. Que j\u2019aime et des frimats<br \/>\nL\u2019\u00e9clatante blancheur, et la glace brillante,<br \/>\nEn lustres azur\u00e9s \u00e0 ces roches pendante !<br \/>\nEt quel plaisir encor, lorsqu\u2019\u00e9chapp\u00e9 dans l\u2019air<br \/>\nUn rayon du printemps vient embellir l\u2019hiver,<br \/>\nEt, tel qu\u2019un doux souris qui na\u00eet parmi des larmes,<br \/>\nA la campagne en deuil rend un moment ses charmes !<br \/>\nQu\u2019on go\u00fbte avec transport cette faveur des cieux !<br \/>\nQuel beau jour peut valoir ce rayon pr\u00e9cieux,<br \/>\nQui, du moins un moment, console la nature !<br \/>\nEt si mon \u0153il rencontre un reste de verdure<br \/>\nDans les champs d\u00e9pouill\u00e9s, combien j\u2019aime \u00e0 le voir !<br \/>\nAux plus doux souvenirs il m\u00eale un doux espoir,<br \/>\nEt je jouis, malgr\u00e9 la froidure cruelle,<br \/>\nDes beaux jours qu\u2019il promet, des beaux jours qu\u2019il rappelle.<br \/>\nLe ciel devient-il sombre ? Eh bien ! Dans ce salon,<br \/>\nPr\u00e8s d\u2019un ch\u00eane br\u00fblant, j\u2019insulte \u00e0 l\u2019aquilon.<br \/>\nDans cette chaude enceinte, avec go\u00fbt \u00e9clair\u00e9e,<br \/>\nMille doux passe-temps abr\u00e8gent la soir\u00e9e.<br \/>\nJ\u2019entends ce jeu bruyant o\u00f9, le cornet en main,<br \/>\nL\u2019adroit joueur calcule un hasard incertain.<br \/>\nChacun sur le damier fixe, d\u2019un \u0153il avide,<br \/>\nLes cases, les couleurs, et le plein et le vide :<br \/>\nLes disques noirs et blancs volent du blanc au noir ;<br \/>\nLeur pile cro\u00eet, d\u00e9cro\u00eet. Par la crainte et l\u2019espoir<br \/>\nBattu, chass\u00e9, repris, de sa prison sonore<br \/>\nLe dez avec fracas part, rentre, part encore ;<br \/>\nIl court, roule, s\u2019abat : le nombre a prononc\u00e9.<br \/>\nPlus loin, dans ses calculs gravement enfonc\u00e9,<br \/>\nUn couple s\u00e9rieux qu\u2019avec fureur poss\u00e8de<br \/>\nL\u2019amour du jeu r\u00eaveur qu\u2019inventa Palam\u00e8de,<br \/>\nSur des carr\u00e9s \u00e9gaux, diff\u00e9rens de couleur,<br \/>\nCombattant sans danger, mais non pas sans chaleur,<br \/>\nPar cent d\u00e9tours savans conduit \u00e0 la victoire<br \/>\nSes bataillons d\u2019\u00e9b\u00e8ne et ses soldats d\u2019ivoire.<br \/>\nLong-temps des camps rivaux le succ\u00e8s est \u00e9gal :<br \/>\nEnfin l\u2019heureux vainqueur donne l\u2019\u00e9chec fatal,<br \/>\nSe l\u00e8ve, et du vaincu proclame la d\u00e9faite.<br \/>\nL\u2019autre reste atterr\u00e9 dans sa douleur muette,<br \/>\nEt, du terrible mat \u00e0 regret convaincu,<br \/>\nRegarde encor long-temps le coup qui l\u2019a vaincu.<br \/>\nAilleurs c\u2019est le piquet des graves douairi\u00e8res,<br \/>\nLe lotto du grand-oncle, et le wisk des grand-p\u00e8res.<br \/>\nL\u00e0, sur un tapis vert, un essaim \u00e9tourdi<br \/>\nPousse contre l\u2019ivoire un ivoire arrondi ;<br \/>\nLa blouse le re\u00e7oit. Mais l\u2019heure de la table<br \/>\nD\u00e9sarme les joueurs ; un flacon d\u00e9lectable<br \/>\nVerse avec son nectar les aimables propos,<br \/>\nEt, comme son bouchon, fait partir les bons mots.<br \/>\nOn se l\u00e8ve, on reprend sa lecture ordinaire,<br \/>\nOn relit tout Racine, on choisit dans Voltaire.<br \/>\nTant\u00f4t un bon roman charme le coin du feu :<br \/>\nH\u00e9las ! Et quelquefois un bel esprit du lieu<br \/>\nTire un tra\u00eetre papier ; il lit, l\u2019ennui circule.<br \/>\nL\u2019un admire en b\u00e2illant l\u2019assommant opuscule,<br \/>\nEt d\u2019un sommeil bien franc l\u2019autre dormant tout haut<br \/>\nAux battemens de mains se r\u00e9veille en sursaut.<br \/>\nOn rit ; on se remet de la triste lecture ;<br \/>\nOn tourne un madrigal, on conte une aventure.<br \/>\nLe lendemain promet des plaisirs non moins doux,<br \/>\nEt la ga\u00eet\u00e9 revient, exacte au rendez-vous.<br \/>\nAinsi dans l\u2019hiver m\u00eame on conno\u00eet l\u2019all\u00e9gresse.<br \/>\nCe n\u2019est plus ce dieu sombre, amant de la tristesse ;<br \/>\nC\u2019est un riant vieillard, qui sous le faix des ans<br \/>\nConno\u00eet encor la joie, et pla\u00eet en cheveux blancs.<br \/>\nEn tableaux vari\u00e9s les beaux jours plus fertiles<br \/>\nOnt des plaisirs plus vifs, des sc\u00e8nes moins tranquilles.<br \/>\nEh ! Qui de ses loisirs peut mettre alors l\u2019espoir<br \/>\nDans ces tristes cartons peints de rouge et de noir ?<br \/>\nL\u2019homme veut des plaisirs ; mais leurs pures d\u00e9lices<br \/>\nOnt besoin de sant\u00e9, la sant\u00e9 d\u2019exercices.<br \/>\nLaissez donc \u00e0 l\u2019hiver, laissez \u00e0 la cit\u00e9,<br \/>\nTous ces jeux o\u00f9 la sombre et morne oisivet\u00e9,<br \/>\nPour assoupir l\u2019ennui r\u00e9veillant l\u2019avarice,<br \/>\nSe pla\u00eet dans un tourment et s\u2019amuse d\u2019un vice.<br \/>\nLoin ces tristes tapis ! L\u2019air, l\u2019onde et les for\u00eats<br \/>\nDe leurs jeux innocens vous offrent les attraits,<br \/>\nEt la guerre des bois, et les pi\u00e9ges des ondes.<br \/>\nCompagne des Silvains, des nymphes vagabondes,<br \/>\nMuse, viens, conduis-moi dans leurs sentiers d\u00e9serts :<br \/>\nLe spectacle des champs dicta les premiers vers.<br \/>\nSous ces saules touffus, dont le feuillage sombre<br \/>\nA la fra\u00eecheur de l\u2019eau joint la fra\u00eecheur de l\u2019ombre,<br \/>\nLe p\u00eacheur patient prend son poste sans bruit,<br \/>\nTient sa ligne tremblante, et sur l\u2019onde la suit.<br \/>\nPench\u00e9, l\u2019\u0153il immobile, il observe avec joie<br \/>\nLe li\u00e9ge qui s\u2019enfonce et le roseau qui ploie.<br \/>\nQuel imprudent, surpris au pi\u00e9ge inattendu,<br \/>\nA l\u2019hame\u00e7on fatal demeure suspendu ?<br \/>\nEst-ce la truite agile, ou la carpe dor\u00e9e,<br \/>\nOu la perche \u00e9talant sa nageoire pourpr\u00e9e ;<br \/>\nOu l\u2019anguille argent\u00e9e, errante en longs anneaux ;<br \/>\nOu le brochet glouton, qui d\u00e9peuple les eaux ?<br \/>\nAux habitans de l\u2019air faut-il livrer la guerre ?<br \/>\nLe chasseur prend son tube, image du tonnerre ;<br \/>\nIl l\u2019\u00e9l\u00e8ve au niveau de l\u2019\u0153il qui le conduit ;<br \/>\nLe coup part, l\u2019\u00e9clair brille, et la foudre le suit.<br \/>\nQuels oiseaux va percer la gr\u00eale meurtri\u00e8re ?<br \/>\nC\u2019est le vanneau plaintif, errant sur la bruy\u00e8re :<br \/>\nC\u2019est toi, jeune alouette, habitante des airs !<br \/>\nTu meurs en pr\u00e9ludant \u00e0 tes tendres concerts.<br \/>\nMais pourquoi c\u00e9l\u00e9brer cette l\u00e2che victoire,<br \/>\nCes triomphes sans fruits et ces combats sans gloire ?<br \/>\nO muse, qui souvent, d\u2019une si douce voix,<br \/>\nImploras la piti\u00e9 pour les chantres des bois,<br \/>\nAh ! D\u00e9voue \u00e0 la mort l\u2019animal dont la t\u00eate<br \/>\nPr\u00e9sente \u00e0 notre bras une digne conqu\u00eate,<br \/>\nL\u2019ennemi des troupeaux, l\u2019ennemi des moissons.<br \/>\nMais quoi ! Du cor bruyant j\u2019entends d\u00e9j\u00e0 les sons ;<br \/>\nL\u2019ardent coursier d\u00e9j\u00e0 sent tressaillir ses veines,<br \/>\nBat du pied, mord le frein, sollicite les r\u00eanes.<br \/>\nA ces appr\u00eats de guerre, au bruit des combattans,<br \/>\nLe cerf fr\u00e9mit, s\u2019\u00e9tonne et balance long-temps.<br \/>\nDoit-il loin des chasseurs prendre son vol rapide ?<br \/>\nDoit-il leur opposer son audace intr\u00e9pide ?<br \/>\nDe son front mena\u00e7ant ou de ses pieds l\u00e9gers,<br \/>\nA qui se f\u00eera-t-il dans ces pressans dangers ?<br \/>\nIl h\u00e9site long-temps : la peur enfin l\u2019emporte ;<br \/>\nIl part, il court, il vole : un moment le transporte<br \/>\nBien loin de la for\u00eat, et des chiens et du cor.<br \/>\nLe coursier, libre enfin, s\u2019\u00e9lance et prend l\u2019essor ;<br \/>\nSur lui l\u2019ardent chasseur part comme la temp\u00eate,<br \/>\nSe penche sur ses crins, se suspend sur sa t\u00eate.<br \/>\nIl perce les taillis, il rase les sillons,<br \/>\nEt la terre sous lui roule en noirs tourbillons.<br \/>\nCependant le cerf vole, et les chiens sur sa voie<br \/>\nSuivent ces corps l\u00e9gers que le vent leur envoie ;<br \/>\nPartout o\u00f9 sont ses pas sur le sable imprim\u00e9s,<br \/>\nIls attachent sur eux leurs naseaux enflamm\u00e9s ;<br \/>\nAlors le cerf tremblant, de son pied, qui les guide,<br \/>\nMaudit l\u2019odeur tra\u00eetresse et l\u2019empreinte perfide.<br \/>\nPoursuivi, fugitif, entour\u00e9 d\u2019ennemis,<br \/>\nEnfin dans son malheur il songe \u00e0 ses amis.<br \/>\nJadis de la for\u00eat dominateur superbe,<br \/>\nS\u2019il rencontre des cerfs errans en paix sur l\u2019herbe,<br \/>\nIl vient au milieu d\u2019eux, humiliant son front,<br \/>\nLeur confier sa vie et cacher son affront.<br \/>\nMais, h\u00e9las ! Chacun fuit sa pr\u00e9sence importune<br \/>\nEt la contagion de sa triste fortune :<br \/>\nTel un flatteur d\u00e9laisse un prince infortun\u00e9.<br \/>\nBanni par eux, il fuit, il erre abandonn\u00e9.<br \/>\nIl revoit ces grands bois, si chers \u00e0 sa m\u00e9moire,<br \/>\nO\u00f9 cent fois il go\u00fbta les plaisirs et la gloire,<br \/>\nQuand les bois, les rochers, les antres d\u2019alentour<br \/>\nR\u00e9pondoient \u00e0 ses cris et de guerre et d\u2019amour,<br \/>\nEt qu\u2019en sultan superbe \u00e0 ses jeunes ma\u00eetresses<br \/>\nSa noble volupt\u00e9 partageoit ses caresses.<br \/>\nHonneur, empire, amour, tout est perdu pour lui.<br \/>\nC\u2019est en vain qu\u2019\u00e0 ses maux pr\u00eatant un noble appui,<br \/>\nD\u2019un cerf tout jeune encor la confiante audace<br \/>\nSucc\u00e8de \u00e0 ses dangers et s\u2019\u00e9lance \u00e0 sa place.<br \/>\nPar les chiens v\u00e9t\u00e9rans le pi\u00e9ge est \u00e9vent\u00e9.<br \/>\nDu son lointain des cors bient\u00f4t \u00e9pouvant\u00e9,<br \/>\nIl part, rase la terre ; ou, vieilli dans la feinte,<br \/>\nDe ses pas, en sautant, il interrompt l\u2019empreinte ;<br \/>\nOu, tremblant et tapi loin des chemins fray\u00e9s,<br \/>\nVeille et prom\u00e8ne au loin ses regards effray\u00e9s,<br \/>\nS\u2019\u00e9loigne, redescend, croise et confond sa route.<br \/>\nQuelquefois il s\u2019arr\u00eate ; il regarde, il \u00e9coute ;<br \/>\nEt des chiens, des chasseurs, de l\u2019\u00e9cho des for\u00eats<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 l\u2019affreux concert le frappe de plus pr\u00e8s.<br \/>\nIl part encor, s\u2019\u00e9puise encore en ruses vaines.<br \/>\nMais d\u00e9j\u00e0 la terreur court dans toutes ses veines ;<br \/>\nChaque bruit est pour lui l\u2019annonce de son sort,<br \/>\nChaque arbre un ennemi, chaque ennemi la mort.<br \/>\nAlors, las de tra\u00eener sa course vagabonde,<br \/>\nDe la terre infid\u00e8le il s\u2019\u00e9lance dans l\u2019onde,<br \/>\nEt change d\u2019\u00e9l\u00e9ment sans changer de destin.<br \/>\nAvide et r\u00e9clamant son barbare festin,<br \/>\nBient\u00f4t vole apr\u00e8s lui, de sueur d\u00e9gouttante,<br \/>\nBr\u00fblante de fureur et de soif haletante,<br \/>\nLa meute aux cris aigus, aux yeux \u00e9tincelans.<br \/>\nL\u2019onde \u00e0 peine suffit \u00e0 leurs gosiers br\u00fblans :<br \/>\nMais \u00e0 leur fier instinct d\u2019autres besoins commandent ;<br \/>\nC\u2019est de sang qu\u2019ils ont soif, c\u2019est du sang qu\u2019ils demandent.<br \/>\nAlors d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, sans amis, sans secours,<br \/>\nA la fureur enfin sa foiblesse a recours.<br \/>\nH\u00e9las ! Pourquoi faut-il qu\u2019en ruses impuissantes<br \/>\nLa frayeur ait us\u00e9 ses forces languissantes ?<br \/>\nEt que n\u2019a-t-il plus t\u00f4t, \u00e9coutant sa valeur,<br \/>\nPar un noble combat illustr\u00e9 son malheur ?<br \/>\nMais, enfin, las de perdre une inutile adresse,<br \/>\nTerrible, il se ranime, il s\u2019avance, il se dresse,<br \/>\nSoutient seul mille assauts ; son g\u00e9n\u00e9reux courroux<br \/>\nR\u00e9serve aux plus vaillans ses plus terribles coups.<br \/>\nSur lui seul \u00e0 la fois tous ses ennemis fondent ;<br \/>\nLeurs morsures, leurs cris, leur rage se confondent.<br \/>\nIl lutte, il frappe encore : efforts infructueux !<br \/>\nH\u00e9las ! Que lui servit son port majestueux,<br \/>\nEt sa taille \u00e9l\u00e9gante et ses rameaux superbes,<br \/>\nEt ses pieds qui voloient sur la pointe des herbes ?<br \/>\nIl chancelle, il succombe, et deux ruisseaux de pleurs<br \/>\nDe ses assassins m\u00eame attendrissent les c\u0153urs.<br \/>\nPermettez-vous ces jeux sans en \u00eatre idol\u00e2tre :<br \/>\nN\u2019imitez point ce fou, chasseur opini\u00e2tre,<br \/>\nQui ne parle jamais que meute, que chevaux ;<br \/>\nQui croiroit avilir l\u2019honneur de ses ch\u00e2teaux,<br \/>\nSi de cinquante cerfs les cornes mena\u00e7antes<br \/>\nN\u2019ornoient pompeusement ses portes triomphantes ;<br \/>\nVous conte longuement sa chasse, ses exploits,<br \/>\nEt met, comme le cerf, l\u2019auditeur aux abois.<br \/>\n\u00cates-vous de retour sous vos lambris tranquilles ?<br \/>\nL\u00e0 des jeux moins bruyans, des plaisirs plus utiles,<br \/>\nVous attendent encore. Aux d\u00e9lices des champs<br \/>\nAssociez les arts et leurs plaisirs touchans.<br \/>\nBeaux arts ! Eh, dans quel lieu n\u2019avez-vous droit deplaire ?<br \/>\nEst-il \u00e0 votre joie une joie \u00e9trang\u00e8re ?<br \/>\nNon ; le sage vous doit ses momens les plus doux :<br \/>\nIl s\u2019endort dans vos bras ; il s\u2019\u00e9veille pour vous.<br \/>\nQue dis-je ? Autour de lui tandis que tout sommeille,<br \/>\nLa lampe inspiratrice \u00e9claire encor sa veille.<br \/>\nVous consolez ses maux, vous parez son bonheur ;<br \/>\nVous \u00eates ses tr\u00e9sors, vous \u00eates son honneur,<br \/>\nL\u2019amour de ses beaux ans, l\u2019espoir de son vieil \u00e2ge,<br \/>\nSes compagnons des champs, ses amis de voyage ;<br \/>\nEt de paix, de vertus, d\u2019\u00e9tudes entour\u00e9,<br \/>\nL\u2019exil m\u00eame avec vous est un abri sacr\u00e9.<br \/>\nTel l\u2019orateur romain, dans les bois de Tuscule,<br \/>\nOublioit Rome ingrate ; ou tel, son digne \u00e9mule,<br \/>\nDans Fr\u00eanes, Daguesseau go\u00fbtoit tranquillement<br \/>\nD\u2019un repos occup\u00e9 le doux recueillement :<br \/>\nTels, de leur noble exil tous deux charmoient les peines.<br \/>\nMalheur aux esprits durs, malheur aux ames vaines<br \/>\nQui d\u00e9daignent les arts au temps de leur faveur !<br \/>\nLes beaux arts \u00e0 leur tour, dans les temps du malheur,<br \/>\nLes livrent sans ressource \u00e0 leur vile infortune.<br \/>\nMais avec leurs amis ils font prison commune,<br \/>\nLes suivent dans les champs, et, payant leur amour,<br \/>\nConsolent leur exil et chantent leur retour.<br \/>\nMais c\u2019est peu des beaux lieux, des beaux jours, de l\u2019\u00e9tude,<br \/>\nJe veux que l\u2019amiti\u00e9, peuplant ma solitude,<br \/>\nMe donne ses plaisirs et partage les miens.<br \/>\nO jours de ma jeunesse ! H\u00e9las ! Je m\u2019en souviens,<br \/>\nEpris de la campagne et l\u2019aimant en po\u00ebte,<br \/>\nJe ne lui demandois qu\u2019un d\u00e9sert pour retraite,<br \/>\nPour compagons, des bois, des oiseaux et des fleurs.<br \/>\nJe l\u2019aimois, je l\u2019aimois jusque dans ses horreurs :<br \/>\nJ\u2019aimois \u00e0 voir les bois, battus par les temp\u00eates,<br \/>\nAbaisser tour \u00e0 tour et redresser leurs t\u00eates ;<br \/>\nJ\u2019allois sur les frimats graver mes pas errans,<br \/>\nEt de loin j\u2019\u00e9coutois la course des torrens.<br \/>\nMais tout passe ; aujourd\u2019hui qu\u2019un sang moins vif m\u2019enflamme,<br \/>\nQue les besoins des sens font place \u00e0 ceux de l\u2019ame,<br \/>\nS\u2019il est long-temps d\u00e9sert, le plus aimable lieu<br \/>\nNe me pla\u00eet pas long-temps ; les arbres parlent peu,<br \/>\nDit le bon Lafontaine, et ce qu\u2019un bois m\u2019inspire,<br \/>\nJe veux \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s trouver \u00e0 qui le dire.<br \/>\nAinsi, fermant la porte au sot qui de Paris<br \/>\nS\u2019en vient tuer le temps, la joie et vos perdrix,<br \/>\nDe ceux qu\u2019unit \u00e0 vous une amiti\u00e9 sinc\u00e8re<br \/>\nPr\u00e9parez, d\u00e9corez la chambre hospitali\u00e8re.<br \/>\nCe sont de vieux voisins, des proches, des enfans,<br \/>\nQui visitent des lieux chers \u00e0 leurs premiers ans :<br \/>\nC\u2019est un p\u00e8re ador\u00e9 qui vient, dans sa vieillesse,<br \/>\nReconno\u00eetre les bois qu\u2019a plant\u00e9s sa jeunesse ;<br \/>\nLa ferme \u00e0 son aspect semble se r\u00e9jouir,<br \/>\nLes bosquets s\u2019\u00e9gayer, les fleurs s\u2019\u00e9panouir.<br \/>\nTant\u00f4t c\u2019est votre ami, votre ami de l\u2019enfance,<br \/>\nQui de vos simples go\u00fbts partage l\u2019innocence.<br \/>\nChacun retrouve l\u00e0 ses passe-temps ch\u00e9ris,<br \/>\nSon meuble accoutum\u00e9, ses livres favoris.<br \/>\nTant\u00f4t Robert arrive, et ses riches images<br \/>\nDoublent, en les peignant, vos plus beaux paysages ;<br \/>\nEt tant\u00f4t son pinceau, dans de plus doux portraits,<br \/>\nDe ceux que vous aimez vous reproduit les traits.<br \/>\nAinsi, plein des objets que votre c\u0153ur adore,<br \/>\nDe vos amis absens vous jouissez encore.<br \/>\nCes lieux, chers aux vivans, sont aussi chers aux morts.<br \/>\nQui vous emp\u00eachera de placer sur ces bords,<br \/>\nPr\u00e8s d\u2019un ruisseau plaintif, sous un saule qui pleure,<br \/>\nD\u2019un ami regrett\u00e9 la derni\u00e8re demeure ?<br \/>\nEst-il un lieu plus propre \u00e0 ce doux monument,<br \/>\nO\u00f9 des m\u00e2nes ch\u00e9ris dorment plus mollement ?<br \/>\nDu bon helv\u00e9tien qui ne conno\u00eet l\u2019usage ?<br \/>\nPr\u00e8s d\u2019une eau murmurante, au fond d\u2019un vert bocage,<br \/>\nIl place les tombeaux ; il les couvre de fleurs :<br \/>\nPar leur douce culture il charme ses douleurs,<br \/>\nEt pense respirer, quand sa main les arrose,<br \/>\nL\u2019ame de son ami dans l\u2019odeur d\u2019une rose.<br \/>\nNe pouvez-vous encore y consacrer les traits<br \/>\nDe ceux par qui fleurit l\u2019art f\u00e9cond de Cer\u00e8s ?<br \/>\nPouvez-vous \u00e0 Berghem refuser un asile,<br \/>\nUn marbre \u00e0 Th\u00e9ocrite, un bosquet \u00e0 Virgile ?<br \/>\nH\u00e9las ! Je n\u2019ai point droit d\u2019avoir place aupr\u00e8s d\u2019eux ;<br \/>\nMais si de l\u2019art des vers quelque ami g\u00e9n\u00e9reux<br \/>\nDaigne un jour m\u2019accorder de modestes hommages,<br \/>\nAh ! Qu\u2019il ne place pas le chantre des bocages<br \/>\nDans le fracas des cours ou le bruit des cit\u00e9s.<br \/>\nVallons que j\u2019ai ch\u00e9ris, coteaux que j\u2019ai chant\u00e9s,<br \/>\nSouffrez que parmi vous ce monument repose ;<br \/>\nQu\u2019un peuplier le couvre et qu\u2019un ruisseau l\u2019arrose !<br \/>\nMes v\u0153ux sont exauc\u00e9s : du sein de leur repos<br \/>\nUn essaim glorieux de belles, de h\u00e9ros,<br \/>\nQui, successeurs polis des sarmates sauvages,<br \/>\nDe l\u2019antique Vistule honorent les rivages,<br \/>\nAupr\u00e8s de Saint-Lambert, de Pope, de Thompson,<br \/>\nOffre dans ses jardins une place \u00e0 mon nom.<br \/>\nQue dis-je ? Tant d\u2019honneur n\u2019est pas fait pour ma muse ;<br \/>\nLa gloire de ces noms du mien seroit confuse.<br \/>\nMais, si dans un bosquet obscur et retir\u00e9<br \/>\nIl est un coin d\u00e9sert, un r\u00e9duit ignor\u00e9,<br \/>\nAu-dessous de Gessner, et bien loin de Virgile,<br \/>\nH\u00f4tes de ces beaux lieux, gardez-moi cet asile.<br \/>\nContent, je vous verrai, dans vos rians vallons,<br \/>\nDe l\u2019art que je chantai pratiquer les le\u00e7ons,<br \/>\nEnrichir vos hameaux, parer leur solitude,<br \/>\nDes partis turbulens calmer l\u2019inqui\u00e9tude.<br \/>\nHeureux si quelquefois, sous vos ombrages verts,<br \/>\nL\u2019\u00e9cho redit mon nom, mon hommage et mes vers !<br \/>\nMais, ne l\u2019oublions pas, \u00e0 la ville, au village,<br \/>\nLe bonheur le plus doux est celui qu\u2019on partage.<br \/>\nHeureux ou malheureux, l\u2019homme a besoin d\u2019autrui ;<br \/>\nIl ne vit qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9, s\u2019il ne vit que pour lui.<br \/>\nVous donc \u00e0 qui des champs la joie est \u00e9trang\u00e8re,<br \/>\nAh ! Faites-y le bien, et les champs vont vous plaire.<br \/>\nLe bonheur dans les champs a besoin de bont\u00e9.<br \/>\nTout se perd dans le bruit d\u2019une vaste cit\u00e9 ;<br \/>\nMais au sein des hameaux le ch\u00e2teau, la chaumi\u00e8re,<br \/>\nEt l\u2019oisive opulence et l\u2019active mis\u00e8re,<br \/>\nNous offrent de plus pr\u00e8s leur contraste affligeant,<br \/>\nEt contre l\u2019homme heureux soul\u00e8vent l\u2019indigent.<br \/>\nAlors vient la bont\u00e9 qui d\u00e9sarme l\u2019envie,<br \/>\nRend ses droits au malheur, l\u2019\u00e9quilibre \u00e0 la vie,<br \/>\nCorrige les saisons, laisse \u00e0 l\u2019infortun\u00e9<br \/>\nQuelques \u00e9pis du champ par ses mains sillonn\u00e9,<br \/>\nComble enfin par ses dons cet utile intervalle<br \/>\nQue met entre les rangs la fortune in\u00e9gale.<br \/>\nEt ! Dans quels lieux le ciel, mieux qu\u2019au s\u00e9jour des champs,<br \/>\nNous instruit-il d\u2019exemple aux g\u00e9n\u00e9reux penchans ?<br \/>\nDe bienfaits mutuels voyez vivre le monde.<br \/>\nCe champ nourrit le b\u0153uf, et le b\u0153uf le f\u00e9conde ;<br \/>\nL\u2019arbre suce la terre, et ses rameaux fl\u00e9tris<br \/>\nA leur sol maternel vont m\u00ealer leurs d\u00e9bris ;<br \/>\nLes monts rendent leurs eaux \u00e0 la terre arros\u00e9e ;<br \/>\nL\u2019onde rafra\u00eechit l\u2019air, l\u2019air s\u2019\u00e9panche en ros\u00e9e :<br \/>\nTout donne et tout re\u00e7oit, tout jouit et tout sert.<br \/>\nLes c\u0153urs durs troublent seuls ce sublime concert.<br \/>\nL\u2019un, si du d\u00e9 fatal la chance fut perfide,<br \/>\nParcourt tout son domaine en exacteur avide ;<br \/>\nSans s\u00e9cher une larme \u00e9puisant son tr\u00e9sor,<br \/>\nL\u2019autre, comme d\u2019un poids, se d\u00e9fait de son or.<br \/>\nQuoi, ton or t\u2019importune ? \u00f4 richesse impudente !<br \/>\nPourquoi donc pr\u00e8s de toi cette veuve indigente,<br \/>\nCes enfans dans leur fleur dess\u00e9ch\u00e9s par la faim,<br \/>\nEt ces filles sans dot, et ces vieillards sans pain ?<br \/>\nOh ! D\u2019un simple hameau si le ciel m\u2019e\u00fbt fait ma\u00eetre,<br \/>\nJe saurois en jouir : heureux, digne de l\u2019\u00eatre,<br \/>\nJe voudrois m\u2019entourer de fleurs, de riches plants,<br \/>\nDe beaux fruits, et surtout de visages rians ;<br \/>\nEt je ne voudrois pas, qu\u2019attristant ma fortune,<br \/>\nLa faim v\u00eent m\u2019\u00e9taler sa p\u00e2leur importune.<br \/>\nMais je hais l\u2019homme oisif : la b\u00eache, les rateaux,<br \/>\nLe soc, tout l\u2019arsenal des rustiques travaux,<br \/>\nAttendroient l\u2019indigent, s\u00fbr d\u2019un juste salaire,<br \/>\nEt chez moi le travail banniroit la mis\u00e8re.<br \/>\nC\u2019est peu : des maux cruels troublent souvent ses jours ;<br \/>\nAux douleurs, au vieil \u00e2ge assurez des secours.<br \/>\nDans les appartemens du logis le moins vaste<br \/>\nQu\u2019il en soit un o\u00f9 l\u2019art, avec ordre et sans faste,<br \/>\nArrange le d\u00e9p\u00f4t des rem\u00e8des divers<br \/>\nA ses infirmit\u00e9s incessamment offerts.<br \/>\nL\u2019oisif, de qui l\u2019ennui vient vous rendre visite,<br \/>\nLo\u00fbra plus volontiers, de sa voix parasite,<br \/>\nVos glaces, vos tapis, votre salon dor\u00e9 ;<br \/>\nMais pour tous les bons c\u0153urs ce lieu sera sacr\u00e9.<br \/>\nSouvent \u00e0 vos bienfaits joignez votre pr\u00e9sence ;<br \/>\nVotre aspect consolant doublera leur puissance.<br \/>\nMenez-y vos enfans ; qu\u2019ils viennent sans t\u00e9moin<br \/>\nOffrir leur don timide au timide besoin ;<br \/>\nQue surtout votre fille, amenant sur vos traces<br \/>\nLa touchante pudeur, la premi\u00e8re des gr\u00e2ces,<br \/>\nY fasse en rougissant l\u2019essai de la bont\u00e9,<br \/>\nPar qui tout s\u2019embellit jusques \u00e0 la beaut\u00e9.<br \/>\nAinsi, comme vos traits, leurs m\u0153urs sont votre image ;<br \/>\nVotre exemple est leur dot, leurs vertus votre ouvrage,<br \/>\nC\u0153urs durs, qui payez cher de fastueux d\u00e9go\u00fbts,<br \/>\nAh ! Voyez ces plaisirs, et soyez-en jaloux.<br \/>\nL\u2019homme le plus obscur, quelquefois, sous le chaume<br \/>\nGouverne en son id\u00e9e une ville, un royaume.<br \/>\nMoi jamais, dans l\u2019erreur de mes illusions,<br \/>\nJe n\u2019aspire \u00e0 r\u00e9gler le sort des nations :<br \/>\nMe formant du bonheur une plus humble image,<br \/>\nQuelquefois je m\u2019amuse \u00e0 r\u00e9gler un village ;<br \/>\nJe m\u2019\u00e9tablis le chef de ces petits \u00e9tats.<br \/>\nMais \u00e0 mes propres soins je ne me borne pas ;<br \/>\nAu bon gouvernement de ce modeste empire<br \/>\nJe veux que du hameau chaque pouvoir conspire.<br \/>\nO vous pour qui j\u2019\u00e9cris le code des hameaux,<br \/>\nSouffrez que mes le\u00e7ons se changent en tableaux.<br \/>\nVoyez-vous ce modeste et pieux presbyt\u00e8re ?<br \/>\nL\u00e0 vit l\u2019homme de Dieu, dont le saint minist\u00e8re<br \/>\nDu peuple r\u00e9uni pr\u00e9sente au ciel les v\u0153ux,<br \/>\nOuvre sur le hameau tous les tr\u00e9sors des cieux,<br \/>\nSoulage le malheur, consacre l\u2019hym\u00e9n\u00e9e,<br \/>\nB\u00e9nit et les moissons et les fruits de l\u2019ann\u00e9e,<br \/>\nEnseigne la vertu, re\u00e7oit l\u2019homme au berceau,<br \/>\nLe conduit dans la vie, et le suit au tombeau.<br \/>\nJe ne choisirai point pour cet emploi sublime,<br \/>\nCet avide intrigant que l\u2019int\u00e9r\u00eat anime ;<br \/>\nS\u00e9v\u00e8re pour autrui, pour lui-m\u00eame indulgent ;<br \/>\nQui pour un vil profit quitte un temple indigent,<br \/>\nD\u00e9grade par son ton la chaire pastorale,<br \/>\nEt sur l\u2019esprit du jour compose sa morale.<br \/>\nFid\u00e8le \u00e0 son \u00e9glise, et cher \u00e0 son troupeau,<br \/>\nLe vrai pasteur ressemble \u00e0 cet antique ormeau<br \/>\nQui, des jeux du village ancien d\u00e9positaire,<br \/>\nLeur a pr\u00eat\u00e9 cent ans son ombre h\u00e9r\u00e9ditaire,<br \/>\nEt dont les verts rameaux, de l\u2019\u00e2ge triomphans,<br \/>\nOnt vu mourir le p\u00e8re et na\u00eetre les enfans.<br \/>\nPar ses sages conseils, sa bont\u00e9, sa prudence,<br \/>\nIl est pour le village une autre providence :<br \/>\nQuelle obscure indigence \u00e9chappe \u00e0 ses bienfaits ?<br \/>\nDieu seul n\u2019ignore pas les heureux qu\u2019il a faits.<br \/>\nSouvent dans ces r\u00e9duits o\u00f9 le malheur assemble<br \/>\nLe besoin, la douleur et le tr\u00e9pas ensemble,<br \/>\nIl paro\u00eet ; et soudain le mal perd son horreur,<br \/>\nLe besoin sa d\u00e9tresse, et la mort sa terreur.<br \/>\nQui pr\u00e9vient le besoin, pr\u00e9vient souvent le crime.<br \/>\nLe pauvre le b\u00e9nit, et le riche l\u2019estime ;<br \/>\nEt souvent deux mortels, l\u2019un de l\u2019autre ennemis,<br \/>\nS\u2019embrassent \u00e0 sa table et retournent amis.<br \/>\nHonorez ses travaux. Que son logis antique,<br \/>\nPar vous rendu d\u00e9cent et non pas magnifique,<br \/>\nAu dedans des vertus renfermant les tr\u00e9sors,<br \/>\nD\u2019un air de propret\u00e9 s\u2019embellisse au dehors :<br \/>\nLa pauvret\u00e9 d\u00e9grade, et le faste r\u00e9volte.<br \/>\nPartagez avec lui votre riche r\u00e9colte ;<br \/>\nOrnez son sanctuaire et parez son autel.<br \/>\nLiguez-vous saintement pour le bien mutuel :<br \/>\nEt quel spectacle, \u00f4 dieu, vaut celui d\u2019un village<br \/>\nQu\u2019\u00e9difie un pasteur, et que console un sage ?<br \/>\nNon, Rome subjuguant l\u2019univers abattu,<br \/>\nNe vaut pas un hameau qu\u2019habite la vertu,<br \/>\nO\u00f9 les bienfaits de l\u2019un, de l\u2019autre les pri\u00e8res,<br \/>\nSont les tr\u00e9sors du pauvre et l\u2019espoir des chaumi\u00e8res.<br \/>\nIl est dans le village une autre autorit\u00e9,<br \/>\nC\u2019est des fils du hameau le p\u00e9dant redout\u00e9.<br \/>\nMuse, baisse le ton, et sans \u00eatre grotesque,<br \/>\nPeins des fils du hameau le mentor p\u00e9dantesque.<br \/>\nBient\u00f4t j\u2019enseignerai comment un soin prudent<br \/>\nPeut de ce grave emploi seconder l\u2019ascendant.<br \/>\nMais le voici : son port, son air de suffisance,<br \/>\nMarquent dans son savoir sa noble confiance.<br \/>\nIl sait, le fait est s\u00fbr, lire, \u00e9crire et compter ;<br \/>\nSait instruire \u00e0 l\u2019\u00e9cole, au lutrin sait chanter ;<br \/>\nConno\u00eet les lunaisons, proph\u00e9tise l\u2019orage,<br \/>\nEt m\u00eame du latin eut jadis quelque usage.<br \/>\nDans les doctes d\u00e9bats ferme et rempli de c\u0153ur,<br \/>\nM\u00eame apr\u00e8s sa d\u00e9faite il tient t\u00eate au vainqueur.<br \/>\nVoyez, pour gagner temps, quelles lenteurs savantes<br \/>\nProlongent de ses mots les syllabes tra\u00eenantes !<br \/>\nTout le monde l\u2019admire, et ne peut concevoir<br \/>\nQue dans un cerveau seul loge tant de savoir.<br \/>\nDu reste, inexorable aux moindres n\u00e9gligences,<br \/>\nTant il a pris \u00e0 c\u0153ur le progr\u00e8s des sciences,<br \/>\nParo\u00eet-il ? Sur son front t\u00e9n\u00e9breux ou serein<br \/>\nLe peuple des enfans croit lire son destin.<br \/>\nIl veut, on se s\u00e9pare ; il fait signe, on s\u2019assemble ;<br \/>\nIl s\u2019\u00e9gaie, et l\u2019on rit ; il se ride, et tout tremble.<br \/>\nIl caresse, il menace, il punit, il absout.<br \/>\nM\u00eame absent, on le craint ; il voit, il entend tout :<br \/>\nUn invisible oiseau lui dit tout \u00e0 l\u2019oreille ;<br \/>\nIl sait celui qui rit, qui cause, qui sommeille,<br \/>\nQui n\u00e9glige sa t\u00e2che, et quel doigt polisson<br \/>\nD\u2019une adroite boulette a vis\u00e9 son menton.<br \/>\nNon loin cro\u00eet le bouleau dont la verge pliante<br \/>\nEst sourde aux cris plaintifs de leur voix suppliante,<br \/>\nQui, d\u00e8s qu\u2019un vent l\u00e9ger agite ses rameaux,<br \/>\nFait frissonner d\u2019effroi cet essaim de marmots,<br \/>\nPlus p\u00e2les, plus tremblans encor que son feuillage.<br \/>\nTel, \u00f4 doux chanonat, sur ton charmant rivage,<br \/>\nJ\u2019ai vu, j\u2019ai reconnu, j\u2019ai touch\u00e9 de mes mains,<br \/>\nCet arbre dont s\u2019armoient mes p\u00e9dans inhumains,<br \/>\nCe saule, mon effroi, mon bienfaiteur peut-\u00eatre.<br \/>\nDes enfans du hameau tel est le grave ma\u00eetre.<br \/>\nEn secondant ses soins rendez-le plus soigneux.<br \/>\nRien n\u2019est vil pour le sage ; un sot est d\u00e9daigneux.<br \/>\nIl faut dans les emplois, quoique l\u2019orgueil en pense,<br \/>\nAux grands la modestie, aux petits l\u2019importance.<br \/>\nEncouragez-le donc ; songez que dans ses mains<br \/>\nDu peuple des hameaux reposent les destins,<br \/>\nEt, rendant \u00e0 ses yeux son office honorable,<br \/>\nLaissez-le s\u2019estimer pour qu\u2019il soit estimable.<br \/>\nEt quel spectacle encor ne vous offriront pas<br \/>\nTous ces groupes d\u2019enfans, leurs courses, leurs \u00e9bats !<br \/>\nSans doute on aime \u00e0 voir la sagesse m\u00fbrie,<br \/>\nDe ses fruits d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats enrichir la patrie :<br \/>\nMais quel sage peut voir sans un attrait flatteur<br \/>\nLa vie encor naissante et l\u2019homme encore en fleur ?<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 que l\u2019homme est lui, que nul art ne d\u00e9guise<br \/>\nDe ses premiers penchans la na\u00efve franchise.<br \/>\nL\u2019un, docile et traitable apr\u00e8s le ch\u00e2timent,<br \/>\nLaisse appaiser d\u2019un mot son court ressentiment ;<br \/>\nIl essuie en riant une derni\u00e8re larme ;<br \/>\nUn affront l\u2019irritoit, un souris le d\u00e9sarme<br \/>\nEt de son c\u0153ur facile obtient un prompt retour.<br \/>\nL\u2019autre, ferme en sa haine ainsi qu\u2019en son amour,<br \/>\nTient baiss\u00e9 vers la terre un \u0153il triste et farouche ;<br \/>\nPri\u00e8res, doux propos, pr\u00e9sens, rien ne le touche ;<br \/>\nIl repousse les dons d\u2019une odieuse main,<br \/>\nEt garde obstin\u00e9ment un silence mutin :<br \/>\nTel, d\u00e9c\u00e9lant d\u00e9j\u00e0 son ame magnanime,<br \/>\nJadis Caton enfant fut un boudeur sublime.<br \/>\nMais l\u2019heure des jeux sonne ; observez-le encor<br \/>\nDans ces jeux o\u00f9 l\u2019instinct prend son premier essor.<br \/>\nDe talens vari\u00e9s quel heureux assemblage !<br \/>\nL\u2019un est l\u2019historien, le conteur du village :<br \/>\nL\u2019autre, Euclyde nouveau, confie au sol mouvant<br \/>\nSes cercles, ses carr\u00e9s, dont s\u2019amuse le vent.<br \/>\nL\u2019un, apprenti Rubens, charbonne la muraille :<br \/>\nL\u2019autre, Chevert futur, met sa troupe en bataille.<br \/>\nSuivez dans ses essais ce groupe int\u00e9ressant.<br \/>\nL\u00e0 peut-\u00eatre \u00e0 vos yeux r\u00eave un Pascal naissant :<br \/>\nPeut-\u00eatre un successeur des Boileaus, des Moli\u00e8res,<br \/>\nAutour du buis tournant fait siffler ses lani\u00e8res,<br \/>\nDont la muse e\u00fbt un jour de son terrible vers<br \/>\nCh\u00e2ti\u00e9 la sottise et fouett\u00e9 nos travers :<br \/>\nPeut-\u00eatre qu\u2019un rival des Mol\u00e9s, des Pr\u00e9villes,<br \/>\nNous peint les sots des champs, qui peindroit ceux des villes.<br \/>\nPeut-\u00eatre enfin un Pope, un Locke, un Addisson<br \/>\nN\u2019attend qu\u2019un bienfaiteur de sa jeune raison :<br \/>\nAinsi ce jeune \u0153illet n\u2019attendoit pour \u00e9clore<br \/>\nQu\u2019un des rayons du jour, qu\u2019un des pleurs de l\u2019aurore.<br \/>\nAujourd\u2019hui, sans songer \u00e0 son renom futur,<br \/>\nSon c\u0153ur est satisfait si, lanc\u00e9 d\u2019un bras s\u00fbr,<br \/>\nLe caillou sous les eaux court, tombe et se rel\u00e8ve,<br \/>\nOu si par un bon vent son cerf-volant s\u2019\u00e9l\u00e8ve.<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019un heureux hasard vient l\u2019offrir \u00e0 vos yeux,<br \/>\nH\u00e2tez-vous, saisissez ce germe pr\u00e9cieux.<br \/>\nCultiv\u00e9s, prot\u00e9g\u00e9s par vos secours propices,<br \/>\nCes jeunes sauvageons cro\u00eetront sous vos auspices :<br \/>\nH\u00e2t\u00e9s par vos bienfaits, leurs fruits seront plus doux,<br \/>\nEt leur succ\u00e8s flatteur reviendra jusqu\u2019\u00e0 vous.<br \/>\nDes pr\u00e9jug\u00e9s aussi pr\u00e9servez le jeune \u00e2ge.<br \/>\nNagu\u00e8re des esprits hantoient chaque village ;<br \/>\nTout hameau consultoit son sorcier, son devin ;<br \/>\nTout ch\u00e2teau renfermoit son spectre, son lutin,<br \/>\nEt dans de longs r\u00e9cits la vieillesse conteuse<br \/>\nEn troubloit le repos de l\u2019enfance peureuse.<br \/>\nSurtout, lorsqu\u2019aux lueurs d\u2019un nocturne flambeau<br \/>\nL\u2019heure de la veill\u00e9e assembloit le hameau,<br \/>\nToujours de revenans quelque effrayante histoire<br \/>\nResserroit de frayeur le cr\u00e9dule auditoire.<br \/>\nLoin d\u2019eux ces fictions qui s\u00e8ment la terreur,<br \/>\nFilles des pr\u00e9jug\u00e9s et m\u00e8res de l\u2019erreur !<br \/>\nAh ! Contons-leur plut\u00f4t la bonne moissonneuse,<br \/>\nSoigneuse d\u2019oublier l\u2019\u00e9pi de la glaneuse ;<br \/>\nLe bon fils, le bon p\u00e8re, et l\u2019invisible main<br \/>\nQui punit l\u2019homicide et nourrit l\u2019orphelin.<br \/>\nAinsi vous assurez, bienfaiteur du village,<br \/>\nDes secours au vieillard, des le\u00e7ons au jeune \u00e2ge.<br \/>\nCe n\u2019est pas tout encor ; que d\u2019heureux passe-temps<br \/>\nDe leurs jours d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s amusent les instans !<br \/>\nH\u00e9las qui l\u2019e\u00fbt pu croire ? Une bont\u00e9 barbare<br \/>\nDe ces jours consolans est devenue avare.<br \/>\nCes jours, leur dites-vous, de st\u00e9riles loisirs,<br \/>\nCes jours sont au travail vol\u00e9s par les plaisirs.<br \/>\nAinsi votre bont\u00e9 du repos les dispense,<br \/>\nEt l\u2019exc\u00e8s du travail en est la r\u00e9compense !<br \/>\nH\u00e9las ! Au laboureur, \u00e0 l\u2019utile ouvrier,<br \/>\nDans les jours solennels pouvons-nous envier<br \/>\nLe vin et les chansons, le fifre et la musette ;<br \/>\nA leur fille l\u2019honneur de sa simple toilette ?<br \/>\nNon, laissons-leur du moins, pour prix de leur labeur,<br \/>\nUne part \u00e0 la vie, une part au bonheur.<br \/>\nVous-m\u00eame secondez leur na\u00efve all\u00e9gresse.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 je crois en voir la sc\u00e8ne enchanteresse.<br \/>\nPour peindre leurs plaisirs et leurs groupes divers,<br \/>\nDonnez, ah ! Donnez-moi le pinceau de Teniers.<br \/>\nL\u00e0 des vieillards buvant content avec d\u00e9lices,<br \/>\nL\u2019un ses jeunes amours, l\u2019autre ses vieux services,<br \/>\nEt son grade \u00e0 la guerre, et dans quel grand combat<br \/>\nLui seul avec De Saxe il a sauv\u00e9 l\u2019\u00e9tat.<br \/>\nPlus loin, non sans frayeur dans les airs suspendue,<br \/>\nEgl\u00e9 monte et descend sur la corde tendue :<br \/>\nZ\u00e9phir vient se jouer dans ses flottans habits,<br \/>\nEt la pudeur craintive en arrange les plis.<br \/>\nAilleurs s\u2019ouvre un long cirque, o\u00f9 des boules rivales<br \/>\nPoursuivent vers le but leurs courses in\u00e9gales,<br \/>\nEt leur fil \u00e0 la main, des experts \u00e0 genoux<br \/>\nMesurent la distance et d\u00e9cident des coups.<br \/>\nIci, sans employer l\u2019\u00e9lastique raquette,<br \/>\nLa main jette la balle et la main la rejette.<br \/>\nL\u00e0, d\u2019agiles rivaux sentent battre leur c\u0153ur ;<br \/>\nTout part, un cri lointain a nomm\u00e9 le vainqueur.<br \/>\nPlus loin, un bois roulant de la main qui le guide<br \/>\nS\u2019\u00e9lance, cherche, atteint, dans sa course rapide,<br \/>\nCes c\u00f4nes align\u00e9s, qu\u2019il renverse en son cours,<br \/>\nEt qui, toujours tombant, se redressent toujours ;<br \/>\nQuelquefois, de leurs rangs parcourant l\u2019intervalle,<br \/>\nIl h\u00e9site, il pr\u00e9lude \u00e0 leur chute fatale ;<br \/>\nIl les menace tous, aucun n\u2019a succomb\u00e9 ;<br \/>\nEnfin il se d\u00e9cide, et le neuf est tomb\u00e9.<br \/>\nEt vous, archers adroits, prenez le trait rapide ;<br \/>\nUn pigeon est le but. L\u2019un de l\u2019oiseau timide<br \/>\nEffleure le plumage, un autre rompt ses n\u0153uds ;<br \/>\nL\u2019autre le suit de l\u2019\u0153il, et l\u2019atteint dans les cieux.<br \/>\nL\u2019oiseau tourne dans l\u2019air sur son aile sanglante,<br \/>\nEt rapporte, en tombant, la fl\u00e8che triomphante.<br \/>\nMais c\u2019est aupr\u00e8s du temple, au pied du grand ormeau,<br \/>\nQue s\u2019assemble la fleur et l\u2019amour du hameau.<br \/>\nL\u2019archet rustique part, chacun choisit sa belle ;<br \/>\nOn s\u2019enlace, on s\u2019\u00e9l\u00e8ve, on retombe avec elle.<br \/>\nPlus d\u2019un c\u0153ur bat, press\u00e9 d\u2019une furtive main,<br \/>\nEt le fol\u00e2tre amour pr\u00e9lude au sage hymen.<br \/>\nPartout rit le bonheur, partout brille la joie ;<br \/>\nL\u2019adresse s\u2019entretient, la vigueur se d\u00e9ploie :<br \/>\nLeurs jeux sont innocens, leur plaisir achet\u00e9,<br \/>\nEt m\u00eame le repos bannit l\u2019oisivet\u00e9.<br \/>\nVous, charm\u00e9 de ces jeux, riche de leur aisance,<br \/>\nVous go\u00fbtez le bonheur qui suit la bienfaisance.<br \/>\nHeureux, vous unissez, dans votre heureux hameau,<br \/>\nLe riche \u00e0 l\u2019indigent, la cabane au ch\u00e2teau.<br \/>\nVous cr\u00e9ez des plaisirs, vous soulagez des peines,<br \/>\nDu lien social vous resserrez les cha\u00eenes,<br \/>\nEt satisfait de tout, et ne regrettant rien,<br \/>\nVous dites comme Dieu : ce que j\u2019ai fait est bien.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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