{"id":16132,"date":"2025-05-18T23:45:01","date_gmt":"2025-05-18T21:45:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=16132"},"modified":"2025-05-18T23:45:01","modified_gmt":"2025-05-18T21:45:01","slug":"chant-quatrieme","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-quatrieme\/","title":{"rendered":"Chant quatri\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p>Non, je ne puis quitter le spectacle des champs.<br \/>\nEh ! qui d\u00e9daigneroit ce sujet de mes chants :<br \/>\nIl inspiroit Virgile, il s\u00e9duisoit Hom\u00e8re.<br \/>\nHom\u00e8re, qui d\u2019Achille a chant\u00e9 la col\u00e8re,<br \/>\nQui nous peint la terreur attelant ses coursiers,<br \/>\nLe vol sifflant des dards, le choc des boucliers,<br \/>\nLe trident de Neptune \u00e9branlant les murailles,<br \/>\nSe pla\u00eet \u00e0 rappeler au milieu des batailles<br \/>\nLes bois, les pr\u00e9s, les champs ; et de ces frais tableaux<br \/>\nLes riantes couleurs d\u00e9lassent ses pinceaux.<br \/>\nEt, lorsque pour Achille il pr\u00e9pare des armes,<br \/>\nS\u2019il y grave d\u2019abord les si\u00e8ges, les alarmes,<br \/>\nLe vainqueur tout poudreux, le vaincu tout sanglant,<br \/>\nSa main trace bient\u00f4t d\u2019un burin consolant<br \/>\nLa vigne, les troupeaux, les bois, les p\u00e2turages.<br \/>\nLe h\u00e9ros se rev\u00eat de ces douces images,<br \/>\nPart, et porte \u00e0 travers les affreux bataillons<br \/>\nL\u2019innocente vendange, et les riches moissons.<br \/>\nChantre divin, je laisse \u00e0 tes muses alti\u00e8res<br \/>\nLe soin de diriger ces phalanges guerri\u00e8res ;<br \/>\nDiriger les jardins est mon paisible emploi.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 le sol docile a reconnu ma loi ;<br \/>\nDes gazons l\u2019ont couvert, et de sa main vermeille<br \/>\nFlore sur leur tapis a vers\u00e9 sa corbeille.<br \/>\nDes bois ont couronn\u00e9 les rochers et les eaux.<br \/>\nMaintenant, pour jouir de ces brillants tableaux,<br \/>\nDans ces champs d\u00e9couverts, sous ces obscures vo\u00fbtes<br \/>\nD\u2019agr\u00e9ables sentiers vont me frayer des routes.<br \/>\nDes sc\u00e8nes \u00e0 ma voix na\u00eetront de toutes parts ;<br \/>\nPour les orner enfin j\u2019y conduirai les arts,<br \/>\nEt le ciseau divin, la noble architecture<br \/>\nVont de ces lieux charmants achever la parure.<\/p>\n<p>Les sentiers, de nos pas guides ing\u00e9nieux,<br \/>\nDoivent, en les montrant, nous embellir ces lieux.<br \/>\nDans vos jardins naissants je d\u00e9fends qu\u2019on les trace.<br \/>\nDans vos plants achev\u00e9s l\u2019\u0153il choisit mieux leur place.<br \/>\nVers les plus beaux aspects sachez les diriger.<br \/>\nVoyez, lorsque vous-m\u00eame aux yeux de l\u2019\u00e9tranger<br \/>\nVous montrez vos travaux, votre art avec adresse<br \/>\nVa chercher ce qui pla\u00eet, \u00e9vite ce qui blesse,<br \/>\nLui d\u00e9couvre en passant des sites enchant\u00e9s,<br \/>\nLui r\u00e9serve au retour de nouvelles beaut\u00e9s,<br \/>\nDe surprise en surprise et l\u2019amuse, et l\u2019entra\u00eene,<br \/>\nD\u2019une sc\u00e8ne qui fuit fait na\u00eetre une autre sc\u00e8ne,<br \/>\nEt toujours remplissant ou piquant son d\u00e9sir,<br \/>\nSouvent, pour l\u2019augmenter, diff\u00e8re son plaisir.<br \/>\nEh bien ! que vos sentiers vous imitent vous-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans leurs formes encor fuyez tout vain syst\u00e8me,<br \/>\nEnfant du mauvais go\u00fbt, par la mode adopt\u00e9.<br \/>\nLa mode r\u00e8gne aux champs, ainsi qu\u2019\u00e0 la cit\u00e9.<br \/>\nQuand de leur sym\u00e9trique et pompeuse ordonnance<br \/>\nLes jardins d\u2019Italie eurent charm\u00e9 la France,<br \/>\nTout de cet art brillant fut prompt \u00e0 s\u2019\u00e9blouir :<br \/>\nPas un arbre au cordeau n\u2019osa d\u00e9sob\u00e9ir ;<br \/>\nTout s\u2019aligna. Partout, en deux rangs \u00e9tal\u00e9es,<br \/>\nS\u2019allong\u00e8rent sans fin d\u2019\u00e9ternelles all\u00e9es.<br \/>\nAutre temps, autre go\u00fbt. Enfin le parc anglois<br \/>\nD\u2019une beaut\u00e9 plus libre avertit le fran\u00e7ois.<br \/>\nD\u00e8s lors on ne vit plus que lignes ondoyantes,<br \/>\nQue sentiers tortueux, que routes tournoyantes.<br \/>\nLass\u00e9 d\u2019errer, en vain le terme est devant moi ;<br \/>\nIl faut encor errer, serpenter malgr\u00e9 soi,<br \/>\nEt, maudissant vingt fois votre importune adresse,<br \/>\nSuivre sans cesse un but qui recule sans cesse.<br \/>\n\u00c9vitez ces exc\u00e8s ; tout exc\u00e8s dure peu.<br \/>\nDe ces sentiers divers chaque genre a son lieu.<br \/>\nL\u2019un conduit aux aspects dont la grandeur frappante<br \/>\nDe loin fixe mes yeux et nourrit mon attente.<br \/>\nL\u2019autre m\u2019\u00e9garera dans ces r\u00e9duits secrets<br \/>\nQu\u2019un art myst\u00e9rieux semble voiler expr\u00e8s.<br \/>\nMais rendez naturel ce D\u00e9dale factice.<br \/>\nQu\u2019il ait l\u2019air du besoin, et non pas du caprice.<br \/>\nQue divers accidents rencontr\u00e9s dans son cours,<br \/>\nLes bois, les eaux, le sol commandent ces d\u00e9tours.<br \/>\nDans leur forme j\u2019exige une heureuse souplesse.<br \/>\nDes longs alignements si je hais la tristesse,<br \/>\nJe hais bien plus encor le cours embarrass\u00e9<br \/>\nD\u2019un sentier qui, pareil \u00e0 ce serpent bless\u00e9,<br \/>\nEn replis convulsifs sans cesse s\u2019entrelace,<br \/>\nDe d\u00e9tours redoubl\u00e9s m\u2019inqui\u00e8te, me lasse,<br \/>\nEt, sans vari\u00e9t\u00e9, brusque et capricieux,<br \/>\nTourmente et le terrain, et mes pas et mes yeux.<\/p>\n<p>Il est des plis heureux, des courbes naturelles<br \/>\nDont les champs quelquefois vous offrent des mod\u00e8les.<br \/>\nLa route de ces chars, la trace des troupeaux<br \/>\nQui d\u2019un pas n\u00e9gligent regagnent les hameaux,<br \/>\nLa berg\u00e8re indolente, et qui dans les prairies<br \/>\nSemble suivre au hasard ses tendres r\u00eaveries,<br \/>\nVous enseignent ces plis mollement onduleux.<br \/>\nLoin donc de vos sentiers ces contours anguleux.<br \/>\nSurtout, quand vers le but un long d\u00e9tour vous m\u00e8ne,<br \/>\nSongez que le plaisir doit racheter la peine.<\/p>\n<p>Des po\u00e8tes fameux osez imiter l\u2019art.<br \/>\nSi leur muse en marchant se permet quelque \u00e9cart,<br \/>\nCe d\u00e9tour me rit plus que le chemin lui-m\u00eame.<br \/>\nC\u2019est Nisus d\u00e9fendant Euryale qu\u2019il aime,<br \/>\nC\u2019est au tombeau d\u2019Hector son Andromaque en pleurs.<br \/>\nQu\u2019ainsi votre art m\u2019\u00e9gare en de douces erreurs.<br \/>\nDes plus riants objets \u00e9gayez le passage,<br \/>\nEt qu\u2019au terme arriv\u00e9s votre art nous d\u00e9dommage,<br \/>\nPar d\u2019aimables aspects, de riches ornements,<br \/>\nDe ce vivant po\u00e8me \u00e9pisodes charmants.<\/p>\n<p>Ici, vous m\u2019offrirez des antres verts et sombres,<br \/>\nQu\u2019habitent la fra\u00eecheur, le silence et les ombres.<br \/>\nL\u2019imagination y devance les yeux.<br \/>\nPlus loin, c\u2019est un beau lac qui r\u00e9fl\u00e9chit les cieux.<br \/>\nTant\u00f4t, dans le lointain confuse et fugitive,<br \/>\nSe d\u00e9ploie une riche et vaste perspective.<br \/>\nQuelquefois un bosquet riant, mais recueilli,<br \/>\nPar la nature et vous \u00e0 la fois embelli,<br \/>\nPlein d\u2019ombres et de fleurs, et d\u2019un luxe champ\u00eatre,<br \/>\nSemble dire : \u00ab Arr\u00eatez ; o\u00f9 pouvez-vous mieux \u00eatre ? \u00bb<br \/>\nSoudain la sc\u00e8ne change : au lieu de la gaiet\u00e9,<br \/>\nC\u2019est la m\u00e9lancolie et la tranquillit\u00e9,<br \/>\nC\u2019est le calme imposant des lieux o\u00f9 sont nourries<br \/>\nLa m\u00e9ditation, les longues r\u00eaveries.<br \/>\nL\u00e0, l\u2019homme avec son c\u0153ur revient s\u2019entretenir,<br \/>\nM\u00e9dite le pr\u00e9sent, plonge dans l\u2019avenir,<br \/>\nSonge aux biens, songe aux maux \u00e9pars dans sa carri\u00e8re ;<br \/>\nQuelquefois, rejetant ses regards en arri\u00e8re,<br \/>\nSe pla\u00eet \u00e0 distinguer dans le cercle des jours<br \/>\nCe peu d\u2019instants, h\u00e9las ! et si chers et si courts,<br \/>\nCes fleurs dans un d\u00e9sert, ces temps o\u00f9 le ram\u00e8ne<br \/>\nLe regret du bonheur, et m\u00eame de la peine.<\/p>\n<p>Craignez donc d\u2019imiter ces froids d\u00e9corateurs<br \/>\nQui ne veulent jamais que des objets flatteurs.<br \/>\nJamais rien de hardi dans leurs froids paysages :<br \/>\nPartout de frais berceaux et d\u2019\u00e9l\u00e9gants bocages.<br \/>\nToujours des fleurs, toujours des festons ; c\u2019est toujours<br \/>\nOu le temple de Flore, ou celui des Amours.<br \/>\nLeur gaiet\u00e9 monotone \u00e0 la fin m\u2019importune.<br \/>\nMais vous, osez sortir de la route commune.<br \/>\nInventez, hasardez des contrastes heureux ;<br \/>\nDes effets oppos\u00e9s peuvent s\u2019aider entre eux.<br \/>\nImitez le Poussin. Aux f\u00eates bocag\u00e8res<br \/>\nIl nous peint des bergers et de jeunes berg\u00e8res,<br \/>\nLes bras entrelac\u00e9s dansant sous des ormeaux,<br \/>\nEt pr\u00e8s d\u2019eux une tombe o\u00f9 sont \u00e9crits ces mots :<br \/>\nEt moi, je fus aussi pasteur dans l\u2019Arcadie.<br \/>\nCe tableau des plaisirs, du n\u00e9ant de la vie,<br \/>\nSemble dire : \u00ab Mortels, h\u00e2tez-vous de jouir ;<br \/>\nJeux, danses et bergers, tout va s\u2019\u00e9vanouir \u00bb.<br \/>\nEt dans l\u2019\u00e2me attendrie, \u00e0 la vive all\u00e9gresse<br \/>\nSucc\u00e8de par degr\u00e9s une douce tristesse.<\/p>\n<p>Imitez ces effets. Dans de riants tableaux<br \/>\nNe craignez point d\u2019offrir des urnes, des tombeaux,<br \/>\nD\u2019offrir de vos douleurs le monument fid\u00e8le.<br \/>\nEh ! qui n\u2019a pas pleur\u00e9 quelque perte cruelle ?<br \/>\nLoin d\u2019un monde l\u00e9ger venez donc \u00e0 vos pleurs,<br \/>\nVenez associer les bois, les eaux, les fleurs.<br \/>\nTout devient un ami pour les \u00e2mes sensibles ;<br \/>\nD\u00e9j\u00e0, pour l\u2019embrasser de leurs ombres paisibles,<br \/>\nSe penchent sur la tombe, objet de vos regrets,<br \/>\nL\u2019if, le sombre sapin ; et toi, triste cypr\u00e8s,<br \/>\nFid\u00e8le ami des morts, protecteur de leur cendre,<br \/>\nTa tige ch\u00e8re au c\u0153ur m\u00e9lancolique et tendre,<br \/>\nLaisse la joie au myrte et la gloire au laurier ;<br \/>\nTu n\u2019es point l\u2019arbre heureux de l\u2019amant, du guerrier,<br \/>\nJe le sais ; mais ton deuil compatit \u00e0 nos peines.<\/p>\n<p>Dans tous ces monuments point de recherches vaines.<br \/>\nPouvez-vous allier dans ces objets touchants<br \/>\nL\u2019art avec la douleur, le luxe avec les champs ?<br \/>\nSurtout ne feignez rien. Loin ce cercueil factice,<br \/>\nCes urnes sans douleur, que pla\u00e7a le caprice.<br \/>\nLoin ces vains monuments d\u2019un chien ou d\u2019un oiseau.<br \/>\nC\u2019est profaner le deuil, insulter au tombeau.<\/p>\n<p>Ah ! si d\u2019aucun ami vous n\u2019honorez la cendre,<br \/>\nVoyez sous ces vieux ifs la tombe o\u00f9 vont se rendre<br \/>\nCeux qui, courb\u00e9s pour vous sur des sillons<br \/>\nAu sein de la mis\u00e8re esp\u00e8rent le tr\u00e9pas.<br \/>\nRougiriez-vous d\u2019orner leurs humbles s\u00e9pultures ?<br \/>\nVous n\u2019y pouvez graver d\u2019illustres aventures,<br \/>\nSans doute. Depuis l\u2019aube, o\u00f9 le coq matinal<br \/>\nDes rustiques travaux leur donne le signal,<br \/>\nJusques \u00e0 la veill\u00e9e, o\u00f9 leur jeune famille<br \/>\nEnvironne avec eux le sarment qui p\u00e9tille,<br \/>\nDans les m\u00eames travaux roulent en paix leurs jours.<br \/>\nDes guerres, des trait\u00e9s n\u2019en marquent point le cours.<br \/>\nNa\u00eetre, souffrir, mourir, c\u2019est toute leur histoire.<br \/>\nMais leur c\u0153ur n\u2019est point sourd au bruit de leur m\u00e9moire.<br \/>\nQuel homme vers la vie, au moment du d\u00e9part,<br \/>\nNe se tourne, et ne jette un triste et long regard,<br \/>\n\u00c0 l\u2019espoir d\u2019un regret ne sent pas quelque charme,<br \/>\nEt des yeux d\u2019un ami n\u2019attend pas une larme ?<br \/>\nPour consoler leur vie, honorez donc leur mort.<br \/>\nCelui qui de son rang faisant rougir le sort,<br \/>\nServit son dieu, son roi, son pays, sa famille,<br \/>\nQui grava la pudeur sur le front de sa fille,<br \/>\nD\u2019une pierre moins brute honorez son tombeau ;<br \/>\nTracez-y ses vertus et les pleurs du hameau ;<br \/>\nQu\u2019on y lise : Ci-g\u00eet le bon fils, le bon p\u00e8re,<br \/>\nLe bon \u00e9poux. Souvent un charme involontaire<br \/>\nVers ces enclos sacr\u00e9s appellera vos yeux.<br \/>\nEt toi qui vins chanter sous ces arbres pieux,<br \/>\nAvant de les quitter, muse, que ta guirlande<br \/>\nDemeure \u00e0 leurs rameaux suspendue en offrande.<br \/>\nQue d\u2019autres dans leurs vers c\u00e9l\u00e8brent la beaut\u00e9 ;<br \/>\nQue leur muse, toujours ivre de volupt\u00e9,<br \/>\nNe se montre jamais qu\u2019un myrte sur la t\u00eate,<br \/>\nQu\u2019avec ses chants de joie et ses habits de f\u00eate ;<br \/>\nToi, tu dis au tombeau des chants consolateurs,<br \/>\nEt ta main la premi\u00e8re y jeta quelques fleurs.<\/p>\n<p>Mais entrons, il est temps, sous de plus gais ombrages.<br \/>\nL\u2019architecture encore au fond de ces bocages<br \/>\nM\u2019attend, pour les orner d\u2019\u00e9difices charmants.<br \/>\nCe ne sont plus du deuil les tristes monuments ;<br \/>\nCe sont d\u2019heureux r\u00e9duits, qui parmi la verdure<br \/>\nOffrent sous mille aspects leur riante parure.<br \/>\nMais j\u2019en permets l\u2019usage, et j\u2019en proscris l\u2019abus.<br \/>\nBannissez des jardins tout cet amas confus<br \/>\nD\u2019\u00e9difices divers, prodigu\u00e9s par la mode,<br \/>\nOb\u00e9lisque, rotonde, et kiosk, et pagode,<br \/>\nCes b\u00e2timents romains, grecs, arabes, chinois,<br \/>\nChaos d\u2019architecture, et sans but, et sans choix,<br \/>\nDont la profusion st\u00e9rilement f\u00e9conde<br \/>\nEnferme en un jardin les quatre parts du monde.<br \/>\nN\u2019y cherchez pas non plus un oisif ornement,<br \/>\nEt sous l\u2019utilit\u00e9 d\u00e9guisez l\u2019agr\u00e9ment.<\/p>\n<p>La ferme, le tr\u00e9sor, le plaisir de son ma\u00eetre,<br \/>\nR\u00e9clamera d\u2019abord sa parure champ\u00eatre.<br \/>\nQue l\u2019orgueilleux ch\u00e2teau ne la d\u00e9daigne pas ;<br \/>\nIl lui doit sa richesse ; et ses simples appas<br \/>\nL\u2019emportent sur son luxe, autant que l\u2019art d\u2019Armide<br \/>\nC\u00e8de au souris na\u00eff d\u2019une vierge timide.<br \/>\nLa ferme ! \u00e0 ce seul nom les moissons, les vergers,<br \/>\nLe r\u00e8gne pastoral, les doux soins des bergers,<br \/>\nCes biens de l\u2019\u00e2ge d\u2019or, dont l\u2019image ch\u00e9rie<br \/>\nPlus tant \u00e0 mon enfance, \u00e2ge d\u2019or de la vie,<br \/>\nR\u00e9veillent dans mon c\u0153ur mille regrets touchants.<br \/>\nVenez ; de vos oiseaux j\u2019entends d\u00e9j\u00e0 les chants ;<br \/>\nJ\u2019entends rouler les chars qui tra\u00eenent l\u2019abondance,<br \/>\nEt le bruit des fl\u00e9aux qui tombent en cadence.<\/p>\n<p>Ornez donc ce s\u00e9jour. Mais absurde \u00e0 grands frais,<br \/>\nN\u2019allez pas \u00e9riger une ferme en palais.<br \/>\n\u00c9l\u00e9gante \u00e0 la fois et simple dans son style,<br \/>\nLa ferme est aux jardins ce qu\u2019aux vers est l\u2019idylle.<\/p>\n<p>Ah ! par les dieux des champs, que le luxe effront\u00e9<br \/>\nDe ce modeste lieu soit toujours rejet\u00e9.<br \/>\nN\u2019allez pas d\u00e9guiser vos pressoirs et vos granges.<br \/>\nJe veux voir l\u2019appareil des moissons, des vendanges.<br \/>\nQue le crible, le van o\u00f9 le froment dor\u00e9<br \/>\nBondit avec la paille et retombe \u00e9pur\u00e9,<br \/>\nLa herse, les tra\u00eeneaux, tout l\u2019attirail champ\u00eatre<br \/>\nSans honte \u00e0 mes regards osent ici paro\u00eetre.<br \/>\nSurtout, des animaux que le tableau mouvant<br \/>\nAu-dedans, au-dehors lui donne un air vivant.<br \/>\nCe n\u2019est plus du ch\u00e2teau la parure st\u00e9rile,<br \/>\nLa gr\u00e2ce inanim\u00e9e et la pompe immobile :<br \/>\nTout vit, tout est peupl\u00e9 dans ces murs, sous ces toits.<br \/>\nQue d\u2019oiseaux diff\u00e9rents et d\u2019instinct et de voix,<br \/>\nHabitants sous l\u2019ardoise, ou la tuile, ou le chaume,<br \/>\nFamille, nation, r\u00e9publique, royaume,<br \/>\nM\u2019occupent de leurs m\u0153urs, m\u2019amusent de leurs jeux !<br \/>\n\u00c0 leur t\u00eate est le coq, p\u00e8re, amant, chef heureux,<br \/>\nQui, roi sans tyrannie, et sultan sans mollesse,<br \/>\n\u00c0 son s\u00e9rail ail\u00e9 prodiguant sa tendresse,<br \/>\nAux droits de la valeur joint ceux de la beaut\u00e9,<br \/>\nCommande avec douceur, caresse avec fiert\u00e9,<br \/>\nEt fait pour les plaisirs, et l\u2019empire, et la gloire,<br \/>\nAime, combat, triomphe, et chante sa victoire.<br \/>\nVous aimerez \u00e0 voir leurs jeux et leurs combats,<br \/>\nLeurs haines, leurs amours, et jusqu\u2019\u00e0 leurs repas.<br \/>\nLa corbeille \u00e0 la main, la sage m\u00e9nag\u00e8re<br \/>\n\u00c0 peine a reparu ; la nation l\u00e9g\u00e8re<br \/>\nDu sommet de ses tours, du penchant de ses toits<br \/>\nEn tourbillons bruyants descend tout \u00e0 la fois :<br \/>\nLa foule avide en cercle autour d\u2019elle se presse ;<br \/>\nD\u2019autres, toujours chass\u00e9s et revenant sans cesse,<br \/>\nAssi\u00e8gent la corbeille, et jusques dans la main,<br \/>\nParasites hardis, viennent ravir le grain.<\/p>\n<p>Soignez donc, prot\u00e9gez ce peuple domestique.<br \/>\nQue leur logis soit sain, et non pas magnifique.<br \/>\nQue lui font des r\u00e9duits richement d\u00e9cor\u00e9s,<br \/>\nLe marbre des bassins, les grillages dor\u00e9s ?<br \/>\nUn seul grain de millet leur plairoit davantage.<br \/>\nLa Fontaine l\u2019a dit. \u00d4 v\u00e9ritable sage !<br \/>\nLa Fontaine, c\u2019est toi qu\u2019il faudroit en ces lieux ;<br \/>\nChantre heureux de l\u2019instinct, ils t\u2019inspireroient mieux.<br \/>\nLe paon, fier d\u2019\u00e9taler l\u2019iris qui le d\u00e9core,<br \/>\nDu dindon rengorg\u00e9 l\u2019orgueil plus sot encore,<br \/>\nPourroient \u00e0 nos d\u00e9pens \u00e9gayer ton pinceau.<br \/>\nL\u00e0, de tes deux pigeons tu verrois le tableau,<br \/>\nEt deux coqs amoureux \u00e0 la discorde en proie,<br \/>\nTe feroient dire encore : \u00ab Amour, tu perdis Troie \u00bb !<br \/>\nAinsi nous pla\u00eet la ferme et son air anim\u00e9.<\/p>\n<p>Mais dans cet autre lieu, quel peuple renferm\u00e9<br \/>\nDe ses cris inconnus a frapp\u00e9 mes oreilles ?<br \/>\nL\u00e0, sont des animaux, \u00e9trang\u00e8res merveilles.<br \/>\nL\u00e0, dans un doux exil vivent emprisonn\u00e9s<br \/>\nQuadrup\u00e8des, oiseaux, l\u2019un de l\u2019autre \u00e9tonn\u00e9s.<br \/>\nN\u2019allez point rechercher les esp\u00e8ces bizarres.<br \/>\nPr\u00e9f\u00e9rez les plus beaux, et non pas les plus rares.<br \/>\nOffrez-nous ces oiseaux qui, n\u00e9s sous d\u2019autres cieux,<br \/>\nFavoris du soleil, brillent de tous ses feux,<br \/>\nL\u2019or pourpr\u00e9 du faisan, l\u2019\u00e9mail de la pintade.<br \/>\nLogez plus richement ces oiseaux de parade ;<br \/>\nEux-m\u00eames sont un luxe, et puisque leur beaut\u00e9<br \/>\nRach\u00e8te \u00e0 vos regards leur inutilit\u00e9,<br \/>\nDe ces captifs brillants que les prisons soient belles.<br \/>\nSurtout ne m\u2019offrez point ces animaux rebelles,<br \/>\nDe qui l\u2019orgueil s\u2019indigne, et languit dans nos fers.<br \/>\nEh quel \u0153il sans regret peut voir le roi des airs,<br \/>\nL\u2019aigle, qui se jouoit au milieu de l\u2019orage,<br \/>\nOublier aujourd\u2019hui dans une indigne cage<br \/>\nLa fiert\u00e9 de son vol, et l\u2019\u00e9clair de ses yeux ?<br \/>\nRendez-lui le soleil et la vo\u00fbte des cieux :<br \/>\nUn \u00eatre d\u00e9grad\u00e9 ne peut jamais nous plaire.<\/p>\n<p>Mais tandis qu\u2019\u00e9talant leur parure \u00e9trang\u00e8re,<br \/>\nCes h\u00f4tes diff\u00e9rents semblent briguer mon choix,<br \/>\nMon odorat charm\u00e9 m\u2019appelle sous ces toits<br \/>\nO\u00f9, de m\u00eame exil\u00e9s et ravis \u00e0 leur terre,<br \/>\nD\u2019\u00e9trangers v\u00e9g\u00e9taux habitent sous le verre.<br \/>\nEntourez d\u2019un air doux ces fr\u00eales nourrissons.<br \/>\nMais vainqueur des climats, respectez les saisons ;<br \/>\nNe forcez point d\u2019\u00e9clore, au sein de la froidure,<br \/>\nDes biens qu\u2019\u00e0 d\u2019autres temps destinoit la nature.<br \/>\nLaissez aux lieux fl\u00e9tris par des hivers constants<br \/>\nCes fruits d\u2019un faux \u00e9t\u00e9, ces fleurs d\u2019un faux printemps ;<br \/>\nEt lorsque le soleil va m\u00fbrir vos richesses,<br \/>\nSans forcer ses pr\u00e9sents, attendez ses largesses.<\/p>\n<p>Mais j\u2019aime \u00e0 voir ces toits, ces abris transparents<br \/>\nReceler des climats les tributs diff\u00e9rents,<br \/>\nCet asile enhardir le jasmin d\u2019Ib\u00e9rie,<br \/>\nLa pervenche frileuse oublier sa patrie,<br \/>\nEt le jaune ananas par ces chaleurs tromp\u00e9<br \/>\nVous livrer de son fruit le tr\u00e9sor usurp\u00e9.<\/p>\n<p>Motivez donc toujours vos divers \u00e9difices,<br \/>\nDes animaux, des fleurs agr\u00e9ables hospices.<br \/>\nCombien d\u2019autres encore, adopt\u00e9s par les lieux,<br \/>\nApprouv\u00e9s par le go\u00fbt, peuvent charmer nos yeux ?<br \/>\nSous ces saules que baigne une onde salutaire,<br \/>\nJe placerois du bain l\u2019asile solitaire.<br \/>\nPlus loin, une cabane, o\u00f9 r\u00e8gne la fra\u00eecheur,<br \/>\nOffriroit les filets et la ligne au p\u00eacheur.<\/p>\n<p>Vous voyez de ce bois la douce solitude ;<br \/>\nJ\u2019y consacre un asile aux muses, \u00e0 l\u2019\u00e9tude.<br \/>\nDans ce majestueux et long enfoncement<br \/>\nJ\u2019ordonne un ob\u00e9lisque, auguste monument.<br \/>\nIl s\u2019\u00e9l\u00e8ve, et j\u2019\u00e9cris sur la pierre attendrie :<br \/>\n\u00c0 nos braves marins, mourants pour la patrie.<\/p>\n<p>Ainsi vos b\u00e2timents, vos asiles divers<br \/>\nNe seront point oisifs, ne seront point d\u00e9serts.<br \/>\nAu site assortissez leur figure, leur masse.<br \/>\nQue chacun avec go\u00fbt \u00e9tabli dans sa place,<br \/>\nJamais trop resserr\u00e9, jamais trop \u00e9tendu,<br \/>\nN\u2019\u00e9clipse point la sc\u00e8ne, et n\u2019y soit point perdu.<\/p>\n<p>Sachez ce qui convient ou nuit au caract\u00e8re.<br \/>\nUn r\u00e9duit \u00e9cart\u00e9 dans un lieu solitaire<br \/>\nPeint mieux la solitude encore et l\u2019abandon.<br \/>\nMontrez-vous donc fid\u00e8le \u00e0 chaque expression.<br \/>\nN\u2019allez pas au grand jour offrir un ermitage.<br \/>\nNe cachez point un temple au fond d\u2019un bois sauvage ;<br \/>\nUn temple veut paro\u00eetre au penchant d\u2019un coteau.<br \/>\nSon site a\u00e9rien r\u00e9pand dans le tableau<br \/>\nL\u2019\u00e9clat, la majest\u00e9, le mouvement, la vie.<br \/>\nJe crois voir un aspect de la belle Ausonie.<br \/>\nTelle est des b\u00e2timents la gr\u00e2ce et la beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Mais de ces monuments la brillante gaiet\u00e9,<br \/>\nEt leur luxe moderne, et leur fra\u00eeche jeunesse,<br \/>\nDes antiques d\u00e9bris valent-ils la vieillesse ?<br \/>\nL\u2019aspect d\u00e9sordonn\u00e9 de ces grands corps \u00e9pars,<br \/>\nLeur forme pittoresque attache les regards.<br \/>\nPar eux le cours des ans est marqu\u00e9 sur la terre.<br \/>\nD\u00e9truits par les volcans ou l\u2019orage ou la guerre,<br \/>\nIls instruisent toujours, consolent quelquefois.<br \/>\nCes masses qui du temps sentent aussi le poids,<br \/>\nEnseignent \u00e0 c\u00e9der \u00e0 ce commun ravage,<br \/>\n\u00c0 pardonner au sort. Telle jadis Carthage<br \/>\nVit sur ses murs d\u00e9truits Marius malheureux,<br \/>\nEt ces deux grands d\u00e9bris se consoloient entre eux.<\/p>\n<p>Liez donc \u00e0 vos plants ces v\u00e9n\u00e9rables restes.<br \/>\nEt toi, qui m\u2019\u00e9garant dans ces sites agrestes,<br \/>\nBien loin des lieux fray\u00e9s, des vulgaires chemins,<br \/>\nPar des sentiers nouveaux guides l\u2019art des jardins,<br \/>\n\u00d4 s\u0153ur de la peinture, aimable po\u00e9sie,<br \/>\n\u00c0 ces vieux monuments viens redonner la vie :<br \/>\nViens pr\u00e9senter au go\u00fbt ces riches accidents,<br \/>\nQue de ses lentes mains a dessin\u00e9s le temps.<\/p>\n<p>Tant\u00f4t, c\u2019est une antique et modeste chapelle,<br \/>\nSaint asile, o\u00f9 jadis dans la saison nouvelle,<br \/>\nVierges, femmes, enfants, sur un rustique autel<br \/>\nVenaient pour les moissons implorer l\u2019\u00e9ternel.<br \/>\nUn long respect consacre encore ces ruines.<br \/>\nTant\u00f4t, c\u2019est un vieux fort, qui, du haut des collines,<br \/>\nTyran de la contr\u00e9e, effroi de ses vassaux,<br \/>\nPortoit jusques au ciel l\u2019orgueil de ses cr\u00e9neaux ;<br \/>\nQui, dans ces temps affreux de discorde et d\u2019alarmes,<br \/>\nVit les grands coups de lance et les nobles faits d\u2019armes<br \/>\nDe nos preux chevaliers, des Bayards, des Henris ;<br \/>\nAujourd\u2019hui la moisson flotte sur ses d\u00e9bris.<br \/>\nCes d\u00e9bris, cette m\u00e2le et triste architecture,<br \/>\nQu\u2019environne une fra\u00eeche et riante verdure,<br \/>\nCes angles, ces glacis, ces vieux restes de tours,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019oiseau couve en paix le fruit de ses amours,<br \/>\nEt ces troupeaux peuplant ces enceintes guerri\u00e8res,<br \/>\nEt l\u2019enfant qui se joue o\u00f9 combattoient ses p\u00e8res,<br \/>\nSaisissez ce contraste, et d\u00e9ployez aux yeux<br \/>\nCe tableau doux et fier, champ\u00eatre et belliqueux.<\/p>\n<p>Plus loin, une abbaye antique, abandonn\u00e9e,<br \/>\nTout \u00e0 coup s\u2019offre aux yeux de bois environn\u00e9e.<br \/>\nQuel silence ! C\u2019est l\u00e0 qu\u2019amante du d\u00e9sert<br \/>\nLa M\u00e9ditation avec plaisir se perd<br \/>\nSous ces portiques saints, o\u00f9 des vierges aust\u00e8res,<br \/>\nJadis, comme ces feux, ces lampes solitaires<br \/>\nDont les mornes clart\u00e9s veillent dans le saint lieu,<br \/>\nP\u00e2les, veilloient, br\u00fbloient, se consumoient pour Dieu.<br \/>\nLe saint recueillement, la paisible innocence<br \/>\nSemble encor de ces lieux habiter le silence.<br \/>\nLa mousse de ces murs, ce d\u00f4me, cette tour,<br \/>\nLes arcs de ce long clo\u00eetre imp\u00e9n\u00e9trable au jour,<br \/>\nLes degr\u00e9s de l\u2019autel us\u00e9s par la pri\u00e8re,<br \/>\nCes noirs vitraux, ce sombre et profond sanctuaire<br \/>\nO\u00f9 peut-\u00eatre des c\u0153urs en secret malheureux<br \/>\n\u00c0 l\u2019inflexible autel se plaignoient de leurs n\u0153uds,<br \/>\nEt pour des souvenirs encor trop pleins de charmes,<br \/>\n\u00c0 la religion d\u00e9roboient quelques larmes ;<br \/>\nTout parle, tout \u00e9meut dans ce s\u00e9jour sacr\u00e9.<br \/>\nL\u00e0, dans la solitude en r\u00eavant \u00e9gar\u00e9,<br \/>\nQuelquefois vous croirez, au d\u00e9clin d\u2019un jour sombre,<br \/>\nD\u2019une H\u00e9lo\u00efse en pleurs entendre g\u00e9mir l\u2019ombre.<br \/>\nMettez donc \u00e0 profit ces restes pr\u00e9cieux,<br \/>\nAugustes ou touchants, profanes ou pieux.<\/p>\n<p>Mais loin ces monuments dont la ruine feinte<br \/>\nImite mal du temps l\u2019inimitable empreinte,<br \/>\nTous ces temples anciens r\u00e9cemment contrefaits,<br \/>\nCes restes d\u2019un ch\u00e2teau qui n\u2019exista jamais,<br \/>\nCes vieux ponts n\u00e9s d\u2019hier, et cette tour gothique,<br \/>\nAyant l\u2019air d\u00e9labr\u00e9, sans avoir l\u2019air antique,<br \/>\nArtifice \u00e0 la fois impuissant et grossier.<br \/>\nJe crois voir cet enfant tristement grimacier,<br \/>\nQui, jouant la vieillesse et ridant son visage,<br \/>\nPerd, sans paro\u00eetre vieux, les gr\u00e2ces du jeune \u00e2ge.<br \/>\nMais un d\u00e9bris r\u00e9el int\u00e9resse mes yeux.<br \/>\nJadis contemporain de nos simples a\u00efeux,<br \/>\nJ\u2019aime \u00e0 l\u2019interroger, je me plais \u00e0 le croire.<br \/>\nDes peuples et des temps il me redit l\u2019histoire.<br \/>\nPlus ces temps sont fameux, plus ces peuples sont grands,<br \/>\nEt plus j\u2019admirerai ces restes imposants.<\/p>\n<p>\u00d4 champs de l\u2019Italie ! \u00f4 campagnes de Rome,<br \/>\nO\u00f9 dans tout son orgueil g\u00eet le n\u00e9ant de l\u2019homme !<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 que des d\u00e9bris fameux par de grands noms,<br \/>\nPleins de grands souvenirs et de hautes le\u00e7ons,<br \/>\nVous offrent ces aspects, tr\u00e9sors des paysages.<br \/>\nVoyez de toutes parts, comment le cours des \u00e2ges<br \/>\nDispersant, d\u00e9chirant de pr\u00e9cieux lambeaux,<br \/>\nJetant temple sur temple, et tombeaux sur tombeaux,<br \/>\nDe Rome \u00e9tale au loin la ruine immortelle ;<br \/>\nCes portiques, ces arcs, o\u00f9 la pierre fid\u00e8le<br \/>\nGarde du peuple-roi les exploits \u00e9clatants ;<br \/>\nLeur masse indestructible a fatigu\u00e9 le temps.<br \/>\nDes fleuves suspendus ici mugissoit l\u2019onde ;<br \/>\nSous ces portes passoient les d\u00e9pouilles du monde ;<br \/>\nPartout confus\u00e9ment dans la poussi\u00e8re \u00e9pars,<br \/>\nLes thermes, les palais, les tombeaux des C\u00e9sars,<br \/>\nTandis que de Virgile, et d\u2019Ovide, et d\u2019Horace,<br \/>\nLa douce illusion nous montre encor la trace.<br \/>\nHeureux, cent fois heureux l\u2019artiste des jardins,<br \/>\nDont l\u2019art peut s\u2019emparer de ces restes divins !<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 la main du temps sourdement le seconde ;<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 sur les grandeurs de ces ma\u00eetres du monde<br \/>\nLa nature se pla\u00eet \u00e0 reprendre ses droits.<br \/>\nAu lieu m\u00eame o\u00f9 Pomp\u00e9e, heureux vainqueur des rois,<br \/>\n\u00c9taloit tant de faste, ainsi qu\u2019aux jours d\u2019\u00c9vandre,<br \/>\nLa fl\u00fbte des bergers revient se faire entendre.<br \/>\nVoyez rire ces champs au laboureur rendus,<br \/>\nSur ces combles tremblants ces chevreaux suspendus,<br \/>\nL\u2019orgueilleux ob\u00e9lisque au loin couch\u00e9 sur l\u2019herbe,<br \/>\nL\u2019humble ronce embrassant la colonne superbe ;<br \/>\nCes for\u00eats d\u2019arbrisseaux, de plantes, de buissons,<br \/>\nMontant, tombant en grappe, en touffes, en festons,<br \/>\nPar le souffle des vents sem\u00e9s sur ces ruines ;<br \/>\nLe figuier, l\u2019olivier, de leurs foibles racines<br \/>\nAch\u00e8vent d\u2019\u00e9branler l\u2019ouvrage des romains ;<br \/>\nEt la vigne flexible, et le lierre aux cent mains,<br \/>\nAutour de ces d\u00e9bris rampant avec souplesse,<br \/>\nSemblent vouloir cacher ou parer leur vieillesse.<\/p>\n<p>Mais si vous n\u2019avez pas ces restes renomm\u00e9s,<br \/>\nN\u2019avez-vous pas du moins ces bronzes anim\u00e9s,<br \/>\nEt ces marbres vivants, d\u00e9it\u00e9s des vieux \u00e2ges,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019art seul fut divin et for\u00e7a les hommages ?<\/p>\n<p>Je sais qu\u2019un go\u00fbt s\u00e9v\u00e8re a voulu des jardins<br \/>\nExiler tous ces dieux des grecs et des romains.<br \/>\nEt pourquoi ? Dans Ath\u00e8ne et dans Rome nourrie,<br \/>\nNotre enfance a connu leur riante f\u00e9erie.<br \/>\nCes dieux n\u2019\u00e9toient-ils pas laboureurs et bergers ?<br \/>\nPourquoi donc leur fermer vos bois et vos vergers ?<br \/>\nSans Pomone, vos fruits oseront-ils \u00e9clore ?<br \/>\nDe l\u2019empire des fleurs pouvez-vous chasser Flore ?<br \/>\nAh ! que ces dieux toujours enchantent nos regards !<br \/>\nL\u2019idol\u00e2trie encore est le culte des arts.<br \/>\nMais que l\u2019art soit parfait ; loin des jardins qu\u2019on chasse<br \/>\nCes dieux sans majest\u00e9, ces d\u00e9esses sans gr\u00e2ce.<br \/>\n\u00c0 chaque d\u00e9it\u00e9 choisissez son vrai lieu.<br \/>\nQu\u2019un dieu n\u2019usurpe pas les droits d\u2019un autre dieu.<br \/>\nLaissez Pan dans les bois. D\u2019o\u00f9 vient que ces Na\u00efades,<br \/>\nQue ces tritons \u00e0 sec se m\u00ealent aux dryades ?<br \/>\nPourquoi ce Nil en vain couronn\u00e9 de roseaux,<br \/>\nEt dont l\u2019urne poudreuse est l\u2019abri des oiseaux ?<br \/>\n\u00d4tez-moi ces lions et ces tigres sauvages :<br \/>\nCes monstres me font peur, m\u00eame dans leurs images ;<br \/>\nEt ces tristes C\u00e9sars, cent fois plus monstres qu\u2019eux,<br \/>\nAux portes des bosquets sentinelles affreux,<br \/>\nQui tout hideux encor de soup\u00e7ons et de crimes,<br \/>\nSemblent encor de l\u2019\u0153il d\u00e9signer leurs victimes,<br \/>\nDe quel droit s\u2019offrent-ils dans ce riant s\u00e9jour ?<br \/>\nMontrez-moi des mortels plus chers \u00e0 notre amour.<br \/>\nEn des lieux consacr\u00e9s \u00e0 leur apoth\u00e9ose,<br \/>\nCr\u00e9ez un \u00e9lys\u00e9e o\u00f9 leur ombre repose.<br \/>\nLoin des profanes yeux, dans des vallons couverts<br \/>\nDe lauriers odorants, de myrtes toujours verts,<br \/>\nEn marbre de Paros offrez-nous leurs images.<br \/>\nQu\u2019une eau lente se plaise \u00e0 baigner ces bocages,<br \/>\nEt qu\u2019aux ombres du soir m\u00ealant un jour douteux,<br \/>\nDiane aux doux rayons soit l\u2019astre de ces lieux.<br \/>\nLeur tranquille beaut\u00e9, sous ces dais de verdure<br \/>\nDe ces marbres ch\u00e9ris la blancheur tendre et pure,<br \/>\nCes grands hommes, leur calme et simple majest\u00e9,<br \/>\nCette eau silencieuse, image du L\u00e9th\u00e9,<br \/>\nQui semble pour leurs c\u0153urs exempts d\u2019inqui\u00e9tude<br \/>\nRouler l\u2019oubli des maux et de l\u2019ingratitude,<br \/>\nCes bois, ce jour mourant sous leur ombrage \u00e9pais,<br \/>\nTout des m\u00e2nes heureux y respire la paix.<br \/>\nVous donc, n\u2019y consacrez que des vertus tranquilles.<br \/>\nLoin tous ces conqu\u00e9rants en ravages fertiles :<br \/>\nComme ils troubloient le monde, ils troubleroient ces lieux.<br \/>\nPlacez-y les amis des hommes et des dieux,<br \/>\nCeux qui par des bienfaits vivent dans la m\u00e9moire,<br \/>\nCes rois dont leurs sujets n\u2019ont point pleur\u00e9 la gloire.<br \/>\nMontrez-y F\u00e9nelon \u00e0 notre \u0153il attendri ;<br \/>\nQue Sully s\u2019y rel\u00e8ve embrass\u00e9 par Henri.<\/p>\n<p>Donnez des fleurs, donnez ; j\u2019en couvrirai ces sages<br \/>\nQui, dans un noble exil, sur de lointains rivages<br \/>\nCherchoient ou r\u00e9pandoient les arts consolateurs ;<br \/>\nToi surtout, brave Cook, qui, cher \u00e0 tous les c\u0153urs,<br \/>\nUnis par les regrets la France et l\u2019Angleterre ;<br \/>\nToi qui, dans ces climats o\u00f9 le bruit du tonnerre<br \/>\nNous annon\u00e7oit jadis, Triptol\u00e8me nouveau,<br \/>\nApportois le coursier, la brebis, le taureau,<br \/>\nLe soc cultivateur, les arts de ta patrie,<br \/>\nEt des brigands d\u2019Europe expiois la furie.<br \/>\nTa voile en arrivant leur annon\u00e7oit la paix,<br \/>\nEt ta voile en partant leur laissoit des bienfaits.<br \/>\nRe\u00e7ois donc ce tribut d\u2019un enfant de la France.<br \/>\nEt que fait son pays \u00e0 ma reconnoissance ?<br \/>\nSes vertus en ont fait notre concitoyen.<br \/>\nImitons notre roi, digne d\u2019\u00eatre le sien.<br \/>\nH\u00e9las ! de quoi lui sert que deux fois son audace<br \/>\nAit vu des cieux br\u00fblants, fendu des mers de glace ;<br \/>\nQue des peuples, des vents, des ondes r\u00e9v\u00e9r\u00e9,<br \/>\nSeul sur les vastes mers son vaisseau f\u00fbt sacr\u00e9 ;<br \/>\nQue pour lui seul la guerre oubli\u00e2t ses ravages ?<br \/>\nL\u2019ami du monde, h\u00e9las ! meurt en proie aux sauvages.<br \/>\nVous qui pleurez sa mort, fiers enfants d\u2019Albion,<br \/>\nImitez, il est temps, sa noble ambition.<br \/>\nPourquoi dans vos \u00e9gaux cherchez-vous des esclaves ?<br \/>\nPortez-leur des bienfaits et non pas des entraves.<br \/>\nLe front ceint de lauriers cueillis par les Fran\u00e7ois,<br \/>\nLa victoire aujourd\u2019hui sollicite la paix.<br \/>\nDescends, aimable paix, si longtemps attendue,<br \/>\nDescends ; que ta pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019univers rendue,<br \/>\nEmbellisse les lieux qu\u2019ont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s mes vers ;<br \/>\nViens ; forme un peuple heureux de cent peuples divers.<br \/>\nRends l\u2019abondance aux champs, rends le commerce aux ondes,<br \/>\nEt la vie aux beaux arts, et le calme aux deux mondes.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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