{"id":16131,"date":"2025-05-18T23:45:02","date_gmt":"2025-05-18T21:45:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=16131"},"modified":"2025-05-18T23:45:02","modified_gmt":"2025-05-18T21:45:02","slug":"chant-troisieme","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-troisieme\/","title":{"rendered":"Chant troisi\u00e8me"},"content":{"rendered":"<p>Je chantois les jardins, les vergers et les bois,<br \/>\nQuand le cri de Bellone a retenti trois fois.<br \/>\n\u00c0 ces cris, arrach\u00e9s des foyers de leurs p\u00e8res,<br \/>\nNos guerriers ont vol\u00e9 sur des mers \u00e9trang\u00e8res,<br \/>\nEt Mars a de V\u00e9nus d\u00e9sert\u00e9 les bosquets.<br \/>\nDieux des champs, dieux amis de l\u2019innocente paix,<br \/>\nNe craignez rien. Louis, au lieu de vous d\u00e9truire,<br \/>\nVeut sur des bords lointains \u00e9tendre votre empire ;<br \/>\nIl veut qu\u2019un peuple ami, trop longtemps opprim\u00e9,<br \/>\nRecueille en paix le grain que ses mains ont sem\u00e9.<br \/>\nEt vous, jeunes guerriers qu\u2019admire un autre monde,<br \/>\nJe ne puis vers York, sur les gouffres de l\u2019onde<br \/>\nSuivre votre valeur ; mais pour votre retour<br \/>\nMa muse des jardins embellit le s\u00e9jour.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 j\u2019ordonne aux fleurs de cro\u00eetre pour vos t\u00eates ;<br \/>\nPour vous de myrtes verts des couronnes sont pr\u00eates.<br \/>\nJe pr\u00e9pare pour vous le murmure des eaux,<br \/>\nLes tapis des gazons, les abris des berceaux,<br \/>\nO\u00f9 mollement assis, oubliant les alarmes,<br \/>\nTranquilles vous direz la gloire de nos armes,<br \/>\nTandis qu\u2019entre la crainte et l\u2019espoir suspendus,<br \/>\nVos enfants fr\u00e9miront d\u2019un danger qui n\u2019est plus.<\/p>\n<p>Achevons cependant d\u2019orner ces frais asiles.<br \/>\nJadis dans nos jardins les fables infertiles,<br \/>\nTristes, secs, et du jour r\u00e9fl\u00e9chissant les feux,<br \/>\nImportunoient les pieds et fatiguoient les yeux.<br \/>\nTout \u00e9toit nu, br\u00fblant ; mais enfin l\u2019Angleterre<br \/>\nNous apprit l\u2019art d\u2019orner et d\u2019habiller la terre.<br \/>\nSoignez donc ces gazons d\u00e9ploy\u00e9s sur son sein.<br \/>\nSans cesse l\u2019arrosoir ou la faux \u00e0 la main,<br \/>\nD\u00e9salt\u00e9rez leur soif, tondez leur chevelure.<br \/>\nQue le roulant cylindre en foule la verdure.<br \/>\nQue toujours bien choisis, bien unis, bien serr\u00e9s,<br \/>\nDe l\u2019herbe usurpatrice avec soin d\u00e9livr\u00e9s,<br \/>\nDu plus tendre duvet ils gardent la finesse ;<br \/>\nEt quelquefois enfin r\u00e9parez leur vieillesse.<br \/>\nR\u00e9servez toutefois aux lieux moins \u00e9loign\u00e9s<br \/>\nCe luxe de verdure et ces gazons soign\u00e9s.<br \/>\nDu reste composez une riche p\u00e2ture,<br \/>\nEt que vos seuls troupeaux en fassent la culture.<br \/>\nAinsi vous formerez des nourrissons nombreux,<br \/>\nDes engrais pour vos champs, des tableaux pour vos yeux.<br \/>\nNe rougissez donc point, quoique l\u2019orgueil en gronde,<br \/>\nD\u2019ouvrir vos parcs au b\u0153uf, \u00e0 la vache f\u00e9conde,<br \/>\nQui ne d\u00e9grade plus ni vos parcs, ni mes vers.<\/p>\n<p>Mais c\u2019est peu de cr\u00e9er ces vastes tapis verts ;<br \/>\nIl en faut avec go\u00fbt savoir choisir les formes.<br \/>\nCraignez pour eux l\u2019ennui des cadres uniformes.<br \/>\nEn d\u2019insipides ronds, ou d\u2019ennuyeux carr\u00e9s,<br \/>\nJe ne veux point les voir tristement resserr\u00e9s.<br \/>\nUn air de libert\u00e9 fait leur premi\u00e8re gr\u00e2ce.<br \/>\nQue tant\u00f4t dans les bois, dont l\u2019ombre les embrasse,<br \/>\nD\u2019un air myst\u00e9rieux ils aillent se cacher,<br \/>\nEt que tant\u00f4t les bois les reviennent chercher.<br \/>\nTelle est d\u2019un beau gazon la forme simple et pure.<\/p>\n<p>Voulez-vous mieux l\u2019orner ? Imitez la nature.<br \/>\nElle \u00e9maille les pr\u00e9s des plus riches couleurs.<br \/>\nH\u00e2tez-vous ; vos jardins vous demandent des fleurs.<br \/>\nFleurs charmantes ! par vous la nature est plus belle ;<br \/>\nDans ses brillants tableaux l\u2019art vous prend pour mod\u00e8le ;<br \/>\nSimples tributs du c\u0153ur, vos dons sont chaque jour<br \/>\nOfferts par l\u2019amiti\u00e9, hasard\u00e9s par l\u2019amour.<br \/>\nD\u2019embellir la beaut\u00e9 vous obtenez la gloire ;<br \/>\nLe laurier vous permet de parer la victoire ;<br \/>\nPlus d\u2019un hameau vous donne en prix \u00e0 la pudeur.<br \/>\nL\u2019autel m\u00eame o\u00f9 de Dieu repose la grandeur,<br \/>\nSe parfume au printemps de vos douces offrandes,<br \/>\nEt la religion sourit \u00e0 vos guirlandes.<br \/>\nMais c\u2019est dans nos jardins qu\u2019est votre heureux s\u00e9jour.<br \/>\nFilles de la ros\u00e9e et de l\u2019astre du jour,<br \/>\nVenez donc de nos champs d\u00e9corer le th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p>N\u2019attendez pas pourtant qu\u2019amateur idol\u00e2tre,<br \/>\nAu lieu de vous jeter par touffes, par bouquets,<br \/>\nJ\u2019aille de lits en lits, de parquets en parquets,<br \/>\nDe chaque fleur nouvelle attendre la naissance,<br \/>\nObserver ses couleurs, \u00e9pier leur nuance.<br \/>\nJe sais que dans Harlem plus d\u2019un triste amateur<br \/>\nAu fond de ses jardins s\u2019enferme avec sa fleur,<br \/>\nPour voir sa renoncule avant l\u2019aube s\u2019\u00e9veille,<br \/>\nD\u2019une an\u00e9mone unique adore la merveille,<br \/>\nOu, d\u2019un rival heureux enviant le secret,<br \/>\nAch\u00e8te au poids de l\u2019or les taches d\u2019un \u0153illet.<br \/>\nLaissez-lui sa manie et son amour bizarre ;<br \/>\nQu\u2019il poss\u00e8de en jaloux et jouisse en avare.<\/p>\n<p>Sans ob\u00e9ir aux lois d\u2019un art capricieux,<br \/>\nFleurs, parure des champs et d\u00e9lices des yeux,<br \/>\nDe vos riches couleurs venez peindre la terre.<br \/>\nVenez : mais n\u2019allez pas dans les buis d\u2019un parterre<br \/>\nRenfermer vos appas tristement rel\u00e9gu\u00e9s.<br \/>\nQue vos heureux tr\u00e9sors soient partout prodigu\u00e9s.<br \/>\nTant\u00f4t de ces tapis \u00e9maillez la verdure ;<br \/>\nTant\u00f4t de ces sentiers \u00e9gayez la bordure.<br \/>\nFormez-vous en bouquets ; entourez ces berceaux ;<br \/>\nEn m\u00e9andres brillants courez au bord des eaux,<br \/>\nOu tapissez ces murs, ou dans cette corbeille<br \/>\nDu choix de vos parfums embarrassez l\u2019abeille.<br \/>\nQue Rapin, vous suivant dans toutes les saisons,<br \/>\nD\u00e9crive tous vos traits, rappelle tous vos noms ;<br \/>\n\u00c0 de si longs d\u00e9tails le dieu du go\u00fbt s\u2019oppose.<br \/>\nMais qui peut refuser un hommage \u00e0 la rose,<br \/>\nLa rose, dont V\u00e9nus compose ses bosquets,<br \/>\nLe printemps sa guirlande, et l\u2019amour ses bouquets,<br \/>\nQu\u2019Anacr\u00e9on chanta, qui formoit avec gr\u00e2ce<br \/>\nDans les jours de festin la couronne d\u2019Horace ?<br \/>\nMais ce riant sujet pla\u00eet trop \u00e0 mes pinceaux,<br \/>\nDestin\u00e9s \u00e0 tracer de plus m\u00e2les tableaux.<\/p>\n<p>\u00d4 vous, dont je foulois les pelouses fleuries,<br \/>\nAdieu, charmants bosquets, adieu, vertes prairies ;<br \/>\nCes masses de rochers confus\u00e9ment \u00e9pars<br \/>\nSur leur informe aspect appellent mes regards.<br \/>\nDe nos jardins vou\u00e9s \u00e0 la monotonie<br \/>\nLeur sublime \u00e2pret\u00e9 jadis \u00e9toit bannie.<br \/>\nDepuis qu\u2019enfin le peintre y prescrivant des lois,<br \/>\nSur l\u2019arpenteur timide a repris tous ses droits,<br \/>\nNos jardins plus hardis de ces effets s\u2019emparent.<br \/>\nMais de quelque beaut\u00e9 que ces masses les parent,<br \/>\nSi le sol n\u2019offre point ces blocs majestueux,<br \/>\nDe la nature en vain rival pr\u00e9somptueux,<br \/>\nL\u2019art en voudroit tenter une infid\u00e8le image.<br \/>\nDu haut des vrais rochers, sa demeure sauvage,<br \/>\nLa nature se rit de ces rocs contrefaits,<br \/>\nD\u2019un travail impuissant avortons imparfaits.<\/p>\n<p>Loin de ces froids essais qu\u2019un vain effort \u00e9tale,<br \/>\nAux champs de Midleton, aux monts de Dovedale,<br \/>\nWhateli, je te suis ; viens, j\u2019y monte avec toi.<br \/>\nQue je m\u2019y sens saisi d\u2019un agr\u00e9able effroi !<br \/>\nTous ces rocs variant leurs gigantesques cimes,<br \/>\nVers le ciel \u00e9lanc\u00e9s, roul\u00e9s dans des ab\u00eemes,<br \/>\nL\u2019un par l\u2019autre appuy\u00e9s, l\u2019un sur l\u2019autre \u00e9tendus,<br \/>\nQuelquefois dans les airs hardiment suspendus,<br \/>\nLes uns taill\u00e9s en tours, en arcades rustiques,<br \/>\nQuelques-uns \u00e0 travers leurs noir\u00e2tres portiques<br \/>\nDu ciel dans le lointain laissant percer l\u2019azur,<br \/>\nDes sources, des ruisseaux le cours brillant et pur,<br \/>\nTout rappelle \u00e0 l\u2019esprit ces magiques retraites,<br \/>\nCes romanesques lieux qu\u2019ont chant\u00e9s les po\u00e8tes.<br \/>\nHeureux si ces grands traits embellissent vos champs !<\/p>\n<p>Mais dans votre tableau leurs tons seroient tranchants.<br \/>\nC\u2019est l\u00e0, c\u2019est pour dompter leur inculte \u00e9nergie,<br \/>\nQu\u2019il faut d\u2019un enchanteur le charme et la magie.<br \/>\nCet enchanteur, c\u2019est l\u2019art ; ces charmes, sont les bois.<br \/>\nIl parle ; les rochers s\u2019ombragent \u00e0 sa voix,<br \/>\nEt semblent s\u2019applaudir de leur pompe \u00e9trang\u00e8re.<br \/>\nMais en ornant ainsi leur s\u00e9cheresse aust\u00e8re,<br \/>\nVariez bien vos plants. Offrez aux spectateurs<br \/>\nDes contrastes de tons, de formes, de couleurs.<br \/>\nQue les plus beaux rochers sortent par intervalles.<br \/>\nN\u2019interromprez-vous point ces masses trop \u00e9gales ?<br \/>\nCachez ou d\u00e9couvrez, variez \u00e0 la fois<br \/>\nLes bois par les rochers, les rochers par les bois.<\/p>\n<p>N\u2019avez-vous pas encor, pour former leur parure,<br \/>\nDes arbustes rampants l\u2019errante chevelure ?<br \/>\nJ\u2019aime \u00e0 voir ces rameaux, ces souples rejetons,<br \/>\nSur leurs arides flancs serpenter en festons.<br \/>\nJ\u2019aime \u00e0 voir leur front chauve et leur t\u00eate sauvage<br \/>\nSe coiffer de verdure, et s\u2019entourer d\u2019ombrage.<br \/>\nC\u2019est peu. Parmi ces rocs un vallon pr\u00e9cieux,<br \/>\nUn terrain moins ingrat vient-il rire \u00e0 vos yeux ?<br \/>\nSaisissez ce bienfait ; d\u00e9ployez \u00e0 la vue<br \/>\nD\u2019un sol favoris\u00e9 la richesse impr\u00e9vue.<br \/>\nC\u2019est un contraste heureux ; c\u2019est la st\u00e9rilit\u00e9<br \/>\nQui c\u00e8de un coin de terre \u00e0 la fertilit\u00e9.<br \/>\nAinsi vous subjuguez leur \u00e2pre caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Mais quoi ! faut-il toujours les orner pour vous plaire ?<br \/>\nNon ; l\u2019art qui doit toujours en adoucir l\u2019horreur,<br \/>\nLeur permet quelquefois d\u2019inspirer la terreur.<br \/>\nLui-m\u00eame il les seconde. Au bord d\u2019un pr\u00e9cipice<br \/>\nD\u2019une simple cabane il pose l\u2019\u00e9difice :<br \/>\nLe pr\u00e9cipice encore en paro\u00eet agrandi.<br \/>\nTant\u00f4t d\u2019un roc \u00e0 l\u2019autre il jette un pont hardi.<br \/>\n\u00c0 leur terrible aspect je tremble, et de leur cime<br \/>\nL\u2019imagination me suspend sur l\u2019ab\u00eeme.<br \/>\nJe songe \u00e0 tous ces bruits du peuple r\u00e9p\u00e9t\u00e9s,<br \/>\nDe voyageurs perdus, d\u2019amants pr\u00e9cipit\u00e9s ;<br \/>\nVieux r\u00e9cits, qui, charmant la foule \u00e9merveill\u00e9e,<br \/>\nDes cr\u00e9dules hameaux abr\u00e8gent la veill\u00e9e,<br \/>\nEt que l\u2019effroi du lieu persuade un moment.<br \/>\nMais de ces grands effets n\u2019usez que sobrement.<br \/>\nNotre c\u0153ur dans les champs \u00e0 ces rudes secousses<br \/>\nPr\u00e9f\u00e8re un calme heureux, des \u00e9motions douces.<br \/>\nMoi-m\u00eame, je le sens, de la cime des monts<br \/>\nJ\u2019ai besoin de descendre en mes riants vallons.<br \/>\nJe les ornai de fleurs, les couvris de bocages ;<br \/>\nIl est temps que des eaux roulent sous leurs ombrages.<\/p>\n<p>Et bien ! si vos sommets jadis tout d\u00e9pouill\u00e9s<br \/>\nSont, gr\u00e2ce \u00e0 mes le\u00e7ons, richement habill\u00e9s,<br \/>\n\u00d4 rochers ! ouvrez-moi vos sources souterraines :<br \/>\nEt vous, fleuves, ruisseaux, beaux lacs, claires fontaines,<br \/>\nVenez, portez partout la vie et la fra\u00eecheur.<br \/>\nAh ! qui peut remplacer votre aspect enchanteur ?<br \/>\nDe pr\u00e8s il nous amuse, et de loin nous invite ;<br \/>\nC\u2019est le premier qu\u2019on cherche, et le dernier qu\u2019on quitte.<br \/>\nVous f\u00e9condez les champs ; vous r\u00e9p\u00e9tez les cieux ;<br \/>\nVous enchantez l\u2019oreille et vous charmez les yeux.<br \/>\nVenez : puissent mes vers, en suivant votre course,<br \/>\nCouler plus abondants encor que votre source,<br \/>\nPlus l\u00e9gers que les vents qui courbent vos roseaux,<br \/>\nDoux comme votre bruit, et purs comme vos eaux !<\/p>\n<p>Et vous qui dirigez ces ondes bienfaitrices,<br \/>\nRespectez leur penchant et m\u00eame leurs caprices.<br \/>\nDans la facilit\u00e9 de ses libres d\u00e9tours,<br \/>\nVoyez l\u2019eau de ses bords embrasser les contours.<br \/>\nDe quel droit osez-vous, captivant sa souplesse,<br \/>\nDe ses plis sinueux contraindre la mollesse ?<br \/>\nQue lui fait tout le marbre o\u00f9 vous l\u2019emprisonnez ?<br \/>\nVoyez-vous, les cheveux aux vents abandonn\u00e9s,<br \/>\nSans contrainte, sans art, sans parure \u00e9trang\u00e8re,<br \/>\nMarcher, courir, bondir la fol\u00e2tre berg\u00e8re ?<br \/>\nSa gr\u00e2ce est dans l\u2019aisance et dans la libert\u00e9.<br \/>\nMais au fond d\u2019un s\u00e9rail contemplez la beaut\u00e9 :<br \/>\nEn vain elle \u00e9blouit, vainement elle \u00e9tale<br \/>\nDe ses atours captifs la pompe orientale ;<br \/>\nJe ne sais quoi de triste, empreint dans tous ses traits,<br \/>\nD\u00e9c\u00e8le la contrainte et fl\u00e9trit ses attraits.<\/p>\n<p>Que l\u2019eau conserve donc la libert\u00e9 qu\u2019elle aime,<br \/>\nOu changez en beaut\u00e9 son esclavage m\u00eame.<br \/>\nAinsi malgr\u00e9 Morel, dont l\u2019\u00e9loquente voix<br \/>\nDe la simple nature a su plaider les droits,<br \/>\nJ\u2019aime ces jeux o\u00f9 l\u2019onde en des canaux press\u00e9e<br \/>\nPart, s\u2019\u00e9chappe et jaillit avec force \u00e9lanc\u00e9e.<br \/>\n\u00c0 l\u2019aspect de ces flots qu\u2019un art audacieux<br \/>\nFait sortir de la terre et lance jusqu\u2019aux cieux,<br \/>\nL\u2019homme se dit : \u00ab c\u2019est moi qui cr\u00e9ai ces prodiges \u00bb.<br \/>\nL\u2019homme admire son art dans ces brillants prestiges ;<br \/>\nQu\u2019ils soient donc d\u00e9ploy\u00e9s chez les grands et les rois.<br \/>\nMais, je le dis encor ; loin le luxe bourgeois<br \/>\nDont le jet d\u2019eau honteux, n\u2019osant quitter la terre,<br \/>\nS\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 peine, et meurt \u00e0 deux pieds du parterre.<\/p>\n<p>C\u2019est peu : tout doit r\u00e9pondre \u00e0 ce riche ornement ;<br \/>\nQue tout prenne \u00e0 l\u2019entour un air d\u2019enchantement.<br \/>\nPersuadez aux yeux que d\u2019un coup de baguette<br \/>\nUne f\u00e9e, en passant, s\u2019est fait cette retraite.<br \/>\nTel j\u2019ai vu de Saint-Cloud le bocage enchanteur.<br \/>\nL\u2019\u0153il de son jet hardi mesure la hauteur ;<br \/>\nAux eaux qui sur les eaux retombent et bondissent<br \/>\nLes bassins, les bosquets, les grottes applaudissent ;<br \/>\nLe gazon est plus vert, l\u2019air plus frais ; les oiseaux<br \/>\nS\u2019animent au doux bruit de la chute des eaux,<br \/>\nEt les bois inclinant leurs t\u00eates arros\u00e9es,<br \/>\nSemblent s\u2019\u00e9panouir \u00e0 ces fra\u00eeches ros\u00e9es.<\/p>\n<p>Plus simple, plus champ\u00eatre, et non moins belle aux yeux,<br \/>\nLa cascade ornera de plus sauvages lieux.<br \/>\nDe pr\u00e8s est admir\u00e9e, et de loin entendue<br \/>\nCette eau toujours tombante et toujours suspendue.<br \/>\nVari\u00e9e, imposante, elle anime \u00e0 la fois<br \/>\nLes rochers, et la terre, et les eaux, et les bois.<br \/>\nEmployez donc cet art ; mais loin l\u2019architecture<br \/>\nDe ces tristes gradins, o\u00f9 tombant en mesure,<br \/>\nD\u2019un mouvement \u00e9gal, les flots pr\u00e9cipit\u00e9s<br \/>\nJusques dans leur fureur marchent \u00e0 pas compt\u00e9s.<br \/>\nLa vari\u00e9t\u00e9 seule a le droit de vous plaire.<\/p>\n<p>La cascade d\u2019ailleurs a plus d\u2019un caract\u00e8re.<br \/>\nIl faut choisir. Tant\u00f4t d\u2019un cours tumultueux<br \/>\nL\u2019eau se pr\u00e9cipitant dans son lit tortueux<br \/>\nCourt, tombe et rejaillit, retombe, \u00e9cume et gronde :<br \/>\nTant\u00f4t avec lenteur d\u00e9veloppant son onde,<br \/>\nSans col\u00e8re, sans bruit un ruisseau doux et pur<br \/>\nS\u2019\u00e9panche, se d\u00e9ploie en un voile d\u2019azur.<br \/>\nL\u2019\u0153il aime \u00e0 contempler ces frais amphith\u00e9\u00e2tres,<br \/>\nEt l\u2019or des feux du jour sur les nappes bleu\u00e2tres,<br \/>\nEt le noir des rochers, et le vert des roseaux,<br \/>\nEt l\u2019\u00e9clat argent\u00e9 de l\u2019\u00e9cume des eaux.<\/p>\n<p>Consultez donc l\u2019effet que votre art veut produire,<br \/>\nEt ces flots, toujours prompts \u00e0 se laisser conduire,<br \/>\nVont vous offrir, plus lents ou plus imp\u00e9tueux,<br \/>\nDes tableaux doux ou fiers, gais ou majestueux.<br \/>\nTableaux toujours puissants ! eh ! qui n\u2019a pas de l\u2019onde<br \/>\n\u00c9prouv\u00e9 sur son c\u0153ur l\u2019impression profonde ?<br \/>\nToujours, soit qu\u2019un courant vif et pr\u00e9cipit\u00e9<br \/>\nSur des cailloux bondisse avec agilit\u00e9 ;<br \/>\nSoit que sur le limon une rivi\u00e8re lente<br \/>\nD\u00e9roule en paix les plis de son onde indolente ;<br \/>\nSoit qu\u2019\u00e0 travers des rocs un torrent en courroux<br \/>\nSe brise avec fracas ; triste ou gai, vif ou doux<br \/>\nLeur cours excite, apaise, ou menace, ou caresse.<br \/>\nDe V\u00e9nus, nous dit-on, l\u2019\u00e9charpe enchanteresse<br \/>\nRenfermoit les amours, et les tendres d\u00e9sirs,<br \/>\nEt la joie, et l\u2019espoir, pr\u00e9curseur des plaisirs.<br \/>\nLes eaux sont ta ceinture, \u00f4 divine Cyb\u00e8le !<br \/>\nNon moins imp\u00e9rieuse, elle renferme en elle<br \/>\nLa gaiet\u00e9, la tristesse, et le trouble et l\u2019effroi.<br \/>\nEt ! qui l\u2019a mieux connu, l\u2019a mieux senti que moi ?<br \/>\nSouvent, je m\u2019en souviens, lorsque les chagrins sombres,<br \/>\nQue de la nuit encore avoient noircis les ombres,<br \/>\nAccabloient ma pens\u00e9e et fl\u00e9trissoient mes sens,<br \/>\nSi d\u2019un ruisseau voisin j\u2019entendois les accents,<br \/>\nJ\u2019allois, je visitois ses consolantes ondes.<br \/>\nLe murmure, le frais de ses eaux vagabondes<br \/>\nSuspendoient mes chagrins, endormoient ma douleur,<br \/>\nEt la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 renaissoit dans mon c\u0153ur.<br \/>\nTant du doux bruit des eaux l\u2019influence est puissante !<\/p>\n<p>Pour prix de ce bienfait, toi, dont le cours m\u2019enchante,<br \/>\nRuisseau, permets que l\u2019art, sans trop t\u2019enorgueillir,<br \/>\nT\u2019embellisse \u00e0 nos yeux, si l\u2019art peut t\u2019embellir.<\/p>\n<p>Un ruisseau si\u00e9roit mal dans une vaste plaine ;<br \/>\nSon lit n\u2019y traceroit qu\u2019une ligne incertaine.<br \/>\nModestes, au grand jour se montrant \u00e0 regret,<br \/>\nSes flots veulent baigner un bocage secret.<br \/>\nSon cours orne les bois ; les bois font ses d\u00e9lices.<br \/>\nL\u00e0, je puis \u00e0 loisir suivre tous ses caprices,<br \/>\nSon embarras charmant, sa pente, ses replis,<br \/>\nLe courroux de ses flots par l\u2019obstacle embellis.<br \/>\nTant\u00f4t dans un lit creux, qu\u2019un noir taillis ombrage,<br \/>\nCachant son onde agreste et sa course sauvage,<br \/>\nTant\u00f4t \u00e0 plein canal pr\u00e9sentant son miroir,<br \/>\nJe le vois sans l\u2019entendre, ou l\u2019entends sans le voir.<br \/>\nL\u00e0, ses flots amoureux vont embrasser des \u00eeles.<br \/>\nPlus loin, il se s\u00e9pare en deux ruisseaux agiles,<br \/>\nQui, se suivant l\u2019un l\u2019autre avec rapidit\u00e9,<br \/>\nDisputent de vitesse et de limpidit\u00e9 ;<br \/>\nPuis, rejoignant tous deux le lit qui les rassemble,<br \/>\nMurmurent enchant\u00e9s de voyager ensemble.<br \/>\nAinsi, toujours errant de d\u00e9tour en d\u00e9tour,<br \/>\nMuet, bruyant, paisible, inquiet tour-\u00e0-tour,<br \/>\nSous mille aspects divers son cours se renouvelle.<\/p>\n<p>Mais vers ses bords riants la rivi\u00e8re m\u2019appelle.<br \/>\nDans un champ plus ouvert, noble et pompeux tableau,<br \/>\nSon onde moins modeste en larges nappes d\u2019eau<br \/>\nRoule, des feux du jour au loin \u00e9tincelante.<br \/>\nElle laisse au ruisseau sa gaiet\u00e9 p\u00e9tulante,<br \/>\nEt son inqui\u00e9tude et ses plis tortueux.<br \/>\nSon lit, en longs courants, des vallons sinueux<br \/>\nSuivra les doux contours et la molle courbure.<\/p>\n<p>Si le ruisseau des bois emprunte sa parure,<br \/>\nLa rivi\u00e8re aime aussi que des arbres divers,<br \/>\nLes p\u00e2les peupliers, les saules demi-verts,<br \/>\nOrnent souvent son cours. Quelle source f\u00e9conde<br \/>\nDe sc\u00e8nes, d\u2019accidents ! L\u00e0, j\u2019aime \u00e0 voir dans l\u2019onde<br \/>\nSe renverser leur cime, et leurs feuillages verts<br \/>\nTrembler du mouvement et des eaux et des airs.<br \/>\nIci, le flot bruni fuit sous leur vo\u00fbte obscure.<br \/>\nL\u00e0, le jour par filets p\u00e9n\u00e8tre leur verdure.<br \/>\nTant\u00f4t dans le courant ils trempent leurs rameaux,<br \/>\nEt tant\u00f4t leur racine embarrasse les flots.<br \/>\nSouvent d\u2019un bord \u00e0 l\u2019autre \u00e9tendant leur feuillage,<br \/>\nIls semblent s\u2019\u00e9lancer et changer de rivage.<br \/>\nAinsi l\u2019arbre et les eaux se pr\u00eatent leur secours :<br \/>\nL\u2019onde rajeunit l\u2019arbre, et l\u2019arbre orne son cours ;<br \/>\nEt tous deux, s\u2019alliant sous des formes sans nombre,<br \/>\nFont un \u00e9change aimable et de fra\u00eecheur et d\u2019ombre.<br \/>\nSachez donc les unir ; ou si, dans de beaux lieux,<br \/>\nLa nature sans vous fit cet hymen heureux,<br \/>\nRespectez-la. Malheur \u00e0 qui feroit mieux qu\u2019elle !<br \/>\nTel est, cher Watelet, mon c\u0153ur me le rappelle,<br \/>\nTel est le simple asile o\u00f9, suspendant son cours,<br \/>\nPure comme tes m\u0153urs, libre comme tes jours,<br \/>\nEn canaux ombrag\u00e9s la Seine se partage,<br \/>\nEt visite en secret la retraite d\u2019un sage.<br \/>\nTon art la seconda ; non cet art imposteur,<br \/>\nDes lieux qu\u2019il croit orner hardi profanateur.<br \/>\nDigne de voir, d\u2019aimer, de sentir la nature,<br \/>\nTu traitas sa beaut\u00e9 comme une vierge pure<br \/>\nQui rougit d\u2019\u00eatre nue, et craint les ornements.<br \/>\nJe crois voir le faux-go\u00fbt g\u00e2ter ces lieux charmants.<br \/>\nCe moulin, dont le bruit nourrit la r\u00eaverie,<br \/>\nN\u2019est qu\u2019un son importun, qu\u2019une meule qui crie ;<br \/>\nOn l\u2019\u00e9carte. Ces bords doucement contourn\u00e9s,<br \/>\nPar le fleuve lui-m\u00eame en roulant fa\u00e7onn\u00e9s,<br \/>\nS\u2019alignent tristement. Au lieu de la verdure<br \/>\nQui renferme le fleuve en sa molle ceinture,<br \/>\nL\u2019eau dans des quais de pierre accuse sa prison ;<br \/>\nLe marbre fastueux outrage le gazon,<br \/>\nEt des arbres tondus la famille captive<br \/>\nSur ces saules vieillis ose usurper la rive.<br \/>\nBarbares, arr\u00eatez, et respectez ces lieux.<br \/>\nEt vous, fleuve charmant, vous, bois d\u00e9licieux,<br \/>\nSi j\u2019ai peint vos beaut\u00e9s, si d\u00e8s mon premier \u00e2ge<br \/>\nJe me plus \u00e0 chanter les pr\u00e9s, l\u2019onde et l\u2019ombrage,<br \/>\nBeaux lieux, offrez longtemps \u00e0 votre possesseur<br \/>\nL\u2019image de la paix qui r\u00e8gne dans son c\u0153ur.<\/p>\n<p>Autant que la rivi\u00e8re en sa molle souplesse<br \/>\nD\u2019un rivage anguleux redoute la rudesse,<br \/>\nAutant les bords aigus, les longs enfoncements<br \/>\nSont d\u2019un lac \u00e9tendu les plus beaux ornements.<br \/>\nQue la terre tant\u00f4t s\u2019avance au sein des ondes ;<br \/>\nTant\u00f4t qu\u2019elle ouvre aux flots des retraites profondes ;<br \/>\nEt qu\u2019ainsi s\u2019appelant d\u2019un mutuel amour,<br \/>\nEt la terre et les eaux se cherchent tour-\u00e0-tour.<br \/>\nCes aspects vari\u00e9s amusent votre vue.<br \/>\nL\u2019\u0153il aime dans un lac une vaste \u00e9tendue.<br \/>\nCependant offrez-lui quelques points de repos.<br \/>\nSi vous n\u2019interrompez l\u2019immensit\u00e9 des flots,<br \/>\nMes yeux sans int\u00e9r\u00eat glissent sur leur surface.<br \/>\nAinsi, pour abr\u00e9ger leur insipide espace,<br \/>\nOu qu\u2019un frais b\u00e2timent, des chaleurs respect\u00e9,<br \/>\nSe pr\u00e9sente de loin dans les flots r\u00e9p\u00e9t\u00e9,<br \/>\nOu bien, faites \u00e9clore une \u00eele de verdure.<br \/>\nLes \u00eeles sont des eaux la plus riche parure.<br \/>\nOu relevez leurs bords, ou qu\u2019en bouquets \u00e9pars<br \/>\nDes masses d\u2019arbres verts arr\u00eatent vos regards.<br \/>\nPar un contraire effet si vous voulez l\u2019\u00e9tendre,<br \/>\nAux bords trop exhauss\u00e9s ordonnez de descendre ;<br \/>\nOu reculez vos bois, ou commandez que l\u2019eau<br \/>\nSe perde en un bosquet, tourne au pied d\u2019un coteau.<br \/>\n\u00c0 travers ces rideaux o\u00f9 l\u2019eau fuit et se plonge,<br \/>\nL\u2019imagination la suit et la prolonge.<br \/>\nAinsi votre \u0153il jouit de ce qu\u2019il ne voit pas ;<br \/>\nAinsi le go\u00fbt savant pr\u00eate \u00e0 tout des appas,<br \/>\nEt des objets qu\u2019il cr\u00e9e, et de ceux qu\u2019il imite<br \/>\nResserre, \u00e9tend, d\u00e9couvre, ou cache la limite.<br \/>\nOr, maintenant que l\u2019art dans ses jardins pompeux<br \/>\nInsulte \u00e0 mes travaux, dans mes jardins heureux<br \/>\nPartout respire un air de libert\u00e9, de joie ;<br \/>\nLa pelouse riante \u00e0 son gr\u00e9 se d\u00e9ploie ;<br \/>\nLes bois ind\u00e9pendants rel\u00e8vent leurs rameaux ;<br \/>\nLes fleurs bravent l\u2019\u00e9querre, et l\u2019arbre les ciseaux ;<br \/>\nL\u2019onde ch\u00e9rit ses bords, la terre sa parure ;<br \/>\nTout est beau, simple et grand : c\u2019est l\u2019art de la nature.<br \/>\nMais ces eaux, mais leurs bords sont encore d\u00e9serts.<br \/>\nVenez ; peuplons leur sein de citoyens divers.<br \/>\nPla\u00e7ons-y ces oiseaux qui, d\u2019une rame agile,<br \/>\nNavigateurs ail\u00e9s, fendent l\u2019onde docile.<br \/>\nAu milieu d\u2019eux s\u2019\u00e9l\u00e8ve et nage avec fiert\u00e9<br \/>\nLe cygne au cou superbe, au plumage argent\u00e9,<br \/>\nLe cygne, \u00e0 qui l\u2019erreur pr\u00eata des chants aimables,<br \/>\nEt qui n\u2019a pas besoin du mensonge des fables.<br \/>\nPour animer les eaux, l\u2019art encor n\u2019a-t-il pas<br \/>\nLe flottant appareil des voiles et des m\u00e2ts ?<br \/>\nPar la rame emport\u00e9e, une barque l\u00e9g\u00e8re<br \/>\nLaisse \u00e0 peine, en fuyant, sa trace passag\u00e8re :<br \/>\nZ\u00e9phyre de la toile enfle les plis mouvants,<br \/>\nEt chaque banderole est le jouet des vents.<\/p>\n<p>Et si nos vieux romans, ou la fable, ou l\u2019histoire,<br \/>\nD\u2019un ruisseau, d\u2019une source ont consacr\u00e9 la gloire ;<br \/>\nDe leur antique honneur ces flots enorgueillis,<br \/>\nPar d\u2019heureux souvenirs sont assez embellis.<br \/>\nQuel c\u0153ur, sans \u00eatre \u00e9mu, trouveroit Ar\u00e9thuse,<br \/>\nAlph\u00e9e, ou le Lignon : toi surtout, toi, Vaucluse,<br \/>\nVaucluse, heureux s\u00e9jour, que sans enchantement<br \/>\nNe peut voir nul po\u00e8te, et surtout nul amant ?<br \/>\nDans ce cercle de monts, qui, recourbant leur cha\u00eene,<br \/>\nNourrissent de leurs eaux ta source souterraine,<br \/>\nSous la roche vo\u00fbt\u00e9e, antre myst\u00e9rieux,<br \/>\nO\u00f9 ta nymphe, \u00e9chappant aux regards curieux,<br \/>\nDans un gouffre sans fond cache sa source obscure,<br \/>\nCombien j\u2019aimois \u00e0 voir ton eau, qui, toujours pure,<br \/>\nTant\u00f4t dans son bassin renferme ses tr\u00e9sors,<br \/>\nTant\u00f4t en bouillonnant s\u2019\u00e9l\u00e8ve, et de ses bords<br \/>\nVersant parmi des rocs ses vagues blanchissantes,<br \/>\nDe cascade en cascade au loin rejaillissantes,<br \/>\nTombe et roule \u00e0 grand bruit ; puis, calmant son courroux,<br \/>\nSur un lit plus \u00e9gal r\u00e9pand des flots plus doux,<br \/>\nEt sous un ciel d\u2019azur par vingt canaux f\u00e9conde<br \/>\nLe plus riant vallon qu\u2019\u00e9claire l\u2019\u0153il du monde !<br \/>\nMais ces eaux, ce beau ciel, ce vallon enchanteur,<br \/>\nMoins que P\u00e9trarque et Laure int\u00e9ressoient mon c\u0153ur.<br \/>\nLa voil\u00e0 donc, disois-je, oui, voil\u00e0 cette rive<br \/>\nQue P\u00e9trarque charmoit de sa lyre plaintive !<br \/>\nIci P\u00e9trarque \u00e0 Laure exprimant son amour,<br \/>\nVoyait na\u00eetre trop tard, mourir trop t\u00f4t le jour.<br \/>\nRetrouverai-je encor sur ces rocs solitaires<br \/>\nDe leurs chiffres unis les tendres caract\u00e8res ?<br \/>\nUne grotte \u00e9cart\u00e9e avoit frapp\u00e9 mes yeux.<br \/>\nGrotte sombre, dis-moi si tu les vis heureux,<br \/>\nM\u2019\u00e9criois-je ! Un vieux tronc bordoit-il le rivage ?<br \/>\nLaure avoit repos\u00e9 sous son antique ombrage.<br \/>\nJe redemandois Laure \u00e0 l\u2019\u00e9cho du vallon,<br \/>\nEt l\u2019\u00e9cho n\u2019avoit point oubli\u00e9 ce doux nom.<br \/>\nPartout mes yeux cherchoient, voyoient P\u00e9trarque et Laure,<br \/>\nEt par eux ces beaux lieux s\u2019embellissoient encore.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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