{"id":16130,"date":"2025-05-18T23:45:03","date_gmt":"2025-05-18T21:45:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=16130"},"modified":"2025-05-18T23:45:03","modified_gmt":"2025-05-18T21:45:03","slug":"chant-second","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-second\/","title":{"rendered":"Chant second"},"content":{"rendered":"<p>Oh ! si j\u2019avois ce luth dont le charme autrefois<br \/>\nEntra\u00eenoit sur l\u2019H\u00e9mus les rochers et les bois,<br \/>\nJe le ferois parler, et sur les paysages<br \/>\nLes arbres tout-\u00e0-coup d\u00e9plo\u00eeroient leurs ombrages.<br \/>\nLe ch\u00eane, le tilleul, le c\u00e8dre et l\u2019oranger<br \/>\nEn cadence viendroient dans mes champs se ranger.<br \/>\nMais l\u2019antique harmonie a perdu ses merveilles ;<br \/>\nLa lyre est sans pouvoir, les rochers sans oreilles ;<br \/>\nL\u2019arbre reste immobile aux sons les plus flatteurs,<br \/>\nEt l\u2019art et le travail sont les seuls enchanteurs.<\/p>\n<p>Apprenez donc de l\u2019art quel soin et quelle adresse<br \/>\nDonne aux arbres divers la gr\u00e2ce ou la richesse.<\/p>\n<p>Par ses fruits, par ses fleurs, par son beau v\u00eatement,<br \/>\nL\u2019arbre est de nos jardins le plus bel ornement.<br \/>\nPour mieux plaire \u00e0 nos yeux, combien il prend de formes !<br \/>\nL\u00e0, s\u2019\u00e9tendent ses bras pompeusement informes ;<br \/>\nSa tige ailleurs s\u2019\u00e9lance avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9.<br \/>\nIci, j\u2019aime sa gr\u00e2ce, et l\u00e0, sa majest\u00e9.<br \/>\nIl tremble au moindre souffle, ou contre la temp\u00eate<br \/>\nRoidit son tronc noueux et sa robuste t\u00eate.<br \/>\nRude ou poli, baissant ou dressant ses rameaux,<br \/>\nV\u00e9ritable Prot\u00e9e entre les v\u00e9g\u00e9taux,<br \/>\nIl change incessamment, pour orner la nature,<br \/>\nSa taille, sa couleur, ses fruits et sa verdure.<\/p>\n<p>Ces effets vari\u00e9s sont les tr\u00e9sors de l\u2019art,<br \/>\nQue le go\u00fbt lui d\u00e9fend d\u2019employer au hasard.<\/p>\n<p>Des divers plants encor la forme et l\u2019\u00e9tendue<br \/>\nSous des aspects divers se pr\u00e9sente \u00e0 la vue.<br \/>\nTant\u00f4t un bois profond, sauvage, t\u00e9n\u00e9breux,<br \/>\n\u00c9panche une ombre immense ; et tant\u00f4t moins nombreux<br \/>\nUn plant d\u2019arbres choisis forme un riant bocage.<br \/>\nPlus loin, distribu\u00e9s dans un frais paysage,<br \/>\nDes groupes \u00e9l\u00e9gants fixent l\u2019\u0153il enchant\u00e9 :<br \/>\nAilleurs, se confiant \u00e0 sa propre beaut\u00e9,<br \/>\nUn arbre seul se montre, et seul orne la terre.<br \/>\nTels, si la paix des champs peut rappeler la guerre,<br \/>\nUne nombreuse arm\u00e9e \u00e9tale \u00e0 nos regards<br \/>\nDes bataillons \u00e9pais, des pelotons \u00e9pars ;<br \/>\nEt l\u00e0, fier de sa force et de sa renomm\u00e9e,<br \/>\nUn h\u00e9ros seul avance, et vaut seul une arm\u00e9e.<br \/>\nTous ces plants diff\u00e9rents suivent diverses lois.<\/p>\n<p>Dans les jardins de l\u2019art, notre luxe autrefois<br \/>\nDes arbres isol\u00e9s d\u00e9daignoit la parure :<br \/>\nIls plaisent aujourd\u2019hui dans ceux de la nature.<br \/>\nPar un caprice heureux, par de savants hasards,<br \/>\nLeurs plants d\u00e9sordonn\u00e9s charmeront nos regards.<br \/>\nQu\u2019ils diff\u00e8rent d\u2019aspect, de forme, de distance ;<br \/>\nQue toujours la grandeur, ou du moins l\u2019\u00e9l\u00e9gance<br \/>\nDistingue chaque tige, ou que l\u2019arbre honteux<br \/>\nSe cache dans la foule, et disparaisse aux yeux.<br \/>\nMais lorsqu\u2019un ch\u00eane antique, ou lorsqu\u2019un vieil \u00e9rable,<br \/>\nPatriarche des bois, l\u00e8ve un front v\u00e9n\u00e9rable,<br \/>\nQue toute sa tribu, se rangeant \u00e0 l\u2019entour,<br \/>\nS\u2019\u00e9carte avec respect, et compose sa cour ;<br \/>\nAinsi, l\u2019arbre isol\u00e9 pla\u00eet aux champs qu\u2019il d\u00e9core.<\/p>\n<p>Avec bien plus de choix et plus de go\u00fbt encore,<br \/>\nLes groupes formeront mille tableaux heureux.<br \/>\nD\u2019arbres plus ou moins forts, et plus ou moins nombreux<br \/>\nFormez leur masse \u00e9paisse, ou leurs touffes l\u00e9g\u00e8res :<br \/>\nDe loin l\u2019\u0153il aime \u00e0 voir tout ce peuple de fr\u00e8res.<br \/>\nC\u2019est par eux que l\u2019on peut varier ses dessins,<br \/>\nRapprocher, et tant\u00f4t repousser les lointains,<br \/>\nR\u00e9unir, s\u00e9parer, et sur les paysages<br \/>\n\u00c9tendre, ou replier le rideau des ombrages.<\/p>\n<p>Vos groupes sont form\u00e9s : il est temps que ma voix<br \/>\n\u00c0 conno\u00eetre un peu d\u2019art accoutume les bois.<\/p>\n<p>Bois augustes, salut ! vos vo\u00fbtes po\u00e9tiques<br \/>\nN\u2019entendent plus le barde et ses affreux cantiques ;<br \/>\nMais un plus doux d\u00e9lire habite vos d\u00e9serts,<br \/>\nEt vos antres encor nous instruisent en vers.<br \/>\nVous inspirez les miens, ombres majestueuses !<br \/>\nSouffrez donc qu\u2019aujourd\u2019hui mes mains respectueuses<br \/>\nViennent vous embellir, mais sans vous profaner ;<br \/>\nC\u2019est de vous que je veux apprendre \u00e0 vous orner.<\/p>\n<p>Les bois peuvent s\u2019offrir sous des aspects sans nombre :<br \/>\nIci, des troncs press\u00e9s rembruniront leur ombre :<br \/>\nL\u00e0, de quelques rayons \u00e9gayant ce s\u00e9jour,<br \/>\nFormez un doux combat de la nuit et du jour.<br \/>\nPlus loin, marquant le sol de leurs feuilles l\u00e9g\u00e8res,<br \/>\nQuelques arbres \u00e9pars joueront dans les clairi\u00e8res,<br \/>\nEt flottant l\u2019un vers l\u2019autre, et n\u2019osant se toucher,<br \/>\nPara\u00eetront \u00e0 la fois se fuir et se chercher.<br \/>\nAinsi le bois par vous perd sa rudesse aust\u00e8re :<br \/>\nMais n\u2019en d\u00e9truisez pas le grave caract\u00e8re.<br \/>\nDe d\u00e9tails trop fr\u00e9quents, d\u2019objets minutieux<br \/>\nN\u2019allez pas d\u00e9couper son ensemble \u00e0 nos yeux.<br \/>\nQu\u2019il soit un, simple et grand, et que votre art lui laisse,<br \/>\nAvec toute sa pompe, un peu de sa rudesse.<br \/>\nMontrez ces troncs bris\u00e9s ; je veux des noirs torrents<br \/>\nDans le creux des ravins suivre les flots errants.<br \/>\nDu temps, des eaux, de l\u2019air n\u2019effacez point la trace ;<br \/>\nDe ces rochers pendants respectez la menace,<br \/>\nEt qu\u2019enfin dans ces lieux empreints de majest\u00e9<br \/>\nTout respire une m\u00e2le et sauvage beaut\u00e9.<\/p>\n<p>Telle on aime d\u2019un bois la rustique noblesse.<br \/>\nLe bocage moins fier, avec plus de mollesse<br \/>\nD\u00e9ploie \u00e0 nos regards des tableaux plus riants,<br \/>\nVeut un site agr\u00e9able, et des contours liants,<br \/>\nFuit, revient, et s\u2019\u00e9gare en routes sinueuses,<br \/>\nProm\u00e8ne entre des fleurs des eaux voluptueuses ;<br \/>\nEt j\u2019y crois voir encore, ivre d\u2019un doux loisir,<br \/>\n\u00c9picure dicter les le\u00e7ons du plaisir.<br \/>\nMais c\u2019est peu qu\u2019en leur sein le bois ou le bocage<br \/>\nRenferment leur richesse \u00e9l\u00e9gante ou sauvage ;<br \/>\nIl en faut avec soin embellir les dehors.<\/p>\n<p>Avant tout, n\u2019allez point, sym\u00e9trisant leurs bords,<br \/>\nPar vos murs de verdure et vos tristes charmilles<br \/>\nNous cacher des for\u00eats les nombreuses familles :<br \/>\nJe veux les voir ; je veux, per\u00e7ant au fond des bois,<br \/>\nVoir ces arbres divers qui croissent \u00e0 la fois ;<br \/>\nLes uns tout vigoureux et tout frais de jeunesse,<br \/>\nD\u2019autres tout d\u00e9cr\u00e9pits, tout noueux de vieillesse ;<br \/>\nCeux-ci rampants, ceux-l\u00e0, fiers tyrans des for\u00eats,<br \/>\nDes tributs de la s\u00e8ve \u00e9puisant leurs sujets :<br \/>\nVaste sc\u00e8ne, o\u00f9 des m\u0153urs, de la vie et des \u00e2ges,<br \/>\nL\u2019esprit avec plaisir reconno\u00eet les images.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s de ces grands effets, que sont ces verts remparts,<br \/>\nDont la forme importune attriste les regards,<br \/>\nForme toujours la m\u00eame, et jamais impr\u00e9vue ?<br \/>\nRiche vari\u00e9t\u00e9, d\u00e9lices de la vue,<br \/>\nAccours, viens rompre enfin l\u2019insipide niveau,<br \/>\nBrise la triste \u00e9querre et l\u2019ennuyeux cordeau.<br \/>\nPar un m\u00e9lange heureux de golphes, de saillies,<br \/>\nLes lisi\u00e8res des bois veulent \u00eatre embellies.<br \/>\nL\u2019\u0153il, qui des plants trac\u00e9s par l\u2019uniformit\u00e9<br \/>\nSe d\u00e9go\u00fbte, et s\u2019\u00e9lance \u00e0 leur extr\u00e9mit\u00e9,<br \/>\nSe pla\u00eet \u00e0 parcourir dans sa vaste \u00e9tendue,<br \/>\nDe ces bords vari\u00e9s la forme inattendue ;<br \/>\nIl s\u2019\u00e9gare, il se joue en ces replis nombreux ;<br \/>\nTour-\u00e0-tour il s\u2019enfonce, il ressort avec eux ;<br \/>\nSur les tableaux divers que leur cha\u00eene compose<br \/>\nDe distance en distance avec plaisir repose :<br \/>\nLe bois s\u2019en agrandit, et, dans ses longs retours,<br \/>\nVarie \u00e0 chaque pas son charme et ses d\u00e9tours.<br \/>\nDessinez donc sa forme, et d\u2019abord qu\u2019on choisisse<br \/>\nLes arbres dont le go\u00fbt prescrit le sacrifice.<br \/>\nMais ne vous h\u00e2tez point ; condamnez \u00e0 regret :<br \/>\nAvant d\u2019ex\u00e9cuter un rigoureux arr\u00eat,<br \/>\nAh ! songez que du temps ils sont le lent ouvrage,<br \/>\nQue tout votre or ne peut racheter leur ombrage,<br \/>\nQue de leur frais abri vous go\u00fbtiez la douceur.<\/p>\n<p>Quelquefois cependant un ingrat possesseur,<br \/>\nSans besoin, sans remords les livre \u00e0 la cogn\u00e9e.<br \/>\nRenvers\u00e9s sur le sein de la terre indign\u00e9e,<br \/>\nIls meurent ; de ces lieux s\u2019exilent pour toujours<br \/>\nLa douce r\u00eaverie et les discrets amours.<br \/>\nAh ! par ces bois sacr\u00e9s, dont le feuillage sombre<br \/>\nAux danses du hameau pr\u00eata souvent son ombre,<br \/>\nPar ces d\u00f4mes touffus qui couvroient vos a\u00efeux,<br \/>\nProfanes, respectez ces troncs religieux ;<br \/>\nEt quand l\u2019\u00e2ge leur laisse une tige robuste,<br \/>\nGardez-vous d\u2019attenter \u00e0 leur vieillesse auguste.<br \/>\nTrop t\u00f4t le jour viendra que ces bois languissants,<br \/>\nPour c\u00e9der leur empire \u00e0 de plus jeunes plants,<br \/>\nTomberont sous le fer, et de leur t\u00eate alti\u00e8re<br \/>\nVerront l\u2019antique honneur fl\u00e9tri dans la poussi\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00d4 Versaille ! \u00f4 regrets ! \u00f4 bosquets ravissants,<br \/>\nChefs-d\u2019\u0153uvre d\u2019un grand roi, de Le N\u00f4tre et des ans !<br \/>\nLa hache est \u00e0 vos pieds et votre heure est venue.<br \/>\nCes arbres dont l\u2019orgueil s\u2019\u00e9lan\u00e7oit dans la nue,<br \/>\nFrapp\u00e9s dans leur racine, et balan\u00e7ant dans l\u2019air<br \/>\nLeurs superbes sommets \u00e9branl\u00e9s par le fer,<br \/>\nTombent, et de leurs troncs jonchent au loin ces routes<br \/>\nSur qui leurs bras pompeux s\u2019arrondissoient en vo\u00fbtes.<br \/>\nIls sont d\u00e9truits, ces bois, dont le front glorieux<br \/>\nOmbrageoit de Louis le front victorieux,<br \/>\nCes bois o\u00f9, c\u00e9l\u00e9brant de plus douces conqu\u00eates,<br \/>\nLes arts voluptueux multiplioient les f\u00eates !<br \/>\nAmour, qu\u2019est devenu cet asile enchant\u00e9<br \/>\nQui vit de Montespan soupirer la fiert\u00e9 ?<br \/>\nQu\u2019est devenu l\u2019ombrage o\u00f9, si belle et si tendre,<br \/>\n\u00c0 son amant surpris et charm\u00e9 de l\u2019entendre<br \/>\nLa Vali\u00e8re apprenoit le secret de son c\u0153ur,<br \/>\nEt sans se croire aim\u00e9e avouoit son vainqueur ?<br \/>\nTout p\u00e9rit, tout succombe ; au bruit de ce ravage<br \/>\nVoyez-vous point s\u2019enfuir les h\u00f4tes du bocage ?<br \/>\nTout ce peuple d\u2019oiseaux fiers d\u2019habiter ces bois,<br \/>\nQui chantoient leurs amours dans l\u2019asile des rois,<br \/>\nS\u2019exilent \u00e0 regret de leurs berceaux antiques.<br \/>\nCes dieux, dont le ciseau peupla ces verts portiques,<br \/>\nD\u2019un voile de verdure autrefois habill\u00e9s,<br \/>\nTous honteux aujourd\u2019hui de se voir d\u00e9pouill\u00e9s,<br \/>\nPleurent leur doux ombrage ; et, redoutant la vue,<br \/>\nV\u00e9nus m\u00eame une fois s\u2019\u00e9tonna d\u2019\u00eatre nue.<\/p>\n<p>Croissez, h\u00e2tez votre ombre, et repeuplez ces champs,<br \/>\nVous, jeunes arbrisseaux ; et vous, arbres mourants,<br \/>\nConsolez-vous. T\u00e9moins de la foiblesse humaine,<br \/>\nVous avez vu p\u00e9rir et Corneille et Turenne :<br \/>\nVous comptez cent printemps, h\u00e9las ! et nos beaux jours<br \/>\nS\u2019envolent les premiers, s\u2019envolent pour toujours !<\/p>\n<p>Heureux donc qui jouit d\u2019un bois form\u00e9 par l\u2019\u00e2ge ;<br \/>\nMais trop heureux aussi qui cr\u00e9a son bocage !<br \/>\nCes arbres, dont le temps pr\u00e9pare la beaut\u00e9,<br \/>\nIl dit comme Cyrus : \u00ab C\u2019est moi qui les plantai \u00bb.<br \/>\nVous donc, si de vos plants vous \u00eates ma\u00eetre encore,<br \/>\nCraignez qu\u2019avant le temps ils se pressent d\u2019\u00e9clore.<br \/>\nTel qu\u2019un peintre, arr\u00eatant ses indiscrets pinceaux,<br \/>\nLongtemps dans sa pens\u00e9e \u00e9bauche ses tableaux,<br \/>\nAinsi de vos dessins m\u00e9ditez l\u2019ordonnance.<br \/>\nDes sites, des aspects connoissez la puissance,<br \/>\nEt le charme des bois aux coteaux suspendus,<br \/>\nEt la pompe des bois dans la plaine \u00e9tendus.<br \/>\nAinsi que les couleurs et les formes amies,<br \/>\nConnaissez les couleurs, les formes ennemies.<br \/>\nLe fr\u00eane aux longs rameaux dans les airs \u00e9lanc\u00e9s,<br \/>\nRepousseroit le saule aux longs rameaux baiss\u00e9s.<br \/>\nLe vert du peuplier combat celui du ch\u00eane :<br \/>\nMais l\u2019art industrieux peut adoucir leur haine ;<br \/>\nEt de leur union m\u00e9diateur heureux,<br \/>\nUn arbre mitoyen les concilie entre eux.<br \/>\nAinsi, par une teinte avec art assortie,<br \/>\nVernet de deux couleurs \u00e9teint l\u2019antipathie.<br \/>\nConnaissez donc l\u2019emploi de ces diff\u00e9rents verts,<br \/>\nBrillants ou sans \u00e9clat, plus fonc\u00e9s ou plus clairs.<br \/>\nC\u2019est par ces tons changeants qu\u2019au sein des paysages<br \/>\nVous pouvez avec choix varier les ombrages,<br \/>\nProduire des effets tant\u00f4t doux, tant\u00f4t forts,<br \/>\nDes contrastes frappants, ou de moelleux accords.<br \/>\nObservez-les surtout, lorsque la p\u00e2le automne,<br \/>\nPr\u00e8s de la voir fl\u00e9trie, embellit sa couronne :<br \/>\nQue de vari\u00e9t\u00e9, que de pompe et d\u2019\u00e9clat !<br \/>\nLe pourpre, l\u2019orang\u00e9, l\u2019opale, l\u2019incarnat<br \/>\nDe leurs riches couleurs \u00e9talent l\u2019abondance.<br \/>\nH\u00e9las ! tout cet \u00e9clat marque leur d\u00e9cadence.<br \/>\nTel est le sort commun. Bient\u00f4t les aquilons<br \/>\nDes d\u00e9pouilles des bois vont joncher les vallons ;<br \/>\nDe moment en moment la feuille sur la terre,<br \/>\nEn tombant, interrompt le r\u00eaveur solitaire.<br \/>\nMais ces ruines m\u00eame ont pour moi des attraits.<br \/>\nL\u00e0, si mon c\u0153ur nourrit quelques profonds regrets,<br \/>\nSi quelque souvenir vient rouvrir ma blessure,<br \/>\nJ\u2019aime \u00e0 m\u00ealer mon deuil au deuil de la nature.<br \/>\nDe ces bois dess\u00e9ch\u00e9s, de ces rameaux fl\u00e9tris,<br \/>\nSeul, errant, je me plais \u00e0 fouler les d\u00e9bris.<br \/>\nIls sont pass\u00e9s les jours d\u2019ivresse et de folie ;<br \/>\nViens, je me livre \u00e0 toi, tendre m\u00e9lancolie ;<br \/>\nViens, non le front charg\u00e9 des nuages affreux<br \/>\nDont marche envelopp\u00e9 le chagrin t\u00e9n\u00e9breux,<br \/>\nMais l\u2019\u0153il demi-voil\u00e9, mais telle qu\u2019en automne<br \/>\n\u00c0 travers des vapeurs un jour plus doux rayonne :<br \/>\nViens, le regard pensif, le front calme, et les yeux<br \/>\nTout pr\u00eats \u00e0 s\u2019humecter de pleurs d\u00e9licieux.<\/p>\n<p>Mais tandis que mon c\u0153ur nourrit ces r\u00eaveries,<br \/>\nD\u2019arbustes, d\u2019arbrisseaux mille races fleuries<br \/>\nM\u2019appellent \u00e0 leur tour. Venez, peuple enchanteur,<br \/>\nVous \u00eates la nuance entre l\u2019arbre et la fleur ;<br \/>\nDe vos traits d\u00e9licats venez orner la sc\u00e8ne.<br \/>\nOh ! que si moins press\u00e9 du sujet qui m\u2019entra\u00eene,<br \/>\nVers le but qui m\u2019attend je ne h\u00e2tois mes pas,<br \/>\nQue j\u2019aurois de plaisir \u00e0 diriger vos bras !<br \/>\nJe vous reproduirois sous cent formes f\u00e9condes ;<br \/>\nMa main sous vos berceaux feroit rouler les ondes ;<br \/>\nEn d\u00f4mes, en lambris j\u2019unirois vos rameaux ;<br \/>\nMollement enlac\u00e9s autour de ces ormeaux,<br \/>\nVos bras serpenteroient sur leur robuste \u00e9corce,<br \/>\nEmbl\u00e8me de la gr\u00e2ce unie avec la force :<br \/>\nJe fondrois vos couleurs, et du blanc le plus pur,<br \/>\nDu plus tendre incarnat jusqu\u2019au plus sombre azur,<br \/>\nDe l\u2019\u0153il rassasi\u00e9 variant les d\u00e9lices,<br \/>\nVos panaches, vos fleurs, vos boules, vos calices,<br \/>\n\u00c0 l\u2019envi s\u2019uniroient dans mes brillants travaux,<br \/>\nEt Van-Huysum lui-m\u00eame envieroit mes tableaux.<\/p>\n<p>Mais vous \u00e0 qui le ciel prodigua leur richesse,<br \/>\nM\u00e9nagez avec art leur pompe enchanteresse :<br \/>\nPartagez aux saisons leurs brillantes faveurs ;<br \/>\nQue chacun apportant ses parfums, ses couleurs,<br \/>\nReparaisse \u00e0 son tour, et qu\u2019au front de l\u2019ann\u00e9e<br \/>\nSa guirlande de fleurs ne soit jamais fan\u00e9e.<br \/>\nAinsi votre jardin varie avec le temps :<br \/>\nTout mois a ses bosquets, tout bosquet son printemps,<br \/>\nPrintemps bient\u00f4t fl\u00e9tri ! Toutefois votre adresse<br \/>\nPeut consoler encor de sa courte richesse.<br \/>\nQue par des soins prudents tous ces arbres plant\u00e9s,<br \/>\nQuand ils seront sans fleurs, ne soient pas sans beaut\u00e9s.<br \/>\nAinsi l\u2019adroite \u00c9gl\u00e9 prolongeant son empire,<br \/>\nAu d\u00e9clin des beaux ans sait encor nous s\u00e9duire.<\/p>\n<p>Le ciel m\u00eame, malgr\u00e9 l\u2019incl\u00e9mence de l\u2019air,<br \/>\nN\u2019a pas de tous ses dons d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 l\u2019hiver.<br \/>\nAlors des vents jaloux d\u00e9fiant les outrages,<br \/>\nPlusieurs arbres encor retiennent leurs feuillages.<br \/>\nVoyez l\u2019if et le lierre, et le pin r\u00e9sineux,<br \/>\nLe houx luisant, arm\u00e9 de ses dards \u00e9pineux,<br \/>\nEt du laurier divin l\u2019immortelle verdure,<br \/>\nD\u00e9dommager la terre et venger la nature.<br \/>\nVoyez leurs fruits de pourpre et leurs glands de corail<br \/>\nAu vert de leurs rameaux m\u00ealer un vif \u00e9mail.<br \/>\nAu milieu des champs nus leur parure m\u2019enchante,<br \/>\nEt plus inesp\u00e9r\u00e9e en paro\u00eet plus touchante.<br \/>\nDe vos jardins d\u2019hiver qu\u2019ils ornent le s\u00e9jour.<br \/>\nL\u00e0, vous venez saisir les rayons d\u2019un beau jour.<br \/>\nL\u00e0, l\u2019oiseau, quand la terre ailleurs est d\u00e9pouill\u00e9e,<br \/>\nVole, et s\u2019\u00e9gaie encor sous la verte feuill\u00e9e,<br \/>\nEt tromp\u00e9 par les lieux ne conno\u00eet plus les temps,<br \/>\nCroit revoir les beaux jours et chante le printemps.<\/p>\n<p>Ainsi ce doux r\u00e9duit pla\u00eet sans \u00eatre factice.<br \/>\nMais les jardins des rois avec plus d\u2019artifice,<br \/>\nAvec plus d\u2019appareil triomphent des hivers.<br \/>\nJ\u2019en atteste, \u00f4 Mouceaux, tes jardins toujours verts.<br \/>\nL\u00e0, des arbres absents les tiges imit\u00e9es,<br \/>\nLes magiques berceaux, les grottes enchant\u00e9es,<br \/>\nTout vous charme \u00e0 la fois. L\u00e0, bravant les saisons,<br \/>\nLa rose apprend \u00e0 na\u00eetre au milieu des gla\u00e7ons ;<br \/>\nEt les temps, les climats vaincus par des prodiges,<br \/>\nSemblent de la f\u00e9erie \u00e9puiser les prestiges.<br \/>\nMais l\u2019art et la f\u00e9erie, et ses enchantements<br \/>\nNe sont pas des jardins les plus doux ornements.<br \/>\nL\u2019habitude bient\u00f4t a fl\u00e9tri vos bocages.<br \/>\nSouvent, quand l\u2019\u00e9tranger jouit de vos ombrages,<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 leur possesseur languit sans int\u00e9r\u00eat.<br \/>\nN\u2019est-il pas des moyens dont le charme secret<br \/>\nVous rende leur beaut\u00e9 toujours plus attachante ?<\/p>\n<p>Oh ! combien des Lapons l\u2019usage heureux m\u2019enchante !<br \/>\nQu\u2019ils savent bien tromper leurs hivers rigoureux !<br \/>\nNos superbes tilleuls, nos ormeaux vigoureux,<br \/>\nDe ces champs ennemis redoutent la froidure :<br \/>\nDe quelques noirs sapins l\u2019indigente verdure<br \/>\nPar intervalle \u00e0 peine y perce les frimas ;<br \/>\nMais le moindre arbrisseau qu\u2019\u00e9pargnent ces climats,<br \/>\nPar des charmes plus doux \u00e0 leurs regards sait plaire :<br \/>\nPlant\u00e9 pour un ami, pour un fils, pour un p\u00e8re,<br \/>\nPour un h\u00f4te qui part emportant leurs regrets,<br \/>\nIl en re\u00e7oit le nom, le nom cher \u00e0 jamais.<\/p>\n<p>Vous, dont un ciel plus pur \u00e9claire la patrie,<br \/>\nVous pouvez imiter cette heureuse industrie :<br \/>\nElle animera tout ; vos arbres, vos bosquets<br \/>\nD\u00e8s lors ne seront plus ni d\u00e9serts, ni muets ;<br \/>\nIls seront habit\u00e9s de souvenirs sans nombre,<br \/>\nEt vos amis absents embelliront leur ombre.<\/p>\n<p>Qui vous emp\u00eache encor, quand les bont\u00e9s des dieux<br \/>\nD\u2019un enfant d\u00e9sir\u00e9 comblent enfin vos v\u0153ux,<br \/>\nDe consacrer ce jour par les tiges naissantes<br \/>\nD\u2019un bocage, d\u2019un bois ?\u2026 Mais tandis que tu chantes,<br \/>\nMuse, quels cris dans l\u2019air s\u2019\u00e9lancent \u00e0 la fois ?<br \/>\nIl est n\u00e9 l\u2019h\u00e9ritier du sceptre de nos rois !<br \/>\nIl est n\u00e9 ! Dans nos murs, dans nos camps, sur les ondes,<br \/>\nNos foudres triomphants l\u2019annoncent aux deux mondes.<br \/>\nPour parer son berceau c\u2019est trop peu que des fleurs ;<br \/>\nApportez les lauriers, les palmes des vainqueurs.<br \/>\nQu\u2019\u00e0 ses premiers regards brillent des jours de gloire ;<br \/>\nQu\u2019il entende en naissant l\u2019hymne de la victoire ;<br \/>\nC\u2019est la f\u00eate qu\u2019on doit au pur sang de Bourbon.<\/p>\n<p>Et toi, par qui le ciel nous fit cet heureux don,<br \/>\nToi, qui, le plus beau n\u0153ud, la cha\u00eene la plus ch\u00e8re<br \/>\nDes Germains, des Fran\u00e7ois, d\u2019un \u00e9poux et d\u2019un fr\u00e8re,<br \/>\nLes unis, comme on voit de deux pompeux ormeaux<br \/>\nUne guirlande en fleurs encha\u00eener les rameaux,<br \/>\nS\u0153ur, m\u00e8re, \u00e9pouse auguste ; enfin la destin\u00e9e<br \/>\nJoint au deuil du tr\u00e9pas les fruits de l\u2019hym\u00e9n\u00e9e,<br \/>\nEt m\u00ealant dans tes yeux les larmes et les ris,<br \/>\nQuand tu perds une m\u00e8re, elle te donne un fils.<br \/>\nD\u2019autres, dans les transports que ce beau jour inspire,<br \/>\nAnimeront la toile, ou le marbre, ou la lyre ;<br \/>\nMoi, l\u2019humble ami des champs, j\u2019irai dans ce s\u00e9jour<br \/>\nO\u00f9 Flore et les z\u00e9phirs composent seuls ta cour,<br \/>\nJ\u2019irai dans Trianon : l\u00e0, pour unique hommage,<br \/>\nJe consacre \u00e0 ton fils des arbres de son \u00e2ge,<br \/>\nUn bosquet de son nom. Ce simple monument,<br \/>\nCes tiges, de tes bois le plus cher ornement,<br \/>\nTes yeux les verront cro\u00eetre, et croissant avec elles,<br \/>\nTon fils viendra chercher leurs ombres fraternelles.<\/p>\n<p>Enfin vous jouissez, et le c\u0153ur et les yeux<br \/>\nCh\u00e9rissent de vos bois l\u2019abri d\u00e9licieux.<br \/>\nAu plaisir voulez-vous joindre encore la gloire ?<br \/>\nVoulez-vous de votre art remporter la victoire ?<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 de nos jardins heureux d\u00e9corateur,<br \/>\nAjoutez \u00e0 ces noms le nom de cr\u00e9ateur.<br \/>\nVoyez comme en secret la nature fermente ;<br \/>\nQuel besoin d\u2019enfanter sans cesse la tourmente.<br \/>\nEt vous ne l\u2019aidez pas ! Qui sait dans son tr\u00e9sor<br \/>\nQuels biens \u00e0 l\u2019industrie elle r\u00e9serve encor ?<br \/>\nComme l\u2019art \u00e0 son gr\u00e9 guide le cours de l\u2019onde,<br \/>\nIl peut guider la s\u00e8ve ; \u00e0 sa liqueur f\u00e9conde<br \/>\nMontrez d\u2019autres chemins, ouvrez d\u2019autres canaux.<br \/>\nDans vos champs enrichis par des hymens nouveaux,<br \/>\nDes sucs vierges encor essayez le m\u00e9lange ;<br \/>\nDe leurs dons mutuels favorisez l\u2019\u00e9change.<br \/>\nCombien d\u2019arbres, de fruits, de plantes et de fleurs,<br \/>\nDont l\u2019art changea le go\u00fbt, les parfums, les couleurs !<br \/>\nLa p\u00eache a d\u00fb sa gloire \u00e0 ces m\u00e9tamorphoses.<br \/>\nD\u2019un triple diad\u00e8me ainsi brillent les roses ;<br \/>\nDe son panache ainsi l\u2019\u0153illet s\u2019enorgueillit.<br \/>\nOsez. Dieu fit le monde, et l\u2019homme l\u2019embellit.<\/p>\n<p>Que si vous n\u2019osez pas essayer ces conqu\u00eates,<br \/>\nCombien sous d\u2019autres cieux de richesses sont pr\u00eates !<br \/>\nUsurpez ces tr\u00e9sors. Ainsi le fier romain,<br \/>\nEt ravisseur plus juste, et vainqueur plus humain,<br \/>\nConquit des fruits nouveaux, porta dans l\u2019Ausonie<br \/>\nLe prunier de Damas, l\u2019abricot d\u2019Arm\u00e9nie,<br \/>\nLe poirier des gaulois, tant d\u2019autres fruits divers.<br \/>\nC\u2019est ainsi qu\u2019il falloit s\u2019asservir l\u2019univers.<br \/>\nQuand Lucullus vainqueur triomphoit de l\u2019Asie,<br \/>\nL\u2019airain, le marbre et l\u2019or frappoient Rome \u00e9blouie ;<br \/>\nLe sage dans la foule aimoit \u00e0 voir ses mains<br \/>\nPorter le cerisier en triomphe aux romains.<br \/>\nEt ces m\u00eames romains n\u2019ont-ils pas vu nos p\u00e8res<br \/>\nEn bataillons arm\u00e9s, sous des cieux plus prosp\u00e8res<br \/>\nAller chercher la vigne, et vouer \u00e0 Bacchus<br \/>\nLeurs \u00e9tendards rougis du nectar des vaincus ?<br \/>\nDu fruit de leurs exploits leurs troupes \u00e9chauff\u00e9es,<br \/>\nRapportoient, en chantant, ces pr\u00e9cieux troph\u00e9es.<br \/>\nDe guirlandes de pampre ils couronnoient leurs fronts ;<br \/>\nLe pampre sur leurs dards s\u2019enla\u00e7oit en festons.<br \/>\nTel revint triomphant le dieu vainqueur du Gange.<br \/>\nLes vallons, les coteaux c\u00e9l\u00e9broient la vendange ;<br \/>\nEt partout o\u00f9 coula le nectar enchant\u00e9,<br \/>\nCoururent le plaisir, l\u2019audace et la gaiet\u00e9.<\/p>\n<p>Enfants de ces Gaulois, imitons nos anc\u00eatres ;<br \/>\nEnlevons, disputons ces d\u00e9pouilles champ\u00eatres.<br \/>\nVoyez dans ces jardins, fiers de se voir soumis<br \/>\n\u00c0 la main qui porta le sceptre de Th\u00e9mis,<br \/>\nLe sang des Lamoignon, l\u2019\u00e9loquent Malesherbes<br \/>\nEnrichir notre sol de cent tiges superbes.<br \/>\nL\u00e0, des plants rassembl\u00e9s des bouts de l\u2019univers,<br \/>\nDe la cime des monts, de la rive des mers,<br \/>\nDes portes du couchant, de celles de l\u2019aurore,<br \/>\nCeux que l\u2019ardent midi, que le nord voit \u00e9clore,<br \/>\nLes enfants du soleil, les enfants des frimas,<br \/>\nMe font, en un lieu seul, parcourir cent climats.<br \/>\nJe voyage, entour\u00e9 de leur foule choisie,<br \/>\nD\u2019Am\u00e9rique en Europe, et d\u2019Afrique en Asie.<br \/>\nTous, parmi nos vieux plants charm\u00e9s de se ranger,<br \/>\nCh\u00e9rissent notre ciel, et l\u2019heureux \u00e9tranger,<br \/>\nDes bords qu\u2019il a quitt\u00e9s reconnoissant l\u2019ombrage,<br \/>\nDoute de son exil \u00e0 leur touchante image,<br \/>\nEt d\u2019un doux souvenir sent son c\u0153ur attendri.<\/p>\n<p>Je t\u2019en prends \u00e0 t\u00e9moin, jeune Potaveri.<br \/>\nDes champs d\u2019O-Ta\u00efti, si chers \u00e0 son enfance,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019amour, sans pudeur, n\u2019est pas sans innocence,<br \/>\nCe sauvage ing\u00e9nu dans nos murs transport\u00e9,<br \/>\nRegrettoit en son c\u0153ur sa douce libert\u00e9,<br \/>\nEt son \u00eele riante, et ses plaisirs faciles.<br \/>\n\u00c9bloui, mais lass\u00e9 de l\u2019\u00e9clat de nos villes,<br \/>\nSouvent il s\u2019\u00e9crioit : \u00ab Rendez-moi mes for\u00eats \u00bb.<br \/>\nUn jour, dans ces jardins o\u00f9 Louis \u00e0 grands frais<br \/>\nDe vingt climats divers en un seul lieu rassemble<br \/>\nCes peuples v\u00e9g\u00e9taux surpris de cro\u00eetre ensemble,<br \/>\nQui, changeant \u00e0 la fois de saison et de lieu,<br \/>\nViennent tous \u00e0 l\u2019envi rendre hommage \u00e0 Jussieu,<br \/>\nL\u2019indien parcouroit leurs tribus r\u00e9unies,<br \/>\nQuand tout-\u00e0-coup, parmi ces vertes colonies,<br \/>\nUn arbre qu\u2019il connut d\u00e8s ses plus jeunes ans<br \/>\nFrappe ses yeux. Soudain, avec des cris per\u00e7ants<br \/>\nIl s\u2019\u00e9lance, il l\u2019embrasse, il le baigne de larmes,<br \/>\nLe couvre de baisers. Mille objets pleins de charmes,<br \/>\nCes beaux champs, ce beau ciel qui le virent heureux,<br \/>\nLe fleuve qu\u2019il fendoit de ses bras vigoureux,<br \/>\nLa for\u00eat dont ses traits per\u00e7oient l\u2019h\u00f4te sauvage,<br \/>\nCes bananiers charg\u00e9s et de fruits et d\u2019ombrage<br \/>\nEt le toit paternel, et les bois d\u2019alentour,<br \/>\nCes bois qui r\u00e9pondoient \u00e0 ses doux chants d\u2019amour,<br \/>\nIl croit les voir encore, et son \u00e2me attendrie,<br \/>\nDu moins pour un instant, retrouva sa patrie.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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