{"id":16129,"date":"2025-05-18T23:45:03","date_gmt":"2025-05-18T21:45:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=16129"},"modified":"2025-05-18T23:45:03","modified_gmt":"2025-05-18T21:45:03","slug":"chant-premier","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-premier\/","title":{"rendered":"Chant premier"},"content":{"rendered":"<p>Le doux printemps revient, et ranime \u00e0 la fois<br \/>\nLes oiseaux, les z\u00e9phyrs, et les fleurs, et ma voix.<br \/>\nPour quel sujet nouveau dois-je monter ma lyre ?<br \/>\nAh ! lorsque d\u2019un long deuil la terre enfin respire,<br \/>\nDans les champs, dans les bois, sur les monts d\u2019alentour,<br \/>\nQuand tout rit de bonheur, d\u2019esp\u00e9rance et d\u2019amour,<br \/>\nQu\u2019un autre ouvre aux grands noms les fastes de la gloire ;<br \/>\nSur un char foudroyant qu\u2019il place la victoire ;<br \/>\nQue la coupe d\u2019Atr\u00e9e ensanglante ses mains :<br \/>\nFlore a souri ; ma voix va chanter les jardins.<br \/>\nJe dirai comment l\u2019art, dans de frais paysages,<br \/>\nDirige l\u2019eau, les fleurs, les gazons, les ombrages.<\/p>\n<p>Toi donc, qui, mariant la gr\u00e2ce et la vigueur,<br \/>\nSais du chant didactique animer la langueur,<br \/>\n\u00d4 muse ! si jadis, dans les vers de Lucr\u00e8ce,<br \/>\nDes aust\u00e8res le\u00e7ons tu polis la rudesse ;<br \/>\nSi par toi, sans fl\u00e9trir le langage des dieux,<br \/>\nSon rival a chant\u00e9 le soc laborieux ;<br \/>\nViens orner un sujet plus riche, plus fertile,<br \/>\nDont le charme autrefois avoit tent\u00e9 Virgile.<br \/>\nN\u2019empruntons point ici d\u2019ornement \u00e9tranger ;<br \/>\nViens, de mes propres fleurs mon front va s\u2019ombrager ;<br \/>\nEt, comme un rayon pur colore un beau nuage,<br \/>\nDes couleurs du sujet je tiendrai mon langage.<\/p>\n<p>L\u2019art innocent et doux que c\u00e9l\u00e8brent mes vers,<br \/>\nRemonte aux plus beaux jours de l\u2019antique univers.<br \/>\nD\u00e8s que l\u2019homme eut soumis les champs \u00e0 la culture,<br \/>\nD\u2019un heureux coin de terre il soigna la parure ;<br \/>\nEt plus pr\u00e8s de ses yeux il rangea sous ses lois<br \/>\nDes arbres favoris et des fleurs de son choix.<br \/>\nDu simple Alcino\u00fcs le luxe encor rustique<br \/>\nD\u00e9coroit un verger. D\u2019un art plus magnifique<br \/>\nBabylone \u00e9leva des jardins dans les airs.<br \/>\nQuand Rome au monde entier eut envoy\u00e9 des fers,<br \/>\nLes vainqueurs, dans des parcs orn\u00e9s par la victoire,<br \/>\nAlloient calmer leur foudre et reposer leur gloire.<br \/>\nLa sagesse autrefois habitoit les jardins,<br \/>\nEt d\u2019un air plus riant instruisoit les humains :<br \/>\nEt quand les dieux offroient un \u00e9lys\u00e9e aux sages,<br \/>\n\u00c9tait-ce des palais ? C\u2019\u00e9toit de verts bocages ;<br \/>\nC\u2019\u00e9toit des pr\u00e9s fleuris, s\u00e9jour des doux loisirs,<br \/>\nO\u00f9 d\u2019une longue paix ils go\u00fbtoient les plaisirs.<\/p>\n<p>Ouvrons donc, il est temps, ma carri\u00e8re nouvelle ;<br \/>\nPhilippe m\u2019encourage, et mon sujet m\u2019appelle.<\/p>\n<p>Pour embellir les champs simples dans leurs attraits,<br \/>\nGardez-vous d\u2019insulter la nature \u00e0 grands frais.<br \/>\nCe noble emploi demande un artiste qui pense,<br \/>\nProdigue de g\u00e9nie, et non pas de d\u00e9pense.<br \/>\nMoins pompeux qu\u2019\u00e9l\u00e9gant, moins d\u00e9cor\u00e9 que beau,<br \/>\nUn jardin, \u00e0 mes yeux, est un vaste tableau.<br \/>\nSoyez peintre. Les champs, leurs nuances sans nombre,<br \/>\nLes jets de la lumi\u00e8re, et les masses de l\u2019ombre,<br \/>\nLes heures, les saisons, variant tour \u00e0 tour<br \/>\nLe cercle de l\u2019ann\u00e9e et le cercle du jour,<br \/>\nEt des pr\u00e9s \u00e9maill\u00e9s les riches broderies,<br \/>\nEt des riants coteaux les vertes draperies,<br \/>\nLes arbres, les rochers, et les eaux, et les fleurs,<br \/>\nCe sont l\u00e0 vos pinceaux, vos toiles, vos couleurs ;<br \/>\nLa nature est \u00e0 vous ; et votre main f\u00e9conde<br \/>\nDispose, pour cr\u00e9er, des \u00e9l\u00e9ments du monde.<\/p>\n<p>Mais avant de planter, avant que du terrein<br \/>\nVotre b\u00eache imprudente ait entam\u00e9 le sein,<br \/>\nPour donner aux jardins une forme plus pure,<br \/>\nObservez, connoissez, imitez la nature.<br \/>\nN\u2019avez-vous pas souvent, aux lieux infr\u00e9quent\u00e9s,<br \/>\nRencontr\u00e9 tout-\u00e0-coup ces aspects enchant\u00e9s<br \/>\nQui suspendent vos pas, dont l\u2019image ch\u00e9rie<br \/>\nVous jette en une douce et longue r\u00eaverie ?<br \/>\nSaisissez, s\u2019il se peut, leurs traits les plus frappants,<br \/>\nEt des champs apprenez l\u2019art de parer les champs.<\/p>\n<p>Voyez aussi les lieux qu\u2019un go\u00fbt savant d\u00e9core.<br \/>\nDans ces tableaux choisis vous choisirez encore.<br \/>\nDans sa pompe \u00e9l\u00e9gante admirez Chantilli,<br \/>\nDe h\u00e9ros en h\u00e9ros, d\u2019\u00e2ge en \u00e2ge embelli.<br \/>\nBel\u0153il, tout \u00e0 la fois magnifique et champ\u00eatre,<br \/>\nChanteloup, fier encor de l\u2019exil de son ma\u00eetre,<br \/>\nVous plairont tour-\u00e0-tour. Tel que ce frais bouton,<br \/>\nTimide avant-coureur de la belle saison,<br \/>\nL\u2019aimable Tivoli, d\u2019une forme nouvelle<br \/>\nFit le premier en France entrevoir le mod\u00e8le.<br \/>\nLes Gr\u00e2ces en riant dessin\u00e8rent Montreuil.<br \/>\nMaupertuis, Le D\u00e9sert, Rincy, Limours, Auteuil,<br \/>\nQue dans vos frais sentiers doucement on s\u2019\u00e9gare !<br \/>\nL\u2019ombre du grand Henri ch\u00e9rit encor Navarre.<br \/>\nSemblable \u00e0 son auguste et jeune d\u00e9it\u00e9,<br \/>\nTrianon joint la gr\u00e2ce avec la majest\u00e9.<br \/>\nPour elle il s\u2019embellit, et s\u2019embellit par elle.<\/p>\n<p>Et toi, d\u2019un prince aimable \u00f4 l\u2019asile fid\u00e8le !<br \/>\nDont le nom trop modeste est indigne de toi,<br \/>\nLieu charmant ! offre-lui tout ce que je lui doi,<br \/>\nUn fortun\u00e9 loisir, une douce retraite.<br \/>\nBienfaiteur de mes vers, ainsi que du po\u00e8te,<br \/>\nC\u2019est lui qui, dans ce choix d\u2019\u00e9crivains enchanteurs,<br \/>\nDans ce jardin par\u00e9 de po\u00e9tiques fleurs,<br \/>\nDaigne accueillir ma muse. Ainsi du sein de l\u2019herbe<br \/>\nLa violette cro\u00eet aupr\u00e8s du lys superbe.<br \/>\nCompagnon inconnu de ces hommes fameux,<br \/>\nAh ! si ma foible voix pouvoit chanter comme eux,<br \/>\nJe peindrois tes jardins, le dieu qui les habite,<br \/>\nLes arts et l\u2019amiti\u00e9 qu\u2019il y m\u00e8ne \u00e0 sa suite.<br \/>\nBeau lieu ! Fais son bonheur. Et moi, si quelque jour,<br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 lui, j\u2019embellis un champ\u00eatre s\u00e9jour,<br \/>\nDe mon illustre appui j\u2019y placerai l\u2019image.<br \/>\nDe mes premi\u00e8res fleurs je veux qu\u2019elle ait l\u2019hommage :<br \/>\nPour elle je cultive et j\u2019enlace en festons<br \/>\nLe myrte et le laurier, tous deux chers aux Bourbons.<br \/>\nEt si l\u2019ombre, la paix, la libert\u00e9 m\u2019inspire,<br \/>\n\u00c0 l\u2019auteur de ces dons je d\u00e9vouerai ma lyre.<\/p>\n<p>J\u2019ai dit les lieux charmants que l\u2019art peut imiter ;<br \/>\nMais il est des \u00e9cueils que l\u2019art doit \u00e9viter.<br \/>\nL\u2019esprit imitateur trop souvent nous abuse.<br \/>\nNe pr\u00eatez point au sol des beaut\u00e9s qu\u2019il refuse :<br \/>\nAvant tout connoissez votre site ; et du lieu<br \/>\nAdorez le g\u00e9nie, et consultez le dieu.<br \/>\nSes lois impun\u00e9ment ne sont pas offens\u00e9es.<br \/>\nCependant moins hardi qu\u2019\u00e9trange en ses pens\u00e9es,<br \/>\nTous les jours, dans les champs, un artiste sans go\u00fbt<br \/>\nChange, m\u00eale, d\u00e9place, et d\u00e9nature tout ;<br \/>\nEt, par l\u2019absurde choix des beaut\u00e9s qu\u2019il allie,<br \/>\nRevient g\u00e2ter en France un site d\u2019Italie.<\/p>\n<p>Ce que votre terrein adopte avec plaisir,<br \/>\nSachez le reconno\u00eetre, osez vous en saisir.<br \/>\nC\u2019est mieux que la nature, et cependant c\u2019est elle ;<br \/>\nC\u2019est un tableau parfait qui n\u2019a point de mod\u00e8le.<br \/>\nAinsi savoient choisir les Berghems, les Poussins.<br \/>\nVoyez, \u00e9tudiez leurs chefs-d\u2019\u0153uvre divins :<br \/>\nEt ce qu\u2019\u00e0 la campagne emprunta la peinture,<br \/>\nQue l\u2019art reconnoissant le rende \u00e0 la nature.<\/p>\n<p>Maintenant des terreins examinons le choix,<br \/>\nEt quels lieux se plairont \u00e0 recevoir vos lois.<br \/>\nIl fut un temps funeste o\u00f9, tourmentant la terre,<br \/>\nAux sites les plus beaux l\u2019art d\u00e9claroit la guerre,<br \/>\nEt, comblant les vallons et rasant les coteaux,<br \/>\nD\u2019un sol heureux formoit d\u2019insipides plateaux.<br \/>\nPar un contraire abus l\u2019art, tyran des campagnes,<br \/>\nAujourd\u2019hui veut cr\u00e9er des vallons, des montagnes.<br \/>\n\u00c9vitez ces exc\u00e8s. Vos soins infructueux<br \/>\nVainement combattroient un terrein montueux ;<br \/>\nEt dans un sol \u00e9gal, un humble monticule<br \/>\nVeut \u00eatre pittoresque, et n\u2019est que ridicule.<\/p>\n<p>D\u00e9sirez-vous un lieu propice \u00e0 vos travaux ?<br \/>\nLoin des champs trop unis, des monts trop in\u00e9gaux,<br \/>\nJ\u2019aimerois ces hauteurs o\u00f9, sans orgueil, domine<br \/>\nSur un riche vallon une belle colline.<br \/>\nL\u00e0, le terrein est doux sans insipidit\u00e9,<br \/>\n\u00c9lev\u00e9 sans raideur, sec sans aridit\u00e9.<br \/>\nVous marchez : l\u2019horizon vous ob\u00e9it : la terre<br \/>\nS\u2019\u00e9l\u00e8ve ou redescend, s\u2019\u00e9tend ou se resserre.<br \/>\nVos sites, vos plaisirs changent \u00e0 chaque pas.<\/p>\n<p>Qu\u2019un obscur arpenteur, arm\u00e9 de son compas,<br \/>\nAu fond d\u2019un cabinet, d\u2019un jardin sym\u00e9trique<br \/>\nConfie au froid papier le plan g\u00e9om\u00e9trique ;<br \/>\nVous, venez sur les lieux. L\u00e0, le crayon en main,<br \/>\nDessinez ces aspects, ces coteaux, ce lointain ;<br \/>\nDevinez les moyens, pressentez les obstacles :<br \/>\nC\u2019est des difficult\u00e9s que naissent les miracles.<br \/>\nLe sol le plus ingrat conno\u00eetra la beaut\u00e9.<br \/>\nEst-il nu ? que des bois parent sa nudit\u00e9 :<br \/>\nCouvert ? portez la hache en ses for\u00eats profondes :<br \/>\nHumide ? en lacs pompeux, en rivi\u00e8res f\u00e9condes,<br \/>\nChangez cette onde impure ; et, par d\u2019heureux travaux,<br \/>\nCorrigez \u00e0 la fois l\u2019air, la terre et les eaux :<br \/>\nAride enfin ? cherchez, sondez, fouillez encore ;<br \/>\nL\u2019eau lente \u00e0 se trahir, peut-\u00eatre est pr\u00e8s d\u2019\u00e9clore.<br \/>\nAinsi, d\u2019un long effort moi-m\u00eame rebut\u00e9,<br \/>\nQuand j\u2019ai d\u2019un froid d\u00e9tail maudit l\u2019aridit\u00e9,<br \/>\nSoudain un trait heureux jaillit d\u2019un fond st\u00e9rile,<br \/>\nEt mon vers ranim\u00e9 coule enfin plus facile.<\/p>\n<p>Il est des soins plus doux, un art plus enchanteur.<br \/>\nC\u2019est peu de charmer l\u2019\u0153il, il faut parler au c\u0153ur.<br \/>\nAvez-vous donc connu ces rapports invisibles<br \/>\nDes corps inanim\u00e9s et des \u00eatres sensibles ?<br \/>\nAvez-vous entendu des eaux, des pr\u00e9s, des bois,<br \/>\nLa muette \u00e9loquence et la secr\u00e8te voix ?<br \/>\nRendez-nous ces effets. Que du riant au sombre,<br \/>\nDu noble au gracieux, les passages sans nombre<br \/>\nM\u2019int\u00e9ressent toujours. Simple et grand, fort et doux,<br \/>\nUnissez tous les tons pour plaire \u00e0 tous les go\u00fbts<br \/>\nL\u00e0, que le peintre vienne enrichir sa palette ;<br \/>\nQue l\u2019inspiration y trouble le po\u00e8te ;<br \/>\nQue le sage du calme y go\u00fbte les douceurs ;<br \/>\nL\u2019heureux, ses souvenirs ; le malheureux, ses pleurs.<\/p>\n<p>Mais l\u2019audace est commune, et le bon sens est rare.<br \/>\nAu lieu d\u2019\u00eatre piquant, souvent on est bizarre.<br \/>\nGardez que, mal unis, ces effets diff\u00e9rents<br \/>\nNe forment qu\u2019un chaos de traits incoh\u00e9rents.<br \/>\nLes contradictions ne sont pas des contrastes.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, \u00e0 ces tableaux il faut des toiles vastes.<br \/>\nN\u2019allez pas resserrer dans des cadres \u00e9troits,<br \/>\nDes rivi\u00e8res, des lacs, des montagnes, des bois.<br \/>\nOn rit de ces jardins, absurde parodie<br \/>\nDes traits que jette en grand la nature hardie ;<br \/>\nO\u00f9 l\u2019art, invraisemblable \u00e0 la fois et grossier,<br \/>\nEnferme en un arpent un pays tout entier.<\/p>\n<p>Au lieu de cet amas, de ce confus m\u00e9lange,<br \/>\nVariez les sujets, ou que leur aspect change :<br \/>\nRapproch\u00e9s, \u00e9loign\u00e9s, entrevus, d\u00e9couverts,<br \/>\nQu\u2019ils offrent tour \u00e0 tour vingt spectacles divers.<br \/>\nQue de l\u2019effet qui suit l\u2019adroite incertitude<br \/>\nLaisse \u00e0 l\u2019\u0153il curieux sa douce inqui\u00e9tude ;<br \/>\nQu\u2019enfin les ornements avec go\u00fbt soient plac\u00e9s,<br \/>\nJamais trop impr\u00e9vus, jamais trop annonc\u00e9s.<\/p>\n<p>Surtout du mouvement : sans lui, sans sa magie,<br \/>\nL\u2019esprit d\u00e9soccup\u00e9 retombe en l\u00e9thargie ;<br \/>\nSans lui, sur vos champs froids mon \u0153il glisse au hasard.<br \/>\nDes grands peintres encor faut-il attester l\u2019art ?<br \/>\nVoyez-les prodiguer de leur pinceau fertile<br \/>\nDe mobiles objets sur la toile immobile,<br \/>\nL\u2019onde qui fuit, le vent qui courbe les rameaux,<br \/>\nLes globes de fum\u00e9e exhal\u00e9s des hameaux,<br \/>\nLes troupeaux, les pasteurs, et leurs jeux et leur danse ;<br \/>\nSaisissez leur secret, plantez en abondance<br \/>\nCes souples arbrisseaux, et ces arbres mouvants,<br \/>\nDont la t\u00eate ob\u00e9it \u00e0 l\u2019haleine des vents ;<br \/>\nQuels qu\u2019ils soient, respectez leur flottante verdure,<br \/>\nEt d\u00e9fendez au fer d\u2019outrager la nature.<br \/>\nVoyez-la dessiner ces ch\u00eanes, ces ormeaux ;<br \/>\nVoyez comment sa main, du tronc jusqu\u2019aux rameaux,<br \/>\nDes rameaux au feuillage, augmentant leur souplesse,<br \/>\nDes ondulations leur donna la mollesse.<br \/>\nMais les ciseaux cruels\u2026 Pr\u00e9venez ce forfait,<br \/>\nNymphes des bois, courez. Que dis-je ? c\u2019en est fait :<br \/>\nL\u2019acier a retranch\u00e9 leur cime verdoyante ;<br \/>\nJe n\u2019entends plus au loin sur leur t\u00eate ondoyante<br \/>\nLe rapide Aquilon l\u00e9g\u00e8rement courir,<br \/>\nFr\u00e9mir dans leurs rameaux, s\u2019\u00e9loigner, et mourir :<br \/>\nFroids, monotones, morts, du fer qui les mutile<br \/>\nIls semblent avoir pris la raideur immobile.<\/p>\n<p>Vous donc, dans vos tableaux amis du mouvement,<br \/>\n\u00c0 vos arbres laissez leur doux balancement.<br \/>\nQu\u2019en mobiles objets la perspective abonde :<br \/>\nFaites courir, tomber et rejaillir cette onde :<br \/>\nVous voyez ces vallons et ces coteaux d\u00e9serts ;<br \/>\nDes diff\u00e9rents troupeaux dans les sites divers,<br \/>\nEnvoyez, r\u00e9pandez les peuplades nombreuses.<br \/>\nL\u00e0, du sommet lointain des roches buissonneuses,<br \/>\nJe vois la ch\u00e8vre pendre ; ici de mille agneaux<br \/>\nL\u2019\u00e9cho porte les cris de coteaux en coteaux.<br \/>\nDans ces pr\u00e9s abreuv\u00e9s des eaux de la colline,<br \/>\nCouch\u00e9 sur ses genoux, le b\u0153uf pesant rumine<br \/>\nTandis qu\u2019imp\u00e9tueux, fier, inquiet, ardent,<br \/>\nCet animal guerrier qu\u2019enfanta le trident<br \/>\nD\u00e9ploie, en se jouant dans un gras p\u00e2turage,<br \/>\nSa vigueur indompt\u00e9e et sa gr\u00e2ce sauvage.<br \/>\nQue j\u2019aime et sa souplesse et son port anim\u00e9 !<br \/>\nSoit que dans le courant du fleuve accoutum\u00e9,<br \/>\nEn frissonnant il plonge, et, luttant contre l\u2019onde,<br \/>\nBatte du pied le flot qui blanchit et qui gronde ;<br \/>\nSoit qu\u2019\u00e0 travers les pr\u00e9s il s\u2019\u00e9chappe par bonds ;<br \/>\nSoit que, livrant aux vents ses longs crins vagabonds,<br \/>\nSuperbe, l\u2019\u0153il en feu, les narines fumantes,<br \/>\nBeau d\u2019orgueil et d\u2019amour, il vole \u00e0 ses amantes :<br \/>\nQuand je ne le vois plus, mon \u0153il le suit encor.<\/p>\n<p>Ainsi de la nature \u00e9puisant le tr\u00e9sor,<br \/>\nLe terrein, les aspects, les eaux et les ombrages<br \/>\nDonnent le mouvement, la vie aux paysages.<\/p>\n<p>Mais si du mouvement notre \u0153il est enchant\u00e9,<br \/>\nIl ne ch\u00e9rit pas moins un air de libert\u00e9.<br \/>\nLaissez donc des jardins la limite ind\u00e9cise,<br \/>\nEt que votre art l\u2019efface, ou du moins la d\u00e9guise.<br \/>\nO\u00f9 l\u2019\u0153il n\u2019esp\u00e8re plus, le charme dispara\u00eet.<br \/>\nAux bornes d\u2019un beau lieu nous touchons \u00e0 regret :<br \/>\nBient\u00f4t il nous ennuie, et m\u00eame nous irrite.<br \/>\nAu-del\u00e0 de ces murs, importune limite,<br \/>\nOn imagine encor de plus aimables lieux,<br \/>\nEt l\u2019esprit inquiet d\u00e9senchante les yeux.<\/p>\n<p>Quand toujours guerroyant vos gothiques anc\u00eatres<br \/>\nTransformoient en champ-clos leurs asiles champ\u00eatres,<br \/>\nChacun dans son donjon, de murs environn\u00e9,<br \/>\nPour vivre s\u00fbrement, vivoit emprisonn\u00e9.<br \/>\nMais que fait aujourd\u2019hui cette ennuyeuse enceinte<br \/>\nQue conserve l\u2019orgueil et qu\u2019inventa la crainte ?<br \/>\n\u00c0 ces murs qui g\u00eanoient, attristoient les regards,<br \/>\nLe go\u00fbt pr\u00e9f\u00e9reroit ces verdoyants remparts,<br \/>\nCes murs tissus d\u2019\u00e9pine, o\u00f9 votre main tremblante<br \/>\nCueille et la rose inculte et la m\u00fbre sanglante.<\/p>\n<p>Mais les jardins born\u00e9s m\u2019importunent encor.<br \/>\nLoin de ce cercle \u00e9troit prenons enfin l\u2019essor<br \/>\nVers un genre plus vaste et des formes plus belles,<br \/>\nDont seul Ermenonville offre encor des mod\u00e8les.<br \/>\nLes jardins appeloient les champs dans leur s\u00e9jour,<br \/>\nLes jardins dans les champs vont entrer \u00e0 leur tour.<\/p>\n<p>Du haut de ces coteaux, de ces monts d\u2019o\u00f9 la vue<br \/>\nD\u2019un vaste paysage embrasse l\u2019\u00e9tendue,<br \/>\nLa nature au g\u00e9nie a dit : \u00ab \u00c9coute-moi.<br \/>\nTu vois tous ces tr\u00e9sors ; ces tr\u00e9sors sont \u00e0 toi.<br \/>\nDans leur pompe sauvage et leur brute richesse,<br \/>\nMes travaux imparfaits implorent ton adresse \u00bb.<br \/>\nElle dit. Il s\u2019\u00e9lance, il va de tous c\u00f4t\u00e9s<br \/>\nFouiller dans cette masse o\u00f9 dorment cent beaut\u00e9s.<br \/>\nDes vallons aux coteaux, des bois \u00e0 la prairie,<br \/>\nIl retouche en passant le tableau qui varie.<br \/>\nIl sait, au gr\u00e9 des yeux, r\u00e9unir, d\u00e9tacher,<br \/>\n\u00c9clairer, rembrunir, d\u00e9couvrir ou cacher.<br \/>\nIl ne compose pas ; il corrige, il \u00e9pure,<br \/>\nIl ach\u00e8ve les traits qu\u2019\u00e9baucha la nature.<br \/>\nLe front des noirs rochers a perdu sa terreur ;<br \/>\nLa for\u00eat \u00e9gay\u00e9e adoucit son horreur ;<br \/>\nUn ruisseau s\u2019\u00e9garoit, il dirige sa course ;<br \/>\nIl s\u2019empare d\u2019un lac, s\u2019enrichit d\u2019une source ;<br \/>\nIl veut ; et des sentiers courent de toutes parts<br \/>\nChercher, saisir, lier tous ces membres \u00e9pars,<br \/>\nQui, surpris, enchant\u00e9s du n\u0153ud qui les rassemble,<br \/>\nForment de cent d\u00e9tails un magnifique ensemble.<\/p>\n<p>Ces grands travaux peut-\u00eatre \u00e9pouvantent votre art.<br \/>\nRentrez dans nos vieux parcs, et voyez d\u2019un regard<br \/>\nCes riens dispendieux, ces recherches frivoles,<br \/>\nCes treillages sculpt\u00e9s, ces bassins, ces rigoles.<br \/>\nAvec bien moins de frais qu\u2019un art minutieux<br \/>\nN\u2019orna ce seul r\u00e9duit qui pla\u00eet un jour aux yeux,<br \/>\nVous allez embellir un paysage immense.<br \/>\nTombez devant cet art, fausse magnificence ;<br \/>\nEt qu\u2019un jour, transform\u00e9e en un nouvel \u00c9den,<br \/>\nLa France \u00e0 nos regards offre un vaste jardin !<\/p>\n<p>Que si vous n\u2019osez pas tenter cette carri\u00e8re,<br \/>\nDu moins de vos enclos franchissant la barri\u00e8re,<br \/>\nPar de riches aspects agrandissez les lieux.<br \/>\nD\u2019un vallon, d\u2019un coteau, d\u2019un lointain gracieux,<br \/>\nAjoutez \u00e0 vos parcs l\u2019\u00e9trang\u00e8re \u00e9tendue ;<br \/>\nPoss\u00e9dez par les yeux, jouissez par la vue.<br \/>\nSurtout sachez saisir, encha\u00eener \u00e0 vos plants<br \/>\nCes accidents heureux qui distinguent les champs.<br \/>\nIci, c\u2019est un hameau que des bois environnent ;<br \/>\nL\u00e0, de leurs longues tours les cit\u00e9s se couronnent ;<br \/>\nEt l\u2019ardoise azur\u00e9e, au loin frappant les yeux,<br \/>\nCourt en sommet aigu se perdre dans les cieux.<br \/>\nOublierai-je ce fleuve, et son cours, et ses rives ?<br \/>\nVotre \u0153il de loin poursuit les voiles fugitives.<br \/>\nDes \u00eeles quelquefois s\u2019\u00e9l\u00e8vent de son sein ;<br \/>\nQuelquefois il s\u2019enfuit sous l\u2019arc d\u2019un pont lointain.<br \/>\nEt si la vaste mer \u00e0 vos yeux se pr\u00e9sente,<br \/>\nMontrez, mais variez cette sc\u00e8ne imposante.<br \/>\nIci, qu\u2019on l\u2019entrevoie \u00e0 travers des rameaux.<br \/>\nL\u00e0, dans l\u2019enfoncement de ces profonds berceaux,<br \/>\nComme au bout d\u2019un long tube une vo\u00fbte la montre.<br \/>\nAu d\u00e9tour d\u2019un bosquet ici l\u2019\u0153il la rencontre,<br \/>\nLa perd encore ; enfin la vue en libert\u00e9<br \/>\nTout-\u00e0-coup la d\u00e9couvre en son immensit\u00e9.<br \/>\nSur ces aspects divers fixez l\u2019\u0153il qui s\u2019\u00e9gare ;<br \/>\nMais, il faut l\u2019avouer, c\u2019est d\u2019une main avare<br \/>\nQue les hommes, les arts, la nature et le temps<br \/>\nS\u00e8ment autour de nous de riches accidents.<br \/>\n\u00d4 plaines de la Gr\u00e8ce ! \u00f4 champs de l\u2019Ausonie,<br \/>\nLieux toujours inspirants, toujours chers au g\u00e9nie !<br \/>\nQue de fois arr\u00eat\u00e9 dans un bel horizon,<br \/>\nLe peintre voit, s\u2019enflamme, et saisit son crayon,<br \/>\nDessine ces lointains, et ces mers, et ces \u00eeles,<br \/>\nCes ports, ces monts br\u00fblants et devenus fertiles,<br \/>\nDes laves de ces monts encor tout mena\u00e7ants,<br \/>\nSur des palais d\u00e9truits d\u2019autres palais naissants,<br \/>\nEt, dans ce long tourment de la terre et de l\u2019onde,<br \/>\nUn nouveau monde \u00e9clos des d\u00e9bris du vieux monde !<br \/>\nH\u00e9las ! je n\u2019ai point vu ce s\u00e9jour enchant\u00e9,<br \/>\nCes beaux lieux o\u00f9 Virgile a tant de fois chant\u00e9 ;<br \/>\nMais, j\u2019en jure et Virgile et ses accords sublimes,<br \/>\nJ\u2019irai ; de l\u2019Apennin je franchirai les cimes ;<br \/>\nJ\u2019irai, plein de son nom, plein de ses vers sacr\u00e9s,<br \/>\nLes lire aux m\u00eames lieux qui les ont inspir\u00e9s.<br \/>\nVous, \u00e9pris des beaut\u00e9s qu\u2019\u00e9talent ces rivages,<br \/>\nAu lieu de ces aspects, de ces grands paysages,<br \/>\nN\u2019avez-vous au-dehors que d\u2019insipides champs ?<br \/>\nQu\u2019au-dedans, des objets mieux choisis, plus touchants<br \/>\nD\u00e9dommagent vos yeux d\u2019une vue \u00e9trang\u00e8re :<br \/>\nDans votre propre enceinte apprenez \u00e0 vous plaire ;<br \/>\nSymbole heureux du sage, ind\u00e9pendant d\u2019autrui,<br \/>\nQui rentre dans son \u00e2me, et se pla\u00eet avec lui.<br \/>\nJe m\u2019enfonce avec vous dans ce secret asile.<br \/>\nToutefois aux lieux m\u00eame o\u00f9 le sol plus fertile<br \/>\nEn aspects vari\u00e9s est le plus abondant,<br \/>\nDes tr\u00e9sors de la vue \u00e9conome prudent,<br \/>\nFaites-les acheter d\u2019une course l\u00e9g\u00e8re.<br \/>\nQue votre art les promette, et que l\u2019\u0153il les esp\u00e8re :<br \/>\nPromettre, c\u2019est donner ; esp\u00e9rer, c\u2019est jouir.<br \/>\nIl faut m\u2019int\u00e9resser, et non pas m\u2019\u00e9blouir.<\/p>\n<p>Dans mes le\u00e7ons encor je voudrois vous apprendre<br \/>\nL\u2019art d\u2019avertir les yeux, et l\u2019art de les surprendre.<br \/>\nMais avant de dicter des pr\u00e9ceptes nouveaux,<br \/>\nDeux genres, d\u00e8s longtemps ambitieux rivaux,<br \/>\nSe disputent nos v\u0153ux. L\u2019un \u00e0 nos yeux pr\u00e9sente<br \/>\nD\u2019un dessein r\u00e9gulier l\u2019ordonnance imposante,<br \/>\nPr\u00eate aux champs des beaut\u00e9s qu\u2019ils ne connoissoient pas,<br \/>\nD\u2019une pompe \u00e9trang\u00e8re embellit leurs appas,<br \/>\nDonne aux arbres des lois, aux ondes des entraves,<br \/>\nEt, despote orgueilleux, brille entour\u00e9 d\u2019esclaves.<br \/>\nSon air est moins riant et plus majestueux.<br \/>\nL\u2019autre, de la nature amant respectueux,<br \/>\nL\u2019orne, sans la farder, traite avec indulgence<br \/>\nSes caprices charmants, sa noble n\u00e9gligence,<br \/>\nSa marche irr\u00e9guli\u00e8re, et fait na\u00eetre avec art<br \/>\nLes beaut\u00e9s, du d\u00e9sordre, et m\u00eame du hasard.<\/p>\n<p>Chacun d\u2019eux a ses droits ; n\u2019excluons l\u2019un ni l\u2019autre :<br \/>\nJe ne d\u00e9cide point entre Kent et Le N\u00f4tre.<br \/>\nAinsi que leurs beaut\u00e9s, tous les deux ont leurs lois.<br \/>\nL\u2019un est fait pour briller chez les grands et les rois ;<br \/>\nLes rois sont condamn\u00e9s \u00e0 la magnificence.<br \/>\nOn attend autour d\u2019eux l\u2019effort de la puissance ;<br \/>\nOn y veut admirer, enivrer ses regards<br \/>\nDes prodiges du luxe et du faste des arts.<br \/>\nL\u2019art peut donc subjuguer la nature rebelle ;<br \/>\nMais c\u2019est toujours en grand qu\u2019il doit triompher d\u2019elle.<br \/>\nSon \u00e9clat fait ses droits ; c\u2019est un usurpateur<br \/>\nQui doit obtenir gr\u00e2ce, \u00e0 force de grandeur.<br \/>\nLoin donc ces froids jardins, colifichet champ\u00eatre,<br \/>\nInsipides r\u00e9duits, dont l\u2019insipide ma\u00eetre<br \/>\nVous vante, en s\u2019admirant, ses arbres bien peign\u00e9s,<br \/>\nSes petits salons verts bien tondus, bien soign\u00e9s ;<br \/>\nSon plant bien sym\u00e9trique, o\u00f9, jamais solitaire,<br \/>\nChaque all\u00e9e a sa s\u0153ur, chaque berceau son fr\u00e8re,<br \/>\nSes sentiers ennuy\u00e9s d\u2019ob\u00e9ir au cordeau,<br \/>\nSon parterre brod\u00e9, son maigre filet d\u2019eau,<br \/>\nSes buis tourn\u00e9s en globe, en pyramide, en vase,<br \/>\nEt ses petits bergers bien guind\u00e9s sur leur base.<br \/>\nLaissez-le s\u2019applaudir de son luxe mesquin ;<br \/>\nJe pr\u00e9f\u00e8re un champ brut \u00e0 son triste jardin.<\/p>\n<p>Loin de ces vains appr\u00eats, de ces petits prodiges,<br \/>\nVenez, suivez mon vol au pays des prestiges,<br \/>\n\u00c0 ce pompeux Versaille, \u00e0 ce riant Marly,<br \/>\nQue Louis, la nature, et l\u2019art ont embelli.<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 que tout est grand, que l\u2019art n\u2019est point timide ;<br \/>\nL\u00e0, tout est enchant\u00e9. C\u2019est le palais d\u2019Armide ;<br \/>\nC\u2019est le jardin d\u2019Alcine, ou plut\u00f4t d\u2019un h\u00e9ros<br \/>\nNoble dans sa retraite, et grand dans son repos,<br \/>\nQui cherche encore \u00e0 vaincre, \u00e0 dompter des obstacles,<br \/>\nEt ne marche jamais qu\u2019entour\u00e9 de miracles.<br \/>\nVoyez-vous et les eaux, et la terre, et les bois,<br \/>\nSubjugu\u00e9s \u00e0 leur tour, ob\u00e9ir \u00e0 ses lois ;<br \/>\n\u00c0 ces douze palais d\u2019\u00e9l\u00e9gante structure<br \/>\nCes arbres marier leur verte architecture ;<br \/>\nCes bronzes respirer ; ces fleuves suspendus<br \/>\nEn gros bouillons d\u2019\u00e9cume \u00e0 grand bruit descendus<br \/>\nTomber, se prolonger dans des canaux superbes,<br \/>\nL\u00e0, s\u2019\u00e9pancher en nappe ; ici, monter en gerbes ;<br \/>\nEt, dans l\u2019air s\u2019enflammant aux feux d\u2019un soleil pur,<br \/>\nPleuvoir en gouttes d\u2019or, d\u2019\u00e9meraude et d\u2019azur ?<br \/>\nSi j\u2019\u00e9gare mes pas dans ces bocages sombres,<br \/>\nDes Faunes, des Sylvains en ont peupl\u00e9 les ombres,<br \/>\nEt Diane et V\u00e9nus enchantent ce beau lieu.<br \/>\nTout bosquet est un temple, et tout marbre est un dieu ;<br \/>\nEt Louis, respirant du fracas des conqu\u00eates,<br \/>\nSemble avoir invit\u00e9 tout l\u2019Olympe \u00e0 ses f\u00eates.<br \/>\nC\u2019est dans ces grands effets que l\u2019art doit se montrer.<\/p>\n<p>Mais l\u2019esprit ais\u00e9ment se lasse d\u2019admirer.<br \/>\nJ\u2019applaudis l\u2019orateur dont les nobles pens\u00e9es<br \/>\nRoulent pompeusement, avec soin cadenc\u00e9es :<br \/>\nMais ce plaisir est court. Je quitte l\u2019orateur<br \/>\nPour chercher un ami qui me parle du c\u0153ur.<br \/>\nDu marbre, de l\u2019airain que le luxe prodigue,<br \/>\nDes ornements de l\u2019art l\u2019\u0153il bient\u00f4t se fatigue ;<br \/>\nMais les bois, mais les eaux, mais les ombrages frais,<br \/>\nTout ce luxe innocent ne fatigue jamais.<br \/>\nAimez donc des jardins la beaut\u00e9 naturelle.<br \/>\nDieu lui-m\u00eame aux mortels en tra\u00e7a le mod\u00e8le.<br \/>\nRegardez dans Milton. Quand ses puissantes mains<br \/>\nPr\u00e9parent un asile aux premiers des humains ;<br \/>\nLe voyez-vous tracer des routes r\u00e9guli\u00e8res,<br \/>\nContraindre dans leur cours les ondes prisonni\u00e8res ?<br \/>\nLe voyez-vous parer d\u2019\u00e9trangers ornements<br \/>\nL\u2019enfance de la terre et son premier printemps ?<br \/>\nSans contrainte, sans art, de ses douces pr\u00e9mices<br \/>\nLa nature \u00e9puisa les plus pures d\u00e9lices.<br \/>\nDes plaines, des coteaux le m\u00e9lange charmant,<br \/>\nLes ondes \u00e0 leur choix errantes mollement,<br \/>\nDes sentiers sinueux les routes ind\u00e9cises,<br \/>\nLe d\u00e9sordre enchanteur, les piquantes surprises,<br \/>\nDes aspects o\u00f9 les yeux h\u00e9sitoient \u00e0 choisir,<br \/>\nVarioient, suspendoient, prolongeoient leur plaisir.<br \/>\nSur l\u2019\u00e9mail velout\u00e9 d\u2019une fra\u00eeche verdure,<br \/>\nMille arbres, de ces lieux ondoyante parure,<br \/>\nCharme de l\u2019odorat, du go\u00fbt et des regards,<br \/>\n\u00c9l\u00e9gamment group\u00e9s, n\u00e9gligemment \u00e9pars,<br \/>\nSe fuyoient, s\u2019approchoient, quelquefois \u00e0 leur vue<br \/>\nOuvroient dans le lointain une sc\u00e8ne impr\u00e9vue ;<br \/>\nOu, tombant jusqu\u2019\u00e0 terre, et recourbant leurs bras,<br \/>\nVenoient d\u2019un doux obstacle embarrasser leurs pas ;<br \/>\nOu pendoient sur leur t\u00eate en festons de verdure,<br \/>\nEt de fleurs, en passant, semoient leur chevelure.<br \/>\nDirai-je ces for\u00eats d\u2019arbustes, d\u2019arbrisseaux,<br \/>\nEntrela\u00e7ant en vo\u00fbte, en alc\u00f4ve, en berceaux<br \/>\nLeurs bras voluptueux, et leurs tiges fleuries ?<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que, les yeux pleins de tendres r\u00eaveries,<br \/>\n\u00c8ve \u00e0 son jeune \u00e9poux abandonna sa main,<br \/>\nEt rougit comme l\u2019aube aux portes du matin.<br \/>\nTout les f\u00e9licitoit dans toute la nature,<br \/>\nLe ciel par son \u00e9clat, l\u2019onde par son murmure.<br \/>\nLa terre, en tressaillant, ressentit leurs plaisirs ;<br \/>\nZ\u00e9phyre aux antres verts redisoit leurs soupirs ;<br \/>\nLes arbres fr\u00e9missoient, et la rose inclin\u00e9e<br \/>\nVersoit tous ses parfums sur le lit d\u2019hym\u00e9n\u00e9e.<br \/>\n\u00d4 bonheur ineffable ! \u00f4 fortun\u00e9s \u00e9poux !<br \/>\nHeureux dans ses jardins, heureux qui, comme vous,<br \/>\nVivroit, loin des tourments o\u00f9 l\u2019orgueil est en proie,<br \/>\nRiche de fruits, de fleurs, d\u2019innocence et de joie !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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