{"id":15621,"date":"2025-05-16T22:49:50","date_gmt":"2025-05-16T20:49:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=15621"},"modified":"2025-05-16T22:49:50","modified_gmt":"2025-05-16T20:49:50","slug":"jacques-dartevelde","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/jacques-dartevelde\/","title":{"rendered":"Jacques d\u2019Artevelde"},"content":{"rendered":"<p>\u00d4 ce soir de juillet o\u00f9 le Tribun mourut,<br \/>\nSoleil de Flandre, en avez-vous gard\u00e9 m\u00e9moire ?<br \/>\nSa pille \u00e9tait dor\u00e9e aux rayons de sa gloire<br \/>\nEt le monde changea quand son geste apparut.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, quelqu\u2019un de Gand, un homme<br \/>\nParla sans se courber, en Roi, devant un Roi ;<br \/>\nSon verbe \u00e9tait si prompt \u00e0 d\u00e9fendre son droit<br \/>\nQu\u2019on l\u2019e\u00fbt choisi pour chef, aux temps rouges, dans Rome.<\/p>\n<p>Les fronts, les bras, les mains des turbulents m\u00e9tiers<br \/>\n\u00c9taient son front, ses bras, ses mains, \u00e9taient sa force.<br \/>\nIl rangeait en faisceaux leurs volont\u00e9s retorses,<br \/>\nIl \u00e9tait \u00e0 lui seul un peuple tout entier.<\/p>\n<p>Tous les grondements sourds et violents des rages,<br \/>\nTous les \u00e9clairs et tous les feux de la fureur,<br \/>\nPassaient si bien du c\u0153ur des autres en son c\u0153ur<br \/>\nQu\u2019il \u00e9tait comme arm\u00e9 de leur mouvant orage.<\/p>\n<p>Et sage autant que ferme, il entreprenait tout.<br \/>\nRien au monde Jamais ne put vaincre sa t\u00eate :<br \/>\nQuand il sentit tomber le soir de sa d\u00e9faite.<br \/>\nSon \u00e2me ardait encor comme du fer qui bout.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Longtemps il v\u00e9cut seul, sans manier les foules :<br \/>\nLeurs col\u00e8res, leurs cris, leurs triomphes, leurs houles<br \/>\nNe battaient point de leurs flots arrogants<br \/>\nSa tranquille maison sise en un coin de Gand,<\/p>\n<p>Le long des eaux, \u00e0 la Biloque.<br \/>\nLe soir, autour du feu,<br \/>\nIl aimait les colloques,<br \/>\nEt nul ne parlait mieux.<br \/>\nIl brassait l\u2019hydromel, couleur de flamme et d\u2019ambre ;<br \/>\nEt lorsqu\u2019il d\u00e9voilait quelque profond dessein<br \/>\nDevant son fils ardent et ses calmes voisins,<br \/>\nDe grands brocs surchargeaient les tables de la chambre.<\/p>\n<p>Survint<br \/>\nEt la mis\u00e8re et la ruine et l\u2019effort vain.<\/p>\n<p>Les gros vaisseaux anglais charg\u00e9s de lourdes laines,<br \/>\nFlandre, ne cinglaient plus vers tes villes lointaines<br \/>\nQui regardaient la mer ;<br \/>\nEt tes beaux draps, faits avec l\u2019or des toisons blondes,<br \/>\nNe se dispersaient plus, par les march\u00e9s du monde,<br \/>\nAu bout de l\u2019univers.<\/p>\n<p>L\u2019heure tintait \u00e0 tes beffrois, morne et bourrue ;<br \/>\nTisserands et foulons hurlaient, parmi tes rues ;<br \/>\nIls exigeaient du pain.<br \/>\nTes grands m\u00e9tiers ch\u00f4maient ; leur vie \u00e9tait \u00e0 vendre,<br \/>\nEt ton prince avait fui pour ne plus rien entendre<br \/>\nDes affres de ta faim.<\/p>\n<p>Oh ! qu\u2019il naquit dans l\u2019air et la ros\u00e9e en f\u00eate<br \/>\nLe jour \u00e9lu<br \/>\nO\u00f9 Jacques d\u2019Artevelde imposa ton salut !<br \/>\nUn mensonge sauveur illumina sa t\u00eate :<br \/>\nDans le d\u00e9dale obscur et compliqu\u00e9 des droits<br \/>\nUne raison surgit de te donner pour roi<br \/>\nEt nouveau souverain et protecteur utile<br \/>\n\u00c9douard trois, le ma\u00eetre ardent de la grande \u00eele.<\/p>\n<p>Et ta cause fut sienne et ton travail reprit.<\/p>\n<p>Alors la joie immense entra dans les esprits.<br \/>\nAvec une fureur tr\u00e9pidante et farouche,<br \/>\nSans mesure, terriblement, durant des jours,<br \/>\nLa foule enti\u00e8re, avec ses bras, ses mains, ses bouches.<br \/>\nDarda vers son sauveur un formidable amour.<br \/>\n\u00d4 quels reflux soudains en ces cerveaux f\u00e9briles !<br \/>\nDes flammes de bonheur incendiaient les villes ;<br \/>\nL\u2019all\u00e9gresse montait comme un embrasement ;<br \/>\nToutes les tours sonnaient vers les campagnes proches,<\/p>\n<p>Et comme au temps des clairs orgueils, Bruges et Gand<br \/>\nSautaient vers l\u2019avenir, dans les bonds de leurs cloches.<\/p>\n<p>Artevelde fut roi,<br \/>\nRoi sans titre, mais roi quand m\u00eame.<br \/>\nGloire, tu fus son sacre et son bapt\u00eame ;<br \/>\nSa volont\u00e9 nouait ou d\u00e9nouait la loi.<br \/>\nToutes tes \u00e2mes<br \/>\n\u00c0 son \u00e2me cueillaient leur flamme.<br \/>\nIl \u00e9tait simple, il \u00e9tait juste, il \u00e9tait craint,<br \/>\nEt les yeux dans les siens, cherchaient ceux du destin.<\/p>\n<p>Oh peuple, il gouverna ta col\u00e8re apais\u00e9e ;<br \/>\nTu fus celui qui le premier au cours des temps<br \/>\nContre les vieux pouvoirs vagues et envo\u00fbtants<br \/>\nOpposa nettement ta raison avis\u00e9e ;<br \/>\nIl te refit l\u2019audace ; il te refit la foi ;<br \/>\nTu pus, avec ferveur, disposer de toi-m\u00eame<br \/>\nEt peut-\u00eatre sentir quelle force supr\u00eame<br \/>\nPour s\u2019\u00e9veiller dans le futur, dormait en toi.<br \/>\nL\u2019orgueil il le savait de tes cit\u00e9s rivales<br \/>\nEt les sourdes fureurs de tes m\u00e9tiers entre eux,<br \/>\nMais il aimait sentir un pouvoir dangereux<br \/>\nCharger et requ\u00e9rir sa volont\u00e9 totale.<\/p>\n<p>Les tumultes secrets mais violents des c\u0153urs,<br \/>\nLongtemps il les maintint captifs sous son g\u00e9nie ;<br \/>\nLes fronts ne sentaient pas r\u00e9gner sa tyrannie<br \/>\nNi les torses peser sur eux ses poings vainqueurs.<br \/>\nSa force souple avait la peur d\u2019\u00eatre hautaine.<br \/>\nPourtant, un jour, l\u00e0-bas, au loin, devant Tournay,<br \/>\nQu\u2019il s\u2019acharna, comme \u00e9bloui et fascin\u00e9,<br \/>\n\u00c0 vainement fixer la victoire incertaine<br \/>\nEt qu\u2019il revint, sans gloire acquise et butin pris,<br \/>\nTous dout\u00e8rent, soudain, de sa toute puissance.<\/p>\n<p>Et lentement l\u2019\u00e2pre et sournoise effervescence,<br \/>\nQu\u2019il n\u2019\u00e9touffa jamais au tr\u00e9fond des esprits,<br \/>\nGrandit dans les cit\u00e9s qui se disaient serviles.<br \/>\nTermonde, Alost, Courtrai, Grammont, toutes les villes<br \/>\nSecou\u00e8rent soudain l\u2019autorit\u00e9 de Gand.<br \/>\nComme jadis, au temps de la Gr\u00e8ce superbe,<br \/>\nCe fut, sous un grand vent de vouloirs arrogants,<br \/>\nContre la fleur de choix, les r\u00e9voltes des herbes.<br \/>\nEt la Flandre ploya, saigna, tra\u00eena son deuil<br \/>\nEt ch\u00fbt, le front charg\u00e9 d\u2019un trop nombreux orgueil.<\/p>\n<p>Heures sombres ! mais qui furent encor plus sombres,<br \/>\nQuand la cit\u00e9 qu\u2019on jalousait,<br \/>\nGand lui-m\u00eame se d\u00e9pe\u00e7ait,<br \/>\n\u00c0 coups d\u2019ongles, dans l\u2019ombre.<br \/>\nSes deux m\u00e9tiers, tisserands et foulons,<br \/>\nSentant sur eux souffler les aquilons<br \/>\nDe leurs rages, de jour en jour, accrues,<br \/>\nSe provoquaient, le long des rues.<br \/>\nEt s\u2019attaquaient autour des ponts, au pied des tours.<br \/>\nLa nuit retentissait du choc de leurs querelles<br \/>\nEt quand l\u2019aube glissait \u00e0 travers les ruelles,<br \/>\nDes mares de sang noir caillaient aux carrefours.<\/p>\n<p>Haletante, tragique, horrible et carnassi\u00e8re,<br \/>\nLa victoire resta aux mains des tisserands ;<br \/>\nLes foulons lourds virent la mort coucher leurs rangs ;<br \/>\nL\u2019arbre de leur orgueil tomba dans la poussi\u00e8re ;<br \/>\nIls \u00e9taient les rameaux ; Artevelde le tronc.<br \/>\n\u00d4 quel \u00e9croulement jetant \u00e0 bas sa cause.<br \/>\nEt quel brusque danger environnant son front,<br \/>\nQuand seul, la nuit, l\u2019oreille \u00e0 sa fen\u00eatre close,<br \/>\nLes poings serr\u00e9s, il s\u2019acharnait \u00e0 \u00e9couter<br \/>\nRugir vers lui, du fond rageur de sa cit\u00e9,<br \/>\nLes ruts de la folie et de la cruaut\u00e9.<\/p>\n<p>On le tua, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les tours \u00e9taient rouges<br \/>\nEt comme en feu, de loin en loin, sous le couchant.<\/p>\n<p>Des cris, des poings lev\u00e9s, des menaces, des chants<br \/>\nJaillis des cours, des ruelles, des quais, des bouges,<br \/>\nRoulaient comme un tonnerre et assaillaient la nuit.<br \/>\nLe vent se soulevait comme un voile de bruit.<br \/>\nC\u0153urs tragiques, fi\u00e9vreux et haletants dans l\u2019ombre,<br \/>\nL\u00e0-haut, sans qu\u2019on les vit, battaient les tocsins sombres.<br \/>\nDes m\u00e9g\u00e8res passaient aux bras de leurs soudards.<br \/>\nLa foule ivre avait saisi les \u00e9tendards.<br \/>\nDes tisserands parlaient au peuple, sous les porches,<br \/>\nLeurs gestes grandissaient dans la lueur des torches.<br \/>\nLa ville \u00e9tait comme un brassin g\u00e9ant qui bout<br \/>\nEt qui r\u00e9pand les vengeances et les col\u00e8res,<br \/>\nEt ce torride amas de rages populaires<br \/>\nMontait battre le seuil d\u2019Artevelde \u2014 debout.<br \/>\nIl \u00e9tait l\u00e0, le front tourn\u00e9 vers la mar\u00e9e<br \/>\nDe ses \u00e2mes, par sa pr\u00e9sence, exasp\u00e9r\u00e9es.<br \/>\nSon verbe \u00e9tait sans crainte et clair comme autrefois ;<br \/>\nRien ne f\u00ealait le bourdon lourd qu\u2019\u00e9tait sa voix ;<br \/>\nLa Flandre et sa grandeur et sa beaut\u00e9 perdues<br \/>\nChaviraient aux remous de ses phrases tordues.<br \/>\nSon \u0153il cherchait \u00e0 voir au fond des autres yeux<br \/>\nLa supr\u00eame lueur des souvenirs de feu.<br \/>\nSes paroles douaient d\u2019orgueil et de m\u00e9moire,<br \/>\nCe peuple au c\u0153ur trop haut pour abolir sa gloire,<br \/>\nEt lentement, il l\u2019e\u00fbt vaincu et reconquis<br \/>\nSi tout \u00e0 coup, un savetier, Thomas Denis,<br \/>\nVoyant se diviser les foules incertaines<br \/>\nEt redoutant qu\u2019Artevelde ne les dompt\u00e2t,<br \/>\nNe l\u2019e\u00fbt frapp\u00e9, d\u2019un large et soudain coutelas,<br \/>\n\u00c0 la t\u00eate, comme un \u00e9clair foudroie un ch\u00eane.<\/p>\n<p>\u00d4 ce soir de Juillet o\u00f9 le Tribun mourut,<br \/>\nSoleil de Flandre, en avez-vous gard\u00e9 m\u00e9moire ?<br \/>\nLes hommes d\u2019aujourd\u2019hui ont reb\u00e2ti sa gloire<br \/>\nCar le monde changea quand son front disparut.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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