{"id":15557,"date":"2025-05-16T19:43:06","date_gmt":"2025-05-16T17:43:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=15557"},"modified":"2025-05-16T19:43:06","modified_gmt":"2025-05-16T17:43:06","slug":"les-attirances","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/les-attirances\/","title":{"rendered":"Les attirances"},"content":{"rendered":"<p>I<\/p>\n<p>C\u2019est bien l\u00e0-bas, au bord des landes,<br \/>\nQue le kiosque \u00e9trange et surann\u00e9<br \/>\n\ufeffO\u00f9 leur amour est n\u00e9<br \/>\nDemeure et leur survit, abandonn\u00e9 ;<br \/>\nC\u2019est bien l\u00e0-bas, au bord des landes,<br \/>\nO\u00f9 les bateaux monumentaux<br \/>\nMirent dans l\u2019or et dans la boue<br \/>\n\ufeffLeur proue,<br \/>\nC\u2019est bien l\u00e0-bas, au bord des landes<br \/>\nEt des fleuves trouant le c\u0153ur de la Hollande.<\/p>\n<p>\ufeffIl s\u2019en alla, par un soir d\u2019ao\u00fbt,<br \/>\n\ufeffQuand la clart\u00e9 se respirait<br \/>\n\ufeffEt se buvait dans le vent fou ;<br \/>\n\ufeffIl s\u2019en alla, Dieu savait o\u00f9 ;<br \/>\n\ufeffMais quand il reviendrait,<br \/>\nApr\u00e8s combien de jours, apr\u00e8s combien d\u2019ann\u00e9es<br \/>\n\ufeffDe lutte rouge avec sa destin\u00e9e,<br \/>\n\ufeffTr\u00e8s fi\u00e8rement, il lui rapporterait,<br \/>\n\ufeffEn son \u00e2me plus claire et plus profonde,<br \/>\n\ufeffEn ses deux yeux plus \u00e9blouis,<br \/>\nEn ses deux bras lass\u00e9s d\u2019espace et d\u2019infini,<br \/>\n\ufeffLe monde.<\/p>\n<p>Il vit des mers, et puis des mers, toujours, encor,<br \/>\nEt des golfes couvrant, avec faste, leurs bords,<br \/>\nDe grands bois sourds se prolongeant de lieue en lieue ;<br \/>\nLeurs branchages se cramponnaient au ciel br\u00fblant ;<br \/>\nIl regardait, parmi les troncs, des singes blancs<br \/>\nBondir et s\u2019\u00e9loigner, sous des lianes bleues :<br \/>\nL\u00e0-bas, s\u2019illuminaient les pays du corail ;<br \/>\nDe longs oiseaux de pourpre et d\u2019or, aux becs d\u2019\u00e9mail,<br \/>\nS\u2019\u00e9parpillaient \u2014 miroirs et fleurs \u2014 dans l\u2019air de nacre.<br \/>\nAux mirages les monts versaient leurs simulacres.<\/p>\n<p>Il marchait sur la gr\u00e8ve, et doucement songeait,<br \/>\nEt dans la brise claire, o\u00f9 tout son corps plongeait,<br \/>\nIl lui semblait sentir des caresses connues :<br \/>\nDeux mains fluides glissaient contre ses tempes nues,<br \/>\nSi bien que son esprit ardent et exalt\u00e9<br \/>\nJurait que ces deux mains de joie et de bont\u00e9<br \/>\nVenaient vers lui en traversant l\u2019immensit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle, l\u00e0-bas, au bord des landes famili\u00e8res,<br \/>\nDans son logis vibrant de fleurs, ail\u00e9 de lierres,<br \/>\nSe souvenait et ne vivait que pour l\u2019absent.<br \/>\nArmoire o\u00f9 s\u2019enfermaient les missives aim\u00e9es,<br \/>\nLarges fauteuils, divans moelleux, coussins pesants,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019empreinte restait de leurs t\u00eates p\u00e2m\u00e9es,<br \/>\nCristal du miroir glauque, o\u00f9 leurs deux regards clairs<br \/>\nS\u2019\u00e9taient br\u00fbl\u00e9s, jadis, en un unique \u00e9clair,<br \/>\nVos liens silencieux mais forts tenaient sa vie<br \/>\n\u00c0 vos doux souvenirs doucement asservie.<\/p>\n<p>Parfois, les soirs, quand les clart\u00e9s des horizons<br \/>\nFr\u00f4laient \u00e0 peine, au loin, les portes des maisons,<br \/>\nAvec une ferveur lente, ses mains fid\u00e8les<br \/>\nParcouraient ses beaux seins et sa bouche et ses yeux<br \/>\nComme pour recueillir, entre ses doigts pieux,<br \/>\nCe qui restait de lui et de son feu, sur elle.<br \/>\nAlors c\u2019\u00e9tait si bellement f\u00eate en son c\u0153ur,<br \/>\nQue rien, ni le ciel noir voilant, l\u00e0-haut, ses astres,<br \/>\nNi l\u2019orage \u00e9pandant les maux et les d\u00e9sastres,<br \/>\nRien n\u2019aurait pu troubler l\u2019hallucinant bonheur<br \/>\nQue lui versaient longtemps, en cette heure de fi\u00e8vre,<br \/>\nSes doigts soudain rejoints et bais\u00e9s par ses l\u00e8vres.<\/p>\n<p>\u00d4 ces deux c\u0153urs tendus \u00e0 travers l\u2019Oc\u00e9an !<\/p>\n<p>Au bord des torrents fous, au pied des rocs g\u00e9ants,<br \/>\nO\u00f9 qu\u2019il all\u00e2t \u2014 vallons, steppes, plaines, rivages,<br \/>\nChemins perdus, marais fangeux, brousses sauvages \u2014<br \/>\nIl la sentait vivre et comme penser en lui.<br \/>\nElle \u00e9tait l\u00e0, quand il marchait sous l\u2019or des nuits<br \/>\nVers quelque but lointain, par les chemins funestes<br \/>\nO\u00f9 les dangers guettaient, pr\u00eats \u00e0 bondir, son geste.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>\ufeffOr, vers le soir, un jour,<br \/>\nComme il s\u2019en revenait, par un pays de fleuves<br \/>\nEt de champs r\u00e9guliers fleuris de maisons neuves,<br \/>\nDerri\u00e8re un aqueduc barrant une lueur,<br \/>\nLa ville rouge, \u00e9clatante et soudaine<br \/>\nComme un jardin de pierre et d\u2019or, du fond des plaines,<br \/>\nSollicita son r\u00eave et tout \u00e0 coup son c\u0153ur.<\/p>\n<p>\ufeffUn bruit grondant et sourd<br \/>\n\ufeffContin\u00fbment, toujours,<br \/>\n\ufeffSous le dais lourd de ses fum\u00e9es<br \/>\n\ufeffEnvenim\u00e9es,<br \/>\n\ufeffS\u2019\u00e9levait d\u2019elle et se m\u00ealait l\u00e0-bas<br \/>\n\ufeffAu bruit des flots ardents ou las<br \/>\n\ufeffDe la mer proche.<br \/>\n\ufeffBrusques, ainsi que des encoches,<br \/>\n\ufeffDes sifflets durs entaillaient l\u2019air, parfois,<br \/>\nEt du c\u00f4t\u00e9 des docks de p\u00e9trole et de bois<br \/>\nIl entendait sortir, comme d\u2019une poitrine,<br \/>\nL\u2019appel rauque et brumeux des sir\u00e8nes marines.<br \/>\nEt devant lui, les t\u00e9n\u00e8bres semblaient marcher,<br \/>\nEt s\u2019\u00e9loigner, avec des flammes suspendues ;<br \/>\nDes tours cognaient leur front contre le front des nues ;<br \/>\nDes toits de verre \u00e9tincelaient sur des march\u00e9s ;<br \/>\nDes \u00e9ventails de feu s\u2019ouvraient, du haut des phares,<br \/>\nEt leurs rayons partaient, au large, sur la mer,<br \/>\nToucher la proue en or des grands bateaux barbares<br \/>\nQui s\u2019en venaient vers eux du bout de l\u2019univers.<\/p>\n<p>\u00d4 la cit\u00e9 \u00e9norme, angoissante et tragique,<br \/>\nComme elle entra fi\u00e9vreuse et fr\u00e9missante en lui !<br \/>\nArdeurs fermes, espoirs noueux, forces logiques,<br \/>\nFluides de volont\u00e9 nourrissant chaque esprit,<br \/>\nTravail escaladant, en ses doctes voyages,<br \/>\nDe maison en maison, les plus hauts des \u00e9tages,<br \/>\nVous exaltiez son c\u0153ur et gagniez son cerveau<br \/>\nTout son \u00eatre grondait d\u2019un orage nouveau.<br \/>\nIl se sentait plus clair, plus fort, plus grand, plus vaste.<br \/>\nLes miroirs de son \u00e2me absorbaient les contrastes.<br \/>\nIl se multipliait dans les foules, l\u00e0-bas :<br \/>\nLeurs gestes, leurs rumeurs, leurs voix, leurs cris, leurs pas,<br \/>\nSemblaient, quand ils montaient, le traverser lui-m\u00eame ;<br \/>\nEt les trains merveilleux, sur leurs routes de fer,<br \/>\nAvec leurs bonds empanach\u00e9s de vapeurs bl\u00eames,<br \/>\nRoulaient, et tr\u00e9pidaient, et sonnaient en ses nerfs,<br \/>\nSi fort que son c\u0153ur jeune, ardent, souple et docile,<br \/>\nVibra, jusqu\u2019au tr\u00e9fond, du rythme de la ville.<br \/>\nRythme nouveau, rythme enfi\u00e9vr\u00e9 et haletant,<br \/>\nRythme dominateur qui gagnait l\u2019\u00e2me enti\u00e8re<br \/>\nEt entra\u00eenant en sa fureur les pas du temps !<\/p>\n<p>Ah ! combien celle, h\u00e9las ! dont la douce pri\u00e8re<br \/>\nTraversait terre et mer, les mains jointes, l\u00e0-bas,<br \/>\nSentit, en ces jours noirs, peser son c\u0153ur plus las<br \/>\nEt les fluides cesser et se vider l\u2019espace !<br \/>\nLes meubles chers voilaient les jeux de leurs surfaces,<br \/>\nLes divans clairs qu\u2019elle \u00e9voquait \u2014 tels des t\u00e9moins \u2014<br \/>\nChangeaient leurs plis soyeux et boudaient dans leurs coins,<br \/>\nEt, vers le soir, dans l\u2019ombre et l\u2019horreur vesp\u00e9rales,<br \/>\nLes vents n\u2019\u00e9taient plus rien que des pleurs et des r\u00e2les.<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Et tandis qu\u2019elle allait ainsi, tra\u00eenant son c\u0153ur<br \/>\nDe tristesse en angoisse, et d\u2019angoisse en douleur,<br \/>\nLui, l\u2019exalt\u00e9 soudain de la vie \u00e9largie,<br \/>\nComme en des bains de feu trempait son \u00e9nergie ;<br \/>\nSouple roseau par un vent d\u2019Est violent\u00e9,<br \/>\nLa fortune ondoyait selon sa volont\u00e9 ;<br \/>\nL\u2019or formidable et fou illuminait sa t\u00eate<br \/>\nDes rayonnants \u00e9clairs d\u2019une rouge temp\u00eate ;<br \/>\nLes rages des conflits, les abois des p\u00e9rils,<br \/>\nD\u00e8s qu\u2019il parlait, rentraient m\u00e2t\u00e9s dans leur chenil ;<br \/>\nIl \u00e9tait ma\u00eetre et roi d\u2019une force autonome ;<br \/>\nIl l\u2019imposait lucide et fascinante aux hommes ;<br \/>\nEt telle \u00e9tait sa foi dans son pouvoir certain,<br \/>\nQu\u2019il se croyait le geste et la main du destin.<\/p>\n<p>Ses chercheurs d\u2019or, d\u2019argent, d\u2019\u00e9tain, de plomb, de cuivre,<br \/>\nEn des \u00eeles de gel, en des pays de givre,<br \/>\nPartout, o\u00f9 leur pic dur dans le roc s\u2019enfon\u00e7ait,<br \/>\nSans le savoir, de terre en terre, ob\u00e9issaient<br \/>\n\u00c0 son infatigable et tenace pens\u00e9e.<br \/>\nIls se mouvaient en son \u00e2me dramatis\u00e9e.<br \/>\nSes lourds vaisseaux craquant au poids des cargaisons,<br \/>\nEt, blasonnant de leur splendeur les horizons,<br \/>\nTanguaient bien plus en lui que sur les vagues folles.<br \/>\nParfois, il pronon\u00e7ait de soudaines paroles<br \/>\nEt ses yeux regardaient ce qu\u2019ils fixaient, sans voir ;<br \/>\nMais quand il travaillait, sous la lampe, le soir,<br \/>\nIvre de ses calculs, fi\u00e9vreux de ses conqu\u00eates,<br \/>\nEt que le monde entier lui battait dans la t\u00eate<br \/>\nAvec ses docks, avec ses ports, avec ses mers,<br \/>\nC\u2019\u00e9tait le rythme immense et clair de l\u2019univers<br \/>\nQu\u2019il sentait s\u2019exalter, jusqu\u2019au fond de ses moelles ;<br \/>\n\u00d4 les p\u00f4les, les \u00e9quateurs et les \u00e9toiles,<br \/>\nComme ils gelaient, br\u00fblaient et s\u2019\u00e9clairaient en lui<br \/>\nEt comme, en son cerveau, chantait leur infini !<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>\ufeffHeures de paix, temps de nagu\u00e8re,<br \/>\nCharmes de celle, h\u00e9las ! qui l\u2019attendait toujours<br \/>\n\ufeffAvec son \u00e2me et son amour,<br \/>\n\ufeff\u00c0 l\u2019autre bout des mers et de la terre,<br \/>\nIl n\u00e9gligea, brutalement, vos doux appels.<br \/>\nSon c\u0153ur grandi avait chang\u00e9 \u00e0 un point tel<br \/>\nQu\u2019il ne s\u2019angoissait plus que des forces profondes<br \/>\nQui font d\u2019un c\u0153ur humain le c\u0153ur m\u00eame du monde<br \/>\nEt lui donnent pour large et formidable loi<br \/>\nOn ne sait quel all\u00e8gre et merveilleux effroi.<br \/>\nHeures de paix, temps de nagu\u00e8re, ardeur, oubli,<br \/>\nImage d\u2019or dont l\u2019or jour \u00e0 jour a p\u00e2li ;<br \/>\n\ufeffOh ! qu\u2019elle fut tragique et sanglotante<br \/>\n\ufeffCette heure et cette nuit d\u2019hiver,<br \/>\n\ufeffQuand le cristal du miroir clair,<br \/>\nO\u00f9 leurs regards s\u2019\u00e9taient br\u00fbl\u00e9s dans un \u00e9clair,<br \/>\nSe brisa, tout \u00e0 coup, dans les doigts de l\u2019amante !<\/p>\n<p>Son c\u0153ur ne lui fut plus qu\u2019un douloureux tombeau ;<br \/>\nSeul y brillait le souvenir comme un flambeau.<br \/>\nAvec de grandes fleurs avant le soir fan\u00e9es<br \/>\nElle usait la longueur de ses tristes journ\u00e9es.<br \/>\nCeux qui s\u2019en revenaient des Oc\u00e9ans lointains,<br \/>\nSe taisaient devant elle en sachant son destin.<br \/>\nPlus rien ne lui \u00e9tait secours ni viatique.<br \/>\nAucune onde n\u2019exaltait plus l\u2019air magn\u00e9tique<br \/>\nQuand son corps redress\u00e9 se tournait vers la mer.<br \/>\nSes yeux devinrent beaux d\u2019avoir longtemps souffert<br \/>\nEt son \u00e2me, dont se taisait la violence,<br \/>\nSe mit \u00e0 refleurir dans l\u2019ombre et le silence,<br \/>\n\ufeffSi fort,<br \/>\n\ufeffQu\u2019elle accueillit la mort,<br \/>\n\ufeffTr\u00e8s doucement,<br \/>\nSans plainte vaine, un soir d\u2019hiver, par un sourire,<br \/>\nEt que le dernier mot qui fut pour son amant<br \/>\nFut simplement le mot qui pardonne et admire.<\/p>\n<p>\ufeffEt maintenant<br \/>\n\ufeffC\u2019est bien au bord des landes<br \/>\n\ufeffQue le kiosque \u00e9trange et surann\u00e9<br \/>\n\ufeffO\u00f9 leur amour est n\u00e9<br \/>\n\ufeffDemeure et leur survit abandonn\u00e9 ;<br \/>\n\ufeffC\u2019est bien, au bord des landes<br \/>\n\ufeffO\u00f9 les bateaux monumentaux<br \/>\n\ufeffMirent dans l\u2019or et dans la boue<br \/>\n\ufeffLeur proue,<br \/>\n\ufeffC\u2019est bien l\u00e0-bas, au bord des landes<br \/>\n\ufeffEt des fleuves 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Hollande.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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