{"id":14793,"date":"2025-05-11T17:48:26","date_gmt":"2025-05-11T15:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=14793"},"modified":"2025-05-11T17:48:26","modified_gmt":"2025-05-11T15:48:26","slug":"les-plaines","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/les-plaines\/","title":{"rendered":"Les plaines"},"content":{"rendered":"<p>Partout, d\u2019herbes en Mai, d\u2019orges en Juillet pleines,<br \/>\nDe lieue en lieue, au loin, depuis le sable ardent<br \/>\nEt les marais sur la Campine s\u2019\u00e9tendant,<br \/>\nDes plaines, jusqu\u2019aux mers du Nord, partout des plaines !<br \/>\nAutour du plus petit village, o\u00f9 le clocher,<br \/>\nAigrett\u00e9 d\u2019un coq d\u2019or et reluisant d\u2019ardoises,<br \/>\nGrandit, sur des maisons hautes de quatre toises,<br \/>\nAupr\u00e8s du bourg p\u00eacheur et du bourg mara\u00eecher,<br \/>\nToujours, si large et loin que se porte la vue,<br \/>\nL\u00e0-bas, o\u00f9 des b\u0153ufs noirs beuglent dans les terreaux,<br \/>\nO\u00f9 des charges de foin passent par tombereaux,<br \/>\nEt puis encor, l\u00e0-bas, o\u00f9 quelque voile entrevue,<br \/>\nToute rouge, sur fond diaphane et vermeil,<br \/>\nFait deviner les flots, la chanson matini\u00e8re<br \/>\nDes marins qui s\u2019en vont au large, et la rivi\u00e8re<br \/>\nQue sabrent les rayons lam\u00e9s d\u2019or du soleil,<br \/>\nPartout, soit champ d\u2019avoine, o\u00f9 sont les marjolaines,<br \/>\nCoins de seigle, carr\u00e9s de lins, arpents de pr\u00e9s,<br \/>\nPartout, bien au-del\u00e0 des horizons pourpr\u00e9s,<br \/>\nLa verte immensit\u00e9 des plaines et des plaines !<\/p>\n<p>I<\/p>\n<p>Sous les premiers ciels bleus du printemps, au soleil,<br \/>\nDans la chaleur dor\u00e9e \u00e0 neuf, elles tressaillent,<br \/>\nLandes grises encor et lourdes au r\u00e9veil,<br \/>\nEt ne se doutant pas que les s\u00e8ves travaillent,<br \/>\nTellement le sol tarde \u00e0 secouer l\u2019hiver.<br \/>\nM\u00eame, quand les vergers dressent les houppes blanches<br \/>\nDe leurs pommiers, que la feuille, papillon vert,<br \/>\nS\u2019est attach\u00e9e et bat de l\u2019aile au long des branches,<br \/>\nQuelques terreaux l\u00e0-bas boudent compacts et nus.<br \/>\nL\u2019eau des foss\u00e9s d\u00e9borde et les terres sont sales,<br \/>\nL\u2019or\u00e9e et le sentier boueux, les bois chenus,<br \/>\nBien que Mars ait crach\u00e9 ses poumons en rafales.<br \/>\nPourtant l\u2019on voit d\u00e9j\u00e0 des groupes de fermiers,<br \/>\nAvec leurs lourds chevaux, lustr\u00e9s de blancheurs crues,<br \/>\nDans les champs, divis\u00e9s par cases de damiers,<br \/>\nCouper le sol massif, au tranchant des charrues.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 l\u2019on s\u00e8me. Un grand vieillard, qui va r\u00eavant,<br \/>\nSemoir autour des reins, jette \u00e0 pleines poign\u00e9es<br \/>\nLes graines d\u2019or, qu\u2019abat un brusque coup de vent.<br \/>\nLes sillons sont \u00e0 point ; les b\u00eaches align\u00e9es<br \/>\nReluisent d\u2019un feu blanc sous les coups du soleil,<br \/>\nEt Mai para\u00eet, le mois des fleurs aromatiques,<br \/>\nEt servantes et gars, en rustique appareil,<br \/>\nHabits us\u00e9s, bras nus, sabots au bout des piques,<br \/>\nQui de l\u2019aurore au soir fatiguent les labours.<br \/>\nVoici : les champs sont pleins, les fermes d\u00e9laiss\u00e9es,<br \/>\nOn en remet la garde aux chiens veilleurs des cours,<br \/>\nLa gl\u00e8be, avec des mains calleuses, convuls\u00e9es,<br \/>\nAvec fi\u00e8vre, avec joie, avec acharnement,<br \/>\nLa gl\u00e8be, pied par pied, coin par coin, est conquise ;<br \/>\nPartout la lutte et la sueur, le groupement<br \/>\nDes efforts arrachant la r\u00e9colte promise :<br \/>\nFemmes sarclant le lin, hommes tassant l\u2019engrais,<br \/>\nChevaux tra\u00eenant la herse \u00e0 travers les cultures,<br \/>\nPendant qu\u2019autour, flatt\u00e9s de soleil tranquille et frais,<br \/>\nLes tr\u00e8fles verts, les foins en fleur, les emblavures,<br \/>\nLes taillis, que l\u2019on voit bondir sous le vent clair,<br \/>\nLes jardins, les enclos, les vergers, les fleurettes,<br \/>\nRoulent leur bonne odeur excitante dans l\u2019air,<br \/>\nO\u00f9 chante, ailes au vent, un millier d\u2019alouettes.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Sous les \u00e9clats cuivr\u00e9s et flambants du soleil<br \/>\nLanguit la frondaison des ch\u00eanes, sur les routes<br \/>\nUn sable jaune et fin cuit dans un clair sommeil,<br \/>\nAu ras des foss\u00e9s verts les mousses s\u00e8chent toutes.<\/p>\n<p>Une atmosph\u00e8re ardente encercle la moisson ;<br \/>\nD\u2019\u00e2cres vapeurs, venant de marais noirs, enfument<br \/>\nTout l\u2019espace enferm\u00e9 dans le vaste horizon,<br \/>\nO\u00f9 les orges aux feux m\u00e9ridiens s\u2019allument.<\/p>\n<p>Alors par au dessus des champs, un large vent,<br \/>\nUn vent du Sud, tra\u00eenant, voluptueux, oppresse,<br \/>\nAvec le va-et-vient de son souffle \u00e9nervant,<br \/>\nLa campagne vautr\u00e9e en sa lourde paresse.<\/p>\n<p>Un tressaillement d\u2019or court au ras des moissons,<br \/>\nLa terre sent l\u2019assaut du rut monter en elle,<br \/>\nSon sol g\u00e9n\u00e9rateur vibrer de longs frissons,<br \/>\nEt son ventre gonfler de chaleur \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>De partout sort le flot des germes f\u00e9condants,<br \/>\nCondens\u00e9s en nuage \u00e9paissi de poussi\u00e8res<br \/>\nEt qui descend baigner d\u2019amour les bl\u00e9s ardents.<br \/>\nOn dirait voir fumer de g\u00e9antes braisi\u00e8res,<\/p>\n<p>Des d\u00e9bris d\u2019incendie encor chauds. Chaque arpent,<br \/>\nChaque tige entr\u2019ouverte est entour\u00e9e et prise,<br \/>\nDes vibrions en font l\u2019assaut, \u00e9perdument,<br \/>\nEt l\u2019union se fait en des moiteurs de brise.<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Le polder moite et qui suait sa force crue,<br \/>\nSous les midis, par coins de glaise \u00e9tincelants,<br \/>\nS\u2019\u00e9talait tel : en champs luisants de miroirs blancs<br \/>\nTaill\u00e9s \u00e0 chocs brutaux de pique et de charrue.<\/p>\n<p>La Flandre \u2014 au coup de col de ses gros chevaux roux,<br \/>\nBavochant de l\u2019\u00e9cume au branle de leur t\u00eate<br \/>\nEt pieds gluants \u2014 tra\u00eenait son vieux travail de b\u00eate<br \/>\nPar \u00e0 travers les blocs de ses lourds terreaux mous.<\/p>\n<p>De la graisse d\u2019humus et de labour, fondue,<br \/>\nCoulait dans le vent d\u2019or d\u2019automne \u2014 et lentement<br \/>\nToute la plaine enflait sous ce d\u00e9bordement<br \/>\nDe vie \u00e9parse aux quatre coins de l\u2019\u00e9tendue.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient, \u00e0 l\u2019angle clair d\u2019un bois et d\u2019un marais,<br \/>\nDes gars casseurs de terre, avec de grandes b\u00eaches ;<br \/>\nOn entendait souffler leur corps d\u2019ahans rev\u00eaches<br \/>\nEt, d\u2019un rythme visqueux, tomber des tas d\u2019engrais.<\/p>\n<p>Plus loin, les servantes tassaient les sacs, par groupes,<br \/>\nEn mouchoirs rouges, en sabots noirs, en jupons bleus ;<br \/>\nEt se baissaient-elles : leurs reins, plies en deux,<br \/>\nFaisaient surgir du sol, monstrueuses, leurs croupes.<\/p>\n<p>Et derri\u00e8re eux l\u2019Escaut poussait son flux vermeil,<br \/>\nPar au del\u00e0 des pr\u00e9s et des digues masquantes,<br \/>\nEt les bateaux cinglaient, toutes voiles claquantes<br \/>\nLeur proue et leurs sabords soufflet\u00e9s de soleil.<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>Voici les nuits, les nuits longues, les jours blafards,<br \/>\nNovembre emplit d\u2019hiver, l\u2019immense plaine morne,<br \/>\nO\u00f9 tout est boue et pluie et se fond en brouillards,<br \/>\nO\u00f9 nuit et jour, matin et soir, l\u2019ouragan corne.<\/p>\n<p>Villages et hameaux geignent au vent du Nord ;<br \/>\nL\u2019humidit\u00e9 fl\u00e9trit les murs de plaques vertes,<br \/>\nLa neige tombe et p\u00e8se et lourdement endort<br \/>\nLes chaumes noirs groupant entre eux leurs dos inertes.<\/p>\n<p>Les chiens, au seuil des cours de ferme, sont muets ;<br \/>\nLes chemins recouverts de flaques et de fanges ;<br \/>\nOn travaille les lins \u00e0 nonchalants poignets,<br \/>\nAvec la roue \u00e0 bras qui ronfle dans les granges.<\/p>\n<p>Le fleuve, \u00e0 clapotis rudes, fouette son bord.<br \/>\nDans les bouleaux, plant\u00e9s en rang\u00e9e \u00e9quivoque<br \/>\nSur les digues, un nid d\u2019oiseau ballotte encor,<br \/>\nUn seul \u2014 et lentement la bise l\u2019effiloque.<\/p>\n<p>Des bruits lointains et sourds sortent des horizons,<br \/>\nComme des grondements venus du bout des mondes,<br \/>\nIls passent, tristes vents des fun\u00e8bres saisons,<br \/>\nEt sonnent le n\u00e9ant dans leurs notes profondes.<\/p>\n<p>La terre geint et crie \u00e0 les subir, les bois<br \/>\nOnt des plaintes d\u2019enfant, des r\u00e2les et des rages,<br \/>\n\u00c0 se sentir plies et dompt\u00e9s sous leur poids,<br \/>\nDans un cassement sec et brutal de branchages.<\/p>\n<p>Ils s\u2019acharnent au ras des champs planes et mous,<br \/>\nCinglant les nudit\u00e9s scrofuleuses des terres,<br \/>\nLa v\u00e9g\u00e9tation pourrie \u2014 et leur remous<br \/>\nAbat sur les chemins les ormes solitaires.<\/p>\n<p>Les sapins isol\u00e9s sont coup\u00e9s au jarret,<br \/>\nOu fendus tout du long, en ligne verticale,<br \/>\nLes ch\u00eanes d\u00e9branch\u00e9s \u2014 il faut une for\u00eat<br \/>\nPour r\u00e9sister aux chocs hurleurs de la rafale.<\/p>\n<p>Et dans la plaine vide, on ne rencontre plus<br \/>\nQue sur les chemins noirs de poussifs attelages,<br \/>\nQue des voleurs, le soir, le matin, des perclus,<br \/>\nSe tra\u00eenant mendier de hameaux en villages,<\/p>\n<p>Que de maigres troupeaux, rentrant par bataillons,<br \/>\nSous les soufflets du vent, avec des voix b\u00ealantes,<br \/>\nQue d\u2019\u00e9normes corbeaux pl\u00e2nants, aux ailes lentes,<br \/>\nQu\u2019ils agitent dans l\u2019air ainsi que des haillons.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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