{"id":14308,"date":"2025-05-10T18:49:38","date_gmt":"2025-05-10T16:49:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=14308"},"modified":"2025-05-10T18:49:38","modified_gmt":"2025-05-10T16:49:38","slug":"chant-5","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-5\/","title":{"rendered":"Chant 5"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019Aurore cependant, d\u2019un juste effroi troubl\u00e9e,<br \/>\nDes chanoines lev\u00e9s voit la troupe assembl\u00e9e,<br \/>\nEt contemple longtemps, avec des yeux confus,<br \/>\nCes visages fleuris qu\u2019elle n\u2019a jamais vus.<br \/>\nChez Sidrac aussit\u00f4t Brontin d\u2019un pied fid\u00e8le<br \/>\nDu pupitre abattu va porter la nouvelle.<br \/>\nLe vieillard de ses soins b\u00e9nit l\u2019heureux succ\u00e8s,<br \/>\nEt sur le bois d\u00e9truit b\u00e2tit mille proc\u00e8s.<br \/>\nL\u2019espoir d\u2019un doux tumulte \u00e9chauffant son courage,<br \/>\nIl ne sent plus le poids ni les glaces de l\u2019\u00e2ge ;<br \/>\nEt chez le tr\u00e9sorier, de ce pas, \u00e0 grand bruit,<br \/>\nVient \u00e9clater au jour les crimes de la nuit.<\/p>\n<p>Au r\u00e9cit impr\u00e9vu de l\u2019horrible insolence,<br \/>\nLe pr\u00e9lat hors du lit imp\u00e9tueux s\u2019\u00e9lance<br \/>\nVainement d\u2019un breuvage \u00e0 deux mains apport\u00e9<br \/>\nGilotin avant tout le veut voir humect\u00e9 :<br \/>\nIl veut partir \u00e0 jeun. Il se peigne, il s\u2019appr\u00eate ;<br \/>\nL\u2019ivoire trop h\u00e2t\u00e9 deux fois rompt sur sa t\u00eate,<br \/>\nEt deux fois de sa main le buis tombe en morceaux ;<br \/>\nTel Hercule filant rompait tous les fuseaux,<br \/>\nIl sort demi-par\u00e9. Mais d\u00e9j\u00e0 sur sa porte<br \/>\nIl voit de saints guerriers une ardente cohorte,<br \/>\nQui tous, remplis pour lui d\u2019une \u00e9gale vigueur,<br \/>\nSont pr\u00eats, pour le servir, \u00e0 d\u00e9serter le ch\u0153ur.<br \/>\nMais le vieillard condamne un projet inutile.<br \/>\nNos destins sont, dit-il, \u00e9crits chez la Sibylle :<br \/>\nSon antre n\u2019est pas loin ; allons la consulter,<br \/>\nEt subissons la loi qu\u2019elle nous va dicter.<br \/>\nIl dit : \u00e0 ce conseil, o\u00f9 la raison domine,<br \/>\nSur ses pas au barreau la troupe s\u2019achemine,<br \/>\nEt bient\u00f4t dans le temple, entend, non sans fr\u00e9mir,<br \/>\nDe l\u2019antre redout\u00e9 les soupiraux g\u00e9mir.<\/p>\n<p>Entre ces vieux appuis dont l\u2019affreuse grand\u2019salle<br \/>\nSoutient l\u2019\u00e9norme poids de sa vo\u00fbte infernale,<br \/>\nEst un pilier fameux, des plaideurs respect\u00e9,<br \/>\nEt toujours de Normands \u00e0 midi fr\u00e9quent\u00e9.<br \/>\nL\u00e0, sur des tas poudreux de sacs et de pratique,<br \/>\nHurle tous les matins une Sibylle \u00e9tique :<br \/>\nOn l\u2019appelle Chicane ; et ce monstre odieux<br \/>\nJamais pour l\u2019\u00e9quit\u00e9 n\u2019eut d\u2019oreilles ni d\u2019yeux.<br \/>\nLa Disette au teint bl\u00eame, et la triste Famine,<br \/>\nLes Chagrins d\u00e9vorants, et l\u2019inf\u00e2me Ruine,<br \/>\nEnfants infortun\u00e9s de ses raffinements,<br \/>\nTroublent l\u2019air d\u2019alentour de longs g\u00e9missements.<br \/>\nSans cesse feuilletant les lois et la coutume,<br \/>\nPour consumer autrui, le monstre se consume ;<br \/>\nEt, d\u00e9vorant maison, palais, ch\u00e2teaux entiers,<br \/>\nRend pour des monceaux d\u2019or de vains tas de papiers.<br \/>\nSous le coupable effort de sa noire insolence,<br \/>\nTh\u00e9mis a vu cent fois chanceler sa balance.<br \/>\nIncessamment il va de d\u00e9tour en d\u00e9tour.<br \/>\nComme un hibou, souvent il se d\u00e9robe au jour :<br \/>\nTant\u00f4t, les yeux en feu, c\u2019est un lion superbe ;<br \/>\nTant\u00f4t, humble serpent, il se glisse sous l\u2019herbe.<br \/>\nEn vain, pour le dompter, le plus juste des rois<br \/>\nFit r\u00e9gler le chaos des t\u00e9n\u00e9breuses lois ;<br \/>\nSes griffes vainement par Pussort accourcies,<br \/>\nSe rallongent d\u00e9j\u00e0, toujours d\u2019encre noircies ;<br \/>\nEt ses ruses, per\u00e7ant et digues et remparts,<br \/>\nPar cent br\u00e8ches d\u00e9j\u00e0 rentrent de toutes parts.<\/p>\n<p>Le vieillard humblement l\u2019aborde et le salue,<br \/>\nEt faisant, avant tout, briller l\u2019or \u00e0 sa vue :<br \/>\nReine des longs proc\u00e8s, dit-il, dont le savoir<br \/>\nRend la force inutile, et les lois sans pouvoir,<br \/>\nToi, pour qui dans le Mans le laboureur moissonne,<br \/>\nPour qui naissent \u00e0 Caen tous les fruits de l\u2019automne :<br \/>\nSi, d\u00e8s mes premiers ans, heurtant tous les mortels,<br \/>\nL\u2019encre a toujours pour loi coul\u00e9 sur tes autels,<br \/>\nDaigne encor me conna\u00eetre en ma saison derni\u00e8re ;<br \/>\nD\u2019un pr\u00e9lat qui t\u2019implore exauce la pri\u00e8re.<br \/>\nUn rival orgueilleux, de sa gloire offens\u00e9,<br \/>\nA d\u00e9truit le lutrin par nos mains redress\u00e9.<br \/>\nEpuise en sa faveur ta science fatale :<br \/>\nDu digeste et du code ouvre-nous le d\u00e9dale;<br \/>\nEt montre-nous cet art, connu de tes amis,<br \/>\nQui, dans ses propres lois, embarrasse Th\u00e9mis.<\/p>\n<p>La Sibylle, \u00e0 ces mots, d\u00e9j\u00e0 hors d\u2019elle-m\u00eame,<br \/>\nFait lire sa fureur sur son visage bl\u00eame,<br \/>\nEt, pleine du d\u00e9mon qui la vient oppresser,<br \/>\nPar ces mots \u00e9tonnants t\u00e2che \u00e0 le repousser.<\/p>\n<p>Chantres, ne craignez plus une audace insens\u00e9e.<br \/>\nJe vois, je vois au ch\u0153ur la masse replac\u00e9e :<br \/>\nMais il faut des combats. Tel est l\u2019arr\u00eat du sort,<br \/>\nEt surtout \u00e9vitez un dangereux accord.<\/p>\n<p>L\u00e0 bornant son discours, encor tout \u00e9cumante,<br \/>\nElle souffle aux guerriers l\u2019esprit qui la tourmente ;<br \/>\nEt dans leurs c\u0153urs br\u00fblants de la soif de plaider<br \/>\nVerse l\u2019amour de nuire, et la peur de c\u00e9der.<\/p>\n<p>Pour tracer \u00e0 loisir une longue requ\u00eate,<br \/>\nA retourner chez soi leur brigade s\u2019appr\u00eate.<br \/>\nSous leurs pas diligents le chemin dispara\u00eet,<br \/>\nEt le pilier, loin d\u2019eux, d\u00e9j\u00e0 baisse et d\u00e9cro\u00eet.<\/p>\n<p>Loin du bruit cependant les chanoines \u00e0 table<br \/>\nImmolent trente mets \u00e0 leur faim indomptable.<br \/>\nLeur app\u00e9tit fougueux, par l\u2019objet excit\u00e9,<br \/>\nParcourt tous les recoins d\u2019un monstrueux p\u00e2t\u00e9 ;<br \/>\nPar le sel irritant la soif est allum\u00e9e :<br \/>\nLorsque d\u2019un pied l\u00e9ger la prompte Renomm\u00e9e,<br \/>\nSemant partout l\u2019effroi, vient au chantre \u00e9perdu<br \/>\nConter l\u2019affreux d\u00e9tail de l\u2019oracle rendu.<br \/>\nIl se l\u00e8ve, enflamm\u00e9 de muscat et de bile,<br \/>\nEt pr\u00e9tend \u00e0 son tour consulter la Sibylle.<br \/>\nEvrard a beau g\u00e9mir du repas d\u00e9sert\u00e9,<br \/>\nLui-m\u00eame est au barreau par le nombre emport\u00e9.<br \/>\nPar les d\u00e9tours \u00e9troits d\u2019une barri\u00e8re oblique,<br \/>\nIls gagnent les degr\u00e9s, et le perron antique<br \/>\nO\u00f9 sans cesse, \u00e9talant bons et m\u00e9chants \u00e9crits,<br \/>\nBarbin vend aux passants les auteurs \u00e0 tout prix.<\/p>\n<p>L\u00e0 le chantre \u00e0 grand bruit arrive et se fait place,<br \/>\nDans le fatal instant que, d\u2019une \u00e9gale audace,<br \/>\nLe pr\u00e9lat et sa troupe , \u00e0 pas tumultueux,<br \/>\nDescendaient du palais l\u2019escalier tortueux.<br \/>\nL\u2019un et l\u2019autre rival, s\u2019arr\u00eatant au passage,<br \/>\nSe mesure des yeux, s\u2019observe, s\u2019envisage ;<br \/>\nUne \u00e9gale fureur anime les esprits :<br \/>\nTels deux fougueux taureaux, de jalousie \u00e9pris<br \/>\nAupr\u00e8s d\u2019une g\u00e9nisse au front large et superbe<br \/>\nOubliant tous les jours le p\u00e2turage et l\u2019herbe,<br \/>\nA l\u2019aspect l\u2019un de l\u2019autre, embras\u00e9s, furieux,<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 le front baiss\u00e9, se menacent des yeux.<br \/>\nMais Evrard, en passant coudoy\u00e9 par Boirude,<br \/>\nNe sait point contenir son aigre inqui\u00e9tude ;<br \/>\nIl entre chez Barbin, et, d\u2019un bras irrit\u00e9,<br \/>\nSaisissant du Cyrus un volume \u00e9cart\u00e9,<br \/>\nIl lance au sacristain le tome \u00e9pouvantable.<br \/>\nBoirude fuit le coup : le volume effroyable<br \/>\nLui rase le visage, et, droit dans l\u2019estomac,<br \/>\nVa frapper en sifflant l\u2019infortun\u00e9 Sidrac.<br \/>\nLe vieillard, accabl\u00e9 de l\u2019horrible Artam\u00e8ne,<br \/>\nTombe aux pieds du pr\u00e9lat, sans pouls et sans haleine.<br \/>\nSa troupe le croit mort, et chacun empress\u00e9<br \/>\nSe croit frapp\u00e9 du coup dont il le voit bless\u00e9.<br \/>\nAussit\u00f4t contre Evrard vingt champions s\u2019\u00e9lancent ;<br \/>\nPour soutenir leur choc les chanoines s\u2019avancent.<br \/>\nLa Discorde triomphe, et du combat fatal<br \/>\nPar un cri donne en l\u2019air l\u2019effroyable signal.<\/p>\n<p>Chez le libraire absent tout entre, tout se m\u00eale :<br \/>\nLes livres sur Evrard fondent comme la gr\u00eale<br \/>\nQui, dans un grand jardin, \u00e0 coups imp\u00e9tueux,<br \/>\nAbat l\u2019honneur naissant des rameaux fructueux.<br \/>\nChacun s\u2019arme au hasard du livre qu\u2019il rencontre :<br \/>\nL\u2019un tient l\u2019Edit d\u2019amour, l\u2019autre en saisit la Montre ;<br \/>\nL\u2019un prend le seul Jonas qu\u2019on ait vu reli\u00e9 ;<br \/>\nL\u2019autre un Tasse fran\u00e7ais, en naissant oubli\u00e9.<br \/>\nL\u2019\u00e9l\u00e8ve de Barbin, commis \u00e0 la boutique,<br \/>\nveut en vain s\u2019opposer \u00e0 leur fureur gothique :<br \/>\nLes volumes, sans choix \u00e0 la t\u00eate jet\u00e9s,<br \/>\nSur le perron poudreux volent de tous c\u00f4t\u00e9s :<br \/>\nL\u00e0, pr\u00e8s d\u2019un Guarini, T\u00e9rence tombe \u00e0 terre ;<br \/>\nL\u00e0, X\u00e9nophon dans l\u2019air heurte contre un la Serre,<br \/>\nOh ! que d\u2019\u00e9crits obscurs, de livres ignor\u00e9s,<br \/>\nFurent en ce grand jour de la poudre tir\u00e9s !<br \/>\nVous en f\u00fbtes tir\u00e9s, Almerinde et Simandre :<br \/>\nEt toi, rebut du peuple, inconnu Caloandre,<br \/>\nDans ton repos, dit-on, saisi par Gaillerbois,<br \/>\nTu vis le jour alors pour la premi\u00e8re fois.<br \/>\nChaque coup sur la chair laisse une meurtrissure :<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 plus d\u2019un guerrier se plaint d\u2019une blessure.<br \/>\nD\u2019un le Vayer \u00e9pais Giraut est renvers\u00e9 :<br \/>\nMarineau, d\u2019un Br\u00e9beuf \u00e0 l\u2019\u00e9paule bless\u00e9,<br \/>\nEn sent par tout le bras une douleur am\u00e8re,<br \/>\nEt maudit le Pharsale aux provinces si ch\u00e8re.<br \/>\nD\u2019un Pinch\u00eane in-quarto Dodillon \u00e9tourdi<br \/>\nA longtemps le teint p\u00e2le et le c\u0153ur affadi.<br \/>\nAu plus fort du combat le chapelain Garagne,<br \/>\nVers le sommet du front atteint d\u2019un Charlemagne,<br \/>\n(Des vers de ce po\u00e8me effet prodigieux)!<br \/>\nTout pr\u00eat \u00e0 s\u2019endormir, b\u00e2ille, et ferme les yeux.<br \/>\nA plus d\u2019un combattant la Cl\u00e9lie est fatale :<br \/>\nGirou dix fois par elle \u00e9clate et se signale.<br \/>\nMais tout c\u00e8de aux efforts du chanoine Fabri.<br \/>\nCe guerrier, dans l\u2019\u00e9glise aux querelles nourri,<br \/>\nEst robuste de corps, terrible de visage,<br \/>\nEt de l\u2019eau dans son vin n\u2019a jamais su l\u2019usage.<br \/>\nIl terrasse lui seul et Guilbert et Grasset,<br \/>\nEt Gorillon la basse, et Grandin le fausset,<br \/>\nEt Gerbais l\u2019agr\u00e9able, et Guerin l\u2019insipide.<\/p>\n<p>Des chantres d\u00e9sormais la brigade timide<br \/>\nS\u2019\u00e9carte, et du palais regagne les chemins :<br \/>\nTelle, \u00e0 l\u2019aspect d\u2019un loup, terreur des champs voisins,<br \/>\nFuit d\u2019agneaux effray\u00e9s une troupe b\u00ealante ;<br \/>\nOu tels devant Achille, aux campagnes de Xanthe,<br \/>\nLes Troyens se sauvaient \u00e0 l\u2019abri de leurs tours,<br \/>\nQuand Brontin \u00e0 Boirude adresse ce discours :<\/p>\n<p>Illustre porte-croix, par qui notre banni\u00e8re<br \/>\nN\u2019a jamais en marchant fait un pas en arri\u00e8re,<br \/>\nUn chanoine lui seul triomphant du pr\u00e9lat<br \/>\nDu rochet \u00e0 nos yeux ternira-t-il l\u2019\u00e9clat ?<br \/>\nNon, non : pour te couvrir de sa main redoutable,<br \/>\nAccepte de mon corps l\u2019\u00e9paisseur favorable.<br \/>\nViens, et, sous ce rempart, \u00e0 ce guerrier hautain<br \/>\nFais voler ce Quinault qui me reste \u00e0 la main.<br \/>\nA ces mots, il lui tend le doux et tendre ouvrage.<br \/>\nLe sacristain, bouillant de z\u00e8le et de courage,<br \/>\nLe prend, se cache, approche, et, droit entre les yeux,<br \/>\nFrappe du noble \u00e9crit l\u2019athl\u00e8te audacieux.<br \/>\nMais c\u2019est pour l\u2019\u00e9branler une faible temp\u00eate,<br \/>\nLe livre sans vigueur mollit contre sa t\u00eate.<br \/>\nLe chanoine les voit, de col\u00e8re embras\u00e9 :<br \/>\nAttendez, leur dit-il, couple l\u00e2che et rus\u00e9,<br \/>\nEt jugez si ma main, aux grands exploits novice,<br \/>\nLance \u00e0 mes ennemis un livre qui mollisse.<br \/>\nA ces mots il saisit un vieil Infortiat,<br \/>\nGrossi des visions d\u2019Accurse et d\u2019Alciat,<br \/>\nInutile ramas de gothique \u00e9criture,<br \/>\nDont quatre ais mal unis formaient la couverture,<br \/>\nEntour\u00e9 \u00e0 demi d\u2019un vieux parchemin noir,<br \/>\nO\u00f9 pendait \u00e0 trois clous un reste de fermoir.<br \/>\nSur l\u2019ais qui le soutient aupr\u00e8s d\u2019un Avicenne,<br \/>\nDeux des plus forts mortels l\u2019\u00e9branleraient \u00e0 peine :<br \/>\nLe chanoine pourtant l\u2019enl\u00e8ve sans effort,<br \/>\nEt, sur le couple p\u00e2le et d\u00e9j\u00e0 demi-mort,<br \/>\nFait tomber \u00e0 deux mains l\u2019effroyable tonnerre.<br \/>\nLes guerriers de ce coup vont mesurer la terre,<br \/>\nEt, du bois et des clous meurtris et d\u00e9chir\u00e9s,<br \/>\nLongtemps, loin du perron, roulent sur les degr\u00e9s.<\/p>\n<p>Au spectacle \u00e9tonnant de leur chute impr\u00e9vue,<br \/>\nLe pr\u00e9lat pousse un cri qui p\u00e9n\u00e8tre la nue.<br \/>\nIl maudit dans son c\u0153ur le d\u00e9mon des combats,<br \/>\nEt de l\u2019horreur du coup il recule six pas.<br \/>\nMais bient\u00f4t rappelant son antique prouesse<br \/>\nIl tire du manteau sa dextre vengeresse ;<br \/>\nIl part, et, de ses doigts saintement allong\u00e9s,<br \/>\nB\u00e9nit tous les passants, en deux files rang\u00e9s.<br \/>\nIl sait que l\u2019ennemi, que ce coup va surprendre,<br \/>\nD\u00e9sormais sur ses pieds ne l\u2019oserait attendre,<br \/>\nEt d\u00e9j\u00e0 voit pour lui tout ce peuple en courroux<br \/>\nCrier aux combattants : Profanes, \u00e0 genoux !<br \/>\nLe chantre, qui de loin voit approcher l\u2019orage,<br \/>\nDans son c\u0153ur \u00e9perdu cherche en vain du courage :<br \/>\nSa fiert\u00e9 l\u2019abandonne, il tremble, il c\u00e8de, il fuit.<br \/>\nLe long des sacr\u00e9s murs sa brigade le suit :<br \/>\nTout s\u2019\u00e9carte \u00e0 l\u2019instant ; mais aucun n\u2019en r\u00e9chappe ;<br \/>\nPartout le doigt vainqueur les suit et les rattrape.<br \/>\nEvrard seul, en un coin prudemment retir\u00e9,<br \/>\nSe croyait \u00e0 couvert de l\u2019insulte sacr\u00e9 :<br \/>\nMais le pr\u00e9lat vers lui fait une marche adroite,<br \/>\nIl l\u2019observe de l\u2019oeil ; et tirant vers la droite,<br \/>\nTout d\u2019un coup tourne \u00e0 gauche, et d\u2019un bras fortun\u00e9<br \/>\nB\u00e9nit subitement le guerrier constern\u00e9.<br \/>\nLe chanoine, surpris de la foudre mortelle,<br \/>\nSe dresse, et l\u00e8ve en vain une t\u00eate rebelle ;<br \/>\nSur ses genoux tremblants il tombe \u00e0 cet aspect,<br \/>\nEt donne \u00e0 la frayeur ce qu\u2019il doit au respect.<br \/>\nDans le temple aussit\u00f4t le pr\u00e9lat plein de gloire<br \/>\nVa go\u00fbter les doux fruits de sa sainte victoire ;<br \/>\nEt de leur vain projet les chanoines punis<br \/>\nS\u2019en retournent chez eux, \u00e9perdus et b\u00e9nis.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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