{"id":14273,"date":"2025-05-10T16:59:11","date_gmt":"2025-05-10T14:59:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=14273"},"modified":"2025-05-10T16:59:11","modified_gmt":"2025-05-10T14:59:11","slug":"satire-9-a-son-esprit","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/satire-9-a-son-esprit\/","title":{"rendered":"Satire 9 \u2013 \u00c0 son esprit"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019est \u00e0 vous, mon esprit, \u00e0 qui je veux parler.<br \/>\nVous avez des d\u00e9fauts que je ne puis celer :<br \/>\nAssez et trop longtemps ma l\u00e2che complaisance<br \/>\nDe vos jeux criminels a nourri l\u2019insolence ;<br \/>\nMais, puisque vous poussez ma patience \u00e0 bout,<br \/>\nUne fois en ma vie il faut vous dire tout.<br \/>\nOn croiroit \u00e0 vous voir dans vos libres caprices<br \/>\nDiscourir en Caton des vertus et des vices,<br \/>\nD\u00e9cider du m\u00e9rite et du prix des auteurs,<br \/>\nEt faire impun\u00e9ment la le\u00e7on aux docteurs,<br \/>\nQu\u2019\u00e9tant seul \u00e0 couvert des traits de la satire<br \/>\nVous avez tout pouvoir de parler et d\u2019\u00e9crire.<br \/>\nMais moi, qui dans le fond sais bien ce que j\u2019en cro\u00ees,<br \/>\nQui compte tous les jours vos d\u00e9fauts par mes doigts,<br \/>\nJe ris quand je vous vois si foible et si st\u00e9rile,<br \/>\nPrendre sur vous le soin de r\u00e9former la ville,<br \/>\nDans vos discours chagrins plus aigre et plus mordant<br \/>\nQu\u2019une femme en furie, ou Gautier en plaidant.<br \/>\nMais r\u00e9pondez un peu. Quelle verve indiscr\u00e8te<br \/>\nSans l\u2019aveu des neuf S\u0153urs vous a rendu po\u00ebte ?<br \/>\nSentiez-vous, dites-moi, ces violens transports<br \/>\nQui d\u2019un esprit divin font mouvoir les ressorts ?<br \/>\nQui vous a pu souffler une si folle audace ?<br \/>\nPh\u00e9bus a-t-il pour vous aplani le Parnasse ?<br \/>\nEt ne savez-vous pas que, sur ce mont sacr\u00e9,<br \/>\nQui ne vole au sommet tombe au plus bas degr\u00e9,<br \/>\nEt qu\u2019\u00e0 moins d\u2019\u00eatre au rang d\u2019Horace ou de Voiture,<br \/>\nOn rampe dans la fange avec l\u2019abb\u00e9 de Pure ?<br \/>\nQue si tous mes efforts ne peuvent r\u00e9primer<br \/>\nCet ascendant malin qui vous force \u00e0 rimer,<br \/>\nSans perdre en vains discours tout le fruit de vos veilles,<br \/>\nOsez chanter du roi les augustes merveilles :<br \/>\nL\u00e0, mettant \u00e0 profit vos caprices divers,<br \/>\nVous verriez tous les ans fructifier vos vers :<br \/>\nEt par l\u2019espoir du gain votre muse anim\u00e9e<br \/>\nVendroit au poids de l\u2019or une once de fum\u00e9e.<br \/>\nMais en vain, direz-vous, je pense vous tenter<br \/>\nPar l\u2019\u00e9clat d\u2019un fardeau trop pesant \u00e0 porter.<br \/>\nTout chantre ne peut pas, sur le ton d\u2019un Orph\u00e9e,<br \/>\nEntonner en grands vers la Discorde \u00e9touff\u00e9e ;<br \/>\nPeindre Bellone en feu tonnant de toutes parts,<br \/>\nEt le Belge effray\u00e9 fuyant sur ses remparts.<br \/>\nSur un ton si hardi, sans \u00eatre t\u00e9m\u00e9raire,<br \/>\nRacan pourrait chanter au d\u00e9faut d\u2019un Hom\u00e8re ;<br \/>\nMais pour Cotin et moi, qui rimons au hasard,<br \/>\nQue l\u2019amour de bl\u00e2mer fit po\u00ebtes par art,<br \/>\nQuoiqu\u2019un tas de grimauds vante notre \u00e9loquence,<br \/>\nLe plus s\u00fbr est pour nous de garder le silence,<br \/>\nUn po\u00ebme insipide et sottement flatteur<br \/>\nD\u00e9shonore \u00e0 la fois le h\u00e9ros et l\u2019auteur ;<br \/>\nEnfin de tels projets passent notre foiblesse.<br \/>\nAinsi parle un esprit languissant de mollesse,<br \/>\nQui, sous l\u2019humble dehors d\u2019un respect affect\u00e9,<br \/>\nCache le noir venin de sa malignit\u00e9.<br \/>\nMais, dussiez-vous en l\u2019air voir vos ailes fondues,<br \/>\nNe valoit-il pas mieux vous perdre dans les nues,<br \/>\nQue d\u2019aller sans raison, d\u2019un style peu chr\u00e9tien,<br \/>\nFaire insulte en rimant \u00e0 qui ne vous dit rien,<br \/>\nEt du bruit dangereux d\u2019un livre t\u00e9m\u00e9raire<br \/>\n\u00c0 vos propres p\u00e9rils enrichir le libraire ?<br \/>\nVous vous flattez, peut-\u00eatre, en votre vanit\u00e9,<br \/>\nD\u2019aller comme un Horace \u00e0 l\u2019immortalit\u00e9 ;<br \/>\nEt d\u00e9j\u00e0 vous croyez dans vos rimes obscures<br \/>\nAux Saumaises futurs pr\u00e9parer des tortures.<br \/>\nMais combien d\u2019\u00e9crivains, d\u2019abord si bien re\u00e7us,<br \/>\nSont de ce fol espoir honteusement d\u00e9\u00e7us !<br \/>\nCombien, pour quelques mois, ont vu fleurir leur livre,<br \/>\nDont les vers en paquet se vendent \u00e0 la livre !<br \/>\nVous pourrez voir, un temps, vos \u00e9crits estim\u00e9s<br \/>\nCourir de main en main par la ville sem\u00e9s ;<br \/>\nPuis de l\u00e0, tout poudreux, ignor\u00e9s sur la terre,<br \/>\nSuivre chez l\u2019\u00e9picier Neuf-Germain et La Serre ;<br \/>\nOu, de trente feuillets r\u00e9duits peut-\u00eatre \u00e0 neuf,<br \/>\nParer, demi-rong\u00e9s, les rebords du Pont-Neuf.<br \/>\nLe bel honneur pour vous, en voyant vos ouvrages<br \/>\nOccuper le loisir des laquais et des pages,<br \/>\nEt souvent dans un coin renvoy\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9cart<br \/>\nServir de second tome aux airs du Savoyard !<br \/>\nMais je veux que le sort, par un heureux caprice,<br \/>\nFasse de vos \u00e9crits prosp\u00e9rer la malice,<br \/>\nEt qu\u2019enfin votre livre aille, au gr\u00e9 de vos v\u0153ux,<br \/>\nFaire siffler Cotin chez nos derniers neveux :<br \/>\nQue vous sert-il qu\u2019un jour l\u2019avenir vous estime,<br \/>\nSi vos vers aujourd\u2019hui vous tiennent lieu de crime,<br \/>\nEt ne produisent rien, pour fruits de leurs bons mots,<br \/>\nQue l\u2019effroi du public et la haine des sots ?<br \/>\nQuel d\u00e9mon vous irrite, et vous porte \u00e0 m\u00e9dire ?<br \/>\nUn livre vous d\u00e9pla\u00eet : qui vous force \u00e0 le lire ?<br \/>\nLaissez mourir un fat dans son obscurit\u00e9 :<br \/>\nUn auteur ne peut-il pourrir en s\u00fbret\u00e9 ?<br \/>\nLe Jonas inconnu s\u00e8che dans la poussi\u00e8re :<br \/>\nLe David imprim\u00e9 n\u2019a point vu la lumi\u00e8re ;<br \/>\nLe Mo\u00efse commence \u00e0 moisir par les bords.<br \/>\nQuel mal cela fait-il ? Ceux qui sont morts sont morts :<br \/>\nLe tombeau contre vous ne peut-il les d\u00e9fendre ?<br \/>\nEt qu\u2019ont fait tant d\u2019auteurs, pour remuer leur cendre ?<br \/>\nQue vous ont fait Perrin, Bardin, Pradon, Hainaut,<br \/>\nColletet, Pelletier, Titreville, Quinault,<br \/>\nDont les noms en cent lieux, plac\u00e9s comme en leurs niches,<br \/>\nVont de vos vers malins remplir les h\u00e9mistiches ? \u00bb<br \/>\nCe qu\u2019ils font vous ennuie. \u00d4 le plaisant d\u00e9tour !<br \/>\nIls ont bien ennuy\u00e9 le roi, toute la cour,<br \/>\nSans que le moindre \u00e9dit ait, pour punir leur crime,<br \/>\nRetranch\u00e9 les auteurs, ou supprim\u00e9 la rime.<br \/>\n\u00c9crive qui voudra. Chacun \u00e0 ce m\u00e9tier<br \/>\nPeut perdre impun\u00e9ment de l\u2019encre et du papier.<br \/>\nUn roman, sans blesser les lois ni la coutume,<br \/>\nPeut conduire un h\u00e9ros au dixi\u00e8me volume.<br \/>\nDe l\u00e0 vient que Paris voit chez lui de tout temps<br \/>\nLes auteurs \u00e0 grands flots d\u00e9border tous les ans ;<br \/>\nEt n\u2019a point de portail o\u00f9, jusques aux corniches,<br \/>\nTous les piliers ne soient envelopp\u00e9s d\u2019affiches.<br \/>\nVous seul, plus d\u00e9go\u00fbt\u00e9, sans pouvoir et sans nom,<br \/>\nViendrez r\u00e9gler les droits et l\u2019\u00c9tat d\u2019Apollon !<br \/>\nMais vous, qui raffinez sur les \u00e9crits des autres.<br \/>\nDe quel \u0153il pensez-vous qu\u2019on regarde les v\u00f4tres ?<br \/>\nIl n\u2019est rien en ce temps \u00e0 couvert de vos coups,<br \/>\nMais savez-vous aussi comme on parle de vous ?<br \/>\nGardez-vous, dira l\u2019un, de cet esprit critique.<br \/>\nOn ne sait bien souvent quelle mouche le pique.<br \/>\nMais c\u2019est un jeune fou qui se croit tout permis,<br \/>\nEt qui pour un bon mot va perdre vingt amis.<br \/>\nIl ne pardonne pas aux vers de la Pucelle,<br \/>\nEt croit r\u00e9gler le monde au gr\u00e9 de sa cervelle.<br \/>\nJamais dans le barreau trouva-t-il rien de bon ?<br \/>\nPeut-on si bien pr\u00eacher qu\u2019il ne dorme au sermon ?<br \/>\nMais lui, qui fait ici le r\u00e9gent du Parnasse,<br \/>\nN\u2019est qu\u2019un gueux rev\u00eatu des d\u00e9pouilles d\u2019Horace.<br \/>\nAvant lui Juv\u00e9nal avoit dit en latin<br \/>\nQu\u2019on est assis \u00e0 l\u2019aise aux sermons de Cotin.<br \/>\nL\u2019un et l\u2019autre avant lui s\u2019\u00e9toient plaints de la rime,<br \/>\nEt c\u2019est aussi sur eux qu\u2019il rejette son crime :<br \/>\nIl cherche \u00e0 se couvrir de ces noms glorieux.<br \/>\nJ\u2019ai peu lu ces auteurs, mais tout n\u2019iroit que mieux,<br \/>\nQuand de ces m\u00e9disans l\u2019engeance tout enti\u00e8re<br \/>\nIroit la t\u00eate en bas rimer dans la rivi\u00e8re.<br \/>\n\ufeffVoil\u00e0 comme on vous traite : et le monde effray\u00e9<br \/>\nVous regarde d\u00e9j\u00e0 comme un homme noy\u00e9.<br \/>\nEn vain quelque rieur, prenant votre d\u00e9fense,<br \/>\nVeut faire au moins, de gr\u00e2ce, adoucir la sentence :<br \/>\nRien n\u2019apaise un lecteur toujours tremblant d\u2019effroi,<br \/>\nQui voit peindre en autrui ce qu\u2019il remarque en soi.<br \/>\n\ufeffVous ferez-vous toujours des affaires nouvelles ?<br \/>\nEt faudra-t-il sans cesse essuyer des querelles ?<br \/>\nN\u2019entendrai-je qu\u2019auteurs se plaindre et murmurer ?<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 quand vos fureurs doivent-elles durer ?<br \/>\nR\u00e9pondez, mon esprit : ce n\u2019est plus raillerie :<br \/>\nDites\u2026 Mais, direz-vous, pourquoi cette furie ?<br \/>\nQuoi ! pour un maigre auteur que je glose en passant,<br \/>\nEst-ce crime, apr\u00e8s tout, et si noir et si grand ?<br \/>\nEt qui, voyant un fat s\u2019applaudir d\u2019un ouvrage<br \/>\nO\u00f9 la droite raison tr\u00e9buche \u00e0 chaque page,<br \/>\nNe s\u2019\u00e9crie aussit\u00f4t : L\u2019impertinent auteur !<br \/>\nL\u2019ennuyeux \u00e9crivain ! Le maudit traducteur !<br \/>\nA quoi bon mettre au jour tous ces discours frivoles,<br \/>\nEt ces riens enferm\u00e9s dans de grandes paroles ?<br \/>\nEst-ce donc l\u00e0 m\u00e9dire, ou parler franchement ?<br \/>\nNon, non, la m\u00e9disance y va plus doucement.<br \/>\nSi l\u2019on vient \u00e0 chercher pour quel secret myst\u00e8re<br \/>\nAlidor \u00e0 ses frais b\u00e2tit un monast\u00e8re :<br \/>\nAlidor ! dit un fourbe, il est de mes amis,<br \/>\nJe l\u2019ai connu laquais avant qu\u2019il lut commis :<br \/>\nC\u2019est un homme d\u2019honneur, de pi\u00e9t\u00e9 profonde,<br \/>\nEt qui veut rendre \u00e0 Dieu ce qu\u2019il a pris au monde<br \/>\nVoil\u00e0 jouer d\u2019adresse, et m\u00e9dire avec art ;<br \/>\nEt c\u2019est avec respect enfoncer le poignard.<br \/>\nUn esprit n\u00e9 sans fard, sans basse complaisance,<br \/>\nFuit ce ton radouci que prend la m\u00e9disance.<br \/>\nMais de bl\u00e2mer des vers ou durs ou languissans,<br \/>\nDe choquer un auteur qui choque le bon sens,<br \/>\nDe railler d\u2019un plaisant qui ne sait pas nous plaire,<br \/>\nC\u2019est ce que tout lecteur eut toujours droit de faire<br \/>\nTous les jours \u00e0 la cour un sot de qualit\u00e9<br \/>\nPeut juger de travers avec impunit\u00e9 ;<br \/>\nA Malherbe, \u00e0 Racan, pr\u00e9f\u00e9rer Th\u00e9ophile,<br \/>\nEt le clinquant du Tasse \u00e0 tout l\u2019or de Virgile.<br \/>\nUn clerc, pour quinze sous, sans craindre le hol\u00e0,<br \/>\nPeut aller au parterre attaquer Attila;<br \/>\nEt, si le roi des Huns ne lui charme l\u2019oreille,<br \/>\nTraiter de visigoths tous les vers de Corneille.<br \/>\nIl n\u2019est valet d\u2019auteur, ni copiste \u00e0 Paris,<br \/>\nQui, la balance en main, ne p\u00e8se les \u00e9crits.<br \/>\nD\u00e8s que l\u2019impression fait \u00e9clore un po\u00ebte,<br \/>\nIl est esclave-n\u00e9 de quiconque l\u2019ach\u00e8te :<br \/>\nIl se soumet lui-m\u00eame aux caprices d\u2019autrui,<br \/>\nEt ses \u00e9crits tout seuls doivent parler pour lui.<br \/>\nUn auteur \u00e0 genoux, dans une humble pr\u00e9face,<br \/>\nAu lecteur qu\u2019il ennuie a beau demander gr\u00e2ce ;<br \/>\nIl ne gagnera rien sur ce juge irrit\u00e9,<br \/>\nQui lui fait son proc\u00e8s de pleine autorit\u00e9.<br \/>\nEt je serai le seul qui ne pourrai rien dire !<br \/>\nOn sera ridicule, et je n\u2019oserai rire !<br \/>\nEt qu\u2019ont produit mes vers de si pernicieux,<br \/>\nPour armer contre moi tant d\u2019auteurs furieux ?<br \/>\nLoin de les d\u00e9crier, je les ai fait paro\u00eetre :<br \/>\nEt souvent, sans ces vers qui les ont fait conno\u00eere,<br \/>\nLeur talent dans l\u2019oubli demeureroit cach\u00e9.<br \/>\nEt qui sauroit sans moi que Cotin a pr\u00each\u00e9 ?<br \/>\nLa satire ne sert qu\u2019\u00e0 rendre un fat illustre :<br \/>\nC\u2019est une ombre au tableau, qui lui donne du lustre.<br \/>\nEn les bl\u00e2mant enfin j\u2019ai dit ce que j\u2019en croi ;<br \/>\nEt tel qui m\u2019en reprend en pense autant que moi.<br \/>\nIl a tort, dira l\u2019un ; pourquoi faut-il qu\u2019il nomme ?<br \/>\nAttaquer Chapelain ! ah ! c\u2019est un si bon homme !<br \/>\nBalzac en fait l\u2019\u00e9loge en cent endroits divers.<br \/>\nIl est vrai, s\u2019il m\u2019e\u00fbt cru, qu\u2019il n\u2019e\u00fbt point fait de vers.<br \/>\nIl se tue \u00e0 rimer : que n\u2019\u00e9crit-il en prose ?<br \/>\nVoil\u00e0 ce que l\u2019on dit. Et que dis-je autre chose ?<br \/>\nEn bl\u00e2mant ses \u00e9crits, ai-je d\u2019un style affreux<br \/>\nDistill\u00e9 sur sa vie un venin dangereux ?<br \/>\nMa muse en l\u2019attaquant, charitable et discr\u00e8te,<br \/>\nSait de l\u2019homme d\u2019honneur distinguer le po\u00ebte.<br \/>\nQu\u2019on vante en lui la foi, l\u2019honneur, la probit\u00e9 ;<br \/>\nQu\u2019on prise sa candeur et sa civilit\u00e9 ;<br \/>\nQu\u2019il soit doux, complaisant, officieux, sinc\u00e8re :<br \/>\nOn le veut, j\u2019y souscris, et suis pr\u00e8s de me taire.<br \/>\nMais que pour un mod\u00e8le ou montre ses \u00e9crits ;<br \/>\nQu\u2019il soit le mieux rent\u00e9 de tous les beaux esprits,<br \/>\nComme roi des auteurs qu\u2019on l\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 l\u2019empire :<br \/>\nMa bile alors s\u2019\u00e9chauffe, et je br\u00fble d\u2019\u00e9crire ;<br \/>\nEt, s\u2019il ne m\u2019est permis de le dire au papier,<br \/>\nJ\u2019irai creuser la terre, et, comme ce barbier,<br \/>\nFaire dire aux roseaux par un nouvel organe :<br \/>\n\u00ab Midas, le roi Midas a des oreilles d\u2019\u00e2ne. \u00bb<br \/>\nQuel tort lui fais-je enfin ? Ai-je par un \u00e9crit<br \/>\nP\u00e9trifi\u00e9 sa veine et glac\u00e9 son esprit ?<br \/>\nQuand un livre au Palais se vend et se d\u00e9bite,<br \/>\nQue chacun par ses yeux juge de son m\u00e9rite,<br \/>\nQue Bilaine l\u2019\u00e9tale au deuxi\u00e8me pilier,<br \/>\nLe d\u00e9go\u00fbt d\u2019un censeur peut-il le d\u00e9crier ?<br \/>\nEn vain contre le Cid un ministre se ligue :<br \/>\nTout Paris pour Chim\u00e8ne a les yeux de Rodrigue.<br \/>\nL\u2019Acad\u00e9mie en corps a beau le censurer :<br \/>\nLe public r\u00e9volt\u00e9 s\u2019obstine \u00e0 l\u2019admirer.<br \/>\nMais lorsque Chapelain met une \u0153uvre en lumi\u00e8re,<br \/>\nChaque lecteur d\u2019abord lui devient un Lini\u00e8re.<br \/>\nEn vain il a re\u00e7u l\u2019encens de mille auteurs :<br \/>\nSon livre en paroissant d\u00e9ment tous ses flatteurs.<br \/>\nAinsi, sans m\u2019accuser, quand tout Paris le joue,<br \/>\nQu\u2019il s\u2019en prenne \u00e0 ses vers que Ph\u00e9bus d\u00e9savoue ;<br \/>\nQu\u2019il s\u2019en prenne \u00e0 sa muse allemande en fran\u00e7ois.<br \/>\nMais laissons Chapelain pour la derni\u00e8re fois.<br \/>\nLa satire, dit-on, est un m\u00e9tier funeste,<br \/>\nQui plait \u00e0 quelques gens, et choque tout le reste.<br \/>\nLa suite en est \u00e0 craindre : en ce hardi m\u00e9tier<br \/>\nLa peur plus d\u2019une fois fit repentir R\u00e9gnier.<br \/>\nQuittez, ces vains plaisirs dont l\u2019app\u00e2t vous abuse,<br \/>\n\u00c0 de plus doux emplois occupez, votre muse ;<br \/>\nEt laissez \u00e0 Feuillet r\u00e9former l\u2019univers.<br \/>\nEt sur quoi donc faut-il que s\u2019exercent mes vers ?<br \/>\nIrai-je dans une ode, en phrases de Malherbe,<br \/>\nTroubler dans ses roseaux le Danube superbe ;<br \/>\nD\u00e9livrer de Sion le peuple g\u00e9missant ;<br \/>\nFaire trembler Memphis, ou p\u00e2lir le croissant ;<br \/>\nEt, passant du Jourdain les ondes alarm\u00e9es,<br \/>\nCueillir mal \u00e0 propos les palmes idum\u00e9es ?<br \/>\nViendrai-je en une \u00e9glogue, entour\u00e9 de troupeaux,<br \/>\nAu milieu de Paris enfler mes chalumeaux,<br \/>\nEt, dans mon cabinet assis au pied des h\u00eatres,<br \/>\nFaire dire aux \u00e9chos des sottises champ\u00eatres ?<br \/>\nFaudra-t-il de sang-froid, et sans \u00eatre amoureux,<br \/>\nPour quelque Iris en l\u2019air faire le langoureux,<br \/>\nLui prodiguer les noms de Soleil et d\u2019Aurore,<br \/>\nEt, toujours bien mangeant, mourir par m\u00e9taphore ?<br \/>\nJe laisse aux doucereux ce langage aff\u00e9t\u00e9,<br \/>\nO\u00f9 s\u2019endort un esprit de mollesse h\u00e9b\u00e9t\u00e9.<br \/>\nLa satire, en le\u00e7ons, en nouveaut\u00e9s fertile,<br \/>\nSait seule assaisonner le plaisant et l\u2019utile,<br \/>\nEt, d\u2019un vers qu\u2019elle \u00e9pure aux rayons du bon sens,<br \/>\nD\u00e9tromper les esprits des erreurs de leur temps.<br \/>\nElle seule, bravant l\u2019orgueil et l\u2019injustice,<br \/>\nVa jusque sous le dais faire p\u00e2lir le vice ;<br \/>\nEt souvent sans rien craindre, \u00e0 l\u2019aide d\u2019un bon mot,<br \/>\nVa venger la raison des attentats d\u2019un sot.<br \/>\nC\u2019est ainsi que Lucile, appuy\u00e9 de L\u00e9lie,<br \/>\nFit justice en son temps des Cotins d\u2019Italie,<br \/>\nEt qu\u2019Horace, jetant le sel \u00e0 pleines mains,<br \/>\nSe jouoit aux d\u00e9pens des Pelletiers romains.<br \/>\nC\u2019est elle qui, m\u2019ouvrant le chemin qu\u2019il faut suivre,<br \/>\nM\u2019inspira d\u00e8s quinze ans la haine d\u2019un sot livre ;<br \/>\nEt sur ce mont fameux, o\u00f9 j\u2019osai la chercher,<br \/>\nFortifia mes pas et m\u2019apprit \u00e0 marcher.<br \/>\nC\u2019est pour elle, en un mot, que j\u2019ai fait v\u0153u d\u2019\u00e9crire.<br \/>\nToutefois, s\u2019il le faut, je veux bien m\u2019en d\u00e9dire,<br \/>\nEt, pour calmer enfin tous ces flots d\u2019ennemis,<br \/>\nR\u00e9parer en mes vers les maux qu\u2019ils ont commis<br \/>\nPuisque vous le voulez, je vais changer de style.<br \/>\nJe le d\u00e9clare donc : Quinault est un Virgile ;<br \/>\nPradon comme un soleil en nos ans a paru ;<br \/>\nPelletier \u00e9crit mieux qu\u2019Ablancourt ni Patru ;<br \/>\nCotin, \u00e0 ses sermons tra\u00eenant toute la terre,<br \/>\nFend les flots d\u2019auditeurs pour aller \u00e0 sa chaire :<br \/>\nSaufal est le ph\u00e9nix des esprits relev\u00e9s ;<br \/>\nPerrin\u2026 Bon, mon esprit ! courage ! poursuivez<br \/>\nMais ne voyez-vous pas que leur troupe en furie<br \/>\nVa prendre encor ces vers pour une raillerie ?<br \/>\nEt Dieu sait aussit\u00f4t que d\u2019auteurs en courroux,<br \/>\nQue de rimeurs bless\u00e9s s\u2019en vont fondre sur vous !<br \/>\nVous les verrez bient\u00f4t, f\u00e9conds en impostures,<br \/>\nAmasser contre vous des volumes d\u2019injures,<br \/>\nTraiter en vos \u00e9crits chaque vers d\u2019attentat,<br \/>\nEt d\u2019un mot innocent faire un crime d\u2019\u00c9tat.<br \/>\nVous aurez beau vanter le roi dans vos ouvrages,<br \/>\nEt de ce nom sacr\u00e9 sanctifier vos pages ;<br \/>\nQui m\u00e9prise Cotin n\u2019estime point son roi,<br \/>\nEt n\u2019a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.<br \/>\nMais quoi ! r\u00e9pondrez-vous, Cotin nous peut-il nuire<br \/>\nEt par ses cris enfin que sauroit-il produire ?<br \/>\nInterdire \u00e0 mes vers, dont peut-\u00eatre il fait cas,<br \/>\nL\u2019entr\u00e9e aux pensions o\u00f9 je ne pr\u00e9tends pas ?<br \/>\nNon, pour louer un roi que tout l\u2019univers loue,<br \/>\nMa langue n\u2019attend point que l\u2019argent la d\u00e9noue ;<br \/>\nEt, sans esp\u00e9rer rien de mes foibles \u00e9crits,<br \/>\nL\u2019honneur de le louer m\u2019est un trop digne prix :<br \/>\nOn me verra toujours, sage dans mes caprices,<br \/>\nDe ce m\u00eame pinceau dont j\u2019ai noirci les vices<br \/>\nEt peint du nom d\u2019auteur tant de sots rev\u00eatus,<br \/>\nLui marquer mon respect, et tracer ses vertus.<br \/>\nJe vous crois ; mais pourtant on crie, on vous menace.<br \/>\nJe crains peu, direz-vous, les braves du Parnasse.<br \/>\nH\u00e9 ! mon Dieu, craignez tout d\u2019un auteur en courroux,<br \/>\nQui peut\u2026 \u2014 Quoi ? \u2014 Je m\u2019entends. \u2014 Mais encor ? \u2014 Taisez-vous.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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