{"id":13948,"date":"2025-05-09T22:46:45","date_gmt":"2025-05-09T20:46:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=13948"},"modified":"2025-05-09T22:46:45","modified_gmt":"2025-05-09T20:46:45","slug":"thebaide","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/thebaide\/","title":{"rendered":"Th\u00e9ba\u00efde"},"content":{"rendered":"<p>Mon r\u00eave le plus cher et le plus caress\u00e9,<br \/>\nLe seul qui rie encor \u00e0 mon c\u0153ur oppress\u00e9,<br \/>\nC\u2019est de m\u2019ensevelir au fond d\u2019une chartreuse,<br \/>\nDans une solitude inabordable, affreuse ;<br \/>\nLoin, bien loin, tout l\u00e0-bas dans quelque Sierra<br \/>\nBien sauvage, o\u00f9 jamais voix d\u2019homme ne vibra,<br \/>\nDans la for\u00eat de pins, parmi les \u00e2pres roches,<br \/>\nO\u00f9 n\u2019arrive pas m\u00eame un bruit lointain de cloches ;<br \/>\nDans quelque Th\u00e9ba\u00efde, aux lieux les moins hant\u00e9s,<br \/>\nComme en cherchaient les saints pour leurs aust\u00e9rit\u00e9s ;<br \/>\nSous la grotte o\u00f9 grondait le lion de J\u00e9r\u00f4me,<br \/>\nOui, c\u2019est l\u00e0 que j\u2019irais pour respirer ton baume<br \/>\nEt boire la ros\u00e9e \u00e0 ton calice ouvert,<br \/>\n\u00d4 fr\u00eale et chaste fleur, qui crois dans le d\u00e9sert<br \/>\nAux fentes du tombeau de l\u2019Esp\u00e9rance morte !<br \/>\nDe mon c\u0153ur d\u00e9peupl\u00e9 je fermerais la porte<br \/>\nEt j\u2019y ferais la garde, afin qu\u2019un souvenir<br \/>\nDu monde des vivants n\u2019y p\u00fbt pas revenir ;<br \/>\nJ\u2019effacerais mon nom de ma propre m\u00e9moire ;<br \/>\nEt de tous ces mots creux : Amour, Science et Gloire<br \/>\nQu\u2019aux jours de mon avril mon \u00e2me en fleur r\u00eavait,<br \/>\nPour y dormir ma nuit j\u2019en ferais un chevet ;<br \/>\nCar je sais maintenant que vaut cette fum\u00e9e<br \/>\nQu\u2019au-dessus du n\u00e9ant pousse une renomm\u00e9e.<br \/>\nJ\u2019ai regard\u00e9 de pr\u00e8s et la science et l\u2019art :<br \/>\nJ\u2019ai vu que ce n\u2019\u00e9tait que mensonge et hasard ;<br \/>\nJ\u2019ai mis sur un plateau de toile d\u2019araign\u00e9e<br \/>\nL\u2019amour qu\u2019en mon chemin j\u2019ai re\u00e7ue et donn\u00e9e ;<br \/>\nPuis sur l\u2019autre plateau deux grains du vermillon<br \/>\nImpalpable, qui teint l\u2019aile du papillon,<br \/>\nEt j\u2019ai trouv\u00e9 l\u2019amour l\u00e9ger dans la balance.<br \/>\nDonc, re\u00e7ois dans tes bras, \u00f4 douce somnolence,<br \/>\nVierge aux p\u00e2les couleurs, blanche s\u0153ur de la mort,<br \/>\nUn pauvre naufrag\u00e9 des temp\u00eates du sort !<br \/>\nExauce un malheureux qui te prie et t\u2019implore,<br \/>\n\u00c9graine sur son front le pavot inodore,<br \/>\nAbrite-le d\u2019un pan de ton grand manteau noir,<br \/>\nEt du doigt clos ses yeux qui ne veulent plus voir.<br \/>\nVous, esprits du d\u00e9sert, cependant qu\u2019il sommeille,<br \/>\nFaites taire les vents et bouchez son oreille,<br \/>\nPour qu\u2019il n\u2019entende pas le retentissement<br \/>\nDu si\u00e8cle qui s\u2019\u00e9croule, et ce bourdonnement<br \/>\nQu\u2019en s\u2019en allant au but o\u00f9 son destin la m\u00e8ne<br \/>\nSur le chemin du temps fait la famille humaine !<\/p>\n<p>Je suis las de la vie et ne veux pas mourir ;<br \/>\nMes pieds ne peuvent plus ni marcher ni courir ;<br \/>\nJ\u2019ai les talons us\u00e9s de battre cette route<br \/>\nQui ram\u00e8ne toujours de la science au doute.<br \/>\nAssez, je me suis dit, voil\u00e0 la question.<\/p>\n<p>Va, pauvre r\u00eaveur, cherche une solution<br \/>\nClaire et satisfaisante \u00e0 ton sombre probl\u00e8me,<br \/>\nTandis qu\u2019Oph\u00e9lia te dit tout haut : Je t\u2019aime ;<br \/>\nMon beau prince danois marche les bras crois\u00e9s,<br \/>\nLe front dans la poitrine et les sourcils fronc\u00e9s,<br \/>\nD\u2019un pas lent et pensif arpente le th\u00e9\u00e2tre,<br \/>\nPlus p\u00e2le que ne sont ces figures d\u2019alb\u00e2tre,<br \/>\nPleurant pour les vivants sur les tombeaux des morts ;<br \/>\n\u00c9puise ta vigueur en st\u00e9riles efforts,<br \/>\nEt tu n\u2019arriveras, comme a fait Oph\u00e9lie,<br \/>\nQu\u2019\u00e0 l\u2019abrutissement ou bien \u00e0 la folie.<br \/>\nC\u2019est \u00e0 ce degr\u00e9-l\u00e0 que je suis arriv\u00e9.<br \/>\nJe sens ployer sous moi mon g\u00e9nie \u00e9nerv\u00e9 ;<br \/>\nJe ne vis plus ; je suis une lampe sans flamme,<br \/>\nEt mon corps est vraiment le cercueil de mon \u00e2me.<\/p>\n<p>Ne plus penser, ne plus aimer, ne plus ha\u00efr,<br \/>\nSi dans un coin du c\u0153ur il \u00e9clot un d\u00e9sir,<br \/>\nLui couper sans piti\u00e9 ses ailes de colombe,<br \/>\n\u00catre comme est un mort, \u00e9tendu sous la tombe,<br \/>\nDans l\u2019immobilit\u00e9 savourer lentement,<br \/>\nComme un philtre endormeur, l\u2019an\u00e9antissement :<br \/>\nVoil\u00e0 quel est mon v\u0153u, tant j\u2019ai de lassitude,<br \/>\nD\u2019avoir voulu gravir cette c\u00f4te \u00e2pre et rude,<br \/>\nBrocken myst\u00e9rieux, o\u00f9 des sommets nouveaux<br \/>\nSurgissent tout \u00e0 coup sur de nouveaux plateaux,<br \/>\nEt qui ne laisse voir de ses plus hautes cimes<br \/>\nQue l\u2019esprit du vertige errant sur les ab\u00eemes.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi je m\u2019assieds au revers du foss\u00e9,<br \/>\nD\u00e9sabus\u00e9 de tout, plus vo\u00fbt\u00e9, plus cass\u00e9<br \/>\nQue ces vieux mendiants que jusques \u00e0 la porte<br \/>\nLe chien de la maison en grommelant escorte.<br \/>\nC\u2019est pourquoi, fatigu\u00e9 d\u2019errer et de g\u00e9mir,<br \/>\nComme un petit enfant, je demande \u00e0 dormir ;<br \/>\nJe veux dans le n\u00e9ant renouveler mon \u00eatre,<br \/>\nM\u2019isoler de moi-m\u00eame et ne plus me conna\u00eetre ;<br \/>\nEt comme en un linceul, sans y laisser un seul pli,<br \/>\nRester envelopp\u00e9 dans mon manteau d\u2019oubli.<\/p>\n<p>J\u2019aimerais que ce f\u00fbt dans une roche creuse,<br \/>\nAu penchant d\u2019une c\u00f4te escarp\u00e9e et pierreuse,<br \/>\nComme dans les tableaux de Salvator Rosa,<br \/>\nO\u00f9 le pied d\u2019un vivant jamais ne se posa ;<br \/>\nSous un ciel vert, z\u00e9br\u00e9 de grands nuages fauves,<br \/>\nDans des terrains galeux clairsem\u00e9s d\u2019arbres chauves,<br \/>\nAvec un horizon sans couronne d\u2019azur,<br \/>\nBornant de tous c\u00f4t\u00e9s le regard comme un mur,<br \/>\nEt dans les roseaux secs pr\u00e8s d\u2019une eau noire et plate<br \/>\nQuelque maigre h\u00e9ron debout sur une patte.<br \/>\nSur la caverne, un pin, ainsi qu\u2019un spectre en deuil<br \/>\nQui tend ses bras voil\u00e9s au-dessus d\u2019un cercueil,<br \/>\nTendrait ses bras en pleurs, et du haut de la vo\u00fbte<br \/>\nUn maigre filet d\u2019eau suintant goutte \u00e0 goutte,<br \/>\nMarquerait par sa chute aux sons intermittents<br \/>\nLe battement \u00e9gal que fait le c\u0153ur du temps.<br \/>\nComme la Niob\u00e9 qui pleurait sur la roche,<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 ce que le lierre autour de moi s\u2019accroche,<br \/>\nJe demeurerais l\u00e0 les genoux au menton,<br \/>\nPlus ploy\u00e9 que jamais, sous l\u2019angle d\u2019un fronton,<br \/>\nCes Atlas accroupis gonflant leurs nerfs de marbre ;<br \/>\nMes pieds prendraient racine et je deviendrais arbre ;<br \/>\nLes faons aupr\u00e8s de moi tondraient le gazon ras,<br \/>\nEt les oiseaux de nuit percheraient sur mes bras.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 ce qu\u2019il me faut plut\u00f4t qu\u2019un monast\u00e8re ;<br \/>\nUn couvent est un port qui tient trop \u00e0 la terre ;<br \/>\nMa nef tire trop d\u2019eau pour y pouvoir entrer<br \/>\nSans en toucher le fond et sans s\u2019y d\u00e9chirer.<br \/>\nD\u00fbt sombrer le navire avec toute sa charge,<br \/>\nJ\u2019aime mieux errer seul sur l\u2019eau profonde et large.<br \/>\nAux barques de p\u00eacheur l\u2019anse \u00e0 l\u2019abri du vent,<br \/>\nAux simples naufrag\u00e9s de l\u2019\u00e2me, le couvent.<br \/>\n\u00c0 moi la solitude effroyable et profonde,<br \/>\nPar dedans, par dehors !<\/p>\n<p>Un couvent, c\u2019est un monde ;<br \/>\nOn y pense, on y r\u00eave, on y prie, on y croit :<br \/>\nLa mort n\u2019est que le seuil d\u2019une autre vie ; on voit<br \/>\nPasser au long du clo\u00eetre une forme ang\u00e9lique ;<br \/>\nLa cloche vous murmure un chant m\u00e9lancolique ;<br \/>\nLa Vierge vous sourit, le bel enfant J\u00e9sus<br \/>\nVous tend ses petits bras de sa niche ; au-dessus<br \/>\nDe vos fronts inclin\u00e9s, comme un essaim d\u2019abeilles,<br \/>\nVolent les Ch\u00e9rubins en l\u00e9gions vermeilles.<br \/>\nVous \u00eates tout espoir, tout joie et tout amour,<br \/>\n\u00c0 l\u2019escalier du ciel vous montez chaque jour ;<br \/>\nL\u2019extase vous remplit d\u2019ineffables d\u00e9lices,<br \/>\nEt vos c\u0153urs parfum\u00e9s sont comme des calices ;<br \/>\nVous marchez entour\u00e9s de c\u00e9lestes rayons<br \/>\nEt vos pieds apr\u00e8s vous laissent d\u2019ardents sillons !<\/p>\n<p>Ah ! grands voluptueux, sybarites du clo\u00eetre,<br \/>\nQui passez votre vie \u00e0 voir s\u2019ouvrir et cro\u00eetre<br \/>\nDans le jardin fleuri de la mysticit\u00e9,<br \/>\nLes p\u00e9tales d\u2019argent du lis de puret\u00e9,<br \/>\nVrais libertins du ciel, d\u00e9vots Sardanapales,<br \/>\nVous, vieux moines chenus, et vous, novices p\u00e2les,<br \/>\nFoyers couverts de cendre, encensoirs ignor\u00e9s,<br \/>\nQuel don Juan a jamais sous ses lambris dor\u00e9s<br \/>\nSenti des volupt\u00e9s comparables aux v\u00f4tres !<br \/>\nAupr\u00e8s de vos plaisirs, quels plaisirs sont les n\u00f4tres !<br \/>\nQuel amant a jamais, \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 l\u2019\u0153il reluit,<br \/>\nDans tout l\u2019enivrement de la premi\u00e8re nuit,<br \/>\nPouss\u00e9 plus de soupirs profonds et pleins de flamme,<br \/>\nEt bais\u00e9 les pieds nus de la plus belle femme<br \/>\nAvec la m\u00eame ardeur que vous les pieds de bois<br \/>\nDu cadavre insensible allong\u00e9 sur la croix !<br \/>\nQuelle bouche fleurie et d\u2019ambroisie humide,<br \/>\nVaudrait la bouche ouverte \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 livide !<br \/>\nNotre vin est grossier ; pour vous, au lieu de vin,<br \/>\nDans un calice d\u2019or perle le sang divin ;<br \/>\nNous usons notre l\u00e8vre au seuil des courtisanes,<br \/>\nVous autres, vous aimez des saintes diaphanes,<br \/>\nQui se parent pour vous des couleurs des vitreaux<br \/>\nEt sur vos fronts tondus, au d\u00e9tour des arceaux,<br \/>\nLaissent flotter le bout de leurs robes de gaze :<br \/>\nNous n\u2019avons que l\u2019ivresse et vous avez l\u2019extase.<br \/>\nNous, nos contentements dureront peu de jours,<br \/>\nLes v\u00f4tres, bien plus vifs, doivent durer toujours.<br \/>\nCalculateurs prudents, pour l\u2019abandon d\u2019une heure,<br \/>\nSur une terre o\u00f9 nul plus d\u2019un jour ne demeure,<br \/>\nVous achetez le ciel avec l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<br \/>\nMalgr\u00e9 ta r\u00e8gle \u00e9troite et ton aust\u00e9rit\u00e9,<br \/>\nMaigre et jaune Ranc\u00e9, tes moines taciturnes<br \/>\nS\u2019entr\u2019ouvrent \u00e0 l\u2019amour comme des fleurs nocturnes,<br \/>\nUne t\u00eate de mort grima\u00e7ante pour nous<br \/>\nSourit \u00e0 leur chevet du rire le plus doux ;<br \/>\nIls creusent chaque jour leur fosse au cimeti\u00e8re,<br \/>\nIls je\u00fbnent et n\u2019ont pas d\u2019autre lit qu\u2019une bi\u00e8re,<br \/>\nMais ils sentent vibrer sous leur suaire blanc,<br \/>\nDans des transports divins, un c\u0153ur chaste et br\u00fblant ;<br \/>\nIls se baignent aux flots de l\u2019oc\u00e9an de joie,<br \/>\nEt sous la volupt\u00e9 leur \u00e2me tremble et ploie,<br \/>\nComme fait une fleur sous une goutte d\u2019eau,<br \/>\nIls sont dignes d\u2019envie et leur sort est tr\u00e8s-beau ;<br \/>\nMais ils sont peu nombreux dans ce si\u00e8cle incr\u00e9dule<br \/>\nCreux qui font de leur \u00e2me une lampe qui br\u00fble,<br \/>\nEt qui peuvent, baisant la blessure du Christ,<br \/>\nCroire que tout s\u2019est fait comme il \u00e9tait \u00e9crit.<br \/>\nIl en est qui n\u2019ont pas le don des saintes larmes,<br \/>\nQui veillent sans lumi\u00e8re et combattent sans armes ;<br \/>\nIl est des malheureux qui ne peuvent prier<br \/>\nEt dont la voix s\u2019\u00e9teint quand ils veulent crier ;<br \/>\nTous ne se baignent pas dans la pure piscine<br \/>\nEt n\u2019ont pas m\u00eame part \u00e0 la table divine :<br \/>\nMoi, je suis de ce nombre, et comme saint Thomas,<br \/>\nSi je n\u2019ai dans la plaie un doigt, je ne crois pas.<\/p>\n<p>Aussi je me choisis un antre pour retraite<br \/>\nDans une r\u00e9gion d\u00e9tourn\u00e9e et secr\u00e8te<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019on n\u2019entende pas le rire des heureux<br \/>\nNi le chant printanier des oiseaux amoureux,<br \/>\nL\u2019antre d\u2019un loup crev\u00e9 de faim ou de vieillesse,<br \/>\nCar tout son m\u2019importune et tout rayon me blesse,<br \/>\nTout ce qui palpite, aime ou chante, me d\u00e9pla\u00eet,<br \/>\nEt je hais l\u2019homme autant et plus que ne le hait<br \/>\nLe buffle \u00e0 qui l\u2019on vient de percer la narine.<br \/>\nDe tous les sentiments croul\u00e9s dans la ruine,<br \/>\nDu temple de mon \u00e2me, il ne reste debout<br \/>\nQue deux piliers d\u2019airain, la haine et le d\u00e9go\u00fbt.<br \/>\nPourtant je suis \u00e0 peine au tiers de ma journ\u00e9e ;<br \/>\nMa t\u00eate de cheveux n\u2019est pas d\u00e9couronn\u00e9e ;<br \/>\n\u00c0 peine vingt \u00e9pis sont tomb\u00e9s du faisceau :<br \/>\nJe puis derri\u00e8re moi voir encor mon berceau.<br \/>\nMais les soucis amers de leurs griffes arides<br \/>\nM\u2019ont fouill\u00e9 dans le front d\u2019assez profondes rides<br \/>\nPour en faire une fosse \u00e0 chaque illusion.<br \/>\nAinsi me voil\u00e0 donc sans foi ni passion,<br \/>\nD\u00e9sireux de la vie et ne pouvant pas vivre,<br \/>\nEt d\u00e8s le premier mot sachant la fin du livre.<br \/>\nCar c\u2019est ainsi que sont les jeunes d\u2019aujourd\u2019hui :<br \/>\nLeurs m\u00e8res les ont faits dans un moment d\u2019ennui.<br \/>\nEt qui les voit aupr\u00e8s des blancs sexag\u00e9naires<br \/>\nPlut\u00f4t que les enfants les estime les p\u00e8res ;<br \/>\nIls sont venus au monde avec des cheveux gris ;<br \/>\nComme ces arbrisseaux fr\u00eales et rabougris<br \/>\nQui, d\u00e8s le mois de mai, sont pleins de feuilles mortes,<br \/>\nIls s\u2019effeuillent au vent, et vont devant leurs portes<br \/>\nSe chauffer au soleil \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019a\u00efeul,<br \/>\nEt du jeune et du vieux, \u00e0 coup s\u00fbr, le plus seul,<br \/>\nLe moins accompagn\u00e9 sur la route du monde,<br \/>\nH\u00e9las ! c\u2019est le jeune homme \u00e0 t\u00eate brune ou blonde<br \/>\nEt non pas le vieillard sur qui l\u2019\u00e2ge a neig\u00e9 ;<br \/>\nCelui dont le navire est le plus all\u00e9g\u00e9<br \/>\nD\u2019esp\u00e9rance et d\u2019amour, lest divin dont on jette<br \/>\nQuelque chose \u00e0 la mer chaque jour de temp\u00eate,<br \/>\nCe n\u2019est pas le vieillard, dont le triste vaisseau<br \/>\nVa bient\u00f4t \u00e9chouer \u00e0 l\u2019\u00e9cueil du tombeau.<br \/>\nL\u2019univers d\u00e9cr\u00e9pit devient paralytique,<br \/>\nLa nature se meurt, et le spectre critique<br \/>\nCherche en vain sous le ciel quelque chose \u00e0 nier.<br \/>\nQu\u2019attends-tu donc, clairon du jugement dernier ?<br \/>\nDis-moi, qu\u2019attends-tu donc, archange \u00e0 bouche ronde<br \/>\nQui dois sonner l\u00e0-haut la fanfare du monde ?<br \/>\nToi, sablier du temps, que Dieu tient dans sa main,<br \/>\nQuand donc laisseras-tu tomber ton dernier grain ?<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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