{"id":1378,"date":"2024-02-19T18:18:39","date_gmt":"2024-02-19T17:18:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=1378"},"modified":"2024-02-19T18:18:39","modified_gmt":"2024-02-19T17:18:39","slug":"les-filles-de-minee","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/les-filles-de-minee\/","title":{"rendered":"Les Filles de Min\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>Je chante dans ces vers les filles de Min\u00e9e,<br \/>\nTroupe aux arts de Pallas d\u00e8s l\u2019enfance adonn\u00e9e,<br \/>\nEt de qui le travail fit entrer en courroux<br \/>\nBacchus, \u00e0 juste droit de ses honneurs jaloux.<br \/>\nTout dieu veut aux humains se faire reconna\u00eetre :<br \/>\nOn ne voit point les champs r\u00e9pondre aux soins du ma\u00eetre,<br \/>\nSi dans les jours sacr\u00e9s, autour de ses gu\u00e9rets,<br \/>\nIl ne marche en triomphe \u00e0 l\u2019honneur de C\u00e9r\u00e8s.<br \/>\nLa Gr\u00e8ce \u00e9tait en jeux pour le fils de S\u00e9m\u00e8le;<br \/>\nSeules on vit trois s\u0153urs condamner ce saint z\u00e8le.<br \/>\nAlcitho\u00e9, l\u2019a\u00een\u00e9e, ayant pris ses fuseaux,<br \/>\nDit aux autres : \u00abQuoi donc ! toujours les dieux nouveaux !<br \/>\nL\u2019Olympe ne peut plus contenir tant de t\u00eates,<br \/>\nNi l\u2019an fournir de jours assez pour tant de f\u00eates.<br \/>\nJe ne dis rien des v\u0153ux dus aux travaux divers<br \/>\nDe ce dieu qui purgea de monstres l\u2019univers :<br \/>\nMais \u00e0 quoi sert Bacchus, qu\u2019\u00e0 causer des querelles ?<br \/>\nAffaiblir les plus sains ? enlaidir les plus belles ?<br \/>\nSouvent mener au Styx par de tristes chemins ?<br \/>\nEt nous irions ch\u00f4mer la peste des humains<br \/>\nPour moi, j\u2019ai r\u00e9solu de poursuivre ma t\u00e2che.<br \/>\nSe donne qui voudra ce jour-ci du rel\u00e2che :<br \/>\nCes mains n\u2019en prendront point. Je suis encor d\u2019avis<br \/>\nQue nous rendions le temps moins long par des r\u00e9cits :<br \/>\nToutes trois, tour \u00e0 tour, racontons quelque histoire.<br \/>\nJe pourrais retrouver sans peine en ma m\u00e9moire<br \/>\nDu monarque des dieux les divers changements ;<br \/>\nMais, comme chacun sait tous ces \u00e9v\u00e9nements,<br \/>\nDisons ce que l\u2019amour inspire \u00e0 nos pareilles,<br \/>\nNon toutefois qu\u2019il faille, en contant ses merveilles,<br \/>\nAccoutumer nos c\u0153urs \u00e0 go\u00fbter son poison ;<br \/>\nCar, ainsi que Bacchus, il trouble la raison :<br \/>\nR\u00e9citons-nous les maux que ses biens nous attirent.\u00bb<br \/>\nAlcitho\u00e9 se tut, et ses s\u0153urs applaudirent.<br \/>\nApr\u00e8s quelques moments, haussant un peu la voix :<br \/>\n\u00abDans Th\u00e8bes, reprit-elle, on conte qu\u2019autrefois<br \/>\nDeux jeunes c\u0153urs s\u2019aimaient d\u2019une \u00e9gale tendresse :<br \/>\nPirame, c\u2019est l\u2019amant, eut Thisb\u00e9 pour ma\u00eetresse.<br \/>\nJamais couple ne fut si bien assorti qu\u2019eux :<br \/>\nL\u2019un bien fait, l\u2019autre belle, agr\u00e9ables tous deux,<br \/>\nTous deux dignes de plaire, ils s\u2019aim\u00e8rent sans peine ;<br \/>\nD\u2019autant plus t\u00f4t \u00e9pris, qu\u2019une invincible haine<br \/>\nDivisant leurs parents ces deux amants unit,<br \/>\nEt concourut aux traits dont l\u2019Amour se servit.<br \/>\nLe hasard, non le choix, avait rendu voisines<br \/>\nLeurs maisons, o\u00f9 r\u00e9gnaient ces guerres intestines :<br \/>\nCe fut un avantage \u00e0 leurs d\u00e9sirs naissants.<br \/>\nLe cours en commen\u00e7a par des jeux innocents :<br \/>\nLa premi\u00e8re \u00e9tincelle eut embras\u00e9 leur \u00e2me,<br \/>\nQu\u2019ils ignoraient encor ce que c\u2019\u00e9tait que flamme.<br \/>\nChacun favorisait leurs transports mutuels,<br \/>\nMais c\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019insu de leurs parents cruels.<br \/>\nLa d\u00e9fense est un charme : on dit qu\u2019elle assaisonne<br \/>\nLes plaisirs, et surtout ceux que l\u2019amour nous donne.<br \/>\nD\u2019un des logis \u00e0 l\u2019autre, elle instruisit du moins<br \/>\nNos amants \u00e0 se dire avec signes leurs soins.<br \/>\nCe l\u00e9ger r\u00e9confort ne les put satisfaire ;<br \/>\nIl fallut recourir \u00e0 quelque autre myst\u00e8re.<br \/>\nUn vieux mur entr\u2019ouvert s\u00e9parait leurs maisons ;<br \/>\nLe temps avait min\u00e9 ses antiques cloisons :<br \/>\nL\u00e0 souvent de leurs maux ils d\u00e9ploraient la cause ;<br \/>\nLes paroles passaient, mais c\u2019\u00e9tait peu de chose.<br \/>\nSe plaignant d\u2019un tel sort, Pirame dit un jour :<br \/>\n\u00abCh\u00e8re Thisb\u00e9, le Ciel veut qu\u2019on s\u2019aide en amour ;<br \/>\n\u00abNous avons \u00e0 nous voir une peine infinie :<br \/>\n\u00abFuyons de nos parents l\u2019injuste tyrannie.<br \/>\n\u00abJ\u2019en ai d\u2019autres en Gr\u00e8ce ; ils se tiendront heureux<br \/>\n\u00abQue vous daignez chercher un asile chez eux ;<br \/>\n\u00abLeur amiti\u00e9, leurs biens, leur pouvoir, tout m\u2019invite<br \/>\n\u00abA prendre le parti dont je vous sollicite.<br \/>\n\u00abC\u2019est votre seul repos qui me le fait choisir,<br \/>\n\u00abCar je n\u2019ose parler, h\u00e9las ! de mon d\u00e9sir.<br \/>\n\u00abFaut-il croire \u00e0 votre sacrifice,<br \/>\n\u00abDe crainte de vains bruits faut-il que je languisse ?<br \/>\n\u00abOrdonnez, j\u2019y consens ; tout me semblera doux ;<br \/>\n\u00abJe vous aime, Thisb\u00e9, moins pour moi que pour vous.<br \/>\n\u00ab- J\u2019en pourrais dire autant, lui repartit l\u2019Amante :<br \/>\n\u00abVotre amour \u00e9tant pure, encor que v\u00e9h\u00e9mente,<br \/>\n\u00abJe vous suivrai partout ; notre commun repos<br \/>\n\u00abMe doit mettre au-dessus de tous les vains propos ;<br \/>\n\u00abTant que de ma vertu je serai satisfaite,<br \/>\n\u00abJe rirai des discours d\u2019une langue indiscr\u00e8te,<br \/>\n\u00abEt m\u2019abandonnerai sans crainte \u00e0 votre ardeur,<br \/>\n\u00abContente que je suis des soins de ma pudeur.\u00bb<br \/>\n\u00abJugez ce que sentit Pirame \u00e0 ces paroles,<br \/>\nJe n\u2019en fais point ici de peintures frivoles :<br \/>\nSuppl\u00e9ez au peu d\u2019art que le Ciel mit en moi ;<br \/>\nVous-m\u00eames peignez-vous cet amant hors de soi.<br \/>\n\u00abDemain, dit-il, il faut sortir avant l\u2019Aurore ;<br \/>\n\u00abN\u2019attendez point les traits que son char fait \u00e9clore.<br \/>\n\u00abTrouvez-vous aux degr\u00e9s du Terme de C\u00e9r\u00e8s ;<br \/>\n\u00abL\u00e0, nous nous attendrons ; le rivage est tout pr\u00e8s,<br \/>\n\u00abUne barque est au bord ; les rameurs, le vent m\u00eame.<br \/>\n\u00abTout pour notre d\u00e9part montre une h\u00e2te extr\u00eame ;<br \/>\n\u00abL\u2019augure en est heureux, notre sort va changer ;<br \/>\n\u00abEt les dieux sont pour nous, si je sais bien juger.\u00bb<br \/>\nThisb\u00e9 consent \u00e0 tout ; elle en donne pour gage<br \/>\nDeux baisers, par le mur arr\u00eat\u00e9s au passage,<br \/>\nHeureux mur ! tu devais servir mieux leur d\u00e9sir :<br \/>\nIls n\u2019obtinrent de toi qu\u2019une ombre de plaisir.<br \/>\nLe lendemain, Thisb\u00e9 sort, et pr\u00e9vient Pirame ;<br \/>\nL\u2019impatience, h\u00e9las ! ma\u00eetresse de son \u00e2me,<br \/>\nLa fait arriver seule et sans guide aux degr\u00e9s.<br \/>\nL\u2019ombre et le jour luttaient dans les champs azur\u00e9s.<br \/>\nUne lionne vient, monstre imprimant la crainte ;<br \/>\nD\u2019un carnage r\u00e9cent sa gueule est toute teinte.<br \/>\nThisb\u00e9 fuit ; et son voile, emport\u00e9 par les airs,<br \/>\nSource d\u2019un sort cruel, tombe dans ces d\u00e9serts.<br \/>\nLa lionne le voit, le souille, le d\u00e9chire ;<br \/>\nEt, l\u2019ayant teint de sang, aux for\u00eats se retire.<br \/>\nThisb\u00e9 s\u2019\u00e9tait cach\u00e9e en un buisson \u00e9pais.<br \/>\nPirame arrive, et voit ces vestiges tout frais :<br \/>\nO dieux ! que devient-il ? Un froid court dans ses veines ;<br \/>\nIl aper\u00e7oit le voile \u00e9tendu dans ces plaines ;<br \/>\nIl se l\u00e8ve ; et le sang, joint aux traces des pas,<br \/>\nL\u2019emp\u00eache de douter d\u2019un funeste tr\u00e9pas.<br \/>\n\u00abThisb\u00e9 ! s\u2019\u00e9cria-t-il, Thisb\u00e9, je t\u2019ai perdue !<br \/>\n\u00abTe voil\u00e0, par ma faute, aux Enfers descendue !<br \/>\n\u00abJe l\u2019ai voulu : c\u2019est moi qui suis le monstre affreux<br \/>\n\u00abPar qui tu t\u2019en vas voir le s\u00e9jour t\u00e9n\u00e9breux :<br \/>\n\u00abAttends-moi, je te vais rejoindre aux rives sombres ;<br \/>\n\u00abMais m\u2019oserai-je \u00e0 toi pr\u00e9senter chez les ombres ?<br \/>\n\u00abJouis au moins du sang que je te vais offrir,<br \/>\n\u00abMalheureux de n\u2019avoir qu\u2019une mort \u00e0 souffrir.\u00bb<br \/>\nIl dit, et d\u2019un poignard coupe aussit\u00f4t sa trame.<br \/>\nThisb\u00e9 vient ; Thisb\u00e9 voit tomber son cher Pirame.<br \/>\nQue devint-elle aussi ? Tout lui manque \u00e0 la fois,<br \/>\nLe sens et les esprits, aussi bien que la voix.<br \/>\nElle revient enfin ; Clothon, pour l\u2019amour d\u2019elle,<br \/>\nLaisse \u00e0 Pirame ouvrir sa mourante prunelle.<br \/>\nIl ne regarde point la lumi\u00e8re des cieux ;<br \/>\nSur Thisb\u00e9 seulement il tourne encor les yeux.<br \/>\nIl voudrait lui parler, sa langue est retenue :<br \/>\nIl t\u00e9moigne mourir content de l\u2019avoir vue.<br \/>\nThisb\u00e9 prend le poignard ; et, d\u00e9couvrant son sein :<br \/>\n\u00abJe n\u2019accuserai point, dit-elle, ton dessein,<br \/>\n\u00abBien moins encor l\u2019erreur de ton \u00e2me alarm\u00e9e :<br \/>\n\u00abCe serait t\u2019accuser de m\u2019avoir trop aim\u00e9e.<br \/>\n\u00abJe ne t\u2019aime pas moins : tu vas voir que mon c\u0153ur<br \/>\n\u00abN\u2019a, non plus que le tien, m\u00e9rit\u00e9 son malheur.<br \/>\n\u00abCher Amant ! re\u00e7ois donc ce triste sacrifice.\u00bb<br \/>\nSa main et le poignard font alors leur office ;<br \/>\nElle tombe, et, tombant range ses v\u00eatements :<br \/>\nDernier trait de pudeur m\u00eame aux derniers moments.<br \/>\nLes Nymphes d\u2019alentour lui donn\u00e8rent des larmes,<br \/>\nEt du sang des Amants teignirent par des charmes<br \/>\nLe fruit d\u2019un m\u00fbrier proche, et blanc jusqu\u2019\u00e0 ce jour,<br \/>\nEternel monument d\u2019un si parfait amour.\u00bb<br \/>\nCette histoire attendrit les filles de Min\u00e9e.<br \/>\nL\u2019une accusait l\u2019Amant, l\u2019autre la Destin\u00e9e ;<br \/>\nEt toute d\u2019une voix conclurent que nos c\u0153urs<br \/>\nDe cette passion devraient \u00eatre vainqueurs :<br \/>\nElle meurt quelquefois avant qu\u2019\u00eatre contente ;<br \/>\nL\u2019est-elle, elle devient aussit\u00f4t languissante ;<br \/>\nSans l\u2019hymen on n\u2019en doit recueillir aucun fruit,<br \/>\nEt cependant l\u2019hymen est ce qui la d\u00e9truit.<br \/>\nIl y joint, dit Clym\u00e8ne, une \u00e2pre jalousie,<br \/>\nPoison le plus cruel dont l\u2019\u00e2me soit saisie :<br \/>\nJe n\u2019en veux pour t\u00e9moin que l\u2019erreur de Procris.<br \/>\nAlcitho\u00e9 ma s\u0153ur, attachant vos esprits,<br \/>\nDes tragiques amours vous a cont\u00e9 l\u2019\u00e9lite :<br \/>\nCelles que je vais dire ont aussi leur m\u00e9rite.<br \/>\nJ\u2019accourcirai le temps, ainsi qu\u2019elle, \u00e0 mon tour.<br \/>\nPeu s\u2019en faut que Ph\u00e9bus ne partage le jour ;<br \/>\nA ses rayons per\u00e7ants opposons quelques voiles.<br \/>\nVoyons combien nos mains ont avanc\u00e9 nos toiles :<br \/>\nJe veux que, sur la mienne, avant que d\u2019\u00eatre au soir,<br \/>\nUn progr\u00e8s tout nouveau se fasse apercevoir.<br \/>\nCependant donnez-moi quelque heure de silence :<br \/>\nNe vous rebutez point de mon peu d\u2019\u00e9loquence ;<br \/>\nSouffrez-en les d\u00e9fauts, et songez seulement<br \/>\nAu fruit qu\u2019on peut tirer de cet \u00e9v\u00e9nement.<br \/>\n\u00abC\u00e9phale aimait Procris ; il \u00e9tait aim\u00e9 d\u2019elle :<br \/>\nChacun se proposait leur hymen pour mod\u00e8le.<br \/>\nCe qu\u2019Amour fait sentir de piquant et de doux<br \/>\nComblait abondamment les v\u0153ux de ces Epoux.<br \/>\nIls ne s\u2019aimaient que trop ! leurs soins et leur tendresse<br \/>\nApprochaient des transports d\u2019Amant et de Ma\u00eetresse.<br \/>\nLe Ciel m\u00eame envia cette f\u00e9licit\u00e9 :<br \/>\nC\u00e9phale eut \u00e0 combattre une Divinit\u00e9.<br \/>\nIl \u00e9tait jeune et beau ; l\u2019Aurore en fut charm\u00e9e,<br \/>\nN\u2019\u00e9tant pas \u00e0 ces biens chez elle accoutum\u00e9e.<br \/>\nNos belles cacheraient un pareil sentiment :<br \/>\nChez les Divinit\u00e9s on en use autrement.<br \/>\nCelle-ci d\u00e9clara ses pensers \u00e0 C\u00e9phale ;<br \/>\nIl eut beau lui parler de la foi conjugale :<br \/>\nLes jeunes D\u00e9it\u00e9s qui n\u2019ont qu\u2019un vieil Epoux<br \/>\nNe se soumettent point \u00e0 ces lois comme nous :<br \/>\nLa D\u00e9esse enleva ce H\u00e9ros si fid\u00e8le.<br \/>\nDe mod\u00e9rer ces feux il pria l\u2019Immortelle :<br \/>\nElle le fit ; l\u2019amour devint simple amiti\u00e9.<br \/>\n\u00abRetournez, dit l\u2019Aurore, avec votre moiti\u00e9 ;<br \/>\n\u00abJe ne troublerai plus votre ardeur ni la sienne :<br \/>\n\u00abRecevez seulement ces marques de la mienne.<br \/>\n(C\u2019\u00e9tait un javelot toujours s\u00fbr de ses coups.<br \/>\n\u00abUn jour cette Procris qui ne vit que pour vous<br \/>\n\u00abFera le d\u00e9sespoir de votre \u00e2me charm\u00e9e,<br \/>\n\u00abEt vous aurez regret de l\u2019avoir tant aim\u00e9e.\u00bb<br \/>\nTout oracle est douteux, et porte un double sens :<br \/>\nCelui-ci mit d\u2019abord notre Epoux en suspens.<br \/>\n\u00abJ\u2019aurai regret aux v\u0153ux que j\u2019ai form\u00e9s pour elle !<br \/>\n\u00abEt comment ? n\u2019est-ce point qu\u2019elle m\u2019est infid\u00e8le ?<br \/>\n\u00abAh ! finissent mes jours plut\u00f4t que de le voir !<br \/>\n\u00abEprouvons toutefois ce que peut son devoir. \u00bb<br \/>\nDes Mages aussit\u00f4t consultant la science,<br \/>\nD\u2019un feint adolescent il prend la ressemblance,<br \/>\nS\u2019en va trouver Procris, \u00e9l\u00e8ve jusqu\u2019aux Cieux<br \/>\nSes beaut\u00e9s, qu\u2019il soutient \u00eatre dignes des Dieux ;<br \/>\nJoint les pleurs aux soupirs, comme un Amant sait faire,<br \/>\nEt ne peut s\u2019\u00e9claircir par cet art ordinaire.<br \/>\nIl fallut recourir \u00e0 ce qui porte coup,<br \/>\nAux pr\u00e9sents : il offrit, donna, promit beaucoup,<br \/>\nPromit tant, que Procris lui parut incertaine ;<br \/>\nToute chose a son prix. Voil\u00e0 C\u00e9phale en peine :<br \/>\nIl renonce aux cit\u00e9s, s\u2019en va dans les for\u00eats,<br \/>\nConte aux vents, conte aux bois ses d\u00e9plaisirs secrets,<br \/>\nS\u2019imagine en chassant dissiper son martyre.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait pendant ces mois o\u00f9 le chaud qu\u2019on respire<br \/>\nOblige d\u2019implorer l\u2019haleine des Z\u00e9phirs.<br \/>\n\u00abDoux Vents, s\u2019\u00e9criait-il, pr\u00eatez-moi des soupirs !<br \/>\n\u00abVenez, l\u00e9gers D\u00e9mons par qui nos champs fleurissent ;<br \/>\n\u00abAure, fais-les venir ; je sais qu\u2019ils t\u2019ob\u00e9issent :<br \/>\n\u00abTon emploi dans ces lieux est de tout ranimer. \u00bb<br \/>\nOn l\u2019entendit : on crut qu\u2019il venait de nommer<br \/>\nQuelque objet de ses v\u0153ux, autre que son Epouse.<\/p>\n<p>Elle en est avertie ; et la voil\u00e0 jalouse.<br \/>\nMaint voisin charitable entretient ses ennuis.<br \/>\n\u00abJe ne le puis plus voir, dit-elle, que les nuits !<br \/>\n\u00abIl aime donc cette Aure, et me quitte pour elle ?<br \/>\n\u00ab- Nous vous plaignons ; il l\u2019aime, et sans cesse il l\u2019appelle :<br \/>\n\u00abLes \u00e9chos de ces lieux n\u2019ont plus d\u2019autres emplois<br \/>\n\u00abQue celui d\u2019enseigner le nom d\u2019Aure \u00e0 nos bois ;<br \/>\n\u00abDans tous les environs le nom d\u2019Aure r\u00e9sonne.<br \/>\n\u00abProfitez d\u2019un avis qu\u2019en passant on vous donne :<br \/>\n\u00abL\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019on y prend est de vous obliger. \u00bb<br \/>\nElle en profite, h\u00e9las ! et ne fait qu\u2019y songer.<br \/>\nLes Amants sont toujours de l\u00e9g\u00e8re croyance.<br \/>\nS\u2019ils pouvaient conserver un rayon de prudence,<br \/>\n(Je demande un grand point, la prudence en amours)<br \/>\nIls seraient aux rapports insensibles et sourds ;<br \/>\nNotre Epouse ne fut l\u2019une ni l\u2019autre chose.<br \/>\nElle se l\u00e8ve un jour ; et lorsque tout repose,<br \/>\nQue de l\u2019aube au teint frais la charmante douceur<br \/>\nForce tout au sommeil, hormis quelque chasseur,<br \/>\nElle cherche C\u00e9phale : un bois l\u2019offre \u00e0 sa vue.<br \/>\nIl invoquait d\u00e9j\u00e0 cette Aure pr\u00e9tendue :<br \/>\n\u00abViens me voir, disait-il, ch\u00e8re D\u00e9esse, accours !<br \/>\n\u00abJe n\u2019en puis plus, je meurs ; fais que par ton secours<br \/>\n\u00abLa peine que je sens se trouve soulag\u00e9e. \u00bb<br \/>\nL\u2019\u00e9pouse se pr\u00e9tend par ces mots outrag\u00e9e :<br \/>\nElle croit y trouver, non le sens qu\u2019ils cachaient,<br \/>\nMais celui seulement que ses soup\u00e7ons cherchaient.<br \/>\nO triste jalousie ! \u00f4 passion am\u00e8re !<br \/>\nFille d\u2019un fol amour, que l\u2019erreur a pour m\u00e8re !<br \/>\nCe qu\u2019on voit par tes yeux cause assez d\u2019embarras<br \/>\nSans voir encore par eux ce que l\u2019on ne voit pas !<br \/>\nProcris s\u2019\u00e9tait cach\u00e9e en la m\u00eame retraite<br \/>\nQu\u2019un fan de biche avait pour demeure secr\u00e8te.<br \/>\nIl en sort ; et le bruit trompe aussit\u00f4t l\u2019Epoux.<br \/>\nC\u00e9phale prend le dard toujours s\u00fbr de ses coups,<br \/>\nLe lance en cet endroit, et perce sa jalouse :<br \/>\nMalheureux assassin d\u2019une si ch\u00e8re Epouse !<br \/>\nUn cri lui fait d\u2019abord soup\u00e7onner quelque erreur ;<br \/>\nIl accourt, voit sa faute ; et, tout plein de fureur,<br \/>\nDu m\u00eame javelot il veut s\u2019\u00f4ter la vie.<br \/>\nL\u2019Aurore et les Destins arr\u00eatent cette envie ;<br \/>\nCet office lui fut plus cruel qu\u2019indulgent :<br \/>\nL\u2019infortun\u00e9 Mari sans cesse s\u2019affligeant<br \/>\nE\u00fbt accru par ses pleurs le nombre des fontaines,<br \/>\nSi la d\u00e9esse enfin, pour terminer ses peines,<br \/>\nN\u2019e\u00fbt obtenu du Sort que l\u2019on tranch\u00e2t ses jours :<br \/>\nTriste fin d\u2019un hymen bien divers en son cours !<br \/>\nFuyons ce n\u0153ud, mes s\u0153urs, je ne puis trop le dire :<br \/>\nJugez par le meilleur quel peut \u00eatre le pire.<br \/>\nS\u2019il ne nous est permis d\u2019aimer que sous ses lois,<br \/>\nN\u2019aimons point. Ce dessein fut pris par toutes trois.<br \/>\nToutes trois, pour chasser de si tristes pens\u00e9es,<br \/>\nA revoir leur travail se montrent empress\u00e9es.<br \/>\nClym\u00e8ne, en un tissu riche, p\u00e9nible et grand,<br \/>\nAvait presque achev\u00e9 le fameux diff\u00e9rend<br \/>\nD\u2019entre le dieu des eaux et Pallas la savante.<br \/>\nOn voyait en lointain une ville naissante ;<br \/>\nL\u2019honneur de la nommer, entre eux deux contest\u00e9,<br \/>\nD\u00e9pendait du pr\u00e9sent de chaque d\u00e9it\u00e9.<br \/>\nNeptune fit le sien d\u2019un symbole de guerre :<br \/>\nUn coup de son trident fit sortir de la terre<br \/>\nUn animal fougueux, un Coursier plein d\u2019ardeur :<br \/>\nChacun de ce pr\u00e9sent admirait la grandeur.<br \/>\nMinerve l\u2019effa\u00e7a, donnant \u00e0 la contr\u00e9e<br \/>\nL\u2019Olivier, qui de paix est la marque assur\u00e9e.<br \/>\nElle emporta le prix, et nomma la cit\u00e9 :<br \/>\nAth\u00e8ne offrit ses v\u0153ux \u00e0 cette d\u00e9it\u00e9 ;<br \/>\nPour les lui pr\u00e9senter on choisit cent pucelles,<br \/>\nToutes sachant broder, aussi sages que belles.<br \/>\nLes premi\u00e8res portaient force pr\u00e9sents divers ;<br \/>\nTout le reste entourait la d\u00e9esse aux yeux pers;<br \/>\nAvec un doux souris elle acceptait l\u2019hommage.<br \/>\nClym\u00e8ne ayant enfin reploy\u00e9 son ouvrage,<br \/>\nLa jeune Iris commence en ces mots son r\u00e9cit :<br \/>\n\u00abRarement pour les pleurs mon talent r\u00e9ussit ;<br \/>\nJe suivrai toutefois la mati\u00e8re impos\u00e9e.<br \/>\nT\u00e9lamon pour Cloris avait l\u2019\u00e2me embras\u00e9e,<br \/>\nCloris pour T\u00e9lamon br\u00fblait de son c\u00f4t\u00e9.<br \/>\nLa naissance, l\u2019esprit, les gr\u00e2ces, la beaut\u00e9,<br \/>\nTout se trouvait en eux, hormis ce que les hommes<br \/>\nFont marcher avant tout dans ce si\u00e8cle o\u00f9 nous sommes :<br \/>\nCe sont les biens, c\u2019est l\u2019or, m\u00e9rite universel.<br \/>\nCes Amants, quoique \u00e9pris d\u2019un d\u00e9sir mutuel,<br \/>\nN\u2019osaient au blond Hymen sacrifier encore,<br \/>\nFaute de ce m\u00e9tal que tout le monde adore.<br \/>\nAmour s\u2019en passerait ; l\u2019autre \u00e9tat ne le peut :<br \/>\nSoit raison, soit abus, le Sort ainsi le veut.<br \/>\nCette loi, qui corrompt les douceurs de la vie,<br \/>\nFut par le jeune Amant d\u2019une autre erreur suivie.<br \/>\nLe D\u00e9mon des Combats vint troubler l\u2019Univers :<br \/>\nUn Pays contest\u00e9 par des Peuples divers<br \/>\nEngagea T\u00e9lamon dans un dur exercice ;<br \/>\nIl quitta pour un temps l\u2019amoureuse milice.<br \/>\nCloris y consentit, mais non pas sans douleur :<br \/>\nIl voulut m\u00e9riter son estime et son c\u0153ur.<br \/>\nPendant que ses exploits terminent la querelle,<br \/>\nUn parent de Cloris meurt, et laisse \u00e0 la belle<br \/>\nD\u2019amples possessions et d\u2019immenses tr\u00e9sors.<br \/>\nIl habitait les lieux o\u00f9 Mars r\u00e9gnait alors.<br \/>\nLa belle s\u2019y transporte ; et partout r\u00e9v\u00e9r\u00e9e,<br \/>\nPartout des deux partis Cloris consid\u00e9r\u00e9e,<br \/>\nVoit de ses propres yeux les champs o\u00f9 T\u00e9lamon<br \/>\nVenait de consacrer un troph\u00e9e \u00e0 son nom.<br \/>\nLui de sa part accourt ; et, tout couvert de gloire,<br \/>\nIl offre \u00e0 ses amours les fruits de sa victoire.<br \/>\nLeur rencontre se fit non loin de l\u2019\u00e9l\u00e9ment<br \/>\nQui doit \u00eatre \u00e9vit\u00e9 de tout heureux amant.<br \/>\nD\u00e8s ce jour l\u2019\u00e2ge d\u2019or les e\u00fbt joints sans myst\u00e8re ;<br \/>\nL\u2019\u00e2ge de fer en tout a coutume d\u2019en faire.<br \/>\nCloris ne voulut donc couronner tous ces biens<br \/>\nQu\u2019au sein de sa patrie, et de l\u2019aveu des siens.<br \/>\nTout chemin, hors la mer, allongeant leur souffrance,<br \/>\nIls commettent aux flots cette douce esp\u00e9rance.<br \/>\nZ\u00e9phyre les suivait quand, presque en arrivant,<br \/>\nUn pirate survient, prend le dessus du vent,<br \/>\nLes attaque, les bat. En vain, par sa vaillance,<br \/>\nT\u00e9lamon jusqu\u2019au bout porte la r\u00e9sistance :<br \/>\nApr\u00e8s un long combat son parti fut d\u00e9fait,<br \/>\nLui pris ; et ses efforts n\u2019eurent pour tout effet<br \/>\nQu\u2019un esclavage indigne. O dieux ! qui l\u2019e\u00fbt pu croire ?<br \/>\nLe sort, sans respecter ni son sang ni sa gloire,<br \/>\nNi son bonheur prochain, ni les v\u0153ux de Cloris,<br \/>\nLe fit \u00eatre for\u00e7at aussit\u00f4t qu\u2019il fut pris.<br \/>\n\u00ab Le Destin ne fut pas \u00e0 Cloris si contraire.<br \/>\nUn c\u00e9l\u00e8bre Marchand l\u2019ach\u00e8te du Corsaire :<br \/>\nIl l\u2019emm\u00e8ne ; et bient\u00f4t la Belle, malgr\u00e9 soi,<br \/>\nAu milieu de ses fers range tout sous sa loi.<br \/>\nL\u2019Epouse du Marchand la voit avec tendresse.<br \/>\nIls en font leur Compagne, et leur fils sa Ma\u00eetresse.<br \/>\nChacun veut cet hymen : Cloris \u00e0 leurs d\u00e9sirs<br \/>\nR\u00e9pondait seulement par de profonds soupirs.<br \/>\nDamon, c\u2019\u00e9tait ce fils, lui tient ce doux langage :<br \/>\n\u00ab Vous soupirez toujours, toujours votre visage<br \/>\n\u00ab Baign\u00e9 de pleurs nous marque un d\u00e9plaisir secret.<br \/>\n\u00ab Qu\u2019avez-vous ? vos beaux yeux verraient-ils \u00e0 regret<br \/>\n\u00ab Ce que peuvent leurs traits et l\u2019exc\u00e8s de ma flamme ?<br \/>\n\u00ab Rien ne vous force ici ; d\u00e9couvrez-nous votre \u00e2me :<br \/>\n\u00ab Cloris, c\u2019est moi qui suis l\u2019esclave, et non pas vous.<br \/>\n\u00ab Ces lieux, \u00e0 votre gr\u00e9, n\u2019ont-ils rien d\u2019assez doux ?<br \/>\n\u00ab Parlez ; nous sommes pr\u00eats \u00e0 changer de demeure :<br \/>\n\u00ab Mes parents m\u2019ont promis de partir tout \u00e0 l\u2019heure.<br \/>\n\u00ab Regrettez-vous les biens que vous avez perdus ?<br \/>\n\u00ab Tout le n\u00f4tre est \u00e0 vous ; ne le d\u00e9daignez plus.<br \/>\n\u00ab J\u2019en sais qui l\u2019agr\u00e9eraient ; j\u2019ai su plaire \u00e0 plus d\u2019une ;<br \/>\n\u00ab Pour vous, vous m\u00e9ritez toute une autre fortune.<br \/>\n\u00ab Quelle que soit la n\u00f4tre, usez-en ; vous voyez<br \/>\n\u00ab Ce que nous poss\u00e9dons, et nous-m\u00eame \u00e0 vos pieds. \u00bb<br \/>\nAinsi parle Damon ; et Cloris tout en larmes<br \/>\nLui r\u00e9pond en ces mots, accompagn\u00e9s de charmes :<br \/>\n\u00ab Vos moindres qualit\u00e9s, et cet heureux s\u00e9jour<br \/>\n\u00ab M\u00eame aux filles des dieux donneraient de l\u2019amour ;<br \/>\n\u00ab Jugez donc si Cloris, esclave et malheureuse,<br \/>\n\u00ab Voit l\u2019offre de ces biens d\u2019une \u00e2me d\u00e9daigneuse.<br \/>\n\u00ab Je sais quel est leur prix : mais de les accepter,<br \/>\n\u00ab Je ne puis ; et voudrais vous pouvoir \u00e9couter ;<br \/>\n\u00ab Ce qui me le d\u00e9fend, ce n\u2019est point l\u2019esclavage :<br \/>\n\u00ab Si toujours la naissance \u00e9leva mon courage,<br \/>\n\u00ab Je me vois, gr\u00e2ce aux Dieux, en des mains o\u00f9 je puis<br \/>\n\u00ab Garder ces sentiments malgr\u00e9 tous mes ennuis ;<br \/>\n\u00ab Je puis m\u00eame avouer (h\u00e9las ! faut-il le dire ?)<br \/>\n\u00ab Qu\u2019un autre a sur mon c\u0153ur conserv\u00e9 son empire.<br \/>\n\u00ab Je ch\u00e9ris un Amant, ou mort, ou dans les fers ;<br \/>\n\u00ab Je pr\u00e9tends le ch\u00e9rir encor dans les enfers.<br \/>\n\u00ab Pourriez-vous estimer le c\u0153ur d\u2019une inconstante ?<br \/>\n\u00ab Je ne suis d\u00e9j\u00e0 plus aimable ni charmante ;<br \/>\n\u00ab Cloris n\u2019a plus ces traits que l\u2019on trouvait si doux,<br \/>\n\u00ab Et doublement esclave est indigne de vous.<br \/>\n\u00ab Touch\u00e9 de ce discours, Damon prend cong\u00e9 d\u2019elle.<br \/>\n\u00ab Fuyons, dit-il en soi; j\u2019oublierai cette Belle :<br \/>\n\u00ab Tout passe, et m\u00eame un jour ses larmes passeront :<br \/>\n\u00ab Voyons ce que l\u2019absence et le temps produiront. \u00bb<br \/>\nA ces mots il s\u2019embarque ; et, quittant le rivage,<br \/>\nIl court de mer en mer, aborde en lieu sauvage,<br \/>\nTrouve des malheureux de leurs fers \u00e9chapp\u00e9s,<br \/>\nEt sur le bord d\u2019un bois \u00e0 chasser occup\u00e9s.<br \/>\nT\u00e9lamon, de ce nombre, avait bris\u00e9 sa cha\u00eene :<br \/>\nAux regards de Damon il se pr\u00e9sente \u00e0 peine,<br \/>\nQue son air, sa fiert\u00e9, son esprit, tout enfin<br \/>\nFait qu\u2019\u00e0 l\u2019abord Damon admire son destin ;<br \/>\nPuis le plaint, puis l\u2019emm\u00e8ne, et puis lui dit sa flamme.<br \/>\nD\u2019une Esclave, dit-il, je n\u2019ai pu toucher l\u2019\u00e2me :<br \/>\n\u00abElle ch\u00e9rit un mort ! Un mort ! ce qui n\u2019est plus<br \/>\n\u00abL\u2019emporte dans son c\u0153ur ! mes v\u0153ux sont superflus. \u00bb<br \/>\nL\u00e0-dessus, de Cloris il lui fait la peinture.<br \/>\nT\u00e9lamon dans son \u00e2me admire l\u2019aventure,<br \/>\nDissimule, et se laisse emmener au s\u00e9jour<br \/>\nO\u00f9 Cloris lui conserve un si parfait amour.<br \/>\nComme il voulait cacher avec soin sa fortune,<br \/>\nNulle peine pour lui n\u2019\u00e9tait vile et commune.<br \/>\nOn apprend leur retour et leur d\u00e9barquement ;<br \/>\nCloris, se pr\u00e9sentant \u00e0 l\u2019un et l\u2019autre Amant,<br \/>\nReconna\u00eet T\u00e9lamon sous un faix qui l\u2019accable.<br \/>\nSes chagrins le rendaient pourtant m\u00e9connaissable ;<br \/>\nUn \u0153il indiff\u00e9rent \u00e0 le voir e\u00fbt err\u00e9,<br \/>\nTant la peine et l\u2019amour l\u2019avaient d\u00e9figur\u00e9 !<br \/>\nLe fardeau qu\u2019il portait ne fut qu\u2019un vain obstacle,<br \/>\nCloris le reconna\u00eet, et tombe \u00e0 ce spectacle :<br \/>\nElle perd tous ses sens et de honte et d\u2019amour<br \/>\nT\u00e9lamon, d\u2019autre part, tombe presque \u00e0 son tour.<br \/>\nOn demande \u00e0 Cloris la cause de sa peine :<br \/>\nElle la dit ; ce fut sans s\u2019attirer de haine.<br \/>\nSon r\u00e9cit ing\u00e9nu redoubla la piti\u00e9<br \/>\nDans des c\u0153urs pr\u00e9venus d\u2019une juste amiti\u00e9.<br \/>\nDamon dit que son z\u00e8le avait chang\u00e9 de face :<br \/>\nOn le crut. Cependant, quoi qu\u2019on dise et qu\u2019on fasse,<br \/>\nD\u2019un triomphe si doux l\u2019honneur et le plaisir<br \/>\nNe se perd qu\u2019en laissant des restes de d\u00e9sir.<br \/>\nOn crut pourtant Damon. Il restreignit son z\u00e8le<br \/>\nA sceller de l\u2019Hymen une union si belle ;<br \/>\nEt, par un sentiment \u00e0 qui rien n\u2019est \u00e9gal,<br \/>\nIl pria ses parents de doter son rival :<br \/>\nIl l\u2019obtint, renon\u00e7ant d\u00e8s lors \u00e0 l\u2019Hym\u00e9n\u00e9e.<br \/>\nLe soir \u00e9tant venu de l\u2019heureuse journ\u00e9e,<br \/>\nLes noces se faisaient \u00e0 l\u2019ombre d\u2019un ormeau ;<br \/>\nL\u2019enfant d\u2019un voisin vit s\u2019y percher un corbeau :<br \/>\nIl fait partir de l\u2019arc une fl\u00e8che maudite,<br \/>\nPerce les deux \u00e9poux d\u2019une atteinte subite.<br \/>\nCloris mourut du coup, non sans que son Amant<br \/>\nAttir\u00e2t ses regards en ce dernier moment.<br \/>\nIl s\u2019\u00e9crie, en voyant finir ses destin\u00e9es :<br \/>\n\u00abQuoi ! la Parque a tranch\u00e9 le cours de ses ann\u00e9es !<br \/>\n\u00abDieux, qui l\u2019avez voulu, ne suffisait-il pas<br \/>\n\u00abQue la haine du Sort avan\u00e7\u00e2t mon tr\u00e9pas ? \u00bb<br \/>\nEn achevant ces mots, il acheva de vivre :<br \/>\nSon amour, non le coup, l\u2019obligea de la suivre :<br \/>\nBless\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement, il passa chez les morts :<br \/>\nLe Styx vit nos Epoux accourir sur ses bords.<br \/>\nM\u00eame accident finit leurs pr\u00e9cieuses trames ;<br \/>\nM\u00eame tombe eut leurs corps, m\u00eame s\u00e9jour leurs \u00e2mes.<br \/>\nQuelques-uns ont \u00e9crit (mais ce fait est peu s\u00fbr)<br \/>\nQue chacun d\u2019eux devint statue et marbre dur :<br \/>\nLe couple infortun\u00e9 face \u00e0 face repose.<br \/>\nJe ne garantis point cette m\u00e9tamorphose :<br \/>\nOn en doute. &#8211; On la croit plus que vous ne pensez,<br \/>\nDit Clym\u00e8ne ; et, cherchant dans les si\u00e8cles pass\u00e9s<br \/>\nQuelque exemple d\u2019amour et de vertu parfaite,<br \/>\nTout ceci me fut dit par un sage Interpr\u00e8te.<br \/>\nJ\u2019admirai, je plaignis ces Amants malheureux :<br \/>\nOn les allait unir ; tout concourait pour eux ;<br \/>\nIls touchaient au moment ; l\u2019attente en \u00e9tait s\u00fbre :<br \/>\nH\u00e9las ! il n\u2019en est point de telle en la nature ;<br \/>\nSur le point de jouir tout s\u2019enfuit de nos mains :<br \/>\nLes Dieux se font un jeu de l\u2019espoir des humains.<br \/>\n\u2014 Laissons, reprit Iris, cette triste pens\u00e9e.<br \/>\nLa F\u00eate est vers sa fin, gr\u00e2ce au Ciel, avanc\u00e9e ;<br \/>\nEt nous avons pass\u00e9 tout ce temps en r\u00e9cits<br \/>\nCapables d\u2019affliger les moins sombres esprits :<br \/>\nEffa\u00e7ons, s\u2019il se peut, leur image funeste.<br \/>\nJe pr\u00e9tends de ce jour mieux employer le reste,<br \/>\nEt dire un changement, non de corps, mais de c\u0153ur.<br \/>\nLe miracle en est grand ; Amour en fut l\u2019auteur :<br \/>\nIl en fait tous les jours de diverse mani\u00e8re ;<br \/>\nJe changerai de style en changeant de mati\u00e8re.<br \/>\n\u00abZoon plaisait aux yeux ; mais ce n\u2019est pas assez :<br \/>\nSon peu d\u2019esprit, son humeur sombre,<br \/>\nRendaient ces talents mal plac\u00e9s.<br \/>\nIl fuyait les cit\u00e9s, il ne cherchait que l\u2019ombre,<br \/>\nVivait parmi les bois, concitoyen des ours.<br \/>\nEt passait sans aimer les plus beaux de ses jours.<br \/>\nNous avons condamn\u00e9 l\u2019amour, m\u2019allez-vous dire :<br \/>\nJ\u2019en bl\u00e2me en nous l\u2019exc\u00e8s ; mais je n\u2019approuve pas<br \/>\nQu\u2019insensible aux plus doux appas<br \/>\nJamais un homme ne soupire.<br \/>\nH\u00e9 quoi ! ce long repos est-il d\u2019un si grand prix ?<br \/>\nLes morts sont donc heureux ? Ce n\u2019est pas mon avis :<br \/>\nJe veux des passions ; et si l\u2019\u00e9tat le pire<br \/>\nEst le n\u00e9ant, je ne sais point<br \/>\nDe n\u00e9ant plus complet qu\u2019un c\u0153ur froid \u00e0 ce point.<br \/>\nZoon n\u2019aimant donc rien, ne s\u2019aimant pas lui-m\u00eame,<br \/>\nVit Iole endormie, et le voil\u00e0 frapp\u00e9 :<br \/>\nVoil\u00e0 son c\u0153ur d\u00e9velopp\u00e9.<br \/>\nAmour, par son savoir supr\u00eame,<br \/>\nNe l\u2019eut pas fait amant, qu\u2019il en fit un h\u00e9ros.<br \/>\nZoon rend gr\u00e2ce au Dieu qui troublait son repos :<br \/>\nIl regarde en tremblant cette jeune merveille.<br \/>\nA la fin Iole s\u2019\u00e9veille ;<br \/>\nSurprise et dans l\u2019\u00e9tonnement,<br \/>\nElle veut fuir, mais son Amant<br \/>\nL\u2019arr\u00eate, et lui tient ce langage :<br \/>\n\u00abRare et charmant objet, pourquoi me fuyez-vous ?<br \/>\n\u00abJe ne suis plus celui qu\u2019on trouvait si sauvage :<br \/>\n\u00abC\u2019est l\u2019effet de vos traits, aussi puissants que doux ;<br \/>\n\u00abIls m\u2019ont l\u2019\u00e2me et l\u2019esprit et la raison donn\u00e9e.<br \/>\n\u00abSouffrez que, vivant sous vos lois,<br \/>\n\u00abJ\u2019emploie \u00e0 vous servir des biens que je vous dois. \u00bb<br \/>\nIole, \u00e0 ce discours encor plus \u00e9tonn\u00e9e,<br \/>\nRougit, et sans r\u00e9pondre elle court au hameau,<br \/>\nEt raconte \u00e0 chacun ce miracle nouveau.<br \/>\nSes compagnes d\u2019abord s\u2019assemblent autour d\u2019elle :<br \/>\nZoon suit en triomphe, et chacun applaudit.<br \/>\nJe ne vous dirai point, mes s\u0153urs, tout ce qu\u2019il fit,<br \/>\nNi ses soins pour plaire \u00e0 la belle :<br \/>\nLeur hymen se conclut. Un Satrape voisin,<br \/>\nLe propre jour de cette f\u00eate,<br \/>\nEnl\u00e8ve \u00e0 Zoon sa conqu\u00eate :<br \/>\nOn ne soup\u00e7onnait point qu\u2019il e\u00fbt un tel dessein.<br \/>\nZoon accourt au bruit, recouvre ce cher gage,<br \/>\nPoursuit le ravisseur, et le joint et l\u2019engage<br \/>\nEn un combat de main \u00e0 main.<br \/>\nIole en est le prix aussi bien que le juge.<br \/>\nLe Satrape, vaincu, trouve encor du refuge<br \/>\nEn la bont\u00e9 de son rival.<br \/>\nH\u00e9las ! cette bont\u00e9 lui devint inutile ;<br \/>\nIl mourut du regret de cet hymen fatal :<br \/>\nAux plus infortun\u00e9s la tombe sert d\u2019asile.<br \/>\nIl prit pour h\u00e9riti\u00e8re, en finissant ses jours,<br \/>\nIole, qui mouilla de pleurs son mausol\u00e9e.<br \/>\nQue sert-il d\u2019\u00eatre plaint quand l\u2019\u00e2me est envol\u00e9e ?<br \/>\nCe satrape e\u00fbt mieux fait d\u2019oublier ses amours. \u00bb<br \/>\nLa jeune Iris \u00e0 peine achevait cette histoire ;<br \/>\nEt ses s\u0153urs avouaient qu\u2019un chemin \u00e0 la gloire,<br \/>\nC\u2019est l\u2019amour : on fait tout pour se voir estim\u00e9 ;<br \/>\nEst-il quelque chemin plus court pour \u00eatre aim\u00e9 ?<br \/>\nQuel charme de s\u2019ou\u00efr louer par une bouche<br \/>\nQui m\u00eame sans s\u2019ouvrir nous enchante et nous touche<br \/>\nAinsi disaient ces s\u0153urs. Un orage soudain<br \/>\nJette un secret remords dans leur profane sein.<br \/>\nBacchus entre, et sa cour, confus et long cort\u00e8ge :<br \/>\n\u00abO\u00f9 sont, dit-il, ces s\u0153urs \u00e0 la main sacril\u00e8ge ?<br \/>\nQue Pallas les d\u00e9fende, et vienne en leur faveur<br \/>\nOpposer son AEgide \u00e0 ma juste fureur :<br \/>\nRien ne m\u2019emp\u00eachera de punir leur offense.<br \/>\nVoyez : et qu\u2019on se rie apr\u00e8s de ma puissance ! \u00bb<br \/>\nIl n\u2019eut pas dit, qu\u2019on vit trois monstres au plancher,<br \/>\nAil\u00e9s, noirs et velus, en un coin s\u2019attacher.<br \/>\nOn cherche les trois S\u0153urs ; on n\u2019en voit nulle trace :<br \/>\nLeurs m\u00e9tiers sont bris\u00e9s ; on \u00e9l\u00e8ve en leur place<br \/>\nUne Chapelle au Dieu, p\u00e8re du vrai Nectar.<br \/>\nPallas a beau se plaindre, elle a beau prendre part<br \/>\nAu destin de ces S\u0153urs par elle prot\u00e9g\u00e9es ;<br \/>\nQuand quelque dieu, voyant ses bont\u00e9s n\u00e9glig\u00e9es,<br \/>\nNous fait sentir son ire, un autre n\u2019y peut rien :<br \/>\nL\u2019Olympe s\u2019entretient en paix par ce moyen.<br \/>\nProfitons, s\u2019il se peut, d\u2019un si fameux exemple :<br \/>\nCh\u00f4mons : c\u2019est faire assez qu\u2019aller de Temple en Temple<br \/>\nRendre \u00e0 chaque immortel les v\u0153ux qui lui sont dus :<br \/>\nLes jours donn\u00e9s aux Dieux ne sont jamais perdus. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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