{"id":12662,"date":"2025-05-08T16:57:31","date_gmt":"2025-05-08T14:57:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=12662"},"modified":"2025-05-08T16:57:31","modified_gmt":"2025-05-08T14:57:31","slug":"la-maison-du-berger","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/la-maison-du-berger\/","title":{"rendered":"La maison du berger"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 \u00c9VA.<\/p>\n<p><strong>I<\/strong><\/p>\n<p>Si ton c\u0153ur, g\u00e9missant du poids de notre vie,<br \/>\nSe tra\u00eene et se d\u00e9bat comme un aigle bless\u00e9,<br \/>\nPortant comme le mien, sur son aile asservie,<br \/>\nTout un monde fatal, \u00e9crasant et glac\u00e9 ;<br \/>\nS\u2019il ne bat qu\u2019en saignant par sa plaie immortelle,<br \/>\nS\u2019il ne voit plus l\u2019amour, son \u00e9toile fid\u00e8le,<br \/>\n\u00c9clairer pour lui seul l\u2019horizon effac\u00e9 ;<\/p>\n<p>Si ton \u00e2me encha\u00een\u00e9e, ainsi que l\u2019est mon \u00e2me,<br \/>\nLasse de son boulet et de son pain amer,<br \/>\nSur sa gal\u00e8re en deuil laisse tomber la rame,<br \/>\nPenche sa t\u00eate p\u00e2le et pleure sur la mer,<br \/>\nEt, cherchant dans les flots une route inconnue,<br \/>\nY voit, en frissonnant, sur son \u00e9paule nue,<br \/>\nLa lettre sociale \u00e9crite avec le fer ;<\/p>\n<p>Si ton corps fr\u00e9missant des passions secr\u00e8tes,<br \/>\nS\u2019indigne des regards, timide et palpitant ;<br \/>\nS\u2019il cherche \u00e0 sa beaut\u00e9 de profondes retraites<br \/>\nPour la mieux d\u00e9rober au profane insultant ;<br \/>\nSi ta l\u00e8vre se s\u00e8che au poison des mensonges,<br \/>\nSi ton beau front rougit de passer dans les songes<br \/>\nD\u2019un impur inconnu qui te voit et t\u2019entend,<\/p>\n<p>Pars courageusement, laisse toutes les villes ;<br \/>\nNe ternis plus tes pieds aux poudres du chemin,<br \/>\nDu haut de nos pensers vois les cit\u00e9s serviles<br \/>\nComme les rocs fatals de l\u2019esclavage humain.<br \/>\nLes grands bois et les champs sont de vastes asiles,<br \/>\nLibres comme la mer autour des sombres \u00eeles.<br \/>\nMarche \u00e0 travers les champs une fleur \u00e0 la main.<\/p>\n<p>La Nature t\u2019attend dans un silence aust\u00e8re ;<br \/>\nL\u2019herbe \u00e9l\u00e8ve \u00e0 tes pieds son nuage des soirs,<br \/>\nEt le soupir d\u2019adieu du soleil \u00e0 la terre<br \/>\nBalance les beaux lis comme des encensoirs.<br \/>\nLa for\u00eat a voil\u00e9 ses colonnes profondes,<br \/>\nLa montagne se cache, et sur les p\u00e2les ondes<br \/>\nLe saule a suspendu ses chastes reposoirs.<\/p>\n<p>Le cr\u00e9puscule ami s\u2019endort dans la vall\u00e9e,<br \/>\nSur l\u2019herbe d\u2019\u00e9meraude et sur l\u2019or du gazon,<br \/>\nSous les timides joncs de la source isol\u00e9e<br \/>\nEt sous le bois r\u00eaveur qui tremble \u00e0 l\u2019horizon,<br \/>\nSe balance en fuyant dans les grappes sauvages,<br \/>\nJette son manteau gris sur le bord des rivages,<br \/>\nEt des fleurs de la nuit entr\u2019ouvre la prison.<\/p>\n<p>Il est sur ma montagne une \u00e9paisse bruy\u00e8re<br \/>\nO\u00f9 les pas du chasseur ont peine \u00e0 se plonger,<br \/>\nQui plus haut que nos fronts l\u00e8ve sa t\u00eate alti\u00e8re,<br \/>\nEt garde dans la nuit le p\u00e2tre et l\u2019\u00e9tranger.<br \/>\nViens y cacher l\u2019amour et ta divine faute ;<br \/>\nSi l\u2019herbe est agit\u00e9e ou n\u2019est pas assez haute,<br \/>\nJ\u2019y roulerai pour toi la Maison du Berger.<\/p>\n<p>Elle va doucement avec ses quatre roues,<br \/>\nSon toit n\u2019est pas plus haut que ton front et tes yeux ;<br \/>\nLa couleur du corail et celle de tes joues<br \/>\nTeignent le char nocturne et ses muets essieux.<br \/>\nLe seuil est parfum\u00e9, l\u2019alc\u00f4ve est large et sombre,<br \/>\nEt l\u00e0, parmi les fleurs, nous trouverons dans l\u2019ombre,<br \/>\nPour nos cheveux unis, un lit silencieux.<\/p>\n<p>Je verrai, si tu veux, les pays de la neige,<br \/>\nCeux o\u00f9 l\u2019astre amoureux d\u00e9vore et resplendit,<br \/>\nCeux que heurtent les vents, ceux que la mer assi\u00e9ge,<br \/>\nCeux o\u00f9 le p\u00f4le obscur sous sa glace est maudit.<br \/>\nNous suivrons du hasard la course vagabonde.<br \/>\nQue m\u2019importe le jour ? que m\u2019importe le monde ?<br \/>\nJe dirai qu\u2019ils sont beaux quand tes yeux l\u2019auront dit.<\/p>\n<p>Que Dieu guide \u00e0 son but la vapeur foudroyante<br \/>\nSur le fer des chemins qui traversent les monts,<br \/>\nQu\u2019un Ange soit debout sur sa forge bruyante,<br \/>\nQuand elle va sous terre ou fait trembler les ponts<br \/>\nEt, de ses dents de feu, d\u00e9vorant ses chaudi\u00e8res,<br \/>\nTransperce les cit\u00e9s et saute les rivi\u00e8res,<br \/>\nPlus vite que le cerf dans l\u2019ardeur de ses bonds !<\/p>\n<p>Oui, si l\u2019Ange aux yeux bleus ne veille sur sa route,<br \/>\nEt le glaive \u00e0 la main ne plane et la d\u00e9fend,<br \/>\nS\u2019il n\u2019a compt\u00e9 les coups du levier, s\u2019il n\u2019\u00e9coute<br \/>\nChaque tour de la roue en son cours triomphant,<br \/>\nS\u2019il n\u2019a l\u2019\u0153il sur les eaux et la main sur la braise :<br \/>\nPour jeter en \u00e9clats la magique fournaise,<br \/>\nIl suffira toujours du caillou d\u2019un enfant.<\/p>\n<p>Sur le taureau de fer qui fume, souffle et beugle,<br \/>\nL\u2019homme a mont\u00e9 trop t\u00f4t. Nul ne conna\u00eet encor<br \/>\nQuels orages en lui porte ce rude aveugle,<br \/>\nEt le gai voyageur lui livre son tr\u00e9sor ;<br \/>\nSon vieux p\u00e8re et ses fils, il les jette en otage<br \/>\nDans le ventre br\u00fblant du taureau de Carthage,<br \/>\nQui les rejette en cendre aux pieds du Dieu de l\u2019or.<\/p>\n<p>Mais il faut triompher du temps et de l\u2019espace,<br \/>\nArriver ou mourir. Les marchands sont jaloux.<br \/>\nL\u2019or pleut sous les chardons de la vapeur qui passe,<br \/>\nLe moment et le but sont l\u2019univers pour nous.<br \/>\nTous se sont dit : \u00ab Allons ! \u00bb \u2212 Mais aucun n\u2019est le ma\u00eetre<br \/>\nDu dragon mugissant qu\u2019un savant a fait na\u00eetre ;<br \/>\nNous nous sommes jou\u00e9s \u00e0 plus fort que nous tous.<\/p>\n<p>Eh bien ! que tout circule et que les grandes causes<br \/>\nSur des ailes de feu lancent les actions,<br \/>\nPourvu qu\u2019ouverts toujours aux g\u00e9n\u00e9reuses choses,<br \/>\nLes chemins du vendeur servent les passions.<br \/>\nB\u00e9ni soit le Commerce au hardi caduc\u00e9e,<br \/>\nSi l\u2019Amour que tourmente une sombre pens\u00e9e<br \/>\nPeut franchir en un jour deux grandes nations.<\/p>\n<p>Mais, \u00e0 moins qu\u2019un ami menac\u00e9 dans sa vie<br \/>\nNe jette, en appelant, le cri du d\u00e9sespoir,<br \/>\nOu qu\u2019avec son clairon la France nous convie<br \/>\nAux f\u00eates du combat, aux luttes du savoir ;<br \/>\n\u00c0 moins qu\u2019au lit de mort une m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e<br \/>\nNe veuille encor poser sur sa race ador\u00e9e<br \/>\nCes yeux tristes et doux qu\u2019on ne doit plus revoir,<\/p>\n<p>\u00c9vitons ces chemins. \u2014 Leur voyage est sans gr\u00e2ces,<br \/>\nPuisqu\u2019il est aussi prompt, sur ses lignes de fer,<br \/>\nQue la fl\u00e8che lanc\u00e9e \u00e0 travers les espaces<br \/>\nQui va de l\u2019arc au but en faisant siffler l\u2019air.<br \/>\nAinsi jet\u00e9e au loin, l\u2019humaine cr\u00e9ature<br \/>\nNe respire et ne voit, dans toute la nature,<br \/>\nQu\u2019un brouillard \u00e9touffant que traverse un \u00e9clair.<\/p>\n<p>On n\u2019entendra jamais piaffer sur une route<br \/>\nLe pied vif du cheval sur les pav\u00e9s en feu ;<br \/>\nAdieu, voyages lents, bruits lointains qu\u2019on \u00e9coute,<br \/>\nLe rire du passant, les retards de l\u2019essieu,<br \/>\nLes d\u00e9tours impr\u00e9vus des pentes vari\u00e9es,<br \/>\nUn ami rencontr\u00e9, les heures oubli\u00e9es,<br \/>\nL\u2019espoir d\u2019arriver tard dans un sauvage lieu.<\/p>\n<p>La distance et le temps sont vaincus. La science<br \/>\nTrace autour de la terre un chemin triste et droit.<br \/>\nLe Monde est r\u00e9tr\u00e9ci par notre exp\u00e9rience<br \/>\nEt l\u2019\u00e9quateur n\u2019est plus qu\u2019un anneau trop \u00e9troit.<br \/>\nPlus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,<br \/>\nImmobile au seul rang que le d\u00e9part assigne,<br \/>\nPlong\u00e9 dans un calcul silencieux et froid.<\/p>\n<p>Jamais la R\u00eaverie amoureuse et paisible<br \/>\nN\u2019y verra sans horreur son pied blanc attach\u00e9 ;<br \/>\nCar il faut que ses yeux sur chaque objet visible<br \/>\nVersent un long regard, comme un fleuve \u00e9panch\u00e9 ;<br \/>\nQu\u2019elle interroge tout avec inqui\u00e9tude,<br \/>\nEt, des secrets divins se faisant une \u00e9tude,<br \/>\nMarche, s\u2019arr\u00eate et marche avec le col pench\u00e9.<\/p>\n<p><strong>II<\/strong><\/p>\n<p>Po\u00e9sie ! \u00f4 tr\u00e9sor ! perle de la pens\u00e9e !<br \/>\nLes tumultes du c\u0153ur, comme ceux de la mer,<br \/>\nNe sauraient emp\u00eacher ta robe nuanc\u00e9e<br \/>\nD\u2019amasser les couleurs qui doivent te former.<br \/>\nMais sit\u00f4t qu\u2019il te voit briller sur un front m\u00e2le,<br \/>\nTroubl\u00e9 de ta lueur myst\u00e9rieuse et p\u00e2le,<br \/>\nLe vulgaire effray\u00e9 commence \u00e0 blasph\u00e9mer.<\/p>\n<p>Le pur enthousiasme est craint des faibles \u00e2mes<br \/>\nQui ne sauraient porter son ardeur ni son poids.<br \/>\nPourquoi le fuir ? \u2014 La vie est double dans les flammes.<br \/>\nD\u2019autres flambeaux divins nous br\u00fblent quelquefois :<br \/>\nC\u2019est le Soleil du ciel, c\u2019est l\u2019Amour, c\u2019est la Vie ;<br \/>\nMais qui de les \u00e9teindre a jamais eu l\u2019envie ?<br \/>\nTout en les maudissant, on les ch\u00e9rit tous trois.<\/p>\n<p>La Muse a m\u00e9rit\u00e9 les insolents sourires<br \/>\nEt les soup\u00e7ons moqueurs qu\u2019\u00e9veille son aspect.<br \/>\nD\u00e8s que son \u0153il chercha le regard des satyres,<br \/>\nSa parole trembla, son serment fut suspect,<br \/>\nIl lui fut interdit d\u2019enseigner la sagesse.<br \/>\nAu passant du chemin elle criait : \u00ab Largesse ! \u00bb<br \/>\nLe passant lui donna sans crainte et sans respect.<\/p>\n<p>Ah ! fille sans pudeur ! Fille de saint Orph\u00e9e,<br \/>\nQue n\u2019as-tu conserv\u00e9 ta belle gravit\u00e9 !<br \/>\nTu n\u2019irais pas ainsi, d\u2019une voix \u00e9touff\u00e9e,<br \/>\nChanter aux carrefours impurs de la cit\u00e9.<br \/>\nTu n\u2019aurais pas coll\u00e9 sur le coin de ta bouche<br \/>\nLe coquet madrigal, piquant comme une mouche,<br \/>\nEt, pr\u00e8s de ton \u0153il bleu, l\u2019\u00e9quivoque effront\u00e9.<\/p>\n<p>Tu tombas d\u00e8s l\u2019enfance, et, dans la folle Gr\u00e8ce,<br \/>\nUn vieillard, t\u2019enivrant de son baiser jaloux,<br \/>\nReleva le premier ta robe de pr\u00eatresse,<br \/>\nEt, parmi les gar\u00e7ons, t\u2019assit sur ses genoux.<br \/>\nDe ce baiser mordant ton front porte la trace ;<br \/>\nTu chantas en buvant dans les banquets d\u2019Horace,<br \/>\nEt Voltaire \u00e0 la cour te tra\u00eena devant nous.<\/p>\n<p>Vestale aux feux \u00e9teints ! les hommes les plus graves<br \/>\nNe posent qu\u2019\u00e0 demi ta couronne \u00e0 leur front ;<br \/>\nIls se croient arr\u00eat\u00e9s, marchant dans tes entraves,<br \/>\nEt n\u2019\u00eatre que po\u00ebte est pour eux un affront.<br \/>\nIls jettent leurs pensers aux vents de la tribune,<br \/>\nEt ces vents, aveugl\u00e9s comme l\u2019est la fortune,<br \/>\nLes rouleront comme elle et les emporteront.<\/p>\n<p>Ils sont fiers et hautains dans leur fausse attitude ;<br \/>\nMais le sol tremble aux pieds de ces tribuns romains.<br \/>\nLeurs discours passagers flattent avec \u00e9tude<br \/>\nLa foule qui les presse et qui leur bat des mains ;<br \/>\nToujours renouvel\u00e9 sous ses \u00e9troits portiques,<br \/>\nCe parterre ne jette aux acteurs politiques<br \/>\nQue des fleurs sans parfums, souvent sans lendemains.<\/p>\n<p>Ils ont pour horizon leur salle de spectacle ;<br \/>\nLa chambre o\u00f9 ces \u00e9lus donnent leurs faux combats<br \/>\nJette en vain, dans son temple, un incertain oracle,<br \/>\nLe peuple entend de loin le bruit de leurs d\u00e9bats ;<br \/>\nMais il regarde encor le jeu des assembl\u00e9es<br \/>\nDe l\u2019\u0153il dont ses enfants et ses femmes troubl\u00e9es<br \/>\nVoient le terrible essai des vapeurs aux cent bras.<\/p>\n<p>L\u2019ombrageux paysan gronde \u00e0 voir qu\u2019on d\u00e9telle,<br \/>\nEt que pour le scrutin on quitte le labour.<br \/>\nCependant le d\u00e9dain de la chose immortelle<br \/>\nTient jusqu\u2019au fond du c\u0153ur quelque avocat d\u2019un jour.<br \/>\nLui qui doute de l\u2019\u00e2me, il croit \u00e0 ses paroles.<br \/>\nPo\u00e9sie, il se rit de tes graves symboles,<br \/>\nO toi des vrais penseurs imp\u00e9rissable amour !<\/p>\n<p>Comment se garderaient les profondes pens\u00e9es<br \/>\nSans rassembler leurs feux dans ton diamant pur<br \/>\nQui conserve si bien leurs splendeurs condens\u00e9es ?<br \/>\nCe fin miroir solide, \u00e9tincelant et dur,<br \/>\nReste des nations mortes, durable pierre<br \/>\nQu\u2019on trouve sous ses pieds lorsque dans la poussi\u00e8re<br \/>\nOn cherche les cit\u00e9s sans en voir un seul mur.<\/p>\n<p>Diamant sans rival, que tes feux illuminent<br \/>\nLes pas lents et tardifs de l\u2019humaine Raison !<br \/>\nIl faut, pour voir de loin les Peuples qui cheminent,<br \/>\nQue le Berger t\u2019ench\u00e2sse au toit de sa Maison.<br \/>\nLe jour n\u2019est pas lev\u00e9. \u2014 Nous en sommes encore<br \/>\nAu premier rayon blanc qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019aurore<br \/>\nEt dessine la terre aux bords de l\u2019horizon.<\/p>\n<p>Les peuples tout enfants \u00e0 peine se d\u00e9couvrent<br \/>\nPar-dessus les buissons n\u00e9s pendant leur sommeil,<br \/>\nEt leur main, \u00e0 travers les ronces qu\u2019ils entr\u2019ouvrent,<br \/>\nMet aux coups mutuels le premier appareil.<br \/>\nLa barbarie encor tient nos pieds dans sa ga\u00eene.<br \/>\nLe marbre des vieux temps jusqu\u2019aux reins nous encha\u00eene,<br \/>\nEt tout homme \u00e9nergique au dieu Terme est pareil.<\/p>\n<p>Mais notre esprit rapide en mouvements abonde,<br \/>\nOuvrons tout l\u2019arsenal de ses puissants ressorts.<br \/>\nL\u2019invisible est r\u00e9el. Les \u00e2mes ont leur monde<br \/>\nO\u00f9 sont accumul\u00e9s d\u2019impalpables tr\u00e9sors.<br \/>\nLe Seigneur contient tout dans ses deux bras immenses,<br \/>\nSon Verbe est le s\u00e9jour de nos intelligences,<br \/>\nComme ici-bas l\u2019espace est celui de nos corps.<\/p>\n<p><strong>III<\/strong><\/p>\n<p>\u00c9va, qui donc es-tu ? Sais-tu bien ta nature ?<br \/>\nSais-tu quel est ici ton but et ton devoir ?<br \/>\nSais-tu que, pour punir l\u2019homme, sa cr\u00e9ature,<br \/>\nD\u2019avoir port\u00e9 la main sur l\u2019arbre du savoir,<br \/>\nDieu permit qu\u2019avant tout, de l\u2019amour de soi-m\u00eame<br \/>\nEn tout temps, \u00e0 tout \u00e2ge, il f\u00eet son bien supr\u00eame,<br \/>\nTourment\u00e9 de s\u2019aimer, tourment\u00e9 de se voir ?<\/p>\n<p>Mais si Dieu pr\u00e8s de lui t\u2019a voulu mettre, \u00f4 femme !<br \/>\nCompagne d\u00e9licate ! \u00c9va ! Sais-tu pourquoi ?<br \/>\nC\u2019est pour qu\u2019il se regarde au miroir d\u2019une autre \u00e2me,<br \/>\nQu\u2019il entende ce chant qui ne vient que de toi :<br \/>\n\u2014 L\u2019enthousiasme pur dans une voix suave.<br \/>\nC\u2019est afin que tu sois son juge et son esclave<br \/>\nEt r\u00e8gnes sur sa vie en vivant sous sa loi.<\/p>\n<p>Ta parole joyeuse a des mots despotiques,<br \/>\nTes yeux sont si puissants, ton aspect est si fort,<br \/>\nQue les rois d\u2019Orient ont dit dans leurs cantiques<br \/>\nTon regard redoutable \u00e0 l\u2019\u00e9gal de la mort ;<br \/>\nChacun cherche \u00e0 fl\u00e9chir tes jugements rapides\u2026<br \/>\n\u2014 Mais ton c\u0153ur, qui d\u00e9ment tes formes intr\u00e9pides,<br \/>\nC\u00e8de sans coup f\u00e9rir aux rudesses du sort.<\/p>\n<p>Ta pens\u00e9e a des bonds comme ceux des gazelles,<br \/>\nMais ne saurait marcher sans guide et sans appui.<br \/>\nLe sol meurtrit ses pieds, l\u2019air fatigue ses ailes,<br \/>\nSon \u0153il se ferme au jour d\u00e8s que le jour a lui ;<br \/>\nParfois, sur les hauts lieux d\u2019un seul \u00e9lan pos\u00e9e,<br \/>\nTroubl\u00e9e au bruit des vents, ta mobile pens\u00e9e<br \/>\nNe peut seule y veiller sans crainte et sans ennui.<\/p>\n<p>Mais aussi tu n\u2019as rien de nos l\u00e2ches prudences,<br \/>\nTon c\u0153ur vibre et r\u00e9sonne au cri de l\u2019opprim\u00e9,<br \/>\nComme dans une \u00e9glise aux aust\u00e8res silences<br \/>\nL\u2019orgue entend un soupir et soupire alarm\u00e9.<br \/>\nTes paroles de feu meuvent les multitudes,<br \/>\nTes pleurs lavent l\u2019injure et les ingratitudes,<br \/>\nTu pousses par le bras l\u2019homme\u2026 il se l\u00e8ve arm\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 toi qu\u2019il convient d\u2019ou\u00efr les grandes plaintes<br \/>\nQue l\u2019humanit\u00e9 triste exhale sourdement.<br \/>\nQuand le c\u0153ur est gonfl\u00e9 d\u2019indignations saintes,<br \/>\nL\u2019air des cit\u00e9s l\u2019\u00e9touffe \u00e0 chaque battement.<br \/>\nMais de loin les soupirs des tourmentes civiles,<br \/>\nS\u2019unissant au-dessus du charbon noir des villes,<br \/>\nNe forment qu\u2019un grand mot qu\u2019on entend clairement.<\/p>\n<p>Viens donc, le ciel pour moi n\u2019est plus qu\u2019une aur\u00e9ole<br \/>\nQui t\u2019entoure d\u2019azur, t\u2019\u00e9claire et te d\u00e9fend ;<br \/>\nLa montagne est ton temple et le bois sa coupole,<br \/>\nL\u2019oiseau n\u2019est sur la fleur balanc\u00e9 par le vent,<br \/>\nEt la fleur ne parfume et l\u2019oiseau ne soupire<br \/>\nQue pour mieux enchanter l\u2019air que ton sein respire ;<br \/>\nLa terre est le tapis de tes beaux pieds d\u2019enfant.<\/p>\n<p>\u00c9va, j\u2019aimerai tout dans les choses cr\u00e9\u00e9es,<br \/>\nJe les contemplerai dans ton regard r\u00eaveur<br \/>\nQui partout r\u00e9pandra ses flammes color\u00e9es,<br \/>\nSon repos gracieux, sa magique saveur :<br \/>\nSur mon c\u0153ur d\u00e9chir\u00e9 viens poser ta main pure,<br \/>\nNe me laisse jamais seul avec la Nature ;<br \/>\nCar je la connais trop pour n\u2019en pas avoir peur.<\/p>\n<p>Elle me dit : \u00ab Je suis l\u2019impassible th\u00e9\u00e2tre<br \/>\nQue ne peut remuer le pied de ses acteurs ;<br \/>\nMes marches d\u2019\u00e9meraude et mes parvis d\u2019alb\u00e2tre,<br \/>\nMes colonnes de marbre ont les dieux pour sculpteurs.<br \/>\nJe n\u2019entends ni vos cris ni vos soupirs ; \u00e0 peine<br \/>\nJe sens passer sur moi la com\u00e9die humaine<br \/>\nQui cherche en vain au ciel ses muets spectateurs.<\/p>\n<p>\u00ab Je roule avec d\u00e9dain, sans voir et sans entendre,<br \/>\n\u00c0 c\u00f4t\u00e9 des fourmis les populations ;<br \/>\nJe ne distingue pas leur terrier de leur cendre,<br \/>\nJ\u2019ignore en les portant les noms des nations.<br \/>\nOn me dit une m\u00e8re et je suis une tombe.<br \/>\nMon hiver prend vos morts comme son h\u00e9catombe,<br \/>\nMon printemps ne sent pas vos adorations.<\/p>\n<p>\u00ab Avant vous j\u2019\u00e9tais belle et toujours parfum\u00e9e,<br \/>\nJ\u2019abandonnais au vent mes cheveux tout entiers,<br \/>\nJe suivais dans les cieux ma route accoutum\u00e9e,<br \/>\nSur l\u2019axe harmonieux des divins balanciers.<br \/>\nApr\u00e8s vous, traversant l\u2019espace o\u00f9 tout s\u2019\u00e9lance,<br \/>\nJ\u2019irai seule et sereine, en un chaste silence<br \/>\nJe fendrai l\u2019air du front et de mes seins altiers. \u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 ce que me dit sa voix triste et superbe,<br \/>\nEt dans mon c\u0153ur alors je la hais et je vois<br \/>\nNotre sang dans son onde et nos morts sous son herbe<br \/>\nNourrissant de leurs sucs la racine des bois.<br \/>\nEt je dis \u00e0 mes yeux qui lui trouvaient des charmes :<br \/>\n\u2014 Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes,<br \/>\nAimez ce que jamais on ne verra deux fois.<\/p>\n<p>Oh ! qui verra deux fois ta gr\u00e2ce et ta tendresse,<br \/>\nAnge doux et plaintif qui parle en soupirant ?<br \/>\nQui na\u00eetra comme toi portant une caresse<br \/>\nDans chaque \u00e9clair tomb\u00e9 de ton regard mourant,<br \/>\nDans les balancements de ta t\u00eate pench\u00e9e,<br \/>\nDans ta taille indolente et mollement couch\u00e9e,<br \/>\nEt dans ton pur sourire amoureux et souffrant ?<\/p>\n<p>Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse<br \/>\nSous nos pieds, sur nos fronts, puisque c\u2019est votre loi ;<br \/>\nVivez, et d\u00e9daignez, si vous \u00eates d\u00e9esse,<br \/>\nL\u2019homme, humble passager, qui dut vous \u00eatre un roi ;<br \/>\nPlus que tout votre r\u00e8gne et que ses splendeurs vaines,<br \/>\nJ\u2019aime la majest\u00e9 des souffrances humaines ;<br \/>\nVous ne recevrez pas un cri d\u2019amour de moi.<\/p>\n<p>Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente,<br \/>\nR\u00eaver sur mon \u00e9paule, en y posant ton front ?<br \/>\nViens du paisible seuil de la maison roulante<br \/>\nVoir ceux qui sont pass\u00e9s et ceux qui passeront.<br \/>\nTous les tableaux humains qu\u2019un Esprit pur m\u2019apporte<br \/>\nS\u2019animeront pour toi, quand, devant notre porte,<br \/>\nLes grands pays muets longuement s\u2019\u00e9tendront.<\/p>\n<p>Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre<br \/>\nSur cette terre ingrate o\u00f9 les morts ont pass\u00e9 ;<br \/>\nNous nous parlerons d\u2019eux \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 tout est sombre,<br \/>\nO\u00f9 tu te plais \u00e0 suivre un chemin effac\u00e9,<br \/>\n\u00c0 r\u00eaver, appuy\u00e9e aux branches incertaines,<br \/>\nPleurant, comme Diane au bord de ses fontaines,<br \/>\nTon amour taciturne et toujours menac\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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