{"id":12660,"date":"2025-05-08T16:44:24","date_gmt":"2025-05-08T14:44:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=12660"},"modified":"2025-05-08T16:44:24","modified_gmt":"2025-05-08T14:44:24","slug":"paris","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/paris\/","title":{"rendered":"Paris"},"content":{"rendered":"<p>\u00c9L\u00c9VATION<\/p>\n<p>\u00ab Prends ma main. Voyageur, et montons sur la tour. \u2014<br \/>\nRegarde tout en bas, et regarde \u00e0 l\u2019entour.<br \/>\nRegarde jusqu\u2019au bout de l\u2019horizon, regarde<br \/>\nDu nord au sud. Partout o\u00f9 ton \u0153il se hasarde,<br \/>\nQu\u2019il s\u2019attache avec feu, comme l\u2019\u0153il du serpent<br \/>\nQui pompe du regard ce qu\u2019il suit en rampant,<br \/>\nTourne sur le donjon qu\u2019un parapet prolonge,<br \/>\nD\u2019o\u00f9 la vue \u00e0 loisir sur tous les points se plonge<br \/>\nEt r\u00e8gne, du z\u00e9nith, sur un monde mouvant<br \/>\nComme l\u2019\u00e9clair, l\u2019oiseau, le nuage et le vent.<br \/>\nQue vois-tu dans la nuit, \u00e0 nos pieds, dans l\u2019espace,<br \/>\nEt partout o\u00f9 mon doigt tourne, passe et repasse ?<br \/>\n\u2014 Je vois un cercle noir si large et si profond,<br \/>\nQue je n\u2019en aper\u00e7ois ni le bout ni le fond.<br \/>\nDes collines, au loin, me semblent sa ceinture,<br \/>\nEt pourtant je ne vois nulle part la nature,<br \/>\nMais partout la main d\u2019homme et l\u2019angle que sa main<br \/>\nImpose \u00e0 la mati\u00e8re en tout travail humain.<br \/>\nJe vois ces angles noirs et luisants qui, dans l\u2019ombre,<br \/>\nL\u2019un sur l\u2019autre entass\u00e9s, sans ordre ni sans nombre,<br \/>\nCoupent des murs blanchis pareils \u00e0 des tombeaux.<br \/>\n\u2014 Je vois fumer, br\u00fbler, \u00e9clater des flambeaux,<br \/>\nBrillant sur cet ab\u00eeme o\u00f9 l\u2019air p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 peine<br \/>\nComme des diamants incrust\u00e9s dans l\u2019\u00e9b\u00e8ne.<br \/>\n\u2014 Un fleuve y dort sans bruit, repli\u00e9 dans son cours,<br \/>\nComme dans un buisson la couleuvre aux cent tours.<br \/>\nDes ombres de palais, de d\u00f4mes et d\u2019aiguilles,<br \/>\nDe tours et de donjons, de clochers, de bastilles,<br \/>\nDe ch\u00e2teaux-forts, de kiosks et d\u2019aigus minarets ;<br \/>\nDe formes de remparts, de jardins, de for\u00eats,<br \/>\nDe spirales, d\u2019arceaux, de parcs, de colonnades,<br \/>\nD\u2019ob\u00e9lisques, de ponts, de portes et d\u2019arcades,<br \/>\nTout fourmille et grandit, se cramponne en montant,<br \/>\nSe courbe, se replie, ou se creuse ou s\u2019\u00e9tend.<br \/>\n\u2014 Dans un brouillard de feu je crois voir ce grand r\u00eave.<br \/>\nLa Tour o\u00f9 nous voil\u00e0 dans ce cercle s\u2019\u00e9l\u00e8ve ;<br \/>\nEn le tra\u00e7ant jadis, c\u2019est ici, n\u2019est-ce pas,<br \/>\nQue Dieu m\u00eame a pos\u00e9 le centre du compas ?<br \/>\nLe vertige m\u2019enivre, et sur mes yeux il p\u00e8se.<br \/>\nVois-je une Roue ardente, ou bien une Fournaise ? \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Oui, c\u2019est bien une Roue ; et c\u2019est la main de Dieu<br \/>\nQui tient et fait mouvoir son invisible essieu.<br \/>\nVers le but inconnu sans cesse elle s\u2019avance.<br \/>\nOn la nomme PARIS, le pivot de la France.<br \/>\nQuand la vivante Roue h\u00e9site dans ses tours,<br \/>\nTout h\u00e9site et s\u2019\u00e9tonne, et recule en son cours.<br \/>\nLes rayons effray\u00e9s disent au cercle : \u00ab Arr\u00eate. \u00bb<br \/>\nIl le dit \u00e0 son tour aux cercles dont la cr\u00eate<br \/>\nS\u2019ench\u00e2sse dans la sienne et tourne sous sa loi.<br \/>\nL\u2019un le redit \u00e0 l\u2019autre ; et l\u2019impassible roi,<br \/>\nParis, l\u2019axe immortel, Paris, l\u2019axe du monde,<br \/>\nPuise ses mouvements dans sa vigueur profonde,<br \/>\nLes communique \u00e0 tous, les imprime \u00e0 chacun,<br \/>\nLes impose de force, et n\u2019en re\u00e7oit aucun.<br \/>\nIl se meut ; tout s\u2019\u00e9branle, et tournoie et circule ;<br \/>\nLe c\u0153ur du ressort bat, et pousse la bascule ;<br \/>\nL\u2019aiguille tremble et court \u00e0 grands pas ; le levier<br \/>\nMonte et baisse en sa ligne, et n\u2019ose d\u00e9vier.<br \/>\nTous marchent leur chemin, et chacun d\u2019eux \u00e9coute<br \/>\nLe pas r\u00e9gulateur qui leur creuse la route.<br \/>\nIl leur faut \u00e9couter et suivre ; il le faut bien :<br \/>\nCar lorsqu\u2019il arriva, dans un temps plus ancien,<br \/>\nQu\u2019un rouage isola son mouvement diurne,<br \/>\nDans le bruit du travail demeura taciturne,<br \/>\nEt, brisa, par orgueil, sa cha\u00eene et son ressort,<br \/>\nComme un bras que l\u2019on coupe, il fut frapp\u00e9 de mort.<br \/>\nCar Paris l\u2019\u00e9ternel de leurs efforts se joue,<br \/>\nEt le moyeu divin tournerait sans la roue ;<br \/>\nQuand m\u00eame tout voudrait revenir sur ses pas,<br \/>\nSeul il irait ; lui seul ne s\u2019arr\u00eaterait pas,<br \/>\nEt tu verrais la force et l\u2019union ravie<br \/>\nAux rayons qui partaient de son centre de vie.<br \/>\nC\u2019est donc bien, voyageur, une roue en effet.<br \/>\nLe vertige parfois est proph\u00e9tique. Il fait<br \/>\nQu\u2019une fournaise ardente \u00e9blouit ta paupi\u00e8re ?<br \/>\nC\u2019est la fournaise aussi que tu vois. \u2014 Sa lumi\u00e8re<br \/>\nTeint de rouge les bords du ciel noir et profond ;<br \/>\nC\u2019est un feu sous un d\u00f4me obscur, large et sans fond ;<br \/>\nL\u00e0, dans les nuits d\u2019hiver et d\u2019\u00e9t\u00e9, quand les heures<br \/>\nFont du bruit en sonnant sur le toit des demeures,<br \/>\nParce que l\u2019homme y dort, l\u00e0 veillent des Esprits,<br \/>\nGrands ouvriers d\u2019une \u0153uvre et sans nom et sans prix.<br \/>\nLa nuit, leur lampe br\u00fble, et, le jour, elle fume ;<br \/>\nLe jour, elle a fum\u00e9, le soir, elle s\u2019allume,<br \/>\nEt toujours et sans cesse alimente les feux<br \/>\nDe la Fournaise d\u2019or que nous voyons tous deux,<br \/>\nEt qui, se refl\u00e9tant sur la sainte coupole,<br \/>\nEst du globe endormi la c\u00e9leste aur\u00e9ole.<br \/>\nChacun d\u2019eux courbe un front p\u00e2le, il prie, il \u00e9crit,<br \/>\nIl d\u00e9sesp\u00e8re, il pleure ; il esp\u00e8re, il sourit ;<br \/>\nIl arrache son sein et ses cheveux, s\u2019enfonce<br \/>\nDans l\u2019\u00e9nigme sans fin dont Dieu sait la r\u00e9ponse,<br \/>\nEt dont l\u2019humanit\u00e9, demandant son d\u00e9cret,<br \/>\nTous les mille ans rejette et cherche le secret.<br \/>\nChacun d\u2019eux pousse un cri d\u2019amour vers une id\u00e9e.<br \/>\nL\u2019un soutient en pleurant la croix d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e,<br \/>\nS\u2019assied pr\u00e8s du S\u00e9pulcre et seul, comme un banni,<br \/>\nIl se frappe en disant : Lamma Sabacthani ;<br \/>\nDans son sang, dans ses pleurs, il baigne, il noie, il plonge<br \/>\nLa couronne d\u2019\u00e9pine et la lance et l\u2019\u00e9ponge,<br \/>\nBaise le corps du Christ, le soul\u00e8ve, et lui dit :<br \/>\n\u00ab Reparais, Roi des Juifs, ainsi qu\u2019il est pr\u00e9dit ;<br \/>\nViens, ressuscite encore aux yeux du seul ap\u00f4tre.<br \/>\nL\u2019\u00c9glise meurt : renais dans sa cendre et la n\u00f4tre,<br \/>\nR\u00e8gne, et sur les d\u00e9bris des schismes expi\u00e9s,<br \/>\nRenverse tes gardiens des lueurs de tes pieds. \u00bb<br \/>\nRien. Le corps du Dieu ploie aux mains du dernier homme,<br \/>\nPr\u00eatre pauvre et puissant pour Rome et malgr\u00e9 Rome.<br \/>\nLe cadavre ador\u00e9, de ses clous immortels<br \/>\nNe laisse plus tomber de sang pour ses autels ;<br \/>\nRien. Il n\u2019ouvrira pas son oreille endormie<br \/>\nAux lamentations du nouveau J\u00e9r\u00e9mie,<br \/>\nEt le laissera seul, mais d\u2019une habile main,<br \/>\nRetremper la tiare en l\u2019alliage humain.<br \/>\n\u00ab Libert\u00e9 ! \u00bb crie un autre, et soudain la tristesse<br \/>\nComme un taureau le tue aux pieds de sa d\u00e9esse,<br \/>\nParce qu\u2019ayant en vain quarante ans combattu,<br \/>\nIl ne peut rien construire o\u00f9 tout est abattu.<br \/>\nN\u2019importe ! Autour de lui des travailleurs sans nombre,<br \/>\nAveugles, inquiets, cherchent \u00e0 travers l\u2019ombre<br \/>\nJe ne sais quels chemins qu\u2019ils ne connaissent pas,<br \/>\nR\u00e9glant et mesurant, sans r\u00e8gle et sans compas,<br \/>\nL\u2019un sur l\u2019autre semant des arbres sans racines,<br \/>\nEt mettant au hasard l\u2019ordre dans les ruines.<br \/>\nEt, comme il est \u00e9crit que chacun porte en soi<br \/>\nCe mal qui le tuera, regarde en bas, et voi.<br \/>\nDerri\u00e8re eux s\u2019est group\u00e9e une famille forte<br \/>\nQui les ronge et du pied pile leur \u0153uvre morte,<br \/>\n\u00c9crase les d\u00e9bris qu\u2019a faits la Libert\u00e9,<br \/>\nY roule le niveau qu\u2019on nomme \u00c9galit\u00e9,<br \/>\nEt veut les mettre en cendre, afin que pour sa t\u00eate<br \/>\nL\u2019homme n\u2019ait d\u2019autre abri que celui qu\u2019elle appr\u00eate ;<br \/>\nEt c\u2019est un temple : un temple immense, universel,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019homme n\u2019offrira ni l\u2019encens, ni le sel,<br \/>\nNi le sang, ni le pain, ni le vin, ni l\u2019hostie,<br \/>\nMais son temps et sa vie en \u0153uvre convertie,<br \/>\nMais son amour de tous, son abn\u00e9gation<br \/>\nDe lui, de l\u2019h\u00e9ritage et de la nation.<br \/>\nSeuls, sans p\u00e8re et sans fils, soumis \u00e0 la parole,<br \/>\nL\u2019union est son but et le travail son r\u00f4le,<br \/>\nEt, selon celui-l\u00e0 qui parle apr\u00e8s J\u00e9sus,<br \/>\nTous seront appel\u00e9s et tous seront \u00e9lus.<br \/>\n\u2014 Ainsi tout est os\u00e9 ! Tu vois, pas de statue<br \/>\nD\u2019homme, de roi, de Dieu, qui ne soit abattue,<br \/>\nMutil\u00e9e \u00e0 la pierre et ray\u00e9e au couteau,<br \/>\nD\u00e9membr\u00e9e \u00e0 la hache et broy\u00e9e au marteau !<br \/>\nOr ou plomb, tout m\u00e9tal est plong\u00e9 dans la braise,<br \/>\nEt jet\u00e9 pour refondre en l\u2019ardente fournaise.<br \/>\nTout br\u00fble, craque, fume et coule ; tout cela<br \/>\nSe tord, s\u2019unit, se fend, tombe l\u00e0, sort de l\u00e0,<br \/>\nCela siffle et murmure ou g\u00e9mit ; cela crie,<br \/>\nCela chante, cela sonne, se parle et prie ;<br \/>\nCela reluit, cela flambe et glisse dans l\u2019air,<br \/>\n\u00c9clate en pluie ardente ou serpente en \u00e9clair.<br \/>\nOeuvre, ouvriers, tout br\u00fble ; au feu tout se f\u00e9conde :<br \/>\nSalamandres partout ! \u2014 Enfer ! \u00c9den du monde !<br \/>\nParis ! principe et fin ! ombre et flambeau !\u2026<br \/>\n\u2014 Je ne sais si c\u2019est mal, tout cela ; mais c\u2019est beau !<br \/>\nMais c\u2019est grand ! mais on sent jusqu\u2019au fond de son \u00e2me<br \/>\nQu\u2019un monde tout nouveau se forge \u00e0 cette flamme,<br \/>\nOu soleil, ou com\u00e8te, on sent bien qu\u2019il sera ;<br \/>\nQu\u2019il br\u00fble ou qu\u2019il \u00e9claire, on sent qu\u2019il tournera,<br \/>\nQu\u2019il surgira brillant \u00e0 travers la fum\u00e9e,<br \/>\nQu\u2019il v\u00eatira pour tous quelque forme anim\u00e9e,<br \/>\nSymbolique, impr\u00e9vue et pure, on ne sait quoi,<br \/>\nQui sera pour chacun le signe d\u2019une foi,<br \/>\nCouvrira, devant Dieu, la terre comme un voile,<br \/>\nOu de son avenir sera comme l\u2019\u00e9toile,<br \/>\nEt, dans des flots d\u2019amour et d\u2019union, enfin<br \/>\nGuidera la famille humaine vers sa fin ;<br \/>\nMais que peut-\u00eatre aussi, br\u00fblant, pareil au glaive<br \/>\nDont le feu dess\u00e9cha les pleurs dans les yeux d\u2019Eve,<br \/>\nIl ira labourant le globe comme un champ,<br \/>\nEt semant la douleur du levant au couchant :<br \/>\nRasant l\u2019\u0153uvre de l\u2019homme et des temps comme l\u2019herbe<br \/>\nDont un vaste incendie emporte chaque gerbe,<br \/>\nEn laissant le d\u00e9sert, qui suit son large cours<br \/>\nComme un g\u00e9ant vainqueur, s\u2019\u00e9tendre pour toujours.<br \/>\nPeut-\u00eatre que, partout o\u00f9 se verra sa flamme,<br \/>\nDans tout corps s\u2019\u00e9teindra le c\u0153ur, dans tout c\u0153ur l\u2019\u00e2me,<br \/>\nQue rois et nations, se jetant \u00e0 genoux,<br \/>\nAux rochers \u00e9branl\u00e9s crieront : \u00ab \u00c9crasez-nous !<br \/>\nCar voil\u00e0 que Paris encore nous envoie<br \/>\nUne perdition qui brise notre voie ! \u00bb<br \/>\n\u2014 Que fais-tu donc, Paris, dans ton ardent foyer ?<br \/>\nQue jetteras-tu donc dans ton moule d\u2019acier ?<br \/>\nTon ouvrage est sans forme, et se p\u00e9trit encore<br \/>\nSous la main ouvri\u00e8re et le marteau sonore ;<br \/>\nIl s\u2019\u00e9tend, se resserre, et s\u2019engloutit souvent<br \/>\nDans le jeu des ressorts et du travail savant,<br \/>\nEt voil\u00e0 que d\u00e9j\u00e0 l\u2019impatient esclave<br \/>\nSe meut dans la Fournaise, et, sous les flots de lave,<br \/>\nIl nous montre une t\u00eate \u00e9norme, et des regards<br \/>\nPortant l\u2019ombre et le jour dans leurs rayons hagards.<\/p>\n<p>Je cessai de parler, car, dans le grand silence,<br \/>\nLe sourd mugissement du centre de la France<br \/>\nMonta jusqu\u2019\u00e0 la tour o\u00f9 nous \u00e9tions plac\u00e9s,<br \/>\nApport\u00e9 par le vent des nuages glac\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Comme l\u2019illusion de la raison se joue !<br \/>\nJe crus sentir mes pieds tourner avec la roue,<br \/>\nEt le feu du brasier qui montait vers les cieux<br \/>\nM\u2019\u00e9blouit tellement que je fermai les yeux.<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab Ah ! dit le Voyageur, la hauteur o\u00f9 nous sommes<br \/>\nDe corps et d\u2019\u00e2me est trop pour la force des hommes.<br \/>\nLa t\u00eate a ses faux pas comme le pied les siens ;<br \/>\nVous m\u2019avez soutenu, c\u2019est moi qui vous soutiens,<br \/>\nEt je chancelle encor, n\u2019osant plus sur la terre<br \/>\nContempler votre ville et son double myst\u00e8re.<br \/>\nMais je crains bien pour elle et pour vous, car voil\u00e0<br \/>\nQuelque chose de noir, de lourd, de vaste, l\u00e0,<br \/>\nAu plus haut point du ciel, o\u00f9 ne sauraient atteindre<br \/>\nLes feux dont l\u2019horizon ne cesse de se teindre ;<br \/>\nEt je crois entrevoir ce rocher t\u00e9n\u00e9breux<br \/>\nQu\u2019annonc\u00e8rent jadis les proph\u00e8tes h\u00e9breux.<br \/>\nLorsqu\u2019une meule \u00e9norme, ont-ils dit\u2026 \u2014 Il me semble<br \/>\nLa voir. \u2014 \u2026appara\u00eetra sur la cit\u00e9\u2026 \u2014 Je tremble<br \/>\nQue ce ne soit Paris. \u2014 \u2026dont les enfants auront<br \/>\nEffac\u00e9 J\u00e9sus-Christ du c\u0153ur comme du front\u2026<br \/>\nVous l\u2019avez fait ! \u2014 \u2026alors que la ville enivr\u00e9e<br \/>\nD\u2019elle-m\u00eame, au plaisir du sang sera livr\u00e9e\u2026<br \/>\nQu\u2019en pensez-vous ? \u2014 \u2026alors l\u2019Ange la rayera<br \/>\nDu monde, et le rocher du ciel l\u2019\u00e9crasera. \u00bb<\/p>\n<p>Je souris tristement : \u2014 \u00ab Il se peut bien, lui dis-je,<br \/>\nQue cela nous arrive avec ou sans prodige ;<br \/>\nLe ciel est noir sur nous ; mais il faudrait alors<br \/>\nQu\u2019ailleurs, pour l\u2019avenir, il f\u00fbt d\u2019autres tr\u00e9sors,<br \/>\nEt je n\u2019en connais pas. Si la force divine<br \/>\nEst en ceux dont l\u2019esprit sent, pr\u00e9voit et devine,<br \/>\nElle est ici. \u2014 Le Ciel la r\u00e9v\u00e8re. \u2014 Et sur nous<br \/>\nL\u2019ange exterminateur frapperait \u00e0 genoux,<br \/>\nEt sa main, \u00e0 la fois flamboyante et timide,<br \/>\nTremblerait de commettre un second d\u00e9icide.<br \/>\nMais abaissons nos yeux, et n\u2019allons pas chercher<br \/>\nSi ce que nous voyons est nuage ou rocher.<br \/>\nDescendons et quittons cette imposante cime<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019esprit voit un r\u00eave et le corps un ab\u00eeme.<br \/>\n\u2014 Je ne sais d\u2019assur\u00e9s, dans le chaos du sort,<br \/>\nQue deux points seulement, LA SOUFFRANCE ET LA MORT.<br \/>\nTous les hommes y vont avec toutes les villes.<br \/>\nMais les cendres, je crois, ne sont jamais st\u00e9riles.<br \/>\nSi celles de Paris un jour sur ton chemin<br \/>\nSe trouvent, p\u00e8se-les, et prends-nous dans ta main,<br \/>\nEt, voyant \u00e0 la place une rase campagne,<br \/>\nDis : \u00ab Le volcan a fait \u00e9clater sa montagne ! \u00bb<br \/>\nPense au triple labeur que je t\u2019ai r\u00e9v\u00e9l\u00e9,<br \/>\nEt songe qu\u2019au-dessus de ceux dont j\u2019ai parl\u00e9<br \/>\nIl en fut de meilleurs et de plus purs encore,<br \/>\nRares parmi tous ceux dont leur temps se d\u00e9core,<br \/>\nQue la foule admirait et bl\u00e2mait \u00e0 moiti\u00e9,<br \/>\nDes hommes pleins d\u2019amour, de doute et de piti\u00e9,<br \/>\nQui disaient : Je ne sais, des choses de la vie,<br \/>\nDont le pouvoir ou l\u2019or ne fut jamais l\u2019envie,<br \/>\nEt qui, par d\u00e9vouement, sans d\u00e9tourner les yeux,<br \/>\nBurent jusqu\u2019\u00e0 la lie un calice odieux.<br \/>\n\u2014 Ensuite, Voyageur, tu quitteras l\u2019enceinte,<br \/>\nTu jetteras au vent cette poussi\u00e8re \u00e9teinte,<br \/>\nPuis, levant seul ta voix dans le d\u00e9sert sans bruit,<br \/>\nTu crieras : \u00ab Pour longtemps le monde est dans la nuit ! \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9crit le 16 janvier 1831, \u00e0 Paris.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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