{"id":12649,"date":"2025-05-08T16:44:32","date_gmt":"2025-05-08T14:44:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=12649"},"modified":"2025-05-08T16:44:32","modified_gmt":"2025-05-08T14:44:32","slug":"dolorida","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/dolorida\/","title":{"rendered":"Dolorida"},"content":{"rendered":"<p>Est-ce la Volupt\u00e9 qui, pour ses doux myst\u00e8res,<br \/>\nFurtive, a rallum\u00e9 ces lampes solitaires ?<br \/>\nLa gaze et le cristal sont leur p\u00e2le prison.<br \/>\nAux souffles purs d\u2019un soir de l\u2019ardente saison<br \/>\nS\u2019ouvre sur le balcon la moresque fen\u00eatre ;<br \/>\nUne aurore impr\u00e9vue \u00e0 minuit semble na\u00eetre,<br \/>\nQuand la lune appara\u00eet, quand ses gerbes d\u2019argent<br \/>\nFont p\u00e2lir les lueurs du feu rose et changeant ;<br \/>\nLes deux clart\u00e9s \u00e0 l\u2019\u0153il offrent partout leurs pi\u00e8ges,<br \/>\nCaressent mollement le velours bleu des si\u00e8ges,<br \/>\nLa soyeuse ottomane o\u00f9 le livre est encor,<br \/>\nLa pendule mobile entre deux vases d\u2019or,<br \/>\nLa Madone d\u2019argent, sous des roses cach\u00e9e,<br \/>\nEt sur un lit d\u2019azur une beaut\u00e9 couch\u00e9e.<\/p>\n<p>Oh ! jamais dans Madrid un noble cavalier<br \/>\nNe verra tant de gr\u00e2ce \u00e0 plus d\u2019art s\u2019allier ;<br \/>\nJamais pour plus d\u2019attraits, lorsque la nuit commence,<br \/>\nN\u2019a fr\u00e9mi la guitare et langui la romance ;<br \/>\nJamais, dans nulle \u00e9glise, on ne vit plus beaux yeux<br \/>\nDes grains du chapelet se tourner vers les cieux ;<br \/>\nSur les mille degr\u00e9s du vaste amphith\u00e9\u00e2tre<br \/>\nOn n\u2019admira jamais plus belles mains d\u2019alb\u00e2tre,<br \/>\nSous la mantille noire et ses paillettes d\u2019or,<br \/>\nApplaudissant, de loin, l\u2019adroit Tor\u00e9ador.<\/p>\n<p>Mais, \u00f4 vous qu\u2019en secret nulle \u0153illade attentive<br \/>\nDans ses rayons brillants ne chercha pour captive,<br \/>\nJeune foule d\u2019amants, Espagnols \u00e0 l\u2019\u0153il noir,<br \/>\nSi sous la perle et l\u2019or vous l\u2019adoriez le soir,<br \/>\nQui de vous ne voudrait (d\u00fbt la dague andalouse<br \/>\nLe frapper au retour de sa pointe jalouse)<br \/>\nProsterner ses baisers sur ces pieds d\u00e9couverts,<br \/>\nCe col, ce sein d\u2019alb\u00e2tre, \u00e0 l\u2019air nocturne ouverts,<br \/>\nEt ces longs cheveux noirs tombant sur son \u00e9paule,<br \/>\nComme tombe \u00e0 ses pieds le v\u00eatement du saule ?<\/p>\n<p>Dolorida n\u2019a plus que ce voile incertain,<br \/>\nLe premier que rev\u00eat le pudique matin<br \/>\nEt le dernier rempart que, dans sa nuit fol\u00e2tre,<br \/>\nL\u2019amour ose enlever d\u2019une main idol\u00e2tre.<br \/>\nSes bras nus \u00e0 sa t\u00eate offrent un mol appui,<br \/>\nMais ses yeux sont ouverts, et bien du temps a fui<br \/>\nDepuis que, sur l\u2019\u00e9mail, dans ses douze demeures,<br \/>\nIls suivent ce compas qui tourne avec les heures.<br \/>\nQue fait-il donc, celui que sa douleur attend ?<br \/>\nSans doute il n\u2019aime pas, celui qu\u2019elle aime tant.<br \/>\nA peine chaque jour l\u2019\u00e9pouse d\u00e9laiss\u00e9e<br \/>\nVoit un baiser distrait sur sa l\u00e8vre empress\u00e9e<br \/>\nTomber seul, sans l\u2019amour ; son amour cependant<br \/>\nS\u2019accro\u00eet par les d\u00e9dains et souffre plus ardent.<\/p>\n<p>Pr\u00e8s d\u2019un constant \u00e9poux, peut-\u00eatre, \u00f4 jeune femme !<br \/>\nQuelque infid\u00e8le espoir e\u00fbt \u00e9gar\u00e9 ton \u00e2me ;<br \/>\nCar l\u2019amour d\u2019une femme est semblable \u00e0 l\u2019enfant<br \/>\nQui, las de ses jouets, les brise triomphant,<br \/>\nFoule d\u2019un pied volage une rose immobile,<br \/>\nEt suit l\u2019insecte ail\u00e9 qui fuit sa main d\u00e9bile.<\/p>\n<p>Pourquoi Dolorida seule en ce grand palais,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019on n\u2019entend, ce soir, ni le pied des valets,<br \/>\nNi, dans la galerie et les corridors tristes,<br \/>\nLes enfantines voix des vives cam\u00e9ristes ?<\/p>\n<p>Trois heures cependant ont lentement sonn\u00e9 ;<br \/>\nLa voix du temps est triste au c\u0153ur abandonn\u00e9 ;<br \/>\nSes coups y r\u00e9veillaient la douleur de l\u2019absence,<br \/>\nEt la lampe luttait ; sa flamme sans puissance<br \/>\nD\u00e9croissait in\u00e9gale, et semblait un mourant<br \/>\nQui sur la vie encor jette un regard errant.<br \/>\nA ses yeux fatigu\u00e9s tout se montre plus sombre,<br \/>\nLe crucifix pench\u00e9 semble agiter son ombre ;<br \/>\nUn grand froid la saisit, mais les fortes douleurs<br \/>\nIgnorent les sanglots, les soupirs et les pleurs :<br \/>\nElle reste immobile, et, sous un air paisible<br \/>\nMord, d\u2019une dent jalouse, une main insensible.<\/p>\n<p>Que le silence est long ! Mais on entend des pas ;<br \/>\nLa porte s\u2019ouvre, il entre : elle ne tremble pas !<br \/>\nElle ne tremble pas, \u00e0 sa p\u00e2le figure<br \/>\nQui de quelque malheur semble tra\u00eener l\u2019augure ;<br \/>\nElle voit sans effroi son jeune \u00e9poux, si beau,<br \/>\nMarcher jusqu\u2019\u00e0 son lit comme on marche au tombeau.<br \/>\nSous les plis du manteau se courbe sa faiblesse ;<br \/>\nM\u00eame sa longue \u00e9p\u00e9e est un poids qui le blesse.<br \/>\nTomb\u00e9 sur ses genoux, il parle \u00e0 demi-voix :<br \/>\n\u00ab \u2014 Je viens te dire adieu ; je me meurs, tu le vois,<br \/>\nDolorida, je meurs ! une flamme inconnue,<br \/>\nErrante, est de mon sang jusqu\u2019au c\u0153ur parvenue.<br \/>\nMes pieds sont froids et lourds, mon \u0153il est obscurci ;<br \/>\nJe suis tomb\u00e9 trois fois en revenant ici.<br \/>\nMais je voulais te voir ; mais, quand l\u2019ardente fi\u00e8vre<br \/>\nPar des frissons br\u00fblants a fait trembler ma l\u00e8vre,<br \/>\nJ\u2019ai dit : Je vais mourir ; que la fin de mes jours<br \/>\nLui fasse au moins savoir qu\u2019absent j\u2019aimais toujours.<br \/>\nAlors je suis partis ne demandant qu\u2019une heure<br \/>\nEt qu\u2019un peu de soutien pour trouver ta demeure.<br \/>\nJe me sens plus vivant \u00e0 genoux devant toi.<\/p>\n<p>\u2014 Pourquoi mourir ici, quand vous viviez sans moi ?<\/p>\n<p>\u2014 \u00d4 c\u0153ur inexorable ! oui, tu fus offens\u00e9e !<br \/>\nMais \u00e9coute mon souffle, et sens ma main glac\u00e9e ;<br \/>\nViens toucher sur mon front cette froide sueur,<br \/>\nDu tr\u00e9pas dans mes yeux vois la terne lueur ;<br \/>\nDonne, oh ! donne une main ; dis mon nom. Fais entendre<br \/>\nQuelque mot consolant, s\u2019il ne peut \u00eatre tendre.<br \/>\nDes jours qui m\u2019\u00e9taient dus je n\u2019ai pas la moiti\u00e9 :<br \/>\nLaisse en aller mon \u00e2me en r\u00eavant ta piti\u00e9 !<br \/>\nH\u00e9las ! devant la mort montre un peu d\u2019indulgence !<\/p>\n<p>\u2014 La mort n\u2019est que la mort et n\u2019est pas la vengeance.<\/p>\n<p>\u2014 \u00d4 Dieux ! si jeune encor ! tout son c\u0153ur endurci !<br \/>\nQu\u2019il t\u2019a fallu souffrir pour devenir ainsi !<br \/>\nTout mon crime est empreint au fond de ton langage,<br \/>\nFaible amie, et ta force horrible est mon ouvrage.<br \/>\nMais viens, \u00e9coute-moi, viens, je m\u00e9rite et veux<br \/>\nQue ton \u00e2me apais\u00e9e entende mes aveux.<br \/>\nJe jure, et tu le vois, en expirant, ma bouche<br \/>\nJure devant ce Christ qui domine ta couche,<br \/>\nEt si par leur faiblesse ils n\u2019\u00e9taient pas li\u00e9s,<br \/>\nJe l\u00e8verais mes bras jusqu\u2019au sang de ses pieds ;<br \/>\nJe jure que jamais mon amour \u00e9gar\u00e9e<br \/>\nN\u2019oublia loin de toi ton image ador\u00e9e ;<br \/>\nL\u2019infid\u00e9lit\u00e9 m\u00eame \u00e9tait pleine de toi,<br \/>\nJe te voyais partout entre ma faute et moi,<br \/>\nEt sur un autre c\u0153ur mon c\u0153ur r\u00eavait tes charmes<br \/>\nPlus touchants par mon crime et plus beaux par tes larmes.<br \/>\nS\u00e9duit par ces plaisirs qui durent peu de temps !<br \/>\nJe fus bien criminel ; mais, h\u00e9las ! j\u2019ai vingt ans.<\/p>\n<p>\u2014 T\u2019a-t-elle vu p\u00e2lir ce soir dans tes souffrances ?<\/p>\n<p>\u2014 J\u2019ai vu son d\u00e9sespoir passer tes esp\u00e9rances,<br \/>\nOui, sois heureuse, elle a sa part dans nos douleurs ;<br \/>\nQuand j\u2019ai cri\u00e9 ton nom, elle a vers\u00e9 des pleurs ;<br \/>\nCar je ne sais quel mal circule dans mes veines ;<br \/>\nMais je t\u2019invoquais seule avec des plaintes vaines.<br \/>\nJ\u2019ai cru d\u2019abord mourir et n\u2019avoir pas le temps<br \/>\nD\u2019appeler ton pardon sur mes derniers instants.<br \/>\nOh ! parle ; mon c\u0153ur fuit ; quitte ce dur langage ;<br \/>\nQu\u2019un regard\u2026 Mais quel est ce blanch\u00e2tre breuvage<br \/>\nQue tu bois \u00e0 longs traits et d\u2019un air insens\u00e9 ?<\/p>\n<p>\u2014 Le reste du poison qu\u2019hier je t\u2019ai vers\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>\u00c9crit en 1823, dans les Pyr\u00e9n\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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