{"id":12630,"date":"2025-05-08T16:03:48","date_gmt":"2025-05-08T14:03:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=12630"},"modified":"2025-05-08T16:06:59","modified_gmt":"2025-05-08T14:06:59","slug":"chant-second-le-navire","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/chant-second-le-navire\/","title":{"rendered":"Chant second, Le Navire"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur priv\u00e9 d\u2019amour, c\u2019est bien peu que la gloire.<br \/>\nSi de quelque bonheur rayonne la victoire,<br \/>\nSoit pour les grands guerriers, soit \u00e0 ceux dont la voix<br \/>\n\u00c9claire les mortels ou leur dicte des lois,<br \/>\nN\u2019est-ce point qu\u2019en secret, chaque pas de leur vie<br \/>\nRetentit dans une \u00e2me invisible et ravie<br \/>\nComme au sein d\u2019un \u00e9cho qui des sons \u00e9clatants<br \/>\nS\u2019empare en sa retraite et les redit longtemps ?<br \/>\nAinsi des chevaliers la race simple et brave<br \/>\nAu servage d\u2019amour rangeait sa gloire esclave ;<br \/>\nAinsi de la beaut\u00e9 les secr\u00e8tes faveurs<br \/>\n\u00c9lev\u00e8rent aux Cieux les po\u00e8tes r\u00eaveurs ;<br \/>\nAinsi souvent, dit-on, le bonheur d\u2019un empire<br \/>\nAux peuples, par les rois, descendit d\u2019un sourire.<\/p>\n<p>Il s\u2019est trouv\u00e9 parfois, comme pour faire voir<br \/>\nQue du bonheur en nous est encor le pouvoir,<br \/>\nDeux \u00e2mes, s\u2019\u00e9levant sur les plaines du monde,<br \/>\nToujours l\u2019une pour l\u2019autre existence f\u00e9conde,<br \/>\nPuissantes \u00e0 sentir avec un feu pareil,<br \/>\nDouble et br\u00fblant rayon n\u00e9 d\u2019un m\u00eame soleil,<br \/>\nVivant comme un seul \u00eatre, intime et pur m\u00e9lange,<br \/>\nSemblables dans leur vol aux deux ailes d\u2019un ange,<br \/>\nOu telles que des nuits les jumeaux radieux<br \/>\nD\u2019un fraternel \u00e9clat illuminent les cieux.<br \/>\nSi l\u2019homme a s\u00e9par\u00e9 leur ardeur mutuelle,<br \/>\nC\u2019est alors que l\u2019on voit et rapide et fid\u00e8le<br \/>\nChacune, de la foule \u00e9cartant l\u2019\u00e9paisseur,<br \/>\nTraverser l\u2019Univers et voler \u00e0 sa s\u0153ur.<\/p>\n<p>Belle Scio, la nuit cache ta blanche ville<br \/>\nDe tout corsaire Grec myst\u00e9rieux asile ;<br \/>\nMais il faut se h\u00e2ter, de peur que le matin<br \/>\nNe montre tes appr\u00eats au Musulman lointain.<br \/>\nTandis qu\u2019au saint discours de leur vieux Patriarche,<br \/>\nComme Isra\u00ebl jadis \u00e0 l\u2019approche de l\u2019Arche,<br \/>\nAinsi qu\u2019un homme seul ce peuple se levait,<br \/>\nSolitaire au rivage un des Grecs se trouvait,<br \/>\nTriste, et cherchant au loin sur cette mer connue,<br \/>\nSi d\u2019Ath\u00e8ne \u00e0 ces bords quelque voile est venue<br \/>\nParmi tous ces vaisseaux qui d\u2019un furtif abord<br \/>\nDu flot bleu de la rade avaient touch\u00e9 le bord ;<br \/>\nChaque nef y trouvait ses compagnes fid\u00e8les :<br \/>\nC\u2019est ainsi qu\u2019en hiver, les noires hirondelles<br \/>\nAu bord d\u2019un lac choisi par le l\u00e9ger conseil,<br \/>\nPr\u00eates \u00e0 s\u2019\u00e9lancer pour suivre leur soleil,<br \/>\nEt saluant de loin la rive hospitali\u00e8re,<br \/>\nPr\u00e9parent \u00e0 grands cris leur aile aventuri\u00e8re.<br \/>\nMais rien ne para\u00eet plus, que la lune qui dort<br \/>\nSur des flots m\u00e9lang\u00e9s et de saphir et d\u2019or :<br \/>\nIl n\u2019y voit s\u2019\u00e9lever que les montagnes sombres,<br \/>\nLes colonnes de marbre et les lointaines ombres<br \/>\nDes \u00eeles du couchant, dont l\u2019aspect s\u00e9rieux<br \/>\nS\u2019oppose au doux sourire et des eaux et des cieux.<br \/>\n\u00ab \u00d4 faites-moi mourir ou donnez-moi des ailes !<br \/>\n\u00ab Criait-il ; aux dangers nous serons infid\u00e8les :<br \/>\n\u00ab Le sang vers\u00e9 peut-\u00eatre accuse ce retard,<br \/>\n\u00ab L\u2019ancre de nos vaisseaux se l\u00e8vera trop tard. \u00bb<br \/>\nAinsi disait sa voix ; mais une voix sacr\u00e9e<br \/>\nAjoutait dans son c\u0153ur : \u00ab Attends, vierge ador\u00e9e,<br \/>\n\u00ab H\u00e9l\u00e9na, mon espoir, avant que le soleil<br \/>\n\u00ab Des portiques d\u2019Ath\u00e8ne ait dor\u00e9 le r\u00e9veil,<br \/>\n\u00ab Avant qu\u2019au Minaret, des profanes pri\u00e8res,<br \/>\n\u00ab L\u2019Iman ait par trois fois annonc\u00e9 les derni\u00e8res,<br \/>\n\u00ab Ma main qui sur ta main ressaisira ses droits,<br \/>\n\u00ab Sur le seuil de ta porte aura plant\u00e9 la Croix.<br \/>\n\u00ab Suspends de tes beaux yeux les larmes r\u00e9pandues<br \/>\n\u00ab Et tes d\u00e9votes nuits \u00e0 prier assidues :<br \/>\n\u00ab C\u2019est \u00e0 moi de veiller sur tes jours pr\u00e9cieux,<br \/>\n\u00ab De conqu\u00e9rir ta main et la faveur des Cieux.<br \/>\n\u00ab Bient\u00f4t lorsque la paix couronnant notre \u00e9p\u00e9e<br \/>\n\u00ab Rajeunira les champs de la Gr\u00e8ce usurp\u00e9e,<br \/>\n\u00ab Quand nos bras affranchis sauront tous appuyer<br \/>\n\u00ab La saintet\u00e9 des m\u0153urs et l\u2019honneur du foyer,<br \/>\n\u00ab Alors on nous verra tous deux, ma fianc\u00e9e,<br \/>\n\u00ab Traverser lentement une foule empress\u00e9e,<br \/>\n\u00ab Devant nous les danseurs et le flambeau sacr\u00e9 ;<br \/>\n\u00ab Puis du voile de feu son front sera par\u00e9,<br \/>\n\u00ab Et les Grecs s\u2019\u00e9crieront : \u00ab Voyez, c\u2019est la plus belle,<br \/>\n\u00ab C\u2019est la belle H\u00e9l\u00e9na qui, pieuse et fid\u00e8le,<br \/>\n\u00ab Pour sa patrie et Dieu, sacrifiant son c\u0153ur,<br \/>\n\u00ab Devait p\u00e9rir, ou vivre avec Mora vainqueur !<br \/>\n\u00ab Et le voici : c\u2019est lui dont la main vengeresse<br \/>\n\u00ab Brisa le premier n\u0153ud des cha\u00eenes de la Gr\u00e8ce,<br \/>\n\u00ab Et pliant sous sa loi les corsaires dompt\u00e9s,<br \/>\n\u00ab Apprit \u00e0 leurs vaisseaux des flots inusit\u00e9s. \u00bb<br \/>\nAinsi loin de la foule \u00e9mue et turbulente,<br \/>\nAupr\u00e8s de cette mer \u00e0 la vague indolente<br \/>\nR\u00eavait le jeune Grec, et son front inclin\u00e9<br \/>\nDe cheveux blonds flottants p\u00e2lissait couronn\u00e9.<br \/>\nTel, loin des pins noircis qu\u2019\u00e9branle un sombre orage,<br \/>\nSur une onde voisine o\u00f9 tremble son image,<br \/>\nUn saule retir\u00e9 courbant ses longs rameaux,<br \/>\nPleure et du fleuve ami trouble les belles eaux.<br \/>\nMais le cri du d\u00e9part succ\u00e8de \u00e0 la pri\u00e8re ;<br \/>\nD\u2019innombrables flambeaux que voile la poussi\u00e8re,<br \/>\nRetournent aux vaisseaux ; il y marche \u00e0 grands pas ;<br \/>\nChangeant sa r\u00eaverie en l\u2019espoir des combats,<br \/>\nTandis que l\u2019ancre lourde en criant se retire,<br \/>\nSur le pont balanc\u00e9 du plus l\u00e9ger navire,<br \/>\nIl s\u2019\u00e9lance joyeux comme le cerf des bois,<br \/>\nQui de sa blanche biche entend bramer la voix,<br \/>\nEt prompt au cri plaintif de sa timide amante<br \/>\nSaute d\u2019un large bond la cascade \u00e9cumante.<br \/>\nLa voile est d\u00e9ploy\u00e9e \u00e0 recevoir le vent,<br \/>\nEt les regards d\u2019adieu vers le mont s\u2019\u00e9levant,<br \/>\nOnt vu pr\u00e8s d\u2019un feu blanc dont l\u2019\u00eele se d\u00e9core,<br \/>\nLe vieux moine, et sa Croix qui les b\u00e9nit encore.<\/p>\n<p>On partait, on voguait, lorsqu\u2019un timide esquif<br \/>\nComme aux bras de sa m\u00e8re accourt l\u2019enfant craintif,<br \/>\nAu milieu de la flotte en silence se glisse.<br \/>\n\u2014 \u00ab \u00cates-vous Grecs ? Venez, que l\u2019Ottoman p\u00e9risse ! \u00bb<br \/>\n\u2014 \u00ab On se bat dans Ath\u00e8ne. Une femme est ici<br \/>\n\u00ab Qui vous demande asile, et pleure. La voici. \u00bb<br \/>\nOn voit deux matelots puis une jeune fille ;<br \/>\nIls montent sur le bord, une lumi\u00e8re y brille,<br \/>\nUn cri part : \u00ab H\u00e9l\u00e9na ! \u00bb Mais les yeux d\u2019un amant<br \/>\nPouvaient seuls le savoir ; p\u00e2le d\u2019\u00e9tonnement<br \/>\nLui-m\u00eame a recul\u00e9, croyant voir lui sourire<br \/>\nLe fant\u00f4me \u00e9gar\u00e9 d\u2019une jeune martyre.<br \/>\nIl semblait que la mort e\u00fbt d\u00e9j\u00e0 dispos\u00e9<br \/>\nDe ce teint de seize ans par des pleurs arros\u00e9 :<br \/>\nSa bouche \u00e9tait bleu\u00e2tre, entr\u2019ouverte et tremblante ;<br \/>\nSon sein, sous une robe en d\u00e9sordre et sanglante,<br \/>\nSe gonflait de soupirs et battait agit\u00e9<br \/>\nComme un flot blanc des mers par le vent tourment\u00e9.<br \/>\nUn voile d\u00e9chir\u00e9 tombant des tresses blondes<br \/>\nQu\u2019entra\u00eenait \u00e0 ses pieds l\u2019humide poids des ondes,<br \/>\nNe savait pas cacher dans ses mobiles plis<br \/>\nLe sang qui rougissait ses \u00e9paules de lis.<br \/>\nSerrant un crucifix dans ses mains r\u00e9unies,<br \/>\nComme un dernier tr\u00e9sor pour les vierges bannies,<br \/>\nSur ses traits n\u2019\u00e9tait pas la crainte ou l\u2019amiti\u00e9 ;<br \/>\nElle n\u2019implorait point une indigne piti\u00e9,<br \/>\nMais, fi\u00e8re, elle semblait chercher dans sa pens\u00e9e<br \/>\nCe qui vengerait mieux une femme offens\u00e9e,<br \/>\nEt demander au Dieu d\u2019amour et de douleur<br \/>\nDes forces pour lutter contre elle et le malheur.<br \/>\nLe jeune Grec disait : \u00ab Parlez, ma bien-aim\u00e9e,<br \/>\n\u00ab Votre voix \u00e0 ma voix est-elle inanim\u00e9e ?<br \/>\n\u00ab Vous repoussez ce bras, ce c\u0153ur o\u00f9 pour toujours<br \/>\n\u00ab Se doivent confier et s\u2019appuyer vos jours !<br \/>\n\u00ab Vous le voulez ? eh bien ! je le veux, que ma bouche<br \/>\n\u00ab S\u2019\u00e9loigne de vos mains, et jamais ne les touche ;<br \/>\n\u00ab Non, ne m\u2019approchez pas, s\u2019il le faut ; mais du moins,<br \/>\n\u00ab H\u00e9l\u00e9na, parlez-moi, nous sommes sans t\u00e9moins :<br \/>\n\u00ab Voyez, tous les soldats ont connu ma pens\u00e9e,<br \/>\n\u00ab Ils n\u2019ont fait que vous voir, la poupe est d\u00e9laiss\u00e9e.<br \/>\n\u00ab Ce voyage et la nuit auront un m\u00eame cours,<br \/>\n\u00ab Usons d\u2019un temps sacr\u00e9 propice \u00e0 nos discours,<br \/>\n\u00ab C\u2019est le dernier peut-\u00eatre. \u00d4 ! dites, mon amie,<br \/>\n\u00ab Pourquoi pas dans Ath\u00e8ne \u00e0 cette heure endormie ?<br \/>\n\u00ab Et pourquoi dans ces lieux ? et comment ? et pourquoi<br \/>\n\u00ab Ce d\u00e9sordre et vos yeux qui s\u2019\u00e9loignent de moi ? \u00bb<\/p>\n<p>Ainsi disait Mora ; mais la jeune exil\u00e9e<br \/>\n\u00c0 des propos d\u2019amour n\u2019\u00e9tait point rappel\u00e9e,<br \/>\nM\u00eame de chaque mot semblait na\u00eetre un chagrin ;<br \/>\nCar, appuyant alors sa t\u00eate dans sa main,<br \/>\nElle pleura long-temps. On l\u2019entendait dans l\u2019ombre<br \/>\nComme on entend, le soir, dans le fond d\u2019un bois sombre<br \/>\nMurmurer une source en un lit inconnu.<br \/>\nCherchant quelque discours de son c\u0153ur bien venu,<br \/>\nSon ami, qui croyait dissiper sa tristesse,<br \/>\nRegarda vers la mer, et parla de la Gr\u00e8ce.<br \/>\nLorsque tombe la feuille et s\u2019abr\u00e8ge le jour,<br \/>\nEt qu\u2019un jeune homme \u00e9teint se meurt, et meurt d\u2019amour,<br \/>\nIl ne go\u00fbte plus rien des choses de la terre :<br \/>\nSon \u0153il d\u00e9courag\u00e9, que la faiblesse alt\u00e8re,<br \/>\nSe tourne lentement vers le Ciel d\u00e9j\u00e0 gris,<br \/>\nEt sur la feuille jaune et les gazons fl\u00e9tris,<br \/>\nIl rit d\u2019un rire amer au deuil de la nature,<br \/>\nEt sous chaque arbrisseau place sa s\u00e9pulture ;<br \/>\nSa m\u00e8re alors toujours sur le lit douloureux<br \/>\nCourb\u00e9e, et s\u2019effor\u00e7ant \u00e0 des regards heureux,<br \/>\nLui dit sa sant\u00e9 belle, et vante l\u2019esp\u00e9rance<br \/>\nQui n\u2019est pas dans son c\u0153ur, lui dit les jeux d\u2019enfance,<br \/>\nEt la gloire, et l\u2019\u00e9tude, et les fleurs du beau temps,<br \/>\nEt ce soleil ami qui revient au printemps.<\/p>\n<p>Les navires pench\u00e9s volaient sur l\u2019eau dor\u00e9e<br \/>\nComme de cygnes blancs une troupe \u00e9gar\u00e9e<br \/>\nQui cherche l\u2019air natal et le lac paternel.<br \/>\nLe spectacle des mers est grand et solennel :<br \/>\nCe mobile d\u00e9sert, bruyant et monotone,<br \/>\nAttriste la pens\u00e9e encor plus qu\u2019il n\u2019\u00e9tonne ;<br \/>\nEt l\u2019homme, entre le Ciel et les ondes jet\u00e9,<br \/>\nSe plaint d\u2019\u00eatre si peu devant l\u2019immensit\u00e9.<br \/>\nCe fut surtout alors que cette mer antique<br \/>\nAux Grecs silencieux apparut magnifique.<br \/>\nLa nuit, cachant les bords, ne montrait \u00e0 leurs yeux<br \/>\nQue les tombeaux \u00e9pars et les temples des dieux,<br \/>\nQui brillant tour \u00e0 tour au sein des \u00eeles sombres,<br \/>\nEscortaient les vaisseaux, comme de blanches ombres,<br \/>\nEn leur parlant toujours et de la libert\u00e9,<br \/>\nEt d\u2019amour, et de gloire, et d\u2019immortalit\u00e9.<br \/>\nAlors Mora, semblable aux antiques Rapsodes<br \/>\nQui chantaient sur les flots d\u2019harmonieuses odes,<br \/>\nEnflamma ses discours de ce feu pr\u00e9cieux<br \/>\nQue conservent aux Grecs l\u2019amour et leurs beaux cieux :<br \/>\n\u00ab \u00d4 regarde, H\u00e9l\u00e9na ! que ta t\u00eate afflig\u00e9e<br \/>\n\u00ab Se soul\u00e8ve un moment pour voir la mer \u00c9g\u00e9e ;<br \/>\n\u00ab \u00d4 respirons cet air ! c\u2019est l\u2019air de nos a\u00efeux,<br \/>\n\u00ab L\u2019air de la libert\u00e9 qui fait les demi-dieux ;<br \/>\n\u00ab La rose et le laurier qui l\u2019embaument sans cesse,<br \/>\n\u00ab De victoire et de paix lui portent la promesse,<br \/>\n\u00ab Et ses beaux champs captifs qui nous sont destin\u00e9s<br \/>\n\u00ab Ont encor dans leur sein des germes fortun\u00e9s :<br \/>\n\u00ab Le soleil affranchi va tous les faire \u00e9clore.<br \/>\n\u00ab Vois ces \u00eeles : c\u2019\u00e9taient les corbeilles de Flore ;<br \/>\n\u00ab Rien n\u2019y fut s\u00e9rieux, pas m\u00eame les malheurs ;<br \/>\n\u00ab Les villes de ces bords avaient des noms de fleurs ;<br \/>\n\u00ab Et, comme le parfum qui survit \u00e0 la rose,<br \/>\n\u00ab Autour des murs tomb\u00e9s leur souvenir repose.<br \/>\n\u00ab L\u00e0, sous ces oliviers au feuillage tremblant,<br \/>\n\u00ab Un autel de V\u00e9nus lavait son marbre blanc ;<br \/>\n\u00ab Vois cet astre si pur dont la nuit se d\u00e9core<br \/>\n\u00ab Dans ce ciel amoureux, c\u2019est Cyth\u00e9r\u00e9e encore :<br \/>\n\u00ab  a\u00efeux ce ciel est enchant\u00e9,<br \/>\n\u00ab Son plus beau feu re\u00e7ut le nom de la beaut\u00e9,<br \/>\n\u00ab La beaut\u00e9 leur d\u00e9esse. \u00c2me de la nature,<br \/>\n\u00ab Disaient-ils, l\u2019univers roule dans sa ceinture :<br \/>\n\u00ab Elle vient, le vent tombe et la terre fleurit ;<br \/>\n\u00ab La mer sous ses pieds blancs s\u2019apaise et lui sourit.<br \/>\n\u00ab Mensonges gracieux, religion charmante<br \/>\n\u00ab Que r\u00eave encor l\u2019amant aupr\u00e8s de son amante ! \u00bb<\/p>\n<p>Quand un lis parfum\u00e9 qu\u2019arrose l\u2019Ilissus,<br \/>\nDe son beau v\u00eatement courbe les blancs tissus,<br \/>\nSous l\u2019injure des vents et de la lourde pluie,<br \/>\nS\u2019il advient qu\u2019un rayon pour un moment l\u2019essuie,<br \/>\nSon front alors s\u2019\u00e9l\u00e8ve, et, fier dans son r\u00e9veil,<br \/>\nEntr\u2019ouvre un sein humide et cherche son soleil ;<br \/>\nMais l\u2019eau qui l\u2019a fl\u00e9tri, prolongeant son supplice,<br \/>\nTombe encor lentement des bords de son calice.<br \/>\nH\u00e9l\u00e9na releva son front et ses beaux yeux,<br \/>\nLes \u00e9gara long-temps sur la mer et les cieux,<br \/>\nSes pleurs avaient cess\u00e9, mais non pas sa tristesse.<br \/>\nD\u2019un rire d\u00e9daigneux : \u00ab C\u2019est donc une autre Gr\u00e8ce,<br \/>\n\u00ab Dit-elle, o\u00f9 vous voyez des temples et des fleurs ?<br \/>\n\u00ab Moi, je vois des tombeaux bris\u00e9s par des malheurs.<br \/>\n\u00ab \u2014 Eh quoi ! derri\u00e8re nous, vois-tu pas, mon amie,<br \/>\n\u00ab Telle qu\u2019une Sir\u00e8ne en ses flots endormie,<br \/>\n\u00ab Lesbos au blanc rivage, o\u00f9 l\u2019on dit qu\u2019autrefois<br \/>\n\u00ab Les premiers chants humains mesur\u00e8rent les voix ?<br \/>\n\u00ab Une vague y jeta comme un divin troph\u00e9e<br \/>\n\u00ab La t\u00eate harmonieuse et la lyre d\u2019Orph\u00e9e ;<br \/>\n\u00ab Avec le m\u00eame flot, la M\u00e9lodie alors<br \/>\n\u00ab Aborda : tous les sons connurent les accords ;<br \/>\n\u00ab Philom\u00e8le en ces lieux g\u00e9missait plus savante.<br \/>\n\u00ab Fi\u00e8re de ses enfants, cette \u00eele encor se vante<br \/>\n\u00ab Des pleurs m\u00e9lodieux et des tristes concerts<br \/>\n\u00ab Qu\u2019\u00e0 leur mort soupiraient les Muses dans les airs. \u00bb<br \/>\nMais H\u00e9l\u00e9na disait, en secouant sa t\u00eate<br \/>\nEt ses cheveux flottants : \u00ab Votre bouche s\u2019arr\u00eate ;<br \/>\n\u00ab Vous craignez ma tristesse et ne me dites pas,<br \/>\n\u00ab Sapho, son abandon, sa lyre et son tr\u00e9pas.<br \/>\n\u00ab Elle \u00e9tait comme moi, jeune, faible, amoureuse ;<br \/>\n\u00ab Je vais mourir aussi, mais bien plus malheureuse !<br \/>\n\u00ab \u2014 Tu ne peux pas mourir, puisque je combattrai.<br \/>\n\u00ab \u2014 Oui, vous serez vainqueur, et pourtant je mourrai !<br \/>\n\u00ab Que les vents sont tardifs ! Quel est donc ce rivage ?<br \/>\n\u00ab \u2014 H\u00e9l\u00e9na, d\u00e9tournons un lugubre pr\u00e9sage.<br \/>\n\u00ab Bient\u00f4t nous abordons : ne vois-tu pas d\u00e9j\u00e0<br \/>\n\u00ab La flottante D\u00e9los, qu\u2019Apollon prot\u00e9gea ?<br \/>\n\u00ab Paros au marbre pur, sous le ciseau docile ?<br \/>\n\u00ab Scyros ou bel enfant se travestit Achille ?<br \/>\n\u00ab Vers le nord c\u2019est Z\u00e9a qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 nos yeux ;<br \/>\n\u00ab Vois l\u2019Attique : \u00e0 pr\u00e9sent reconnais-tu tes cieux ? \u00bb<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e9na se leva : \u00ab Lune m\u00e9lancolique,<br \/>\n\u00ab Dit-elle, \u00f4 montre-moi les rives de l\u2019Attique !<br \/>\n\u00ab Que tes chastes rayons dorant ses bois anciens,<br \/>\n\u00ab L\u2019\u00e9clairent \u00e0 mes yeux sans m\u2019\u00e9clairer aux siens !<br \/>\n\u00ab \u00d4 Gr\u00e8ce, je t\u2019aimais comme on aime sa m\u00e8re !<br \/>\n\u00ab Que ce vent conducteur qui rase l\u2019onde am\u00e8re,<br \/>\n\u00ab Emporte mon adieu que tu n\u2019entendras pas,<br \/>\n\u00ab Jusqu\u2019aux lauriers amis de mes plus jeunes pas,<br \/>\n\u00ab De mes pas curieux. Lorsque seule, \u00e9gar\u00e9e,<br \/>\n\u00ab Sous un pudique voile, aux rives du Pir\u00e9e,<br \/>\n\u00ab J\u2019allais, de Th\u00e9mistocle invoquant le tombeau,<br \/>\n\u00ab R\u00eaver un jeune \u00e9poux, fid\u00e8le, illustre et beau,<br \/>\n\u00ab Couple fier et joyeux, de nos temples antiques,<br \/>\n\u00ab Nous aurions d\u2019un pas libre admir\u00e9 les portiques ;<br \/>\n\u00ab Mes destins bienheureux ne seraient plus r\u00eav\u00e9s,<br \/>\n\u00ab Et sur les murs deux noms auraient \u00e9t\u00e9 grav\u00e9s ;<br \/>\n\u00ab Mon sein aurait connu les douceurs maternelles,<br \/>\n\u00ab Et, comme sur l\u2019oiseau sa m\u00e8re \u00e9tend ses ailes,<br \/>\n\u00ab J\u2019eusse \u00e9lev\u00e9 les jours d\u2019un jeune Ath\u00e9nien,<br \/>\n\u00ab Libre d\u00e8s le berceau, d\u00e8s le berceau chr\u00e9tien.<br \/>\n\u00ab Mais d\u2019o\u00f9 me vient encor ce regret de la vie ?<br \/>\n\u00ab Ma part dans ces tr\u00e9sors m\u2019est \u00e0 jamais ravie :<br \/>\n\u00ab Comment autour de moi se viennent-ils offrir ?<br \/>\n\u00ab Devrait-elle y penser, celle qui va mourir ?<br \/>\n\u00ab H\u00e9las ! je suis semblable \u00e0 la jeune novice<br \/>\n\u00ab Qui change en voile noir et les fleurs, son d\u00e9lice,<br \/>\n\u00ab Et les bijoux du monde, et, pr\u00eate \u00e0 les quitter,<br \/>\n\u00ab Les touche et les admire avant de les jeter.<br \/>\n\u00ab Des maux non m\u00e9rit\u00e9s je me suis \u00e9tonn\u00e9e,<br \/>\n\u00ab Et je n\u2019ai pas compris d\u2019abord ma destin\u00e9e :<br \/>\n\u00ab Car j\u2019ai des ennemis, je demande le sang,<br \/>\n\u00ab Je pleure, et cependant mon c\u0153ur est innocent,<br \/>\n\u00ab Mon c\u0153ur est innocent, et je suis criminelle. \u00bb<br \/>\nEt puis sa voix s\u2019\u00e9teint, et sa l\u00e8vre d\u00e9c\u00e8le<br \/>\nCe murmure sans bruit par le vent emport\u00e9 :<br \/>\n\u00ab Et j\u2019unis l\u2019infamie avec la puret\u00e9 ! \u00bb<\/p>\n<p>D\u2019abord le jeune Grec, d\u2019une oreille ravie,<br \/>\n\u00c9coutait ces accents de bonheur et de vie.<br \/>\n\u00c0 genoux devant elle, il admirait ses yeux,<br \/>\nHumides, languissants et tourn\u00e9s vers les Cieux ;<br \/>\nImmobile, attentif, il laissait fuir \u00e0 peine<br \/>\nDe sa bouche entr\u2019ouverte une br\u00fblante haleine ;<br \/>\nIl la voyait rena\u00eetre : oubliant de souffrir,<br \/>\nDans son heureuse extase il e\u00fbt voulu mourir.<br \/>\nMais lorsqu\u2019il entendit sa mobile pens\u00e9e<br \/>\nRedescendre \u00e0 se plaindre, il la dit insens\u00e9e ;<br \/>\nPrenant ses blanches mains qu\u2019il arrosait de pleurs,<br \/>\nHabile \u00e0 d\u00e9tourner le cours de ses douleurs,<br \/>\nIl dit : \u00ab H\u00e9las ! ton \u00e2me est comme la colombe<br \/>\n\u00ab Qui monte vers le Ciel, puis g\u00e9mit et retombe.<br \/>\n\u00ab Que n\u2019as-tu poursuivi tes discours gracieux ?<br \/>\n\u00ab Je voyais l\u2019avenir passer devant mes yeux.<br \/>\n\u00ab Chasse le repentir, l\u2019inqui\u00e9tude am\u00e8re,<br \/>\n\u00ab L\u2019\u00e9poux fait pardonner d\u2019avoir quitt\u00e9 la m\u00e8re,<br \/>\n\u00ab Qu\u2019as-tu fait, dis-le-moi, de la noble fiert\u00e9<br \/>\n\u00ab Qui soulevait ton c\u0153ur au nom de libert\u00e9 ?<br \/>\n\u00ab Tu t\u2019endors aux chagrins de quelque vain scrupule,<br \/>\n\u00ab Quand mon vaisseau t\u2019emporte \u00e0 la terre d\u2019Hercule ! \u00bb<\/p>\n<p>Des longs pleurs d\u2019H\u00e9l\u00e9na par torrents \u00e9chapp\u00e9s,<br \/>\nIl sentit ses cheveux longtemps encor tremp\u00e9s ;<br \/>\nMais honteuse, bient\u00f4t elle \u00e9leva la t\u00eate,<br \/>\nEt l\u2019on revit briller sur sa bouche muette,<br \/>\nAu travers de ses pleurs, un sourire vermeil,<br \/>\nComme \u00e0 travers la pluie un rayon de soleil.<br \/>\nSon regard s\u2019allumait comme une double \u00e9toile ;<br \/>\nSa main rapide enl\u00e8ve et jette aux flots son voile ;<br \/>\nElle tremble et rougit : va-t-elle raconter<br \/>\nLes secrets de son c\u0153ur qu\u2019elle ne peut dompter ?<br \/>\n\u00ab J\u2019avais baiss\u00e9 les yeux en implorant le glaive ;<br \/>\n\u00ab J\u2019ai trouv\u00e9 le vengeur, ma t\u00eate se rel\u00e8ve,<br \/>\n\u00ab Dit-elle : \u00f4 donnez-moi ce luth ionien,<br \/>\n\u00ab Nul amour pour les chants ne fut \u00e9gal au mien.<br \/>\n\u00ab Se mesurant en ch\u0153ur, que vos voix cadenc\u00e9es<br \/>\n\u00ab Suivent le mouvement des poupes balanc\u00e9es.<br \/>\n\u00ab \u00d4 jeunes Grecs ! chantons ; que la nuit et ces bords<br \/>\n\u00ab Retentissent \u00e9mus de nos derniers accords :<br \/>\n\u00ab Les accords pr\u00e9c\u00e9daient les combats de nos p\u00e8res ;<br \/>\n\u00ab Et nous, n\u2019avons-nous pas nos trois Muses s\u00e9v\u00e8res,<br \/>\n\u00ab La Douleur et la Mort toujours devant nos yeux,<br \/>\n\u00ab Et la Vengeance aussi, la volupt\u00e9 des Dieux ? \u00bb<\/p>\n<p><strong>LE CH\u0152UR DES GRECS.<\/strong><\/p>\n<p>\u00d4 jeune fianc\u00e9e ! \u00f4 belle fugitive !<br \/>\nLes guerriers vont r\u00e9pondre \u00e0 la Vierge plaintive ;<br \/>\nLe dur marin sourit \u00e0 la faible beaut\u00e9,<br \/>\nEt son bras est vainqueur quand sa voix a chant\u00e9.<\/p>\n<p><strong>H\u00c9L\u00c9NA.<\/strong><\/p>\n<p>Regardez, c\u2019est la Gr\u00e8ce ; \u00f4 regardez ! c\u2019est elle !<br \/>\nSalut, reine des Arts ! Salut, Gr\u00e8ce immortelle !<br \/>\nLe monde est amoureux de ta pourpre en lambeaux,<br \/>\nEt l\u2019or des nations s\u2019arrache tes tombeaux.<\/p>\n<p>\u00d4 fille du Soleil ! la Force et le G\u00e9nie<br \/>\nOnt couronn\u00e9 ton front de gloire et d\u2019harmonie.<br \/>\nLes g\u00e9n\u00e9rations avec ton souvenir<br \/>\nGrandissent ; ton pass\u00e9 r\u00e8gle leur avenir.<\/p>\n<p>Les peuples froids du Nord, souvent pleins de ta gloire,<br \/>\nDe leur propres a\u00efeux ont perdu la m\u00e9moire ;<br \/>\nEt quand, las d\u2019un triomphe, il dort dans son repos,<br \/>\nLe c\u0153ur des Francs palpite au nom de tes h\u00e9ros.<\/p>\n<p>\u00d4 terre de Pallas ! contr\u00e9e au doux langage !<br \/>\nTon front ouvert sept fois sept fois fit na\u00eetre un sage.<br \/>\nLeur g\u00e9nie en grands mots dans les temps s\u2019est inscrit ;<br \/>\nEt Socrate mourant devina J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p><strong>LE CH\u0152UR.<\/strong><\/p>\n<p>\u00d4 vous, de qui la voile est proche de nos voiles,<br \/>\nVaisseaux Hell\u00e9niens, oubliez les \u00e9toiles !<br \/>\nApprochez, \u00e9coutez la Vierge aux sons touchants :<br \/>\nLa Gr\u00e8ce, notre m\u00e8re, est belle dans ses chants.<\/p>\n<p><strong>H\u00c9L\u00c9NA.<\/strong><\/p>\n<p>\u00d4 fils des h\u00e9ros d\u2019Hom\u00e8re !<br \/>\nDes temps vous \u00eates exclus ;<br \/>\nTelle n\u2019est plus votre m\u00e8re,<br \/>\nEt vos p\u00e8res ne sont plus.<br \/>\nChez nous l\u2019Asie indolente<br \/>\nS\u2019endort superbe et sanglante ;<br \/>\nEt tranquilles sous ses yeux,<br \/>\nLes esclaves de l\u2019esclave<br \/>\nRegardent la mer qui lave<br \/>\nL\u2019urne vide des a\u00efeux.<\/p>\n<p><strong>LE CH\u0152UR.<\/strong><\/p>\n<p>Mais la nuit aura vu ces eaux moins malheureuses,<br \/>\nLaver avec amour nos poupes g\u00e9n\u00e9reuses ;<br \/>\nEt ces tombes sans morts, veuves de nos parents,<br \/>\nRegorgeront demain des os des nos tyrans.<\/p>\n<p><strong>H\u00c9L\u00c9NA.<\/strong><\/p>\n<p>Non, des Ajax et des Achilles<br \/>\nVous n\u2019avez gard\u00e9 que le nom :<br \/>\nVos vaisseaux se cachent aux \u00eeles<br \/>\nQue cachaient ceux d\u2019Agamemnon ;<br \/>\nMahomet r\u00e8gne dans nos villes,<br \/>\nSe baigne dans les Thermopyles,<br \/>\nChaudes encor d\u2019un sang pieux ;<br \/>\nSon croissant dans l\u2019air se balance\u2026<br \/>\nDiom\u00e8de a bris\u00e9 sa lance :<br \/>\nOn n\u2019ose plus frapper les dieux.<\/p>\n<p><strong>LE CH\u0152UR.<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019aube de sang viendra, vous verrez qui nous sommes :<br \/>\nVos chants n\u2019oseront plus redemander des hommes.<br \/>\nCompagnon mutil\u00e9 de la mort de Riga<br \/>\nEt pirate sans fers, fugitif de Parga,<br \/>\n\ufeffLe marin, rude enfant de l\u2019\u00eele,<br \/>\nLoin de ses bords ch\u00e9ris flotte sans l\u2019oublier ;<br \/>\n\ufeffIl sait combattre comme Achille,<br \/>\n\ufeffEt son bras est sans bouclier.<\/p>\n<p><strong>H\u00c9L\u00c9NA.<\/strong><\/p>\n<p>\u00d4 nous pourrions d\u00e9j\u00e0 les entendre crier !<br \/>\nCes filles, ces enfants, innocentes victimes ;<br \/>\nVos ennemis riants les foulent sous leurs pas,<br \/>\nEt leur dernier soupir s\u2019\u00e9tonne de ces crimes<br \/>\n\ufeffQue leur \u00e2ge ne savait pas.<\/p>\n<p>Vous avez \u00e9vit\u00e9 ces horribles tr\u00e9pas,<br \/>\nVous, s\u0153urs de mon destin, plus heureuses compagnes,<br \/>\nVotre pudeur tremblante a fui dans les montagnes ;<br \/>\nAppelant de leurs mains et plaignant H\u00e9l\u00e9na,<br \/>\nLeur troupe poursuivie arrive \u00e0 Colona ;<br \/>\nPuis sur le cap vengeur, l\u2019une \u00e0 l\u2019autre enlac\u00e9e,<br \/>\nChanta d\u2019une voix ferme, exempte de sanglots,<br \/>\nEt leur hymne de mort, sur le mont commenc\u00e9e,<br \/>\n\ufeffS\u2019\u00e9teignit dans les flots.<\/p>\n<p><strong>LE CH\u0152UR.<\/strong><\/p>\n<p>\u00d4 tardive vengeance ! \u00f4 vengeance sacr\u00e9e !<br \/>\nPar trois cents ans captifs sans espoir implor\u00e9e,<br \/>\nAs-tu rempli ta coupe avec ces flots de sang ?<br \/>\nQuand la verseras-tu sur eux ?<\/p>\n<p><strong>H\u00c9L\u00c9NA.<\/strong><\/p>\n<p>\ufeffElle descend.<br \/>\nVoyez-vous sur les monts ces feux patriotiques<br \/>\nS\u2019agiter aux sommets de leurs croupes antiques ?<br \/>\nEt Colone, et l\u2019Hym\u00e8te, et le Poecile altier,<br \/>\nQue l\u2019olivier br\u00fblant \u00e9claire tout entier ?<br \/>\nComme aux fils de L\u00e9da la flamme est sur leur t\u00eate ;<br \/>\nLes Grecs les ont par\u00e9s pour quelque grande f\u00eate :<br \/>\nC\u2019est celle de la Gr\u00e8ce et de la libert\u00e9 ;<br \/>\nLe signal de nos feux \u00e0 leurs yeux est port\u00e9.<\/p>\n<p>Quittez vos tr\u00f4nes d\u2019or, Nations de la terre ;<br \/>\n\ufeffEntourez-vous et d\u00e9pouillez le deuil ;<br \/>\n\ufeffVotre s\u0153ur soul\u00e8ve la pierre<br \/>\n\ufeffQui la couvrait dans son cercueil.<br \/>\n\ufeff\u00c0 la fois p\u00e2le, faible et fi\u00e8re,<br \/>\n\ufeffSes deux mains implorent vos mains ;<br \/>\nSes yeux, que du s\u00e9pulcre aveugle la poussi\u00e8re,<br \/>\nVers ses anciens lauriers demandent leurs chemins.<br \/>\n\ufeffLa victoire la rendra belle ;<br \/>\nTendez-lui de vos bras les secours belliqueux,<br \/>\n\ufeffLes Dieux combattaient avec elle ;<br \/>\n\ufeff\u00cates-vous donc plus grandes qu\u2019eux ?<br \/>\nDu moins contre la Gr\u00e8ce, \u00f4 n\u2019ayez point de haine !<br \/>\n\ufeffEncouragez-la dans l\u2019ar\u00e8ne ;<br \/>\nPar des cris fraternels secondez ses efforts ;<br \/>\nEt, comme autrefois Rome en leur sanglante lutte,<br \/>\nDe ses gladiateurs jugeait de loin la chute,<br \/>\nQue vos oisives mains applaudissent nos morts.<\/p>\n<p>Elle disait. Ses bras, sa t\u00eate proph\u00e9tique<br \/>\nSe penchaient sur les eaux et tendaient vers l\u2019Attique.<br \/>\nEn foule rassembl\u00e9s, remplis d\u2019\u00e9tonnement,<br \/>\nQuand p\u00e2le, envelopp\u00e9e en son blanc v\u00eatement,<br \/>\nElle s\u2019\u00e9levait seule au sein de l\u2019ombre noire,<br \/>\nLes Grecs se rappelaient ces images d\u2019ivoire<br \/>\nQu\u2019aux poupes des vaisseaux consacraient leurs a\u00efeux,<br \/>\nPour les mieux assurer de la faveur des Dieux.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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