{"id":12480,"date":"2025-05-05T17:34:18","date_gmt":"2025-05-05T15:34:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=12480"},"modified":"2025-05-05T17:34:18","modified_gmt":"2025-05-05T15:34:18","slug":"tobie","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/tobie\/","title":{"rendered":"Tobie"},"content":{"rendered":"<p>\u00d4 vous qui, de cet \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on sort de l\u2019enfance,<br \/>\nConservez seulement la gr\u00e2ce \ufeffet l\u2019innocence,<br \/>\nDont le pr\u00e9coce esprit, empress\u00e9 de savoir,<br \/>\nCroit gagner un plaisir s\u2019il apprend un devoir,<br \/>\nDe Tobie \u00e9coutez l\u2019antique et sainte histoire !<br \/>\nDans ce simple r\u00e9cit point d\u2019amour, point de gloire ;<br \/>\nC\u2019est un juste, un bon p\u00e8re, un c\u0153ur pur, bienfaisant,<br \/>\nQui n\u2019aime que son Dieu, les humains, son enfant.<br \/>\nAh ! ces vertus pour vous ne sont point \u00e9trang\u00e8res ;<br \/>\nLisez, lisez Tobie \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de vos m\u00e8res.<\/p>\n<p>\u00c0 Ninive autrefois, quand les tribus en pleurs<br \/>\nExpiaient dans les fers leurs coupables erreurs,<br \/>\nIl fut un juste encore ; il avait nom Tobie.<br \/>\nConsacrant \u00e0 son Dieu chaque instant de sa vie,<br \/>\nVieillard, malheureux, pauvre, il n\u2019en donnait pas moins<br \/>\nAux pauvres des secours, aux malheureux des soins.<br \/>\n\u00c0 travers les dangers, par des routes secr\u00e8tes,<br \/>\nDe ses fr\u00e8res captifs parcourant les retraites,<br \/>\nIl consolait la veuve, adoptait l\u2019orphelin ;<br \/>\nLe cri d\u2019un opprim\u00e9 r\u00e9glait seul son chemin ;<br \/>\nEt lorsque ses amis, effray\u00e9s de son z\u00e8le,<br \/>\nLui pr\u00e9sageaient du roi la vengeance cruelle :<br \/>\n\u00ab Je crains Dieu, disait-il, encor plus que le roi,<br \/>\nEt les infortun\u00e9s me sont plus chers que moi. \u00bb<\/p>\n<p>Un jour, apr\u00e8s avoir, pendant la nuit obscure,<br \/>\n\u00c0 des morts d\u00e9laiss\u00e9s donn\u00e9 la s\u00e9pulture,<br \/>\nDe travail \u00e9puis\u00e9, de fatigue abattu,<br \/>\nSa force ne pouvant suffire \u00e0 sa vertu,<br \/>\nLe vieillard lentement au pied d\u2019un mur se tra\u00eene.<br \/>\nIl dormait, quand l\u2019oiseau que le printemps ram\u00e8ne,<br \/>\nDu nid qu\u2019il a construit au-dessus de ce mur,<br \/>\nFait tomber sur ses yeux un excr\u00e9ment impur.<br \/>\n\u00c0 Tobie aussit\u00f4t la lumi\u00e8re est ravie.<br \/>\nSans se plaindre, adorant la main qui le ch\u00e2tie :<br \/>\n\u00ab \u00d4 Dieu ! s\u2019\u00e9cria-t-il, tu daignes m\u2019\u00e9prouver !<br \/>\nJe n\u2019en murmure point, tu frappes pour sauver ;<br \/>\nMes yeux, mes tristes yeux, priv\u00e9s de la lumi\u00e8re,<br \/>\nNe pourront plus au ciel pr\u00e9c\u00e9der ma pri\u00e8re ;<br \/>\nVers le pauvre avec peine, h\u00e9las ! j\u2019arriverai ;<br \/>\nJe ne le verrai plus, mais je le b\u00e9nirai. \u00bb<\/p>\n<p>Ses amis cependant, sa famille, sa femme,<br \/>\nLoin d\u2019\u00e9mousser les traits qui d\u00e9chiraient son \u00e2me,<br \/>\nDe porter sur ses maux le baume pr\u00e9cieux<br \/>\nDe la compassion, seul bien des malheureux,<br \/>\nViennent lui reprocher jusqu\u2019\u00e0 sa bienfaisance.<br \/>\n\u00ab O\u00f9 donc, lui disent-ils, est cette r\u00e9compense<br \/>\nQu\u2019aux vertus, \u00e0 l\u2019aum\u00f4ne, accorde le Seigneur ? \u00bb<br \/>\nLe vieillard ne r\u00e9pond qu\u2019en leur montrant son c\u0153ur :<br \/>\nMais ce c\u0153ur, accabl\u00e9 de ces cruels reproches,<br \/>\nFort contre le malheur, faible contre ses proches,<br \/>\nD\u00e9sire le tr\u00e9pas et le demande au ciel.<br \/>\nSa pri\u00e8re monta jusques \u00e0 l\u2019\u00c9ternel ;<br \/>\nL\u2019ange du Dieu vivant descendit sur la terre.<\/p>\n<p>Le vieillard, se croyant au bout de sa carri\u00e8re,<br \/>\nFait appeler son fils, son fils qui, jeune encor,<br \/>\nDe l\u2019aimable innocence a gard\u00e9 le tr\u00e9sor,<br \/>\nComme un autre Joseph nourri dans l\u2019esclavage,<br \/>\nEt semblable \u00e0 Joseph de m\u0153urs et de visage,<br \/>\nPoss\u00e9dant sa beaut\u00e9, sa gr\u00e2ce et sa pudeur.<br \/>\nTobie, en l\u2019embrassant, lui dit avec douceur :<br \/>\n\u00ab Mon fils, la mort dans peu va te ravir ton p\u00e8re,<br \/>\nDe ton respect pour moi fais h\u00e9riter ta m\u00e8re ;<br \/>\nCelle qui t\u2019a nourri, qui t\u2019a donn\u00e9 le jour,<br \/>\nPour de si grands bienfaits ne veut qu\u2019un peu d\u2019amour ;<br \/>\nQuel plaisir est plus doux qu\u2019un devoir de tendresse ?<br \/>\nHonore le Seigneur, marche dans sa sagesse ;<br \/>\nQue surtout l\u2019indigent trouve en toi son appui,<br \/>\nPartage tes habits et ton pain avec lui ;<br \/>\nRe\u00e7ois entre tes bras l\u2019orphelin qui t\u2019implore ;<br \/>\nRiche, donne beaucoup, et pauvre, donne encore ;<br \/>\nCe pr\u00e9cepte, mon fils, contient toute la loi.<br \/>\nJe dois en ce moment confier \u00e0 ta foi<br \/>\nQu\u2019\u00e0 Gab\u00e9lus jadis, sur sa simple promesse,<br \/>\nJe laissai dix talents, mon unique richesse ;<br \/>\nVa toi-m\u00eame \u00e0 Rag\u00e8s pour les redemander.<br \/>\nVers ce lointain pays quelqu\u2019un peut te guider ;<br \/>\nCherche dans nos tribus un conducteur fid\u00e8le<br \/>\nDont nous reconna\u00eetrons et la peine et le z\u00e8le. \u00bb<\/p>\n<p>Il dit. Son fils le quitte et court vers sa tribu.<br \/>\nDevant lui se pr\u00e9sente un jeune homme inconnu,<br \/>\nDont la taille, les traits, la gr\u00e2ce plus qu\u2019humaine,<br \/>\nD\u00e8s le premier abord et l\u2019attire et l\u2019encha\u00eene ;<br \/>\nSes yeux doux et brillants, sa touchante beaut\u00e9,<br \/>\nSon front o\u00f9 la noblesse est jointe \u00e0 la bont\u00e9 ;<br \/>\nTout pla\u00eet, tout charme en lui par un pouvoir supr\u00eame.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait l\u2019ange du ciel envoy\u00e9 par Dieu m\u00eame.<br \/>\nQui venait de Tobie assurer le bonheur.<\/p>\n<p>L\u2019ange s\u2019offre \u00e0 servir de guide au voyageur ;<br \/>\nIl le suit chez son p\u00e8re, et le vieillard en larmes<br \/>\nNe lui d\u00e9guise point ses soup\u00e7ons, ses alarmes.<br \/>\nLongtemps il l\u2019interroge, et lui tendant les bras :<br \/>\n\u00ab De mes craintes, dit-il, ne vous offensez pas ;<br \/>\nVieux, souffrant, et priv\u00e9 de la clart\u00e9 c\u00e9leste,<br \/>\nMon enfant, de la vie, est tout ce qui me reste ;<br \/>\nLa frayeur est permise \u00e0 qui n\u2019a plus qu\u2019un bien.<br \/>\nDe mon dernier tr\u00e9sor je vous fais le gardien.<br \/>\nAh ! vous me le rendrez ; mon \u00e2me satisfaite<br \/>\n\u00c9prouve en vous parlant une douceur secr\u00e8te ;<br \/>\nJe ne sais quelle voix me dit au fond du c\u0153ur<br \/>\nQue vous serez conduit par l\u2019ange du Seigneur.<br \/>\n\u00d4 mon fils ! pour adieu re\u00e7ois ce doux pr\u00e9sage. \u00bb<br \/>\nLe jeune homme l\u2019embrasse et s\u2019appr\u00eate au voyage ;<br \/>\nIl presse, en g\u00e9missant, sa m\u00e8re sur son sein.<br \/>\nBient\u00f4t, guid\u00e9 par l\u2019ange, il se met en chemin ;<br \/>\nMais trois fois il s\u2019arr\u00eate, et trois fois renouvelle<br \/>\nSes adieux et ses cris ; alors le chien fid\u00e8le,<br \/>\nSeul ami demeur\u00e9 dans la triste maison,<br \/>\nCourt, et du voyageur devient le compagnon.<br \/>\nIls marchent tout le jour dans ces plaines f\u00e9condes<br \/>\nO\u00f9 le Tigre en courroux pr\u00e9cipite ses ondes.<br \/>\nArr\u00eat\u00e9 sur ses bords pour prendre du repos,<br \/>\nTobie, en se lavant dans ses rapides eaux,<br \/>\nD\u00e9couvre un monstre affreux dont la gueule b\u00e9ante<br \/>\nLui fait jeter un cri d\u2019horreur et d\u2019\u00e9pouvante.<br \/>\nL\u2019ange accourt. \u00ab Saisissez, lui dit-il, sans fr\u00e9mir,<br \/>\nCe monstre qu\u2019\u00e0 vos pieds vous allez voir mourir.<br \/>\nPrenez son fiel sanglant, il vous est n\u00e9cessaire,<br \/>\nLe temps vous apprendra ce qu\u2019il en faudra faire. \u00bb<br \/>\nLe jeune H\u00e9breu, surpris, ob\u00e9it \u00e0 l\u2019instant ;<br \/>\nIl partage le corps du monstre palpitant,<br \/>\nEt r\u00e9serve le fiel ; sur une flamme pure<br \/>\nLe reste pr\u00e9par\u00e9 devient sa nourriture.<\/p>\n<p>Cependant de Rag\u00e8s, au bout de quelques jours,<br \/>\nLes voyageurs charm\u00e9s aper\u00e7oivent les tours.<br \/>\nL\u2019ange, avant d\u2019arriver aux portes de la ville :<br \/>\n\u00ab De Gab\u00e9lus, dit-il, ne cherchons point l\u2019asile ;<br \/>\nD\u00e8s longtemps Gab\u00e9lus a quitt\u00e9 ces climats.<br \/>\nChez un autre que lui je vais guider vos pas ;<br \/>\nLe riche Raguel, neveu de votre p\u00e8re,<br \/>\nA pour fille Sara, son unique h\u00e9riti\u00e8re.<br \/>\nSon plus proche parent doit seul la poss\u00e9der ;<br \/>\nLa loi l\u2019ordonne ainsi, venez la demander. \u00bb<br \/>\nInterdit \u00e0 ces mots, le docile Tobie<br \/>\nLui r\u00e9pond : \u00ab \u00d4 mon fr\u00e8re ! \u00e0 vous seul je confie<br \/>\nDes malheurs de Sara ce qu\u2019on m\u2019a rapport\u00e9 ;<br \/>\nTout Isra\u00ebl conna\u00eet sa vertu, sa beaut\u00e9 ;<br \/>\nMais d\u00e9j\u00e0 sept \u00e9poux, briguant son hym\u00e9n\u00e9e,<br \/>\nOnt d\u00e8s le m\u00eame soir fini leur destin\u00e9e.<br \/>\nQue deviendra mon p\u00e8re, h\u00e9las ! si je p\u00e9ris ?<br \/>\n\u2014 Ne craignez rien, dit l\u2019ange, et suivez mes avis.<br \/>\nIvres d\u2019un fol amour que le Seigneur condamne,<br \/>\nLes amants de Sara br\u00fblaient d\u2019un feu profane.<br \/>\nIls en furent punis ; mais vous, mon fr\u00e8re, vous,<br \/>\nQue la loi de Mo\u00efse a nomm\u00e9 son \u00e9poux,<br \/>\nDont le c\u0153ur, aux vertus form\u00e9 d\u00e8s votre enfance,<br \/>\n\u00c9purera l\u2019amour par la chaste innocence,<br \/>\nVous obtiendrez Sara sans irriter le ciel. \u00bb<\/p>\n<p>En pronon\u00e7ant ces mots ils sont chez Raguel.<br \/>\nTous deux, les yeux baiss\u00e9s, demandent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e<br \/>\nCette hospitalit\u00e9 des H\u00e9breux r\u00e9v\u00e9r\u00e9e.<br \/>\nRaguel, \u00e0 leur voix empress\u00e9 d\u2019accourir,<br \/>\nRend gr\u00e2ce aux voyageurs qui l\u2019ont daign\u00e9 choisir ;<br \/>\nMais, fixant sur l\u2019un d\u2019eux une vue attentive,<br \/>\nIl reconna\u00eet les traits du vieillard de Ninive ;<br \/>\nQuelques pleurs aussit\u00f4t s\u2019\u00e9chappent de ses yeux.<br \/>\n\u00ab Seriez-vous, leur dit-il, du nombre des H\u00e9breux<br \/>\nQue le vainqueur retient dans les champs d\u2019Assyrie ?<br \/>\n\u2014 Oui, r\u00e9pond l\u2019ange. \u2014 Ainsi vous connaissez Tobie ?<br \/>\n\u2014 Qui de nous a souffert et ne le conna\u00eet pas ?<br \/>\n\u2014 Ah ! parlez ! avons-nous \u00e0 pleurer son tr\u00e9pas,<br \/>\nOu le Seigneur, touch\u00e9 de nos longues mis\u00e8res,<br \/>\nL\u2019a-t-il laiss\u00e9 vivant pour exemple \u00e0 nos fr\u00e8res ?<br \/>\n\u2014 Il respire, dit l\u2019ange, et vous voyez son fils.<br \/>\n\u2014 \u00d4 jour trois fois heureux ! Enfant que je b\u00e9nis,<br \/>\nViens, accours dans mon sein ; que Raguel embrasse<br \/>\nLe digne rejeton d\u2019une si sainte race !<br \/>\nTon p\u00e8re soixante ans fut notre unique appui ;<br \/>\nViens jouir, \u00f4 mon fils ! de notre amour pour lui. \u00bb<\/p>\n<p>Il appelle aussit\u00f4t son \u00e9pouse et sa fille,<br \/>\nAnnonce son bonheur \u00e0 toute sa famille,<br \/>\nEt veut que d\u2019un b\u00e9lier immol\u00e9 par sa main<br \/>\nAux h\u00f4tes qu\u2019il re\u00e7oit on pr\u00e9pare un festin.<\/p>\n<p>On ob\u00e9it. Tobie, assis pr\u00e8s de son guide,<br \/>\nSur la belle Sara porte un regard timide ;<br \/>\nIl rencontre ses yeux ; aussit\u00f4t la pudeur<br \/>\nCouvre son jeune front d\u2019une aimable rougeur.<br \/>\nIl s\u2019enhardit pourtant, et d\u2019une voix \u00e9mue :<br \/>\n\u00ab Raguel ! dit-il, notre loi t\u2019est connue ;<br \/>\nTu sais qu\u2019elle prescrit des n\u0153uds encor plus doux<br \/>\nAux liens que le sang a form\u00e9s entre nous ;<br \/>\nJe r\u00e9clame la loi, je suis de ta famille ;<br \/>\nAu fils de ton ami daigne accorder ta fille.<br \/>\nMes seuls titres, h\u00e9las ! pour obtenir sa foi,<br \/>\nSont le nom de mon p\u00e8re et mon respect pour toi !<\/p>\n<p>Le vieillard, \u00e0 ces mots, sent na\u00eetre ses alarmes ;<br \/>\nIl \u00e9l\u00e8ve au Seigneur des yeux remplis de larmes ;<br \/>\nSon \u00e9pouse et sa fille, en se pressant la main,<br \/>\nOnt cach\u00e9 toutes deux leur t\u00eate dans leur sein.<br \/>\nMais l\u2019ange les rassure, et sa douce \u00e9loquence<br \/>\nDans leur c\u0153ur pas \u00e0 pas fait entrer l\u2019esp\u00e9rance ;<br \/>\nIl les plaint, les console, et de leur souvenir<br \/>\nBannit les maux pass\u00e9s par les biens \u00e0 venir.<br \/>\nRaguel, entra\u00een\u00e9, c\u00e8de au pouvoir supr\u00eame<br \/>\nDe ce jeune inconnu qu\u2019il r\u00e9v\u00e8re et qu\u2019il aime.<br \/>\nIl unit les \u00e9poux au nom de l\u2019\u00c9ternel,<br \/>\nLes b\u00e9nit en tremblant, les recommande au ciel ;<br \/>\nEt, pendant le festin, sa timide all\u00e9gresse<br \/>\nVoile quelques instants sa profonde tristesse.<\/p>\n<p>Le repas achev\u00e9, dans leur appartement<br \/>\nLes deux nouveaux \u00e9poux sont conduits lentement.<br \/>\n\u00c0 genoux aussit\u00f4t, le front dans la poussi\u00e8re,<br \/>\nIls \u00e9l\u00e8vent au ciel leur touchante pri\u00e8re.<br \/>\n\u00ab Dieu puissant, disent-ils, qui daignas de tes mains<br \/>\nFormer une compagne au premier des humains,<br \/>\nAfin de consoler sa prochaine mis\u00e8re<br \/>\nPar le doux nom d\u2019\u00e9poux et par celui de p\u00e8re,<br \/>\nNous ne pr\u00e9tendons point \u00e0 ce bonheur parfait<br \/>\nQui pour le c\u0153ur de l\u2019homme, h\u00e9las ! ne fut point fait !<br \/>\nMais donne-nous l\u2019amour des devoirs qu\u2019il faut suivre,<br \/>\nLa vertu pour souffrir, la tendresse pour vivre,<br \/>\nDes h\u00e9ritiers nombreux dignes de te ch\u00e9rir,<br \/>\nEt des jours innocents pass\u00e9s \u00e0 te servir. \u00bb<\/p>\n<p>Dans ces devoirs pieux la nuit s\u2019\u00e9coule enti\u00e8re.<br \/>\nD\u00e8s que le chant du coq annonce la lumi\u00e8re,<br \/>\nRaguel, son \u00e9pouse, accourent tout tremblants,<br \/>\nN\u2019osant pas esp\u00e9rer d\u2019embrasser leurs enfants ;<br \/>\nIls les trouvent tous deux dans un sommeil tranquille.<br \/>\nDe festons aussit\u00f4t ils parent leur asile,<br \/>\nFont ruisseler le sang des taureaux immol\u00e9s,<br \/>\nEt retiennent dix jours leurs amis rassembl\u00e9s.<\/p>\n<p>L\u2019ange, pendant ce temps, au fond de la M\u00e9die,<br \/>\nAllait redemander le d\u00e9p\u00f4t de Tobie.<br \/>\nGab\u00e9lus le lui rend, et l\u2019ange de retour,<br \/>\nAu milieu des plaisirs, de l\u2019hymen, de l\u2019amour,<br \/>\nRetrouve son ami pensif et solitaire,<br \/>\nSoupirant en secret de l\u2019absence d\u2019un p\u00e8re.<br \/>\n\u00ab Partons, lui dit Tobie, \u00f4 mon cher bienfaiteur !<br \/>\n\u00catre heureux loin de lui p\u00e8se trop sur mon c\u0153ur.<br \/>\nParmi tant de festins, au sein de l\u2019opulence,<br \/>\nJe ne vois que mon p\u00e8re en proie \u00e0 l\u2019indigence ;<br \/>\nH\u00e2tons-nous, h\u00e2tons-nous d\u2019aller le secourir ;<br \/>\nObtiens de Raguel qu\u2019il nous laisse partir.<br \/>\nIl est p\u00e8re ; ais\u00e9ment son \u00e2me doit comprendre<br \/>\nCe qu\u2019un fils doit d\u2019amour au p\u00e8re le plus tendre. \u00bb<\/p>\n<p>Il dit. L\u2019ange aussit\u00f4t va trouver Raguel ;<br \/>\nIl le fait consentir \u00e0 ce d\u00e9part cruel.<br \/>\nLe malheureux vieillard les conjure, les presse<br \/>\nDe revenir un jour consoler sa vieillesse ;<br \/>\nTobie en fait serment ; et bient\u00f4t les chameaux,<br \/>\nLes esclaves nombreux, les mugissants troupeaux,<br \/>\nQui de la jeune \u00e9pouse ont \u00e9t\u00e9 le partage,<br \/>\nVers la terre d\u2019Assur commencent leur voyage.<br \/>\nL\u2019ange, pr\u00e9sent partout, guide les conducteurs.<br \/>\nSara, le front voil\u00e9, cachant ainsi ses pleurs,<br \/>\nAssise sur le dos d\u2019un puissant dromadaire,<br \/>\nSoupire et tend de loin ses deux bras \u00e0 sa m\u00e8re ;<br \/>\nSon \u00e9poux la soutient sur son sein palpitant,<br \/>\nEt le fid\u00e8le chien marche en les pr\u00e9c\u00e9dant.<\/p>\n<p>H\u00e9las ! il \u00e9tait temps que le jeune Tobie<br \/>\n\u00c0 son malheureux p\u00e8re all\u00e2t rendre la vie.<br \/>\nDepuis qu\u2019il est parti, ce vieillard d\u00e9sol\u00e9,<br \/>\nComptant de son retour le moment \u00e9coul\u00e9,<br \/>\nSe tra\u00eenait chaque jour aux portes de Ninive.<br \/>\nSon \u00e9pouse guidait sa d\u00e9marche tardive.<br \/>\nLe vieillard restait seul, assis sur le chemin ;<br \/>\nVers chaque voyageur il \u00e9tendait la main ;<br \/>\nLe voyageur passait, et Tobie en silence,<br \/>\nPour la reperdre encor, attendait l\u2019esp\u00e9rance.<br \/>\nSa femme, gravissant sur les monts d\u2019alentour,<br \/>\nCherchait au loin des yeux l\u2019objet de son amour,<br \/>\nPleurait de ne point voir cet enfant qu\u2019elle adore,<br \/>\nEt suspendait ses pleurs pour le chercher encore.<\/p>\n<p>Mais ce fils approchait ; accusant ses lenteurs,<br \/>\nIl laisse ses troupeaux aux soins de leurs pasteurs,<br \/>\nLes pr\u00e9c\u00e8de avec l\u2019ange, et sa m\u00e8re attentive<br \/>\nL\u2019aper\u00e7oit tout \u00e0 coup accourant vers Ninive.<br \/>\nElle vole aussit\u00f4t, craint d\u2019arriver trop tard ;<br \/>\nMais le chien, plus prompt qu\u2019elle, est aupr\u00e8s du vieillard<br \/>\nIl reconna\u00eet son ma\u00eetre, il jappe, il le caresse,<br \/>\nExprime par ses cris sa joie et sa tendresse.<br \/>\nLe malheureux aveugle, \u00e0 ces cris qu\u2019il entend,<br \/>\nJuge que c\u2019est son fils que le Seigneur lui rend ;<br \/>\nIl se l\u00e8ve, et d\u2019un pas chancelant et rapide,<br \/>\nMarchant les bras ouverts, sans soutien et sans guide :<br \/>\n\u00ab \u00d4 mon fils ! criait-il, c\u2019est toi, c\u2019est toi\u2026 \u00bb Soudain<br \/>\nLe jeune homme, en pleurant, s\u2019\u00e9lance dans son sein ;<br \/>\nLe vieillard le re\u00e7oit, et le serre, et le presse ;<br \/>\nD\u2019un long embrassement il savoure l\u2019ivresse ;<br \/>\nAu d\u00e9faut de ses yeux, sa paternelle main<br \/>\nS\u2019assure d\u2019un bonheur qu\u2019il croit trop peu certain.<br \/>\nLa m\u00e8re arrive alors, palpitante, \u00e9perdue,<br \/>\nR\u00e9clamant \u00e0 grands cris une si ch\u00e8re vue ;<br \/>\nLes larmes du bonheur coulent de tous les yeux ;<br \/>\nEt l\u2019ange, en les voyant, se croit encore aux cieux.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s ces doux transports, l\u2019ange dit \u00e0 son fr\u00e8re<br \/>\nDe toucher du vieillard la tremblante paupi\u00e8re<br \/>\nAvec le fiel du monstre immol\u00e9 par ses mains.<br \/>\nLe jeune homme ob\u00e9it \u00e0 ces ordres divins,<br \/>\nEt Tobie aussit\u00f4t voit la clart\u00e9 c\u00e9leste.<br \/>\n\u00ab Gloire \u00e0 toi, cria-t-il, Dieu puissant que j\u2019atteste !<br \/>\nJ\u2019avais p\u00e9ch\u00e9 longtemps, et longtemps je souffris ;<br \/>\nMais je revois enfin et le ciel et mon fils !<br \/>\n\u00d4 mon Dieu ! je rends gr\u00e2ce \u00e0 ta bont\u00e9 propice ;<br \/>\nOui, ta mis\u00e9ricorde a pass\u00e9 ta justice. \u00bb<\/p>\n<p>Il dit, et de Sara les serviteurs nombreux,<br \/>\nLes troupeaux, les tr\u00e9sors, viennent frapper ses yeux.<br \/>\nLa modeste Sara descend, lui fait hommage<br \/>\nDe ces biens devenus d\u00e9sormais son partage,<br \/>\nLui demande \u00e0 genoux d\u2019aimer et de b\u00e9nir<br \/>\nL\u2019\u00e9pouse qu\u2019\u00e0 son fils le ciel voulut unir.<br \/>\nLe vieillard \u00e9tonn\u00e9 la rel\u00e8ve, l\u2019embrasse ;<br \/>\nIl admire ses traits, sa jeunesse, sa gr\u00e2ce,<br \/>\nEt, s\u2019appuyant sur elle, \u00e9coute le r\u00e9cit<br \/>\nDe ce qu\u2019a fait son Dieu pour l\u2019enfant qu\u2019il ch\u00e9rit.<br \/>\n\u00ab Mais, ajoute ce fils, vous voyez dans mon fr\u00e8re<br \/>\nMon soutien, mon sauveur, mon ange tut\u00e9laire ;<br \/>\nIl a guid\u00e9 mes pas, il d\u00e9fendit mes jours ;<br \/>\nC\u2019est de lui que je tiens l\u2019objet de mes amours ;<br \/>\nLui seul vous fait revoir la c\u00e9leste lumi\u00e8re ;<br \/>\nIl m\u2019a donn\u00e9 ma femme et m\u2019a rendu mon p\u00e8re ;<br \/>\nH\u00e9las ! que peut pour lui notre vive amiti\u00e9 ?<br \/>\nDes tr\u00e9sors de Sara donnons-lui la moiti\u00e9 ;<br \/>\nQu\u2019en recevant ce don sa bont\u00e9 nous honore ;<br \/>\nS\u2019il daigne l\u2019accepter, il nous oblige encore. \u00bb<\/p>\n<p>Aux pieds de l\u2019ange alors, le p\u00e8re avec le fils,<br \/>\nRougissant tous les deux d\u2019offrir ce faible prix,<br \/>\nLe pressent de choisir dans toute leur richesse.<br \/>\nL\u2019ange, les regardant, sourit avec tendresse.<br \/>\n\u00ab Ne vous offensez pas, dit-il, de mes refus ;<br \/>\nGardez, gardez vos biens, et surtout vos vertus ;<br \/>\nElles vous ont valu le secours de Dieu m\u00eame.<br \/>\nJe suis l\u2019ange envoy\u00e9 par ce Dieu qui vous aime ;<br \/>\nIl voulut acquitter ces bienfaits si nombreux<br \/>\nR\u00e9pandus, prodigu\u00e9s \u00e0 tant de malheureux.<br \/>\nVos aum\u00f4nes, vos dons, \u00f4 vieillard charitable !<br \/>\nTout, jusqu\u2019au simple v\u0153u d\u2019aimer un mis\u00e9rable,<br \/>\nFut \u00e9crit dans le ciel ; Dieu conserve en ses mains,<br \/>\nComme un d\u00e9p\u00f4t sacr\u00e9, le bien fait aux humains.<br \/>\nIl vous rend ces tr\u00e9sors, mais pour le m\u00eame usage ;<br \/>\nAu pauvre, \u00e0 l\u2019indigent faites-en le partage ;<br \/>\nDonnez pour amasser aupr\u00e8s de l\u2019\u00c9ternel ;<br \/>\nVivez longtemps heureux ; moi, je retourne au ciel.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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