{"id":11303,"date":"2025-04-29T13:49:49","date_gmt":"2025-04-29T11:49:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=11303"},"modified":"2025-04-29T13:49:49","modified_gmt":"2025-04-29T11:49:49","slug":"la-jeune-parque","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/la-jeune-parque\/","title":{"rendered":"La jeune parque"},"content":{"rendered":"<p>Qui pleure l\u00e0, sinon le vent simple, \u00e0 cette heure<br \/>\nSeule, avec diamants extr\u00eames ?.. Mais qui pleure,<br \/>\nSi proche de moi-m\u00eame au moment de pleurer ?<\/p>\n<p>Cette main, sur mes traits qu\u2019elle r\u00eave effleurer,<br \/>\nDistraitement docile \u00e0 quelque fin profonde,<br \/>\nAttend de ma faiblesse une larme qui fonde,<br \/>\nEt que de mes destins lentement divis\u00e9,<br \/>\nLe plus pur en silence \u00e9claire un c\u0153ur bris\u00e9.<br \/>\nLa houle me murmure une ombre de reproche,<br \/>\nOu retire ici-bas, dans ses gorges de roche,<br \/>\nComme chose d\u00e9\u00e7ue et bue am\u00e8rement,<br \/>\nUne rumeur de plainte et de resserrement\u2026<br \/>\nQue fais-tu, h\u00e9riss\u00e9e, et cette main glac\u00e9e,<br \/>\nEt quel fr\u00e9missement d\u2019une feuille effac\u00e9e<br \/>\nPersiste parmi vous, \u00eeles de mon sein nu ?\u2026<br \/>\nJe scintille, li\u00e9e \u00e0 ce ciel inconnu\u2026<br \/>\nL\u2019immense grappe brille \u00e0 ma soif de d\u00e9sastres.<\/p>\n<p>Tout-puissants \u00e9trangers, in\u00e9vitables astres<br \/>\nQui daignez faire luire au lointain temporel<br \/>\nJe ne sais quoi de pur et de surnaturel ;<br \/>\nVous qui dans les mortels plongez jusques aux larmes<br \/>\nCes souverains \u00e9clats, ces invincibles armes,<br \/>\nEt les \u00e9lancements de votre \u00e9ternit\u00e9,<br \/>\nJe suis seule avec vous, tremblante, ayant quitt\u00e9<br \/>\nMa couche ; et sur l\u2019\u00e9cueil mordu par la merveille,<br \/>\nJ\u2019interroge mon c\u0153ur quelle douleur l\u2019\u00e9veille,<br \/>\nQuel crime par moi-m\u00eame ou sur moi consomm\u00e9 ?\u2026<br \/>\n\u2026 Ou si le mal me suit d\u2019un songe referm\u00e9,<br \/>\nQuand (au velours du souffle envol\u00e9 l\u2019or des lampes)<br \/>\nJ\u2019ai de mes bras \u00e9pais environn\u00e9 mes tempes,<br \/>\nEt longtemps de mon \u00e2me attendu les \u00e9clairs ?<br \/>\nToute ? Mais toute \u00e0 moi, ma\u00eetresse de mes chairs,<br \/>\nDurcissant d\u2019un frisson leur \u00e9trange \u00e9tendue,<br \/>\nEt dans mes doux liens, \u00e0 mon sang suspendue,<br \/>\nJe me voyais me voir, sinueuse, et dorais<br \/>\nDe regards en regards, mes profondes for\u00eats.<\/p>\n<p>J\u2019y suivais un serpent qui venait de me mordre.<br \/>\nQuel repli de d\u00e9sirs, sa tra\u00eene !\u2026 Quel d\u00e9sordre<br \/>\nDe tr\u00e9sors s\u2019arrachant \u00e0 mon avidit\u00e9,<br \/>\nEt quelle sombre soif de la limpidit\u00e9 !<\/p>\n<p>\u00d4 ruse !\u2026 \u00c0 la lueur de la douleur laiss\u00e9<br \/>\nJe me sentis connue encor plus que bless\u00e9e\u2026<br \/>\nAu plus tra\u00eetre de l\u2019\u00e2me, une pointe me na\u00eet ;<br \/>\nLe poison, mon poison, m\u2019\u00e9claire et se conna\u00eet :<br \/>\nIl colore une vierge \u00e0 soi-m\u00eame enlac\u00e9e,<br \/>\nJalouse\u2026 Mais de qui, jalouse et menac\u00e9e ?<br \/>\nEt quel silence parle \u00e0 mon seul possesseur ?<\/p>\n<p>Dieux ! Dans ma lourde plaie une secr\u00e8te s\u0153ur<br \/>\nBr\u00fble, qui se pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019extr\u00eame attentive.<br \/>\nVa ! je n\u2019ai plus besoin de ta race na\u00efve,<br \/>\nCher Serpent\u2026 Je m\u2019enlace, \u00eatre vertigineux !<br \/>\nCesse de me pr\u00eater ce m\u00e9lange de n\u0153uds<br \/>\nNi ta fid\u00e9lit\u00e9 qui me fuit et devine\u2026<br \/>\nMon \u00e2me y peut suffire, ornement de ruine !<br \/>\nElle sait, sur mon ombre \u00e9garant ses tourments,<br \/>\nDe mon sein, dans les nuits, mordre les rocs charmants ;<br \/>\nElle y suce longtemps le lait des r\u00eaveries\u2026<br \/>\nLaisse donc d\u00e9faillir ce bras de pierreries<br \/>\nQui menace d\u2019amour mon sort spirituel\u2026<br \/>\nTu ne peux rien sur moi qui ne soit moins cruel,<br \/>\nMoins d\u00e9sirable\u2026 Apaise alors, calme ces ondes,<br \/>\nRappelle ces remous, ces promesses immondes\u2026<br \/>\nMa surprise s\u2019abr\u00e8ge, et mes yeux sont ouverts.<br \/>\nJe n\u2019attendais pas moins de mes riches d\u00e9serts<br \/>\nQu\u2019un tel enfantement de fureur et de tresse :<br \/>\nLeurs fonds passionn\u00e9s brillent de s\u00e9cheresse<br \/>\nSi loin que je m\u2019avance et m\u2019alt\u00e8re pour voir<br \/>\nDe mes enfers pensifs les confins sans espoir\u2026<br \/>\nJe sais\u2026 Ma lassitude est parfois un th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nL\u2019esprit n\u2019est pas si pur que jamais idol\u00e2tre<br \/>\nSa fougue solitaire aux \u00e9lans de flambeau<br \/>\nNe fasse fuir les murs de son morne tombeau.<br \/>\nTout peut na\u00eetre ici-bas d\u2019une attente infinie.<br \/>\nL\u2019ombre m\u00eame le c\u00e8de \u00e0 certaine agonie,<br \/>\nL\u2019\u00e2me avare s\u2019entr\u2019ouvre, et du monstre s\u2019\u00e9meut<br \/>\nQui se tord sur les pas d\u2019une porte de feu\u2026<br \/>\nMais, pour capricieux et prompt que tu paraisses,<br \/>\nReptile, \u00f4 vifs d\u00e9tours tout courus de caresses,<br \/>\nSi proche impatience et si lourde langueur,<br \/>\nQu\u2019es-tu, pr\u00e8s de ma nuit d\u2019\u00e9ternelle longueur ?<br \/>\nTu regardais dormir ma belle n\u00e9gligence\u2026<br \/>\nMais avec mes p\u00e9rils, je suis d\u2019intelligence,<br \/>\nPlus versatile, \u00f4 Thyrse, et plus perfide qu\u2019eux.<br \/>\nFuis-moi ! du noir retour reprends le fil visqueux !<br \/>\nVa chercher des yeux clos pour tes danses massives.<br \/>\nCoule vers d\u2019autres lits tes robes successives,<br \/>\nCouve sur d\u2019autres c\u0153urs les germes de leur mal,<br \/>\nEt que dans les anneaux de ton r\u00eave animal<br \/>\nHal\u00e8te jusqu\u2019au jour l\u2019innocence anxieuse !\u2026<br \/>\nMoi, je veille. Je sors, p\u00e2le et prodigieuse,<br \/>\nToute humide des pleurs que je n\u2019ai point vers\u00e9s,<br \/>\nD\u2019une absence aux contours de mortelle berc\u00e9s<br \/>\nPar soi seule\u2026 Et brisant une tombe sereine,<br \/>\nJe m\u2019accoude inqui\u00e8te et pourtant souveraine,<br \/>\nTant de mes visions parmi la nuit et l\u2019\u0153il,<br \/>\nLes moindres mouvements consultent mon orgueil. \u00bb<br \/>\nMais je tremblais de perdre une douleur divine !<br \/>\nJe baisais sur ma main cette morsure fine,<br \/>\nEt je ne savais plus de mon antique corps<br \/>\nInsensible, qu\u2019un feu qui br\u00fblait sur mes bords :<\/p>\n<p>Adieu, pensai-je, MOI, mortelle s\u0153ur, mensonge\u2026<br \/>\nHarmonieuse MOI, diff\u00e9rente d\u2019un songe,<br \/>\nFemme flexible et ferme aux silences suivis<br \/>\nD\u2019actes purs !\u2026 Front limpide, et par ondes ravis,<br \/>\nSi loin que le vent vague et velu les ach\u00e8ve<br \/>\nLongs brins l\u00e9gers qu\u2019au large un vol m\u00eale et soul\u00e8ve,<br \/>\nDites !\u2026 J\u2019\u00e9tais l\u2019\u00e9gale et l\u2019\u00e9pouse du jour,<br \/>\nSeul support souriant que je formais d\u2019amour<br \/>\n\u00c0 la toute-puissante altitude ador\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Quel \u00e9clat sur mes cils aveugl\u00e9ment dor\u00e9e,<br \/>\n\u00d4 paupi\u00e8res qu\u2019opprime une nuit de tr\u00e9sor,<br \/>\nJe priais \u00e0 t\u00e2tons dans vos t\u00e9n\u00e8bres d\u2019or !<br \/>\nPoreuse \u00e0 l\u2019\u00e9ternel qui me semblait m\u2019enclore,<br \/>\nJe m\u2019offrais dans mon fruit de velours qu\u2019il d\u00e9vore ;<br \/>\nRien ne me murmurait qu\u2019un d\u00e9sir de mourir<br \/>\nDans cette blonde pulpe au soleil p\u00fbt m\u00fbrir :<br \/>\nMon am\u00e8re saveur ne m\u2019\u00e9tait point venue.<br \/>\nJe ne sacrifiais que mon \u00e9paule nue<br \/>\n\u00c0 la lumi\u00e8re ; et sur cette gorge de miel,<br \/>\nDont la tendre naissance accomplissait le ciel,<br \/>\nSe venait assoupir la figure du monde.<br \/>\nPuis, dans le dieu brillant, captive vagabonde,<br \/>\nJe m\u2019\u00e9branlais br\u00fblante et foulais le sol plein,<br \/>\nLiant et d\u00e9liant mes ombres sous le lin.<br \/>\nHeureuse ! \u00c0 la hauteur de tant de gerbes belles,<br \/>\nQui laissais \u00e0 ma robe ob\u00e9ir les ombelles,<br \/>\nDans les abaissements de leur fr\u00eale fiert\u00e9<br \/>\nEt si, contre le fil de cette libert\u00e9,<br \/>\nSi la robe s\u2019arrache \u00e0 la rebelle ronce,<br \/>\nL\u2019arc de mon brusque corps s\u2019accuse et me prononce,<br \/>\nNu sous le voile enfl\u00e9 de vivantes couleurs<br \/>\nQue dispute ma race aux longs liens de fleurs !<\/p>\n<p>Je regrette \u00e0 demi cette vaine puissance\u2026<br \/>\nUne avec le d\u00e9sir, je fus l\u2019ob\u00e9issance<br \/>\nImminente, attach\u00e9e \u00e0 ces genoux polis ;<br \/>\nDe mouvements si prompts mes v\u0153ux \u00e9taient remplis<br \/>\nQue je sentais ma cause \u00e0 peine plus agile !<br \/>\nVers mes sens lumineux nageait ma blonde argile,<br \/>\nEt dans l\u2019ardente paix des songes naturels,<br \/>\nTous ces pas infinis me semblaient \u00e9ternels.<br \/>\nSi ce n\u2019est, \u00f4 Splendeur, qu\u2019\u00e0 mes pieds l\u2019Ennemie,<br \/>\nMon ombre ! la mobile et la souple momie,<br \/>\nDe mon absence peinte effleurait sans effort<br \/>\nLa terre o\u00f9 je fuyais cette l\u00e9g\u00e8re mort.<br \/>\nEntre la rose et moi, je la vois qui s\u2019abrite ;<br \/>\nSur la poudre qui danse, elle glisse et n\u2019irrite<br \/>\nNul feuillage, mais passe, et se brise partout\u2026<br \/>\nGlisse ! Barque fun\u00e8bre\u2026<br \/>\n Et moi vive, debout,<br \/>\nDure, et de mon n\u00e9ant secr\u00e8tement arm\u00e9e,<br \/>\nMais, comme par l\u2019amour une joue enflamm\u00e9e,<br \/>\nEt la narine jointe au vent de l\u2019oranger,<br \/>\nJe ne rends plus au jour qu\u2019un regard \u00e9tranger\u2026<br \/>\nOh ! combien peut grandir dans ma nuit curieuse<br \/>\nDe mon c\u0153ur s\u00e9par\u00e9 la part myst\u00e9rieuse,<br \/>\nEt de sombres essais s\u2019approfondir mon art !\u2026<br \/>\nLoin des purs environs, je suis captive, et par<br \/>\nL\u2019\u00e9vanouissement d\u2019ar\u00f4mes abattue,<br \/>\nJe sens sous les rayons, frissonner ma statue,<br \/>\nDes caprices de l\u2019or, son marbre parcouru.<br \/>\nMais je sais ce que voit mon regard disparu ;<br \/>\nMon \u0153il noir est le seuil d\u2019infernales demeures !<br \/>\nJe pense, abandonnant \u00e0 la brise les heures<br \/>\nEt l\u2019\u00e2me sans retour des arbustes amers,<br \/>\nJe pense, sur le bord dor\u00e9 de l\u2019univers,<br \/>\n\u00c0 ce go\u00fbt de p\u00e9rir qui prend la Pythonisse<br \/>\nEn qui mugit l\u2019espoir que le monde finisse.<br \/>\nJe renouvelle en moi mes \u00e9nigmes, mes dieux,<br \/>\nMes pas interrompus de paroles aux cieux,<br \/>\nMes pauses, sur le pied portant la r\u00eaverie<br \/>\nQui suit au miroir d\u2019aile un oiseau qui varie,<br \/>\nCent fois sur le soleil joue avec le n\u00e9ant,<br \/>\nEt br\u00fble, au sombre but de mon marbre b\u00e9ant.<br \/>\n\u00d4 dangereusement de son regard la proie !<\/p>\n<p>Car l\u2019\u0153il spirituel sur ses plages de soie<br \/>\nAvait d\u00e9j\u00e0 vu luire et p\u00e2lir trop de jours<br \/>\nDont je m\u2019\u00e9tais pr\u00e9dit les couleurs et le cours.<br \/>\nL\u2019ennui, le clair ennui de mirer leur nuance,<br \/>\nMe donnait sur ma vie une funeste avance :<br \/>\nL\u2019aube me d\u00e9voilait tout le jour ennemi.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais \u00e0 demi morte ; et peut-\u00eatre, \u00e0 demi<br \/>\nImmortelle, r\u00eavant que le futur lui-m\u00eame<br \/>\nNe f\u00fbt qu\u2019un diamant fermant le diad\u00e8me<br \/>\nO\u00f9 s\u2019\u00e9change le froid des malheurs qui na\u00eetront<br \/>\nParmi tant d\u2019autres feux absolus de mon front.<\/p>\n<p>Osera-t-il, le Temps, de mes diverses tombes,<br \/>\nRessusciter un soir favori des colombes,<br \/>\nUn soir qui tra\u00eene au fil d\u2019un lambeau voyageur<br \/>\nDe ma docile enfance un reflet de rougeur,<br \/>\nEt trempe \u00e0 l\u2019\u00e9meraude un long rose de honte ?<br \/>\nSouvenir, \u00f4 b\u00fbcher, dont le vent d\u2019or m\u2019affronte,<br \/>\nSouffle au masque la pourpre impr\u00e9gnant le refus<br \/>\nD\u2019\u00eatre en moi-m\u00eame en flamme une autre que je fus\u2026<br \/>\nViens, mon sang, viens rougir la p\u00e2le circonstance<br \/>\nQu\u2019ennoblissait l\u2019azur de la sainte distance,<br \/>\nEt l\u2019insensible iris du temps que j\u2019adorai !<br \/>\nViens consumer sur moi ce don d\u00e9color\u00e9<br \/>\nViens ! que je reconnaisse et que je les ha\u00efsse,<br \/>\nCette ombrageuse enfant, ce silence complice,<br \/>\nCe trouble transparent qui baigne dans les bois\u2026<br \/>\nEt de mon sein glac\u00e9 rejaillisse la voix<br \/>\nQue j\u2019ignorais si rauque et d\u2019amour si voil\u00e9e\u2026<br \/>\nLe col charmant cherchant la chasseresse ail\u00e9e.<\/p>\n<p>Mon c\u0153ur fut-il si pr\u00e8s d\u2019un c\u0153ur qui va faiblir ?<\/p>\n<p>Fut-ce bien moi, grands cils qui crus m\u2019ensevelir<br \/>\nDans l\u2019arri\u00e8re douceur riant \u00e0 vos menaces\u2026<br \/>\n\u00d4 pampres ! sur ma joue errant en fils tenaces,<br \/>\nOu toi\u2026 de cils tissue et de fluides f\u00fbts,<br \/>\nTendre lueur d\u2019un soir bris\u00e9 de bras confus ?<br \/>\n\u00ab Que dans le ciel plac\u00e9s, mes yeux tracent mon temple !<br \/>\nEt que sur moi repose un autel sans exemple ! \u00bb<\/p>\n<p>Criaient de tout mon corps la pierre et la p\u00e2leur\u2026<br \/>\nLa terre ne m\u2019est plus qu\u2019un bandeau de couleur<br \/>\nQui coule et se refuse au front blanc de vertige\u2026<br \/>\nTout l\u2019univers chancelle et tremble sur ma tige,<br \/>\nLa pensive couronne \u00e9chappe \u00e0 mes esprits,<br \/>\nLa mort veut respirer cette rose sans prix<br \/>\nDont la douceur importe \u00e0 sa fin t\u00e9n\u00e9breuse !<\/p>\n<p>Que si ma tendre odeur grise ta t\u00eate creuse,<br \/>\n\u00d4 mort, respire enfin cette esclave de roi :<br \/>\nAppelle-moi, d\u00e9lie !\u2026 Et d\u00e9sesp\u00e8re-moi,<br \/>\nDe moi-m\u00eame si lasse, image condamn\u00e9e !<br \/>\n\u00e9coute\u2026 N\u2019attends plus\u2026 La renaissante ann\u00e9e<br \/>\n\u00c0 tout mon sang pr\u00e9dit de secrets mouvements :<br \/>\nLe gel c\u00e8de \u00e0 regret ses derniers diamants\u2026<br \/>\nDemain, sur un soupir des Bont\u00e9s constell\u00e9es,<br \/>\nLe printemps vient briser les fontaines scell\u00e9es :<br \/>\nL\u2019\u00e9tonnant printemps rit, viole\u2026 On ne sait d\u2019o\u00f9<br \/>\nVenu ? Mais la candeur ruisselle \u00e0 mots si doux<br \/>\nQu\u2019une tendresse prend la terre \u00e0 ses entrailles\u2026<br \/>\nLes arbres regonfl\u00e9s et recouverts d\u2019\u00e9cailles<br \/>\nCharg\u00e9s de tant de bras et de trop d\u2019horizons,<br \/>\nMeuvent sur le soleil leurs tonnantes toisons,<br \/>\nMontent dans l\u2019air amer avec toutes leurs ailes<br \/>\nDe feuilles par milliers qu\u2019ils se sentent nouvelles\u2026<br \/>\nN\u2019entends-tu pas fr\u00e9mir ces noms a\u00e9riens,<br \/>\n\u00d4 Sourde !\u2026 Et dans l\u2019espace accabl\u00e9 de liens,<br \/>\nVibrant de bois vivace infl\u00e9chi par la cime,<br \/>\nPour et contre les dieux ramer l\u2019arbre unanime,<br \/>\nLa flottante for\u00eat de qui les rudes troncs<br \/>\nPortent pieusement \u00e0 leurs fantasques fronts,<br \/>\nAux d\u00e9chirants d\u00e9parts des archipels superbes,<br \/>\nUn fleuve tendre, \u00f4 mort, et cach\u00e9 sous les herbes ?<br \/>\nQuelle r\u00e9sisterait, mortelle, \u00e0 ces remous ?<br \/>\nQuelle mortelle ?<\/p>\n<p>                        Moi si pure, mes genoux<br \/>\nPressentent les terreurs de genoux sans d\u00e9fense\u2026<br \/>\nL\u2019air me brise. L\u2019oiseau perce de cris d\u2019enfance<br \/>\nInou\u00efs\u2026l\u2019ombre m\u00eame o\u00f9 se serre mon c\u0153ur,<br \/>\nEt roses ! mon soupir vous soul\u00e8ve, vainqueur<br \/>\nH\u00e9las ! des bras si doux qui ferment la corbeille\u2026<br \/>\nOh ! parmi mes cheveux p\u00e8se d\u2019un poids d\u2019abeille,<br \/>\nPlongeant toujours plus ivre au baiser plus aigu,<br \/>\nLe point d\u00e9licieux de mon jour ambigu\u2026<br \/>\nLumi\u00e8re !\u2026 Ou toi, la mort ! Mais le plus prompt me prenne !\u2026<br \/>\nMon c\u0153ur bat ! mon c\u0153ur bat ! Mon sein br\u00fble et m\u2019entra\u00eene !<br \/>\nAh ! qu\u2019il s\u2019enfle, se gonfle et se tende, ce dur<br \/>\nTr\u00e8s doux t\u00e9moin captif de mes r\u00e9seaux d\u2019azur\u2026<br \/>\nDur en moi\u2026 mais si doux \u00e0 la bouche infinie !\u2026<\/p>\n<p>Chers fant\u00f4mes naissants dont la soif m\u2019est unie,<br \/>\nD\u00e9sirs ! Visages clairs !\u2026 Et vous, beaux fruits d\u2019amour,<br \/>\nLes dieux m\u2019ont-ils form\u00e9 ce maternel contour<br \/>\nEt ces bords sinueux, ces plis et ces calices,<br \/>\nPour que la vie embrasse un autel de d\u00e9lices,<br \/>\nO\u00f9 m\u00ealant l\u2019\u00e2me \u00e9trange aux \u00e9ternels retours,<br \/>\nLa semence, le lait, le sang coulent toujours ?<br \/>\nNon ! L\u2019horreur m\u2019illumine, ex\u00e9crable harmonie !<br \/>\nChaque baiser pr\u00e9sage une neuve agonie\u2026<br \/>\nJe vois, je vois flotter, fuyant l\u2019honneur des chairs<br \/>\nDes m\u00e2nes impuissants les millions amers\u2026<br \/>\nNon, souffles ! Non, regards, tendresses\u2026 mes convives,<br \/>\nPeuple alt\u00e9r\u00e9 de moi suppliant que tu vives,<br \/>\nNon, vous ne tiendrez pas de moi la vie !\u2026 Allez,<br \/>\nSpectres, soupirs la nuit vainement exhal\u00e9s,<br \/>\nAllez joindre des morts les impalpables nombres !<br \/>\nJe n\u2019accorderai pas la lumi\u00e8re \u00e0 des ombres,<br \/>\nJe garde loin de vous, l\u2019esprit sinistre et clair\u2026<br \/>\nNon ! Vous ne tiendrez pas de mes l\u00e8vres l\u2019\u00e9clair !\u2026<br \/>\nEt puis\u2026 mon c\u0153ur aussi vous refuse sa foudre.<br \/>\nJ\u2019ai piti\u00e9 de nous tous, \u00f4 tourbillons de poudre !<\/p>\n<p>Grands Dieux ! Je perds en vous mes pas d\u00e9concert\u00e9s !<br \/>\nJe n\u2019implorerai plus que tes faibles clart\u00e9s,<br \/>\nLongtemps sur mon visage envieuse de fondre,<br \/>\nTr\u00e8s imminente larme, et seule \u00e0 me r\u00e9pondre,<br \/>\nLarme qui fais trembler \u00e0 mes regards humains<br \/>\nUne vari\u00e9t\u00e9 de fun\u00e8bres chemins ;<br \/>\nTu proc\u00e8des de l\u2019\u00e2me, orgueil du labyrinthe,<br \/>\nTu me portes du c\u0153ur cette goutte contrainte,<br \/>\nCette distraction de mon suc pr\u00e9cieux<br \/>\nQui vient sacrifier mes ombres sur mes yeux,<br \/>\nTendre libation de l\u2019arri\u00e8re-pens\u00e9e !<br \/>\nD\u2019une grotte de crainte au fond de moi creus\u00e9e<br \/>\nLe sel myst\u00e9rieux suinte muette l\u2019eau.<br \/>\nD\u2019o\u00f9 nais-tu ? Quel travail toujours triste et nouveau<br \/>\nTe tire avec retard, larme, de l\u2019ombre am\u00e8re ?<br \/>\nTu gravis mes degr\u00e9s de mortelle et de m\u00e8re,<br \/>\nEt d\u00e9chirant ta route, opini\u00e2tre faix,<br \/>\nDans le temps que je vis, les lenteurs que tu fais<br \/>\nM\u2019\u00e9touffent\u2026 Je me tais, buvant ta marche s\u00fbre\u2026<br \/>\n\u2014 Qui t\u2019appelle au secours de ma jeune blessure !<\/p>\n<p>Mais blessures, sanglots, sombres essais, pourquoi ?<br \/>\nPour qui, joyaux cruels, marquez-vous ce corps froid,<br \/>\nAveugle aux doigts ouverts \u00e9vitant l\u2019esp\u00e9rance !<br \/>\nO\u00f9 va-t-il, sans r\u00e9pondre \u00e0 sa propre ignorance,<br \/>\nCe corps dans la nuit noire \u00e9tonn\u00e9 de sa foi ?<br \/>\nTerre trouble\u2026 et m\u00eal\u00e9e \u00e0 l\u2019algue, porte-moi,<br \/>\nPorte doucement moi\u2026 Ma faiblesse de neige,<br \/>\nMarchera-t-elle tant qu\u2019elle trouve son pi\u00e8ge ?<br \/>\nO\u00f9 tra\u00eene-t-il, mon cygne, o\u00f9 cherche-t-il son vol ?<br \/>\n\u2026 Duret\u00e9 pr\u00e9cieuse\u2026 \u00d4 sentiment du sol,<br \/>\nMon pas fondait sur toi l\u2019assurance sacr\u00e9e !<br \/>\nMais sous le pied vivant qui t\u00e2te et qui la cr\u00e9e<br \/>\nEt touche avec horreur \u00e0 son pacte natal,<br \/>\nCette terre si ferme atteint mon pi\u00e9destal.<br \/>\nNon loin, parmi ces pas, r\u00eave mon pr\u00e9cipice\u2026<br \/>\nL\u2019insensible rocher, glissant d\u2019algues, propice<br \/>\n\u00c0 fuir (comme en soi-m\u00eame ineffablement seul),<br \/>\nCommence\u2026 Et le vent semble au travers d\u2019un linceul<br \/>\nOurdir de bruits marins une confuse trame,<br \/>\nM\u00e9lange de la lame en ruine, et de rame\u2026<br \/>\nTant de hoquets longtemps, et de r\u00e2les heurt\u00e9s,<br \/>\nBris\u00e9s, repris au large\u2026 et tous les sorts jet\u00e9s<br \/>\n\u00e9perdument divers roulant l\u2019oubli vorace\u2026<\/p>\n<p>H\u00e9las ! de mes pieds nus qui trouvera la trace<br \/>\nCessera-t-il longtemps de ne songer qu\u2019\u00e0 soi ?<\/p>\n<p>Terre trouble, et m\u00eal\u00e9e \u00e0 l\u2019algue, porte-moi !<br \/>\nMyst\u00e9rieuse MOI, pourtant, tu vis encore !<br \/>\nTu vas te reconna\u00eetre au lever de l\u2019aurore<br \/>\nAm\u00e8rement la m\u00eame\u2026<br \/>\n                          Un miroir de la mer<br \/>\nSe l\u00e8ve\u2026 Et sur la l\u00e8vre, un sourire d\u2019hier<br \/>\nQu\u2019annonce avec ennui l\u2019effacement des signes,<br \/>\nGlace dans l\u2019orient d\u00e9j\u00e0 les p\u00e2les lignes<br \/>\nDe lumi\u00e8re et de pierre, et la pleine prison<br \/>\nO\u00f9 flottera l\u2019anneau de l\u2019unique horizon\u2026<br \/>\nRegarde : un bras tr\u00e8s pur est vu, qui se d\u00e9nude.<br \/>\nJe te revois, mon bras\u2026 Tu portes l\u2019aube\u2026<\/p>\n<p>                                    \u00d4 rude<br \/>\nR\u00e9veil d\u2019une victime inachev\u00e9e\u2026 et seuil<br \/>\nSi doux\u2026 si clair, que flatte, affleurement d\u2019\u00e9cueil,<br \/>\nL\u2019onde basse, et que lave une houle amortie !\u2026<br \/>\nL\u2019ombre qui m\u2019abandonne, imp\u00e9rissable hostie,<br \/>\nMe d\u00e9couvre vermeille \u00e0 de nouveaux d\u00e9sirs,<br \/>\nSur le terrible autel de tous mes souvenirs.<\/p>\n<p>L\u00e0, l\u2019\u00e9cume s\u2019efforce \u00e0 se faire visible ;<br \/>\nEt l\u00e0, titubera sur la barque sensible<br \/>\n\u00c0 chaque \u00e9paule d\u2019onde, un p\u00eacheur \u00e9ternel.<br \/>\nTout va donc accomplir son acte solennel<br \/>\nDe toujours repara\u00eetre incomparable et chaste,<br \/>\nEt de restituer la tombe enthousiaste<br \/>\nAu gracieux \u00e9tat du rire universel.<br \/>\nSalut ! Divinit\u00e9s par la rose et le sel,<br \/>\nEt les premiers jouets de la jeune lumi\u00e8re,<br \/>\n\u00celes !\u2026 Ruches bient\u00f4t quand la flamme premi\u00e8re<br \/>\nFera que votre roche, \u00eeles que je pr\u00e9dis,<br \/>\nRessente en rougissant de puissants paradis ;<br \/>\nCimes qu\u2019un feu f\u00e9conde \u00e0 peine intimid\u00e9es,<br \/>\nBois qui bourdonnerez de b\u00eates et d\u2019id\u00e9es,<br \/>\nD\u2019hymnes d\u2019hommes combl\u00e9s des dons du juste \u00e9ther,<br \/>\n\u00celes ! dans la rumeur des ceintures de mer,<br \/>\nM\u00e8res vierges toujours, m\u00eame portant ces marques,<br \/>\nVous m\u2019\u00eates \u00e0 genoux de merveilleuses Parques :<br \/>\nRien n\u2019\u00e9gale dans l\u2019air les fleurs que vous placez,<br \/>\nMais dans la profondeur, que vos pieds sont glac\u00e9s !<br \/>\nDe l\u2019\u00e2me les appr\u00eats sous la tempe calm\u00e9e,<br \/>\nMa mort, enfant secr\u00e8te et d\u00e9j\u00e0 si form\u00e9e,<br \/>\nEt vous, divins d\u00e9go\u00fbts qui me donniez l\u2019essor,<br \/>\nChastes \u00e9loignements des lustres de mon sort,<br \/>\nNe f\u00fbtes-vous, ferveur, qu\u2019une noble dur\u00e9e ?<br \/>\nNulle jamais des dieux plus pr\u00e8s aventur\u00e9e<br \/>\nN\u2019osa peindre \u00e0 son front leur souffle ravisseur,<br \/>\nEt de la nuit parfaite implorant l\u2019\u00e9paisseur,<br \/>\nPr\u00e9tendre par la l\u00e8vre au supr\u00eame murmure.<\/p>\n<p>Je soutenais l\u2019\u00e9clat de la mort toute pure<br \/>\nTelle j\u2019avais jadis le soleil soutenu\u2026<br \/>\nMon corps d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 tendait le torse nu<br \/>\nO\u00f9 l\u2019\u00e2me, ivre de soi, de silence et de gloire,<br \/>\nPr\u00eate \u00e0 s\u2019\u00e9vanouir de sa propre m\u00e9moire,<br \/>\n\u00e9coute, avec espoir, frapper au mur pieux<br \/>\nCe c\u0153ur, \u2014 qui se ruine \u00e0 coups myst\u00e9rieux<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 ne plus tenir que de sa complaisance<br \/>\nUn fr\u00e9missement fin de feuille, ma pr\u00e9sence\u2026<\/p>\n<p>Attente vaine, et vaine\u2026 Elle ne peut mourir<br \/>\nQui devant son miroir pleure pour s\u2019attendrir.<br \/>\n\u00d4 n\u2019aurait-il fallu, folle, que j\u2019accomplisse<br \/>\nMa merveilleuse fin de choisir pour supplice<br \/>\nCe lucide d\u00e9dain des nuances du sort ?<br \/>\nTrouveras-tu jamais plus transparente mort<br \/>\nNi de pente plus pure o\u00f9 je rampe \u00e0 ma perte<br \/>\nQue sur ce long regard de victime entr\u2019ouverte,<br \/>\nP\u00e2le, qui se r\u00e9signe et saigne sans regret ?<br \/>\nQue lui fait tout le sang qui n\u2019est plus son secret ?<br \/>\nDans quelle blanche pais cette pourpre la laisse,<br \/>\n\u00c0 l\u2019extr\u00eame de l\u2019\u00eatre et belle de faiblesse !<br \/>\nElle calme le temps qui la vient abolir,<br \/>\nLe moment souverain ne la peut plus p\u00e2lir,<br \/>\nTant la chair vide baise une sombre fontaine !<br \/>\nElle se fait toujours plus seule et plus lointaine\u2026<br \/>\nEt moi, d\u2019un tel destin, le c\u0153ur toujours plus pr\u00e8s,<br \/>\nMon cort\u00e8ge, en esprit, se ber\u00e7ait de cypr\u00e8s\u2026<br \/>\nVers un aromatique avenir de fum\u00e9e,<br \/>\nJe me sentais conduite, offerte et consum\u00e9e ;<br \/>\nToute, toute promise aux nuages heureux !<br \/>\nM\u00eame, je m\u2019apparus cet arbre vaporeux,<br \/>\nDe qui la majest\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement perdue<br \/>\nS\u2019abandonne \u00e0 l\u2019amour de toute l\u2019\u00e9tendue.<br \/>\nL\u2019\u00eatre immense me gagne, et de mon c\u0153ur divin<br \/>\nL\u2019encens qui br\u00fble expire une forme sans fin\u2026<br \/>\nTous les corps radieux tremblent dans mon essence !\u2026<br \/>\nNon, non !\u2026 N\u2019irrite plus cette r\u00e9miniscence !<br \/>\nSombre lys ! T\u00e9n\u00e9breuse allusion des cieux,<br \/>\nTa vigueur n\u2019a pu rompre un vaisseau pr\u00e9cieux\u2026<br \/>\nParmi tous les instants tu touchais au supr\u00eame\u2026<br \/>\n\u2014 Mais qui l\u2019emporterait sur la puissance m\u00eame,<br \/>\nAvide par tes yeux de contempler le jour<br \/>\nQui s\u2019est choisi ton front pour lumineuse tour ?<\/p>\n<p>Cherche, du moins, dis-toi, par quelle sourde suite<br \/>\nLa nuit, d\u2019entre les morts, au jour t\u2019a reconduite ?<br \/>\nSouviens-toi de toi-m\u00eame, et retire \u00e0 l\u2019instinct<br \/>\nCe fil (ton doigt dor\u00e9 le dispute au matin),<br \/>\nCe fil dont la finesse aveugl\u00e9ment suivie<br \/>\nJusque sur cette rive a ramen\u00e9 ta vie\u2026<br \/>\nSois subtile\u2026 cruelle\u2026 ou plus subtile !\u2026 Mens !\u2026<br \/>\nMais sache !\u2026 Enseigne-moi par quels enchantements,<br \/>\nL\u00e2che que n\u2019a su fuir sa ti\u00e8de fum\u00e9e,<br \/>\nNi le souci d\u2019un sein d\u2019argile parfum\u00e9e,<br \/>\nPar quel retour sur toi, reptile, as-tu repris<br \/>\nTes parfums de caverne et tes tristes esprits ?<br \/>\nHier la chair profonde, hier, la chair ma\u00eetresse<br \/>\nM\u2019a trahie\u2026 Oh ! sans r\u00eave, et sans une caresse !\u2026<br \/>\nNul d\u00e9mon, nul parfum ne m\u2019offrit le p\u00e9ril<br \/>\nD\u2019imaginaires bras mourant au col viril ;<br \/>\nNi, par le Cygne-Dieu, de plumes offens\u00e9e<br \/>\nSa br\u00fblante blancheur n\u2019effleura ma pens\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Il e\u00fbt connu pourtant le plus tendre des nids !<br \/>\nCar toute \u00e0 la faveur de mes membres unis,<br \/>\nVierge, je fus dans l\u2019ombre une adorable offrande\u2026<br \/>\nMais le sommeil s\u2019\u00e9prit d\u2019une douceur si grande,<br \/>\nEt nou\u00e9e \u00e0 moi-m\u00eame au creux de mes cheveux,<br \/>\nJ\u2019ai mollement perdu mon empire nerveux.<br \/>\nAu milieu de mes bras, je me suis faite une autre\u2026<br \/>\nQui s\u2019ali\u00e8ne ?\u2026 Qui s\u2019envole ?\u2026 Qui se vautre ?\u2026<br \/>\n\u00c0 quel d\u00e9tour cach\u00e9, mon c\u0153ur s\u2019est-il fondu ?<br \/>\nQuelle conque a redit le nom que j\u2019ai perdu ?<br \/>\nLe sais-je, quel reflux tra\u00eetre m\u2019a retir\u00e9e<br \/>\nDe mon extr\u00e9mit\u00e9 pure et pr\u00e9matur\u00e9e,<br \/>\nEt m\u2019a repris le sens de mon vaste soupir ?<br \/>\nComme l\u2019oiseau se pose, il fallut m\u2019assoupir.<\/p>\n<p>Ce fut l\u2019heure, peut-\u00eatre, o\u00f9 la devineresse<br \/>\nInt\u00e9rieure s\u2019use et se d\u00e9sint\u00e9resse :<br \/>\nElle n\u2019est plus la m\u00eame\u2026 Une profonde enfant<br \/>\nDes degr\u00e9s inconnus vainement se d\u00e9fend,<br \/>\nEt redemande au loin ses mains abandonn\u00e9es.<br \/>\nIl faut c\u00e9der aux v\u0153ux des mortes couronn\u00e9es<br \/>\nEt prendre pour visage un souffle\u2026<br \/>\nDoucement, Me voici : mon front touche \u00e0 ce consentement\u2026<br \/>\nCe corps, je lui pardonne, et je go\u00fbte \u00e0 la cendre<br \/>\nJe me remets enti\u00e8re au bonheur de descendre,<br \/>\nOuverte aux noirs t\u00e9moins, les bras supplici\u00e9s,<br \/>\nEntre des mots sans fin, sans moi, balbuti\u00e9s.<br \/>\nDors, ma sagesse, dors. Forme-toi cette absence ;<br \/>\nRetourne dans le germe et la sombre innocence,<br \/>\nAbandonne-toi vive aux serpents, aux tr\u00e9sors.<br \/>\nDors toujours ! Descends, dors toujours ! Descends, dors, dors !<\/p>\n<p>(La porte basse c\u2019est une bague\u2026 o\u00f9 la gaze<br \/>\nPasse\u2026 Tout meurt, tout rit dans la gorge qui jase\u2026<br \/>\nL\u2019oiseau boit sur ta bouche et tu ne peux le voir\u2026<br \/>\nViens plus bas, parle bas\u2026 Le noir n\u2019est pas si noir\u2026)<br \/>\nD\u00e9licieux linceuls, mon d\u00e9sordre ti\u00e8de,<br \/>\nCouche o\u00f9 je me r\u00e9pands, m\u2019interroge et me c\u00e8de,<br \/>\nO\u00f9 j\u2019allai de mon c\u0153ur noyer les battements,<br \/>\nPresque tombeau vivant dans mes appartements,<br \/>\nQui respire, et sur qui l\u2019\u00e9ternit\u00e9 s\u2019\u00e9coute,<br \/>\nPlace pleine de moi qui m\u2019avez prise toute,<br \/>\n\u00d4 forme de ma forme et la creuse chaleur<br \/>\nQue mes retours sur moi reconnaissaient la leur,<br \/>\nVoici que tant d\u2019orgueil qui dans vos plis se plonge<br \/>\n\u00c0 la fin se m\u00e9lange aux bassesses du songe !<br \/>\nDans vos nappes, o\u00f9 lisse elle imitait sa mort<br \/>\nL\u2019idole malgr\u00e9 soi se dispose et s\u2019endort,<br \/>\nLasse femme absolue, et les yeux dans ses larmes,<br \/>\nQuand, de ses secrets nus les antres et les charmes,<br \/>\nEt ce reste d\u2019amour que se gardait le corps<br \/>\nCorrompirent sa perte et ses mortels accords.<\/p>\n<p>Arche toute secr\u00e8te, et pourtant si prochaine,<br \/>\nMes transports, cette nuit, pensaient briser ta cha\u00eene ;<br \/>\nJe n\u2019ai fait que bercer de lamentations<br \/>\nTes flancs charg\u00e9s de jour et de cr\u00e9ations !<br \/>\nQuoi ! mes yeux froidement que tant d\u2019azur \u00e9gare<br \/>\nRegardent l\u00e0 p\u00e9rir l\u2019\u00e9toile fine et rare,<br \/>\nEt ce jeune soleil de mes \u00e9tonnements<br \/>\nMe para\u00eet d\u2019une a\u00efeule \u00e9clairer les tourments,<br \/>\nTant sa flamme aux remords ravit leur existence,<br \/>\nEt compose d\u2019aurore une ch\u00e8re substance<br \/>\nQui se formait d\u00e9j\u00e0 substance d\u2019un tombeau !\u2026<br \/>\nO, sur toute la mer, sur mes pieds, qu\u2019il est beau !<br \/>\nTu viens !\u2026 Je suis toujours celle que tu respires,<br \/>\nMon voile \u00e9vapor\u00e9 me fuit vers tes empires\u2026<\/p>\n<p>\u2026 Alors, n\u2019ai-je form\u00e9 vains adieux si je vis,<br \/>\nQue songes ?\u2026 Si je viens, en v\u00eatements ravis,<br \/>\nSur ce bord, sans horreur, humer la haute \u00e9cume,<br \/>\nBoire des yeux l\u2019immense et riante amertume,<br \/>\nL\u2019\u00eatre contre le vent, dans le plus vif de l\u2019air,<br \/>\nRecevant au visage un appel de la mer ;<br \/>\nSi l\u2019\u00e2me intense souffle, et renfle furibonde<br \/>\nL\u2019onde abrupte sur l\u2019onde abattue, et si l\u2019onde<br \/>\nAu cap tonne, immolant un monstre de candeur,<br \/>\nEt vient des hautes mers vomir la profondeur<br \/>\nSur ce roc, d\u2019o\u00f9 jaillit jusque vers mes pens\u00e9es<br \/>\nUn \u00e9blouissement d\u2019\u00e9tincelles glac\u00e9es,<br \/>\nEt sur toute ma peau que morde l\u2019\u00e2pre \u00e9veil,<br \/>\nAlors, malgr\u00e9 moi-m\u00eame, il le faut, \u00f4 Soleil,<br \/>\nQue j\u2019adore mon c\u0153ur o\u00f9 tu te viens conna\u00eetre,<br \/>\nDoux et puissant retour du d\u00e9lice de na\u00eetre,<\/p>\n<p>Feu vers qui se soul\u00e8ve une vierge de sang<br \/>\nSous les esp\u00e8ces d\u2019or d\u2019un sein reconnaissant !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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