{"id":11190,"date":"2025-04-29T11:57:14","date_gmt":"2025-04-29T09:57:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=11190"},"modified":"2025-04-29T12:03:07","modified_gmt":"2025-04-29T10:03:07","slug":"le-cuisinier-dun-grand-homme","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/le-cuisinier-dun-grand-homme\/","title":{"rendered":"Le Cuisinier d\u2019un grand homme"},"content":{"rendered":"<p>PERSONNAGES<br \/>\n&#8211; M. Dentscourt a\u00een\u00e9, Cuisinier.<br \/>\n&#8211; Son fr\u00e8re cadet.<br \/>\n&#8211; Un gros Monsieur.<br \/>\n&#8211; Le Sous-chef de cuisine.<br \/>\n&#8211; Troupe de Cuisiniers et de Fournisseurs.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Le th\u00e9\u00e2tre repr\u00e9sente une grande cuisine ; au-dessus de la porte est inscrit Bureaux culinaires, 1re division. La sc\u00e8ne est remplie de cuisiniers, marmitons, etc. M. Dentscourt est assis, le noble bonnet de coton en t\u00eate ; deux fourneaux br\u00fblent aupr\u00e8s de lui en guise de cassolettes. Les fournisseurs, charg\u00e9s de vivres, d\u00e9filent devant lui. \u2014 Magnifique exposition dans le genre de celle du premier acte de L\u00e9onidas.<\/p>\n<p><strong>Sc\u00e8ne PREMI\u00c8RE.<\/strong><\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, SON FR\u00c8RE CADET, LE SOUS-CHEF, CUISINIERS, FOURNISSEURS, MARMITONS, ETC.<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nPuisque l\u2019astre \u00e9clatant qui nous donne le jour<br \/>\nD\u2019un repas solennel annonce le retour,<br \/>\nChef, nous venons en toi pr\u00e9senter notre hommage<br \/>\nAu ministre puissant dont ta gloire est l\u2019image.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nCuisiniers, fournisseurs, je suis content de vous :<br \/>\nNos affaires vont bien, en d\u00e9pit des jaloux ;<br \/>\nEt d\u2019excellens d\u00eeners, rem\u00e8des efficaces,<br \/>\nDe nos derniers \u00e9checs ont effac\u00e9 les traces ;<br \/>\nQuelques mauvais esprits ont en vain pr\u00e9tendu<br \/>\nQue nous d\u00e9vorons tout, que l\u2019\u00c9tat est perdu,<br \/>\nQue notre pot au feu cuit aux d\u00e9pens des autres,<br \/>\nEt bient\u00f4t cuira seul ; qu\u2019hormis nous et les n\u00f4tres,<br \/>\nTous les Fran\u00e7ais rentiers, perdant leurs capitaux,<br \/>\nIront, vides de sang, garnir les h\u00f4pitaux :<br \/>\nQuelle horreur !\u2026 Cependant, qu\u2019ont les Fran\u00e7ais \u00e0 craindre ?<br \/>\nDe mauvais proc\u00e9d\u00e9s ils n\u2019ont point \u00e0 se plaindre :<br \/>\nDe tous leurs envoy\u00e9s nous nous sommes charg\u00e9s ;<br \/>\nNe sont-ils pas nourris, et quelquefois log\u00e9s ?<br \/>\nEt n\u2019avons-nous pas m\u00eame, en mainte circonstance,<br \/>\nOffert de les blanchir, s\u2019ils ne l\u2019\u00e9taient d\u2019avance ?<br \/>\nQui, comme nous encor, avec un tel succ\u00e8s,<br \/>\nA su faire fleurir le commerce fran\u00e7ais ?<br \/>\nCes vins que la province en nos celliers envoie,<br \/>\nCes produits de Strasbourg, de Bayonne et de Troie,<br \/>\nDe toute autre cuisine orgueilleux ornemens,<br \/>\nNe sont de nos valets que les vils alimens.<br \/>\nDes mets plus d\u00e9licats \u00e0 nos palais conviennent ;<br \/>\nDu P\u00e9rigord jaloux les fruits nous appartiennent.<br \/>\nCes fruits, que le gourmet sait priser aujourd\u2019hui,<br \/>\nL\u2019\u00e9tranger voudrait bien les emporter chez lui :<br \/>\nMais il ne l\u2019aura point, cette plante ch\u00e9rie,<br \/>\nCe pr\u00e9cieux produit du sol de la patrie !<br \/>\nFran\u00e7ais ! gardons nos droits, frustrons-en nos voisins ;<br \/>\nC\u2019est assez qu\u2019on leur donne et nos bl\u00e9s et nos vins :<br \/>\nNon, ces mets d\u00e9licats, que nous offre la terre,<br \/>\nN\u2019iront point engraisser les porcs de l\u2019Angleterre :<br \/>\nLes n\u00f4tres d\u00e9sormais en auront le r\u00e9gal ;<br \/>\nMontrons que nous avons l\u2019esprit national !<\/p>\n<p>Ces bienfaits \u00e9clatans, qu\u2019\u00e0 peine on appr\u00e9cie,<br \/>\nContre notre puissance ont \u00e9veill\u00e9 l\u2019envie ;<br \/>\nDe nos bruyans amis l\u2019h\u00e9ro\u00efque valeur,<br \/>\nDevant tant d\u2019ennemis, sent glacer son ardeur :<br \/>\nMonseigneur au lever m\u2019a fait, avec prudence,<br \/>\nDans son appartement admettre en sa pr\u00e9sence ;<br \/>\nEt ma\u00eetrisant \u00e0 peine un trop juste courroux :<br \/>\n\u00ab Il est temps, m\u2019a-t-il dit, de frapper les grands coups<br \/>\n\u00bb De plus puissans, efforts sont enfin n\u00e9cessaires ;<br \/>\n\u00bb Assemble, ce matin, mes bureaux culinaires :<br \/>\n\u00bb Je veux, d\u00e9sappointant mes nombreux ennemis,<br \/>\n\u00bb D\u2019un splendide repas r\u00e9veiller mes amis.<br \/>\n\u00bb Tu sais, ainsi que moi, que ces messieurs du centre<br \/>\n\u00bb Sont des gens de tout c\u0153ur, mais ont le c\u0153ur au ventre<br \/>\n\u00bb Trop long-temps, par un mets \u00e0 grands frais achet\u00e9,<br \/>\n\u00bb Nous avons cru flatter leur sensualit\u00e9 :<br \/>\n\u00bb Leurs palais sont us\u00e9s ; leur go\u00fbt blas\u00e9 sommeille,<br \/>\n\u00bb Il nous faut inventer un mets qui le r\u00e9veille.<br \/>\n\u00bb Il m\u2019est venu, Dentscourt, un singulier projet :<br \/>\n\u00bb Je ne redoute point d\u2019en gonfler mon budget ;<br \/>\n\u00bb Je m\u2019appauvrirais peu par de telles v\u00e9tilles :<br \/>\n\u00bb Le mets qu\u2019il faut offrir, c\u2019est\u2026 \u2014 Eh quoi ? \u2014 Des lentilles !<br \/>\n\u2014 \u00ab Des lentilles ! grand Dieu ! repris-je, tout surpris.<br \/>\n\u00bb \u2014 Oui, Dentscourt ; tous diront que le mets est exquis ;<br \/>\n\u00bb Mais les montrer \u00e0 nu serait une imprudence :<br \/>\n\u00bb Il faut adroitement en sauver l\u2019apparence.<br \/>\n\u2014 \u00ab Je comprends, monseigneur, ai-je alors r\u00e9pondu :<br \/>\n\u00bb Je vais me signaler, et tout n\u2019est pas perdu ;<br \/>\n\u00bb On verra si mon art brave les destin\u00e9es,<br \/>\n\u00bb Ou si,dans les fourneaux, j\u2019ai perdu trente ann\u00e9es ! \u00bb<\/p>\n<p>Cuisiniers, fournisseurs, l\u2019honneur en est \u00e0 nous :<br \/>\nVotre z\u00e8le m\u2019annonce un triomphe bien doux.<br \/>\nTrop long-temps dans nos murs a r\u00e9gn\u00e9 l\u2019anarchie,<br \/>\nCes temps-l\u00e0 reviendraient ; sauvons la monarchie !<br \/>\nEt que notre bourgeois, grandi par nos succ\u00e8s,<br \/>\nSoit le restaurateur du royaume fran\u00e7ais.<br \/>\nDe nos amis, qu\u2019arr\u00eate une indigne \u00e9pouvante,<br \/>\nGorgeons la conscience affam\u00e9e et b\u00e9ante ;<br \/>\nEt comme au triple chien qui garde les damn\u00e9s,<br \/>\nJetons-lui les g\u00e2teaux au sommeil destin\u00e9s.<br \/>\n(Ils sortent.)<\/p>\n<p><strong>Sc\u00e8ne II<\/strong><\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, SON FR\u00c8RE CADET.<br \/>\nLE CADET.<br \/>\nMon fr\u00e8re, embrassez-moi ; pour mon c\u0153ur quelle f\u00eate<br \/>\nDe vous revoir ici, quand si long temps\u2026<br \/>\nDENTSCOURT.<br \/>\nArr\u00eate !<br \/>\nChapeau bas, mon cadet, devant ton fr\u00e8re a\u00een\u00e9 !<br \/>\nTu vois de quels honneurs je marche environn\u00e9.<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nIl est vrai : quel \u00e9clat ! quelle magnificence !<br \/>\nJusqu\u2019o\u00f9 d\u2019un cuisinier peut aller la puissance !<br \/>\nMon fr\u00e8re, est-ce bien vous que je vis autrefois,<br \/>\nMaigre subordonn\u00e9 d\u2019un cuisinier bourgeois,<br \/>\nR\u00e9curer les chaudrons et laver les assiettes ?\u2026<br \/>\nLes temps sont bien chang\u00e9s !<\/p>\n<p>DENTSCOURT.<br \/>\nIgnorant que vous \u00eates !<br \/>\nDans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 jadis le sort m\u2019avait jet\u00e9,<br \/>\nUn cuistre comme vous serait toujours rest\u00e9 ;<br \/>\nMoi, j\u2019en ai su bient\u00f4t laver l\u2019ignominie,<br \/>\nIl n\u2019est point d\u2019\u00e9tat vil pour l\u2019homme de g\u00e9nie ;<br \/>\nAfin de s\u2019\u00e9lever, il faut ramper, dit-on :<br \/>\nOn devient cuisinier, mais on na\u00eet marmiton.<br \/>\nLong-temps je v\u00e9g\u00e9tai dans cette classe obscure,<br \/>\nO\u00f9, comme en un creuset, me jeta la nature ;<br \/>\nMais un feu, plus ardent que celui des fourneaux,<br \/>\nVint \u00e9purer en moi des sentimens nouveaux :<br \/>\nNous \u00e9tions dans un temps o\u00f9 de nobles cuisines<br \/>\nEffray\u00e8rent les yeux de leurs vastes ruines.<br \/>\nVoyant de possesseurs tant de tables changer,<br \/>\nLe peuple qui je\u00fbnait crut avoir \u00e0 manger :<br \/>\nMais les nouvelles dents n\u2019\u00e9taient pas moins actives :<br \/>\nCes grandes tables-l\u00e0 sont pour peu de convives ;<br \/>\nCe sont de gros gaillards, ayant bon app\u00e9tit,<br \/>\nL\u2019un tient la po\u00eale \u00e0 frire, et puis le peuple cuit.<br \/>\nAlors on nous disait que les hommes sont fr\u00e8res,<br \/>\nQue les distinctions ne sont qu\u2019imaginaires,<br \/>\nEt que, si le destin l\u2019environne d\u2019\u00e9clat,<br \/>\nL\u2019homme le doit \u00e0 soi, mais non \u00e0 son \u00e9tat.<br \/>\nEt je me dis : \u00ab Il faut que je sois quelque chose ;<br \/>\n\u00bb Et de peur qu\u2019\u00e0 ma gloire un obstacle s\u2019oppose,<br \/>\n\u00bb Je transporte en un lieu plus propre \u00e0 mon emploi,<br \/>\n\u00bb Les dieux de mon foyer, mon art sublime et moi.<br \/>\n\u00bb Je pars de la Gascogne, et\u2026. \u00bb Mais ma vie enti\u00e8re<br \/>\nSerait \u00e0 te compter une trop longue affaire :<br \/>\nQu\u2019il me suffise donc de te dire qu\u2019enfin,<br \/>\nQuelquefois malheureux, mais bravant le destin,<br \/>\nEt sans \u00eatre jamais du parti qu\u2019on opprime,<br \/>\nJe changeai de rago\u00fbts ainsi que de r\u00e9gime.<br \/>\nMais apr\u00e8s la journ\u00e9e o\u00f9 certain grand brouillon,<br \/>\nPour l\u2019avoir trop chauff\u00e9, but un mauvais bouillon,<br \/>\nUn noble personnage o\u00f9 j\u2019\u00e9tais fort \u00e0 l\u2019aise,<br \/>\nSe sentant pr\u00eat \u00e0 cuire, et les pieds sur la braise,<br \/>\nSans rien dire \u00e0 ses gens, s\u2019enfuit \u00e0 l\u2019\u00e9tranger,<br \/>\nMe laissant lourd de graisse, et d\u2019argent fort l\u00e9ger.<\/p>\n<p>Alors, je m\u2019accostai d\u2019un homme \u00e0 maigre trogne,<br \/>\nTout r\u00e9cemment encor arriv\u00e9 de Gascogne,<br \/>\nAudacieux, fluet, m\u00e9diocre et rampant,<br \/>\nToujours grand ennemi du premier occupant,<br \/>\nTr\u00e8s-vide de vertu, mais gonfl\u00e9 d\u2019esp\u00e9rance,<br \/>\nQui sur sa route avait laiss\u00e9 sa conscience,<br \/>\nComme un poids incommode \u00e0 qui fait son chemin.<br \/>\nLe poids n\u2019\u00e9tait pas lourd, il est vrai ; mais enfin,<br \/>\n\u00c0 ravoir son paquet comme il pouvait pr\u00e9tendre,<br \/>\nBient\u00f4t, gr\u00e2ce \u00e0 mes soins, il en eut \u00e0 revendre.<br \/>\nJe ne te dirai pas nos immenses succ\u00e8s,<br \/>\nSi de notre destin nous sommes satisfaits,<br \/>\nSi nous savons flatter les app\u00e9tits des hommes :<br \/>\nL\u00e8ve les yeux, cadet, et vois ce que nous sommes !<br \/>\nJusqu\u2019au fa\u00eete \u00e9lev\u00e9, par mes nobles travaux,<br \/>\nMonseigneur a dompt\u00e9 ses plus fameux rivaux.<br \/>\nL\u2019un d\u2019eux, plus rodomont, voulait faire le cr\u00e2ne ;<br \/>\nMais nous avons prouv\u00e9 que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un \u00e2ne :<br \/>\nEt, comme il refusait d\u2019aller \u00e0 sa fa\u00e7on,<br \/>\nMonseigneur l\u2019a chass\u00e9 comme un petit gar\u00e7on.<br \/>\nPuis, \u00e9touffant enfin d\u2019audacieux murmures,<br \/>\nNous avons en tous lieux sem\u00e9 nos cr\u00e9atures :<br \/>\nComme nos spectateurs ne battaient pas des mains,<br \/>\nNous avons au parterre envoy\u00e9 des Romains.<br \/>\nEn vain quelques railleurs attaquaient notre empire,<br \/>\nNous les avons, sous main, musel\u00e9s sans rien dire.<br \/>\nRien ne peut maintenant borner notre cr\u00e9dit ;<br \/>\nSur le ventre fond\u00e9, nourri par l\u2019app\u00e9tit,<br \/>\nL\u2019app\u00e9tit, roi du monde, et d\u2019autant plus terrible<br \/>\nQu\u2019il cache au fond des c\u0153urs sa puissance invisible.<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nJe conviens qu\u2019un tel sort peut avoir des appas ;<br \/>\nMais un ab\u00eeme s\u2019ouvre, et b\u00e2ille sous vos pas :<br \/>\nLa France trop long-temps a trembl\u00e9 sous un homme ;<br \/>\nSon pouvoir abattu\u2026.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nMais il faudra voir comme.<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nEh bien, nous le verrons ; il n\u2019est pas tr\u00e8s-aim\u00e9 ;<br \/>\nLe peuple, contre lui d\u00e8s long-temps anim\u00e9,<br \/>\nPortant au pied du tr\u00f4ne une plainte importune\u2026<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nEt comptes-tu pour rien C\u00e9sar et sa fortune ?<br \/>\nMe comptes-tu pour rien moi-m\u00eame ? et nos amis,<br \/>\n\u00c0 nos moindres d\u00e9sirs ne sont-ils pas soumis ?<br \/>\nLE CADET.<br \/>\nNe vous y fiez pas, si le sort vous traverse.<br \/>\nAmis du pot-au-feu, tous fuiront, s\u2019il renverse.<br \/>\nTremblez qu\u2019un grand \u00e9chec n\u2019abaisse votre ton,<br \/>\nCar\u2026 plus d\u2019un grand ministre est mort \u00e0 Montfaucon.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nIl faut faire une fin ; et pour nous quelle gloire,<br \/>\nQuand la post\u00e9rit\u00e9 lira dans notre histoire :<br \/>\n\u00ab Ces deux h\u00e9ros sont morts ; la France les pleura ;<br \/>\n\u00bb L\u2019un fut grand diplomate, et l\u2019autre\u2026 \u00bb<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nEt c\u00e6tera.<br \/>\nL\u2019histoire sur son compte en aurait trop \u00e0 dire :<br \/>\nPensons-le seulement, gardons-nous de l\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nQu\u2019entendez-vous par l\u00e0 ? Pas tant de libert\u00e9s,<br \/>\nCadet : on n\u2019aime point toutes les v\u00e9rit\u00e9s ;<br \/>\nVous avouerez pourtant que sa digne excellence<br \/>\nSait fort bien travailler un royaume en finance :<br \/>\nOn se plaint qu\u2019en ses mains, sans s\u2019en apercevoir,<br \/>\nLe monarque tromp\u00e9 laisse trop de pouvoir :<br \/>\nMais on sait que jadis sur un autre rivage,<br \/>\nDe l\u2019art d\u2019administrer il fit l\u2019apprentissage ;<br \/>\nAinsi\u2026<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nJe sais fort bien que ton ma\u00eetre autrefois<br \/>\nFit la traite des Noirs, ou leur donna des lois :<br \/>\nBelle preuve !<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nOh ! tr\u00e8s-belle : il est homme de t\u00eate ;<br \/>\nPourtant en ce moment ce sont les blancs qu\u2019il traite :<br \/>\nEt l\u2019on peut demander \u00e0 tous nos invit\u00e9s<br \/>\nSi je ne suis qu\u2019un cuistre, et s\u2019ils sont bien trait\u00e9s.<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nMais le peuple l\u2019est mal ; et bient\u00f4t sa mis\u00e8re<br \/>\nDemandera du pain aux gens du minist\u00e8re ;<br \/>\nOu dans son d\u00e9sespoir, pour recouvrer son bien,<br \/>\nIl fera voir les dents\u2026<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nNous ne redoutons rien.<br \/>\nPar nos soins r\u00e9tabli, Montrouge nous prot\u00e8ge ;<br \/>\nMontrouge prot\u00e9g\u00e9 par le sacr\u00e9 coll\u00e9ge ;<br \/>\nMontrouge triomphant, et qui, malgr\u00e9 vos cris,<br \/>\nEnvahit pied \u00e0 pied le pav\u00e9 de Paris ;<br \/>\nCe grand ordre, qu\u2019\u00e0 peine on a senti rena\u00eetre,<br \/>\nDans nos murs \u00e9tonn\u00e9s s\u2019\u00e9l\u00e8ve et rentre en ma\u00eetre ;<br \/>\nEt bient\u00f4t ses enfans, arm\u00e9s de nouveaux fers,<br \/>\nVont d\u00e9vorer Paris, la France et l\u2019univers !<br \/>\nIgnobile vulgus, tremblez !<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nTremblez vous-m\u00eame !<br \/>\nOn a long-temps souffert votre insolence extr\u00eame ;<br \/>\nMais on vous montrera de la bonne fa\u00e7on,<br \/>\nQu\u2019une majorit\u00e9 n\u2019a pas toujours raison ;<br \/>\nEt le peuple \u00e0 vos gens fera bient\u00f4t conna\u00eetre<br \/>\nQue celui qui les paie \u00e0 droit d\u2019\u00eatre leur ma\u00eetre.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nCeci ne peut se faire au temps o\u00f9 nous voil\u00e0 ;<br \/>\nSi vous voulez crier, les gendarmes sont l\u00e0 !<br \/>\nDes mouchards d\u00e9cor\u00e9s, ou portant des soutanes,<br \/>\nEmpoignent, dans leur vol, les paroles profanes.<br \/>\nNous irons droit au but que nous nous proposons :<br \/>\nD\u2019ailleurs, nous vous donnons les meilleures raisons ;<br \/>\nDans notre coffre-fort, si nous serrons vos pi\u00e8ces,<br \/>\nC\u2019est pour vous enseigner le m\u00e9pris des richesses ;<br \/>\nCar le bon temps revient, les bons p\u00e8res aussi,<br \/>\nGare \u00e0 vos esprits forts ! ils sentent le roussi.<br \/>\n\u00c0 tout cela d\u2019ailleurs l\u2019esprit public se pr\u00eate :<br \/>\nLa canaille, il est vrai, comme dit la Gazette,<br \/>\nFait quelquefois du bruit, et veut montrer les dents :<br \/>\nMais, nous avons pour nous tous les honn\u00eates gens.<br \/>\nUne dame a march\u00e9 pieds nus ; une seconde<br \/>\nA voulu l\u2019imiter\u2026 Hein ? voil\u00e0 du grand monde !<br \/>\nNous avons vu passer un illustre baron,<br \/>\nDe la nef d\u2019une \u00e9glise en celle de Caron ;<br \/>\nEt, dans chaque soir\u00e9e, il est de biens\u00e9ance<br \/>\nD\u2019entendre, avant le bal, sermon et conf\u00e9rence.<br \/>\n\u00c9crivez maintenant, messieurs les beaux-esprits :<br \/>\nIl est certain endroit, dans un coin de Paris,<br \/>\nO\u00f9, par arr\u00eat de cour, quand ils ont beau ramage,<br \/>\nNous savons faire entrer les oiseaux dans la cage.<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nNe vous en vantez point : la cour n\u2019est pas pour vous ;<br \/>\nL\u2019\u00e9quit\u00e9 la conduit, et non votre courroux ;<br \/>\nD\u00e9j\u00e0, plus d\u2019une fois, sa justice prudente<br \/>\nA d\u00e9truit les projets que l\u2019artifice enfante ;<br \/>\nLe Tartufe puissant compta sur son appui,<br \/>\nMais les efforts du vice ont tourn\u00e9 contre lui :<br \/>\nEt nous avons vu tous que, bravant vos caprices,<br \/>\nLa cour rend des arr\u00eats, mais non pas des services<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nJe n\u2019ai rien \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette raison-l\u00e0,<br \/>\nMais nous\u2026.<\/p>\n<p>Sc\u00e8ne III.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, SON FR\u00c8RE, LE SOUS-CHEF.<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nMonsieur le chef, nos invit\u00e9s sont l\u00e0 !<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 ? La cinqui\u00e8me heure \u00e0 peine au ch\u00e2teau sonne ;<br \/>\n\u00c0 cette heure jamais nous n\u2019attendons personne.<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nC\u2019est vrai, monsieur le chef ; mais nos nobles amis<br \/>\nAttendaient ce repas, depuis long-temps promis ;<br \/>\nEt m\u00eame tel d\u2019entr\u2019eux que l\u2019app\u00e9tit r\u00e9veille,<br \/>\nPour y mieux faire honneur, n\u2019avait rien pris la veille :<br \/>\nVous jugez qu\u2019un discours sur l\u2019imp\u00f4t des cotons<br \/>\nN\u2019avait nul int\u00e9r\u00eat pour des gens si profonds ;<br \/>\nNon plus qu\u2019un autre encor sur les toiles \u00e9crues.<br \/>\nEnsuite un monnayeur a parl\u00e9 de sangsues ;<br \/>\n\u2014 Lesquelles ? a-t-on dit. \u2014 L\u00e0-dessus, grands \u00e9clats !<br \/>\nTous ont dit : La cl\u00f4ture ! \u00e0 demain les d\u00e9bats !<br \/>\nCes d\u00e9bats cependant promettaient des merveilles ;<br \/>\nMais un ventre affam\u00e9, dit-on, n\u2019a point d\u2019oreilles ;<br \/>\nTous ont fui jusqu\u2019ici.<br \/>\nM. DENTSCOURT.<br \/>\nEh bien, tout est pr\u00e9vu ;<br \/>\nOn ne nous prendra pas, du moins, au d\u00e9pourvu\u2026<br \/>\nLes lentilles ?\u2026<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nC\u2019est pr\u00eat : on a mis en pur\u00e9e<br \/>\nCelles que ce matin vous aviez pr\u00e9par\u00e9es.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nOn n\u2019attend plus personne ? Ils sont tous arriv\u00e9s ?<br \/>\nLe potage est sur table ?<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nOui, tout est pr\u00eat.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, \u00e0 la cantonnade<br \/>\nServez !<br \/>\n(Le sous-chef sort.)<\/p>\n<p>Sc\u00e8ne IV.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, SON FR\u00c8RE.<br \/>\nM. DENTSCOURT.<br \/>\nMon triomphe s\u2019appr\u00eate, et ma gloire s\u2019ach\u00e8ve :<br \/>\nOn verra si nos plans ne sont point un vain r\u00eave.<br \/>\nLe projet cependant \u00e9tait audacieux ;<br \/>\nLe sort en a trahi de moins ambitieux ;<br \/>\nLa roche Tarp\u00e9ienne\u2026<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nEst pr\u00e8s du Capitole.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nMais, si l\u2019on tombe aussi\u2026 c\u2019est du ciel !<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\n\u00c7a console.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nAh bah ! ne craignons rien, nous sommes dans le port !<br \/>\n(Il r\u00eave un moment.)<br \/>\n\u00c9coute, mon cadet ; je veux te faire un sort ;<br \/>\nCar, quoique parvenu, je suis encor bon fr\u00e8re ;<br \/>\nJe te re\u00e7ois ici\u2026 comme surnum\u00e9raire.<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nO\u00f9 cela conduit-il ?<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\n\u00c0 de bons r\u00e9sultats :<br \/>\nC\u2019est comme qui dirait cadet dans les soldats.<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nIl n\u2019en existe plus.<br \/>\nM. DENTSCOURT.<br \/>\nNous en verrons encore.<br \/>\nLes a\u00een\u00e9s n\u2019\u00e9taient plus : Monseigneur les restaure.<br \/>\nAh ! messieurs les cadets, tremblez, vous n\u2019aurez rien !<br \/>\nMais plut\u00f4t, soyez gais, car c\u2019est pour votre bien ;<br \/>\nLe monde a, voyez-vous, un attrait bien perfide ;<br \/>\nMais la religion vous prend sous son \u00e9gide.<br \/>\nVous avez faim ? L\u2019\u00e9glise engraisse ses enfans.<br \/>\nVous n\u2019avez point d\u2019asile ? Allez dans les couvens ;<br \/>\nC\u2019est l\u00e0 que vous pourrez mener vie agr\u00e9able,<br \/>\nPrier le ciel pour nous qui nous donnons au diable\u2026<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nComment, mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 ? voici bien du nouveau !<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nOui, pourquoi t\u2019\u00e9tonner d\u2019un projet aussi beau ?<br \/>\nIl prendra : tu verras si ma nouvelle est fausse ;<br \/>\nMonseigneur l\u2019a fait cuire, et j\u2019en ai fait la sauce ;<br \/>\nLe d\u00eener, qu\u2019aux ventrus nous offrons aujourd\u2019hui<br \/>\n\u00c0 notre noble cause assure leur appui :<br \/>\nOh ! nous avons compris les besoins de l\u2019\u00e9poque !<\/p>\n<p>LE CADET.<br \/>\nOn rira, c\u2019est absurde.<br \/>\nM. DENTSCOURT.<br \/>\nAh ! parbleu ! qu\u2019on s\u2019en moque\u2026<br \/>\nQue nous importe, \u00e0 nous ? Les rieurs pleureront :<br \/>\nComme a dit Mazarin : Ils chantent, ils pairont !<\/p>\n<p>Sc\u00e8ne V.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, SON FR\u00c8RE, LE SOUS-CHEF.<br \/>\nM. DENTSCOURT.<br \/>\nCiel ! qu\u2019as-tu donc, sous-chef ? quel trouble !<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\n\u00d4 destin\u00e9e !\u2026<br \/>\n\u00d4 trop malencontreuse et fatale journ\u00e9e !<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nAssieds-toi, conte-nous\u2026<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF, d\u2019un ton tragique.<br \/>\nInfandum !\u2026 sed\u2026 quanquam\u2026<br \/>\nMeminisse horret \u2026\u2026 luctu\u2026 \u2014 Incipiam !<br \/>\nLa soupe n\u2019\u00e9tait plus\u2026 et les bouches bourr\u00e9es<br \/>\nAvaient, sans dire un mot, envahi les entr\u00e9es ;<br \/>\nTout-\u00e0-coup, Monseigneur se l\u00e8ve avec \u00e9clat,<br \/>\nEt, d\u2019un bras intr\u00e9pide\u2026 Il d\u00e9couvre le plat ;<br \/>\nOn sert \u2014 Qu\u2019est-ce ? \u2014 On l\u2019ignore, et chacun d\u2019un air louche,<br \/>\nPorte, en la flairant bien, la cuiller \u00e0 la bouche.<br \/>\nDes lentilles ! \u2014 Grand Dieu ! \u2014 Tout ce monde \u00e0 ce mot<br \/>\nFr\u00e9mit. \u00ab Nous offre t-on la fortune du pot ?<br \/>\n\u00bb Se sont-ils \u00e9cri\u00e9s. Quelle horrible imposture !<br \/>\n\u00bb Nous ont-ils invit\u00e9s pour nous faire une injure ? \u00bb \u2014<br \/>\nMonseigneur est confus ; ses illustres amis<br \/>\nRegardent l\u2019assembl\u00e9e avec des yeux surpris ;<br \/>\nL\u2019un oppose \u00e0 ce bruit, que chaque instant redouble,<br \/>\nUn air indiff\u00e9rent qu\u2019a d\u00e9menti son trouble ;<br \/>\nUn marin, l\u2019\u0153il fix\u00e9 sur les deux pr\u00e9c\u00e9dens,<br \/>\nReste, la bouche ouverte, et la cuiller aux dents ;<br \/>\nPendant qu\u2019un autre encor, sentant la cons\u00e9quence,<br \/>\nS\u2019appuyait sur son Turc, et fumait d\u2019importance ;<br \/>\nEnfin, c\u2019est un tumulte !\u2026 on se l\u00e8ve en jurant\u2026<br \/>\nPresque tous sont partis\u2026 Monsieur l\u2019Indiff\u00e9rent<br \/>\nFait pour les retenir un effort inutile ;<br \/>\nEt lui-m\u00eame, en pleurant, suit la foule indocile.<br \/>\nL\u2019apr\u00e8s-d\u00een\u00e9e en vain promettait \u00e0 la fois<br \/>\nLecture \u00e9difiante et le prince iroquois ;<br \/>\nTout s\u2019enfuit\u2026 Rest\u00e9 seul, Monseigneur est perplexe,<br \/>\nEt veut\u2026<\/p>\n<p>Sc\u00e8ne VI.<\/p>\n<p>Les Pr\u00e9c\u00e9dens, UN GROS MONSIEUR.<br \/>\nLE MONSIEUR.<br \/>\nEh ! cuisiniers, suis-je un homme qu\u2019on vexe !<br \/>\nCroit-on qu\u2019un orateur, qu\u2019on place entre deux feux,<br \/>\nQuand il a bien parl\u00e9, n\u2019ait pas le ventre creux ?<br \/>\nLorsque j\u2019ai mal d\u00een\u00e9, ma voix en est aigrie ;<br \/>\nComme mon estomac, ma conscience crie :<br \/>\nQui pourra l\u2019apaiser ?\u2026 Est-ce pour de tels mets,<br \/>\nQue j\u2019ai de tout Paris brav\u00e9 les quolibets ;<br \/>\nQue, s\u00e9duit par l\u2019espoir d\u2019un repas aussi mince,<br \/>\nJ\u2019ai tromp\u00e9 tous les v\u0153ux que formait ma province !<br \/>\nEt sur tant de sujets pour calmer mon effroi,<br \/>\nCorbleu ! monsieur le chef, des lentilles \u00e0 moi !<br \/>\nOn ne m\u2019aurait pas fait une pareille injure<br \/>\nDans les obscurs d\u00eeners d\u2019une sous-pr\u00e9fecture.<br \/>\nQuand, nourrissant l\u2019espoir d\u2019un d\u00eener bien complet,<br \/>\nJ\u2019avais, avant d\u2019entrer, desserr\u00e9 mon gilet,<br \/>\n\u00c0 de pareils affronts aurais-je d\u00fb m\u2019attendre ?<\/p>\n<p>(\u00c0 M. Dentscourt, qui veut sortir.)<\/p>\n<p>Restez, monsieur le chef, restez ! Il faut m\u2019entendre !<br \/>\nQuoique mauvais chr\u00e9tien, par l\u2019odeur excit\u00e9,<br \/>\nJ\u2019avais dit hautement mon b\u00e9n\u00e9dicit\u00e9 ! \u2014<br \/>\nEt ces d\u00eeners encor, qu\u2019aid\u00e9 de ses complices,<br \/>\nMonseigneur, l\u2019autre jour, rogna de deux services !\u2026<br \/>\nN\u2019est-ce pas conspirer contre notre estomac ?<br \/>\nNous avons trop long-temps support\u00e9 ce micmac :<br \/>\nDe sorte que, pour prix d\u2019un g\u00e9n\u00e9reux courage,<br \/>\nNous nous voyons r\u00e9duits \u00e0 trois, pour tout potage.<br \/>\nLes choses d\u00e9sormais n\u2019en iront point ainsi :<br \/>\nEt, pour n\u2019y plus rentrer, je m\u2019arrache d\u2019ici.<br \/>\nIl est encor des gens non s\u00e9duits par le ventre,<br \/>\nPeu nombreux, il est vrai, mais plac\u00e9s loin du centre\u2026<br \/>\nJe m\u2019en vais, dans un coin, prendre place avec eux,<br \/>\nOn y d\u00eene un peu moins, mais on y parle mieux !<br \/>\n(Il sort.)<\/p>\n<p>Sc\u00e8ne VII ET DERNI\u00c8RE.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, SON FR\u00c8RE, LE SOUS-CHEF.<br \/>\nLE CADET.<br \/>\nEh bien ! tout est flamb\u00e9 ; qu\u2019en dites-vous, mon fr\u00e8re ?<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nQuel d\u00e9chet !<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nMonseigneur est en grande col\u00e8re ;<br \/>\nDe son mauvais succ\u00e8s c\u2019est \u00e0 vous qu\u2019il se prend.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nEt voil\u00e0 ce que c\u2019est que de servir un grand !<br \/>\nQu\u2019une vaste entreprise \u00e9choue ou r\u00e9ussisse,<br \/>\nNous en avons les coups, ou lui le b\u00e9n\u00e9fice.<br \/>\nLE SOUS-CHEF.<br \/>\nRedoutez les effets de son premier courroux,<br \/>\nIl sera moins terrible en pesant sur nous tous.<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nOui, vous le dompterez toujours par la famine.<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nTr\u00e8s-bien ! mais s\u2019il allait supprimer la cuisine ?<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT.<br \/>\nNon, non.<\/p>\n<p>LE SOUS-CHEF.<br \/>\nJe l\u2019aper\u00e7ois\u2026 o\u00f9 fuir ? o\u00f9 vous cacher ?<\/p>\n<p>M. DENTSCOURT, d\u2019un ton tragique.<br \/>\nDans les bureaux\u2026 Crois-tu qu\u2019il m\u2019y vienne chercher ?<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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