{"id":10756,"date":"2025-04-22T20:21:55","date_gmt":"2025-04-22T18:21:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10756"},"modified":"2025-04-22T20:21:55","modified_gmt":"2025-04-22T18:21:55","slug":"bonaparte","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/bonaparte\/","title":{"rendered":"Bonaparte"},"content":{"rendered":"<p>Sur un \u00e9cueil battu par la vague plaintive,<br \/>\nLe nautonier, de loin, voit blanchir sur la rive<br \/>\nUn tombeau pr\u00e8s du bord par les flots d\u00e9pos\u00e9 ;<br \/>\nLe temps n\u2019a pas encor bruni l\u2019\u00e9troite pierre,<br \/>\nEt sous le vert tissu de la ronce et du lierre<br \/>\n\ufeffOn distingue\u2026 un sceptre bris\u00e9.<\/p>\n<p>Ici g\u00eet\u2026 Point de nom ! demandez \u00e0 la terre !<br \/>\nCe nom, il est inscrit en sanglant caract\u00e8re<br \/>\nDes bords du Tana\u00efs au sommet du C\u00e9dar,<br \/>\nSur le bronze et le marbre, et sur le sein des braves,<br \/>\nEt jusque dans le c\u0153ur de ces troupeaux d\u2019esclaves<br \/>\nQu\u2019il foulait tremblants sous son char.<\/p>\n<p>Depuis les deux grands noms qu\u2019un si\u00e8cle au si\u00e8cle annonce,<br \/>\nJamais nom qu\u2019ici-bas toute langue prononce<br \/>\nSur l\u2019aile de la foudre aussi loin ne vola ;<br \/>\nJamais d\u2019aucun mortel le pied qu\u2019un souffle efface<br \/>\nN\u2019imprima sur la terre une plus forte trace :<br \/>\nEt ce pied s\u2019est arr\u00eat\u00e9 l\u00e0\u2026<\/p>\n<p>Il est l\u00e0 !\u2026 Sous trois pas un enfant le mesure !<br \/>\nSon ombre ne rend pas m\u00eame un l\u00e9ger murmure :<br \/>\nLe pied d\u2019un ennemi foule en paix son cercueil.<br \/>\nSur ce front foudroyant le moucheron bourdonne,<br \/>\nEt son ombre n\u2019entend que le bruit monotone<br \/>\nD\u2019une vague contre un \u00e9cueil.<\/p>\n<p>Ne crains pas cependant, ombre encore inqui\u00e8te,<br \/>\nQue je vienne outrager ta majest\u00e9 muette.<br \/>\nNon ! La lyre aux tombeaux n\u2019a jamais insult\u00e9 :<br \/>\nLa mort de tout temps fut l\u2019asile de la gloire.<br \/>\nRien ne doit jusqu\u2019ici poursuivre une m\u00e9moire ;<br \/>\nRien\u2026 except\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 !<\/p>\n<p>Ta tombe et ton berceau sont couverts d\u2019un nuage.<br \/>\nMais, pareil \u00e0 l\u2019\u00e9clair, tu sortis d\u2019un orage ;<br \/>\nTu foudroyas le monde avant d\u2019avoir un nom :<br \/>\nTel ce Nil, dont Memphis boit les vagues f\u00e9condes,<br \/>\nAvant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 fait bouillonner ses ondes<br \/>\nAux solitudes de Memnon.<\/p>\n<p>Les dieux \u00e9taient tomb\u00e9s, les tr\u00f4nes \u00e9taient vides :<br \/>\nLa victoire te prit sur ses ailes rapides ;<br \/>\nD\u2019un peuple de Brutus la gloire te fit roi.<br \/>\nCe si\u00e8cle, dont l\u2019\u00e9cume entra\u00eenait dans sa course<br \/>\nLes m\u0153urs, les rois, les dieux\u2026 refoul\u00e9 vers sa source,<br \/>\nRecula d\u2019un pas devant toi.<\/p>\n<p>Tu combattis l\u2019erreur sans regarder le nombre ;<br \/>\nPareil au fier Jacob, tu luttas contre une ombre ;<br \/>\nLe fant\u00f4me croula sous le poids d\u2019un mortel ;<br \/>\nEt, de tous ces grands noms profanateur sublime,<br \/>\nTu jouas avec eux comme la main du crime<br \/>\nAvec les vases de l\u2019autel.<\/p>\n<p>Ainsi, dans les acc\u00e8s d\u2019un impuissant d\u00e9lire,<br \/>\nQuand un si\u00e8cle vieilli de ses mains se d\u00e9chire<br \/>\nEn jetant dans ses fers un cri de libert\u00e9,<br \/>\nUn h\u00e9ros tout \u00e0 coup de la poudre s\u2019\u00e9l\u00e8ve,<br \/>\nLe frappe avec son sceptre\u2026 Il s\u2019\u00e9veille, et le r\u00eave<br \/>\nTombe devant la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Ah ! si, rendant ce sceptre \u00e0 ses mains l\u00e9gitimes,<br \/>\nPla\u00e7ant sur ton pavois de royales victimes,<br \/>\nTes mains des saints bandeaux avaient lav\u00e9 l\u2019affront !<br \/>\nSoldat vengeur des rois, plus grand que ces rois m\u00eame,<br \/>\nDe quel divin parfum, de quel pur diad\u00e8me<br \/>\nLa gloire aurait sacr\u00e9 ton front !<\/p>\n<p>Gloire, honneur, libert\u00e9, ces mots que l\u2019homme adore,<br \/>\nRetentissaient pour toi comme l\u2019airain sonore<br \/>\nDont un stupide \u00e9cho r\u00e9p\u00e8te au loin le son :<br \/>\nDe cette langue en vain ton oreille frapp\u00e9e<br \/>\nNe comprit ici-bas que le cri de l\u2019\u00e9p\u00e9e,<br \/>\nEt le m\u00e2le accord du clairon.<\/p>\n<p>Superbe, et d\u00e9daignant ce que la terre admire,<br \/>\nTu ne demandais rien au monde que l\u2019empire.<br \/>\nTu marchais\u2026 tout obstacle \u00e9tait ton ennemi.<br \/>\nTa volont\u00e9 volait comme ce trait rapide<br \/>\nQui va frapper le but o\u00f9 le regard le guide,<br \/>\nM\u00eame \u00e0 travers un c\u0153ur ami.<\/p>\n<p>Jamais, pour \u00e9claircir ta royale tristesse,<br \/>\nLa coupe des festins ne te versa l\u2019ivresse ;<br \/>\nTes yeux d\u2019une autre pourpre aimaient \u00e0 s\u2019enivrer.<br \/>\nComme un soldat debout qui veille sous ses armes,<br \/>\nTu vis de la beaut\u00e9 le sourire ou les larmes,<br \/>\nSans sourire et sans soupirer.<\/p>\n<p>Tu n\u2019aimais que le bruit du fer, le cri d\u2019alarmes,<br \/>\nL\u2019\u00e9clat resplendissant de l\u2019aube sur les armes ;<br \/>\nEt ta main ne flattait que ton l\u00e9ger coursier,<br \/>\nQuand les flots ondoyants de sa p\u00e2le crini\u00e8re<br \/>\nSillonnaient, comme un vent, la sanglante poussi\u00e8re,<br \/>\nEt que ses pieds brisaient l\u2019acier.<\/p>\n<p>Tu grandis sans plaisir, tu tombas sans murmure.<br \/>\nRien d\u2019humain ne battait sous ton \u00e9paisse armure :<br \/>\nSans haine et sans amour, tu vivais pour penser.<br \/>\nComme l\u2019aigle r\u00e9gnant dans un ciel solitaire,<br \/>\nTu n\u2019avais qu\u2019un regard pour mesurer la terre,<br \/>\nEt des serres pour l\u2019embrasser.<\/p>\n<p>S\u2019\u00e9lancer d\u2019un seul bond au char de la victoire ;<br \/>\nFoudroyer l\u2019univers des splendeurs de sa gloire ;<br \/>\nFouler d\u2019un m\u00eame pied des tribuns et des rois ;<br \/>\nForger un joug tremp\u00e9 dans l\u2019amour et la haine,<br \/>\nEt faire frissonner sous le frein qui l\u2019encha\u00eene<br \/>\nUn peuple \u00e9chapp\u00e9 de ses lois ;<\/p>\n<p>\u00catre d\u2019un si\u00e8cle entier la pens\u00e9e et la vie ;<br \/>\n\u00c9mousser le poignard, d\u00e9courager l\u2019envie,<br \/>\n\u00c9branler, raffermir l\u2019univers incertain ;<br \/>\nAux sinistres clart\u00e9s de ta foudre qui gronde<br \/>\nVingt fois contre les dieux jouer le sort du monde,<br \/>\nQuel r\u00eave !  !  ! et ce fut ton destin !\u2026<\/p>\n<p>Tu tombas cependant de ce sublime fa\u00eete :<br \/>\nSur ce rocher d\u00e9sert jet\u00e9 par la temp\u00eate,<br \/>\nTu vis tes ennemis d\u00e9chirer ton manteau ;<br \/>\nEt le sort, ce seul dieu qu\u2019adora ton audace,<br \/>\nPour derni\u00e8re faveur t\u2019accorda cet espace<br \/>\nEntre le tr\u00f4ne et le tombeau.<\/p>\n<p>Oh ! qui m\u2019aurait donn\u00e9 d\u2019y sonder ta pens\u00e9e,<br \/>\nLorsque le souvenir de ta grandeur pass\u00e9e<br \/>\nVenait, comme un remords, t\u2019assaillir loin du bruit,<br \/>\nEt que, les bras crois\u00e9s sur ta large poitrine,<br \/>\nSur ton front chauve et nu que la pens\u00e9e incline,<br \/>\nL\u2019horreur passait comme la nuit ?<\/p>\n<p>Tel qu\u2019un pasteur debout sur la rive profonde<br \/>\nVoit son ombre de loin se prolonger sur l\u2019onde,<br \/>\nEt du fleuve orageux suivre en flottant le cours ;<br \/>\nTel, du sommet d\u00e9sert de ta grandeur supr\u00eame,<br \/>\nDans l\u2019ombre du pass\u00e9 te recherchant toi-m\u00eame,<br \/>\nTu rappelais tes anciens jours.<\/p>\n<p>Ils passaient devant toi comme des flots sublimes<br \/>\nDont l\u2019\u0153il voit sur les mers \u00e9tinceler les cimes :<br \/>\nTon oreille \u00e9coutait leur bruit harmonieux ;<br \/>\nEt, d\u2019un reflet de gloire \u00e9clairant ton visage,<br \/>\nChaque flot t\u2019apportait une brillante image<br \/>\nQue tu suivais longtemps des yeux.<\/p>\n<p>L\u00e0, sur un pont tremblant tu d\u00e9fiais la foudre ;<br \/>\nL\u00e0, du d\u00e9sert sacr\u00e9 tu r\u00e9veillais la poudre ;<br \/>\nTon coursier frissonnait dans les flots du Jourdain ;<br \/>\nL\u00e0, tes pas abaissaient une cime escarp\u00e9e ;<br \/>\nL\u00e0, tu changeais en sceptre une invincible \u00e9p\u00e9e.<br \/>\nIci\u2026 Mais quel effroi soudain !<\/p>\n<p>Pourquoi d\u00e9tournes-tu ta paupi\u00e8re \u00e9perdue ?<br \/>\nD\u2019o\u00f9 vient cette p\u00e2leur sur ton front r\u00e9pandue ?<br \/>\nQu\u2019as-tu vu tout \u00e0 coup dans l\u2019horreur du pass\u00e9 ?<br \/>\nEst-ce de vingt cit\u00e9s la ruine fumante,<br \/>\nOu du sang des humains quelque plaine \u00e9cumante ?<br \/>\nMais la gloire a tout effac\u00e9.<\/p>\n<p>La gloire efface tout\u2026 tout, except\u00e9 le crime !<br \/>\nMais son doigt me montrait le corps d\u2019une victime,<br \/>\nUn jeune homme, un h\u00e9ros d\u2019un sang pur inond\u00e9.<br \/>\nLe flot qui l\u2019apportait passait, passait sans cesse ;<br \/>\nEt toujours en passant la vague vengeresse<br \/>\nLui jetait le nom de Cond\u00e9\u2026<\/p>\n<p>Comme pour effacer une tache livide,<br \/>\nOn voyait sur son front passer sa main rapide ;<br \/>\nMais la trace du sang sous son doigt renaissait :<br \/>\nEt, comme un sceau frapp\u00e9 par une main supr\u00eame,<br \/>\nLa goutte ineffa\u00e7able, ainsi qu\u2019un diad\u00e8me,<br \/>\nLe couronnait de son forfait.<\/p>\n<p>C\u2019est pour cela, tyran, que ta gloire ternie<br \/>\nFera par ton forfait douter de ton g\u00e9nie ;<br \/>\nQu\u2019une trace de sang suivra partout ton char,<br \/>\nEt que ton nom, jouet d\u2019un \u00e9ternel orage,<br \/>\nSera par l\u2019avenir ballott\u00e9 d\u2019\u00e2ge en \u00e2ge<br \/>\nEntre Marius et C\u00e9sar.<\/p>\n<p>Tu mourus cependant de la mort du vulgaire,<br \/>\nAinsi qu\u2019un moissonneur va chercher son salaire,<br \/>\nEt dort sur sa faucille avant d\u2019\u00eatre pay\u00e9 ;<br \/>\nTu ceignis en mourant ton glaive sur ta cuisse,<br \/>\nEt tu fus demander r\u00e9compense ou justice<br \/>\nAu Dieu qui t\u2019avait envoy\u00e9 !<\/p>\n<p>On dit qu\u2019aux derniers jours de sa longue agonie,<br \/>\nDevant l\u2019\u00e9ternit\u00e9 seul avec son g\u00e9nie,<br \/>\nSon regard vers le ciel parut se soulever :<br \/>\nLe signe r\u00e9dempteur toucha son front farouche ;<br \/>\nEt m\u00eame on entendit commencer sur sa bouche<br \/>\nUn nom\u2026 qu\u2019il n\u2019osait achever.<\/p>\n<p>Ach\u00e8ve\u2026 C\u2019est le Dieu qui r\u00e8gne et qui couronne,<br \/>\nC\u2019est le Dieu qui punit, c\u2019est le Dieu qui pardonne :<br \/>\nPour les h\u00e9ros et nous il a des poids divers.<br \/>\nParle-lui sans effroi : lui seul peut te comprendre.<br \/>\nL\u2019esclave et le tyran ont tous un compte \u00e0 rendre ;<br \/>\nL\u2019un du sceptre, l\u2019autre des fers.<\/p>\n<p>Son cercueil est ferm\u00e9 : Dieu l\u2019a jug\u00e9. Silence !<br \/>\nSon crime et ses exploits p\u00e8sent dans la balance :<br \/>\nQue des faibles mortels la main n\u2019y touche plus !<br \/>\nQui peut sonder, Seigneur, ta cl\u00e9mence infinie ?<br \/>\nEt vous, peuples, sachez le vain prix du g\u00e9nie<br \/>\nQui ne fonde pas des vertus !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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