{"id":10739,"date":"2025-04-22T19:42:08","date_gmt":"2025-04-22T17:42:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10739"},"modified":"2025-04-22T19:42:08","modified_gmt":"2025-04-22T17:42:08","slug":"la-foi","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/la-foi\/","title":{"rendered":"La foi"},"content":{"rendered":"<p>O n\u00e9ant ! \u00f4 seul Dieu que je puisse comprendre !<br \/>\nSilencieux ab\u00eeme o\u00f9 je vais redescendre,<br \/>\nPourquoi laissas-tu l\u2019homme \u00e9chapper de ta main ?<br \/>\nDe quel sommeil profond je dormais dans ton sein !<br \/>\nDans l\u2019\u00e9ternel oubli j\u2019y dormirais encore ;<br \/>\nMes yeux n\u2019auraient pas vu ce faux jour que j\u2019abhorre,<br \/>\nEt dans ta longue nuit, mon paisible sommeil<br \/>\nN\u2019aurait jamais connu ni songes, ni r\u00e9veil.<br \/>\n\u2014 Mais puisque je naquis, sans doute il fallait na\u00eetre.<br \/>\nSi l\u2019on m\u2019e\u00fbt consult\u00e9, j\u2019aurais refus\u00e9 l\u2019\u00eatre.<br \/>\nVains regrets ! le destin me condamnait au jour,<br \/>\nEt je vins, \u00f4 soleil, te maudire \u00e0 mon tour.<br \/>\n\u2014 Cependant, il est vrai, cette premi\u00e8re aurore,<br \/>\nCe r\u00e9veil incertain d\u2019un \u00eatre qui s\u2019ignore,<br \/>\nCet espace infini s\u2019ouvrant devant ses yeux,<br \/>\nCe long regard de l\u2019homme interrogeant les cieux,<br \/>\nCe vague enchantement, ces torrents d\u2019esp\u00e9rance,<br \/>\n\u00c9blouissent les yeux au seuil de l\u2019existence.<br \/>\nSalut, nouveau s\u00e9jour o\u00f9 le temps m\u2019a jet\u00e9,<br \/>\nGlobe, t\u00e9moin futur de ma f\u00e9licit\u00e9 !<br \/>\nSalut, sacr\u00e9 flambeau qui nourris la nature !<br \/>\nSoleil, premier amour de toute cr\u00e9ature !<br \/>\nVastes cieux, qui cachez le Dieu qui vous a faits !<br \/>\nTerre, berceau de l\u2019homme, admirable palais !<br \/>\nHomme, semblable \u00e0 moi, mon compagnon, mon fr\u00e8re !<br \/>\nToi plus belle \u00e0 mes yeux, \u00e0 mon ame plus ch\u00e8re !<br \/>\nSalut, objets, t\u00e9moins, instruments du bonheur !<br \/>\nRemplissez vos destins, je vous apporte un c\u0153ur\u2026<br \/>\n\u2014 Que ce r\u00eave est brillant ! mais, h\u00e9las ! c\u2019est un r\u00eave.<br \/>\nIl commen\u00e7oit alors ; maintenant il s\u2019ach\u00e8ve.<br \/>\nLa douleur lentement m\u2019entr\u2019ouvre le tombeau ;<br \/>\nSalut, mon dernier jour ! sois mon jour le plus beau !<br \/>\nJ\u2019ai v\u00e9cu ; j\u2019ai pass\u00e9 ce d\u00e9sert de la vie,<br \/>\nO\u00f9 toujours sous mes pas chaque fleur s\u2019est fl\u00e9trie ;<br \/>\nO\u00f9 toujours l\u2019esp\u00e9rance, abusant ma raison,<br \/>\nMe montroit le bonheur dans un vague horizon.<br \/>\nO\u00f9 du vent de la mort les br\u00fblantes haleines<br \/>\nSous mes l\u00e8vres toujours tarissaient les fontaines.<br \/>\nQu\u2019un autre, s\u2019exhalant en regrets superflus,<br \/>\nRedemande au pass\u00e9 ses jours qui ne sont plus,<br \/>\nPleure de son printemps l\u2019aurore \u00e9vanouie,<br \/>\nEt consente \u00e0 revivre une seconde vie :<br \/>\nPour moi, quand le destin m\u2019offrirait \u00e0 mon choix<br \/>\nLe sceptre du g\u00e9nie, ou le tr\u00f4ne des rois,<br \/>\nLa gloire, la beaut\u00e9, les tr\u00e9sors, la sagesse,<br \/>\nEt joindroit \u00e0 ses dons l\u2019\u00e9ternelle jeunesse,<br \/>\nJ\u2019en jure par la mort ; dans un monde pareil,<br \/>\nNon, je ne voudrois pas rajeunir d\u2019un soleil.<br \/>\nJe ne veux pas d\u2019un monde o\u00f9 tout change, o\u00f9 tout passe :<br \/>\nO\u00f9, jusqu\u2019au souvenir, tout s\u2019use et tout s\u2019efface ;<br \/>\nO\u00f9 tout est fugitif, p\u00e9rissable, incertain ;<br \/>\nO\u00f9 le jour du bonheur n\u2019a pas de lendemain !<br \/>\n\u2014 Combien de fois ainsi, tromp\u00e9 par l\u2019existence,<br \/>\nDe mon sein pour jamais j\u2019ai banni l\u2019esp\u00e9rance !<br \/>\nCombien de fois ainsi mon esprit abattu<br \/>\nA cru s\u2019envelopper d\u2019une froide vertu,<br \/>\nEt, r\u00eavant de Z\u00e9non la trompeuse sagesse,<br \/>\nSous un manteau sto\u00efque a cach\u00e9 sa faiblesse !<br \/>\nDans son indiff\u00e9rence un jour enseveli,<br \/>\nPour trouver le repos il invoquait l\u2019oubli.<br \/>\nVain repos ! faux sommeil ! \u2014 Tel qu\u2019au pied des collines,<br \/>\nO\u00f9 Rome sort du sein de ses propres ruines,<br \/>\nL\u2019\u0153il voit dans ce chaos, confus\u00e9ment \u00e9pars,<br \/>\nD\u2019antiques monuments, de modernes remparts,<br \/>\nDes th\u00e9\u00e2tres croulants, dont les frontons superbes<br \/>\nDorment dans la poussi\u00e8re ou rampent sous les herbes,<br \/>\nLes palais des h\u00e9ros par les ronces couverts,<br \/>\nDes dieux couch\u00e9s au seuil de leurs temples d\u00e9serts,<br \/>\nL\u2019ob\u00e9lisque \u00e9ternel ombrageant la chaumi\u00e8re,<br \/>\nLa colonne portant une image \u00e9trang\u00e8re,<br \/>\nL\u2019herbe dans le forum, les fleurs dans les tombeaux,<br \/>\nEt ces vieux panth\u00e9ons peupl\u00e9s de dieux nouveaux ;<br \/>\nTandis que, s\u2019\u00e9levant de distance en distance,<br \/>\nUn foible bruit de vie interrompt ce silence :<br \/>\nTelle est notre ame, apr\u00e8s ces longs \u00e9branlements ;<br \/>\nSecouant la raison jusqu\u2019en ses fondements,<br \/>\nLe malheur n\u2019en fait plus qu\u2019une immense ruine,<br \/>\nO\u00f9 comme un grand d\u00e9bris le d\u00e9sespoir domine !<br \/>\nDe sentiments \u00e9teints silencieux chaos,<br \/>\n\u00c9l\u00e9ments oppos\u00e9s, sans vie et sans repos,<br \/>\nRestes de passions par le temps effac\u00e9es,<br \/>\nCombat d\u00e9sordonn\u00e9 de v\u0153ux et de pens\u00e9es,<br \/>\nSouvenirs expirants, regrets, d\u00e9go\u00fbts, remords.<br \/>\nSi du moins ces d\u00e9bris nous attestaient sa mort !<br \/>\nMais sous ce vaste deuil l\u2019ame encore est vivante ;<br \/>\nCe feu sans aliment soi-m\u00eame s\u2019alimente ;<br \/>\nIl rena\u00eet de sa cendre, et ce fatal flambeau<br \/>\nCraint de br\u00fbler encore au-del\u00e0 du tombeau.<br \/>\nAme ! qui donc es-tu ? flamme qui me d\u00e9vore,<br \/>\nDois-tu vivre apr\u00e8s moi ? dois-tu souffrir encore ?<br \/>\nH\u00f4te myst\u00e9rieux, que vas-tu devenir ?<br \/>\nAu grand flambeau du jour vas-tu te r\u00e9unir ?<br \/>\nPeut-\u00eatre de ce feu tu n\u2019es qu\u2019une \u00e9tincelle,<br \/>\nQu\u2019un rayon \u00e9gar\u00e9, que cet astre rappelle.<br \/>\nPeut-\u00eatre que, mourant lorsque l\u2019homme est d\u00e9truit,<br \/>\nTu n\u2019es qu\u2019un suc plus pur que la terre a produit,<br \/>\nUne fange anim\u00e9e, une argile pensante\u2026<br \/>\nMais que vois-je ? \u00e0 ce mot, tu fr\u00e9mis d\u2019\u00e9pouvante.<br \/>\nRedoutant le n\u00e9ant, et lasse de souffrir,<br \/>\nH\u00e9las ! tu crains de vivre et trembles de mourir.<br \/>\n\u2014 Qui te r\u00e9v\u00e9lera, redoutable myst\u00e8re ?<br \/>\nJ\u2019\u00e9coute en vain la voix des sages de la terre :<br \/>\nLe doute \u00e9gare aussi ces sublimes esprits,<br \/>\nEt de la m\u00eame argile ils ont \u00e9t\u00e9 p\u00e9tris.<br \/>\nRassemblant les rayons de l\u2019antique sagesse,<br \/>\nSocrate te cherchoit aux beaux jours de la Gr\u00e8ce ;<br \/>\nPlaton \u00e0 Sunium te cherchoit apr\u00e8s lui ;<br \/>\nDeux mille ans sont pass\u00e9s, je te cherche aujourd\u2019hui ;<br \/>\nDeux mille ans passeront, et les enfants des hommes<br \/>\nS\u2019agiteront encor dans la nuit o\u00f9 nous sommes.<br \/>\nLa v\u00e9rit\u00e9 rebelle \u00e9chappe \u00e0 nos regards,<br \/>\nEt Dieu seul r\u00e9unit tous ses rayons \u00e9pars.<br \/>\n\u2014 Ainsi, pr\u00eat \u00e0 fermer mes yeux \u00e0 la lumi\u00e8re,<br \/>\nNul espoir ne viendra consoler ma paupi\u00e8re :<br \/>\nMon ame aura pass\u00e9, sans guide et sans flambeau<br \/>\nDe la nuit d\u2019ici-bas dans la nuit du tombeau,<br \/>\nEt j\u2019emporte au hasard, au monde o\u00f9 je m\u2019\u00e9lance,<br \/>\nMa vertu sans espoir, mes maux sans r\u00e9compense.<br \/>\nR\u00e9ponds-moi, Dieu cruel ! S\u2019il est vrai que tu sois,<br \/>\nJ\u2019ai donc le droit fatal de maudire tes lois !<br \/>\nApr\u00e8s le poids du jour, du moins le mercenaire<br \/>\nLe soir s\u2019assied \u00e0 l\u2019ombre, et re\u00e7oit son salaire :<br \/>\nEt moi, quand je fl\u00e9chis sous le fardeau du sort,<br \/>\nQuand mon jour est fini, mon salaire est la mort.<br \/>\n        &#8211; &#8211; &#8211;<br \/>\n\u2014 Mais, tandis qu\u2019exhalant le doute et le blasph\u00e8me,<br \/>\nLes yeux sur mon tombeau, je pleure sur moi-m\u00eame,<br \/>\nLa foi, se r\u00e9veillant, comme un doux souvenir,<br \/>\nJette un rayon d\u2019espoir sur mon p\u00e2le avenir,<br \/>\nSous l\u2019ombre de la mort me ranime et m\u2019enflamme,<br \/>\nEt rend \u00e0 mes vieux jours la jeunesse de l\u2019ame.<br \/>\nJe remonte aux lueurs de ce flambeau divin,<br \/>\nDu couchant de ma vie \u00e0 son riant matin ;<br \/>\nJ\u2019embrasse d\u2019un regard la destin\u00e9e humaine ;<br \/>\n\u00c0 mes yeux satisfaits tout s\u2019ordonne et s\u2019encha\u00eene ;<br \/>\nJe lis dans l\u2019avenir la raison du pr\u00e9sent ;<br \/>\nL\u2019espoir ferme apr\u00e8s moi les portes du n\u00e9ant,<br \/>\nEt rouvrant l\u2019horizon \u00e0 mon ame ravie,<br \/>\nM\u2019explique par la mort l\u2019\u00e9nigme de la vie.<br \/>\nCette foi qui m\u2019attend au bord de mon tombeau,<br \/>\nH\u00e9las ! il m\u2019en souvient, plana sur mon berceau.<br \/>\nDe la terre promise immortel h\u00e9ritage,<br \/>\nLes p\u00e8res \u00e0 leurs fils l\u2019ont transmis d\u2019\u00e2ge en \u00e2ge.<br \/>\nNotre esprit la re\u00e7oit \u00e0 son premier r\u00e9veil,<br \/>\nComme les dons d\u2019en haut, la vie et le soleil ;<br \/>\nComme le lait de l\u2019ame, en ouvrant la paupi\u00e8re,<br \/>\nElle a coul\u00e9 pour nous des l\u00e8vres d\u2019une m\u00e8re ;<br \/>\nElle a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 l\u2019homme en sa tendre saison ;<br \/>\nSon flambeau dans les c\u0153urs pr\u00e9c\u00e9da la raison.<br \/>\nL\u2019enfant, en essayant sa premi\u00e8re parole,<br \/>\nBalbutie au berceau son sublime symbole,<br \/>\nEt, sous l\u2019\u0153il maternel germant \u00e0 son insu,<br \/>\nIl la sent dans son c\u0153ur cro\u00eetre avec la vertu.<br \/>\nAh ! si la v\u00e9rit\u00e9 fut faite pour la terre,<br \/>\nSans doute elle a re\u00e7u ce simple caract\u00e8re ;<br \/>\nSans doute d\u00e8s l\u2019enfance offerte \u00e0 nos regards,<br \/>\nDans l\u2019esprit par les sens entrant de toutes parts,<br \/>\nComme les purs rayons de la c\u00e9leste flamme<br \/>\nElle a d\u00fb d\u00e8s l\u2019aurore environner notre ame,<br \/>\nDe l\u2019esprit par l\u2019amour descendre dans les c\u0153urs,<br \/>\nS\u2019unir au souvenir, se fondre dans les m\u0153urs ;<br \/>\nAinsi qu\u2019un grain f\u00e9cond que l\u2019hiver couvre encore,<br \/>\nDans notre sein long-temps germer avant d\u2019\u00e9clore,<br \/>\nEt, quand l\u2019homme a pass\u00e9 son orageux \u00e9t\u00e9,<br \/>\nDonner son fruit divin pour l\u2019immortalit\u00e9.<br \/>\nSoleil myst\u00e9rieux ! flambeau d\u2019une autre sph\u00e8re,<br \/>\nPr\u00eate \u00e0 mes yeux mourants ta mystique lumi\u00e8re,<br \/>\nPars du sein du Tr\u00e8s-Haut, rayon consolateur.<br \/>\nAstre vivifiant, l\u00e8ve-toi dans mon c\u0153ur !<br \/>\nH\u00e9las ! je n\u2019ai que toi ; dans mes heures fun\u00e8bres,<br \/>\nMa raison qui p\u00e2lit m\u2019abandonne aux t\u00e9n\u00e8bres ;<br \/>\nCette raison superbe, insuffisant flambeau,<br \/>\nS\u2019\u00e9teint comme la vie aux portes du tombeau ;<br \/>\nViens donc la remplacer, \u00f4 c\u00e9leste lumi\u00e8re !<br \/>\nViens d\u2019un jour sans nuage inonder ma paupi\u00e8re ;<br \/>\nTiens-moi lieu du soleil que je ne dois plus voir,<br \/>\nEt brille \u00e0 l\u2019horizon comme l\u2019astre du soir.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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