{"id":10727,"date":"2025-04-22T19:42:42","date_gmt":"2025-04-22T17:42:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10727"},"modified":"2025-04-22T19:42:42","modified_gmt":"2025-04-22T17:42:42","slug":"lhomme","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/lhomme\/","title":{"rendered":"L\u2019homme"},"content":{"rendered":"<p>\u00c0 LORD BYRON.<\/p>\n<p>Toi, dont le monde encore ignore le vrai nom,<br \/>\nEsprit myst\u00e9rieux, mortel, ange, ou d\u00e9mon ;<br \/>\nQui que tu sois, Byron, bon ou fatal g\u00e9nie,<br \/>\nJ\u2019aime de tes concerts la sauvage harmonie,<br \/>\nComme j\u2019aime le bruit de la foudre et des vents<br \/>\nSe m\u00ealant dans l\u2019orage \u00e0 la voix des torrents !<br \/>\nLa nuit est ton s\u00e9jour, l\u2019horreur est ton domaine :<br \/>\nL\u2019aigle, roi des d\u00e9serts, d\u00e9daigne ainsi la plaine ;<br \/>\nIl ne veut, comme toi, que des rocs escarp\u00e9s<br \/>\nQue l\u2019hiver a blanchis, que la foudre a frapp\u00e9s ;<br \/>\nDes rivages couverts des d\u00e9bris du naufrage,<br \/>\nOu des champs tout noircis des restes du carnage.<br \/>\nEt, tandis que l\u2019oiseau qui chante ses douleurs<br \/>\nB\u00e2tit au bord des eaux son nid parmi les fleurs,<br \/>\nLui, des sommets d\u2019Athos franchit l\u2019horrible cime,<br \/>\nSuspend aux flancs des monts son aire sur l\u2019ab\u00eeme,<br \/>\nEt l\u00e0, seul, entour\u00e9 de membres palpitants,<br \/>\nDe rochers d\u2019un sang noir sans cesse d\u00e9gouttants,<br \/>\nTrouvant sa volupt\u00e9 dans les cris de sa proie,<br \/>\nBerc\u00e9 par la temp\u00eate, il s&rsquo;endort dans sa joie.<\/p>\n<p>Et toi, Byron, semblable \u00e0 ce brigand des airs,<br \/>\nLes cris du d\u00e9sespoir sont tes plus doux concerts.<br \/>\nLe mal est ton spectacle, et l&rsquo;homme est ta victime.<br \/>\nTon oeil, comme Satan, a mesur\u00e9 l&rsquo;ab\u00eeme,<br \/>\nEt ton ame, y plongeant loin du jour et de Dieu,<br \/>\nA dit \u00e0 l&rsquo;esp\u00e9rance un \u00e9ternel adieu !<br \/>\nComme lui, maintenant, r\u00e9gnant dans les t\u00e9n\u00e8bres,<br \/>\nTon g\u00e9nie invincible \u00e9clate en chants fun\u00e8bres;<br \/>\nIl triomphe, et ta voix, sur un mode infernal,<br \/>\nChante l&rsquo;hymne de gloire au sombre dieu du mal.<br \/>\nMais que sert de lutter contre sa destin\u00e9e ?<br \/>\nQue peut contre le sort la raison mutin\u00e9e ?<br \/>\nElle n&rsquo;a comme l\u2019\u0153il qu&rsquo;un \u00e9troit horizon.<br \/>\nNe porte pas plus loin tes yeux ni ta raison :<br \/>\nHors de l\u00e0 tout nous fuit, tout s&rsquo;\u00e9teint, tout s&rsquo;efface;<br \/>\nDans ce cercle born\u00e9 Dieu t&rsquo;a marqu\u00e9 ta place.<br \/>\nComment ? pourquoi ? qui sait ? De ses puissantes mains<br \/>\nIl a laiss\u00e9 tomber le monde et les humains,<br \/>\nComme il a dans nos champs r\u00e9pandu la poussi\u00e8re,<br \/>\nOu sem\u00e9 dans les airs la nuit et la lumi\u00e8re;<br \/>\nIl le sait, il suffit : l&rsquo;univers est \u00e0 lui,<br \/>\nEt nous n&rsquo;avons \u00e0 nous que le jour d&rsquo;aujourd&rsquo;hui !<\/p>\n<p>Notre crime est d&rsquo;\u00eatre homme et de vouloir conna\u00eetre :<br \/>\nIgnorer et servir, c&rsquo;est la loi de notre \u00eatre.<br \/>\nByron, ce mot est dur : longtemps j&rsquo;en ai dout\u00e9;<br \/>\nMais pourquoi reculer devant la v\u00e9rit\u00e9 ?<br \/>\nTon titre devant Dieu c&rsquo;est d&rsquo;\u00eatre son ouvrage !<br \/>\nDe sentir, d&rsquo;adorer ton divin esclavage;<br \/>\nDans l&rsquo;ordre universel, faible atome emport\u00e9,<br \/>\nD&rsquo;unir \u00e0 tes desseins ta libre volont\u00e9,<br \/>\nD&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7u par son intelligence,<br \/>\nDe le glorifier par ta seule existence !<br \/>\nVoil\u00e0, voil\u00e0 ton sort. Ah ! loin de l&rsquo;accuser,<br \/>\nBaise plut\u00f4t le joug que tu voudrais briser;<br \/>\nDescends du rang des dieux qu&rsquo;usurpait ton audace;<br \/>\nTout est bien, tout est bon, tout est grand \u00e0 sa place;<br \/>\nAux regards de celui qui fit l&rsquo;immensit\u00e9,<br \/>\nL&rsquo;insecte vaut un monde : ils ont autant co\u00fbt\u00e9 !<\/p>\n<p>Mais cette loi, dis-tu, r\u00e9volte ta justice;<br \/>\nElle n&rsquo;est \u00e0 tes yeux qu&rsquo;un bizarre caprice,<br \/>\nUn pi\u00e8ge o\u00f9 la raison tr\u00e9buche \u00e0 chaque pas.<br \/>\nConfessons-la, Byron, et ne la jugeons pas !<br \/>\nComme toi, ma raison en t\u00e9n\u00e8bres abonde,<br \/>\nEt ce n&rsquo;est pas \u00e0 moi de t&rsquo;expliquer le monde.<br \/>\nQue celui qui l&rsquo;a fait t&rsquo;explique l&rsquo;univers !<br \/>\nPlus je sonde l&rsquo;ab\u00eeme, h\u00e9las ! plus je m&rsquo;y perds.<br \/>\nIci-bas, la douleur \u00e0 la douleur s&rsquo;encha\u00eene.<br \/>\nLe jour succ\u00e8de au jour, et la peine \u00e0 la peine.<br \/>\nBorn\u00e9 dans sa nature, infini dans ses v\u0153ux,<br \/>\nL&rsquo;homme est un dieu tomb\u00e9 qui se souvient des cieux;<br \/>\nSoit que d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 de son antique gloire,<br \/>\nDe ses destins perdus il garde la m\u00e9moire;<br \/>\nSoit que de ses d\u00e9sirs l&rsquo;immense profondeur<br \/>\nLui pr\u00e9sage de loin sa future grandeur :<br \/>\nImparfait ou d\u00e9chu, l\u2019homme est le grand myst\u00e8re.<br \/>\nDans la prison des sens encha\u00een\u00e9 sur la terre,<br \/>\nEsclave, il sent un c\u0153ur n\u00e9 pour la libert\u00e9 ;<br \/>\nMalheureux, il aspire \u00e0 la f\u00e9licit\u00e9 ;<br \/>\nIl veut sonder le monde, et son \u0153il est d\u00e9bile ;<br \/>\nIl veut aimer toujours, ce qu\u2019il aime est fragile !<br \/>\nTout mortel est semblable \u00e0 l\u2019exil\u00e9 d\u2019\u00c9den :<br \/>\nLorsque Dieu l\u2019eut banni du c\u00e9leste jardin,<br \/>\nMesurant d\u2019un regard les fatales limites,<br \/>\nIl s\u2019assit en pleurant aux portes interdites.<br \/>\nIl entendit de loin dans le divin s\u00e9jour<br \/>\nL\u2019harmonieux soupir de l\u2019\u00e9ternel amour,<br \/>\nLes accents du bonheur, les saints concerts des anges<br \/>\nQui, dans le sein de Dieu, c\u00e9l\u00e9braient ses louanges ;<br \/>\nEt, s\u2019arrachant du ciel dans un p\u00e9nible effort,<br \/>\nSon \u0153il avec effroi retomba sur son sort.<\/p>\n<p>Malheur \u00e0 qui du fond de l\u2019exil de la vie<br \/>\nEntendit ces concerts d\u2019un monde qu\u2019il envie !<br \/>\nDu nectar id\u00e9al sit\u00f4t qu\u2019elle a go\u00fbt\u00e9,<br \/>\nLa nature r\u00e9pugne \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 :<br \/>\nDans le sein du possible en songe elle s\u2019\u00e9lance ;<br \/>\nLe r\u00e9el est \u00e9troit, le possible est immense ;<br \/>\nL\u2019ame avec ses d\u00e9sirs s\u2019y b\u00e2tit un s\u00e9jour,<br \/>\nO\u00f9 l\u2019on puise \u00e0 jamais la science et l\u2019amour ;<br \/>\nO\u00f9, dans des oc\u00e9ans de beaut\u00e9, de lumi\u00e8re,<br \/>\nL\u2019homme, alt\u00e9r\u00e9 toujours, toujours se d\u00e9salt\u00e8re ;<br \/>\nEt, de songes si beaux enivrants son sommeil,<br \/>\nNe se reconna\u00eet plus au moment du r\u00e9veil.<\/p>\n<p>H\u00e9las ! tel fut ton sort, telle est ma destin\u00e9e.<br \/>\nJ\u2019ai vid\u00e9 comme toi la coupe empoisonn\u00e9e ;<br \/>\nMes yeux, comme les tiens, sans voir se sont ouverts ;<br \/>\nJ\u2019ai cherch\u00e9 vainement le mot de l\u2019univers.<br \/>\nJ\u2019ai demand\u00e9 sa cause \u00e0 toute la nature,<br \/>\nJ\u2019ai demand\u00e9 sa fin \u00e0 toute cr\u00e9ature ;<br \/>\nDans l\u2019ab\u00eeme sans fond mon regard a plong\u00e9 ;<br \/>\nDe l\u2019atome au soleil, j\u2019ai tout interrog\u00e9 ;<br \/>\nJ\u2019ai devanc\u00e9 les temps, j\u2019ai remont\u00e9 les \u00e2ges.<br \/>\nTant\u00f4t passant les mers pour \u00e9couter les sages,<br \/>\nMais le monde \u00e0 l\u2019orgueil est un livre ferm\u00e9 !<br \/>\nTant\u00f4t, pour deviner le monde inanim\u00e9,<br \/>\nFuyant avec mon ame au sein de la nature,<br \/>\nJ\u2019ai cru trouver un sens \u00e0 cette langue obscure.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tudiai la loi par qui roulent les cieux :<br \/>\nDans leurs brillants d\u00e9serts Newton guida mes yeux,<br \/>\nDes empires d\u00e9truits je m\u00e9ditai la cendre :<br \/>\nDans ses sacr\u00e9s tombeaux Rome m\u2019a vu descendre ;<br \/>\nDes m\u00e2nes les plus saints troublant le froid repos,<br \/>\nJ\u2019ai pes\u00e9 dans mes mains la cendre des h\u00e9ros.<br \/>\nJ\u2019allais redemander \u00e0 leur vaine poussi\u00e8re<br \/>\nCette immortalit\u00e9 que tout mortel esp\u00e8re !<br \/>\nQue dis-je ? suspendu sur le lit des mourants,<br \/>\nMes regards la cherchaient dans des yeux expirants ;<br \/>\nSur ces sommets noircis par d\u2019\u00e9ternels nuages,<br \/>\nSur ces flots sillonn\u00e9s par d\u2019\u00e9ternels orages,<br \/>\nJ\u2019appelais, je bravais le choc des \u00e9l\u00e9ments.<br \/>\nSemblable \u00e0 la sibylle en ses emportements,<br \/>\nJ\u2019ai cru que la nature en ces rares spectacles<br \/>\nLaissait tomber pour nous quelqu\u2019un de ses oracles ;<br \/>\nJ\u2019aimais \u00e0 m\u2019enfoncer dans ces sombres horreurs.<br \/>\nMais en vain dans son calme, en vain dans ses fureurs,<br \/>\nCherchant ce grand secret sans pouvoir le surprendre,<br \/>\nJ\u2019ai vu par-tout un Dieu sans jamais le comprendre !<br \/>\nJ\u2019ai vu le bien, le mal, sans choix et sans dessein,<br \/>\nTomber comme au hasard, \u00e9chapp\u00e9s de son sein ;<br \/>\nJ\u2019ai vu par-tout le mal o\u00f9 le mieux pouvoit \u00eatre,<br \/>\nEt je l\u2019ai blasph\u00e9m\u00e9, ne pouvant le conno\u00eetre ;<br \/>\nEt ma voix, se brisant contre ce ciel d\u2019airain,<br \/>\nN\u2019a pas m\u00eame eu l\u2019honneur d\u2019arr\u00eater le destin.<br \/>\nMais, un jour que, plong\u00e9 dans ma propre infortune,<br \/>\nJ\u2019avais lass\u00e9 le ciel d\u2019une plainte importune,<br \/>\nUne clart\u00e9 d\u2019en haut dans mon sein descendit,<br \/>\nMe tenta de b\u00e9nir ce que j\u2019avais maudit,<br \/>\nEt, c\u00e9dant sans combattre au souffle qui m\u2019inspire,<br \/>\nL\u2019hymne de la raison s\u2019\u00e9lan\u00e7a de ma lyre.<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab Gloire \u00e0 toi, dans les temps et dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 !<br \/>\n\u00c9ternelle raison, supr\u00eame volont\u00e9 !<br \/>\nToi, dont l\u2019immensit\u00e9 reconna\u00eet la pr\u00e9sence !<br \/>\nToi, dont chaque matin annonce l\u2019existence !<br \/>\nTon souffle cr\u00e9ateur s\u2019est abaiss\u00e9 sur moi ;<br \/>\nCelui qui n\u2019\u00e9tait pas a paru devant toi !<br \/>\nJ\u2019ai reconnu ta voix avant de me conna\u00eetre,<br \/>\nJe me suis \u00e9lanc\u00e9 jusqu\u2019aux portes de l\u2019\u00eatre :<br \/>\nMe voici ! le n\u00e9ant te salue en naissant ;<br \/>\nMe voici ! mais que suis-je ? un atome pensant !<br \/>\nQui peut entre nous deux mesurer la distance ?<br \/>\nMoi, qui respire en toi ma rapide existence,<br \/>\nA l\u2019insu de moi-m\u00eame \u00e0 ton gr\u00e9 fa\u00e7onn\u00e9,<br \/>\nQue me dois-tu, Seigneur, quand je ne suis pas n\u00e9 ?<br \/>\nRien avant, rien apr\u00e8s : Gloire \u00e0 la fin supr\u00eame :<br \/>\nQui tira tout de soi se doit tout \u00e0 soi-m\u00eame !<br \/>\nJouis, grand artisan, de l\u2019\u0153uvre de tes mains :<br \/>\nJe suis, pour accomplir tes ordres souverains,<br \/>\nDispose, ordonne, agis ; dans les temps, dans l\u2019espace,<br \/>\nMarque-moi pour ta gloire et mon jour et ma place ;<br \/>\nMon \u00eatre, sans se plaindre, et sans t\u2019interroger,<br \/>\nDe soi-m\u00eame, en silence, accourra s\u2019y ranger.<br \/>\nComme ces globes d\u2019or qui dans les champs du vide<br \/>\nSuivent avec amour ton ombre qui les guide,<br \/>\nNoy\u00e9 dans la lumi\u00e8re, ou perdu dans la nuit,<br \/>\nJe marcherai comme eux o\u00f9 ton doigt me conduit ;<br \/>\nSoit que choisi par toi pour \u00e9clairer les mondes,<br \/>\nR\u00e9fl\u00e9chissant sur eux les feux dont tu m\u2019inondes,<br \/>\nJe m\u2019\u00e9lance entour\u00e9 d\u2019esclaves radieux,<br \/>\nEt franchisse d\u2019un pas tout l\u2019ab\u00eeme des cieux ;<br \/>\nSoit que, me rel\u00e9guant loin, bien loin de ta vue,<br \/>\nTu ne fasses de moi, cr\u00e9ature inconnue,<br \/>\nQu\u2019un atome oubli\u00e9 sur les bords du n\u00e9ant,<br \/>\nOu qu\u2019un grain de poussi\u00e8re emport\u00e9 par le vent,<br \/>\nGlorieux de mon sort, puisqu\u2019il est ton ouvrage,<br \/>\nJ\u2019irai, j\u2019irai par-tout te rendre un m\u00eame hommage,<br \/>\nEt, d\u2019un \u00e9gal amour accomplissant ma loi,<br \/>\nJusqu\u2019aux bords du n\u00e9ant murmurer : Gloire \u00e0 toi !<br \/>\n\u00ab Glorieux de mon sort, puisqu\u2019il est ton ouvrage,<br \/>\n\u00ab J\u2019irai, j\u2019irai par-tout te rendre un m\u00eame hommage,<br \/>\n\u00ab Et d\u2019un \u00e9gal amour accomplissant ma loi,<br \/>\n\u00ab Jusqu\u2019aux bords du n\u00e9ant murmurer : Gloire \u00e0 toi! \u2014<br \/>\n\u2014 \u00ab Ni si haut, ni si bas ! simple enfant de la terre,<br \/>\nMon sort est un probl\u00e8me, et ma fin un myst\u00e8re;<br \/>\nJe ressemble, Seigneur, au globe de la nuit<br \/>\nQui, dans la route obscure o\u00f9 ton doigt le conduit,<br \/>\nR\u00e9fl\u00e9chit d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les clart\u00e9s \u00e9ternelles,<br \/>\nEt de l&rsquo;autre est plong\u00e9 dans les ombres mortelles.<br \/>\nL&rsquo;homme est le point fatal o\u00f9 les deux infinis<br \/>\nPar la toute-puissance ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis.<br \/>\nA tout autre degr\u00e9, moins malheureux peut-\u00eatre,<br \/>\nJ&rsquo;eusse \u00e9t\u00e9&#8230; Mais je suis ce que je devais \u00eatre,<br \/>\nJ&rsquo;adore sans la voir ta supr\u00eame raison,<br \/>\nGloire \u00e0 toi qui m&rsquo;as fait ! Ce que tu fais est bon !<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab Cependant, accabl\u00e9 sous le poids de ma cha\u00eene,<br \/>\nDu n\u00e9ant au tombeau l&rsquo;adversit\u00e9 m&rsquo;entra\u00eene;<br \/>\nJe marche dans la nuit par un chemin mauvais,<br \/>\nIgnorant d&rsquo;o\u00f9 je viens, incertain o\u00f9 je vais,<br \/>\nEt je rappelle en vain ma jeunesse \u00e9coul\u00e9e,<br \/>\nComme l&rsquo;eau du torrent dans sa source troubl\u00e9e.<br \/>\nGloire \u00e0 toi ! Le malheur en naissant m&rsquo;a choisi;<br \/>\nComme un jouet vivant, ta droite m&rsquo;a saisi;<br \/>\nJ&rsquo;ai mang\u00e9 dans les pleurs le pain de ma mis\u00e8re,<br \/>\nEt tu m&rsquo;as abreuv\u00e9 des eaux de ta col\u00e8re.<br \/>\nGloire \u00e0 toi ! J&rsquo;ai cri\u00e9, tu n&rsquo;as pas r\u00e9pondu;<br \/>\nJ&rsquo;ai jet\u00e9 sur la terre un regard confondu.<br \/>\nJ&rsquo;ai cherch\u00e9 dans le ciel le jour de ta justice ;<br \/>\nIl s\u2019est lev\u00e9, Seigneur, et c\u2019est pour mon supplice !<br \/>\nGloire \u00e0 toi ! L\u2019innocence est coupable \u00e0 tes yeux :<br \/>\nUn seul \u00eatre, du moins, me restait sous les cieux ;<br \/>\nToi-m\u00eame de nos jours avais m\u00eal\u00e9 la trame,<br \/>\nSa vie \u00e9tait ma vie, et son ame mon ame ;<br \/>\nComme un fruit encor vert du rameau d\u00e9tach\u00e9,<br \/>\nJe l\u2019ai vu de mon sein avant l\u2019\u00e2ge arrach\u00e9 !<br \/>\nCe coup, que tu voulais me rendre plus terrible<br \/>\nLa frappa lentement pour m\u2019\u00eatre plus sensible ;<br \/>\nDans ses traits expirants, o\u00f9 je lisais mon sort,<br \/>\nJ\u2019ai vu lutter ensemble et l\u2019amour et la mort ;<br \/>\nJ\u2019ai vu dans ses regards la flamme de la vie,<br \/>\nSous la main du tr\u00e9pas par degr\u00e9s assoupie,<br \/>\nSe ranimer encore au souffle de l\u2019amour !<br \/>\nJe disais chaque jour : Soleil ! encore un jour !<br \/>\nSemblable au criminel qui, plong\u00e9 dans les ombres,<br \/>\nEt descendu vivant dans les demeures sombres,<br \/>\nPr\u00e8s du dernier flambeau qui doive l\u2019\u00e9clairer,<br \/>\nSe penche sur sa lampe et la voit expirer,<br \/>\nJe voulais retenir l\u2019ame qui s\u2019\u00e9vapore ;<br \/>\nDans son dernier regard je la cherchais encore !<br \/>\nCe soupir, \u00f4 mon Dieu ! dans ton sein s\u2019exhala ;<br \/>\nHors du monde avec lui mon espoir s\u2019envola !<br \/>\nPardonne au d\u00e9sespoir un moment de blasph\u00e8me,<br \/>\nJ\u2019osai\u2026 Je me repens : Gloire au ma\u00eetre supr\u00eame !<br \/>\nIl fit l\u2019eau pour couler, l\u2019aquilon pour courir,<br \/>\nLes soleils pour br\u00fbler, et l\u2019homme pour souffrir !<br \/>\nMoi seul, je t\u2019ob\u00e9is avec intelligence ;<br \/>\nMoi seul, je me complais dans cette ob\u00e9issance ;<br \/>\nJe jouis de remplir, en tout temps, en tout lieu,<br \/>\nLa loi de ma nature et l\u2019ordre de mon Dieu ;<br \/>\nJ\u2019adore en mes destins ta sagesse supr\u00eame,<br \/>\nJ\u2019aime ta volont\u00e9 dans mes supplices m\u00eame,<br \/>\nGloire \u00e0 toi ! Gloire \u00e0 toi ! Frappe, an\u00e9antis-moi !<br \/>\nTu n\u2019entendras qu\u2019un cri : Gloire \u00e0 jamais \u00e0 toi ! \u00bb<br \/>\nAinsi ma voix monta vers la vo\u00fbte c\u00e9leste :<br \/>\nJe rendis gloire au ciel, et le ciel fit le reste.<\/p>\n<p>Fais silence, \u00f4 ma lyre ! Et toi, qui dans tes mains<br \/>\nTiens le c\u0153ur palpitant des sensibles humains,<br \/>\nByron, viens en tirer des torrents d\u2019harmonie :<br \/>\nC\u2019est pour la v\u00e9rit\u00e9 que Dieu fit le g\u00e9nie.<br \/>\nJette un cri vers le ciel, \u00f4 chantre des enfers !<br \/>\nLe ciel m\u00eame aux damn\u00e9s enviera tes concerts !<br \/>\nPeut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 ta voix, de la vivante flamme<br \/>\nUn rayon descendra dans l\u2019ombre de ton ame ?<br \/>\nPeut-\u00eatre que ton c\u0153ur, \u00e9mu de saints transports,<br \/>\nS\u2019apaisera soi-m\u00eame \u00e0 tes propres accords,<br \/>\nEt qu\u2019un \u00e9clair d\u2019en haut per\u00e7ant ta nuit profonde,<br \/>\nTu verseras sur nous la clart\u00e9 qui t\u2019inonde ?<\/p>\n<p>Ah ! si jamais ton luth, amolli par tes pleurs,<br \/>\nSoupirait sous tes doigts l\u2019hymne de tes douleurs,<br \/>\nOu si, du sein profond des ombres \u00e9ternelles,<br \/>\nComme un ange tomb\u00e9, tu secouais tes ailes,<br \/>\nEt prenant vers le jour un lumineux essor,<br \/>\nParmi les ch\u0153urs sacr\u00e9s tu t\u2019asseyais encor ;<br \/>\nJamais, jamais l&rsquo;\u00e9cho de la c\u00e9leste vo\u00fbte,<br \/>\nJamais ces harpes d&rsquo;or que Dieu lui-m\u00eame \u00e9coute,<br \/>\nJamais des s\u00e9raphins les ch\u0153urs m\u00e9lodieux,<br \/>\nDe plus divins accords n&rsquo;auront ravi les cieux !<br \/>\nCourage ! enfant d\u00e9chu d&rsquo;une race divine !<br \/>\nTu portes sur ton front ta superbe origine !<br \/>\nTout homme en te voyant reconna\u00eet dans tes yeux<br \/>\nUn rayon \u00e9clips\u00e9 de la splendeur des cieux !<br \/>\nRoi des chants immortels, reconnais-toi toi-m\u00eame !<br \/>\nLaisse aux fils de la nuit le doute et le blasph\u00e8me;<br \/>\nD\u00e9daigne un faux encens qu&rsquo;on offre de si bas,<br \/>\nLa gloire ne peut \u00eatre o\u00f9 la vertu n&rsquo;est pas.<br \/>\nViens reprendre ton rang dans ta splendeur premi\u00e8re,<br \/>\nParmi ces purs enfants de gloire et de lumi\u00e8re,<br \/>\nQue d&rsquo;un souffle choisi Dieu voulut animer,<br \/>\nEt qu&rsquo;il fit pour chanter, pour croire et pour aimer !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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