{"id":10711,"date":"2025-04-22T18:13:11","date_gmt":"2025-04-22T16:13:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10711"},"modified":"2025-04-22T18:13:11","modified_gmt":"2025-04-22T16:13:11","slug":"la-derniere-escapade","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/la-derniere-escapade\/","title":{"rendered":"La derni\u00e8re escapade"},"content":{"rendered":"<p>I<\/p>\n<p>Un grand ch\u00e2teau bien vieux aux murs tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s.<br \/>\nLes marches du perron tremblent, et l\u2019herbe pousse,<br \/>\nS\u2019\u00e9lan\u00e7ant longue et droite aux fentes des pav\u00e9s<br \/>\nQue le temps a verdis d\u2019une l\u00e8pre de mousse.<br \/>\nSur les c\u00f4t\u00e9s deux tours. L\u2019une, en chapeau pointu,<br \/>\nS\u2019amincit dans les airs. L\u2019autre est d\u00e9capit\u00e9e.<br \/>\nSa t\u00eate fut, un soir, par le vent emport\u00e9e ;<br \/>\nMais un lierre, grimp\u00e9 jusqu\u2019au fa\u00eete abattu,<br \/>\nS\u2019\u00e9bouriffe au-dessus comme une chevelure,<br \/>\nTandis que, s\u2019infiltrant dans le flanc de la tour,<br \/>\nL\u2019eau du ciel, acharn\u00e9e et creusant chaque jour,<br \/>\nL\u2019entr\u2019ouvrit jusqu\u2019en bas d\u2019une immense f\u00ealure.<br \/>\nUn arbre, pouss\u00e9 l\u00e0, grandit au creux des murs,<br \/>\nLaissant voir vaguement de vieux salons obscurs,<br \/>\nChaque fen\u00eatre est morne ainsi qu\u2019un regard vide.<br \/>\nTout ce lourd b\u00e2timent caduc, noirci, fan\u00e9,<br \/>\nQue la l\u00e9zarde marque au front comme une ride,<br \/>\nDont s\u2019\u00e9miette le pied, de salp\u00eatre min\u00e9,<br \/>\nDont le toit montre au ciel ses tuiles ravag\u00e9es,<br \/>\n\u00c0 l\u2019aspect d\u00e9sol\u00e9 des choses n\u00e9glig\u00e9es.<\/p>\n<p>Tout autour un grand parc sombre et profond s\u2019\u00e9tend ;<br \/>\nIl dort sous le soleil qui monte et l\u2019on entend,<br \/>\nPar moments, y passer des rumeurs de feuillages,<br \/>\nComme les bruits calm\u00e9s des vagues sur les plages,<br \/>\nQuand la mer resplendit au loin sous le ciel bleu.<br \/>\nLes arbres ont pouss\u00e9 des branches si m\u00eal\u00e9es<br \/>\nQue le soleil, jetant son averse de feu,<br \/>\nNe p\u00e9n\u00e8tre jamais la noirceur des all\u00e9es.<br \/>\nLes arbustes sont morts sous ces g\u00e9ants touffus,<br \/>\nEt la vo\u00fbte a grandi comme une cath\u00e9drale ;<br \/>\nIl y flotte une odeur antique et s\u00e9pulcrale,<br \/>\nL\u2019humidit\u00e9 des lieux o\u00f9 l\u2019homme ne va plus.<\/p>\n<p>Mais sur les hauts degr\u00e9s du perron qui dominent<br \/>\nLes longs gazons qu\u2019au loin de grands arbres terminent,<br \/>\nDes valets ont paru, soutenant par les bras<br \/>\nDeux vieillards tr\u00e8s courb\u00e9s qui vont \u00e0 petits pas.<br \/>\nIls tra\u00eenent lentement sur les marches verdies<br \/>\nLes h\u00e9sitations de leurs jambes roidies,<br \/>\nEt t\u00e2tent le chemin du bout de leur b\u00e2ton.<br \/>\nTr\u00e8s vieux, \u2013 l\u2019homme et la femme, \u2013 et branlant du menton,<br \/>\nIls ont le front si lourd et la peau si fan\u00e9e<br \/>\nQu\u2019on ne devine pas quel pouvoir enfon\u00e7a<br \/>\nAux moelles de leurs os cette vie obstin\u00e9e.<br \/>\nAffaiss\u00e9s dans leurs grands fauteuils on les laissa,<br \/>\nPli\u00e9s en deux, tremblant des mains et de la t\u00eate.<br \/>\nIls ont baiss\u00e9 leurs yeux que la vieillesse h\u00e9b\u00e8te,<br \/>\nEt regardent tout pr\u00e8s, par terre, fixement.<br \/>\nIls n\u2019ont plus de pens\u00e9e. Un long tremblotement<br \/>\nSemble seul habiter cette d\u00e9cr\u00e9pitude,<br \/>\nEt s\u2019ils ne sont pas morts, c\u2019est par longue habitude<br \/>\nDe vivre \u00e0 deux, tout pr\u00e8s l\u2019un de l\u2019autre toujours,<br \/>\nCar ils n\u2019ont plus parl\u00e9 depuis beaucoup de jours.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Mais un souffle de feu sur la plaine s\u2019\u00e9l\u00e8ve.<br \/>\nLes arbres dans leurs flancs ont des frissons de s\u00e8ve,<br \/>\nCar sur leurs fronts troubl\u00e9s le soleil va passer.<br \/>\nPartout la chaleur monte ainsi qu\u2019une mar\u00e9e<br \/>\nEt, sur chaque prairie, une foule dor\u00e9e<br \/>\nDe jaunes papillons flotte et semble danser.<br \/>\n\u00c9panouie au loin la campagne gr\u00e9sille,<br \/>\nC\u2019est un bruit continu qui remplit l\u2019horizon,<br \/>\nCar, affol\u00e9 dans les profondeurs du gazon,<br \/>\nLe peuple assourdissant des criquets s\u2019\u00e9gosille.<br \/>\nUne fi\u00e8vre de vie enflamm\u00e9e a couru,<br \/>\nEt rajeuni, tout blanc dans la chaude lumi\u00e8re,<br \/>\nAinsi qu\u2019aux premiers jours d\u2019un pass\u00e9 disparu,<br \/>\nLe vieux ch\u00e2teau reprend son sourire de pierre.<\/p>\n<p>Alors les deux vieillards s\u2019animent peu \u00e0 peu :<br \/>\nIls clignotent des yeux et, dans ce bain de feu,<br \/>\nLes membres dess\u00e9ch\u00e9s lentement se d\u00e9tendent ;<br \/>\nLeurs poumons refroidis aspirent du soleil,<br \/>\nEt leurs esprits, confus comme apr\u00e8s un r\u00e9veil,<br \/>\nS\u2019\u00e9tonnent vaguement des rumeurs qu\u2019ils entendent.<br \/>\nIls se dressent, pesant des mains sur leur b\u00e2ton.<br \/>\nL\u2019homme se tourne un peu vers son antique amie,<br \/>\nLa regarde un instant et dit : \u00ab Il fait bien bon. \u00bb<br \/>\nElle, levant sa t\u00eate encor tout endormie<br \/>\nEt parcourant de l\u2019\u0153il les horizons connus,<br \/>\nLui r\u00e9pond : \u00ab Oui, voil\u00e0 les beaux jours revenus. \u00bb<br \/>\nEt leur voix est pareille au b\u00ealement des ch\u00e8vres.<br \/>\nDes gaiet\u00e9s de printemps rident leurs vieilles l\u00e8vres ;<br \/>\nIls sont troubl\u00e9s, car les senteurs du bois nouveau<br \/>\nLes traversent parfois d\u2019une brusque secousse,<br \/>\nAinsi qu\u2019un vin trop fort montant \u00e0 leur cerveau.<br \/>\nIls balancent leurs fronts d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s douce<br \/>\nEt retrouvent dans l\u2019air des souffles d\u2019autrefois.<br \/>\nLui, tout \u00e0 coup, avec des sanglots dans la voix :<br \/>\n\u00ab C\u2019\u00e9tait un jour pareil que vous \u00eates venue<br \/>\nAu premier rendez-vous, dans la grande avenue. \u00bb<br \/>\nPuis ils n\u2019ont plus rien dit ; mais leurs pensers amers<br \/>\nRemontaient aux lointains souvenirs du jeune \u00e2ge,<br \/>\nAinsi que deux vaisseaux, ayant pass\u00e9 les mers,<br \/>\nS\u2019en retournent toujours par le m\u00eame sillage.<br \/>\nIl reprit : \u00ab C\u2019est bien loin, cela ne revient pas.<br \/>\nEt notre banc de pierre, au fond du parc, \u2013 l\u00e0-bas ? \u00bb<br \/>\nLa femme fit un saut comme d\u2019un trait bless\u00e9e :<br \/>\n\u00ab Allons le voir \u00bb, dit-elle, et, la gorge oppress\u00e9e,<br \/>\nTous deux se sont lev\u00e9s soudain d\u2019un m\u00eame effort !<\/p>\n<p>Coupe prodigieux tant il est gr\u00eale et p\u00e2le.<br \/>\nLui, dans un vieil habit de chasse \u00e0 boutons d\u2019or,<br \/>\nElle, sous les dessins \u00e9tranges d\u2019un vieux ch\u00e2le !<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Ils guett\u00e8rent, ayant grand\u2019peur d\u2019\u00eatre aper\u00e7us ;<br \/>\nEt puis, vo\u00fbt\u00e9s, avec le dos rond des bossus,<br \/>\nHumbles d\u2019\u00eatre si vieux quand tout semblait revivre,<br \/>\nAinsi que des enfants ils se prirent la main<br \/>\nEt partirent, barrant la largeur du chemin.<br \/>\nCar chacun oscillant un peu, comme un homme ivre,<br \/>\nHeurtait l\u2019autre d\u2019un coup d\u2019\u00e9paule quelquefois,<br \/>\nEt des zigzags guidaient leur douteux \u00e9quilibre.<br \/>\nLeurs b\u00e2tons supportant chaque bras rest\u00e9 libre<br \/>\nTrottaient \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s comme deux pieds de bois.<\/p>\n<p>Mais, d\u2019arr\u00eats en arr\u00eats dans leur course essouffl\u00e9e,<br \/>\nIls gagn\u00e8rent le parc et puis la grande all\u00e9e.<br \/>\nLeur pass\u00e9 se levait et marchait devant eux,<br \/>\nEt sur la terre humide ils croyaient voir, par places,<br \/>\nL\u2019empreinte fra\u00eeche encor de leurs pieds amoureux ;<br \/>\nComme si les chemins avaient gard\u00e9 leurs traces,<br \/>\nAttendant chaque jour le couple habituel.<br \/>\nIls allaient, tout ch\u00e9tifs, pr\u00e8s des arbres \u00e9normes,<br \/>\nPerdus sous la hauteur des ch\u00eanes et des ormes<br \/>\nQui versaient autour d\u2019eux un soir perp\u00e9tuel.<\/p>\n<p>Et comme un livre ancien dont on tourne la page :<br \/>\n\u00ab C\u2019est ici \u00bb, disait l\u2019un. L\u2019autre disait : \u00ab C\u2019est l\u00e0 :<br \/>\nLa place o\u00f9 je baisai vos doigts ? \u2013 Oui, la voil\u00e0.<br \/>\n\u2014 Vos l\u00e8vres ? \u2013 Oui ! c\u2019est elle ! \u00bb Et leur p\u00e8lerinage,<br \/>\nDe baisers en baisers sur la bouche ou les doigts,<br \/>\nContinuait ainsi qu\u2019un chemin de la croix.<br \/>\nIls d\u00e9bordaient tous deux d\u2019all\u00e9gresses pass\u00e9es,<br \/>\n\u00c9lans que prend le c\u0153ur vers les bonheurs finis,<br \/>\nEn songeant que jadis, les tailles enlac\u00e9es,<br \/>\nLes yeux parlant au fond des yeux, les doigts unis,<br \/>\nMuets, le sein troubl\u00e9 de fi\u00e8vres inconnues,<br \/>\nIls avaient parcouru ces m\u00eames avenues !<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>Le banc les attendait, moussu, vieilli comme eux.<br \/>\n\u00ab C\u2019est lui ! \u00bb dit-il. \u00ab C\u2019est lui ! \u00bb reprit-elle. Ils s\u2019assirent,<br \/>\nEt sous les chauds reflets des souvenirs heureux<br \/>\nLes profondes noirceurs des arbres s\u2019\u00e9claircirent.<br \/>\nMais voil\u00e0 que dans l\u2019herbe ils virent s\u2019approcher<br \/>\nUn crapaud centenaire aux formes emp\u00e2t\u00e9es.<br \/>\nIl imitait, avec ses pattes \u00e9cart\u00e9es,<br \/>\nDes mouvements d\u2019enfant qui ne sait pas marcher.<br \/>\nUn sanglot convulsif fit r\u00e2ler leurs haleines ;<br \/>\nLui ! le premier t\u00e9moin de leurs amours lointaines<br \/>\nQui venait chaque soir \u00e9couter leurs serments !<br \/>\nEt seul il reconnut ces reliques d\u2019amants,<br \/>\nCar h\u00e2tant sa d\u00e9marche \u00e9paisse et patiente,<br \/>\nGonflant son ventre, avec des yeux ronds attendris,<br \/>\nContre les pieds tremblants des amoureux fl\u00e9tris<br \/>\nIl tra\u00eena lentement sa grosseur confiante.<br \/>\nIls pleuraient. \u2013 Mais soudain un petit chant d\u2019oiseau<br \/>\nPartit des profondeurs du bois. C\u2019\u00e9tait le m\u00eame<br \/>\nQu\u2019ils avaient entendu quatre-vingts ans plus t\u00f4t !<br \/>\nEt dans l\u2019effarement d\u2019un d\u00e9lire supr\u00eame,<br \/>\nDu fond des jours finis devant eux accourus,<br \/>\nPar bonds, comme un torrent qui va, sans cesse accru,<br \/>\nToute leur vie, avec ses bonheurs, ses ivresses,<br \/>\nEt ses nuits sans repos de fougueuses caresses,<br \/>\nEt ses r\u00e9veils \u00e0 deux si doux, las et bris\u00e9s,<br \/>\nEt puis, le soir, courant sous les ombres flottantes,<br \/>\nLes senteurs des for\u00eats aux s\u00e8ves excitantes<br \/>\nQui prolongent sans fin la lenteur des baisers !\u2026<\/p>\n<p>Mais comme ils s\u2019impr\u00e9gnaient de tendresse, l\u2019all\u00e9e<br \/>\nS\u2019ouvrit, laissant passer une brise affol\u00e9e ;<br \/>\nEt, parfum\u00e9, frappant leur c\u0153ur, comme autrefois,<br \/>\nCe souffle, qui portait la jeunesse des bois,<br \/>\nR\u00e9veilla dans leur sang le frisson mort des germes.<\/p>\n<p>Ils ont senti, br\u00fbl\u00e9s de chaleurs d\u2019\u00e9pidermes,<br \/>\nTout leur corps tressaillir et leurs mains se presser,<br \/>\nEt se sont regard\u00e9s comme pour s\u2019embrasser !<br \/>\nMais au lieu des fronts clairs et des jeunes visages<br \/>\nApparus \u00e0 travers l\u2019\u00e9loignement des \u00e2ges<br \/>\nEt qui les emplissaient de ces d\u00e9sirs \u00e9teints,<br \/>\nL\u2019une tout contre l\u2019autre, \u00e9taient deux vieilles faces<br \/>\nSe souriant avec de hideuses grimaces !<br \/>\nIls ferm\u00e8rent les yeux, tout d\u00e9faillants, \u00e9treints<br \/>\nD\u2019une terreur rapide et formidable comme<br \/>\nL\u2019angoisse de la mort !\u2026<br \/>\n\u00ab Allons-nous-en ! \u00bb dit l\u2019homme.<br \/>\nMais ils ne purent pas se lever ; incrust\u00e9s<br \/>\nDans la rigidit\u00e9 du banc, \u00e9pouvant\u00e9s<br \/>\nD\u2019\u00eatre si loin, \u00e9tant si vieux et si d\u00e9biles.<br \/>\nEt leurs corps demeuraient tellement immobiles<br \/>\nQu\u2019ils semblaient devenus des gens de pierre. Et puis<br \/>\nTous deux, soudain, d\u2019un grand \u00e9lan, se sont enfuis.<\/p>\n<p>Ils geignaient de d\u00e9tresse, et sur leur dos la vo\u00fbte<br \/>\nVersait comme une pluie un froid lourd goutte \u00e0 goutte ;<br \/>\nIls suffoquaient, frapp\u00e9s par des souffles glac\u00e9s,<br \/>\nDes courants d\u2019air de cave et des odeurs moisies<br \/>\nQui germaient l\u00e0-dessous depuis cent ans pass\u00e9s.<br \/>\nEt sur leurs c\u0153urs, fardeau pesant, leurs po\u00e9sies<br \/>\nMortes alourdissaient leurs efforts convulsifs,<br \/>\nEt faisaient tr\u00e9bucher leurs pas lents et poussifs.<\/p>\n<p>V<\/p>\n<p>La femme s\u2019abattit comme un ressort qui casse ;<br \/>\nLui, resta sans comprendre et l\u2019attendit, debout,<br \/>\nInquiet, la croyant seulement un peu lasse,<br \/>\nCar sa robe tremblait toujours. Puis tout \u00e0 coup<br \/>\nL\u2019\u00e9pouvante lui vint ainsi qu\u2019une bourrasque.<br \/>\nIl se pencha, lui prit les bras, et d\u2019un effort<br \/>\nTerrible, il la leva, quoiqu\u2019il f\u00fbt tr\u00e8s peu fort.<br \/>\nMais tout son pauvre corps pendait, sinistre et flasque<br \/>\nIl vit qu\u2019elle \u00e9touffait et qu\u2019elle allait mourir,<br \/>\nEt pour chercher de l\u2019aide il se mit \u00e0 courir<br \/>\nAvec de petits bonds effrayants et grotesques,<br \/>\nD\u00e9crivant, sans la main qui lui servait d\u2019appui,<br \/>\nAu galop saccad\u00e9 par son b\u00e2ton conduit,<br \/>\nDes chemins compliqu\u00e9s comme des arabesques.<br \/>\nSon souffle \u00e9tait rapide et dur comme une toux.<br \/>\nMais il sentit fl\u00e9chir sa jambe vacillante,<br \/>\nSi molle qu\u2019il semblait danser sur ses genoux.<br \/>\nIl heurtait aux troncs noirs sa course sautillante,<br \/>\nEt les arbres jouaient avec lui, le poussant,<br \/>\nLe rejetant de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre et paraissant<br \/>\nS\u2019amuser l\u00e2chement avec cette agonie.<br \/>\nIl comprit que la lutte horrible \u00e9tait finie,<br \/>\nEt, comme un naufrag\u00e9 qui se noie, il jeta<br \/>\nUn petit cri plaintif en tombant sur la face.<br \/>\nFaible g\u00e9missement qu\u2019aucun vent n\u2019emporta !<br \/>\nIl entendit encor, quelque part dans l\u2019espace,<br \/>\nLes longs croassements lugubres d\u2019un corbeau<br \/>\nM\u00eal\u00e9s aux sons lointains d\u2019une cloche cass\u00e9e.<br \/>\nEt puis tout bruit cessa. L\u2019ombre \u00e9paisse et glac\u00e9e<br \/>\nS\u2019appesantit sur eux, lourde comme un tombeau.<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>Ils restaient l\u00e0. Le jour s\u2019\u00e9teignit. Les t\u00e9n\u00e8bres<br \/>\nEmplirent tout le ciel de leurs houles fun\u00e8bres.<br \/>\nIls restaient l\u00e0, roul\u00e9s comme deux petits tas<br \/>\nDe feuilles, grelottant leurs fi\u00e8vres acharn\u00e9es,<br \/>\nSi vagues dans la nuit qu\u2019on ne les trouva pas.<br \/>\nIls formaient un obstacle aux b\u00eate \u00e9tonn\u00e9es<br \/>\nEn barrant le sentier trac\u00e9 de chaque soir.<br \/>\nLes unes s\u2019arr\u00eataient, timides, pour les voir ;<br \/>\nD\u2019autres les parcouraient ainsi que des \u00e9paves ;<br \/>\nDes limaces rampaient sur eux, tra\u00eenant leurs baves ;<br \/>\nDes insectes fouillaient les replis de leurs corps,<br \/>\nEt d\u2019autres s\u2019installaient dessus, les croyant morts.<\/p>\n<p>Mais un frisson bient\u00f4t courut par les all\u00e9es.<br \/>\nUne averse entr\u2019ouvrit les feuilles flagell\u00e9es,<br \/>\nRuisselante et claquant sur le sol avec bruit.<br \/>\nEt sur les deux vieillards qui grelottaient encore,<br \/>\nLa pluie, en flots \u00e9pais, tomba toute la nuit.<\/p>\n<p>Puis, lorsque reparut la clart\u00e9 de l\u2019aurore,<br \/>\nSous l\u2019\u00e9gout persistant des hauts feuillages verts<br \/>\nOn ramassa, tout froids en leurs habits humides,<br \/>\nDeux petits corps sans vie, effrayants et rigides<br \/>\nAinsi que les noy\u00e9s qu\u2019on trouve au fond des mers.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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