{"id":10682,"date":"2025-04-22T16:47:50","date_gmt":"2025-04-22T14:47:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10682"},"modified":"2025-04-22T16:47:50","modified_gmt":"2025-04-22T14:47:50","slug":"mardoche","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/mardoche\/","title":{"rendered":"Mardoche"},"content":{"rendered":"<p>I<\/p>\n<p>J\u2019ai connu l\u2019an dernier un jeune homme nomm\u00e9<br \/>\nMardoche, qui vivait nuit et jour enferm\u00e9.<br \/>\n\u00d4 prodige ! il n\u2019avait jamais lu de sa vie<br \/>\nLe Journal de Paris, ni n\u2019en avait envie.<br \/>\nIl n\u2019avait vu ni Kean, ni Bonaparte, ni<br \/>\nMonsieur de Metternich ; \u2014 quand il avait fini<br \/>\nDe souper, se couchait, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019heure<br \/>\nO\u00f9 (quand par le brouillard la chatte r\u00f4de et pleure)<br \/>\nMonsieur Hugo va voir mourir Ph\u0153bus le blond.<br \/>\nVous dire ses parents, cela serait trop long.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>Bornez-vous \u00e0 savoir qu\u2019il avait la Pucelle<br \/>\nD\u2019Orl\u00e9ans pour a\u00efeule en ligne maternelle.<br \/>\nD\u2019ailleurs, son compagnon, comp\u00e8re et confident,<br \/>\n\u00c9tait un chien anglais, bon pour l\u2019\u0153il et la dent.<br \/>\nCet homme, ainsi reclus, vivait en joie. \u2014 \u00c0 peine<br \/>\nLe spleen le prenait-il quatre fois par semaine.<br \/>\nPour ses moments perdus, il les donnait parfois<br \/>\n\u00c0 l\u2019art myst\u00e9rieux de charmer par la voix :<br \/>\nLes muses visitaient sa demeure cach\u00e9e,<br \/>\nEt quoiqu\u2019il f\u00eet rimer id\u00e9e avec f\u00e2ch\u00e9e,<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>On le lisait. C\u2019\u00e9tait du reste un esprit fort ;<br \/>\nIl e\u00fbt fait volontiers d\u2019une t\u00eate de mort<br \/>\nUn falot, et mang\u00e9 sa soupe dans le cr\u00e2ne<br \/>\nDe sa grand\u2019m\u00e8re. \u2014 Au fond, il estimait qu\u2019un \u00e2ne,<br \/>\nPour Dieu qui nous voit tous, est autant qu\u2019un \u00e2nier.<br \/>\nPeut-\u00eatre que, n\u2019ayant pour se d\u00e9sennuyer<br \/>\nQu\u2019un livre (c\u2019est le c\u0153ur humain que je veux dire),<br \/>\nIl avait su trop t\u00f4t et trop avant y lire ;<br \/>\nC\u2019est un grand mal d\u2019avoir un esprit trop h\u00e2tif.<br \/>\n\u2014 Il ne dansait jamais au bal par ce motif.<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>Je puis certifier pourtant qu\u2019il avait l\u2019\u00e2me<br \/>\nAussi tendre en tout point qu\u2019un autre, et que sa femme<br \/>\n(En ne le faisant pas c\u2014u) n\u2019e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9<br \/>\nPlus fort ni plus souvent battue, en v\u00e9rit\u00e9,<br \/>\nQue celle de monsieur de C***. En politique,<br \/>\nSon sentiment \u00e9tait tr\u00e8s aristocratique,<br \/>\nEt je dois avouer qu\u2019\u00e0 consulter son go\u00fbt,<br \/>\nIl aimait mieux la Porte et le sultan Mahmoud<br \/>\nQue la chr\u00e9tienne Smyrne, et ce bon peuple hell\u00e8ne<br \/>\nDont les flots ont rougi la mer hellespontienne,<br \/>\nV<\/p>\n<p>Et tach\u00e9 de leur sang tes marbres, \u00f4 Paros !<br \/>\n\u2014 Mais la chose ne fait rien \u00e0 notre h\u00e9ros.<br \/>\nBien des heures, des jours, bien des longues semaines<br \/>\nPass\u00e8rent, sans que rien dans les choses humaines<br \/>\nLe tent\u00e2t d\u2019y rentrer. \u2014 Tout \u00e0 coup, un beau jour\u2026<br \/>\nFut-ce l\u2019ambition, ou bien fut-ce l\u2019amour ?<br \/>\n(Peut-\u00eatre tous les deux, car ces folles ivresses<br \/>\nViennent \u00e0 tout propos d\u00e9ranger nos paresses) ;<br \/>\nQuoi qu\u2019il en soit, lecteur, voici ce qu\u2019il advint<br \/>\n\u00c0 mon ami Mardoche, en l\u2019an mil huit cent vingt.<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>Je ne vous dirai pas quelle fut la douairi\u00e8re<br \/>\nQui lui laissa son bien en s\u2019en allant en terre,<br \/>\nSur quoi de c\u00e9nobite il devint \u00e9l\u00e9gant,<br \/>\nEt n\u2019allait plus qu\u2019en fiacre au boulevard de Gand.<br \/>\nQue dorme en paix ta cendre, \u00f4 quatre fois b\u00e9nie<br \/>\nDouairi\u00e8re, pour le jour o\u00f9 cette sainte envie,<br \/>\nComme un rayon d\u2019en haut te vint prendre en toussant,<br \/>\nDe demander un pr\u00eatre, et de cracher le sang !<br \/>\nTa tempe fut huil\u00e9e, et sous la lame neuve<br \/>\nTu te laissas clouer, comme dit Sainte-Beuve.<\/p>\n<p>VII<\/p>\n<p>Tes meubles furent mis, douairi\u00e8re, au Ch\u00e2telet ;<br \/>\nChacun vendu le tiers de l\u2019argent qu\u2019il valait.<br \/>\nDe ta robe de noce on fit un parapluie ;<br \/>\nTon boudoir, \u00f4 V\u00e9nus, devint une \u00e9curie.<br \/>\nQuatre grands l\u00e9vriers chass\u00e8rent du tapis<br \/>\nTon chat qui, de tout temps sur ton coussin tapi,<br \/>\nS\u2019\u00e9tait frott\u00e9, le soir l\u2019oreille \u00e0 ta pantoufle,<br \/>\nEt qui, maigre aujourd\u2019hui, la queue au vent, s\u2019essouffle<br \/>\n\u00c0 courir sur les toits des repas incertains.<br \/>\n\u2014 Admirable mati\u00e8re \u00e0 mettre en vers latins !<\/p>\n<p>VIII<\/p>\n<p>Je ne vous dirai pas non plus \u00e0 quelle dame<br \/>\nMardoche, ayant d\u2019abord laiss\u00e9 prendre son \u00e2me,<br \/>\nDut ces douces le\u00e7ons, premier enseignement<br \/>\nQue l\u2019amie, \u00e0 regret, donne \u00e0 son jeune amant.<br \/>\nJe ne vous dirai pas comment, \u00e0 quelle f\u00eate<br \/>\nIl la vit, qui des deux voulut le t\u00eate-\u00e0-t\u00eate,<br \/>\nQui des deux, du plus loin, hasarda le premier<br \/>\nL\u2019\u0153illade italienne, et qui, de l\u2019\u00e9colier<br \/>\nOu du ma\u00eetre, trembla le plus. \u2014 H\u00e9las ! qu\u2019en sais-je<br \/>\nQue vous ne sachiez mieux, et que vous apprendrais-je ?<\/p>\n<p>IX<\/p>\n<p>Il se peut qu\u2019on oublie un rendez-vous donn\u00e9,<br \/>\nUne chance, \u2014 un remords, \u2014 et l\u2019heure o\u00f9 l\u2019on est n\u00e9,<br \/>\nEt l\u2019argent qu\u2019on emprunte. \u2014 Il se peut qu\u2019on oublie<br \/>\nSa femme, ses amis, son chien, et sa patrie. \u2014<br \/>\nIl se peut qu\u2019un vieillard perde jusqu\u2019\u00e0 son nom.<br \/>\nMais jamais l\u2019insens\u00e9, jamais le moribond,<br \/>\nCelui qui perd l\u2019esprit, ni celui qui rend l\u2019\u00e2me,<br \/>\nN\u2019ont oubli\u00e9 la voix de la premi\u00e8re femme<br \/>\nQui leur a dit tout bas ces quatre mots si doux<br \/>\nEt si myst\u00e9rieux : \u00ab My dear child, I love you. \u00bb<\/p>\n<p>X<\/p>\n<p>Ce fut aux premiers jours d\u2019automne, au mois d\u2019octobre,<br \/>\nQue Mardoche revint au monde. \u2014 Il \u00e9tait sobre<br \/>\nD\u2019habitude, et mangeait vite. \u2014 Son cuisinier<br \/>\nNe le g\u00eanait pas plus que son palefrenier.<br \/>\nIl ne prit ni cocher, ni groom, ni gouvernante,<br \/>\nMais (honni soit qui mal y pense !) une servante.<br \/>\nDe ses fa\u00e7ons d\u2019ailleurs rien ne parut chang\u00e9.<br \/>\nPeut-\u00eatre dira-t-on qu\u2019il \u00e9tait mal log\u00e9 ;<br \/>\nC\u2019est \u00e0 quoi je r\u00e9ponds qu\u2019il avait pour voisine<br \/>\nDeux yeux napolitains qui s\u2019appelaient Rosine.<\/p>\n<p>XI<\/p>\n<p>J\u2019adore les yeux noirs avec des cheveux blonds.<br \/>\nTels les avait Rosine, \u2014 et de ces regards, longs<br \/>\n\u00c0 s\u2019y noyer. \u2014 C\u2019\u00e9taient deux \u00e9toiles d\u2019\u00e9b\u00e8ne<br \/>\nSur des cieux de cristal ; \u2014 tant\u00f4t mourants, \u00e0 peine<br \/>\nEntr\u2019ouverts au soleil, comme les voiles blancs<br \/>\nDes abbesses de cour ; \u2014 tant\u00f4t \u00e9tincelants,<br \/>\nCalmes, livrant sans crainte une \u00e2me sans m\u00e9lange,<br \/>\nDoux, et parlant aux yeux le langage d\u2019un ange.<br \/>\n\u2014 Que Mardoche y pr\u00eet go\u00fbt, ce n\u2019est aucunement,<br \/>\nJudicieux lecteur, raison d\u2019\u00e9tonnement.<\/p>\n<p>XII<\/p>\n<p>M\u2019en croira qui voudra, mais depuis qu\u2019en d\u00e9cembre<br \/>\nLa volont\u00e9 du ciel est qu\u2019on garde la chambre,<br \/>\n\u00c0 coup s\u00fbr, paresseux et fou comme je suis,<br \/>\n\u00c0 r\u00eaver sans dormir j\u2019ai pass\u00e9 bien des nuits.<br \/>\nLe soir, au coin du feu, renvers\u00e9 sur ma chaise,<br \/>\nMon menton dans ma main et mon pied dans ma braise,<br \/>\nPendant que l\u2019aquilon frappait \u00e0 mes carreaux,<br \/>\nJ\u2019ai fait bien des romans, \u2014 b\u00e2ti bien des ch\u00e2teaux ;<br \/>\nJ\u2019ai, comme Prom\u00e9th\u00e9e, anim\u00e9 d\u2019une flamme<br \/>\nBien des \u00eatres divins portant des traits de femme ;<\/p>\n<p>XIII<\/p>\n<p>Blonds cheveux, sourcils bruns, front vermeil ou p\u00e2li :<br \/>\nDante aimait B\u00e9atrix, \u2014 Byron la Guiccioli.<br \/>\nMoi (si j\u2019eusse \u00e9t\u00e9 ma\u00eetre en cette fantaisie),<br \/>\nJe me suis dit souvent que je l\u2019aurais choisie<br \/>\n\u00c0 Naples, un peu br\u00fbl\u00e9e \u00e0 ces soleils de plomb<br \/>\nQui font dormir le p\u00e2tre \u00e0 l\u2019ombre du sillon ;<br \/>\nUne l\u00e8vre \u00e0 la turque, et, sous un col de cygne,<br \/>\nUn sein vierge et dor\u00e9 comme la jeune vigne ;<br \/>\nTelle que par instants Giorgione en devina,<br \/>\nOu que dans cette histoire \u00e9tait la Rosina.<\/p>\n<p>XIV<\/p>\n<p>Il en est de l\u2019amour comme des litanies<br \/>\nDe la Vierge. \u2014 Jamais on ne les a finies ;<br \/>\nMais une fois qu\u2019on les commence, on ne peut plus<br \/>\nS\u2019arr\u00eater. \u2014 C\u2019est un mal propre aux fruits d\u00e9fendus.<br \/>\nC\u2019est pourquoi chaque soir la nuit \u00e9tait bien proche<br \/>\nEt le soleil bien loin, quand mon ami Mardoche<br \/>\nQuittait la jalousie \u00e9cart\u00e9e \u00e0 demi,<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019indiscret lorgnon plongeait sur l\u2019ennemi.<br \/>\n\u2014 M\u00eame, quand il faisait clair de lune, l\u2019aurore<br \/>\n\u00c0 son poste souvent le retrouvait encore.<\/p>\n<p>XV<\/p>\n<p>Philosophes du jour, je vous arr\u00eate ici.<br \/>\n\u00d4 sages demi-dieux, expliquez-moi ceci.<br \/>\nOn ne volerait pas, \u00e0 coup s\u00fbr, une obole<br \/>\n\u00c0 son voisin ; pourtant, quand on peut, on lui vole\u2026<br \/>\nSa femme ! \u2014 Car il faut, \u00f4 lecteur bien appris !<br \/>\nVous dire que Rosine, entre tous les maris,<br \/>\nAvait re\u00e7u du ciel, par les mains d\u2019un notaire,<br \/>\nLe meilleur qu\u2019\u00e0 Dijon avait trouv\u00e9 son p\u00e8re.<br \/>\nOn pense, avec raison, que sa m\u00e8re, en partant,<br \/>\nN\u2019avait rien oubli\u00e9 sur le point important.<\/p>\n<p>XVI<\/p>\n<p>Rien n\u2019est plus amusant qu\u2019un premier jour de noce ;<br \/>\nAu d\u00e9bott\u00e9, d\u2019ailleurs, on avait pris carrosse.<br \/>\n\u2014 Le reste \u00e0 l\u2019avenant. \u2014 Sans compter les chapeaux<br \/>\nD\u2019Herbeau, rien n\u2019y manquait. \u2014 C\u2019est un m\u00e9chant propos<br \/>\nDe dire qu\u2019\u00e0 six ans une poup\u00e9e amuse<br \/>\nAutant qu\u2019\u00e0 dix-neuf ans un mari. \u2014 Mais tout s\u2019use.<br \/>\nUne lune de miel n\u2019a pas trente quartiers<br \/>\nComme un baron saxon. \u2014 Et gare les derniers !<br \/>\nL\u2019amour (h\u00e9las ! l\u2019\u00e9trange et la fausse nature !)<br \/>\nVit d\u2019inanition, et meurt de nourriture.<\/p>\n<p>XVII<\/p>\n<p>Et puis, que faire ? \u2014 Un jour, c\u2019est bien long. \u2014 Et demain ?<br \/>\nEt toujours ? \u2014 L\u2019ennui gagne. \u2014 \u00c0 quoi r\u00eaver au bain ?<br \/>\n\u2014 H\u00e9las ! l\u2019Oisivet\u00e9 s\u2019endort, laissant sa porte<br \/>\nOuverte. \u2014 Entre l\u2019Amour. \u2014 Pour que la Raison sorte<br \/>\nIl ne faut pas longtemps. La vie en un moment<br \/>\nSe remplit ; \u2014 on se trouve avoir pris un amant.<br \/>\n\u2014 L\u2019un attaque en hussard la d\u00e9esse qu\u2019il aime,<br \/>\nL\u2019autre fait l\u2019\u00e9colier ; chacun a son syst\u00e8me.<br \/>\nHier un de mes amis, se trouvant \u00e0 souper<br \/>\nAupr\u00e8s d\u2019une duchesse, eut soin de se tromper<\/p>\n<p>XVIII<\/p>\n<p>De verre. \u00ab Mais, vraiment, dit la dame en col\u00e8re,<br \/>\n\u00cates-vous fou, monsieur ? vous buvez dans mon verre. \u00bb<br \/>\n\u2014 \u00d4 l\u2019homme peu galant, qui ne r\u00e9pondit rien,<br \/>\nSi ce n\u2019est : \u00ab Faites-en, madame, autant du mien. \u00bb<br \/>\nAssur\u00e9ment, lecteur, le tour \u00e9tait perfide,<br \/>\nCar, l\u2019ayant pris tout plein, il le repla\u00e7a vide.<br \/>\nLa dame avait du blanc, et pourtant en rougit.<br \/>\nQu\u2019y faire ? On chuchota. Dieu sut ce qu\u2019on en dit.<br \/>\nMon Dieu ! qui peut savoir lequel on r\u00e9compense<br \/>\nLe mieux, ou du respect \u2014 ou de certaine offense ?<br \/>\nXIX<\/p>\n<p>Je n\u2019ai dessein, lecteur, de faire aucunement,<br \/>\nIci ce qu\u2019\u00e0 Paris on appelle un roman.<br \/>\nPeu s\u2019en faut qu\u2019un auteur qui pas \u00e0 pas chemine<br \/>\nNe vous fasse coucher avec son h\u00e9ro\u00efne.<br \/>\nCe n\u2019est pas ma mani\u00e8re, et, si vous permettez,<br \/>\nCe sera quinze jours que nous aurons saut\u00e9s.<br \/>\n\u2014 Un dimanche (observez qu\u2019un dimanche la rue<br \/>\nVivienne est tout \u00e0 fait vide, et que la cohue<br \/>\nEst aux Panoramas, ou bien au boulevard),<br \/>\nUn dimanche matin, une heure, une heure un quart,<\/p>\n<p>XX<\/p>\n<p>Mardoche, habit marron, en landau de louage,<br \/>\nPar-devant Tortoni passait en grand tapage.<br \/>\n\u2014 Gare ! criait le groom. \u2014 Quoi ! Mardoche en landau ?<br \/>\n\u2014 Oui. \u2014 La grisette \u00e0 pied, trottant comme un perdreau,<br \/>\nJeta plus d\u2019une fois sans doute \u00e0 la porti\u00e8re<br \/>\nDu jeune gentleman l\u2019\u0153illade meurtri\u00e8re.<br \/>\nMais il n\u2019y prit pas garde ; un important projet<br \/>\n\u00c0 ses r\u00e9flexions semblait donner sujet.<br \/>\nSon regard \u00e9tait raide, et jamais diplomate<br \/>\nNe parut plus guind\u00e9, ni plus haut sur cravate.<\/p>\n<p>XXI<\/p>\n<p>O\u00f9 donc s\u2019en allait-il ! \u2014 Il allait \u00e0 Meudon.<br \/>\n\u2014 Quoi ! Si matin, si loin, si vite ? Et pourquoi donc ?<br \/>\n\u2014 Le voici. \u2014 D\u2019o\u00f9 sait-on, s\u2019il vous pla\u00eet, qu\u2019on approche<br \/>\nD\u2019un village, sinon qu\u2019on en entend la cloche ?<br \/>\nOr la cloche suppose un clocher, \u2014 le clocher<br \/>\nUn cur\u00e9. \u2014 Le cur\u00e9, quand c\u2019est jour de pr\u00eacher,<br \/>\nA besoin d\u2019un bedeau. \u2014 Le bedeau, d\u2019ordinaire,<br \/>\nEst en m\u00eame temps cuistre \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire.<br \/>\nOr le cuistre du lieu, lecteur, \u00e9tait l\u2019ancien<br \/>\nAlli\u00e9 des parents de Mardoche, et le sien.<\/p>\n<p>XXII<\/p>\n<p>Ayant donc d\u00e9barqu\u00e9, notre h\u00e9ros fit mettre<br \/>\nSa voiture en un lieu s\u00fbr, qu\u2019il p\u00fbt reconna\u00eetre,<br \/>\nPuis s\u2019\u00e9loigna, sans trop regarder son chemin,<br \/>\nD\u2019un pas plus mesur\u00e9 qu\u2019un s\u00e9nateur romain.<br \/>\nLongtemps et lentement, comme un bayeur aux grues,<br \/>\nIl marcha, coudoyant le monde par les rues.<br \/>\nIl savait d\u00e8s longtemps que le bon magister,<br \/>\nLes dimanches matins, sortait pour prendre l\u2019air ;<br \/>\nC\u2019est pourquoi, sans l\u2019aller demander \u00e0 sa porte,<br \/>\nIl d\u00e9tourna d\u2019abord le coin du bois, en sorte<\/p>\n<p>XXIII<\/p>\n<p>Qu\u2019au bout de trente pas il \u00e9tait devant lui :<br \/>\n\u00ab And how do you do, mon bon p\u00e8re, aujourd\u2019hui ? \u00bb<br \/>\nLe vieillard, \u00e0 vrai dire, un peu surpris, et comme<br \/>\nDistrait d\u2019un r\u00eave, \u00f4ta de ses l\u00e8vres la pomme<br \/>\nDe sa canne. \u00ab Mon fils, tout va bien, Dieu merci,<br \/>\nDit-il, et quel sujet vous fait venir ici ?<br \/>\n\u2014 Sujet, reprit Mardoche, excessivement sage,<br \/>\nTr\u00e8s-moral, un sujet tr\u00e8s logique. Je gage<br \/>\nMa barbe et mon bonnet, qu\u2019on pourrait vous donner<br \/>\nDix-sept \u00e9ternit\u00e9s pour nous le deviner. \u00bb<\/p>\n<p>XXIV<\/p>\n<p>La matin\u00e9e \u00e9tait belle ; les alouettes<br \/>\nCommen\u00e7aient \u00e0 chanter ; quelques lourdes charrettes<br \/>\nSoulevaient \u00e7\u00e0 et l\u00e0 la poussi\u00e8re. C\u2019\u00e9tait<br \/>\nUn de ces beaux matins un peu froids, comme il fait<br \/>\nEn octobre. Le ciel secouait de sa robe<br \/>\nLes brouillards vaporeux sur le terrestre globe.<br \/>\n\u00ab Asseyez-vous, mon fils, dit le pr\u00eatre ; voil\u00e0<br \/>\nL\u2019un des plus beaux instants du jour. \u2014 Pour ce vent-l\u00e0,<br \/>\nJe le crois usurier, bon p\u00e8re, dit Mardoche,<br \/>\nCar il vous met la main malgr\u00e9 vous \u00e0 la poche.<\/p>\n<p>XXV<\/p>\n<p>\u2014 L\u2019un des plus beaux instants, mon fils, o\u00f9 les humains<br \/>\nPuissent \u00e0 l\u2019\u00c9ternel tendre leurs faibles mains ;<br \/>\nL\u2019\u00e2me s\u2019y sent ouverte, et la pri\u00e8re ais\u00e9e.<br \/>\n\u2014 Oui ; mais nous avons l\u00e0 les pieds dans la ros\u00e9e,<br \/>\nBon p\u00e8re ; autant vaudrait prier en plus bas lieu.<br \/>\n\u2014 Les monts, dit le vieillard, sont plus proches de Dieu,<br \/>\nCe sont ses vrais autels, et si le saint proph\u00e8te<br \/>\nMo\u00efse le put voir, ce fut au plus haut fa\u00eete.<br \/>\n\u2014 H\u00e9las ! reprit Mardoche, un homme sur le haut<br \/>\nDu plus pointu des monts, serait-ce le Jung-Frau ;<\/p>\n<p>XXVI<\/p>\n<p>Me fait le m\u00eame effet justement qu\u2019une mouche<br \/>\nAu bout d\u2019un pain de sucre. Ah ! bon p\u00e8re, la bouche<br \/>\nDes hommes, \u00e0 coup s\u00fbr, les met haut, mais leurs pieds<br \/>\nLes mettent bas. \u2014 Mon fils, dit le docteur, voyez<br \/>\nQue vos cheveux sont d\u2019or et les miens sont de neige.<br \/>\nAttendez que le temps vienne. \u2014 Et qu\u2019en apprendrai-je ?<br \/>\nPrit l\u2019autre, souriant de son m\u00e9chant souris ;<br \/>\nScience des humains n\u2019est-elle pas m\u00e9pris ? \u00bb<br \/>\nIl s\u2019assit \u00e0 ce mot. \u00ab Laissons cela, mon p\u00e8re,<br \/>\nDit-il, je suis venu pour vous parler d\u2019affaire.<\/p>\n<p>XXVII<\/p>\n<p>Comme vous le disiez tout \u00e0 l\u2019heure, je suis<br \/>\nJeune, par cons\u00e9quent amoureux. Je ne puis<br \/>\nVoir ma ma\u00eetresse ; elle a son mari. La fen\u00eatre<br \/>\nEst haute, \u00e0 parler franc, et\u2026 \u2014 Je vous ai vu na\u00eetre,<br \/>\nMon ami, dit le pr\u00eatre, et je vous ai tenu<br \/>\nSur les fonts baptismaux. Quand vous \u00eates venu<br \/>\nAu monde, votre p\u00e8re (et que Dieu lui pardonne,<br \/>\nCar il est mort) vous prit des bras de votre bonne,<br \/>\nEt me dit : Je le mets sous la protection<br \/>\nDu ciel ; qu\u2019il soit sauv\u00e9 de la corruption !<\/p>\n<p>XXVIII<\/p>\n<p>\u2014 Le malheur, dit Mardoche, est que les demoiselles<br \/>\nSont toutes, par nature ou par mode, cruelles ;<br \/>\nCar je vous entends bien, et je sais que c\u2019est mal.<br \/>\nMais que voudriez-vous, monsieur, qu\u2019on f\u00eet au bal ?<br \/>\n\u2014 Oui ! vous avez raison, dit le bedeau, le monde<br \/>\nEst un lieu de mis\u00e8re et de piti\u00e9 profonde.<br \/>\n\u2014 Donc, dit Mardoche, avec votre consentement,<br \/>\nJe reprends mon r\u00e9cit et mon raisonnement.<br \/>\nOr je ne puis pas voir ma ma\u00eetresse ; hier m\u00eame<br \/>\nJ\u2019ai failli m\u2019y casser le cou. \u2014 Bont\u00e9 supr\u00eame !<\/p>\n<p>XXIX<\/p>\n<p>Dit le bedeau, c\u2019est Dieu qui vous aurait frapp\u00e9.<br \/>\nQuel est le malheureux que vous avez tromp\u00e9 ?<br \/>\n\u2014 Malheureux ? dit Mardoche ; il n\u2019en sait rien, mon p\u00e8re.<br \/>\n\u2014 Il n\u2019en sait rien, mon fils ! Nul secret sur la terre<br \/>\nN\u2019est secret bien longtemps. \u2014 Bon, dit Mardoche, mais<br \/>\nJe ne bavarde gu\u00e8re, et je n\u2019\u00e9cris jamais.<br \/>\n\u2014 Et quand cela serait, mon fils, je le demande,<br \/>\nUne injure cach\u00e9e en est-elle moins grande ?<br \/>\nEn aurez-vous donc moins dess\u00e9ch\u00e9, d\u00e9suni<br \/>\nUn lien que la main d\u2019un pr\u00eatre avait b\u00e9ni ?<\/p>\n<p>XXX<\/p>\n<p>En aurez-vous moins fait le plus coupable outrage<br \/>\n\u00c0 la soci\u00e9t\u00e9, dans sa loi la plus sage ?<br \/>\nCe secret, qu\u2019\u00e0 jamais la terre ignorera,<br \/>\nPensez-vous que le ciel, qui le sait, l\u2019oubliera ?<br \/>\nSongez \u00e0 ce que c\u2019est qu\u2019un monde, et que le n\u00f4tre<br \/>\nA quatre pas de long, et, pour l\u2019horizon, l\u2019autre.<br \/>\n\u2014 Quittons ce sujet-ci, dit Mardoche, je vois<br \/>\nQue vous avez le cr\u00e2ne autrement fait que moi.<br \/>\nJe vous racontais donc comme quoi ma ma\u00eetresse<br \/>\n\u00c9tait gard\u00e9e \u00e0 vue : on la prom\u00e8ne en laisse.<\/p>\n<p>XXXI<\/p>\n<p>\u2014 Et l\u2019on a, dit le pr\u00eatre, \u00e9minemment raison.<br \/>\nAh ! qu\u2019elle pense donc \u00e0 garder sa maison,<br \/>\n\u00c0 vouer au Seigneur un c\u0153ur exempt de feinte,<br \/>\n\u00c0 donner \u00e0 ses fils un lait pur et la crainte<br \/>\nDu ciel. \u2014 Mon r\u00e9v\u00e9rend, dit l\u2019autre, les oiseaux<br \/>\nQui sont les plus charmants sont ceux qui chantent faux.<br \/>\nNe vous para\u00eet-il pas simple et tout ordinaire<br \/>\nQu\u2019un rossignol soit laid, honteux, lorsqu\u2019au contraire<br \/>\nLe paon, ce mal-appris, porte un manteau dor\u00e9,<br \/>\nComme un diacre \u00e0 No\u00ebl \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du cur\u00e9 ?<\/p>\n<p>XXXII<\/p>\n<p>Ne vous \u00e9tonnez donc aucunement, bon p\u00e8re,<br \/>\nQue le plus bel oiseau que nous ayons sur terre,<br \/>\nLa femme, chante faux, et sur ce, laissez-moi<br \/>\nVous finir mon r\u00e9cit, je vous dirai pourquoi.<br \/>\nHier donc, je revenais, ayant failli me rompre<br \/>\nLes\u2026 \u2014 Et, dit le vieillard, qui donc l\u2019a pu corrompre<br \/>\nAinsi, fils d\u2019un tel p\u00e8re, et jeune comme il est !<br \/>\nN\u2019est-ce pas monstrueux ? \u2014 J\u2019ai, dit Mardoche, fait<br \/>\nMes classes de bonne heure, et puis, dans les familles,<br \/>\nVoyez-vous, j\u2019ai toujours trouv\u00e9 quatre ou cinq filles<br \/>\nXXXIII<\/p>\n<p>Contre un ou deux gar\u00e7ons, ce qui m\u2019a fait penser<br \/>\nQu\u2019on pouvait en aimer la moiti\u00e9, sans blesser<br \/>\nDieu. \u2014 Dieu ! mon cher enfant ! voyons, soyez sinc\u00e8re.<br \/>\nY croyez-vous ? \u2014 Monsieur, dit Mardoche, Voltaire<br \/>\nY croyait. \u2014 Comment donc l\u2019offensez-vous ainsi ?<br \/>\n\u2014 Or, dit le jouvenceau, je reprends mon r\u00e9cit.<br \/>\nJ\u2019adore cette femme, et ne connais de joie<br \/>\nQu\u2019\u00e0 la voir ; vous sentez qu\u2019il faut que je la voie,<br \/>\nEt j\u2019ai compt\u00e9 sur vous dans cette occasion.<br \/>\n\u2014 Sur moi ! dit le bedeau, perdez-vous la raison ?<\/p>\n<p>XXXIV<\/p>\n<p>\u2014 La raison, r\u00e9v\u00e9rend, h\u00e9las ! je l\u2019ai perdue ;<br \/>\nEt si, par un miracle, elle m\u2019\u00e9tait rendue,<br \/>\nVous me la verriez fuir, ou plut\u00f4t renvoyer<br \/>\nComme un pigeon fid\u00e8le au toit du colombier.<br \/>\nAh ! secourez-moi donc ; votre bonne assistance<br \/>\nPeut seule me sauver dans cette circonstance.<br \/>\n\u2014 Et de quelle fa\u00e7on, mon ami ? \u2014 Vous sentez,<br \/>\nDit Mardoche, que j\u2019ai cherch\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s,<br \/>\nPour la voir, une chambre, un lit, un trou, n\u2019importe ;<br \/>\nY venir n\u2019\u00e9tait rien, mais il faut bien qu\u2019on sorte.<\/p>\n<p>XXXV<\/p>\n<p>Et le rustre la guette. \u2014 Eh bien ! dit le bedeau,<br \/>\nPuis-je l\u2019en emp\u00eacher ? \u2014 Vous avez un tr\u00e8s-beau<br \/>\nLit \u00e0 rideaux bleu-ciel, monsieur ; un presbyt\u00e8re<br \/>\nN\u2019est pas suspect\u2026 \u2014 Jamais ! dit le vieillard. \u2014 Bon p\u00e8re,<br \/>\nDit l\u2019autre, je n\u2019ai pas si peu de temps v\u00e9cu,<br \/>\nQu\u2019au premier jour d\u2019ennui je croie une vertu<br \/>\nDe partir (en parlant ainsi, l\u2019ami Mardoche<br \/>\nTirait tout bas un long pistolet de sa poche).<br \/>\n\u2014 Porter la main sur vous, mon fils ! dit le chr\u00e9tien,<br \/>\nEn \u00eates-vous donc l\u00e0 ? ne croyez-vous \u00e0 rien ?<\/p>\n<p>XXXVI<\/p>\n<p>\u2014 R\u00e9v\u00e9rend, r\u00e9pondit Mardoche, je m\u2019ennuie.<br \/>\nShakspeare, dans Hamlet, dit qu\u2019on tient \u00e0 la vie<br \/>\nParce qu\u2019on ne sait pas ce qu\u2019on doit voir apr\u00e8s ;<br \/>\nSes vers me semblent beaux, mais ils seraient plus vrais,<br \/>\nS\u2019ils disaient qu\u2019on y tient parce qu\u2019une cervelle<br \/>\nA peur d\u2019un pistolet qui s\u2019applique sur elle,<br \/>\nPour la faire craquer et sauter d\u2019un seul bond,<br \/>\nComme un bouchon de vin de Champagne, au plafond.<br \/>\nJe ne suis pas douillet. \u2014 Un suicide ! on se damne,<br \/>\nMon fils ! \u2014 Nous n\u2019avons pas, dit Mardoche, le cr\u00e2ne<\/p>\n<p>XXXVII<\/p>\n<p>Fait de m\u00eame. \u2014 Attendez du moins jusqu\u2019\u00e0 demain,<br \/>\nMon fils, et retirez ceci de votre main.<br \/>\nSongez-y donc : chez moi ! dans ma chambre ! une femme !<br \/>\nMon enfant, un suicide ! Ah ! songez \u00e0 votre \u00e2me.<br \/>\n\u2014 Henri Huit, r\u00e9v\u00e9rend, dit Mardoche, fut veuf<br \/>\nDe sept reines, tua deux cardinaux, dix-neuf<br \/>\n\u00c9v\u00eaques, treize abb\u00e9s, cinq cents prieurs, soixante-<br \/>\nUn chanoines, quatorze archidiacres, cinquante<br \/>\nDocteurs, douze marquis, trois cent dix chevaliers,<br \/>\nVingt-neuf barons chr\u00e9tiens, et six-vingt roturiers.<\/p>\n<p>XXXVIII<\/p>\n<p>Moi, je n\u2019en tuerai qu\u2019un, r\u00e9v\u00e9rend ; mais, de gr\u00e2ce,<br \/>\nParlez, et dites-nous ce qu\u2019il vous pla\u00eet qu\u2019on fasse.<br \/>\n\u2014 Qu\u2019on fasse ! dit le pr\u00eatre ; et l\u2019enfer, mon cher fils !<br \/>\nL\u2019enfer ! \u2014 Monsieur, reprit Mardoche, je ne puis<br \/>\nR\u00e9pondre l\u00e0-dessus, n\u2019ayant eu pour nourrice<br \/>\nQu\u2019une ch\u00e8vre. \u00bb Le bout de l\u2019arme tentatrice<br \/>\nBrillait en plein soleil. \u00ab Eh bien ! je le veux bien,<br \/>\nS\u2019\u00e9cria le vieillard, mais vous n\u2019en direz rien.<br \/>\nSur votre foi, mon fils ! songez \u00e0 ce qu\u2019on pense\u2026<br \/>\n\u2014 Touchez l\u00e0, dit Mardoche, et Dieu vous r\u00e9compense ! \u00bb<\/p>\n<p>XXXIX<\/p>\n<p>Telle fut, de tout point, la conversation<br \/>\nQu\u2019avec son oncle \u00c9vrard Mardoche eut \u00e0 Meudon<br \/>\n(Car \u00c9vrard du bedeau fut le nom v\u00e9ritable).<br \/>\nDe l\u2019oncle ou du neveu qui fut le plus coupable ?<br \/>\nLe neveu fut impie, et l\u2019oncle fut trop bon.<br \/>\nL\u2019un plaidait pour le ciel, l\u2019autre pour le d\u00e9mon.<br \/>\nLe parall\u00e8le pr\u00eate \u00e0 faire une \u00e9l\u00e9gie :<br \/>\nOncle, tu fus trop bon ; neveu, tu fus impie.<br \/>\nMais n\u2019importe ; il suffit de savoir pour l\u2019instant,<br \/>\nQuel qu\u2019en soit le motif, que Mardoche est content.<\/p>\n<p>XL<\/p>\n<p>De plus, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, que c\u2019\u00e9tait jour de f\u00eate.<br \/>\nUne f\u00eate, \u00e0 Meudon, tourne plus d\u2019une t\u00eate ;<br \/>\nEt qui pouvait savoir, tandis que, soucieux,<br \/>\nNotre h\u00e9ros \u00e0 terre avait fix\u00e9 ses yeux,<br \/>\nCe qu\u2019il cherchait encor ? \u2014 Le fait est qu\u2019en silence<br \/>\nAu digne magister il fit sa r\u00e9v\u00e9rence,<br \/>\nPuis s\u2019\u00e9loigna pensif, sans trop regarder o\u00f9,<br \/>\nLa t\u00eate basse, et, comme on dit, \u00e0 pas de loup.<br \/>\n\u2014 Toujours un amoureux s\u2019en va t\u00eate baiss\u00e9e,<br \/>\nCheminant de son pied moins que de sa pens\u00e9e.<\/p>\n<p>XLI<\/p>\n<p>Heureux un amoureux ! \u2014 Il ne s\u2019enqu\u00eate pas<br \/>\nSi c\u2019est pluie ou gravier dont s\u2019attarde son pas.<br \/>\nOn en rit ; c\u2019est hasard s\u2019il n\u2019a heurt\u00e9 personne.<br \/>\nMais sa folie au front lui met une couronne,<br \/>\n\u00c0 l\u2019\u00e9paule une pourpre, et devant son chemin<br \/>\nLa fl\u00fbte et les flambeaux, comme un jeune Romain !<br \/>\nTel \u00e9tait celui-ci, qu\u2019\u00e0 sa mine inqui\u00e8te<br \/>\nOn e\u00fbt pris pour un fou, sinon pour un po\u00ebte.<br \/>\nCar vous verriez plut\u00f4t une moisson sans pr\u00e9,<br \/>\nSans serrure une porte, et sans ni\u00e8ce un cur\u00e9,<\/p>\n<p>XLII<\/p>\n<p>Que sans manie un homme ayant l\u2019amour dans l\u2019\u00e2me.<br \/>\nComme il marchait pourtant, un visage de femme,<br \/>\nQui passa tout \u00e0 coup sous un grand voile noir,<br \/>\nLe jeta dans un trouble horrible \u00e0 concevoir.<br \/>\nQu\u2019avait-il ? Qu\u2019\u00e9tait donc cette beaut\u00e9 voil\u00e9e ?<br \/>\nPeut-\u00eatre sa Rosine ! \u2014 Au d\u00e9tour de l\u2019all\u00e9e<br \/>\nAvait-il reconnu, sous les plis du schall blanc,<br \/>\nSa d\u00e9marche \u00e0 l\u2019anglaise, et son pas nonchalant ?<br \/>\nElle n\u2019\u00e9tait pas seule ; un homme \u00e0 face p\u00e2le<br \/>\nL\u2019accompagnait, d\u2019un air d\u2019aisance conjugale.<\/p>\n<p>XLIII<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, lecteur, notre h\u00e9ros suivit<br \/>\nCette beaut\u00e9 voil\u00e9e, aussit\u00f4t qu\u2019il la vit.<br \/>\nLongtemps, et lentement, au bord de la terrasse,<br \/>\nIl marcha comme un chien basset sur une trace,<br \/>\nToujours silencieux, car il d\u00e9lib\u00e9rait<br \/>\nS\u2019il devait passer outre ou bien s\u2019il attendrait.<br \/>\nL\u2019ennemi tout \u00e0 coup, \u00e0 sa grande surprise,<br \/>\nFit volte-face. Il vit que l\u2019instant de la crise<br \/>\nApprochait ; tenant donc le pied ferme, aussit\u00f4t<br \/>\nIl rajusta d\u2019un coup son col et son jabot.<\/p>\n<p>XLIV<\/p>\n<p>Muses ! \u2014 Depuis le jour o\u00f9 John Bull, en silence,<br \/>\nVit jadis par Brummel, en d\u00e9pit de la France,<br \/>\nLes gilets blancs proscrits, et jusques aux talons<br \/>\n(Exemple monstrueux !) tra\u00eener les pantalons,<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 ces heureux temps o\u00f9 nos compatriotes<br \/>\nEnfin jusqu\u2019\u00e0 mi-jambe ont relev\u00e9 leurs bottes,<br \/>\nEt, ramenant au vrai tout un si\u00e8cle enhardi,<br \/>\nD\u00e9gag\u00e9 du maillot le mollet du dandy ;<br \/>\nSi jamais, retroussant sa royale moustache,<br \/>\nGentilhomme au plein vent fit siffler sa cravache ;<\/p>\n<p>XLV<\/p>\n<p>D\u2019un air tendre et r\u00eaveur, si jamais merveilleux,<br \/>\nPour montrer une bague, \u00e9carta ses cheveux ;<br \/>\nOh ! surtout, si jamais manchon aristocrate<br \/>\nFit mollement plier la douillette \u00e9carlate ;<br \/>\nOu si jamais, pareil \u00e0 l\u2019\u00e9toile du soir,<br \/>\nPut sous un voile \u00e9pais scintiller un \u0153il noir ;<br \/>\n\u00d4 Muses d\u2019H\u00e9licon ! \u2014 \u00d4 chastes Pi\u00e9rides !<br \/>\nVous qui du double roc buvez les eaux rapides,<br \/>\nDites, ne fut-ce pas lorsque, la canne en l\u2019air,<br \/>\nMardoche en sautillant passa comme un \u00e9clair ?<\/p>\n<p>XLVI<\/p>\n<p>Ce ne fut qu\u2019un coup d\u2019\u0153il, et, bien que pass\u00e9 ma\u00eetre,<br \/>\nNotre \u00e9poux, \u00e0 coup s\u00fbr, n\u2019y put rien reconna\u00eetre.<br \/>\nUn vieux Turc accroupi, qui pr\u00e8s de l\u00e0 fumait,<br \/>\nN\u2019aurait pas eu le temps de dire \u2014 Mahomet.<br \/>\nLa dame, je crois m\u00eame, avait tourn\u00e9 la t\u00eate ;<br \/>\nEt, sans s\u2019inqui\u00e9ter autrement de la f\u00eate,<br \/>\nNi des gens de l\u2019endroit, ni de son bon parent,<br \/>\nMardoche regagna sa voiture en courant.<br \/>\n\u00ab \u00c0 Paris ! \u00bb dit le groom en fermant la porti\u00e8re.<br \/>\n\u00c0 Paris ! oh ! l\u2019\u00e9trange et la plaisante affaire !<\/p>\n<p>XLVII<\/p>\n<p>Lecteur, qui ne savez que penser de ceci,<br \/>\nEt qui vous pr\u00e9parez \u00e0 froncer le sourcil,<br \/>\nSi vous n\u2019avez d\u00e9j\u00e0 devin\u00e9 que Mardoche<br \/>\nEmportait de Meudon un billet dans sa poche,<br \/>\nVous serez, en rentrant, \u00e9tonn\u00e9 de le voir<br \/>\nSe jeter tout soudain le nez contre un miroir,<br \/>\nDemander du savon, et gronder sa servante ;<br \/>\nPuis, laissant son laquais glac\u00e9 par l\u2019\u00e9pouvante,<br \/>\nSe vider sur le front, ainsi qu\u2019un flot lustral,<br \/>\nUn flacon tout entier d\u2019huile de Portugal.<\/p>\n<p>XLVIII<\/p>\n<p>V\u00e9nus ! flambeau divin ! \u2014 Astre cher aux pirates !<br \/>\nAstre cher aux amants ! \u2014 Tu sais que de cravates,<br \/>\nUn jour de rendez-vous, chiffonne un amoureux ;<br \/>\nTu sais combien de fois il en refait les n\u0153uds !<br \/>\nCombien coule sur lui de lait de rose et d\u2019ambre !<br \/>\nTu sais que de gilets et d\u2019habits par la chambre<br \/>\nVont tra\u00eenant au hasard, mille fois essay\u00e9s,<br \/>\nPareils \u00e0 des bless\u00e9s qu\u2019on heurte et foule aux pieds ;<br \/>\nVous surtout, dards l\u00e9gers, qu\u2019en ses doctes emphases,<br \/>\nDelille a consacr\u00e9s par quatre p\u00e9riphrases !<\/p>\n<p>XLIX<\/p>\n<p>\u00d4 bois silencieux ! \u00f4 lacs ! \u2014 \u00d4 murs gard\u00e9s !<br \/>\nBalcons quitt\u00e9s si tard ! si vite escalad\u00e9s !<br \/>\nMasques, qui ne laissez entrevoir d\u2019une femme<br \/>\nQue deux trous sous le front, qui lui vont jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2me !<br \/>\n\u00d4 capuchons discrets ! \u2014 \u00d4 manteaux de satin,<br \/>\nQue presse sur la taille une amoureuse main !<br \/>\nAmour, myst\u00e9rieux amour, douce mis\u00e8re !<br \/>\nEt toi, lampe d\u2019argent, p\u00e2le et fra\u00eeche lumi\u00e8re<br \/>\nQui fait les douces nuits plus blanches que le lait !<br \/>\n\u2014 Soutenez mon haleine en ce divin couplet !<\/p>\n<p>L<\/p>\n<p>Je veux chanter ce jour d\u2019\u00e9ternelle m\u00e9moire<br \/>\nO\u00f9, son d\u00eener fini, devant qu\u2019il f\u00eet nuit noire,<br \/>\nNotre h\u00e9ros, le nez cach\u00e9 sous son manteau,<br \/>\nMonta dans sa voiture une heure au moins trop t\u00f4t !<br \/>\nOh ! qu\u2019il \u00e9tait joyeux, et, quoi qu\u2019on n\u2019y v\u00eet goutte,<br \/>\nQue de fois il compta les bornes de la route !<br \/>\nLorsque enfin le tardif marchepied s\u2019abaissa,<br \/>\nComme, le c\u0153ur battant, d\u2019abord il s\u2019\u00e9lan\u00e7a !<br \/>\nTout le quartier dormait profond\u00e9ment, en sorte<br \/>\nQu\u2019il leva lentement le marteau de la porte.<\/p>\n<p>LI<\/p>\n<p>\u00cates-vous quelquefois sorti par un temps doux,<br \/>\nLe soir, seul, en automne, \u2014 ayant un rendez-vous ?<br \/>\nIl est de trop bonne heure, et l\u2019on ne sait que faire<br \/>\nPour tuer, comme on dit, le temps, ou s\u2019en distraire.<br \/>\nOn s\u2019arr\u00eate, on revient. \u2014 De guerre lasse, enfin,<br \/>\nOn entre. \u2014 On va poser son front sur un coussin. \u2014<br \/>\nSur le bord de son lit, \u2014 place \u00e0 jamais sacr\u00e9e !<br \/>\nTi\u00e8de encor des parfums d\u2019une t\u00eate ador\u00e9e !<br \/>\n\u2014 On \u00e9coute. \u2014 On attend. \u2014 L\u2019ange du souvenir<br \/>\nPasse, et vous dit tout bas : \u00ab L\u2019entends-tu pas venir ? \u00bb<\/p>\n<p>LII<\/p>\n<p>J\u2019ai vu, sur les autels, le pudique hym\u00e9n\u00e9e<br \/>\nJoindre une s\u00e8che main de prude surann\u00e9e<br \/>\n\u00c0 la main sans pudeur d\u2019un rou\u00e9 de vingt ans.<br \/>\nAu Havre, dans un bal, j\u2019ai vu les yeux mourants<br \/>\nD\u2019une petite Anglaise, \u00e0 l\u2019air m\u00e9lancolique,<br \/>\nJeter un long regard plein d\u2019amour romantique<br \/>\nSur un buveur de punch, et qui, dans le moment,<br \/>\nVenait de se griser abominablement !<br \/>\nJ\u2019ai vu des apprentis se vendre \u00e0 des douairi\u00e8res,<br \/>\nEt des Almavivas payer leurs chambri\u00e8res.<\/p>\n<p>LIII<\/p>\n<p>Est-il donc \u00e9tonnant qu\u2019une fois \u00e0 Paris,<br \/>\nDeux jeunes c\u0153urs se soient rencontr\u00e9s \u2014 et compris ?<br \/>\nH\u00e9las ! de belles nuits le ciel nous est avare<br \/>\nAutant que de beaux jours ! \u2014 Fr\u00e8re, quand la guitare<br \/>\nSe m\u00eale au vent du soir, qui frise vos cheveux,<br \/>\nQuand le clairet vous a ranim\u00e9 de ses feux,<br \/>\nOh ! que votre ma\u00eetresse, alors surtout, soit belle !<br \/>\nSinon, quand vous voudrez jeter les yeux sur elle,<br \/>\nVous sentirez le c\u0153ur vous manquer, et soudain<br \/>\nL\u2019instrument, malgr\u00e9 vous, tomber de votre main.<br \/>\nLIV<\/p>\n<p>L\u2019auteur du pr\u00e9sent livre, en cet endroit, supplie<br \/>\nSa lectrice, si peu qu\u2019elle ait la main jolie<br \/>\n(Comme il n\u2019en doute pas), d\u2019y jeter un moment<br \/>\nLes yeux, et de penser \u00e0 son dernier amant.<br \/>\nQu\u2019elle songe, de plus, que Mardoche \u00e9tait jeune,<br \/>\nAmoureux, qu\u2019il avait pendant un mois fait je\u00fbne,<br \/>\nQue la chambre \u00e9tait sombre, et que jamais bais\u00e9<br \/>\nPlus long ni plus ardent ne put \u00eatre pos\u00e9<br \/>\nD\u2019une bouche plus tendre, et sur des mains plus blanches<br \/>\nQue celles que Rosine eut au bout de ses manches.<\/p>\n<p>LV<\/p>\n<p>Car, \u00e0 dire le vrai, ce fut la Rosina<br \/>\nQui parut tout \u00e0 coup, quand la porte tourna.<br \/>\nJe ne sais, \u00f4 lecteur ! si notre ami Mardoche<br \/>\nEn cette occasion crut son bien sans reproche ;<br \/>\nMais il en profita. \u2014 Pour la table, le th\u00e9,<br \/>\nLes biscuits et le feu, ce fut vite apport\u00e9.<br \/>\n\u2014 Il pleuvait \u00e0 torrents. \u2014 Qu\u2019on est bien deux \u00e0 table !<br \/>\nUne femme ! un souper ! je consens que le diable<br \/>\nM\u2019emporte, si jamais j\u2019ai souhait\u00e9 d\u2019avoir<br \/>\nRien autre chose avant de me coucher le soir.<\/p>\n<p>LVI<\/p>\n<p>Lecteur, remarquez bien cependant que Rosine<br \/>\n\u00c9tait blonde, l\u2019\u0153il noir, avait la jambe fine<br \/>\nM\u00eame, hormis les pieds qu\u2019elle avait un peu forts,<br \/>\nJoignait les qualit\u00e9s de l\u2019esprit et du corps,<br \/>\nIl para\u00eet donc assez simple et facile \u00e0 croire<br \/>\nQue son f\u00e9al \u00e9poux, sans \u00eatre d\u2019humeur noire,<br \/>\nVoul\u00fbt la surveiller. \u2014 Peut-\u00eatre qu\u2019il \u00e9tait<br \/>\nAverti de l\u2019affaire en dessous ; le fait est<br \/>\nQue Mardoche et sa belle, au fond, ne pensaient gu\u00e8re<br \/>\n\u00c0 lui, quand il cria comme au festin de Pierre :<\/p>\n<p>LVII<\/p>\n<p>\u00ab Ouvrez-moi ! \u2014 Pechero ! dit la dame, je suis<br \/>\nPerdue !\u2026 O\u00f9 se cacher, Mardoche ? \u00bb Au fond d\u2019un puits,<br \/>\nIl s\u2019y serait jet\u00e9, de peur de compromettre<br \/>\nLa reine de son c\u0153ur. Il ouvrit la fen\u00eatre.<br \/>\nStratag\u00e8me excellent ! \u2014 Rien n\u2019\u00e9tait mieux trouv\u00e9.<br \/>\nEt zeste ! il se d\u00e9mit le pied sur un pav\u00e9.<br \/>\n\u00d4 bizarre destin ! \u00f4 fortune inconstante !<br \/>\n\u00d4 malheureux amant ! plus malheureuse amante !<br \/>\nApr\u00e8s ce coup fatal qu\u2019allez-vous devenir,<br \/>\nH\u00e9las ! et comment donc ceci va-t-il finir ?<\/p>\n<p>LVIII<\/p>\n<p>De tout temps les \u00e9poux, grands d\u00e9noueurs de trames,<br \/>\nOnt mang\u00e9 les soupers des amants de leurs femmes ;<br \/>\nOn peut voir, pour cela, depuis ma\u00eetre Gil Blas,<br \/>\nJusqu\u2019\u00e0 Cr\u00e9billon fils et monsieur de Faublas.<br \/>\nMais notre Dijonnais \u00e0 la face chagrine<br \/>\nJugea la chose mal \u00e0 propos. \u2014 Et Rosine,<br \/>\nQue fit-elle ? \u2014 Elle avait cet air d\u00e9sappoint\u00e9<br \/>\nQue fait une perruche \u00e0 qui l\u2019on a jet\u00e9<br \/>\nMalicieusement une f\u00e8ve arrang\u00e9e<br \/>\nDans du papier brouillard en guise de drag\u00e9e.<\/p>\n<p>LIX<\/p>\n<p>Elle prend avec soin l\u2019enveloppe, \u00f4te tout,<br \/>\nTire, et s\u2019attend \u00e0 bien ; puis, quand elle est au bout<br \/>\nDu papier imposteur, voyant la moquerie,<br \/>\nReste moiti\u00e9 col\u00e8re et moiti\u00e9 bouderie.<br \/>\n\u00ab Madame, dit l\u2019\u00e9poux, vous irez au couvent. \u00bb<br \/>\nAu couvent ! \u2014 \u00d4 destin cruel et d\u00e9cevant !<br \/>\nLe calice \u00e9tait plein ; il fallut bien le boire.<br \/>\nEt que dit \u00e0 ce mot la pauvre enfant ? \u2014 L\u2019histoire<br \/>\nN\u2019en sait rien. \u2014 Et que fit Mardoche ? \u2014 Pour changer<br \/>\nD\u2019amour, il lui fallut six mois \u00e0 voyager. \u2014<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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