{"id":10606,"date":"2025-04-22T16:16:32","date_gmt":"2025-04-22T14:16:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10606"},"modified":"2025-04-22T16:16:32","modified_gmt":"2025-04-22T14:16:32","slug":"a-la-malibran","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/a-la-malibran\/","title":{"rendered":"\u00c0 la Malibran\u00a0"},"content":{"rendered":"<p>Stances<\/p>\n<p>I<\/p>\n<p>Sans doute il est trop tard pour parler encor d&rsquo;elle ;<br \/>\nDepuis qu&rsquo;elle n&rsquo;est plus quinze jours sont pass\u00e9s,<br \/>\nEt dans ce pays-ci quinze jours, je le sais,<br \/>\nFont d&rsquo;une mort r\u00e9cente une vieille nouvelle.<br \/>\nDe quelque nom d&rsquo;ailleurs que le regret s&rsquo;appelle,<br \/>\nL&rsquo;homme, par tout pays, en a bien vite assez.<\/p>\n<p>II<\/p>\n<p>\u00d4 Maria-Felicia ! le peintre et le po\u00e8te<br \/>\nLaissent, en expirant, d&rsquo;immortels h\u00e9ritiers ;<br \/>\nJamais l&rsquo;affreuse nuit ne les prend tout entiers.<br \/>\n\u00c0 d\u00e9faut d&rsquo;action, leur grande \u00e2me inqui\u00e8te<br \/>\nDe la mort et du temps entreprend la conqu\u00eate,<br \/>\nEt, frapp\u00e9s dans la lutte, ils tombent en guerriers.<\/p>\n<p>III<\/p>\n<p>Celui-l\u00e0 sur l&rsquo;airain a grav\u00e9 sa pens\u00e9e ;<br \/>\nDans un rythme dor\u00e9 l&rsquo;autre l&rsquo;a cadenc\u00e9e ;<br \/>\nDu moment qu&rsquo;on l&rsquo;\u00e9coute, on lui devient ami.<br \/>\nSur sa toile, en mourant, Rapha\u00ebl l&rsquo;a laiss\u00e9e,<br \/>\nEt, pour que le n\u00e9ant ne touche point \u00e0 lui,<br \/>\nC&rsquo;est assez d&rsquo;un enfant sur sa m\u00e8re endormi.<\/p>\n<p>IV<\/p>\n<p>Comme dans une lampe une flamme fid\u00e8le,<br \/>\nAu fond du Parth\u00e9non le marbre inhabit\u00e9<br \/>\nGarde de Phidias la m\u00e9moire \u00e9ternelle,<br \/>\nEt la jeune V\u00e9nus, fille de Praxit\u00e8le,<br \/>\nSourit encor, debout dans sa divinit\u00e9,<br \/>\nAux si\u00e8cles impuissants qu&rsquo;a vaincus sa beaut\u00e9.<\/p>\n<p>V<\/p>\n<p>Recevant d&rsquo;\u00e2ge en \u00e2ge une nouvelle vie,<br \/>\nAinsi s&rsquo;en vont \u00e0 Dieu les gloires d&rsquo;autrefois ;<br \/>\nAinsi le vaste \u00e9cho de la voix du g\u00e9nie<br \/>\nDevient du genre humain l&rsquo;universelle voix&#8230;<br \/>\nEt de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie,<br \/>\nAu fond d&rsquo;une chapelle il nous reste une croix !<\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>Une croix ! et l&rsquo;oubli, la nuit et le silence !<br \/>\n\u00c9coutez ! c&rsquo;est le vent, c&rsquo;est l&rsquo;Oc\u00e9an immense ;<br \/>\nC&rsquo;est un p\u00eacheur qui chante au bord du grand chemin.<br \/>\nEt de tant de beaut\u00e9, de gloire et d&rsquo;esp\u00e9rance,<br \/>\nDe tant d&rsquo;accords si doux d&rsquo;un instrument divin,<br \/>\nPas un faible soupir, pas un \u00e9cho lointain !<\/p>\n<p>VII<\/p>\n<p>Une croix ! et ton nom \u00e9crit sur une pierre,<br \/>\nNon pas m\u00eame le tien, mais celui d&rsquo;un \u00e9poux,<br \/>\nVoil\u00e0 ce qu&rsquo;apr\u00e8s toi tu laisses sur la terre ;<br \/>\nEt ceux qui t&rsquo;iront voir \u00e0 ta maison derni\u00e8re,<br \/>\nN&rsquo;y trouvant pas ce nom qui fut aim\u00e9 de nous,<br \/>\nNe sauront pour prier o\u00f9 poser les genoux.<\/p>\n<p>VIII<\/p>\n<p>\u00d4 Ninette ! o\u00f9 sont-ils, belle muse ador\u00e9e,<br \/>\nCes accents pleins d&rsquo;amour, de charme et de terreur,<br \/>\nQui voltigeaient le soir sur ta l\u00e8vre inspir\u00e9e,<br \/>\nComme un parfum l\u00e9ger sur l&rsquo;aub\u00e9pine en fleur ?<br \/>\nO\u00f9 vibre maintenant cette voix \u00e9plor\u00e9e,<br \/>\nCette harpe vivante attach\u00e9e \u00e0 ton coeur ?<\/p>\n<p>IX<\/p>\n<p>N&rsquo;\u00e9tait-ce pas hier, fille joyeuse et folle,<br \/>\nQue ta verve railleuse animait Corilla,<br \/>\nEt que tu nous lan\u00e7ais avec la Rosina<br \/>\nLa roulade amoureuse et l&rsquo;oeillade espagnole ?<br \/>\nCes pleurs sur tes bras nus, quand tu chantais le Saule,<br \/>\nN&rsquo;\u00e9tait-ce pas hier, p\u00e2le Desdemona ?<\/p>\n<p>X<\/p>\n<p>N&rsquo;\u00e9tait-ce pas hier qu&rsquo;\u00e0 la fleur de ton \u00e2ge<br \/>\nTu traversais l&rsquo;Europe, une lyre \u00e0 la main ;<br \/>\nDans la mer, en riant, te jetant \u00e0 la nage,<br \/>\nChantant la tarentelle au ciel napolitain,<br \/>\nCoeur d&rsquo;ange et de lion, libre oiseau de passage,<br \/>\nEspi\u00e8gle enfant ce soir, sainte artiste demain ?<\/p>\n<p>XI<\/p>\n<p>N&rsquo;\u00e9tait-ce pas hier qu&rsquo;enivr\u00e9e et b\u00e9nie<br \/>\nTu tra\u00eenais \u00e0 ton char un peuple transport\u00e9,<br \/>\nEt que Londre et Madrid, la France et l&rsquo;Italie,<br \/>\nApportaient \u00e0 tes pieds cet or tant convoit\u00e9,<br \/>\nCet or deux fois sacr\u00e9 qui payait ton g\u00e9nie,<br \/>\nEt qu&rsquo;\u00e0 tes pieds souvent laissa ta charit\u00e9 ?<\/p>\n<p>XII<\/p>\n<p>Qu&rsquo;as-tu fait pour mourir, \u00f4 noble cr\u00e9ature,<br \/>\nBelle image de Dieu, qui donnais en chemin<br \/>\nAu riche un peu de joie, au malheureux du pain ?<br \/>\nAh ! qui donc frappe ainsi dans la m\u00e8re nature,<br \/>\nEt quel faucheur aveugle, affam\u00e9 de p\u00e2ture,<br \/>\nSur les meilleurs de nous ose porter la main ?<\/p>\n<p>XIII<\/p>\n<p>Ne suffit-il donc pas \u00e0 l&rsquo;ange de t\u00e9n\u00e8bres<br \/>\nQu&rsquo;\u00e0 peine de ce temps il nous reste un grand nom ?<br \/>\nQue G\u00e9ricault, Cuvier, Schiller, Goethe et Byron<br \/>\nSoient endormis d&rsquo;hier sous les dalles fun\u00e8bres,<br \/>\nEt que nous ayons vu tant d&rsquo;autres morts c\u00e9l\u00e8bres<br \/>\nDans l&rsquo;ab\u00eeme entr&rsquo;ouvert suivre Napol\u00e9on ?<\/p>\n<p>XIV<\/p>\n<p>Nous faut-il perdre encor nos t\u00eates les plus ch\u00e8res,<br \/>\nEt venir en pleurant leur fermer les paupi\u00e8res,<br \/>\nD\u00e8s qu&rsquo;un rayon d&rsquo;espoir a brill\u00e9 dans leurs yeux ?<br \/>\nLe ciel de ses \u00e9lus devient-il envieux ?<br \/>\nOu faut-il croire, h\u00e9las ! ce que disaient nos p\u00e8res,<br \/>\nQue lorsqu&rsquo;on meurt si jeune on est aim\u00e9 des dieux ?<\/p>\n<p>XV<\/p>\n<p>Ah ! combien, depuis peu, sont partis pleins de vie !<br \/>\nSous les cypr\u00e8s anciens que de saules nouveaux !<br \/>\nLa cendre de Robert \u00e0 peine refroidie,<br \/>\nBellini tombe et meurt ! &#8211; Une lente agonie<br \/>\nTra\u00eene Carrel sanglant \u00e0 l&rsquo;\u00e9ternel repos.<br \/>\nLe seuil de notre si\u00e8cle est pav\u00e9 de tombeaux.<\/p>\n<p>XVI<\/p>\n<p>Que nous restera-t-il si l&rsquo;ombre insatiable,<br \/>\nD\u00e8s que nous b\u00e2tissons, vient tout ensevelir ?<br \/>\nNous qui sentons d\u00e9j\u00e0 le sol si variable,<br \/>\nEt, sur tant de d\u00e9bris, marchons vers l&rsquo;avenir,<br \/>\nSi le vent, sous nos pas, balaye ainsi le sable,<br \/>\nDe quel deuil le Seigneur veut-il donc nous v\u00eatir ?<\/p>\n<p>XVII<\/p>\n<p>H\u00e9las ! Marietta, tu nous restais encore.<br \/>\nLorsque, sur le sillon, l&rsquo;oiseau chante \u00e0 l&rsquo;aurore,<br \/>\nLe laboureur s&rsquo;arr\u00eate, et, le front en sueur,<br \/>\nAspire dans l&rsquo;air pur un souffle de bonheur.<br \/>\nAinsi nous consolait ta voix fra\u00eeche et sonore,<br \/>\nEt tes chants dans les cieux emportaient la douleur.<\/p>\n<p>XVIII<\/p>\n<p>Ce qu&rsquo;il nous faut pleurer sur ta tombe h\u00e2tive,<br \/>\nCe n&rsquo;est pas l&rsquo;art divin, ni ses savants secrets :<br \/>\nQuelque autre \u00e9tudiera cet art que tu cr\u00e9ais ;<br \/>\nC&rsquo;est ton \u00e2me, Ninette, et ta grandeur na\u00efve,<br \/>\nC&rsquo;est cette voix du coeur qui seule au coeur arrive,<br \/>\nQue nul autre, apr\u00e8s toi, ne nous rendra jamais.<\/p>\n<p>XIX<\/p>\n<p>Ah ! tu vivrais encor sans cette \u00e2me indomptable.<br \/>\nCe fut l\u00e0 ton seul mal, et le secret fardeau<br \/>\nSous lequel ton beau corps plia comme un roseau.<br \/>\nIl en soutint longtemps la lutte inexorable.<br \/>\nC&rsquo;est le Dieu tout-puissant, c&rsquo;est la Muse implacable<br \/>\nQui dans ses bras en feu t&rsquo;a port\u00e9e au tombeau.<\/p>\n<p>XX<\/p>\n<p>Que ne l&rsquo;\u00e9touffais-tu, cette flamme br\u00fblante<br \/>\nQue ton sein palpitant ne pouvait contenir !<br \/>\nTu vivrais, tu verrais te suivre et t&rsquo;applaudir<br \/>\nDe ce public blas\u00e9 la foule indiff\u00e9rente,<br \/>\nQui prodigue aujourd&rsquo;hui sa faveur inconstante<br \/>\n\u00c0 des gens dont pas un, certes, n&rsquo;en doit mourir.<\/p>\n<p>XXI<\/p>\n<p>Connaissais-tu si peu l&rsquo;ingratitude humaine ?<br \/>\nQuel r\u00eave as-tu donc fait de te tuer pour eux ?<br \/>\nQuelques bouquets de fleurs te rendaient-ils si vaine,<br \/>\nPour venir nous verser de vrais pleurs sur la sc\u00e8ne,<br \/>\nLorsque tant d&rsquo;histrions et d&rsquo;artistes fameux,<br \/>\nCouronn\u00e9s mille fois, n&rsquo;en ont pas dans les yeux ?<\/p>\n<p>XXII<\/p>\n<p>Que ne d\u00e9tournais-tu la t\u00eate pour sourire,<br \/>\nComme on en use ici quand on feint d&rsquo;\u00eatre \u00e9mu ?<br \/>\nH\u00e9las ! on t&rsquo;aimait tant, qu&rsquo;on n&rsquo;en aurait rien vu.<br \/>\nQuand tu chantais le Saule, au lieu de ce d\u00e9lire,<br \/>\nQue ne t&rsquo;occupais-tu de bien porter ta lyre ?<br \/>\nLa Pasta fait ainsi : que ne l&rsquo;imitais-tu ?<\/p>\n<p>XXIII<\/p>\n<p>Ne savais-tu donc pas, com\u00e9dienne imprudente,<br \/>\nQue ces cris insens\u00e9s qui te sortaient du coeur<br \/>\nDe ta joue amaigrie augmentaient la p\u00e2leur ?<br \/>\nNe savais-tu donc pas que, sur ta tempe ardente,<br \/>\nTa main de jour en jour se posait plus tremblante,<br \/>\nEt que c&rsquo;est tenter Dieu que d&rsquo;aimer la douleur ?<\/p>\n<p>XXIV<\/p>\n<p>Ne sentais-tu donc pas que ta belle jeunesse<br \/>\nDe tes yeux fatigu\u00e9s s&rsquo;\u00e9coulait en ruisseaux,<br \/>\nEt de ton noble coeur s&rsquo;exhalait en sanglots ?<br \/>\nQuand de ceux qui t&rsquo;aimaient tu voyais la tristesse,<br \/>\nNe sentais-tu donc pas qu&rsquo;une fatale ivresse<br \/>\nBer\u00e7ait ta vie errante \u00e0 ses derniers rameaux ?<\/p>\n<p>XXV<\/p>\n<p>Oui, oui, tu le savais, qu&rsquo;au sortir du th\u00e9\u00e2tre,<br \/>\nUn soir dans ton linceul il faudrait te coucher.<br \/>\nLorsqu&rsquo;on te rapportait plus froide que l&rsquo;alb\u00e2tre,<br \/>\nLorsque le m\u00e9decin, de ta veine bleu\u00e2tre,<br \/>\nRegardait goutte \u00e0 goutte un sang noir s&rsquo;\u00e9pancher,<br \/>\nTu savais quelle main venait de te toucher.<\/p>\n<p>XXVI<\/p>\n<p>Oui, oui, tu le savais, et que, dans cette vie,<br \/>\nRien n&rsquo;est bon que d&rsquo;aimer, n&rsquo;est vrai que de souffrir.<br \/>\nChaque soir dans tes chants tu te sentais p\u00e2lir.<br \/>\nTu connaissais le monde, et la foule, et l&rsquo;envie,<br \/>\nEt, dans ce corps bris\u00e9 concentrant ton g\u00e9nie,<br \/>\nTu regardais aussi la Malibran mourir.<\/p>\n<p>XXVII<\/p>\n<p>Meurs donc ! ta mort est douce, et ta t\u00e2che est remplie.<br \/>\nCe que l&rsquo;homme ici-bas appelle le g\u00e9nie,<br \/>\nC&rsquo;est le besoin d&rsquo;aimer ; hors de l\u00e0 tout est vain.<br \/>\nEt, puisque t\u00f4t ou tard l&rsquo;amour humain s&rsquo;oublie,<br \/>\nIl est d&rsquo;une grande \u00e2me et d&rsquo;un heureux destin<br \/>\nD&rsquo;expirer comme toi pour un amour divin !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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