{"id":10605,"date":"2025-04-22T16:17:02","date_gmt":"2025-04-22T14:17:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10605"},"modified":"2025-04-22T16:17:02","modified_gmt":"2025-04-22T14:17:02","slug":"lettre-a-m-de-lamartine","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/lettre-a-m-de-lamartine\/","title":{"rendered":"Lettre \u00e0 M. de Lamartine"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque le grand Byron allait quitter Ravenne,<br \/>\nEt chercher sur les mers quelque plage lointaine<br \/>\nO\u00f9 finir en h\u00e9ros son immortel ennui,<br \/>\nComme il \u00e9tait assis aux pieds de sa ma\u00eetresse,<br \/>\nP\u00e2le, et d\u00e9j\u00e0 tourn\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la Gr\u00e8ce,<br \/>\nCelle qu\u2019il appelait alors sa Guiccioli<br \/>\nOuvrit un soir un livre o\u00f9 l\u2019on parlait de lui.<\/p>\n<p>Avez-vous de ce temps conserv\u00e9 la m\u00e9moire,<br \/>\nLamartine, et ces vers au prince des proscrits,<br \/>\nVous souvient-il encor qui les avait \u00e9crits ?<br \/>\nVous \u00e9tiez jeune alors, vous, notre ch\u00e8re gloire.<br \/>\nVous veniez d\u2019essayer pour la premi\u00e8re fois<br \/>\nCe beau luth \u00e9plor\u00e9 qui vibre sous vos doigts.<br \/>\nLa Muse que le ciel vous avait fianc\u00e9e<br \/>\nSur votre front r\u00eaveur cherchait votre pens\u00e9e,<br \/>\nVierge craintive encore, amante des lauriers.<br \/>\nVous ne connaissiez pas, noble fils de la France,<br \/>\nVous ne connaissiez pas, sinon par sa souffrance,<br \/>\nCe sublime orgueilleux \u00e0 qui vous \u00e9criviez.<br \/>\nDe quel droit osiez-vous l\u2019aborder et le plaindre ?<br \/>\nQuel aigle, Ganym\u00e8de, \u00e0 ce dieu vous portait ?<br \/>\nPressentiez-vous qu\u2019un jour vous le pourriez atteindre,<br \/>\nCelui qui de si haut alors vous \u00e9coutait ?<br \/>\nNon, vous aviez vingt ans, et le c\u0153ur vous battait.<br \/>\nVous aviez lu Lara, Manfred et le Corsaire,<br \/>\nEt vous aviez \u00e9crit sans essuyer vos pleurs ;<br \/>\nLe souffle de Byron vous soulevait de terre,<br \/>\nEt vous alliez \u00e0 lui, port\u00e9 par ses douleurs.<br \/>\nVous appeliez de loin cette \u00e2me d\u00e9sol\u00e9e ;<br \/>\nPour grand qu\u2019il vous par\u00fbt, vous le sentiez ami,<br \/>\nEt, comme le torrent dans la verte vall\u00e9e,<br \/>\nL\u2019\u00e9cho de son g\u00e9nie en vous avait g\u00e9mi.<\/p>\n<p>Et lui, \u2014 lui dont l\u2019Europe, encore tout arm\u00e9e,<br \/>\n\u00c9coutait en tremblant les sauvages concerts ;<br \/>\nLui qui depuis dix ans fuyait sa renomm\u00e9e,<br \/>\nEt de sa solitude emplissait l\u2019univers ;<br \/>\nLui, le grand inspir\u00e9 de la M\u00e9lancolie,<br \/>\nQui, las d\u2019\u00eatre envi\u00e9, se changeait en martyr ;<br \/>\nLui, le dernier amant de la pauvre Italie,<br \/>\nPour son dernier exil s\u2019appr\u00eatant \u00e0 partir ;<br \/>\nLui qui, rassasi\u00e9 de la grandeur humaine,<br \/>\nComme un cygne, \u00e0 son chant sentant sa mort prochaine,<br \/>\nSur terre autour de lui cherchait pour qui mourir\u2026<br \/>\nIl \u00e9couta ces vers que lisait sa ma\u00eetresse,<br \/>\nCe doux salut lointain, d\u2019un jeune homme inconnu.<br \/>\nJe ne sais si du style il comprit la richesse ;<br \/>\nIl laissa dans ses yeux sourire sa tristesse :<br \/>\nCe qui venait du c\u0153ur lui fut le bienvenu.<\/p>\n<p>Po\u00ebte, maintenant que ta muse fid\u00e8le,<br \/>\nPar ton pudique amour s\u00fbre d\u2019\u00eatre immortelle,<br \/>\nDe la verveine en fleurs t\u2019a couronn\u00e9 le front,<br \/>\n\u00c0 ton tour, re\u00e7ois-moi comme le grand Byron.<br \/>\nDe t\u2019\u00e9galer jamais je n\u2019ai pas l\u2019esp\u00e9rance ;<br \/>\nCe que tu tiens du ciel, nul ne me l\u2019a promis ;<br \/>\nMais de ton sort au mien plus grande est la distance,<br \/>\nMeilleur en sera Dieu qui peut nous rendre amis.<br \/>\nJe ne t\u2019adresse pas d\u2019inutiles louanges,<br \/>\nEt je ne songe point que tu me r\u00e9pondras ;<br \/>\nPour \u00eatre propos\u00e9s, ces illustres \u00e9changes<br \/>\nVeulent \u00eatre sign\u00e9s d\u2019un nom que je n\u2019ai pas.<br \/>\nJ\u2019ai cru pendant longtemps que j\u2019\u00e9tais las du monde ;<br \/>\nJ\u2019ai dit que je niais, croyant avoir dout\u00e9 ;<br \/>\nEt j\u2019ai pris devant moi pour une nuit profonde<br \/>\nMon ombre qui passait, pleine de vanit\u00e9.<br \/>\nPo\u00ebte, je t\u2019\u00e9cris pour te dire que j\u2019aime,<br \/>\nQu\u2019un rayon du soleil est tomb\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 moi,<br \/>\nEt qu\u2019en un jour de deuil et de douleur supr\u00eame,<br \/>\nLes pleurs que je versais m\u2019ont fait penser \u00e0 toi.<\/p>\n<p>Qui de nous, Lamartine, et de notre jeunesse,<br \/>\nNe sait par c\u0153ur ce chant, des amants ador\u00e9,<br \/>\nQu\u2019un soir, au bord d\u2019un lac, tu nous as soupir\u00e9 ?<br \/>\nQui n\u2019a lu mille fois, qui ne relit sans cesse<br \/>\nCes vers myst\u00e9rieux o\u00f9 parle ta ma\u00eetresse,<br \/>\nEt qui n\u2019a sanglot\u00e9 sur ces divins sanglots,<br \/>\nProfonds comme le ciel, et purs comme les flots ?<br \/>\nH\u00e9las ! ces longs regrets des amours mensong\u00e8res,<br \/>\nCes ruines du temps qu\u2019on trouve \u00e0 chaque pas,<br \/>\nCes sillons infinis de lueurs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res,<br \/>\nQui peut se dire un homme, et ne les conna\u00eet pas ?<br \/>\nQuiconque aima jamais porte une cicatrice ;<br \/>\nChacun l\u2019a dans le sein, toujours pr\u00eate \u00e0 s\u2019ouvrir ;<br \/>\nChacun la garde en soi, cher et secret supplice,<br \/>\nEt mieux il est frapp\u00e9, moins il en veut gu\u00e9rir.<br \/>\nTe le dirai-je, \u00e0 toi, chantre de la souffrance,<br \/>\nQue ton glorieux mal, je l\u2019ai souffert aussi ?<br \/>\nQu\u2019un instant, comme toi, devant ce ciel immense,<br \/>\nJ\u2019ai serr\u00e9 dans mes bras la vie et l\u2019esp\u00e9rance,<br \/>\nEt qu\u2019ainsi que le tien mon r\u00eave s\u2019est enfui ?<br \/>\nTe dirai-je qu\u2019un soir, dans la brise embaum\u00e9e,<br \/>\nEndormi, comme toi, dans la paix du bonheur,<br \/>\nAux c\u00e9lestes accents d\u2019une voix bien-aim\u00e9e,<br \/>\nJ\u2019ai cru sentir le temps s\u2019arr\u00eater dans mon c\u0153ur ?<br \/>\nTe dirai-je qu\u2019un soir, rest\u00e9 seul sur la terre,<br \/>\nD\u00e9vor\u00e9, comme toi, d\u2019un affreux souvenir,<br \/>\nJe me suis \u00e9tonn\u00e9 de ma propre mis\u00e8re,<br \/>\nEt de ce qu\u2019un enfant peut souffrir sans mourir ?<br \/>\nAh ! ce que j\u2019ai senti dans cet instant terrible,<br \/>\nOserai-je m\u2019en plaindre et te le raconter ?<br \/>\nComment exprimerai-je une peine indicible ?<br \/>\nApr\u00e8s toi, devant toi, puis-je encor le tenter ?<br \/>\nOui, de ce jour fatal, plein d\u2019horreur et de charmes,<br \/>\nJe veux fid\u00e8lement te faire le r\u00e9cit ;<br \/>\nCe ne sont pas des chants, ce ne sont que des larmes,<br \/>\nEt je ne te dirai que ce que Dieu m\u2019a dit.<\/p>\n<p>Lorsque le laboureur, regagnant sa chaumi\u00e8re,<br \/>\nTrouve le soir son champ ras\u00e9 par le tonnerre,<br \/>\nIl croit d\u2019abord qu\u2019un r\u00eave a fascin\u00e9 ses yeux,<br \/>\nEt, doutant de lui-m\u00eame, interroge les cieux.<br \/>\nPartout la nuit est sombre, et la terre enflamm\u00e9e.<br \/>\nIl cherche autour de lui la place accoutum\u00e9e<br \/>\nO\u00f9 sa femme l\u2019attend sur le seuil entr\u2019ouvert ;<br \/>\nIl voit un peu de cendre au milieu d\u2019un d\u00e9sert.<br \/>\nSes enfants demi-nus sortent de la bruy\u00e8re,<br \/>\nEt viennent lui conter comme leur pauvre m\u00e8re<br \/>\nEst morte sous le chaume avec des cris affreux ;<br \/>\nMais maintenant au loin tout est silencieux.<br \/>\nLe mis\u00e9rable \u00e9coute, et comprend sa ruine.<br \/>\nIl serre, d\u00e9sol\u00e9, ses fils sur sa poitrine ;<br \/>\nIl ne lui reste plus, s\u2019il ne tend pas la main,<br \/>\nQue la faim pour ce soir, et la mort pour demain.<br \/>\nPas un sanglot ne sort de sa gorge oppress\u00e9e ;<br \/>\nMuet et chancelant, sans force et sans pens\u00e9e,<br \/>\nIl s\u2019assoit \u00e0 l\u2019\u00e9cart, les yeux sur l\u2019horizon,<br \/>\nEt, regardant s\u2019enfuir sa moisson consum\u00e9e,<br \/>\nDans les noirs tourbillons de l\u2019\u00e9paisse fum\u00e9e<br \/>\nL\u2019ivresse du malheur emporte sa raison.<\/p>\n<p>Tel, lorsque abandonn\u00e9 d\u2019une infid\u00e8le amante,<br \/>\nPour la premi\u00e8re fois j\u2019ai connu la douleur,<br \/>\nTransperc\u00e9 tout \u00e0 coup d\u2019une fl\u00e8che sanglante,<br \/>\nSeul, je me suis assis dans la nuit de mon c\u0153ur.<br \/>\nCe n\u2019\u00e9tait pas au bord d\u2019un lac au flot limpide,<br \/>\nNi sur l\u2019herbe fleurie au penchant des coteaux ;<br \/>\nMes yeux noy\u00e9s de pleurs ne voyaient que le vide,<br \/>\nMes sanglots \u00e9touff\u00e9s n\u2019\u00e9veillaient point d\u2019\u00e9chos.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait dans une rue obscure et tortueuse<br \/>\nDe cet immense \u00e9gout qu\u2019on appelle Paris ;<br \/>\nAutour de moi criait cette foule railleuse<br \/>\nQui des infortun\u00e9s n\u2019entend jamais les cris.<br \/>\nSur le pav\u00e9 noirci les blafardes lanternes<br \/>\nVersaient un jour douteux plus triste que la nuit,<br \/>\nEt, suivant au hasard ces feux vagues et ternes,<br \/>\nL\u2019homme passait dans l\u2019ombre, allant o\u00f9 va le bruit.<br \/>\nPartout retentissait comme une joie \u00e9trange ;<br \/>\nC\u2019\u00e9tait en f\u00e9vrier, au temps du carnaval.<br \/>\nLes masques avin\u00e9s, se croisant dans la fange,<br \/>\nS\u2019accostaient d\u2019une injure ou d\u2019un refrain banal.<br \/>\nDans un carrosse ouvert une troupe entass\u00e9e<br \/>\nParaissait par moments sous le ciel pluvieux,<br \/>\nPuis se perdait au loin dans la ville insens\u00e9e,<br \/>\nHurlant un hymne impur sous la r\u00e9sine en feux.<br \/>\nCependant des vieillards, des enfants et des femmes<br \/>\nSe barbouillaient de lie au fond des cabarets,<br \/>\nTandis que de la nuit les pr\u00eatresses inf\u00e2mes<br \/>\nPromenaient \u00e7\u00e0 et l\u00e0 leurs spectres inquiets.<br \/>\nOn e\u00fbt dit un portrait de la d\u00e9bauche antique,<br \/>\nUn de ces soirs fameux, chers au peuple romain,<br \/>\nO\u00f9 des temples secrets la V\u00e9nus impudique<br \/>\nSortait \u00e9chevel\u00e9e, une torche \u00e0 la main.<br \/>\nDieu juste ! pleurer seul par une nuit pareille !<br \/>\n\u00d4 mon unique amour ! que vous avais-je fait ?<br \/>\nVous m\u2019aviez pu quitter, vous qui juriez la veille<br \/>\nQue vous \u00e9tiez ma vie, et que Dieu le savait ?<br \/>\nAh ! toi, le savais-tu, froide et cruelle amie,<br \/>\nQu\u2019\u00e0 travers cette honte et cette obscurit\u00e9,<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais l\u00e0, regardant de ta lampe ch\u00e9rie,<br \/>\nComme une \u00e9toile au ciel, la tremblante clart\u00e9 ?<br \/>\nNon, tu n\u2019en savais rien, je n\u2019ai pas vu ton ombre ;<br \/>\nTa main n\u2019est pas venue entr\u2019ouvrir ton rideau.<br \/>\nTu n\u2019as pas regard\u00e9 si le ciel \u00e9tait sombre ;<br \/>\nTu ne m\u2019as pas cherch\u00e9 dans cet affreux tombeau !<\/p>\n<p>Lamartine, c\u2019est l\u00e0, dans cette rue obscure,<br \/>\nAssis sur une borne, au fond d\u2019un carrefour,<br \/>\nLes deux mains sur mon c\u0153ur, et serrant ma blessure,<br \/>\nEt sentant y saigner un invincible amour ;<br \/>\nC\u2019est l\u00e0, dans cette nuit d\u2019horreur et de d\u00e9tresse,<br \/>\nAu milieu des transports d\u2019un peuple furieux<br \/>\nQui semblait en passant crier \u00e0 ma jeunesse :<br \/>\n\u00ab Toi qui pleures ce soir, n\u2019as-tu pas ri comme eux ? \u00bb<br \/>\nC\u2019est l\u00e0, devant ce mur, o\u00f9 j\u2019ai frapp\u00e9 ma t\u00eate,<br \/>\nO\u00f9 j\u2019ai pos\u00e9 deux fois le fer sur mon sein nu ;<br \/>\nC\u2019est l\u00e0, le croiras-tu, chaste et noble po\u00ebte,<br \/>\nQue de tes chants divins je me suis souvenu.<\/p>\n<p>\u00d4 toi qui sais aimer, r\u00e9ponds, amant d\u2019Elvire<br \/>\nComprends-tu que l\u2019on parte et qu\u2019on se dise adieu ?<br \/>\nComprends-tu que ce mot, la main puisse l\u2019\u00e9crire,<br \/>\nEt le c\u0153ur le signer, et les l\u00e8vres le dire,<br \/>\nLes l\u00e8vres, qu\u2019un baiser vient d\u2019unir devant Dieu !<br \/>\nComprends-tu qu\u2019un lien qui, dans l\u2019\u00e2me immortelle,<br \/>\nChaque jour plus profond, se forme \u00e0 notre insu ;<br \/>\nQui d\u00e9racine en nous la volont\u00e9 rebelle,<br \/>\nEt nous attache au c\u0153ur son merveilleux tissu ;<br \/>\nUn lien tout-puissant dont les n\u0153uds et la trame<br \/>\nSont plus durs que la roche et que les diamants ;<br \/>\nQui ne craint ni le temps, ni le fer, ni la flamme,<br \/>\nNi la mort elle-m\u00eame, et qui fait des amants<br \/>\nJusque dans le tombeau s\u2019aimer les ossements ;<br \/>\nComprends-tu que dix ans ce lien nous enlace,<br \/>\nQu\u2019il ne fasse dix ans qu\u2019un seul \u00eatre de deux,<br \/>\nPuis tout \u00e0 coup se brise, et, perdu dans l\u2019espace,<br \/>\nNous laisse \u00e9pouvant\u00e9s d\u2019avoir cru vivre heureux !<\/p>\n<p>\u00d4 po\u00ebte ! il est dur que la nature humaine,<br \/>\nQui marche \u00e0 pas compt\u00e9s vers une fin certaine,<br \/>\nDoive encor s\u2019y tra\u00eener en portant une croix,<br \/>\nEt qu\u2019il faille ici-bas mourir plus d\u2019une fois.<br \/>\nCar de quel autre nom peut s\u2019appeler sur terre<br \/>\nCette n\u00e9cessit\u00e9 de changer de mis\u00e8re,<br \/>\nQui nous fait, jour et nuit, tout prendre et tout quitter,<br \/>\nSi bien que notre temps se passe \u00e0 convoiter ?<br \/>\nNe sont-ce pas des morts, et des morts effroyables,<br \/>\nQue tant de changements d\u2019\u00eatres si variables,<br \/>\nQui se disent toujours fatigu\u00e9s d\u2019esp\u00e9rer,<br \/>\nEt qui sont toujours pr\u00eats \u00e0 se transfigurer ?<br \/>\nQuel tombeau que le c\u0153ur, et quelle solitude !<br \/>\nComment la passion devient-elle habitude,<br \/>\nEt comment se fait-il que, sans y tr\u00e9bucher,<br \/>\nSur ses propres d\u00e9bris l\u2019homme puisse marcher ?<br \/>\nIl y marche pourtant ; c\u2019est Dieu qui l\u2019y convie.<br \/>\nIl va semant partout et prodiguant sa vie :<br \/>\nD\u00e9sir, crainte, col\u00e8re, inqui\u00e9tude, ennui,<br \/>\nTout passe et dispara\u00eet, tout est fant\u00f4me en lui.<br \/>\nSon mis\u00e9rable c\u0153ur est fait de telle sorte,<br \/>\nQu\u2019il faut incessamment qu\u2019une ruine en sorte ;<br \/>\nQue la mort soit son terme, il ne l\u2019ignore pas,<br \/>\nEt, marchant \u00e0 la mort, il meurt \u00e0 chaque pas.<br \/>\nIl meurt dans ses amis, dans son fils, dans son p\u00e8re,<br \/>\nIl meurt dans ce qu\u2019il pleure et dans ce qu\u2019il esp\u00e8re ;<br \/>\nEt, sans parler des corps qu\u2019il faut ensevelir,<br \/>\nQu\u2019est-ce donc qu\u2019oublier, si ce n\u2019est pas mourir ?<br \/>\nAh ! c\u2019est plus que mourir ; c\u2019est survivre \u00e0 soi-m\u00eame.<br \/>\nL\u2019\u00e2me remonte au ciel quand on perd ce qu\u2019on aime.<br \/>\nIl ne reste de nous qu\u2019un cadavre vivant ;<br \/>\nLe d\u00e9sespoir l\u2019habite, et le n\u00e9ant l\u2019attend.<\/p>\n<p>Eh bien, bon ou mauvais, inflexible ou fragile,<br \/>\nHumble ou fier, triste ou gai, mais toujours g\u00e9missant,<br \/>\nCet homme, tel qu\u2019il est, cet \u00eatre fait d\u2019argile,<br \/>\nTu l\u2019as vu, Lamartine, et son sang est ton sang.<br \/>\nSon bonheur est le tien ; sa douleur est la tienne ;<br \/>\nEt des maux qu\u2019ici-bas il lui faut endurer,<br \/>\nPas un qui ne te touche et qui ne t\u2019appartienne ;<br \/>\nPuisque tu sais chanter, ami, tu sais pleurer.<br \/>\nDis-moi, qu\u2019en penses-tu dans tes jours de tristesse ?<br \/>\nQue t\u2019a dit le malheur, quand tu l\u2019as consult\u00e9 ?<br \/>\nTromp\u00e9 par tes amis, trahi par ta ma\u00eetresse,<br \/>\nDu ciel et de toi-m\u00eame as-tu jamais dout\u00e9 ?<\/p>\n<p>Non, Alphonse, jamais. La triste exp\u00e9rience<br \/>\nNous apporte la cendre, et n\u2019\u00e9teint pas le feu.<br \/>\nTu respectes le mal fait par la Providence,<br \/>\nTu le laisses passer, et tu crois \u00e0 ton Dieu.<br \/>\nQuel qu\u2019il soit, c\u2019est le mien ; il n\u2019est pas deux croyances.<br \/>\nJe ne sais pas son nom, j\u2019ai regard\u00e9 les cieux.<br \/>\nJe sais qu\u2019ils sont \u00e0 lui, je sais qu\u2019ils sont immenses,<br \/>\nEt que l\u2019immensit\u00e9 ne peut pas \u00eatre \u00e0 deux.<br \/>\nJ\u2019ai connu, jeune encor, de s\u00e9v\u00e8res souffrances ;<br \/>\nJ\u2019ai vu verdir les bois, et j\u2019ai tent\u00e9 d\u2019aimer.<br \/>\nJe sais ce que la terre engloutit d\u2019esp\u00e9rances,<br \/>\nEt, pour y recueillir, ce qu\u2019il y faut semer.<br \/>\nMais ce que j\u2019ai senti, ce que je veux t\u2019\u00e9crire,<br \/>\nC\u2019est ce que m\u2019ont appris les anges de douleur ;<br \/>\nJe le sais mieux encore et puis mieux te le dire,<br \/>\nCar leur glaive, en entrant, l\u2019a grav\u00e9 dans mon c\u0153ur :<\/p>\n<p>Cr\u00e9ature d\u2019un jour qui t\u2019agites une heure,<br \/>\nDe quoi viens-tu te plaindre et qui te fait g\u00e9mir ?<br \/>\nTon \u00e2me t\u2019inqui\u00e8te, et tu crois qu\u2019elle pleure :<br \/>\nTon \u00e2me est immortelle, et tes pleurs vont tarir.<\/p>\n<p>Tu te sens le c\u0153ur pris d\u2019un caprice de femme,<br \/>\nEt tu dis qu\u2019il se brise \u00e0 force de souffrir.<br \/>\nTu demandes \u00e0 Dieu de soulager ton \u00e2me :<br \/>\nTon \u00e2me est immortelle, et ton c\u0153ur va gu\u00e9rir.<\/p>\n<p>Le regret d\u2019un instant te trouble et te d\u00e9vore ;<br \/>\nTu dis que le pass\u00e9 te voile l\u2019avenir.<br \/>\nNe te plains pas d\u2019hier ; laisse venir l\u2019aurore :<br \/>\nTon \u00e2me est immortelle, et le temps va s\u2019enfuir.<\/p>\n<p>Ton corps est abattu du mal de ta pens\u00e9e ;<br \/>\nTu sens ton front peser et tes genoux fl\u00e9chir.<br \/>\nTombe, agenouille-toi, cr\u00e9ature insens\u00e9e :<br \/>\nTon \u00e2me est immortelle, et la mort va venir.<\/p>\n<p>Tes os dans le cercueil vont tomber en poussi\u00e8re ;<br \/>\nTa m\u00e9moire, ton nom, ta gloire, vont p\u00e9rir,<br \/>\nMais non pas ton amour, si ton amour t\u2019est ch\u00e8re :<br \/>\nTon \u00e2me est immortelle, et va s\u2019en souvenir.<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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