{"id":10604,"date":"2025-04-22T16:17:03","date_gmt":"2025-04-22T14:17:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10604"},"modified":"2025-04-22T16:17:03","modified_gmt":"2025-04-22T14:17:03","slug":"la-nuit-doctobre","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/la-nuit-doctobre\/","title":{"rendered":"La nuit d\u2019octobre"},"content":{"rendered":"<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>Le mal dont j\u2019ai souffert s\u2019est enfui comme un r\u00eave.<br \/>\nJe n\u2019en puis comparer le lointain souvenir<br \/>\nQu\u2019\u00e0 ces brouillards l\u00e9gers que l\u2019aurore soul\u00e8ve,<br \/>\nEt qu\u2019avec la ros\u00e9e on voit s\u2019\u00e9vanouir.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Qu\u2019aviez-vous donc, \u00f4 mon po\u00e8te !<br \/>\nEt quelle est la peine secr\u00e8te<br \/>\nQui de moi vous a s\u00e9par\u00e9 ?<br \/>\nH\u00e9las ! je m\u2019en ressens encore.<br \/>\nQuel est donc ce mal que j\u2019ignore<br \/>\nEt dont j\u2019ai si longtemps pleur\u00e9 ?<\/p>\n<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un mal vulgaire et bien connu des hommes ;<br \/>\nMais, lorsque nous avons quelque ennui dans le coeur,<br \/>\nNous nous imaginons, pauvres fous que nous sommes,<br \/>\nQue personne avant nous n\u2019a senti la douleur.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Il n\u2019est de vulgaire chagrin<br \/>\nQue celui d\u2019une \u00e2me vulgaire.<br \/>\nAmi, que ce triste myst\u00e8re<br \/>\nS\u2019\u00e9chappe aujourd\u2019hui de ton sein.<br \/>\nCrois-moi, parle avec confiance ;<br \/>\nLe s\u00e9v\u00e8re dieu du silence<br \/>\nEst un des fr\u00e8res de la Mort ;<br \/>\nEn se plaignant on se console,<br \/>\nEt quelquefois une parole<br \/>\nNous a d\u00e9livr\u00e9s d\u2019un remord.<\/p>\n<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>S\u2019il fallait maintenant parler de ma souffrance,<br \/>\nJe ne sais trop quel nom elle devrait porter,<br \/>\nSi c\u2019est amour, folie, orgueil, exp\u00e9rience,<br \/>\nNi si personne au monde en pourrait profiter.<br \/>\nJe veux bien toutefois t\u2019en raconter l\u2019histoire,<br \/>\nPuisque nous voil\u00e0 seuls, assis pr\u00e8s du foyer.<br \/>\nPrends cette lyre, approche, et laisse ma m\u00e9moire<br \/>\nAu son de tes accords doucement s\u2019\u00e9veiller.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Avant de me dire ta peine,<br \/>\n\u00d4 po\u00e8te ! en es-tu gu\u00e9ri ?<br \/>\nSonge qu\u2019il t\u2019en faut aujourd\u2019hui<br \/>\nParler sans amour et sans haine.<br \/>\nS\u2019il te souvient que j\u2019ai re\u00e7u<br \/>\nLe doux nom de consolatrice,<br \/>\nNe fais pas de moi la complice<br \/>\nDes passions qui t\u2019ont perdu,<\/p>\n<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>Je suis si bien gu\u00e9ri de cette maladie,<br \/>\nQue j\u2019en doute parfois lorsque j\u2019y veux songer ;<br \/>\nEt quand je pense aux lieux o\u00f9 j\u2019ai risqu\u00e9 ma vie,<br \/>\nJ\u2019y crois voir \u00e0 ma place un visage \u00e9tranger.<br \/>\nMuse, sois donc sans crainte ; au souffle qui t\u2019inspire<br \/>\nNous pouvons sans p\u00e9ril tous deux nous confier.<br \/>\nIl est doux de pleurer, il est doux de sourire<br \/>\nAu souvenir des maux qu\u2019on pourrait oublier.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Comme une m\u00e8re vigilante<br \/>\nAu berceau d\u2019un fils bien-aim\u00e9,<br \/>\nAinsi je me penche tremblante<br \/>\nSur ce coeur qui m\u2019\u00e9tait ferm\u00e9.<br \/>\nParle, ami, \u2013 ma lyre attentive<br \/>\nD\u2019une note faible et plaintive<br \/>\nSuit d\u00e9j\u00e0 l\u2019accent de ta voix,<br \/>\nEt dans un rayon de lumi\u00e8re,<br \/>\nComme une vision l\u00e9g\u00e8re,<br \/>\nPassent les ombres d\u2019autrefois.<\/p>\n<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>Jours de travail ! seuls jours o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu !<br \/>\n\u00d4 trois fois ch\u00e8re solitude !<br \/>\nDieu soit lou\u00e9, j\u2019y suis donc revenu,<br \/>\n\u00c0 ce vieux cabinet d\u2019\u00e9tude !<br \/>\nPauvre r\u00e9duit, murs tant de fois d\u00e9serts,<br \/>\nFauteuils poudreux, lampe fid\u00e8le,<br \/>\n\u00d4 mon palais, mon petit univers,<br \/>\nEt toi, Muse, \u00f4 jeune immortelle,<br \/>\nDieu soit lou\u00e9, nous allons donc chanter !<br \/>\nOui, je veux vous ouvrir mon \u00e2me,<br \/>\nVous saurez tout, et je vais vous conter<br \/>\nLe mal que peut faire une femme ;<br \/>\nCar c\u2019en est une, \u00f4 mes pauvres amis<br \/>\n(H\u00e9las ! vous le saviez peut-\u00eatre),<br \/>\nC\u2019est une femme \u00e0 qui je fus soumis,<br \/>\nComme le serf l\u2019est \u00e0 son ma\u00eetre.<br \/>\nJoug d\u00e9test\u00e9 ! c\u2019est par l\u00e0 que mon coeur<br \/>\nPerdit sa force et sa jeunesse ; \u2013<br \/>\nEt cependant, aupr\u00e8s de ma ma\u00eetresse,<br \/>\nJ\u2019avais entrevu le bonheur.<br \/>\nPr\u00e8s du ruisseau, quand nous marchions ensemble,<br \/>\nLe soir, sur le sable argentin,<br \/>\nQuand devant nous le blanc spectre du tremble<br \/>\nDe loin nous montrait le chemin ;<br \/>\nJe vois encore, aux rayons de la lune,<br \/>\nCe beau corps plier dans mes bras\u2026<br \/>\nN\u2019en parlons plus\u2026 \u2013 je ne pr\u00e9voyais pas<br \/>\nO\u00f9 me conduirait la Fortune.<br \/>\nSans doute alors la col\u00e8re des dieux<br \/>\nAvait besoin d\u2019une victime ;<br \/>\nCar elle m\u2019a puni comme d\u2019un crime<br \/>\nD\u2019avoir essay\u00e9 d\u2019\u00eatre heureux.<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>L\u2019image d\u2019un doux souvenir<br \/>\nVient de s\u2019offrir \u00e0 ta pens\u00e9e.<br \/>\nSur la trace qu\u2019il a laiss\u00e9e<br \/>\nPourquoi crains-tu de revenir ?<br \/>\nEst-ce faire un r\u00e9cit fid\u00e8le<br \/>\nQue de renier ses beaux jours ?<br \/>\nSi ta fortune fut cruelle,<br \/>\nJeune homme, fais du moins comme elle,<br \/>\nSouris \u00e0 tes premiers amours.<\/p>\n<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>Non, \u2013 c\u2019est \u00e0 mes malheurs que je pr\u00e9tends sourire.<br \/>\nMuse, je te l\u2019ai dit : je veux, sans passion,<br \/>\nTe conter mes ennuis, mes r\u00eaves, mon d\u00e9lire,<br \/>\nEt t\u2019en dire le temps, l\u2019heure et l\u2019occasion.<br \/>\nC\u2019\u00e9tait, il m\u2019en souvient, par une nuit d\u2019automne,<br \/>\nTriste et froide, \u00e0 peu pr\u00e8s semblable \u00e0 celle-ci ;<br \/>\nLe murmure du vent, de son bruit monotone,<br \/>\nDans mon cerveau lass\u00e9 ber\u00e7ait mon noir souci.<br \/>\nJ\u2019\u00e9tais \u00e0 la fen\u00eatre, attendant ma ma\u00eetresse ;<br \/>\nEt, tout en \u00e9coutant dans cette obscurit\u00e9,<br \/>\nJe me sentais dans l\u2019\u00e2me une telle d\u00e9tresse<br \/>\nQu\u2019il me vint le soup\u00e7on d\u2019une infid\u00e9lit\u00e9.<br \/>\nLa rue o\u00f9 je logeais \u00e9tait sombre et d\u00e9serte ;<br \/>\nQuelques ombres passaient, un falot \u00e0 la main ;<br \/>\nQuand la bise sifflait dans la porte entr\u2019ouverte,<br \/>\nOn entendait de loin comme un soupir humain.<br \/>\nJe ne sais, \u00e0 vrai dire, \u00e0 quel f\u00e2cheux pr\u00e9sage<br \/>\nMon esprit inquiet alors s\u2019abandonna.<br \/>\nJe rappelais en vain un reste de courage,<br \/>\nEt me sentis fr\u00e9mir lorsque l\u2019heure sonna.<br \/>\nElle ne venait pas. Seul, la t\u00eate baiss\u00e9e,<br \/>\nJe regardai longtemps les murs et le chemin, \u2013<br \/>\nEt je ne t\u2019ai pas dit quelle ardeur insens\u00e9e<br \/>\nCette inconstante femme allumait en mon sein ;<br \/>\nJe n\u2019aimais qu\u2019elle au monde, et vivre un jour sans elle<br \/>\nMe semblait un destin plus affreux que la mort.<br \/>\nJe me souviens pourtant qu\u2019en cette nuit cruelle<br \/>\nPour briser mon lien je fis un long effort.<br \/>\nJe la nommai cent fois perfide et d\u00e9loyale,<br \/>\nJe comptai tous les maux qu\u2019elle m\u2019avait caus\u00e9s.<br \/>\nH\u00e9las ! au souvenir de sa beaut\u00e9 fatale,<br \/>\nQuels maux et quels chagrins n\u2019\u00e9taient pas apais\u00e9s !<br \/>\nLe jour parut enfin. \u2013 Las d\u2019une vaine attente,<br \/>\nSur le bord du balcon je m\u2019\u00e9tais assoupi ;<br \/>\nJe rouvris la paupi\u00e8re \u00e0 l\u2019aurore naissante,<br \/>\nEt je laissai flotter mon regard \u00e9bloui.<br \/>\nTout \u00e0 coup, au d\u00e9tour de l\u2019\u00e9troite ruelle,<br \/>\nJ\u2019entends sur le gravier marcher \u00e0 petit bruit\u2026<br \/>\nGrand Dieu ! pr\u00e9servez-moi ! je l\u2019aper\u00e7ois, c\u2019est elle ;<br \/>\nElle entre. \u2013 D\u2019o\u00f9 viens-tu ? Qu\u2019as-tu fait cette nuit ?<br \/>\nR\u00e9ponds, que me veux-tu ? qui t\u2019am\u00e8ne \u00e0 cette heure ?<br \/>\nCe beau corps, jusqu\u2019au jour, o\u00f9 s\u2019est-il \u00e9tendu ?<br \/>\nTandis qu\u2019\u00e0 ce balcon, seul, je veille et je pleure,<br \/>\nEn quel lieu, dans quel lit, \u00e0 qui souriais-tu ?<br \/>\nPerfide ! audacieuse ! est-il encor possible<br \/>\nQue tu viennes offrir ta bouche \u00e0 mes baisers ?<br \/>\nQue demandes-tu donc ? par quelle soif horrible<br \/>\nOses-tu m\u2019attirer dans tes bras \u00e9puis\u00e9s ?<br \/>\nVa-t\u2019en, retire-toi, spectre de ma ma\u00eetresse !<br \/>\nRentre dans ton tombeau, si tu t\u2019en es lev\u00e9 ;<br \/>\nLaisse-moi pour toujours oublier ma jeunesse,<br \/>\nEt, quand je pense \u00e0 toi, croire que j\u2019ai r\u00eav\u00e9 !<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Apaise-toi, je t\u2019en conjure ;<br \/>\nTes paroles m\u2019ont fait fr\u00e9mir.<br \/>\n\u00d4 mon bien-aim\u00e9 ! ta blessure<br \/>\nEst encor pr\u00eate \u00e0 se rouvrir.<br \/>\nH\u00e9las ! elle est donc bien profonde ?<br \/>\nEt les mis\u00e8res de ce monde<br \/>\nSont si lentes \u00e0 s\u2019effacer !<br \/>\nOublie, enfant, et de ton \u00e2me<br \/>\nChasse le nom de cette femme,<br \/>\nQue je ne veux pas prononcer.<\/p>\n<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>Honte \u00e0 toi qui la premi\u00e8re<br \/>\nM\u2019as appris la trahison,<br \/>\nEt d\u2019horreur et de col\u00e8re<br \/>\nM\u2019as fait perdre la raison !<br \/>\nHonte \u00e0 toi, femme \u00e0 l\u2019oeil sombre,<br \/>\nDont les funestes amours<br \/>\nOnt enseveli dans l\u2019ombre<br \/>\nMon printemps et mes beaux jours !<br \/>\nC\u2019est ta voix, c\u2019est ton sourire,<br \/>\nC\u2019est ton regard corrupteur,<br \/>\nQui m\u2019ont appris \u00e0 maudire<br \/>\nJusqu\u2019au semblant du bonheur ;<br \/>\nC\u2019est ta jeunesse et tes charmes<br \/>\nQui m\u2019ont fait d\u00e9sesp\u00e9rer,<br \/>\nEt si je doute des larmes,<br \/>\nC\u2019est que je t\u2019ai vu pleurer.<br \/>\nHonte \u00e0 toi, j\u2019\u00e9tais encore<br \/>\nAussi simple qu\u2019un enfant ;<br \/>\nComme une fleur \u00e0 l\u2019aurore,<br \/>\nMon coeur s\u2019ouvrait en t\u2019aimant.<br \/>\nCertes, ce coeur sans d\u00e9fense<br \/>\nPut sans peine \u00eatre abus\u00e9 ;<br \/>\nMais lui laisser l\u2019innocence<br \/>\n\u00c9tait encor plus ais\u00e9.<br \/>\nHonte \u00e0 toi ! tu fus la m\u00e8re<br \/>\nDe mes premi\u00e8res douleurs,<br \/>\nEt tu fis de ma paupi\u00e8re<br \/>\nJaillir la source des pleurs !<br \/>\nElle coule, sois-en s\u00fbre,<br \/>\nEt rien ne la tarira ;<br \/>\nElle sort d\u2019une blessure<br \/>\nQui jamais ne gu\u00e9rira ;<br \/>\nMais dans cette source am\u00e8re<br \/>\nDu moins je me laverai,<br \/>\nEt j\u2019y laisserai, j\u2019esp\u00e8re,<br \/>\nTon souvenir abhorr\u00e9 !<\/p>\n<p>LA MUSE<\/p>\n<p>Po\u00e8te, c\u2019est assez. Aupr\u00e8s d\u2019une infid\u00e8le,<br \/>\nQuand ton illusion n\u2019aurait dur\u00e9 qu\u2019un jour,<br \/>\nN\u2019outrage pas ce jour lorsque tu parles d\u2019elle ;<br \/>\nSi tu veux \u00eatre aim\u00e9, respecte ton amour.<br \/>\nSi l\u2019effort est trop grand pour la faiblesse humaine<br \/>\nDe pardonner les maux qui nous viennent d\u2019autrui,<br \/>\n\u00c9pargne-toi du moins le tourment de la haine ;<br \/>\n\u00c0 d\u00e9faut du pardon, laisse venir l\u2019oubli.<br \/>\nLes morts dorment en paix dans le sein de la terre :<br \/>\nAinsi doivent dormir nos sentiments \u00e9teints.<br \/>\nCes reliques du coeur ont aussi leur poussi\u00e8re ;<br \/>\nSur leurs restes sacr\u00e9s ne portons pas les mains.<br \/>\nPourquoi, dans ce r\u00e9cit d\u2019une vive souffrance,<br \/>\nNe veux-tu voir qu\u2019un r\u00eave et qu\u2019un amour tromp\u00e9 ?<br \/>\nEst-ce donc sans motif qu\u2019agit la Providence<br \/>\nEt crois-tu donc distrait le Dieu qui t\u2019a frapp\u00e9 ?<br \/>\nLe coup dont tu te plains t\u2019a pr\u00e9serv\u00e9 peut-\u00eatre,<br \/>\nEnfant ; car c\u2019est par l\u00e0 que ton coeur s\u2019est ouvert.<br \/>\nL\u2019homme est un apprenti, la douleur est son ma\u00eetre,<br \/>\nEt nul ne se conna\u00eet tant qu\u2019il n\u2019a pas souffert.<br \/>\nC\u2019est une dure loi, mais une loi supr\u00eame,<br \/>\nVieille comme le monde et la fatalit\u00e9,<br \/>\nQu\u2019il nous faut du malheur recevoir le bapt\u00eame,<br \/>\nEt qu\u2019\u00e0 ce triste prix tout doit \u00eatre achet\u00e9.<br \/>\nLes moissons pour m\u00fbrir ont besoin de ros\u00e9e ;<br \/>\nPour vivre et pour sentir l\u2019homme a besoin des pleurs ;<br \/>\nLa joie a pour symbole une plante bris\u00e9e,<br \/>\nHumide encor de pluie et couverte de fleurs.<br \/>\nNe te disais-tu pas gu\u00e9ri de ta folie ?<br \/>\nN\u2019es-tu pas jeune, heureux, partout le bienvenu ?<br \/>\nEt ces plaisirs l\u00e9gers qui font aimer la vie,<br \/>\nSi tu n\u2019avais pleur\u00e9, quel cas en ferais-tu ?<br \/>\nLorsqu\u2019au d\u00e9clin du jour, assis sur la bruy\u00e8re,<br \/>\nAvec un vieil ami tu bois en libert\u00e9,<br \/>\nDis-moi, d\u2019aussi bon coeur l\u00e8verais-tu ton verre,<br \/>\nSi tu n\u2019avais senti le prix de la ga\u00eet\u00e9 ?<br \/>\nAimerais-tu les fleurs, les pr\u00e9s et la verdure,<br \/>\nLes sonnets de P\u00e9trarque et le chant des oiseaux,<br \/>\nMichel-Ange et les arts, Shakspeare et la nature,<br \/>\nSi tu n\u2019y retrouvais quelques anciens sanglots ?<br \/>\nComprendrais-tu des cieux l\u2019ineffable harmonie,<br \/>\nLe silence des nuits, le murmure des flots,<br \/>\nSi quelque part l\u00e0-bas la fi\u00e8vre et l\u2019insomnie<br \/>\nNe t\u2019avaient fait songer \u00e0 l\u2019\u00e9ternel repos ?<br \/>\nN\u2019as-tu pas maintenant une belle ma\u00eetresse ?<br \/>\nEt, lorsqu\u2019en t\u2019endormant tu lui serres la main,<br \/>\nLe lointain souvenir des maux de ta jeunesse<br \/>\nNe rend-il pas plus doux son sourire divin ?<br \/>\nN\u2019allez-vous pas aussi vous promener ensemble<br \/>\nAu fond des bois fleuris, sur le sable argentin ?<br \/>\nEt, dans ce vert palais, le blanc spectre du tremble<br \/>\nNe sait-il plus, le soir, vous montrer le chemin ?<br \/>\nNe vois-tu pas alors, aux rayons de la lune,<br \/>\nPlier comme autrefois un beau corps dans tes bras,<br \/>\nEt si dans le sentier tu trouvais la Fortune,<br \/>\nDerri\u00e8re elle, en chantant, ne marcherais-tu pas ?<br \/>\nDe quoi te plains-tu donc ? L\u2019immortelle esp\u00e9rance<br \/>\nS\u2019est retremp\u00e9e en toi sous la main du malheur.<br \/>\nPourquoi veux-tu ha\u00efr ta jeune exp\u00e9rience,<br \/>\nEt d\u00e9tester un mal qui t\u2019a rendu meilleur ?<br \/>\n\u00d4 mon enfant ! plains-la, cette belle infid\u00e8le,<br \/>\nQui fit couler jadis les larmes de tes yeux ;<br \/>\nPlains-la ! c\u2019est une femme, et Dieu t\u2019a fait, pr\u00e8s d\u2019elle,<br \/>\nDeviner, en souffrant, le secret des heureux.<br \/>\nSa t\u00e2che fut p\u00e9nible ; elle t\u2019aimait peut-\u00eatre ;<br \/>\nMais le destin voulait qu\u2019elle bris\u00e2t ton coeur.<br \/>\nElle savait la vie, et te l\u2019a fait conna\u00eetre ;<br \/>\nUne autre a recueilli le fruit de ta douleur.<br \/>\nPlains-la ! son triste amour a pass\u00e9 comme un songe ;<br \/>\nElle a vu ta blessure et n\u2019a pu la fermer.<br \/>\nDans ses larmes, crois-moi, tout n\u2019\u00e9tait pas mensonge.<br \/>\nQuand tout l\u2019aurait \u00e9t\u00e9, plains-la ! tu sais aimer.<\/p>\n<p>LE PO\u00c8TE<\/p>\n<p>Tu dis vrai : la haine est impie,<br \/>\nEt c\u2019est un frisson plein d\u2019horreur<br \/>\nQuand cette vip\u00e8re assoupie<br \/>\nSe d\u00e9roule dans notre coeur.<br \/>\n\u00c9coute-moi donc, \u00f4 d\u00e9esse !<br \/>\nEt sois t\u00e9moin de mon serment :<br \/>\nPar les yeux bleus de ma ma\u00eetresse,<br \/>\nEt par l\u2019azur du firmament ;<br \/>\nPar cette \u00e9tincelle brillante<br \/>\nQui de V\u00e9nus porte le nom,<br \/>\nEt, comme une perle tremblante,<br \/>\nScintille au loin sur l\u2019horizon ;<br \/>\nPar la grandeur de la nature,<br \/>\nPar la bont\u00e9 du Cr\u00e9ateur,<br \/>\nPar la clart\u00e9 tranquille et pure<br \/>\nDe l\u2019astre cher au voyageur.<br \/>\nPar les herbes de la prairie,<br \/>\nPar les for\u00eats, par les pr\u00e9s verts,<br \/>\nPar la puissance de la vie,<br \/>\nPar la s\u00e8ve de l\u2019univers,<br \/>\nJe te bannis de ma m\u00e9moire,<br \/>\nReste d\u2019un amour insens\u00e9,<br \/>\nMyst\u00e9rieuse et sombre histoire<br \/>\nQui dormiras dans le pass\u00e9 !<br \/>\nEt toi qui, jadis, d\u2019une amie<br \/>\nPortas la forme et le doux nom,<br \/>\nL\u2019instant supr\u00eame o\u00f9 je t\u2019oublie<br \/>\nDoit \u00eatre celui du pardon.<br \/>\nPardonnons-nous ; \u2013 je romps le charme<br \/>\nQui nous unissait devant Dieu.<br \/>\nAvec une derni\u00e8re larme<br \/>\nRe\u00e7ois un \u00e9ternel adieu.<br \/>\n\u2013 Et maintenant, blonde r\u00eaveuse,<br \/>\nMaintenant, Muse, \u00e0 nos amours !<br \/>\nDis-moi quelque chanson joyeuse,<br \/>\nComme au premier temps des beaux jours.<br \/>\nD\u00e9j\u00e0 la pelouse embaum\u00e9e<br \/>\nSent les approches du matin ;<br \/>\nViens \u00e9veiller ma bien-aim\u00e9e,<br \/>\nEt cueillir les fleurs du jardin.<br \/>\nViens voir la nature immortelle<br \/>\nSortir des voiles du sommeil ;<br \/>\nNous allons rena\u00eetre avec elle<br \/>\nAu premier rayon du soleil !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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