{"id":10058,"date":"2025-04-21T14:30:30","date_gmt":"2025-04-21T12:30:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/?post_type=poemes&#038;p=10058"},"modified":"2025-04-21T14:30:30","modified_gmt":"2025-04-21T12:30:30","slug":"umbra","status":"publish","type":"poemes","link":"https:\/\/www.rimes.fr\/blog\/poemes\/umbra\/","title":{"rendered":"Umbra"},"content":{"rendered":"<p>Obscurit\u00e9 ! le songe l\u00e8ve<br \/>\nSon front dans la r\u00e9alit\u00e9 :<br \/>\nQue serait l\u2019\u00eatre sans le r\u00eave,<br \/>\nEt la face, le voile \u00f4t\u00e9 ?<br \/>\nL\u2019\u00e2me est de l\u2019ombre qui sanglote.<br \/>\nMoi l\u2019atome, j\u2019erre et je flotte.<br \/>\nJ\u2019allais, \u00f4 pleurs ! j\u2019aimais, \u00f4 deuil !<br \/>\nMon seuil s\u2019ouvre sur le naufrage.<br \/>\nMa maison, quand la mer fait rage,<br \/>\nSonne la nuit comme un \u00e9cueil.<\/p>\n<p>Que dites-vous \u00e0 l\u2019\u00e2me humaine,<br \/>\nQue b\u00e9gayez-vous pour mon coeur,<br \/>\nMonde ; vision, ph\u00e9nom\u00e8ne,<br \/>\nEau lugubre, aquilon moqueur ?<br \/>\nA q\u00fboi, sous la neige ou les laves,<br \/>\nPensent les monts, ces vieux esclaves,<br \/>\nFouett\u00e9s de tous les fouets de l\u2019air,<br \/>\nCes patients du grand supplice,<br \/>\nV\u00eatus d\u2019ombre, et sous leur cilice<br \/>\nMarqu\u00e9s du fer chaud de l\u2019\u00e9clair ?<\/p>\n<p>N\u2019est-il pas lugubre de dire<br \/>\nQue la porte sombre est sans cl\u00e9,<br \/>\nQue la terre o\u00f9 l\u2019homme respire<br \/>\nEst comme un manuscrit roul\u00e9 ?<br \/>\nIl semble que toutes les forces<br \/>\nSe donnent pour but les divorces,<br \/>\nEt que la nature ait pour voeu<br \/>\nD\u2019\u00f4ter l\u2019aube du cimeti\u00e8re,<br \/>\nD\u2019\u00e9paissir l\u2019horreur, la mati\u00e8re<br \/>\nEt l\u2019\u00e9nigme entre l\u2019homme et Dieu !<\/p>\n<p>Est-ce donc qu\u2019ils sont n\u00e9cessaires<br \/>\nTous ces fl\u00e9aux dont nous souffrons ?<br \/>\nPourquoi cet arbre des mis\u00e8res<br \/>\nCroisant ses branches sur nos fronts ?<br \/>\nLe mal nous tient. O\u00f9 sont les causes ?<br \/>\nOn dirait que le but des\u2019choses<br \/>\nEst de cacher Dieu qui nous fuit,<br \/>\nQue le prodige obscur nous raille,<br \/>\nEt que le. monde entier travaille<br \/>\nA la croissance de la nuit.<br \/>\nQue regarde dans les bois fauves<br \/>\nLe grand cerf \u00e0 l\u2019oeil \u00e9gar\u00e9 ?<br \/>\nV\u00e9nus, qui luis sur les monts chauves,<br \/>\nD\u2019o\u00f9 te vient ton rayon sacr\u00e9 ?<br \/>\nQu\u2019est-ce que ton anneau, Saturne ?<br \/>\nEst-ce que quelque \u00eatre nocturne,<br \/>\nQuelque vaste archange puni,<br \/>\nQuelque Satan -dont le front plie,<br \/>\nFait tourner s\u00fbr cette poulie<br \/>\nLa cha\u00eene, du puits infini ?<\/p>\n<p>Que tu menaces ou promettes,<br \/>\nDis-nous le secret de tes pleurs ;<br \/>\nAube ? Et vous, qu\u2019\u00eates-vous, com\u00e8tes,<br \/>\nFaces aux horribles p\u00e2leurs ?<br \/>\n\u00cates,-vous, dans l\u2019\u00e9ther qui roule,<br \/>\nDes \u00e9toiles dont le sang coule,<br \/>\nFaisant des mares de clart\u00e9 ?<br \/>\nVenez-vous des noirs ossuaires ?<br \/>\n\u00cates-vous, tra\u00eenant vos suaires,<br \/>\nLes mortes de l\u2019immensit\u00e9 ?<\/p>\n<p>\u00d4 profondeurs \u00e9pouvantables,<br \/>\nQu\u2019est-ce donc que vous me voulez ?<br \/>\nQue dois-je lire sur vos tables,<br \/>\nCieux, temples, porches \u00e9toil\u00e9s ?<br \/>\nTa rougeur de naphte et de soufre ;<br \/>\nTa clart\u00e9 qui m\u2019aveugle, \u00f4 gouffre,<br \/>\nEst-ce la v\u00e9rit\u00e9 qui luit ?<br \/>\nLe vent souffle-t-il sur mon doute<br \/>\nQuand, -pench\u00e9 sur l\u2019ombre, j\u2019\u00e9cout\u00e9<br \/>\nCe que dit ce crieur de nuit ? &#8211;<\/p>\n<p>Par moments, dress\u00e9 sur ma couche,<br \/>\nSombre, et peut-\u00eatre blasph\u00e9mant,<br \/>\nJe suis pr\u00eat \u00e0 crier, farouche :<br \/>\nAllons ! laisse-moi, firmament !<br \/>\nPar moments, je suis pr\u00eat \u00e0 dire :<br \/>\nVous dont je sens l\u2019or dans ma lyre,<br \/>\nLe flamboiement dans mon courroux,<br \/>\nL\u2019air dans mes strophes h\u00e9riss\u00e9es,<br \/>\nEt les rayons dans mes pens\u00e9es,.<br \/>\nAstres, de quoi vous m\u00ealez-vous ? ,<\/p>\n<p>En vain j\u2019essaie et je m\u2019\u00e9lance.<br \/>\nLe gouffre effare le flambeau.<br \/>\nRien dans le. ciel que le silence,<br \/>\nRien que l\u2019ombre dans le tombeau !<\/p>\n<p>Oh ! de quelle fosse entr\u2019ouverte,<br \/>\nSentons-nous le souffle, herbe verte ?<br \/>\nQuels chevaux entend-on hennir ?<br \/>\nQuel fant\u00f4me erre en nos d\u00e9combres ?<br \/>\nQuels yeux voit-on par tes, trous sombres,<br \/>\nMasque. effrayant de l\u2019avenir ?<\/p>\n<p>La vie et la mort ! qu\u2019est-ce, ab\u00eeme ?<br \/>\nO\u00f9 va l\u2019homme p\u00e2le et troubl\u00e9 ?<br \/>\nEst-il l\u2019autel, bu la victime ?<br \/>\nEst-il le soc ? est-il l\u00e9 bl\u00e9 ?<br \/>\nOh ! ces vents que rien ne fait taire !<br \/>\nQue font-ils de nous sur la terre,<br \/>\nTous ces souffles prodigieux ?<br \/>\nQuel myst\u00e8re en nous se consomme ?<br \/>\nQu\u2019apportent-ils de l\u2019ombre \u00e0 l\u2019homme ?<br \/>\nQu\u2019emportent-ils de l\u2019homme aux cieux ?<\/p>\n<p>\u00c9nigme ! O\u00f9 je dis : pourriture ;<br \/>\nLe vautour vient et dit : festin !<br \/>\nQu\u2019est-ce que c\u2019est que la nature ?<br \/>\nQu\u2019est-ce que c\u2019est que le destin ?<br \/>\nMarchons-nous dans des routes s\u00fbres ?<br \/>\nD\u00e9pend-il des forces obscures<br \/>\nDe tordre l\u00e0-bas mon chemin ?<br \/>\nPeux-tu, sort fatal qui nous pousses,<br \/>\nDans l\u2019ombre, \u00e0 force de secousses,<br \/>\nChanger la forme de demain ?<\/p>\n<p>Toutes ces lois qu\u2019un faux jour perce,<br \/>\nVie et sort, textes d\u00e9cevants<br \/>\nDont le sens confus se disperse<br \/>\nDans l\u2019\u00e2pre dispute des vents,<br \/>\nCe monde o\u00f9 chaque \u00e9l\u00e9ment jette<br \/>\nSon mot \u00e0 l\u2019\u00e2me qui v\u00e9g\u00e8te,<br \/>\nCette nature aux fatals noeuds,<br \/>\nCe destin hagard qui nous brise,<br \/>\nN\u2019est-ce qu\u2019une sombre m\u00e9prise,<br \/>\nMalentendu vertigineux !<\/p>\n<p>L\u2019ancre est un poids qui rompt le-c\u00e2ble.<br \/>\nTout est promis, rien n\u2019est tenu.<br \/>\nSerait-ce donc que l\u2019implacable<br \/>\nEst un des noms de l\u2019inconnu ?<br \/>\nQuel est donc ce ma\u00eetre farouche<br \/>\nQui pour la toile fait la mouche,<br \/>\nL\u2019orageux cheval pour le mors,<br \/>\nTous les escaliers pour descendre,<br \/>\nOui pour non, le feu pour la cendre,<br \/>\nLa m\u00e9moire pour le remords ?<br \/>\nD\u2019o\u00f9 viennent les soirs, les aurores,<br \/>\nLes flots enfl\u00e9s, les flots d\u00e9crus,<br \/>\nLes d\u00e9luges, les m\u00e9t\u00e9ores,<br \/>\nCes apparus, ces disparus !<br \/>\nPourquoi le miracle Nature<br \/>\nContient-il l\u2019effroi, la torture,<br \/>\nLe mal, sur l\u2019homme se courbant ?<br \/>\nLe mal a-t-il le bien pour tige ?<br \/>\nOu serait-ce que le prodige<br \/>\nTombe, et devient monstre en tombant ?<br \/>\nQuand dans les for\u00eats forcen\u00e9es<br \/>\nCourt l\u2019ouragan,. ce furieux<br \/>\nArrache-t-il \u00e0 nos ann\u00e9es<br \/>\nQuelque lambeau myst\u00e9rieux ?<br \/>\nL\u2019arbre, qui -sort d\u2019une f\u00eal\u00f9re,<br \/>\nA-t-il en bas sa chevelure<br \/>\nQui plonge au globe rajeuni ?<br \/>\nPenseurs, t\u00eates du ciel voisines,<br \/>\nVos cheveux sont-ils les racines<br \/>\nPar o\u00f9 vous puisez l\u2019infini ?<\/p>\n<p>Est-ce l\u2019effroi des cieux horribles<br \/>\nQue je sens, en moi palpiter.<br \/>\nA de certains moments, terribles,<br \/>\nO\u00f9 le monde semble h\u00e9siter ?<br \/>\nAux heures o\u00f9 la terre tremble,<br \/>\nQuand la nuit s\u2019accro\u00eet, quand il semble<br \/>\nQu\u2019on voit le flot noir se gonfler,<br \/>\nQuand la lune s\u2019\u00e9vade et. rampe,<br \/>\nQuand l\u2019\u00e9clipse sur cette lampe,<br \/>\nMasque. sinistre, vient souffler ! .<br \/>\nSi vous attendez quelque chose,<br \/>\nRochers pensifs, dites-le-moi !<br \/>\nDites-moi de quoi se. compose<br \/>\nLe bien, le mal, le sort, la:loi,<br \/>\nO r\u00e9cifs ! pi\u00e8ges ! araign\u00e9es !<br \/>\nFoudre qui jettes \u00e0 poign\u00e9es<br \/>\nTes cheveux de flamme aux enfers,<br \/>\nSecouant sur les flots sauvages<br \/>\nDans l\u2019\u00e2pre for\u00eat des nuages<br \/>\nLe hideux buisson des \u00e9clairs !<br \/>\nEt toi, la : grande vagabonde,<br \/>\nL\u2019hydre verte au dos tortueux,<br \/>\nQue dis-tu, mer. o\u00f9 l\u2019ombre abonde,<br \/>\nBouleversement monstrueux ?<br \/>\nO flots ! \u00f4, coupe d\u2019amertume !<\/p>\n<p>Quel symbole \u00eates-vous, \u00e9cume,<br \/>\nBave d\u2019en bas jet\u00e9e au jour,<br \/>\nFange insultant l\u2019aube sereine,<br \/>\n\u00c9ternel crachat de la haine<br \/>\nA l\u2019\u00e9ternel front de l\u2019amour !<\/p>\n<p>Laissons les flots battre la plage !<br \/>\nLaissons la mer lugubre en paix !<br \/>\nEt laissons. l\u2019orageux feuillage<br \/>\nFrissonner dans les bois \u00e9pais !<br \/>\nNe troublons pas les harmonies<br \/>\nRauques, \u00e9tranges, infinies,<br \/>\nDes oc\u00e9ans et des typhons !<br \/>\nLaissons les vents \u00e0 leurs d\u00e9mences !<br \/>\nEt laissons dans les cieux immenses<br \/>\nS\u2019envoler les aigles profonds !<\/p>\n<p>Je vais, j\u2019avance, je recule,<br \/>\nJe marche o\u00f9 plus d\u2019un se perdit ;<br \/>\nPar moments dans ce cr\u00e9puscule<br \/>\nUne voix lugubre me dit :<br \/>\n-Que cherches-tu ? tout fuit, tout passe.<br \/>\nLa terre n\u2019est rien. Et l\u2019espace,<br \/>\nQue contient-il ? Est-ce r\u00e9el ?<br \/>\nTu ne peux qu\u2019entrevoir, atome,<br \/>\nLa cr\u00e9ation, ce fant\u00f4me,<br \/>\nDerri\u00e8re ce linceul, le ciel.<\/p>\n<p>O\u00f9 vas-tu, pauvre \u00e2me \u00e9tonn\u00e9e ?<br \/>\nMonade, connais-tu l\u2019aimant ?<br \/>\nQue sais-tu de la destin\u00e9e,<br \/>\nEt que sais-tu du firmament ?<br \/>\nConnais-tu le vrai, le possible,<br \/>\nTous les r\u00e9seaux de l\u2019invisible,<br \/>\nCe qui t\u2019attend, ce qui te suit ?<br \/>\nConnais-tu les lois \u00e9ternelles ?<br \/>\nEntends-tu les tremblements d\u2019ailes<br \/>\nDans les grands filets de la nuit ?<\/p>\n<p>Sens-tu parfois, dans l\u2019ombre inf\u00e2me<br \/>\nQu\u2019agite un vent farouche et lourd,.<br \/>\nUne toile o\u00f9 se prend ton \u00e2me<br \/>\nEt sur laquelle un monstre court ?<br \/>\nSens-tu parfois, fils de la terre,<br \/>\nS\u2019ouvrir sous tes pieds le myst\u00e8re,<br \/>\nEt se m\u00ealer, \u00f4 passant nu,<br \/>\nA tes cheveux que l\u2019hiver mouille,<br \/>\nLes fils de la sombre quenouille,<br \/>\nLes cheveux du front inconnu ?<\/p>\n<p>Certaines plan\u00e8tes fatales,<br \/>\nCertains mirages de l\u2019\u00e9ther,<br \/>\nCertains groupes d\u2019\u00e9toiles p\u00e2les<br \/>\nOnt un -rayonnement \u00e9clair.<br \/>\nQue sais-tu sur tes mornes gr\u00e8ves ?<br \/>\nEs-tu s\u00fbr, au fond de tes r\u00eaves,<br \/>\nQue ce que l\u2019ombre aux murs de fer<br \/>\nCouvre comme une \u00e9paisse grill\u00e9,<br \/>\nSoit le ciel, et que ce qui brille,<br \/>\nO songeur, ne soit pas l\u2019enfer ?<\/p>\n<p>Les constellations tragiques,<br \/>\nOuvrant siir vous leurs fauves yeux,<br \/>\nPassent, grandes larves magiques,<br \/>\nSur vos destins myst\u00e9rieux.<br \/>\nInsens\u00e9 qui croit les cieux vides !<br \/>\nQuelques-unes, les plus livides,<br \/>\nApparurent, \u00f4 sombre esprit,<br \/>\nEn chiffres noirs dans les t\u00e9n\u00e8bres<br \/>\nSur les d\u00e9s des jdueurs fun\u00e8bres<br \/>\nQui jouaient la robe du Christ.<\/p>\n<p>Mais insens\u00e9 qui s\u2019imagine<br \/>\nConna\u00eetre tous les horizons,<br \/>\nLa tombe, la fin, l\u2019origine,<br \/>\nSe d\u00e9voue et crie : Avan\u00e7ons !<br \/>\nInsens\u00e9 ce J\u00e9sus lui-m\u00eame<br \/>\nQui s\u2019immole parce qu\u2019il aime !<br \/>\nInsens\u00e9s les audacieux<br \/>\nQui se jettent dans le crat\u00e8re,<br \/>\nR\u00eavant le progr\u00e8s sur la terre<br \/>\nOu le paradis dans les cieux !<\/p>\n<p>Quand tu vois rire le squelette,<br \/>\nEs-tu s\u00fbr que ce noir rictus<br \/>\nO\u00f9 le jour d\u2019en -bas se refl\u00e8te<br \/>\nN\u2019est pas, pour les bons abattus,<br \/>\nPour les justes sur qui tout p\u00e8se,<br \/>\nPour les martyrs dans la fournaise,<br \/>\nPour l\u2019esprit croyant et cr\u00e9ant,<br \/>\nPour l\u2019\u00e2me esp\u00e9rant sa patrie,<br \/>\nL\u2019\u00e9pouvantable moquerie<br \/>\nDu tombeau, qui sait le n\u00e9ant ?<\/p>\n<p>Non ! il ne se peut, \u00f4 nature,<br \/>\nQue tu sois sur l\u2019homme au cachot,<br \/>\nSur l\u2019esprit, sur la cr\u00e9ature,<br \/>\nDe la haine tombant -d\u2019en haut !<\/p>\n<p>Il ne se peut pas que ces forces<br \/>\nM\u00ealent \u00e0 tous leurs noirs divorces<br \/>\nL\u2019homme, atome en leurs poings tordu,<br \/>\nLui montrent l\u2019horreur souveraine,<br \/>\nEt fassent, sans qu\u2019il les comprenne,<br \/>\nDes menaces \u00e0 l\u2019\u00e9perdu !<\/p>\n<p>Il ne se peut que l\u2019\u00e9difice<br \/>\nSoit fait d\u2019ombre et de surdit\u00e9 ;<br \/>\nIl ne se peut que sacrifice,<br \/>\nH\u00e9ro\u00efsme, effort, volont\u00e9,<br \/>\nIl ne se peut que la sagesse,<br \/>\nQue l\u2019aube, \u00e9ternelle largesse,<br \/>\nLa rose qui s\u2019\u00e9panouit,<br \/>\nLe droit, la raison, la justice,<br \/>\nTout, la foi, l\u2019amour, aboutisse<br \/>\nAu ricanement de la nuit !<\/p>\n<p>Il ne se peut pas que j\u2019invente<br \/>\nCe que Dieu n\u2019aurait pas cr\u00e9\u00e9 !<br \/>\nQuoi ! pas de but ! quoi ! l\u2019\u00e9pouvante !<br \/>\nLe vide ! le tombeau trou\u00e9 !<br \/>\nNon ! l\u2019\u00eatre \u00e9bauch\u00e9, Dieu l\u2019ach\u00e8ve !<br \/>\nIl ne se peut pas que mon r\u00eave<br \/>\nAit plus d\u2019azur que le ciel bleu,<br \/>\nQue l\u2019infini soit un repaire,<br \/>\nQue je sois meilleur que le P\u00e8re,<br \/>\nQue l\u2019homme soit plus grand que Dieu !<\/p>\n<p>Quoi ! je le supposerais juste<br \/>\nCe Dieu qui serait malfaisant !<br \/>\nC\u2019est moi qui serais l\u2019\u00eatre auguste,<br \/>\nEt ce serait lui l\u2019impuissant !<br \/>\nL\u2019homme aurait trouv\u00e9 dans son \u00e2me<br \/>\nL\u2019amour, le paradis, la flamme,<br \/>\nLa lumi\u00e8re sur la hauteur,<br \/>\nLe bonheur incommensurable&#8230;<br \/>\nDieu ne serait qu\u2019un mis\u00e9rable,<br \/>\nL\u2019homme serait le cr\u00e9ateur !<\/p>\n<p>Oui, comme apr\u00e8s tout, c\u2019est un songe<br \/>\nQu\u2019un monde form\u00e9 de n\u00e9ant,<br \/>\nQui fit le mal fit le mensonge ;<br \/>\nC\u2019est moi qui reste le g\u00e9ant !<br \/>\nQue ce Dieu vienne et se mesure !<br \/>\nQu\u2019il sorte donc de sa masure !<br \/>\nIl fit le mal, j\u2019ai cru le bien ;<br \/>\nJ\u2019ai contre lui, si je me l\u00e8ve,<br \/>\nToute la gloire de mon r\u00eave,<br \/>\nToute l\u2019abjection du sien !<br \/>\nNon ! non ! la fleur. qui vient d\u2019\u00e9clore<br \/>\nMe d\u00e9montre le firmament.<br \/>\nIl ne se peut pas que l\u2019aurore<br \/>\nSourie \u00e0 l\u2019homme faussement,<br \/>\nEt que, dans la tombe profonde,<br \/>\nL\u2019\u00e2me ait droit de. dire \u00e0 ce monde<br \/>\nD\u2019o\u00f9 l\u2019espoir toujours est sorti,<br \/>\nA ces sph\u00e8res, de Dieu vassales,<br \/>\nAffirmations colossales :<br \/>\n\u00c9toiles ! vous avez menti ! .<\/p>\n<p>Ce qui ment, c\u2019est toi, doute ! envie !<br \/>\nIl ne se peut que l\u00e9 rayon ;<br \/>\nQue l\u2019esp\u00e9rance, que la vie<br \/>\nSoit une inf\u00e2me illusion !<br \/>\nQue tout soit faux, hors le blasph\u00e8me !<br \/>\nEt que ce Dieu ne soit lui-m\u00eame,<br \/>\nDans son vain temple a\u00e9rien,<br \/>\nQue l\u2019immense spectre Ironie<br \/>\nRegardant, dans l\u2019ombre infinie,<br \/>\nL\u2019univers accoud\u00e9 sur Rien 1.<\/p>\n<p>Un Dieu qui rirait de son \u0153uvre,<br \/>\nQui rirait des justes d\u00e9\u00e7us,<br \/>\nEt du cygne et de la couleuvre,<br \/>\nEt de Satan et de J\u00e9sus,<br \/>\nUn tel Dieu serait si terrible<br \/>\nQue, devant cette face horrible,<br \/>\nL\u2019\u00e2me humaine se d\u00e9battrait<br \/>\nComme si, par ses ailes blanches,<br \/>\nElle \u00e9tait, prise. sous les branches &#8211;<br \/>\nDe. quelque, sinistre for\u00eat !<\/p>\n<p>Que Rabelais, rieur \u00e9norme,<br \/>\nRailleur de, l\u2019horizon humain,<br \/>\nBorn\u00e9 par le nombre et la forme,<br \/>\nHue aujourd\u2019hui, sans voir demain ;<br \/>\nQu\u2019il joue, \u00e9tant jouet lui-m\u00eame,<br \/>\nAvec la vie et le probl\u00e8me,<br \/>\nQu\u2019importe ! il passe, il meurt, il fuit ;<br \/>\nIl n\u2019est ni le fond, ni la cime ;<br \/>\nMais un Rabelais de l\u2019ab\u00eeme<br \/>\nFerait horreur, m\u00eame \u00e0 la nuit !<\/p>\n<p>Que les \u00e9clairs soient les augures,<br \/>\nQue le vrai sorte du plaintif,<br \/>\nQue les fl\u00e9aux, sombres figures,<br \/>\nDisent le mot d\u00e9finitif,<br \/>\nJe ne le crois pas ! Vents farouches,<br \/>\nNuits, flots, hivers, enflez vos bouches,<\/p>\n<p>Tordez ma robe dans mes pas,<br \/>\n\u00c9tendez vos mains sur moi, faites<br \/>\nTous vos serments dans les temp\u00eates,<br \/>\nT\u00e9n\u00e8bres, je ne vous crois pas !<\/p>\n<p>Je crois \u00e0 toi, jour ! clart\u00e9 ! joie !<br \/>\nToi qui seras ayant \u00e9t\u00e9,<br \/>\nA toi, mon aigle, \u00e0 toi, ma proie,<br \/>\nForce, raison, splendeur, bont\u00e9 !<br \/>\nJe crois \u00e0 toi, toute puissance !<br \/>\nJe crois \u00e0 toi, t\u00f4ute innocence !<br \/>\nEncore \u00e0 toi, toujours \u00e0 toi !<br \/>\nJe prends mon \u00eatre pierre \u00e0 pierre ;<br \/>\nLa premi\u00e8re est de la lumi\u00e8re,<br \/>\nEt la derni\u00e8re est de la foi !<\/p>\n<p>Dieu ! sommet ! aube foudr\u00f4yante !<br \/>\nPr\u00e9cipice serein ! lueur !<br \/>\nFascination effrayante<br \/>\nQui tient l\u2019homme et le rend meilleur !<br \/>\nDe toutes parts il s\u2019ouvre, ab\u00eeme.<br \/>\nQuand on est sur ce mont sublime,<br \/>\nFa\u00eete o\u00f9 l\u2019orgueil toujours s\u2019est tu,<br \/>\nCime o\u00f9.vos instincts vous entra\u00eenent,<br \/>\nTous les vertiges qui vous prennent<br \/>\nVous font tomber dans la vertu.<\/p>\n<p>Donc laissez-vous choir dans ce gouffre,<br \/>\nVivants ! grands, petits, sages, fous,<br \/>\nCelui qui rit, celui qui souffre,<br \/>\nVous tous ! vous tous ! vous tous ! vous tous !<br \/>\nTombez dans Dieu, foule effar\u00e9e !<br \/>\nTombez, tombez\u2019 ! roulez, mar\u00e9e !<br \/>\nEt sois stup\u00e9fait, peuple obscur,<br \/>\nDu n\u00e9ant des songes sans nombre,<br \/>\nEt d\u2019avoir travers\u00e9 tant d\u2019ombre<br \/>\nPour arriver \u00e0 tant d\u2019azur !<\/p>\n<p>Oh ! croire, c\u2019est la r\u00e9compense<br \/>\nDu penseur aimant, quel qu\u2019il soit ;<br \/>\nC\u2019est en se confiant qu\u2019on pense,<br \/>\nEt c\u2019est en esp\u00e9rant qu\u2019on voit !<br \/>\nChante, \u00f4 mon coeur, l\u2019\u00e9ternel psaume !<br \/>\nDieu vivant, dans ma nuit d\u2019atome,<br \/>\nSi je parviens, si loin du jour,<br \/>\nA comprendre, moi grain de sable,<br \/>\nTon immensit\u00e9 formidable,<br \/>\nC\u2019est en croyant \u00e0 ton amour !<\/p>\n","protected":false},"parent":0,"template":"","meta":{"inline_featured_image":false,"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","ast-disable-related-posts":"","theme-transparent-header-meta":"default","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"default","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-4)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center 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