Lire et analyser un poème demande de maîtriser un certain nombre de termes techniques. Pas pour les placer dans une dissertation, mais parce qu’ils permettent de nommer précisément ce qu’on ressent à la lecture, de voir comment un poème est construit, et de comprendre pourquoi il produit les effets qu’il produit. Voici les termes les plus utiles, regroupés par thèmes.
La structure du poème
- Le vers est chaque ligne d’un poème. Il ne se confond pas avec la phrase : un vers peut contenir plusieurs phrases, ou une phrase peut s’étendre sur plusieurs vers.
- La strophe est un groupement de vers, séparé des autres par un espace blanc. On distingue le quatrain (4 vers), le tercet (3 vers), le distique (2 vers), le quintil (5 vers) et le sizain (6 vers).
- Le poème est l’ensemble du texte poétique, composé d’une ou plusieurs strophes.
- Le refrain est une strophe ou un vers qui se répète à intervalles réguliers dans un poème, souvent à la fin de chaque strophe.
- L’enjambement se produit quand une phrase ou une unité syntaxique ne s’arrête pas à la fin d’un vers mais continue sur le vers suivant, créant un effet de débordement ou d’accélération.
- La césure est une pause interne à l’intérieur d’un vers, qui le divise en deux parties appelées hémistiches. Dans l’alexandrin classique, elle tombe après la sixième syllabe.
- L’hémistiche est chacune des deux parties d’un vers divisé par une césure.
La versification et le rythme
- Le mètre désigne le nombre de syllabes d’un vers. Les mètres les plus courants en français sont l’alexandrin (12 syllabes), le décasyllabe (10 syllabes) et l’octosyllabe (8 syllabes).
- L’alexandrin est le vers de 12 syllabes, divisé en deux hémistiches de 6 syllabes. C’est le vers dominant de la poésie et du théâtre classiques français.
- Le vers libre est un vers affranchi des contraintes métriques et rimées. Il ne suit pas de règle fixe de nombre de syllabes ou de disposition des rimes.
- La rime est une correspondance sonore entre les fins de vers. On distingue les rimes plates ou suivies (AABB), les rimes croisées (ABAB) et les rimes embrassées (ABBA).
- La rime riche est une rime qui porte sur au moins trois sons identiques. La rime suffisante porte sur deux sons, la rime pauvre sur un seul.
- L’assonance est la répétition d’un même son vocalique dans une série de mots proches.
- L’allitération est la répétition d’un même son consonantique dans une série de mots proches.
- La diérèse consiste à prononcer en deux syllabes une suite de voyelles qui se prononcerait normalement en une seule. Par exemple, vi-o-lon en trois syllabes au lieu de deux.
- La synérèse est l’inverse : prononcer en une seule syllabe une suite de voyelles qui pourrait se prononcer en deux.
- L’élision est la suppression du « e » muet devant une voyelle ou un « h » muet.
Les formes poétiques
- Le sonnet est une forme poétique composée de 14 vers, généralement répartis en deux quatrains et deux tercets. C’est l’une des formes les plus codifiées de la poésie française.
- Le haïku est une forme poétique japonaise de trois vers, suivant la structure syllabique 5-7-5, centrée sur l’instant présent et la nature.
- L’ode est un poème lyrique d’inspiration élevée, souvent destiné à célébrer un être, un événement ou une idée.
- L’élégie est un poème lyrique sur le thème de la mélancolie, du deuil ou de la perte.
- La ballade est une forme poétique médiévale composée de trois strophes et d’un envoi, avec un refrain.
- Le calligramme est un poème dont la disposition typographique sur la page forme une image en rapport avec le sujet du texte. Apollinaire en est le maître.
- La fable est un court récit allégorique, souvent mettant en scène des animaux, qui se conclut par une morale. La Fontaine en est le représentant le plus illustre.
Les figures de style
- La métaphore identifie deux réalités différentes sans mot outil de comparaison. « Ses yeux sont des étoiles. »
- La comparaison rapproche deux réalités à l’aide d’un mot outil (comme, tel, ainsi que). « Ses yeux sont comme des étoiles. »
- La personnification attribue des caractéristiques humaines à un être non humain. « La rivière chante. »
- L’allégorie représente une idée abstraite sous les traits d’un personnage ou d’une scène concrète, de façon soutenue sur tout un texte.
- L’hyperbole exagère volontairement une réalité pour créer un effet d’intensité.
- La litote dit moins pour suggérer plus. « Je ne te hais point. » (Corneille)
- L’euphémisme remplace une réalité brutale par une formulation plus douce.
- L’anaphore répète un même mot ou groupe de mots au début de plusieurs vers ou phrases successives.
- L’oxymore réunit deux termes contradictoires en une seule expression. « Cette obscure clarté. » (Corneille)
- L’antithèse oppose deux termes contraires dans des groupes distincts.
- La synecdoque désigne le tout par la partie, ou la partie par le tout.
- La métonymie désigne une réalité par un terme qui lui est associé par contiguïté.
- La périphrase remplace un mot par une expression développée qui le décrit sans le nommer.
Les registres et les tons
- Le registre lyrique exprime les émotions et les sentiments personnels du poète, souvent à la première personne.
- Le registre épique célèbre des exploits héroïques avec grandeur et ampleur.
- Le registre satirique critique et raille, souvent avec ironie ou humour.
- Le registre élégiaque exprime la mélancolie, le deuil, la nostalgie.
- Le registre didactique cherche à instruire ou à transmettre un savoir.
Les mouvements littéraires
- Le classicisme (XVIIe siècle) valorise l’ordre, la raison, l’équilibre et le respect des règles formelles. Racine, Corneille et La Fontaine en sont les figures majeures.
- Le romantisme (XIXe siècle) place le moi au centre de la création, valorise les émotions, la nature et la liberté formelle. Hugo, Lamartine et Musset en sont les représentants.
- Le symbolisme (fin XIXe siècle) cherche à suggérer plutôt qu’à décrire, en utilisant les symboles et la musicalité du langage. Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Mallarmé en sont les figures essentielles.
- Le surréalisme (XXe siècle) libère l’écriture du contrôle de la raison, en puisant dans l’inconscient et le rêve. Éluard, Aragon et Breton en sont les représentants.
Quelques termes supplémentaires utiles
- Le sujet lyrique désigne la voix qui parle dans le poème, qui peut être le poète lui-même ou une figure fictive.
- L’incipit est le début d’un poème ou d’un texte littéraire, souvent particulièrement travaillé.
- Le titre est une partie intégrante du poème : il oriente la lecture, crée des attentes, parfois contredit ce qui suit.
- La ponctuation joue un rôle essentiel en poésie : son absence peut créer un effet de flux et de continuité, sa présence structure le sens et le rythme.
- Le blanc typographique est l’espace vide entre les strophes ou à l’intérieur d’un vers. Il n’est pas anodin : il crée des pauses, des silences, des respirations dans le texte.
- Le champ lexical est l’ensemble des mots d’un texte qui se rapportent à un même thème ou à une même réalité.
- Le champ sémantique est l’ensemble des significations d’un même mot selon les contextes.