La comparaison est l’une des figures de style les plus naturelles qui soit. On l’utilise sans s’en rendre compte dans le langage quotidien : « il court comme le vent », « elle est douce comme le miel », « c’est grand comme une maison ». En littérature, les poètes et les écrivains s’en emparent avec beaucoup plus de précision et d’intention, pour créer des images qui restent longtemps après la lecture. Mais attention : toute comparaison n’est pas forcément une figure de style.
Comparaison simple et comparaison figurative : une distinction fondamentale
Le rhétoricien Bernard Dupriez distingue deux types de comparaisons qu’il ne faut pas confondre.
- La comparaison simple est une comparaison grammaticale, généralement non figurative. Elle se contente d’établir un rapport de ressemblance ou d’égalité entre deux éléments du même ordre, sans créer d’image ni produire d’effet poétique. Elle peut s’exprimer à l’aide de tournure comme plus… que, moins… que, aussi… que, mais aussi avec comme lorsqu’il n’y a pas de rapprochement imagé. Exemple : « Il est grand comme son frère. » Ce n’est pas une figure de style : on compare deux réalités du même ordre, sans image, sans intention poétique.
- La comparaison figurative, en revanche, est celle dont on parle quand on parle de rhétorique et de littérature. C’est une figure de style qui rapproche deux éléments en les mettant explicitement en relation à l’aide d’un mot outil. Ce mot outil, qu’on appelle le terme comparatif, est ce qui distingue la comparaison de la métaphore : il signale clairement au lecteur qu’on est en train de comparer, qu’on ne confond pas les deux réalités mais qu’on les rapproche volontairement. Exemple : « La musique souvent me prend comme une mer ! » (La Musique, Baudelaire) Ici, la musique et la mer n’ont a priori rien à voir. Mais Baudelaire les rapproche parce qu’elles partagent un point commun : la force d’emportement, la capacité à submerger celui qui s’y abandonne.
C’est uniquement de la comparaison figurative dont il sera question dans la suite de cet article.
La structure de la comparaison figurative
Une comparaison figurative se compose toujours de trois éléments :
- Le comparé : ce dont on parle (la musique, dans l’exemple de Baudelaire)
- Le comparant : ce à quoi on le compare (la mer)
- Le terme comparatif : le mot qui établit le lien (« comme »)
Exemple : « Il court comme le vent. » Ici, « il » est le comparé, « le vent » est le comparant, et « comme » est le terme comparatif.
Les mots outils de la comparaison
Les termes comparatifs les plus courants en français sont les suivants :
- Comme : le plus fréquent (« blanc comme neige »)
- Tel / telle : plus littéraire (« tel un lion »)
- Ainsi que : (« il rugit ainsi qu’une bête »)
- Pareil à : (« pareil à un fantôme »)
- Semblable à : (« semblable à une ombre »)
- On dirait : (« on dirait un enfant »)
- Ressembler à : (« elle ressemble à une fleur »)
La présence d’un de ces mots est le signe le plus sûr qu’on a affaire à une comparaison plutôt qu’à une métaphore.
La comparaison homérique
Il existe une forme particulière de comparaison, dite homérique, très utilisée par Homère dans l’Iliade et l’Odyssée. Elle se développe sur plusieurs vers et décrit la scène comparante avec autant de détails que la scène comparée, formant presque un petit tableau autonome.
Exemple : « De même que le vent qui souffle avec violence disperse un monceau de pailles sèches qu’il emporte çà et là, de même la mer dispersa les longues poutres. »
Cette forme de comparaison développée est exceptionnelle dans la poésie française moderne, mais elle reste une référence pour comprendre jusqu’où la comparaison peut être poussée.
Attention aux faux amis
La présence du mot « comme » ne suffit pas à garantir qu’on a affaire à une comparaison figurative. Dans « Comme je descendais des Fleuves impassibles » (Rimbaud), « comme » a une valeur temporelle ou causale, pas comparative. Et dans « Comme il est grand ! », il exprime une exclamation. Le critère décisif reste le rapprochement entre deux réalités de champs sémantiques différents.
De même, les comparaisons devenues des clichés (« blanc comme neige », « vif comme l’éclair ») ont perdu une grande partie de leur force figurative à force d’usage. Flaubert lui-même se plaignait d’être « dévoré de comparaisons comme on l’est de poux » et passait son temps à les éliminer de ses textes. Un bon auteur cherche des comparaisons originales, dont le comparant est suffisamment inattendu pour créer une vraie image.
La différence entre comparaison et métaphore
La comparaison dit qu’une chose ressemble à une autre, en le signalant explicitement. La métaphore dit qu’une chose est une autre, sans le signaler.
- Comparaison : « Ses yeux sont comme des étoiles. »
- Métaphore : « Ses yeux sont des étoiles. »
La comparaison garde une distance entre les deux termes, elle maintient leur existence séparée. La métaphore les fusionne complètement. C’est pour ça que la métaphore crée un effet plus immédiat et plus fort, mais la comparaison a ses propres qualités : elle est plus lisible, elle laisse au lecteur la conscience qu’il s’agit d’une image, et elle lui permet de voir simultanément les deux réalités rapprochées.
Pourquoi les poètes utilisent la comparaison
La comparaison permet de rendre visible ce qui est difficile à décrire directement. Plutôt que d’expliquer une émotion ou une sensation de façon abstraite, le poète la montre en la rapprochant de quelque chose de concret et de familier. C’est une façon de faire partager une expérience intérieure en passant par le monde sensible.
Chez Homère, les comparaisons sont si longues et si développées qu’on les appelle des comparaisons épiques ou homériques : elles s’étendent sur plusieurs vers et décrivent la scène comparante avec autant de détails que la scène comparée. Dans la poésie française, les comparaisons sont généralement plus brèves, mais elles peuvent atteindre une grande densité en peu de mots.
Comment la reconnaître dans un texte
La règle est simple : cherchez les mots outils. Si vous voyez « comme », « tel », « ainsi que », « pareil à » ou « semblable à » dans une phrase qui rapproche deux réalités différentes, vous avez affaire à une comparaison. C’est l’une des figures de style les plus faciles à identifier précisément parce qu’elle se signale elle-même.
En résumé
| Comparaison simple | Comparaison figurative | |
|---|---|---|
| Nature | Grammaticale, quantitative | Rhétorique, figurative |
| Exemple | « La mère est plus grande que son fils » | « La musique me prend comme une mer » |
| Effet | Aucun effet stylistique | Crée une image, un rapprochement inattendu |
| Différence avec la métaphore | Garde une distance entre les termes | La métaphore fusionne les deux termes |